Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2008, par benboulz

L'auteur : benboulz

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 24/10/2008

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 1620 vues

Distance : 150.1km

Objectif : Pas d'objectif

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Mon GRR 2008 à moi

Jeudi soir, départ en car depuis st leu pour st philippe.
Le départ du grand raid doit être donné à 00h00 au stade de saint philippe.
Arrivé sur place, avec une bonne ambience, beaucoup de monde dans les rues.
Vérification des sacs pour le matériel obligatoire.
Je retrouve quelques kikoureurs sur la ligne de départ, prêts à en découdre (fastoch, Castor Junior ...).
Pour ma part, je vais tenter de faire un petit somme au fond du stade histoire de stocker du sommeil, j'en aurai besoin.
Je retrouve Bertrand, que j'avais rencontré au tour de la Grande Casse, encore un kikoureur. On décide de faire la course ensemble, vu qu'on devrait rouler à peu près à la même allure.
L'attente se fait pesante, nous avons tous envie de partir. Finalement, comme prévu, à 00h00 ce vendredi 24 octobre, le départ est donné. Tout le monde se rue vers la sortie du stade.
En quelques pas, je perds Bertrand que je ne reverrai quà l'arrivée. La foule est tellement compacte que l'on a été séparé de suite sans pouvoir se rejoindre. Dommage.
Les premiers kil se font sur le goudron, sous les vivas des spectateurs tardifs. C'est grisant, mais il faut se raisonner et ne pas appuyer de suite. Nous avons 150 km pour aller vite.
Au bout de 3 km, on attaque la première montée, sur une piste goudronnée dans les champs de canne à sucre.
La tension est palpable, on a vraiment l'impression que nous sommes partis pour quelque chose de grand.
Premier ravito rapide, puis début de la montée de Mare Longue. Un petit monotrace bien raide, qui ralenti le cortège. Quelques bouchons nous obligent à nous arrêter. Je profite de la petite vitesse pour ramasser les détritus des coureurs précédents. La poche est vite pleine ...
La farine s'invite dans la course, nous sommes dans un gros nuage.
Plus on monte, plus le ciel se dégage. On voit les étoiles, un lever de lune, c'est magnifique.
Au dessus de la mer de nuage, le ciel est bien dégagé, et le soleil se lève. Nous assistons à un joli quoique timide arc en ciel. Rhhâââââ Lovelyyyy
Le soleil est présent maintenant, sur les contre fort du volcan. Nous longeons la caldeira avec une superbe vue sur le volcan, les coulées de lave, les petits cratères. Rien que pour ça, ça vaut le coup de monter.
Arrivé au premier gros ravito (Foc Foc à 7h).
Petite pause avec coca, sucre, eau. On remplit les poches à eau. J'en profite pour faire un petit somme de 10mn.
Crème solaire obligatoire à partir de maintenant.
A partir de maintenant, le paysage sera lunaire, incroyable. Il fait chaud mais, la vue fait oublier tout ça. Gros ravito/pointage : Le volcan.
Les allures semblent délirantes. Il est 8h30 et on a fait seulement 30km (mais pratiquement 2400m de D+).
Nous traversons la plaine des sables, une étendue toute plate sans végétation, puis on attaque la montée des remparts de basaltes, pour arriver à l'oratoire ste thérèse.
Une méchante douleur au genou droit se fait sentir depuis quelques km (genre tendinite). J'espère que ça va passer ...
Les descentes deviennent douloureuse pour mon genou droite, je n'avance pas à l'allure voulue. Les descentes devraient se faire en courant rapidement.
Nous sillonons dans la petite végétation de cette plaine volcanique, pour arriver à Piton Textor dans la brume. Petit ravito.
La descente sur Mare à Boue est douloureuse (genou). On se tape un peu de bitume pour arriver au ravito. J'en ai plein les pattes, je n'avance pas vite, le plat et les descentes ne se font pas en courant. Une grosse baisse de moral, il bruine beaucoup, je suis mouillé. Pas glop
J'arrive au ravito, je mange, je bois, je remplis la poche à eau. Tout me pèse, mais il faut faire ces gestes répétitifs pour pouvoir continuer.
Je m'arrête un peu, pour m'étirer, retirer mes chaussures, prendre l'air. Je me botte le cul pour repartir, j'aimerai tellement être au chaud ...
Ca fait 12h30 de course et j'ai le moral dans les chaussettes.
Je prend un cachet d'ibuprofene pour le mal de tête, et je repars tant bien que mal dans le passage que beaucoup redoutent : le coteau Kerveguen puis la montée à la caverne du four.
Le moral remonte en disutant avec des participants, l'ambience est bonne. Le coteau Kervegen est très humide, c'est vraiment la forêt tropicale. Ca monte, ca descend dans la bruine/pluie, il y a des échelles à descendre (bien glissante), le terrain est donc gras, c'est rigolo.
Mon mal de genou va mieux, je peux attaquer la montée de la caverne du four à bonne allure. Je double enfin des gens, c'est bon pour le moral.
La montée est très cassante, les marches en pierre d'un mètre, bien glissante, mettent à mal les cuisses. Il pleut, encore ...
A la caverne du four, ravito (17h10). J'y rencontre Alain que je n'ai pas vu depuis 10/15 ans. Il est en poste à la Réunion depuis 1 an et couvre la sécurité du grand raid cette année. On discutaille bien, c'est sympa de faire des rencontres inattendues comme celle-ci.
Je suis de nouveau gonfler à bloc pour attaquer la descente vers Le Bloc et Cilaos enfin. 1200 m de descente mouillée, glissante et bien raide au départ.
Je suis en forme, le mal de genou est oublié, je descends donc rapidement. La nuit tombe
Je remets la lampe frontale avant d'arriver au Bloc. Ravito rapide puis 3 km de goudron pour arriver à Cilaos sans la pluie.
Arrivée à Cilaos à 19h30. Grosse déception : il pleut, pas d'ambience, les différents points (dodo, change, repas, médecin ...) sont éparpillés dans le stade. On est obligés d'aller d'un point à un autre dans la pluie. Pas glop du tout.
Je prends quand même une douche (froide), je vais manger (pas faim) et je vais essayer de dormir un peu.
Je me change (chaussures, chaussettes, t-shirt etc ...).
Je repars à 22h15 dans le froid et la bruine. Je n'arrive pas à me réchauffer. Je mets le bonnet, les gants, la veste. Le départ est vraiment difficile.
Je ne suis pas le seul dans ce cas, je discute donc avec d'autres coureurs.
On descend dans la rivière Bras Rouge, on la traverse plusieurs fois, puis on remonte vers le col du Taïbit. 1200 de montée sèche environ.
Pointage au bord de route dans la montée du Taïbit. Il est 00h30, cela fait 24h que je suis sur mes jambes à marcher/courir.
Coca, thé, biscuit, remplissage de la poche à eau.
Le moral est bien remonté, j'ai chaud, je me suis desapé. C'est mieux donc.
Je rencontre Mathieu et Francis avec qui je vais faire une grosse pârtie du reste de la course. On discutaille ....
Dans la montée, on commence à trouver des gens allongés sur le bas-côté, enroulés dans leur couverture de survie.
Le montée continue puis l'arrivée au col du taïbit. Dans quelques minutes, ce sera à moi de m'allonger sur le bas-côté. En effet, je commence à perdre l'équilibre en descendant. Un gars derrière me dit que c'est l'alcool ...
Finalement, je m'arrête pour dormir 15 minutes réparatrices.
Je repars avec une bonne forme mais j'ai perdu Mathieu et Francis. J'arrive à Marla dans la bruine (3h46). L'ambience est chaleureuse heureusement, les gens sympa.
Je mange, je bois, je remplis la poche à eau. La routine quoi ....
Je me pause quelques minutes, j'ai un coup de moins bien.
Je repère un groupe qui part de Marla, je pars avec eux (4h15) et tente de m'accrocher. Le mal de genou et le moral en berne me font distancer du groupe. Dommage.
Je me traîne lamentablement, je n'avance plus, je me fais doubler, pffff, j'en ai marre.
Le jour pointe petit à petit, heureusement. Le moral remonte avec le soleil.
On assiste à un beau lever de soleil dans Mafate, c'est magnifique. J'arrive à Trois Roches, pour un petit ravito rapide, puis on traverse la rivière (attention à ne pas tomber ...)
J'accroche un groupe puis je retrouve Mathieu qui a perdu Francis. Francis s'est sévèrement blessé en tombant (grosse entorse au genou et cheville). Il sera rapatrié en hélico à la plaine aux sables dans Mafate.
On fait notre bout de chemin jusqu'à Roche Plate (8h17).
Routine : boire, manger, remplir, dodo 10 mn.
Je me réveille et ne voit pas Mathieu. Je repars mais je le rate car il était en train de se faire masser. Je croise les photographes et leur demande s'ils ont vu Mathieu. L'un deux me montre ses photos mais je ne reconnais pas Mathieu.
J'appelle Nico qui a déjà finit depuis quelques heures (il fait 20eme en moins de 28 heures) et je le félicite de sa grosse perf'.
J'appelle Sophie. Je crois que j'ai besoin de parler, parler et encore parler. Sophie aussi je crois. Mais il faut raccrocher pour se reconcentrer sur la course.
Finalement, Mathieu me rattrape quelques minutes plus tard.
Grose descente sur la rivière des galets. Je trempe mes pieds quelques minutes pour refroidir la machine. Ah, ça fait du bien.
On entame la terrible montée vers grand place en plein cagnard. Puis on redescend vers grand place les hauts (école). Arrivé au pointage à 12h15. Je vais à l'infirmerie. Mes pieds souffrent beaucoup, des ampoules sont apparues et m'empèchent d'aller vite en descente.
Une infirmière me charcute les pieds. J'ai plus mal après qu'avant. pas glop encore, je n'avais pas besoin de ça.
Je repars avec un groupe que je compte accrocher. Mais les doubleurs (genou et pieds) m'obligent à ralentir l'allure.
On est dans le coeur de Mafate et c'est sublime, on monte, on descend, on traverse des passerelle, on croise des habitants de ce cirque totalement isolé du monde (seul accès possile : les pieds)
Traversée d'îlets (ilets à brouse, ilet à malheur), puis j'arrive à Aurère (15h40), sous la pluie. Thé, soupe, biscuit, je remplis la poche à eau. Je dors un peu (20mn) en aérat me pieds qui font mal.
Je repars d'Aurère, heureusement, il ne pleut plus. Succession de montée/descente dans des ilots de bambous géants. C'est superbe. Puis c'est c'est la redescente vers la rivière des galets pour l'arrivée à 2 Bras.
On traverse 3 fois cette rivière avant l'arrivée à 2 Bras.
Il est 18h et je file me laver les jambes/pieds afin de profiter des podologues/masseurs/kiné.
Je rencontre Mathieu qui me donne rendez-vous à 20h30 pour un départ vers Dos d'Âne. OK pour 20h30.
Premier passage : podologue, perçage d'ampoules, coussinet sur la plante des pieds, crème anti-frottement : la totale. Et ça fait un bien fou. Je retrouve mes pieds du départ (enfin presque).
C'est autre chose pour mes jambes/genou : mon genou droit est douloureux (genre tendinite) et comme je le soulage en descente, je compense avec la jambe gauche (genou qui prend tout). Petit massage d'1/4h puis strapping.
Miracle, je n'ai plus mal nul part ! Mais tout a pris du temps, je n'ai pas préparé mon sac ni manger et il est 20h.
Rapidos, je vais manger un peu de riz, je me change et fais le plein d'eau. Je suis au rendez-vous à 20h30.
Départ à 20h40 avec Nathalie, Didier et Mathieu, pour un finish ensemble.
Rapidement, l'euphorie du strapping va passer : j'ai de nouveau bien mal au genou, donc le rythme n'est pas élevé, mais le moral est bon.
On arrive à Dos D'Ânes Eglise où on trouve un ravito inhabituel : Pizza au menu.
On arrive à Dos D'Ânes Stade à 23h30. On pointe et je fais un petit somme car je fatigue un peu. J'entame la troisième nuit de course ! Mathieu me réveille et me dit que l'on part. Allez hop, c'est reparti.
La montée du piton batard se fait sur une arrête gadouilleuse à souhait. Il s'est remit à bruiner.
J'essaie d'enlever le strapping qui me gêne et ne sert à rien. Sournoisement, Mathieu m'aide en tirant dessus sans me prévenir. Ca fait un mal de chien mais le strapping a disparu ;). En discutant, je me dis qu'un cachet d'ibuprofene me ferait peut-être du bien au genou, sans trop y croire quand même.
Allez hop, un cachet (enfin 2 plutôt).
Le miracle tant attendu arrive : la douleur disparait !
Du coup, je vais progressivement augmenter l'allure. Finalement, je me mets à courir comme un lapin dans les crêtes avant le kiosque d'affouche.
Descentes boueuses, remontées vicieuses, des coureurs sur le bas-côté ... voici la vision de nuit.
Arrivé au ravito kiosque d'affouches pour la routine : eau, thé, biscuit, remplissage, dodo.
Mes piles commençaient à faiblir et je n'ai en ai plus sur moi. Je demande à un bénévole s'ils ont des piles de rechange. OUF ! ils en ont.
Je repars donc pour la dernière descente avec des piles neuves et un moral d'acier !
J'arrive dans la partie délicate du parcours : il bruine, il vente, le parcours est sinueux sur la piste avec un balisage peu visible.
Je prends la lampe à la main car on y voit mieux quand la lumière est rasante.
J'arrive à la bifurcation pour emprunter le chemin des goyaviers : une succession de montée/descente dans la boue bien grasse et collante, le tout dans un monotrace entouré d'arbres. Un régal !
Je sors du chemin pour l'interminable descente vers colorado. Il bruine moins et ça sent l'écurie ! L'allure est bonne.
J'arrive à Colorado à 5h10 avec un jour qui pointe. Je mange un biscuit et bois du thé. Pas de remplissage, je suis déjà plein du précédent ravito.
Il reste 5km à faire et l'idée d'arriver commence à faire son chemin. je n'ai jamais douté que je finirai mais je passer par des périodes de mou et de ras le bol.
Là, je touche ce à quoi je pense depuis des mois : l'arrivée à la Redoute.
Je n'ai plus de batteries dans mon portable, impossible de prévenir Sophie de mon arrivée.
La dernière descente est technique et longue au dire des personnes qui sont là. Ils m'annoncent au moins 2 heures de descente (pour 5km !?).
Du coup, j'ai vraiment la niak ! et je vais descendre à fond.
Là, j'ai eu mes premières hallucinations, juste après le ravito de Colorado. J'ai vu sur le chemin des gens qui n'existaient pas.
Je continue de doubler beaucoup de gens qui n'avancent pas vite. J'ai la forme, je n'ai pas mal, je veux arriver (l'idée d'être en dessous des 1000 me trotte dans la tête).
Puis viennent les derniers mètres, le goudron avant de rentrer dans le stade, puis la piste d'athlé, puis enfin, enfin, l'arche d'arrivée : la médaille, le t-shirt de finisher .... et la bière salvatrice que j'attends depuis de nombreuse heures.
Je finis donc en 54h22 (j'avais émis l'idée de faire en 50 heures). Je suis content, heureux d'avoir fini en bon état physique et mental, sous le soleil.
Je me pause et retrouve Nico qui m'attendait. Sophie ne va pas tarder à arriver.
Putain, ça y est c'est bouclé pour cette année. Si je pouvais signer pour l'année prochaine, je le ferai immédiatement !
Arrrggll, c'est trop bon d'arriver.
54h22 d'effort, 1026ème au scratch
Un petit debrief avec Sophie et Nico puis je vais à la douche et je m'endors sur la table de massage.
Je rate l'arrivée de Mathieu, Nathalie et Didier. Je les retrouve au repas un peu plus tard.
En partant du stade, je croise Bertrand qui finit à l'arrache en 58h. Je fais quelques mètres avec lui pour l'encourager et le laisse avec sa famille qui l'attend avec beaucoup d'émotion. Bon repos, Bertrand.

 

A la prochaine ....

6 commentaires

Commentaire de fastoch posté le 04-11-2008 à 08:32:00

super, ces impressions sur ta longue, longue route au cours de cette petite compét. Le moral a tenu malgré tout les aléas.
bonne récupération ...avant la saison d'hiver !

Commentaire de PaL94 posté le 04-11-2008 à 09:41:00

Super d'avoir fini malgré la douleur.

Je vois que nous arrivons à peu prés dans les meme temps. Je pense qu'on a du se croiser plus d'une fois. Et je vois surtout ce que tu as enduré.

Bonne Recup'

Commentaire de L'Castor Junior posté le 05-11-2008 à 09:59:00

Benoît, tu as les mêmes recettes que Nico pour finir en flèche : la lampe qui tombe en rade à Affouches ;-))
Félicitations en tout cas pour être allé au bout de l'aventure : tu avais de beaux restes dans les Makes et à l'Etang Salé ;-))

Commentaire de rapace74 posté le 05-11-2008 à 11:15:00

bravo benoit d'avoir fini cette course , dans la douleur ,au plaisir de se revoir

manu

Commentaire de titi posté le 06-11-2008 à 08:39:00

FELICITATIONS POUR TON EXPLOIT ET TON MORAL A TOUTES EPREUVES //

TE VOILA ENCORE PLUS FORT POUR AFFRONTER DE NOUVEAUX DEFIS

Commentaire de bertrand37 posté le 10-11-2008 à 09:02:00

Salut Benoit, bravo pour ta perf, tu m'as deposé dans le biton batard .
Effectivement, dommage que l'on se soit perdu des le départ car j'aurai bien fait un bout de chemin avec toi.
On remet ça quand ?
Bertrand.

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