Récit de la course : Trail de la Vallée de Chevreuse - Découverte - 20 km 2010, par Razouille

L'auteur : Razouille

La course : Trail de la Vallée de Chevreuse - Découverte - 20 km

Date : 4/4/2010

Lieu : Le Perray En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 1275 vues

Distance : 22.5km

Objectif : Terminer

7 commentaires

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Le récit

7e trail de la vallée de Chevreuse, parcours "découverte"

Dimanche matin, y’avait course. Enfin course, faut le dire vite. C’était un trail en fait, une épreuve nature où des coureurs qui marchent côtoient des marcheurs qui courent. Pour ma part ça n’a été ni vraiment de la rando, ni franchement de la course, mais quoi que ça ait été, le moins qu’on puisse dire c’est que ça m'a pris longtemps. 3h26 quand même pour venir à bout de ce parcours du combattant et à l’heure qu’il est je ne saurais dire si je suis content d’y avoir survécu ou écœuré d’avoir mis autant de temps.

Dimanche matin donc, lever à 5h45 comme une fleur, avec juste cette question à laquelle je refuse de répondre : faut-y pas être un peu taré pour se lever à une heure pareille un dimanche matin pour aller se les geler dans la boue ? C’était bien la peine de prendre 10 mois de rabe en faisant objecteur de conscience, si c’est pour s’imposer quinze ans plus tard, des loisirs à l’arrière gout de stage commando mais passons, me voila vers 8h du mat, aligné devant le centre omnisports du Perray-en-Yvelines, prêt à en découdre avec ce trail « découverte » de 20km. 20 km qu’y disaient.

Comme il se doit sur ce type de course, je n’ai pas la moindre prétention chronométrique. Tout juste ai-je estimé qu’ayant bouclé les 16,5 km de l’Ice trail en 2 heures et considérant les 4 kilomètres et 400 mètres de dénivelés positifs supplémentaires, j’en ai pour un peu moins de 3 heures. Je sais donc que j’entre dans un autre monde, celui des courses de plus de 2 heures et pourtant, même pas peur ! J’ai la couverture de survie, du ravitaillement pour 3 heures et l’envie de terminer parce que quand même, les trailleurs, les vrais, sont partis une heure avant pour 55 kilomètres et que ça n’est pas 20 malheureuses bornes qui vont venir à bout de mon inépuisable réserve d’énergie intérieure.

C’est donc parti. Départ tranquille, à travers la très photogénique zone industrielle du Perray avant de longer quelques pavillons cossus et de rentrer dans le parc régional de la vallée de Chevreuse. Ces quelques kilomètres de plat nous servent d’échauffement puis arrive la première montée et avec elle l’heure de la séparation, Laurent partant devant pour en découdre.

S’en suivent 2 heure et demi de boue, de vase, de ronces, de montées et de descentes. La première heure passe comme un charme. Je suis finalement assez en forme malgré les kilos repris ces derniers mois et ma préparation plus qu’insuffisante (seulement 5 petites séances en trois semaines après la coupure de 15 jours pendant lesquels j’étais en Asie à faire tout sauf de la course à pied). Je bois à petites gorgées régulières, je marche énergiquement dans les montées, je cours dès que les montées faiblissent, bref je casse la baraque. Certes le terrain est impraticable, certes j’ai de la boue jusqu’aux yeux, certes mes pieds sont trempées et l’eau glaciale mais j’avance sans me soucier du reste.

Et là c’est le drame. Je regarde mon GPS qui m’indique que j’ai parcouru… 6 kilomètres. Juste 6 tout-petits kilomètres. Je ne suis donc pas proche de la mi-parcours comme je le pensais mais à peine au quart (parce qu’en fait il fait pas du tout 20 km ce 20 km). Du coup je suis partagé entre l'envie de m'économiser et d'accélérer, mais de toute façon dans ce bourbier c'est plutôt le terrain qui décide. Le temps passe et le parcours devient un peu plus roulant, moins de boue mais toujours ces descentes qu’il faudrait descendre en courant mais dans lesquelles je n’ose pas lâcher les chevaux et ces montées épuisantes où je maudis à chaque pas les quintaux de nems et de sushis ingurgités sans retenue pendant mes vacances. C’est marrant remarquez bien, mais ça reste assez loin de l'idée qu'on se fait de la course à pied. Ah si, toutes les 10 minutes environ il y a 100 mètres d’à peu près plat propices à une allure proche d’un footing lent du dimanche matin. Sinon, ça ressemble surtout à de la marche forcée. Ça peut paraître délirant mais en passant sous une espèce de pont dans le lit d’un ruisseau, je me mets à penser aux jeunes bidasses qu’on envoie à la guerre marcher dans la jungle des jours entiers avec un fusil à la main et toute notion de plaisir et de souffrance devient abstraite. Puis une pierre glissante qui manque de m’arracher la cheville me rappelle qu’un peu de lucidité sur ce type de chemins peut aider à ne pas finir au fond du ravin et me voilà reconcentré sur ma "course".

Vers le 15e kilo, petite sueur froide. Nous nous retrouvons devant 3 chemins possibles. Après avoir un peu jardiné, une coureuse nous remet sur le droit chemin. D’après mon GPS, nous n’aurons fait que 500 mètres de rabe mais du coup j’ai perdu mon groupe repère et je me retrouve avec un autre groupe encore plus lent. Déjà que j’allais pas vite, là ça devient vraiment pathétique. Je décide de partir chasser mon groupe mais au moment d’accélérer pour doubler un coureur, une crampe au mollet foudroie toute velléité de recommencer. Ça fait presque deux heures et demi que je suis parti et je commence à être un peu inquiet sur mes chances de finir cette course en courant. Sans compter cette histoire de barrière horaire à 3h30 qui devient mon nouvel objectif.

À 17 km je commence à être en rade d’eau. Je m’alimente rapidement puis un kilomètre plus tard je débouche sur le chemin que nous avions emprunté au début avant de commencer à grimper. Petit calcul rapide, là, c’est sûr, le parcours fait beaucoup plus de 20 kilomètres. J’estime qu’il en reste encore au moins 4 soit pas loin d’une demi-heure de course, bien plus si je me remets à marcher. Je suis loin d’être épuisé mais comme souvent en fin d’épreuve, je gamberge. Je me demande à quoi tout cela rime. Je marche. Et puis un coureur surgit derrière moi et avec un sourire me prend par le bras avec chaleur et me lance : « allez, faut finir en courant ». Je repense à Murakami et à son récit de la fin de son 100 km et ça me redonne du courage car entre les crampes et la soif, cette petite balade dominicale est en train de prendre une allure franchement pénible.

Je me mets en mode « avance quoi qu’il se passe » et me mets à trotter à 9km/h pour ne plus jamais m’arrêter jusqu’au passage sous l’arche d’arrivée que je franchirai au bout de 3h26 dans l’indifférence générale. Je retrouve Laurent un peu plus tard déjà changé, douché qui est arrivé depuis un peu plus de trois quart d’heure et qui fini 108e en 2h38. Pour quelqu’un dont la préparation pour son premier trail s’est bornée à un footing d’une heure et quart une semaine avant et qui n’avait jusqu’alors jamais couru plus de 50 minutes, ça laisse rêveur. Quant à moi, je termine comme il se doit dans les limbes du classement, 329e sur 364 mais dans une fourchette finalement assez conforme à mon niveau. Lent donc, mais finalement content. Comme d’hab.

7 commentaires

Commentaire de caro.s91 posté le 05-04-2010 à 20:17:00

Mikl, tu es allé au bout de toi-même, tu n'as pas renoncé et même si le moral a faibli tu as su te remotiver et finir avant la limite. Quant à Laurent je dirai qu'il y a des gens doués naturellement!
En tout cas, un récit sympa et agréable à lire.

Caro

Commentaire de shunga posté le 05-04-2010 à 20:35:00

Rien à ajouter de mieux que caro. Mais ne soit pas si négatif. C'est une course que tu fais sur deux pieds. C'est donc de la course à pieds... Peu importe la vitesse. Certains n'ont pas la force de terminer. Toi tu l'as eu. Ce n'est pas comparable avec la route, après si tu n'aimes pas la boue, le sable, la neige verglacée, la flotte et le dénivelé, beh c'est peut être pas le sport qu'il te faut. Mais j'ai dans l'idée que t'es déjà accroc ^^

Commentaire de Tonton Traileur posté le 05-04-2010 à 22:40:00

BRAVO Razouille !
C'est courageux de ta part de te lancer sur ce genre de "casse-pattes" aprés un régime nems et autres fritures ...

Commentaire de Jay posté le 06-04-2010 à 08:28:00

"faut-y pas être un peu taré pour se lever à une heure pareille un dimanche matin pour aller se les geler dans la boue ?" : si si je te confirme ;-P .. faut l'etre et ce n'est que le début. Bien loin des 10kms, tu as choisis de courir sur l'Icetrail et le TVC qui sont loin d'etre les trails les plus simples ..
Au plaisir de te croiser sur des trails avec un peu moins de boue et tu verras le pied .. ou les pieds que tu prendras ... un p'tit tour sur le trail des Cerfs du coté de Rambouillet te sera des plus sympas.

Jay

Commentaire de TomTrailRunner posté le 06-04-2010 à 17:53:00

Le classement et la vitesse importe peu.
La volonté, la joie de l'arrivée et les vicissitudes du parcours bien plus.
Bravo à toi d'avoir su vivre les secondes et oublie le reste

Commentaire de Land Kikour posté le 06-04-2010 à 22:41:00

Le chemin importe peu, la volonté d'arrivée suffit à tout..... et cette volonté tu l'as eu et c'est bien le principal.
Bonne récupération.

Commentaire de vinch64 posté le 08-04-2010 à 19:39:00

Félicitations Mikaël!!!
Combien de dénivelés pour les 20 et quelques kms?
J'ai vu des photos et il y avait l'air d'y avoir des montées bien raides.

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