Récit de la course : Tor des Géants 2014, par Fironman

L'auteur : Fironman

La course : Tor des Géants

Date : 7/9/2014

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1554 vues

Distance : 330km

Objectif : Faire un temps

5 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Tor des Géants 2014

Tor des Géants 2014

Depuis l’arrivée en 2013, main dans la main avec mon frangin, je n’avais envie que d’une chose : revenir en 2014 pour replonger dans l’ambiance toute particulière du Tor des Géants. Premier écueil à surmonter : l’inscription ! Le 1er février à midi, je suis donc devant mon PC, carte de crédit à la main, tous les renseignements personnels sont prêts à être encodés, je suis très énervé car ça bouchonne quand, à 12h07, je trouve l’ouverture et je me préinscris enfin ! 5ème Belge inscrit. Malgré une période de doute, je suis rassuré au bout d’un mois, je serai de l’aventure en septembre.              

Après une quinzaine de jours de vacances en Andorre, début août, où j’ai fait quelques sorties en configuration Tor, je me sens en bonne forme pour attaquer cette course avec comme objectif un top 100 ou moins de 120 heures. Je définis une tactique qui sera sensiblement la même que l’année précédente même si  je sais que je devrai peut-être vite l’adapter si  les circonstances m’y obligent sans compter que je serai seul, sans aucune assistance. Je quitte mon plat pays le vendredi à 5h00 pour arriver à Courmayeur vers 16h00, mon hôtel, blotti près d’un cours d’eau, est bruyant et vibre en permanence, on a l’impression d’être sur un bateau ! J’ai rendez-vous avec Thierry et ses deux potes, Anthony et Bruno pour aller manger un bout. Avec la fatigue du voyage et des boules Quiès, je passe finalement une bonne nuit.

A 7 heures, je passe ma batterie de tests pour le projet MUST : IRM, écho, pipi, prise de sang et de poids, j’en sors à 9h30. C’est un peu contraignant mais ce sera super intéressant de connaître l’impact d’une course comme celle-là sur l’organisme. A 13h, je me poste au début de la file pour le retrait des dossards quand j’apprends qu’il y a un contrôle des sacs (la veille du départ, je ne vois pas trop l’intérêt), je retourne donc à l’hôtel et je reviens aussitôt mais la file s’est déjà bien allongée. Au bout de deux heures d’attente, debout évidemment, c’est enfin à mon tour. Le type devant moi n’avait pas de pantalon imperméable mais il passe quand même. La 1ère chose que le bénévole contrôle c’est la paire de chaussures de trail alors que je suis en sandales.  Le gars ne veut rien savoir et quand je lui objecte qu’il a laissé passer le précédent, il me répond qu’un pantalon manquant c’est moins important que les chaussures de trail au cas où j’aurais voulu faire le Tor en tongues. La connerie étant universelle, je fais demi-tour après avoir fait voler mon sac à travers la salle, je reviendrai bien plus tard quand je serai calmé et qu’il n’y aura plus de file, c’est ce que je fais vers 19h. Après le briefing et une pasta un peu light, je pars me coucher mais évidemment, je ne parviens à dormir qu’en pointillé, à cause du stress et du bruit.

Allez, le grand départ c’est maintenant. Je vais porter mon sac d’assistance au hall omnisport où je rencontre Thierry qui m’emmène en camionnette près du départ. Il va prendre le départ déguisé en yéti violet, c’est sûr qu’il va créer la sensation. Après une longue remontée vers le centre de Courmayeur, je passe mon bracelet sur le lecteur de puces et prends place dans le box de départ. Il fait déjà chaud, le soleil sera de la partie jusqu’à lundi soir au moins. Je pense déjà à bien gérer mon voyage sur ce parcours que je connais par cœur, j’espère que tout se passera sans encombre et que je pourrai mener à bien cette aventure en faisant pencher la balance, plutôt du côté plaisir que du côté galère.  

 

Courmayeur – Valgrisenche

Le départ est donné à 10h00 pile, le long cortège des 740 concurrents s’étire dans les ruelles étroites, le public est très nombreux, les cloches tintent, un bon voyage nous est souhaité, l’émotion est générale, je cours tranquillement jusqu’à Dolonne où commence l’ascension du Col d’Arp (1300 D+ 7 km). Après l’embouteillage traditionnel sur les premiers lacets, je monte sur un rythme peu élevé, je n’ai pas envie de me laisser entraîner dans l’allégresse générale car je veux rester raisonnable, la plupart des rookies ne se rend pas compte de la longueur et de la dureté de l’épreuve et part comme un boulet de canon, porté par un public nombreux. Je sais qu’à partir du refuge Deffeyes, il n’y aura plus grand monde et que chacun se retrouvera seul face à son destin. Je ne me sens pas très en forme et je dois laisser passer quelques paquets qui me mettent la pression dans le dos mais je ne m’en fait pas trop, je me referai une santé dans la descente, à 12h02 je franchis le col d’Arp (2571m). Je fais une bonne descente en courant le plus souplement possible et après avoir zappé le ravito de Youlaz, j’arrive à La Thuile au milieu d’une foule abondante, je fais un ravitaillement express, je remplis seulement un de mes deux bidons donc je n’ai bu que ¾ de litre sur 3 heures de course sous le soleil et par une température frôlant parfois les 30°! Je viens de faire une 1ère erreur et je vais vite m’en rendre compte dans la montée vers le refuge Deffeyes ( 1050 D+ 9 km)

Après une montée longue et pénible, avec quelques temps de repos, j’arrive enfin au refuge. Je n’ai pas de force, je suis complètement vidé et je suis blanc comme un linge. Mon équipement est parsemé de traînées de sel, j’ai passé vraiment un sale moment, j’ai été obligé de laisser passer des randonneurs tellement j’étais lent. L’abandon, si  mon état ne s’améliore pas, devient carrément une option. Bruno et des concurrents Suisses me confirment que j’ai une tronche épouvantable, il faut vraiment que je me refasse la patate sinon l’aventure pourrait s’avérer plutôt brève, mais sans force, il est impossible de poursuivre. Je me ravitaille donc abondamment en sucre et en sel, et au bout de 10 minutes, je repars pour terminer la montée vers le Passo Alto (400 D+ 3.2 km). Je bascule au col (2857 m) à 16h52, je me sens un tout petit peu mieux et il fait moins chaud en altitude. Je veille à boire beaucoup plus régulièrement, je suis en convalescence, tout se décidera sur les lacets du col de la Crosatie (2829 m).

Au milieu de la descente, je reviens sur un groupe, je reste en serre-file mais, déconcentré, je chute assez lourdement, j’ai des plaies sur les doigts de la main droite mais plus de peur que de mal. Je me ravitaille au bivouac Promoud à 17h35, on me confirme que j’ai meilleure mine. Je prends deux bidons de boisson énergétique et je me gave de coca avant d’entamer le col. Si ça se passe bien, je continue, si le calvaire se poursuit, je bâche à Valgrisenche mais cette idée sort de plus en plus de mes pensées, je préfère plutôt envisager une amélioration de mon état après ce terrible passage à vide. Surtout que je n’avance pas si mal, ce que je perds sur les tronçons, j’essaye de le récupérer sur mes arrêts. Je pars rapidement à l’assaut du col, un de ceux que je déteste le plus, sur un rythme assez soutenu, je ne fais pas de pause et sur les parties très raides de la fin de l’ascension, je tiens à distance le paquet qui est derrière moi alors que je rejoins au sommet des gars qui sont surpris par les pourcentages rencontrés sur ces derniers mètres. Je me sens mieux pour attaquer les 14 km de descente et de plat, je vais assez bien courir pour essayer d’arriver à la base de vie vers 20h30. Je bascule au col à 18h50, dans la descente après le lac du Fond, un concurrent italien est au téléphone sur le sentier, il marche alors que nous sommes 3 à vouloir passer. Je lui dis qu’il pourrait s’arrêter et se mettre sur le côté, il me propose d’aller me faire enc… Super état d’esprit et bonjour le respect. Ravito à Planaval puis j’alterne le trot et la marche rapide pour les 6 km qui me séparent de cette superbe base de vie à Valgrisenche, j’y arrive à 20h58. Chambre de 3 avec douche, bel espace pour manger, superbe endroit. On aurait envie d’y passer quelques heures mais, c’est bien trop tôt. J’avais prévu ½ heure d’arrêt mais comme il faut me refaire une santé physique et morale, je vais prendre mon temps. Je prends une bonne douche, je me change, j’entretiens ma paire de pieds, je vais manger de bonnes pâtes et je m’équipe pour la nuit. Je ne suis pas encore au top mais si la nuit se passe bien et que je digère bien les 3 cols, ma course pourrait être lancée et tout rentrerait dans l’ordre ! Demain est un autre jour…

Valgrisenche – Cogne

  Il est 22h24 quand je pars pour cette difficile étape, je commence à monter seul à travers bois en direction du chalet de l’Epée, ravitaillement situé sur la montée du col Fenêtre (2854m). A la sortie du bois, un gars me dépasse et je marche dans ses pas car il a rythme soutenu qui me sort un peu de ma torpeur. On dépasse une file d’une quinzaine de concurrents pour arriver au chalet à 00h02. Je repars après avoir bu un café pour terminer cette montée régulière de 9 km et 1270 m. de D+ , je suis seul mais je garde un bon rythme, j’atteins le col à 00h58, je ne m’attarde pas et je m’élance dans cette descente vertigineuse vers Rhêmes-Notre-Dame, ravitaillement que je rejoins à 1h55 après 5 km et 1100 m de D- dont des pentes à 30% sur les 3 premiers kilomètres. Je ne me sens pas encore super bien mais j’avance au caractère, je bois du café, je mange du pain et du fromage. Je me dirige vers les toilettes mais ce sont des WC à la turque ! Avec les quadriceps en feu, c’est impossible donc direction les toilettes pour handicapés. Je repars au bout d’1/4 d’heure pour entreprendre les deux gros morceaux de cette section, le col Entrelor (3002 m.) et le col Loson (3299 m.) que je franchirai de jour.

Je monte à nouveau seul, à mon propre rythme, le début de l’ascension est assez régulier pour devenir très raide sur la fin avec des passages techniques. J’aime la nuit, il ne fait pas trop froid, et puis il y a cette ambiance un peu sinistre complètement différente de celle ressentie en journée. Sur la fin, je rejoins quelques concurrents malgré que je sois essoufflé et fatigué. Aux alentours des 3000 m. pour quelqu’un qui habite en plaine, c’est un peu pénible et on doit s’octroyer des moments de répit pour reprendre son souffle. Je me sens de mieux en mieux, je suis dans les temps et je commence à penser positivement. Je suis revenu sur les bons rails et je pense pouvoir appliquer le plan de course élaboré avant le départ. Je bascule au col Entrelor à 04h24 pour entamer la très longue descente (12 km et 1300 de D-) vers Eaux Rousses. Je décide de marcher sur ce sentier un peu alpin au début et très roulant ensuite, j’atteins le ravito à 6h30, pile-poil pour avaler un petit déj avant d’avaler les 12 km de montée ( 1650 m. D+) vers le toit de la course.

Je m’élance à 6h48, le début est assez facile, on suit des lacets à travers un bois jusqu’à un alpage puis on effectue une traversée assez longue pour arriver dans la combe du col qu’on atteint par de courts lacets extrêmement raides. A bout de souffle et au bout de 3h45 d’effort, je passe le col Loson et je prends la direction du ravito suivant que j’aperçois au loin dans la vallée. J’alterne marche rapide et course dans la descente car je commence à être fatigué et à avoir un petit peu mal aux  jambes, j’essaye de m’économiser surtout qu’il recommence à faire chaud. J’arrive au Refuge Sella à 11h25, je me ravitaille en 10’ et je continue mon chemin vers la 2ème base de vie à Cogne. Après un passage très technique sur des dalles, je reprends la course sur une descente plus roulante pour atteindre la base à 13h12. Je décide de repartir à 14h donc, je prends une bonne douche, je soigne mes pauvres petons, je mets de l’ordre dans mon sac, je change les piles du GPS et de la frontale, je déguste des pâtes avec du poulet  et je suis requinqué. Plus question d’abandon évidemment, objectif 120 h, mon tableau de marche est respecté et je décide d’y aller calmos car j’ai du mal à supporter la chaleur.

Cogne – Donnas

                Je laisse la base de vie à 14h00 précises, après quelques centaines de mètres, la table avec les expressos est fidèle au poste, je déguste ce petit café gracieusement offert et je repars sans tarder vers le ravito de Goilles. Pour y arriver, on avance sur le plat en suivant un cours d’eau pendant quelques kilomètres avant de grimper assez sèchement vers un chemin forestier où ce petit ravito est installé, j’y bois du coca et je me remets en route. Mon plan est le même que l’année dernière : rejoindre Donnas, me reposer 3 heures et repartir à l’aube. Pour ça, il me reste un col à franchir avant d’entamer une très longue descente vers Donnas qui se trouve à 300 m d’altitude ce qui est le rez-de-chaussée de la course. Après Goilles, il reste 8,5 km de montée assez douce jusqu’au refuge Sogno, mais je souffre à nouveau de la chaleur, au bout d’une heure je me ravitaille à une fontaine, je dois m’asperger de flotte glacée et remplir mes deux bidons car je suis, de nouveau, un peu patraque, j’essaye d’avancer d’un bon pas, ça ira mieux en fin de journée. Arrivé au refuge, je vois Thierry qui n’est pas au mieux, non plus. Je me ravitaille en coca, pain au fromage et chocolat et nous repartons ensemble vers le col Fenêtre de Champorcher (2827 m.), on bascule à 18h30 et c’est parti pour 2500 m de D- sur 29 km.

                La descente est facile au début, on suit d’abord un sentier jusqu’au refuge Miserin puis on dévale un chemin caillouteux jusqu’au refuge Dondena. Je me remplis de coca, j’embarque du thé dans un de mes bidons et on mange des chips au sel, cet arrêt de 8 minutes me fait du bien, je m’équipe pour la nuit, je laisse filer Thierry, bien meilleur descendeur et j’entame seul ce long périple vers Donnas. Mes 3 heures de sommeil promises agissent sur moi comme la carotte au bout du bâton, que ça va être bon ! Je n’ai plus que ça en tête. J’allume assez tôt la frontale car le sentier devient très technique  et pénètre dans un bois. Plus question de gazer, il faut être vigilant car les dalles qui composent ces escaliers naturels sont très irrégulières et glissantes. Il y a en plus un petit brouillard qui limite considérablement la portée de la lampe mais c’est sans problème que j’atteins Chardonnay  à 21h05 pour 7 minutes d’arrêt. Toujours autant de monde et de bruit à ce ravitaillement, accueil triomphal ! Je rejoins Pontboset, dernier ravitaillement avant Donnas, par un nouveau tracé qui alterne les routes goudronnées, les sentiers roulants et les passages techniques et glissants. Il est 23h10, je remplis un bidon de thé bien chaud et sucré, j’aperçois au loin des éclairs. Merde, je ne vais quand même pas me prendre un orage sur la tronche ?

                Il reste 9,5 km dont la moitié en forêt sur un sentier qui remonte assez durement  par moments et l’autre moitié sur asphalte à travers Bard vers la voie romaine qui débouche à Donnas. J’entame cette dernière partie à la lueur de ma frontale et des éclairs mais j’entends peu le tonnerre et je pense que l’orage va m’épargner en restant cantonné dans une autre vallée et ce n’est pas dommage. Finalement, bien motivé, j’avance assez bien et je rejoins le macadam assez rapidement mais quand je longe le fort de Bard, mes pieds commencent à chauffer à la voute plantaire et les derniers km sont assez pénibles, j’ai mal aux pieds. Je rejoins enfin Donnas mardi à 1h29.

                Ouf ! L’équipe du projet MUST m’attend pour des examens mais je vais d’abord prendre une douche avant de me mettre à leur disposition. Echographie, prise de sang et d’urine et prise de poids. J’ai perdu 5 kilos depuis samedi où j’avais été pesé à jeun, c’est beaucoup trop mais il semble que les chaleurs soient derrière nous car on annonce de la pluie pour demain ! Un petit massage des quadris et au lit. Il est 2h30 quand je me couche, 2h31 quand je dors et il est 5h30 quand je me réveille. Je suis en forme, j’ai bien récupéré. Je me change, je soigne mes pieds mais les échauffements sont bien là mais pas d’ampoule, je déjeune avec des tartines au  Nutella, un yahourt et un café, je mets un semblant d’ordre dans le foutoir qui me sert de sac, changement de piles pour la frontale et le GPS et je suis prêt à m’attaquer à cette étape dantesque. Objectif : descente vers Niel de jour et repos à Gressoney avant de repartir à l’aube. Je suis en pleine forme et motivé quand je quitte Donnas à 6h00 pile !

Donnas  – Gressoney St Jean

                C’est parti pour une remontée par la route avant de plonger à travers les jardins en direction de Pont-St-Martin, après la traversée de ce très joli pont, je regrimpe à nouveau pour me diriger en suivant une courbe de niveau vers le hameau de Perloz où je stoppe 2 minutes pour me ravitailler à 8h00. Je repars en descente assez abrupte pour traverser un cours d’eau sur le magnifique pont de Tour d’Hereraz. Après commence véritablement la montée vers le refuge Coda en passant par le restaurant à Sassa ou Etoile du berger. Je traverse quelques hameaux sur le sentier qui monte tranquillement, d’abord, puis très durement par des escaliers ou au milieu de murets bordant des jardins, j’ai un rythme assez élevé, j’ai mis la musique, il fait nuageux et la température est idéale. J’arrive au ravitaillement de Sassa à 10h10, je mange un peu, remplis mes bidons et, après ¼ d’heure d’arrêt, je continue mon chemin vers Coda, via le col Carisey. Le sentier est bon, je dépasse 3 dames bénévoles  qui montent vers Coda, une d’elles regarde sur la liste des participants mais elle a du mal à citer mon nom, on discute 2 minutes. Un gars me dépasse, elle dit, c’est un Valdotain, elle crie après lui mais il ne prend même pas la peine de lui répondre. Dans quelques heures, je le dépasserai quand il sera assis au bord du chemin en train de mesurer sa détresse…Y en a, j’vous jure. Je continue à suivre la crête, véritable barrière pour les nuages venant de droite et bouchant la vue sur la ville de Biella, pour arriver à Coda (2257 m.) à 12h13.

12 minutes, un potage et des morceaux de fromage plus tard, je repars en descente vers Lago Vargno, il commence à pleuviner. D’abord une descente assez nette, puis on passe de petites remontées à de petites descentes pour enfin plonger par une descente assez raide vers le lac et rejoindre le refuge de Lago Vargno, en passant par un ravitaillement « pirate » où je déguste un excellent morceau de gâteau maison. Il est 14h35, quand je quitte le ravito pour gravir le col Marmontana (2350m). Après une montée pour rejoindre une piste, je dois enfiler ma veste gore-tex et mon pantalon, car la pluie est drue à présent et le vent refroidit l’atmosphère. Je monte à un bon rythme et le peu de concurrents que je vois avance, plus ou moins, au même rythme. Je passe le col assez facilement quand sur le replat juste derrière, je glisse sur une bouse de vache et je fais une lourde chute sur le ventre mais surtout je me tape la tête sur un caillou. Je suis sonné, j’ai mal mais pas de plaie. Le gars devant moi a fait demi-tour pour venir aux nouvelles, je lui dis que ça va, pas trop de mal. Vigilance, car les Hoka sous la pluie, ce n’est pas top. Mais ce n’est que le début d’une série d’une dizaine de chutes sans compter les rattrapages en catastrophe ! La pluie s’arrête quand je repars du poste de secours posté après le col, où je suis resté 5 minutes pour reprendre mes esprits.

Direction Col de La Vecchia, en passant par le Crena du Ley où la roche forme un « V » et nous offre  un magnifique panorama sur la vallée. Je rejoins le poste de secours à 18h07 après 400 de D+ assez technique et une descente très escarpée et glissante. Bonne nouvelle : je vais descendre vers Niel de jour. Mauvaise nouvelle : il y a eu un orage cet après-midi et la descente sera encore plus boueuse que d’habitude. Après 5 minutes d’arrêt, je repars avec Christophe, un compatriote, on discute quelques minutes puis il se met à courir alors que j’aborde cette descente qui va s’avérer être un calvaire. Il y a de la boue partout, pas moyen de prendre un appui sûr, je descends vraiment sur des œufs, je me prends quelques gamelles sans gravité, je me rattrape quelque fois in extremis quand après 1h10, 550 m de D- et à peine 3 km, il se met à tomber des cordes. J’entame la traversée par le bois en direction du ravito quand je me prends une glissade de 2 mètres, je suis maculé de boue. Personne dans les environs pourtant je tuerai bien quelqu’un… Bon, je remets ma veste, mon froc et la frontale, je suis bien énervé. Je continue la descente, plus douce à présent, dans le bois, il fait noir, il pleut à torrents, j’en ai marre, je suis trempé, etc… J’arrive à Niel à 20h14, tout le monde est réfugié dans le resto, il y a plein de monde, il fait super chaud, il y a un brouhaha insupportable, il ne faut pas que je m’attarde ici. Thierry est là avec Bruno et Anthony, nous décidons de repartir ensemble.

Dehors, la pluie redouble. Je mange une assiette de polenta, j’essaye de me sécher quelque peu et à 20h41 nous repartons à deux vers le col Lazoney  (2364m.) dans le noir et sous une pluie battante. Le moral est un peu en berne mais bon, faut passer au dessus de ça et avancer vers la terre promise, en l’occurrence : Gressoney. On passe le col à 22h13 après une bonne grimpette bien en rythme, après quelques cuillères de la traditionnelle pastèque déposée au sommet, on s’attaque au replat puis la légère descente vers Loo Inférieur, prochain ravito. Cette plaine est parsemée de trous, de bouses de vache, de boue et de cailloux, tous est réuni pour bien me vautrer, ce que je ne tarde pas à faire. D’abord, une glissade sur le dos en entrée, histoire de colorer mon sac à dos, ensuite, une glissade avec choc du tibia sur une grosse pierre. J’ai mal jusque dans ma montre et une belle plaie bien gonflée en dessous du genou, je dis à Thierry qu’il peut descendre à son rythme, je vais être prudent, je préfère avancer lentement que de me blesser et devoir abandonner. Après quelques passages très « rock and roll », je passe au ravito de Loo à 23h28, je prends un bidon de thé, grignote deux trois choses et je repars pour les 6 km qui me séparent de la base de vie. On se prend encore 600 m de D- sur un sentier technique et raide parsemé de dalles assez glissantes pour déboucher sur un chemin puis une route goudronnée qui m’emmène gentiment à la base de vie. 200 km accomplis, plus que 130 ! Je suis dans les temps, pas trop de bobos, le moral est bon. Le gymnase est bien rempli, il y du linge qui sèche un peu partout. Anthony et Bruno sont là, on discute un peu, on est mercredi, il est 1h00.

Je prends une bonne douche, je mets une nouvelle tenue, je soigne mes pieds car la pluie n’a rien arrangé, je mange un peu puis à 2 h, je me couche. J’ai mis le réveil à 4h1/2, j’ai profité à fond de ce repos, je suis dans une forme acceptable. Après un bon petit déjeuner, pain Nutella, miel, yahourt, café, jus d’orange, je me remets en route à 5h00, pour l’étape la plus courte et la plus facile du Tor. J’ai 3 heures d’avance sur 2013 et si mon plan est un peu moins précis à partir de Valtournenche, j’ai quand même le loisir de gérer ma course pour atteindre mon objectif. Je n’avance plus très vite mais j’avance sûrement, j’ai l’impression que le classement est figé car je ne vois plus grand monde sur le parcours, je ne sais pas du tout à quelle place je suis, je me focalise uniquement sur l’horaire, pour le moment. Rien n’est acquis mais ça commence à sentir bon.

 

 Gressoney St Jean – Valtournenche

                Le début est tranquille, je suis la route puis une piste qui longe un cours d’eau sur 4 km, j’avance d’un pas décidé car il fait un peu frisquet. J’arrive au pied de la montée qui va m’amener dans un premier temps au refuge Alpenzu et dans un second au sommet du col Pinter, sur 5 km 500, on monte de 1350 m de D+ sur un sentier facile mais sans beaucoup de lacets, en fait, on est en ligne quasi droite jusqu’au sommet que je franchis à 8h15. Je n’ai vu personne depuis que j’ai quitté Gressoney. Je fais une descente souple et tranquille car j’ai mal aux pieds, les échauffements me font mal quand je prends mes appuis et puis je commence à être tout simplement fatigué. Je passe à Cuneaz devant le restaurant « L’Aroula » mais il est 9h30 et c’est un peu tôt pour profiter de leur hospitalité. Je pointe au refuge de Crest à 9h50, je me restaure un petit ¼ d’heure et je file déjà en direction de Saint-Jacques. On évolue sur de la piste en suivant plus ou moins les courbes de niveau, on traverse une station de ski, le soleil est de la partie, c’est très agréable et je savoure un peu le paysage autour de moi, je croise Claire qui court à la rencontre de son ami Denis, elle me demande si je l’ai vu mais je lui dit que depuis ce matin, je n’ai pas vu grand monde, mis à part Christophe Traina qui repartait de Crest quand j’y arrivais. On se dit « à plus tard » et je reprends ma route, content de croiser un être humain de temps en temps. Je laisse les deux refuges pour plonger vers St-Jacques, 375 m de D- sur 1,5 km, où j’entre au pointage à 11h50.

                A midi pile, j’entame la montée vers le Col de Nanaz (2770m.) via le refuge du Grand Tournalin. Il fait super beau, la montée est assez facile, j’ai rejoins Thierry à Saint-Jacques et maintenant j’avance derrière lui, je le tiens en point de mire, le bougre. Je monte tranquillement à travers les alpages, et après 2 heures d’ascension, je pénètre dans le refuge où il n’y a que deux concurrents présents. J’avale en vitesse une énorme salade de fruits qui est la fierté de ce ravitaillement, c’est vrai qu’elle est succulente. Je repars aussitôt pour franchir les 220 derniers mètres de D+ qui me mène au sommet que je franchis à 14h44. Les 7 derniers km jusqu’à Valtournenche sont en descente (1300 m de D-) au début sur un sentier large et très roulant puis à la fin, très raide à travers bois qui débouche rapidement sur la base de vie. On traverse de jolis endroits et quelques hameaux très fleuris où les habitants nous encouragent à notre passage. Je mets presque deux heures pour cette section mais pour le moment je ne peux plus trottiner car mes voutes plantaires sont très douloureuses et j’ai, en plus, des ampoules de part et d’autre de mes talons. De toute manière, à mon niveau, il n’y a plus une grande différence de vitesse entre marche rapide et course. Au niveau temps, je contrôle bien la situation mais je redoute l’étape suivante qui est très difficile et qui se passe principalement la nuit et en altitude.

                Il est 16h48 quand j’arrive à Valtournenche, je prends une bonne douche, je me change, je fais soigner mes pieds par des podologues, je mets un peu d’ordre dans mon sac de plus en plus puant, je mange un plat de pâtes en compagnie de Thierry, Bruno, Anthony et la compagne d’Arnaud.

Valtournenche – Ollomont

                Je pars  à 18h16 vers la dernière base de vie du parcours en compagnie de Thierry, à la sortie nous croisons Arnaud qui arrive, nous échangeons quelques mots puis nous repartons sous la conduite d’une bénévole qui nous guide vers le bon chemin. On commence l’ascension vers le refuge Barmasse , d’abord sur une route puis sur un sentier dans les bois pour finir par une longue traversée vers le barrage. Nous arrivons au refuge à 19h55, Thierry ressent le besoin de dormir tandis que moi, je veux profiter de la dernière ½ heure de clarté pour avancer vers Vareton, via la fenêtre d’Ersaz (2290m.). Je programme un dodo de 2 heures dans l’alpage pour me reposer et être en forme pour la suite de cette étape redoutable. En fait, je fonce tête baissée vers ma 2ème et dernière erreur de ce Tor. Après une légère descente roulante, j’entame une remontée vers le col tantôt à travers bois, tantôt à travers les prés. Il fait noir, humide, un peu brumeux, ambiance mystique, j’adore !  Deux concurrents me dépassent, on se salue et après une courte traversée, je rejoins enfin le ravitaillement où je demande pour dormir. Le gars me dit qu’il a deux places, j’en prends une pour 2 heures lui réponds-je. Il m’emmène dans une pièce où deux lits on été installés, je me désape aussitôt et me couche. Le gars dit qu’il doit fermer de l’extérieur sinon la porte claque, soit ! La pièce pue véritablement le cochon, je dois mettre mon buff sur mon nez car c’est écœurant. Le lit est bien trop mou et la couverture est lourde tellement elle est humide. J’ai d’incessants frissons car il fait caillant et cerise sur le gâteau, un mec arrive et sans se déshabiller, s’installe sur le lit voisin et ronfle bruyamment  au bout de 2 minutes ! Impossible de dormir ici, et au lieu de dégager vers le refuge suivant, je vais rester là comme un con pendant 2 plombes à ruminer mes sombres pensées…Bon, voilà deux heures de repos gaspillées mais, étrangement, je repars en pleine forme à 23h57 en direction du Bivouac Reboulaz.

                Le sentier remonte sévèrement vers la fenêtre du Tsan (2736m.), j’avance bien, la nuit est claire, il ne fait pas trop froid et on peut observer au loin sur la gauche, des éclairs de couleur orange d’un orage dans une vallée lointaine. C’est assez spectaculaire et ça contribue à l’atmosphère un peu hostile de cette nuit sur les crêtes mais déjà, j’entame la descente vers le bivouac dont on aperçoit les lumières au loin. Je n’aime pas ce ravito surchauffé où quand tu arrives fatigué, tu t’endors assis en quelques minutes. Je ne m’y attarde pas, je remplis mon bidon de thé bien chaud et sucré, je discute quelques minutes avec 2 français et après avoir grignoté des biscuits et bu quelques cocas, je repars vers le refuge de Cuney à 2h47. Le sentier monte et descend sur les crêtes entre 2500 et 2800m, c’est un peu lassant surtout la nuit, je mets la musique pour me changer les idées. Je franchis le col Terray (2775m.) à 3h25 et après la descente et une brève remontée, c’est à 4h34 que je pointe à Cuney. Dans la tente à côté du refuge, plusieurs coureurs dorment dans les transats à côté du canon à chaleur. Je veux papoter avec le même Français qui était à Reboulaz mais il n’a pas l’air très open quand une jeune et jolie Australienne débarque, elle a la pêche et se renseigne sur la suite du parcours. Mon Français retrouve alors miraculeusement la parole et lui fournit les renseignements dans son plus bel anglais… Trop marrant. Coca, thé, passage par les toilettes et départ à 4h54 vers le bivouac Rosaire-Clermont, ravitaillement petit mais accueillant que j’aime beaucoup, j’y prendrai mon petit déjeuner.

                Mon allure est lente mais régulière, je suis encore bien lucide et pas trop fatigué. Je pense déjà à la suite des évènements, connaissant le parcours sur le bout des doigts, je peux déjà échafauder un planning pour cette fin de course. Passage du col Chaleby (2683m.) à 5h48 et après une petite descente, j’entame la montée vers le col de Vessonaz via le bivouac Clermont où je pénètre à 6h39. La clarté nous offre un magnifique panorama sur la vallée où sont nichés les nuages et sur les sommets passés durant cette nuit. Je bois un café avec quelques tartines de Nutella et à 7h02, je termine l’ascension du col à la lumière orangée du lever de soleil, magnifique!

                A 7h17, j’entame la très longue descente de 10 km et de 1550m de D-, les 2 premiers km sont très raides et la fine pierraille est extrêmement glissante. On frôle avec les 40% de pente sur ces lacets jusqu’à une bergerie où la pente s’adoucit. Le sentier n’est pas très bon et je n’ai plus trop la force pour trottiner donc j’essaye de marcher d’un bon pas mais je m’énerve car c’est interminable. Fait chier, j’ai l’impression qu’ils ont rajouté un morceau depuis l’année dernière. J’en ai vraiment ras-le-bol quand j’arrive enfin à cette salle d’Oyace, toujours aussi froide au niveau ambiance, il est 10h12 et il fait déjà bien chaud sous ce magnifique soleil. Ravito express, je papote un peu avec la femme de Romain, qui est en train de se reposer et à 10h29, je me lance à l’assaut du col Bruson (2508m.), je sais que c’est une montée peu technique mais longue et difficile, il faut se taper  1200m de D+ sur 7 km et en plein cagnard, s’il vous plaît ! A Bruson l’Arp, il y à le petit ravito, l’ambiance est sympa avec l’Australienne qui fait le show en buvant une bière, nous sommes 6 concurrents à s’arrêter quelques minutes avant de franchir le col et plonger vers la dernière base de vie à Ollomont. Un kilomètre à 30% sur de courts lacets puis le sentier suit la courbe de niveau afin de rejoindre une piste où on peut marcher plus vite voire trottiner quand le pente n’est pas trop forte. Je suis bien en avance donc je profite un peu du paysage et de l’ambiance, je suis un peu plus détendu et la journée est belle. J’ai une grosse fatigue au niveau des jambes et j’ai de nouveau fort mal aux pieds. A l’approche d’Ollomont, je croise Bruno qui me lance quelques mots d’encouragements, j’en finis avec cette descente de 1200m de D- sur 7 km à 15h10 ce jeudi.

                Je reçois des SMS : « plus que 2 cols et 49 km, c’est la fin, bravo ! », ben oui : plus que… Bon, je vais me faire soigner les pieds, l’infirmière me reconnaît instantanément. Oui, je m’y étais déjà fait soigner en 2012 et un photographe avait immortalisé l’instant. Super sympa, elle s’occupe de moi directement, elle me perce les ampoules, nettoie et bande les voutes plantaires pour me permettre de finir dans des conditions acceptables. On me propose des pâtes que j’accepte avec empressement, je me change, je referme vite mon sac avant d’asphyxier quelqu’un. Je papote avec la femme de Romain qui se repose à nouveau. Thierry arrive et on échange nos impressions en compagnie d’Anthony et Bruno. Mon plan est clair, arriver à Ponteille avant la nuit, dormir 2 heures à St Rhemy-en-Bosses puis attaquer le col Malatra et arriver avant 10 h à Courmayeur. Simple, non ? L’ambiance est bonne, il fait beau et Courmayeur est si loin et si proche à la fois.

Ollomont – Courmayeur

                16h44, je laisse Ollomont derrière moi et je m’attaque à ce dernier tronçon plein d’entrain et de motivation, le chemin qui mène au col Champillon est bon et assez roulant. Je fais une pause d’un ¼ d’heure au refuge où l’Australienne me demande les détails sur la fin du parcours. Son ami l’accompagne jusqu’au col et l’accompagnera encore sur la montée du col Malatra. Je bascule au col Champillon (2708m.) à 19h11 et je descends donc vers Ponteille dans la clarté comme prévu. J’essaye de « faire » la descente mais j’ai mal aux jambes et aux pieds, j’approche de mes limites, il est temps d’arriver ! Quelques concurrents me dépassent à l’approche de l’alpage où j’arrive dans la pénombre. Notre amie Australienne et quelques gars repartent déjà vers St Rémy, je ne les reverrai plus, je n’ai plus la pêche pour les accompagner et je préfère m’en tenir à mon plan même si je dois terminer en solitaire. Il ne fait pas froid mais le vent est assez violent. Je l’aurai dans le dos pour les 11km500 de faux-plat descendant qui me conduisent, par une belle piste au milieu des bois, vers  la bourgade de St-Rhemy-en-Bosses. J’alterne marche rapide et trot mais la monotonie du parcours me fatigue énormément, j’ai très sommeil, en fait et j’aspire à voir les lumières du patelin. Après avoir débouché sur une route goudronnée, on passe dans le vieux village pour arriver, enfin, au ravitaillement par un sentier longeant un cours d’eau puis par des ruelles. Anthony et Bruno sont là, ils m’encouragent chaleureusement mais je ne pense plus qu’à dormir. Un bénévole me désigne un lit, je me dessape et en quelques secondes, je suis dans les bras de Morphée.  J’ai de temps en temps des frissons puis un bénévole vient poser une couverture sur moi. Génial!   

                A 1h00, on vient me réveiller. Je mets quelques secondes avant de me rendre compte de l’endroit où je suis, puis je me rends compte qu’il est 1 h du mat’, que je dois encore juste me taper 28 km et pas moins de 1700 m de D+. Bon, d’abord s’occuper de passer le col Malatra, on verra pour la suite après. Je quitte St-Rhemy à 1h14 et j’essaye d’accélérer le pas pour me réchauffer car le vent refroidit sensiblement la température. Après 3 km de chemins en asphalte, j’arrive au début du sentier quand une voiture qui venait d’arriver là, redémarre aussitôt à la vue du faisceau de ma frontale ! Flagrant délit de tricherie ? Suspect, en tout cas. On monte par paliers sur un sentier souvent très bon en direction de l’alpage de Merdeux ensuite on décrit une grande courbe balayée par un vent devenu glacial en direction du refuge Frassati que j’atteins à 4h10 après plus de 9 km et 1100 m. de D+. Nous sommes 3 concurrents au refuge, je repars après un bref ravitaillement en compagnie d’un italien et d’un mexicain pour les dernières pentes raides (45% ! )du Malatra (2925m.) dont nous passons le sommet à 5h10 non sans s’être congratulés. Nous sommes un peu tôt pour avoir le panorama de carte postale mais le temps presse !

                J’arrive au refuge Bonatti à 6h50, je bois un café, je grignote quelques biscuits puis je me mets en route, je dois rejoindre l’arrivée en 3 heures et on ne sait jamais ce qu’il peut arriver surtout que j’ai une tendinite au talon d’Achille qui me fait souffrir depuis St Rhemy. Il me faut encore rejoindre Bertone, 7 km 500 de petites montées et descentes, je presse le pas, je suis très content d’avoir atteint mon objectif après une course propre et sans trop de casse. A Bertone, nous sommes 3, avec un italien et un américain, à nous élancer dans les 4 km de descente (750 m de D-) après avoir bu un dernier café. Je me renseigne sur le classement, je suis 114ème, je gagne une place par rapport à 2013, pour le top 100, il aurait fallu faire un arrêt en moins mais bon, l’objectif est clairement atteint. Mes deux compères se tirent bien la bourre dans la descente, je les suis sans trop de mal mais je m’arrête finalement quelques minutes pour enlever ma veste et mon pantalon imperméable tout en jetant un œil vers l’arrière, on ne sait jamais. Je savoure comme il se doit ces dernières centaines de mètres pour passer cette ligne d’arrivée devant une foule de 5 personnes en délire, je suis fatigué, l’émotion n’est pas au rendez-vous mais plutôt un sentiment de fierté d’avoir  bouclé ce Tor. Je suis tout simplement très satisfait et très heureux.

Après…

                Sitôt passé la ligne, j’ai passé les tests pour le projet MUST, pendant l’IRM, je me suis endormi plusieurs fois mais finalement, on a pu tout terminer. Ils ont du virer mes chaussures en dehors du camion, c’était trop infernal. J’ai été récupérer  mon sac d’assistance puis j’ai pris possession de ma chambre à l’hôtel de la Télécabine à Dolonne avant de prendre une bonne douche réparatrice. Après avoir dévoré, au soleil, une énorme pizza, j’ai fait une longue sieste et enchaîné avec une bonne nuit dans un lit avec les pieds en l’air pour limiter la rétention d’eau.

                Après une nuit plutôt agitée, j’ai été applaudir les copains qui arrivaient ce samedi, bu un verre en échangeant les impressions avec les compagnons de ce voyage. J’ai été, à nouveau, manger une pizza avant de revenir sur la ligne pour accueillir l’ultimo à 15h45. Vers 20h30, j’ai passé pour la dernière fois la batterie de tests pour MUST puis je suis rentré dormir. Mes pieds gonflent moins qu’en 2013 mais ils sont beaucoup plus douloureux, ce qui m’empêche de passer une bonne nuit. Le dimanche, nous nous sommes retrouvés une dernière fois pour la trop longue remise des prix. Après la distribution des vestes de Finisher 2014, nous posons tous pour une photo avant de se dire « au revoir » et de rentrer vers nos pays respectifs.

                C’était mon dernier Tor en tant que concurrent car j’ai fait le tour de la question et il est temps d’aller courir ailleurs. J’ai ressenti beaucoup moins d’émotions et moins d’échanges que l’année dernière, peut-être le fait d’être seul. Sinon, les bénévoles ont été fantastiques, toujours attentifs à nos besoins, vraiment cette communion entre coureurs, organisateurs et bénévoles est sensible et magique par moments. Cela restera un immense et excellent souvenir et je souhaite à tous ceux qui aiment la randonnée ou le trail en montagne de vivre cette expérience. On visite les 4 coins de sa propre personnalité dans des situations parfois difficiles, ce Tor des Géants est passionnant à tout point de vue, il est difficile de faire ressentir l’atmosphère de cette course par des mots, allez-y, sans hésiter !


5 commentaires

Commentaire de Sylou38 posté le 04-10-2014 à 11:28:56

Excellent récit comme les précédents que j'avais lu et relu plusieurs fois avant de tenter cette fantastique aventure cette année. Je suis presque certain d'avoir discuter avec toi a la première base de vie dans une chambre d’hôtel, j'aurai du écouter tes conseils sur la crème anti échauffement même si ça n'a visiblement pas empêché les ampoules d'arriver.

Commentaire de nicobreizh posté le 05-10-2014 à 21:55:55

Encore un très beau récit comme les années précédentes. Chapeau pour avoir terminer 3 TOR. Quand je lis ton récit, ça me rafraîchit la mémoire sur des détails que j'avais (inconsciemment?) oublié et qui me rappelle que cette course est très dure.

Commentaire de La Tortue posté le 05-10-2014 à 23:05:00

total respect !

Commentaire de toto38 posté le 20-10-2014 à 12:11:48

Quelle course!! Et oui Fireman, on a mangé ensemble et tu m'as doublé je ne sais plus où. Belle gestion. C'est dommage que tu n'ai pas pris autant de plaisir que les années précédentes. Là où je tre rejoins, c'est le coté magique des paysages, les bénévoles en or et l'ambiance!!!

Commentaire de Bacchus posté le 08-03-2015 à 21:33:44

Merci pour ce CR super complet, j'ai appris plein de choses
Bravo pour ta perf, j'aimerais en faire autant en Septembre

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.19 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !