Récit de la course : 12 heures de Bures-sur-Yvette 2019, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : 12 heures de Bures-sur-Yvette

Date : 19/5/2019

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 358 vues

Distance : 0km

Objectif : Pas d'objectif

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Marche doucement

Dimanche 19 mai, 4h30. Il fait nuit, évidement. Sur mon vélo, dans les rues paisibles d’Orsay, j’avance doucement. Pas un chat. Le clair de Lune est magnifique, la température agréable, quelques grenouilles chantent bruyament. Je suis heureux. Je vais vers le départ des 12 heures de Bures, une course horaire autour du bassin de rétention d’eau entre Bures et Gif sur Yvette, que j’avais découverte un peu par hasard au détour d’un entrainement, en discutant avec un concurrent qui en rentrait, épuisé et ravi, en poussant péniblement son vélo. Course historique, qui a plus de 20 ans, mais qui reste étonnamment confidentielle (difficile de trouver un site internet qui l’annonce), je ne suis même pas certain qu’elle ait vraiment lieu aujourd’hui. Qu’importe. En traversant le campus, je fais sursauter un marcheur solitaire, qui déambule pieds nus. « Bonjour », je le lui lance joyeusement. « Bonsoir », me répond-t-il. Je suis heureux.

A une centaine de mètres du départ, je vois enfin les premiers signes que la course aura bien lieu. Un coureur fini de se changer et range ses affaires dans le coffre de sa voiture. Un policier municipal est posté à l’entrée de l’impasse qui mène au bassin. Un barnum est éclairé, où, attirés comme des papillons de nuit par la lumière, des coureurs se pressent, prenant leur inscription. Le temps de remplir à mon tour le formulaire et d’enlever mon survêtement, il me faut rejoindre les autres coureurs sur la ligne de départ. Un organisateur nous compte « 20, 25, ce n’est pas une grosse année, on a eu jusqu’à 50 participants », puis nous entamons un compte à rebours et nous élançons pour un premier tour de piste.

Le tour fait 2 632 mètres. Je le connais parfaitement, c’est mon terrain d’entrainement, j’y passe deux ou trois fois par semaine. Je sais que le cadre est verdoyant, le revêtement souple (malgré les quelques cailloux, qui seront de plus en plus durs), et qu’il y aura, plus tard, beaucoup de promeneurs. Malgré le coté bucolique et confidentiel de la course, j’ai aujourd’hui un vrai objectif, dépasser les 120 km, soit 46 tours. La stratégie est de tourner à 15 min / tour, le plus longtemps possible.

Premiers tours dans la nuit, instants magiques. Deux concurrents sont partis plus vite que les autres, je ne peux m’empêcher de les rejoindre, tout en sachant que c’est une bêtise. Ces premiers tours ont une saveur particulière, courir de nuit est toujours quelque chose de particulier. Tout est calme, chaque bruit prend une résonnance particulière, nous sommes dans une sorte d’atemporalité. J’ai à ce moment une pensée pour mes collègues de la NFL, qui doivent courir sous la même Lune au Champs de Mars. Trois petits tours, et on peut déjà ranger la frontale. Voir le ciel s’éclaircir, salué par les oiseaux, et deviner le jour se lever justifie largement de se lever à 3h30. Pas tous les jours peut-être, mais de temps en temps sûrement. Avec des chaussures de jogging si possible.

Place au petit-matin, toujours aussi paisible. Progressivement, le ravitaillement se mets en place. Eau, sirop, coca, jus de fruit, bananes, jambon, fromage, pain, noix de cajou, twix… tout au long de la journée le ravitaillement va s’enrichir, pour nous offrir une variété de choix rarement égalée, y compris sur les courses payantes. Cette course est gratuite, mais elle a tout d’une grande.

Après le petit-matin, le matin. Il y a plus de monde, les coureurs viennent effectuer quelques tours, un marathon, ou plus encore. Les oiseaux chantent toujours, je réalise soudain qu’il s’agit de la sono qui diffuse ces chants mélodieux. Quelle bonne idée ! D’autant qu’il y a de nombreux « vrais » oiseaux (enfin j’espère) qui nichent dans le bassin (faisant, mouettes, héron, …)

C’est le plaisir de ce genre de course, nous nous connaissons rapidement entre coureurs, et une gentille connivence s’installe entre nous, au fil des tours. Je ne prends pas vraiment le temps de discuter, mais il y a des échanges non-verbaux qui valent beaucoup de paroles.

Le temps avance vite dans cette première partie de course, et il faut le reconnaitre, moi aussi ! J’ai pris un peu d’avance sur mon plan de course le plus optimiste, et commence logiquement à ralentir après la soixantaine de kms. Moment crucial, il ne faut pas paniquer devant ce ralentissement, mais je sais déjà que si je veux atteindre les 120 km, je n’aurai que peu de répit. Je me reproche déjà mon départ trop rapide en voyant, au fil des tours, mon avance diminuer. Jusqu’à où ?

Il y a maintenant beaucoup de monde : cyclistes, promeneurs, coureurs avec ou sans dossard, joellettes, le chemin est bien rempli ! Le speaker anime le village sans en rajouter, je le trouve parfait de gentillesse et de simplicité. Bonheur des bonheurs, je vois apparaitre mon épouse, ma fille et même mon chien qui viennent m’encourager ! Soutient bienvenu et important, après 8 heures de course.

Le speaker m’a repéré et annonce quasiment à chaque passage que je suis en tête de la course. Cela fait plaisir, mais très honnêtement je ne suis pas venu pour le classement. Le but aujourd’hui : courir 120 kms, et je vois mon avance fondre comme neige au soleil. Pourquoi 120 kms ? Pas par amour des chiffres ronds, mais il s’agit de la distance minimale pour participer au tirage au sort pour une certaine course qui a lieu en Grèce, et qui me fait rêver. C'est pour ce rêve que je me dépouille aujourd'hui. 

120 kms / 2.632 = 46 tours. Après 9h de course, j’en ai fait 36. Paradoxe des courses horaires, j’aimerais que l’arrivée soit plus lointaine, qu’il me reste plus de temps pour parcourir ces 10 tours. Mais il ne me reste que 3h (180 minutes), soit 18 min/tour. Après plus de 95 km de course, il ne faudra pas s’effondrer.

J’adopte alors une stratégie pour moi inédite, en m’interdisant de mettre moins de 18 min par tour. Le 37ème tour est franchi en 17 min ? Je m’impose une minute de marche, qui me permets de récupérer en gagnant quelques mètres sur le 38ème tour, que je finis également en moins de 18 min, m’offrant un peu de récupération active pour aborder dans de bonnes conditions le 39ème, et ainsi de suite.

Le speaker annonce que mon avance sur le second est de 14 km, j’ai course gagnée. Mais pas question de lever le pied, un objectif, 18 min / tour. Il annonce plus tard qu’au pointage de 15h20 j’ai effectué 105 kms. Là aussi je reste imperturbable, concentré  sur mon rythme, même si courir 15 km en 1h40 me semble alors impossible. 18 min au tour, si je ne me suis pas trompé dans mes calculs, et si les bénévoles qui pointent manuellement nos passages depuis 5h du matin ne  sont pas en désaccord avec moi, cela reste jouable.

Les tours passent, régulièrement. Plus que 3 tours, je me dis que si je réussi à m’engager dans le dernier tour avant 16h42, c’est gagné. Depuis que je me suis fixé la stratégie « 18 min au tour, pas plus, pas moins » je n’ai pas baissé de rythme, et il n’y a pas de raison que cela change. Je reçois de nombreuses félicitations de participants et des bénévoles, mais ma course n’est pas finie. Derniers efforts, l'objectif est à portée de main.

Au milieu du 45ème tour, je vois arriver ma famille. J’embrasse tout le monde, embarque mon fils avec moi pour les 4 derniers kms, tandis que ma fille et ma femme tournent à contresens pour nous retrouver plus loin. 16h40, un bénévole avec un ruban s’apprête à couper la piste aux concurrents qui semblent trop lents pour finir avant 17h. Il me laisse passer, cette fois, c’est gagné.

Ce dernier tour avec mon fils est fantastique. Nous nous retrouvons seuls sur la piste, je savoure chaque pas.  Un rare sentiment de plénitude. Nous finissons ce 46ème tour (soit 121 km) après 11h 59min 35 secondes de course, quelle maitrise !

Dès la ligne d’arrivée franchie, les premières gouttes de pluie apparaissent, puis c’est une véritable averse qui éclate. Le public se réfugie sous le barnum, où a lieu la distribution des récompenses. Je n’ai pas fait beaucoup de podiums, mais je souhaite à tous un moment  aussi chaleureux que cette remise, où, serrés les uns contre les autres, organisateurs, coureurs, public, fêtent les coureurs, mais surtout fêtent la course à pied dans ce qu’elle a de plus fraternel.



Mais moi qui suis pauvre et n'ai que mes rêves,
Sous tes pas je les ai déroulés.
Marche doucement car tu marches sur mes rêves. (WB Yeats)

7 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 22-05-2019 à 18:47:21

Un récit bien simple pour une victoire toute simple. Bravo car, en plus, le shabitués des courses horaires savent que 120km en 12 heures, c'est tout sauf à la portée de tout le monde.

Respect d'un hamster à dénivelé pour un hamster sans dénivelé...:-)

Commentaire de marathon-Yann posté le 23-05-2019 à 12:56:53

Merci ! respect réciproque ! Et je confirme, faire 120 km en 12h n'est pas simple, même pour le plus obstiné des hamsters sans dénivelé !
Mais tu as vu les cailloux sur la photo avec mon chien, c'est presque du trail, non ?

Commentaire de DavidSMFC posté le 22-05-2019 à 20:25:17

Bravo Yann, après un 24h brillant à la NFL, très belle performance à Bures sur une épreuve deux fois plus courtes... comparables ou pas ces 2 courses ?

Commentaire de marathon-Yann posté le 23-05-2019 à 13:06:29

Merci David !
Question à tiroirs.
Si on compare les deux courses, ca reste des courses horaires, avec quelques compétiteurs, et des gens qui passent faire des tours dans la journée. L'ambiance est très comparable, avec quelques nuances (qualité du ravito, propreté des toilettes - impect à Bures- qualité du revêtement, taille du circuit...)
Si on compare le format 12h et 24h, de la façon dont j'ai couru ces deux courses, en 12h j'ai très peu marché, et logiquement beaucoup plus en 24h. Je trouve presque le 12h plus exigeant de ce point de vue.
Si l'on parle de mon ressenti sur les courses, il y a sur 24h la magie de courir toute la nuit, j'adore. Mais courir à Bures me permets de ne pas bloquer tout un weekend de course à pied, c'est un avantage.
Bref je suis bien embêté pour l'an prochain.

Commentaire de DavidSMFC posté le 23-05-2019 à 21:34:52

Entre les aventuriers de l'Ultra Boucle de la Sarra qui donnent envie, cette épreuve à Bures qui a l'air bien sympa et la désormais traditionnelle NFL, pfff... Il faudrait que les épreuves ne soient pas le même week-end l'an prochain^^

Commentaire de caro.s91 posté le 23-05-2019 à 09:13:53

C'est juste une superbe perf !
Bravo et finalement ca a l'air simple, ni plus vite, ni moins vite !

Commentaire de marathon-Yann posté le 23-05-2019 à 12:58:31

Merci, merci. C'est la première fois que je tentais vraiment le ni plus ni moins, c'était un peu mon va-tout à ce moment de la course, ça a bien marché, tant mieux. Pour que ça fonctionne, il faut être très honnête dans les objectifs que l'on s’assigne.

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