Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2009, par le breton

L'auteur : le breton

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 23/10/2009

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 929 vues

Distance : 150.1km

Objectif : Terminer

2 commentaires

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Le récit

 

 Désolé pour les phrases en italiques qui devaient accompagner les photos peut être un jour j'arriverai à les faire passer

Le 11/11/2009

A mon père

Le GRAND RAID de la REUNION

ou

La DIAGONALE des FOUS

Le Breton les 23 et 24 octobre 2009


 

 

Voici quelques pages sur mon aventure dans cette île presque perdue dans l'océan indien.

Je ne peux pas commencer ce récit sans parler de l'avant course. Tout a été mis en œuvre pour que la fin de ma préparation soit réussie et que je me lance sur cette aventure dans de parfaites conditions. J' ai eu le droit de gouter à l'altitude et à du dénivelé quelques jours auparavant, histoire d'appréhender la nature du terrain et des pourcentages de pente. En alternance j'ai pu apprécier les bienfaits des baignades en eaux salées. Ceci m'a été offert,entre autre, par mon préparateur physique qui répond au prénom d'Eric et habitant de l'île depuis près de deux ans.

 

Coté alimentation,j'ai pu apprécier l'application du chef de cuisine à mettre les petits plats dans les grands mais toujours dans l'optique du Grand Raid , Mon préparateur culinaire se prénomme Evelyne , créole d'origine et douée dans l'art d'accommoder viandes et légumes locaux pour le plus grand plaisir du palais.

Heureux qui comme Ulysse............

Pour clore cette préparation,j'ai même eu le droit à une sieste particulière et originale. En effet celle ci s'est faite dans un hamac tendu à l'ombre des filaos au bord de la plage de l'Ermitage,Le must du must!!!!

 

H-4 départ de St Paul pour rejoindre le Cap Méchant. La pluie fait son apparition un peu avant St Joseph. Plus j'approche de St Philippe et plus mon moral en prend un coup en voyant toute cette pluie tomber. Je me dis que serai incapable de faire 150 bornes dans ces conditions.

H-2 il faut rentrer sur le stade, ce sera donc une dernière poignée de main à Eric Thierry et Geoffroy et un gros bisou à Babeth ma petite femme. Le temps de procéder à la vérification du sac et de prendre un café, je me dirige vers le grand chapiteau et prend place juste au bord, entre le sec et l'humidité.

H+1\2 on est appelé à se rassembler sur la ligne de départ. La pluie recommence à se laisser aller pour même tomber très fort à 10mn du décompte,

 

Cap Méchant ---Volcan

 

 

Il est à peine minuit et le départ est donné sous les trombes d'eau. Ça y est ,je fais enfin mes 1ers pas sur la Diagonale des Fous, ce fameux Grand Raid de la Réunion que tous les traileurs rêvent de faire au moins une fois dans leur vie.

Nous sortons du stade et déjà nos pieds plongent, jusqu'aux chevilles, dans les rigoles. Les 1ers kms sur la route ne seront qu'un pédiluve tellement les pluies tropicales sont abondantes. Je ne pensais pas que l'enfer était aussi humide. Malgré tout, la bonne humeur reste bien présente. Les encouragements des habitants et autres anonymes sont exceptionnels malgré les conditions plus que déplorables. Le Grand Raid est une vraie institution à la Réunion, on ne manque jamais le départ des concurrents. Merci à eux et à vous qui étiez sur la bord de la route.

Nous attaquerons les champs de cannes à sucre sous le même déluge et ça jusqu'au premier ravitaillement des Camphiers. Pour l'instant les chemins sont encore larges mais vont bientôt laisser la place à un sentier monotrace très pentu. Il en sera ainsi tant que nous n'aurons pas franchi le piton Raymond et rejoint Foc Foc. Le ciel tantôt se voile de nuages crachinants puis parfois nous offre ses étoiles annonciatrices d'un temps plus clément.

La montée est longue, très raide et encombrée de roches et surtout de racines entremêlées et très glissantes. Il faut s' accrocher et être patient car il y a du monde dans le bourg. En sortant de la forêt, s' offre devant nous un long cortège féérique de frontales. On devine mieux, maintenant, les efforts qu' il faudra fournir pour passer du coté de Foc Foc. En fait je devrai attendre le lever du jour pour atteindre le deuxième ravitaillement.

Nous longerons l'enclos du volcan, qui ne se réveillera pas aujourd'hui malgré les petites secousses sismiques enregistrées les jours précédents. Le spectacle offert par le lever du soleil sur le volcan restera inoubliable. Je m' arrêterai plusieurs fois pour admirer cette aube magnifique et pour figer ces instants magiques sur photo.

Lever de soleil sue l'enclos du volcan

 

Le chemin s' aplatit après ces presque 2500m de D+ et permettra de joindre le ravitaillement du Volcan dans une réelle quiétude. J'en prends plein les yeux. Le sol sableux brun rouille, forme un contraste saisissant avec les buissons ocres et gris. Les premiers rayons de soleil suffisent à éclairer, juste ce qu' il faut, cette ambiance particulière. Un vrai régal pour les yeux et le moral.

Route du Volcan, 31 km de fait pour 2590m de D+ il est 6H43 soit autant de course. A ce passage je pointerai à la 999eme place

Les ravitaillements sont à la hauteur de l'événement et que dire des bénévoles et de l'accueil qu'ils nous réservent. C'est vraiment une fête dans ce surprenant univers minéral quasi lunaire. J'active mon téléphone et déjà les SMS arrivent.

 

Volcan---Caverne Dufour (gîte piton des neiges)

 

Jusqu'à Mare à Boue, les 20 prochains kilomètres seront « les plus faciles » !!!!!!du raid. A peine 55m de D+ sur cette portion. J' en prend une nouvelle fois plein les yeux et plein la pellicule. Cette traversée de la Plaine des Sables restera un des moments les plus beaux de ce raid. Cet environnement est tellement unique et irréel que l'on s'imagine mal, être à quelques kilomètres de la forêt tropicale ou même de la mer.

Traversée de la Plaine des Sables!!!! Grandiose!!!!!

 

Une fois passé le Rempart des Basaltes et l'oratoire St Thérèse, on plonge dans la Plaine des Caffres. On change complètement d'univers et on retrouve ici des paysages plus familiers, ressemblants même un peu à la Bretagne de part la douceur des collines et les pâturages gras.

Traversée de la Plaine des Caffres, au fond le Piton des Neiges

J'avance sur ces chemins assez rapidement et je cours modérément sur toutes les portions où cela est possible. Du coup je dépasse plusieurs coureurs qui préfèrent la prudence, peut être ont-ils raison?

J'arrive à Mare à Boue en 827eme position après 9h37 de course avec de bonnes sensations pour ce premier tiers du parcours. Le ravitaillement est assuré par l' Armée et nous propose déjà un premier repas chaud.

Les 12 Km à suivre crédités de 1100 m de D+ . Nous retrouvons vite de la végétation plus dense dans cette contrée moins accessible et beaucoup plus escarpée; Nous sommes sur les contreforts du Piton des Neiges. Nous croisons les premières fougères arborescentes. Je me régale de cette végétation tout à fait nouvelle, malheureusement elle nous empêche de voir notre évolution dans cette ascension. Je prends donc mon mal en patience et profite plutôt de l'absence de chaleur pour progresser d'un bon pas. Je me dis que ''ce qui est pris n'est plus à prendre '' et s'il fait chaud demain,

j'aurai tout le temps de marcher à ce moment là. Mais peu avant le Gite du Piton des Neiges je

Gite Piton des Neiges plateau de Kerveguen

commence à accuser le coup de mon allure un peu trop vive et j'avance bien moins vite. Le quart d'heure de pause au ravitaillement de la Caverne Dufour va me faire le plus grand bien mais je ne m'y attarde pas car il ne fait pas très chaud. Cette portion m'a paru très longue mais m'a permis de penser aux prochaines heures en essayant d' établir un plan. Celui-ci sera d' essayer de ne pas passer plus d'une heure à Cilaos, me permettant ainsi d 'arriver au col du Taïbit pour la nuit. Après, l'idéal serait de passer la nuit dans Mafate pour en ressortir au petit jour, mais c'est vraiment un ''idéal''.

Il est 13h soit 13 heures de course pour 62 Km et 4211m de D+ je pointe maintenant à la 648eme position. Bien que la place soit secondaire c' est le nombre d'abandon qui doit être important. Il est vrai que je dépasse quelques coureurs mais pas autant que les places gagnées entre chaque pointage.

 

GITE PITON DES NEIGES ---- CILAOS

 

 

Dans la descente vers Cilaos je retrouve des jambes et me revoilà sur un bon rythme. La pente est très raide 1100 m de D- pour seulement 4,6 Km. Le chemin est jonché de marches plus ou moins hautes. Ah! les marches du Grand Raid!!!!!!!! Ce n'est pas une légende!!!!Au Bloc on retrouve une portion bitumée qui nous emmènera jusqu'au stade et je ferai les derniers hectomètres avec Thierry. Je retrouve enfin ma petite femme Babeth ainsi que Eric ,Evelyne et leurs enfants sans oublier Anne bien sur. Merci à vous de m' attendre sur ce long parcours. Ça fait vraiment du bien de vous voir tous là et de vous entendre dire que j'ai encore une bonne tête.

A CILAOS avec Eric

En m'asseyant et en mettant à genoux je m'aperçois que c'est la première fois que je me ''pose''.Eric me passera des vêtements chauds que je mettrai volontiers car le ciel est toujours gris et à l'arrêt il commence à faire un peu frisquet. Plus tard je me changerai avec ce que m'a amené soigneusement Babeth. J'ai tellement la tête dans la course , je me rend compte seulement maintenant que je n'ai rien vu de la beauté du Cirque de Cilaos à cause du plafond trop bas.

Après m'être restauré d'un bon repas chaud je quitte le stade et les miens pour affronter le col du Taïbit et une 2eme nuit dehors. Je sors de Cilaos après 1h10 de repos. Il est 15h40 et 70 Km pour 4231m de D+. Je pointe désormais à la 614eme place après être entré en 586eme position. J'ai donc pris plus de temps que les autres coureurs de mon rang.

Des marches déjà des marches..... Fougères arborescentes

 

CILAOS ----- Marla par le col du TAIBIT

 

 

Je repars en courant et plonge dans la descente vers Bras Rouge et le Bassin Fouquet, la remontée est très raide et parsemée de nouvelles petites descentes usantes par leur répétition. Enfin nous gagnons la route qui marque le départ du sentier du Col du Taïbit. A cet endroit nous frisons les 75 km c'est à dire la moitié du parcours. Une nouvelle fois nous aurons le droit à un accueil très chaleureux. Il faut dire aussi que la pluie est venue déjouer les projets de certain. En effet, la décision de poursuivre ou non l'aventure pour une nuit Mafataise se prend maintenant, dernier délai. Car une fois basculé de l'autre coté du col, il n'y aura pas de rapatriement possible (sauf cas d'urgence évidemment d'ailleurs il n'y aura que 10 évacuations par hélicoptère pour 2540 coureurs au départ).Le prochain accès pour les véhicules ne sera pas avant Deux Bras, la Rivière des Galets au 121eme Km.

 

Photo du cirque de Mafate une semaine avant

 

Je pointe ici à la 514eme position!!!!!que d' abandons. Pour moi la décision est déjà toute prise et m'engage dans l'ascension du Taïbit qui culmine à 2080m. Encore 4Km pour le franchir et 950m de D+ à avaler. Il faut y aller au train, sans accélération et sans à coup, enfin c'est ma façon de faire. Deux replats seront les bienvenus et faciliteront la progression dans cette montée très abrupte. La pénombre s'installe, il doit être 18h30 19h . Du dernier replat, dans l'épaisse forêt, jusqu'au col, le froid me surprend quelque peu. Cette fraicheur est due à l'altitude et à l'ambiance humide du moment. Au passage du col je sors la frontale et m'en vais affronter l'univers impitoyable des MARCHES de MAFATE . J'arrive à Marla à 19h25 et pointe à la 466eme place, nous sommes au 83eme Km pour 5503m de D+. A partir d'ici je ressens le besoin de m'assoir à chaque ravitaillement autant pour le repos mais aussi pour bien prendre le temps de manger et boire. J'ai tout intérêt à bien gérer tous les détails pour survivre à cette deuxième nuit.

Ma façon de faire aux ravitaillements est toujours la même. Je commence par l'eau et le coca puis je passe ensuite aux denrées salées liquides et solides. J'attaque d'abord par de la soupe puis passe au saucisson, gâteaux salés, pâtes et poulet quand cela est possible puis re-soupe pour faire passer le tout. Ensuite je repasse au sucré eau et coca puis je finis avec de la banane. J'en prends d'ailleurs toujours une pour manger sur le parcours.

 

 

MARLA--- DEUX BRAS, RIVIERE DES GALETS

via TROIS ROCHES--- ROCHE PLATE---GRAND PLACE--- ILET à BOURSE et AURERE

 

Ici va commencer l'enfer de Mafate, je vais entrer dans le cœur du cirque, le cœur de la nuit et en plein cœur du Raid. Je vais me retrouver souvent seul dans ce labyrinthe mais il n'y a pas de souci, la direction à prendre est bien indiquée. C'est déjà un tracas de moins mais celui qui m'occupe le plus l'esprit c'est celui de la vitesse à adopter pour tenir le plus longtemps possible. Marcher vite ou plus lentement, trottiner ou courir plus rapidement, finalement je crois que je vais me poser la question toute la nuit sans vraiment trouver de réponse. Mais pour finir tout va se faire au feeling avec les plus ou moins bonnes sensations du moment.

Je m'éloigne donc de Marla en direction Trois Roches. Je lis ou relis mes SMS qui ne cesse d'arriver. C'est vraiment génial la technique merci encore à vous tous. Au départ c'est plat (en fait c'est jamais très plat) puis ça tourne à gauche puis à droite ça descend, puis ça re-tourne à gauche et encore à gauche, ça remonte puis à droite et enfin ça redescend pour la Nieme fois. Voilà ça se résume à ça, Mafate la nuit. On aperçoit des lampes au dessus parfois au dessous, à droite à gauche . On ne sait même plus si ces coureurs sont devant ou derrière. De temps en temps on croise des jeunes du coin autour d'un feu de camp. Cette scène se répétera trois ou quatre fois dans la nuit. J'ai parfois l'impression d'être passé au même endroit plusieurs fois de suite. Les mêmes feux, les mêmes marches et en plus ils écoutent la même musique. Il y a des moments c'est pas facile à vivre tellement on a l'impression de tourner en rond. De jour ça doit être bien différent, on doit mieux appréhender le relief et ses aléas. Par contre quand il fait chaud je veux bien croire que c'est un vrai chaudron.

Photo à Roche Plate une semaine auparavant

 

Je passe Trois Roches à 21H22 en 432eme position. Il est vrai que je dépasse quelques concurrents, mais certains doivent déjà souffrir et renoncent à aller plus loin ou alors repartiront beaucoup plus tard. Après quelques kilomètres dans les mêmes conditions et toujours sur le même rythme, je rejoins, après encore une bonne grimpette, Roche Plate. Ici nous sommes au 95eme km

et les deux tiers du D+ est avalé.

Je continue donc par monts et par vaux ce périple nocturne. Mon moral est bon car j'évolue, environ, à 3Km/h malgré le terrain plus qu' escarpé. Mes jambes répondent toujours aussi bien. Mon seul souci, est que je sens que le sommeil va me prendre. Je repousse le plus loin possible le moment où il va falloir m'arrêter. De nombreux coureurs se sont assoupis à l'école de Roche Plate puis d'autres sur le bord du chemin. Pris de fatigue importante ils dorment assis la tête entre les mains, ou allongés derrière un rocher sous la couverture de survie.

Pour l'instant j'avance encore et passe le 100eme Km juste après avoir franchi la Rivière de Galets où est installé un camp de la croix rouge. Là encore il y a du monde à dormir. Pour les deux prochains kilomètres il nous faudra surmonter un mur de 600 m de D+. Là ça devient dur et une grande fatigue s'installe mais j'arrive tout de même à rejoindre Grand Place sans avoir besoin de m'arrêter. Il est 2H 16 nous en sommes à 26H 16 de course je pointe en 366eme position. Je commence par m'assoir et à boire tranquillement en essayant de faire le point pour aborder la suite. Je n'arrive pas à me décider, dormir ici ou encore aller plus loin. A cet instant je préfère rester là. Je me restaure avec le même menu que d'habitude, je recharge mon sac en eau, prend un peu de temps. Puis après avoir parlé avec un bénévole, je décide tout de même de me relancer dans l'aventure pour rejoindre Aurère à 9Km de là. La pause m'a requinqué quelque peu.

D'après ce bénévole, les prochains kilomètres ne sont pas trop ardus. Mais le sommeil me rattrape dans les plantations de filaos, et m'envoie dans quelques somnolences éphémères. Le chemin n'étant pas dangereux à cet endroit, je relâche ma concentration et du coup titube par manque de vigilance. Je lutte encore et me dis que le jour devrait se lever dans 1H, 1H30 et que passé ce cap ça ira peut être mieux. Je dépasse dons l'îlet à bourse puis l'îlet a malheur puis arrive enfin à Aurère aux aurores.

Photos dans Mafate une semaine avant

 

L'accueil est toujours le même, applaudissements et encouragements, malgré l'heure plus que matinale. Certains concurrents ont des têtes vraiment très marquées par cette deuxième nuit de crapahute. Avec le jour on se rend mieux compte des effets produits par les efforts après 29 heures de course. Il est 5h19 au 112eme Km et 7630m de D+ avalés je ponte à la 347eme place. Mon parcours pour l'instant est au dessus de toutes mes espérances. Je rêvais de faire moins de 50H. J'avais établi ce projet sans connaître le terrain et ni surtout le poids de la chaleur sur cette île tropicale. Jusqu'ici, pour ce qui est des températures, je suis vraiment gâté de ne pas avoir eu à subir les assauts du soleil. Les dieux de la Réunion sont avec moi. Je prends une nouvelle fois la décision de repartir sans dormir en comptant sur le jour pour évanouir mes coups de barre. Je sors de ce ravitaillement pour gagner les contreforts de Mafate. J'ai la tête pleine de sommeil et sans dessus dessous par cette nuit tourmentée. Il est vrai qu'on comprend mieux la topographie du terrain en plein jour c'est bien moins étourdissant. Des micro- somnolences me reprennent de nouveau. Je ne suis pas le seul, ça et là des coureurs emportés par la fatigue se sont endormis le long du chemin. Je me remets à courir pour essayer de me réveiller et ça a l'air de fonctionner. Je garde donc pour cette allure pour toute la descente et opterai pour la marche et le trot quand j'aurai rejoins la Rivière des Galets. Plus que 2Km et la barre des 120Km sera franchie. Il est 7h08 soit 31h08 de course pour 121Km et 7660m de D+ et je pointe maintenant à la 351eme position.

Sortie de Mafate en descendant vers la rivière des Galets

 

Au poste de Deux Bras, une fois encore, l'armée fait parti de la fête en nous offrant un ravitaillement de qualité et des plats chauds excellents

 

DEUX BRAS ---SAINT DENIS Arrivée

Via Dos D'Ane, Kiosque d'Affouches et Colorado

Il reste moins de 30Km avec encore deux ascensions dont l'une de choix, celle de Dos d'Ane (735m D+). Il faut faire preuve de vigilance sur cette pente, elle est par endroit assez vertigineuse. Je me hisse là haut dans un bon tempo. Si je dois comparer avec le grand raid des Pyrénées, à cet instant de la course j'ai pour habitude de manquer de jambes. Mais cette fois ci ce n'est pas le cas et ça va même plutôt bien. Cela est peut être dû aux nombreux SMS que j'ai la chance de recevoir depuis le début. Merci à vous tous de croire en moi et de me porter vers l'arrivée. Eric et Thierry sont venus à ma rencontre et m'accompagneront jusqu'au stade de Dos d'Ane. Pour la deuxième fois du Raid je retrouve avec plaisir tous ceux qui m'accompagnent dont Babeth qui est heureuse de me voir encore en bon état. Malgré les 128Km et les 8500m de D+ , ils me trouvent une assez bonne tête et je ne leur mens pas en leur avouant que je vais bien. Ils m'annoncent que j'ai encore vingt places de mieux qu'à Deux Bras. Merci à vous qui êtes sur place et qui m'attendez pendant des heures pour me voir seulement un petit quart d'heure

Merci à vous Fidèles supporters

Je repars avec Thierry et Eric qui m'emmèneront jusqu'au départ du sentier du Piton Bâtard. C'est la Der des Der, 561M de D+ dans un superbe environnement. En effet le soleil est au rendez-vous depuis l'ascension de Dos d'Ane. L'envie de dormir m'a définitivement lâché. Le sentier s'élève rapidement et devient même parfois assez aérien sur quelques passages de crêtes. Une dernière pente très raide nous hisse en haut du Piton Bâtard. Je prend de plus en plus de plaisir sur ces hauteurs, le chemin est très agréable à courir et les jambes suivent toujours aussi bien, j'en suis le premier surpris. Dans la descente un peu, pour ne pas dire très glissante par endroit, je gagne le Kiosque d'Affouches,où nous sera servi une soupe des plus succulentes du Raid. Je ne dis pas que les autres n'était pas bonnes mais celle-ci était vraiment fameuse, j'en ai encore l'eau à la bouche.

Après dix minutes de pause je reprends la course en trottinant sur les trois kilomètres de route forestière. Je serai moins à l'aise dans les descentes suivantes car l'humidité de la veille les a rendues très glissante. Malgré tout j'y trouve de bons appuis et enchaine les hectomètres les uns après les autres. J'arrive dans d'excellentes conditions à Colorado. Un dernier verre et hommage aux bénévoles puis je plonge à toute vitesse vers St Denis. Il me prends l'envie de finir en beauté et ne vais pas cesser de courir durant cette ultime descente. Mais le bas est beaucoup plus compliqué et encombré de pierres plus ou moins grosses. Il me faut faire attention à tous mes appuis pour éviter l'entorse qui pourrait survenir à tous moments. Mais je ne veux rien lâcher et pourtant j'aurais largement le temps de finir tranquillement à pied. Mais je suis presque dans un état second tellement je me sens bien. Je redescends sur terre au moment où je retrouve Thierry, Geoffroy et Guillaume qui sont venus à ma rencontre pour m' accompagner jusqu'à a ligne d'arrivée. Je crois qu'ils sont aussi heureux que moi d'en finir avec ce Raid. Ils ont vécu cette aventure différemment de moi mais ils étaient tous à fond dedans. La Redoute est là, sous mes pieds ce stade qui nous fait rêver depuis si longtemps Je passe sous le dernier pont et là j'aperçois Eric qui est fou de me voir en aussi bonne forme. Je tourne à gauche et entre sur le stade de la Libération. On ne peut pas expliquer ce qui se passe dans les derniers mètres d'une course comme celle-ci et encore moins au

Descente du Colorado Stade de la Redoute

 

moment de franchir la ligne salvatrice. Ce sont des sentiments mélangés de bonheur, d'accomplissement, de plénitude et de je ne sais quoi encore mais en tous cas ça fait du bien. Ce sera donc sous les applaudissements des miens et d'autres anonymes, fans et respectueux de l'exploit, que je savoure le passage de cette ligne. Je pense qu'à ce moment là je ne réalise pas vraiment que je suis finisher d'une course mythique,le Grand Raid de la Réunion. J'ai survécu à La DIAGONALE DES FOUS c'est Géant c'est Grandiose... Nous sommes dans la quatrième dimension. Il est 14h23 soit 38H23.54 de course et 312eme. Certains auront du mal à retenir leurs larmes!!!! hein Eric!!!!!Tellement heureux que je finisse cette course dont il rêve tant. Plus que 50 semaines à attendre !!!!!! Ça devient bon. Pour une fois je ne vais pas craquer et finir en pleurs. Je prends le temps d'apprécier ma médaille et mon tee-shirt de Finisher avec ma petite femme.

L 'Apothéose ….. la Délivrance …...... un grand Régal.....

 

Merci à ma première supportrice, Babeth d'avoir accepté que je relève le défi de cette longue escapade et de faire en sorte que je vive ces immenses moments de pur bonheur. Merci de m'avoir porté jusque là, vous qui me supportiez de près, Eric et Evelyne Anne et Thierry, Gaïtan Guillaume et Geoffroy. Merci aussi à mes enfants Antoine Floriane et Thibault qui m'ont aussi soutenu depuis Guer, cette petite ville Morbihanaise. Mais je n'oublie pas non plus Daniel et sa petite famille qui s'est surpassé de super SMS. Merci aussi à vous les Asaecois, membres de ce club de Coëtquidan dont j'ai porté les couleurs jusqu'à St Denis. Alors merci donc à Dédé et Camille, Anne-Laure et Yann, Christian et Montserrat, Philippe et Marité, Pascal et Véro, Michel, Mélanie et Luc, Manu, Bruno et Nathalie, Marco, Patrick, Pierrick, Claude.

Merci bien évidemment aussi à tous les Bénévoles qui font de cette course une véritable fête.

Je ne peux pas finir ce récit sans remercier encore une fois les organisateurs, ces faiseurs de rêve, ces traceurs de chemins mythiques, ces amoureux de courses à pieds et de nature, ces premiers FOUS qui ont osé nous confier leurs terrains de jeux sublimés de leur passion.

MERCI A LA REUNION ET A BIENTOT

 

Thierry,Anne,Evelyne,Goeffroy,Guilaume et Eric Babeth et un survivant du Raid

en médaillon: Gaïtan

2 commentaires

Commentaire de gmtrail49 posté le 08-12-2009 à 09:30:00

Quel magnifique récit, superbement écrit.
J'y ai retrouvé toutes les émotions que j'ai pu ressentir il y a un an, notamment cet état second dans la dernière descente où tu ne ressens plus aucune douleur, plus aucune fatigue, habité par le sentiment de pouvoir continuer encore des heures (ce qui n'est sans doute pas le cas !). Ces instants trop rares sont vraiment magiques.
Bravo à toi pour ta gestion de course et bonne récupération.
JP.

Commentaire de gilou01 posté le 09-12-2009 à 20:47:00

bravo pour ta course et ton recit ca donne vraiment envie vivement 2011

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