Récit de la course : Trail des Forts du Grand Besançon - 45 km 2010, par seapen

L'auteur : seapen

La course : Trail des Forts du Grand Besançon - 45 km

Date : 9/5/2010

Lieu : Besancon (Doubs)

Affichage : 787 vues

Distance : 45km

Objectif : Pas d'objectif

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trail des forts, la cinquième.

Dans trois semaines, le trail des forts. C'est seulement une info qui apparaît ici ou là, par-ci par-là. La question d'y participer se pose aussi. Je ne sais pas. Peut-être, peut-être pas.

Franchement dans l'état actuel des choses qui me voient débuter d'une façon pleinement satisfaisante la saison, j'ai envie de ne pas gâcher toute cette préparation qui a abouti au Rêverot trail dernièrement. Je veux me donner le temps de la réflexion.

Mais bien sûr les jours passant, j'y pense et suis bien obligé de me positionner. Les organisateurs ont encore innové et nous offrent à courir 2 distances, une plus courte de celle habituelle de 5 kms et l'autre longue de 45kms avec son dénivelé positif de 2020. C'est tout de même un gros morceau d'autant plus que l'année dernière j'étais allé au bout des 33kms sans que celà soit la panacée. Mon but étant d'arriver sans retomber dans les déboires des années précédentes. Franchement la performance n'était pas totalement là et j'avais éprouvé toute la difficulté de cette course malgré mon attachement à bien saisir le profil. J'aurais aimé être plus à l'aise.

C'est qu'elle ne se laisse pas dompter facilement la mégère. Si je me décide à la courir je veux assurer totalement mais en prenant des risques car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire comme dirait Pierrot dans son Cid.

Le 28 kms est séduisant mais ne trouve pas sa place dans le déroulement actuel de mon programme. Il est certain que de s'éclater sur une telle distance, ce doit être le pied.

Bon c'est clair, ne tergiversons pas, c'est le 45 qui m'attire de plus en plus précisément. Il n'y a qu'à voir la façon dont je me plonge dans le profil en le divisant en portions de distance, de temps, répérant les lieux de ravitaillement. Bref je vais le faire et m'inquiète assez tardivement de mon inscription. Une saine réaction me fait vite réagir lorque je découvre le nombre limité à 1300. Les organisateurs en sont à 1195. Nom d'une pipe ! Saisi d'un intuition, je sens que cette année le réglement sera le réglement, j'envoie donc mon courrier. Ouf il était temps, 3 jrs après, c'en était fait. Ving' d'zou (en patois fllanc comtouais, vin diou !)

Mon entraînement se déroule dans la continuité de ma pratique de ce printemps. Je suis assez satisfait de mes sorties qui me voient plus performant en temps et en confort de course sur une distance d'environ 28 bornes en quatre bosses de 150+ à 250+. Je cours plus particulièrement 2 fois le week-end et pratique une sortie en milieu de semaine de 50 mn sur petite route.

La santé va bien et pas de problèmes techniques sinon une sensiblité sous le pied entre les métatarsiens et le médio-pied. Je ne m'en fais pas et ne veux diagnostiquer pour l'instant qu'une petite talure. car le moral est au beau fixe. En gros, t'as mal mais tu t'en fiches malgré la sensation du muscle meurtri.

La semaine qui précède, c'est le repos total. Pas de sorties. Je ne céderai pas à la tentation ; c'est mon point faible d'en faire toujours trop lorsque arrive l'échéance mais je suis vraiment décidé à mettre des atouts dans mon jeu car ce trail ne me fera pas de cadeaux. Et je consulte, pas mon médecin, non ! mais tout ce qui a rapport à l'environnement de cette course nature. Le profil, la distance, les terrains traversés d'après les souvenirs qu'il m'en reste. Conformément à mes habitudes je ne vais jamais sur les lieux avant une course même si celle-ci s'effectue localement.

Le souvenir précis du tracé est très net maintenant dans mon esprit des premiers deux tiers de la distance. Seul le troisième tiers sera à découvrir et me contenterai de l'apprécier sur cartes et profils avec quand même une bonne appréhension de l'environnement, habitant aux environs.

Ceci étant je pèse parfaitement l'obligation qu'il y a a de partir doucement durant les 11 premiers kms. Je ne m'occuperai donc pas des encombrements ou ralentissements qui pourront éventuellement se présenter vu le nombre de concurents. En effet ceux-ci me serviront vu que j'ai plutôt besoin de me brider dans la première partie au lieu d'aller de l'avant. Je ne veux pas gâcher mes chances en partant trop vite comme les autres fois et terminer à la ramasse. La fin avec son dénivelé important peut-être fatal si l'énergie n'est plus là.

Je pense avoir une idée juste du parcours en ce sens que je le trouve roulant au début et ce jusquau 2ième tiers avec bien sûr quelques parties techniques qui se préciseront dans leur longueur en avançant et compte non tenu des dénivelés. Le piège de cette course est là. La tendance est d'aller plus vite qu'il ne faut, de dépasser trop largement sa moyenne au kilomètre au début parce que c'est tout simplement possible et facile. Seulement au fil des kms l'énergie dépensée est trop importante et il en manque sur la fin là où tout se durcit, la pente, sa technicité, les sols plus scabreux où l'on ne peut plus dérouler. d'où l'idée fausse que ce trail est difficile. Si celà l'est c'est qu'il est mal géré.

Et j'ai bien l'intention de le prouver au vu de mon expérience sur ce terrain qui m'attire de plus en plus. En fait je commence à aimer le parcourir. Et pour ne pas qu'il me rebute défiitivement je vais essayer donc de l'apprivoiser, par la douceur. Pas d'autres solutions que d'y aller doucement, sans brusquer.

Le samedi précédent je cède à la tentation. 50 minutes de footing tranquille en partie sur sol meuble et herbeux. Bon échauffement et bon état des lieux qui m'amène à penser que je suis prêt.

 

La pluie en début de semaine par intermittence a cessé sérieusement de tomber. Le sol s'assèche sinon s'est "ressuyé" sérieusement. Le samedi en fin d'après-midi, une bonne averse qui ne remettra pas tout en question.

Bref nous avons là le temps qu'il faut pour effectuer une belle sortie. Les conditions sont réunies, courverture nuageuse qui évitera qu'il fasse trop chaud, espoir de pas de pluie ou peu et des sols très praticables, humides mais plein de fraîcheur en sous bois dans lesquels serpente souvent le long fil du parcours de près de la ville jusqu'au petit village sur les hauteurs. 2020 positif et 1760 négatif.

Un bon bol d'air en perspective. (si Bol d'Air ne vous dit rien, reportez-vous au récit précedent, vous allez en apprendre de belles.)

 

Un long trajet en voiture pour parvenir sur les lieux, 3kms 100. C'est mon accompagnatrice qui conduit. Elle me supportera, m'encouragera un peu plus loin au 1er ravito et m'accueillera à l'arrivée. Et c'est l'échauffement aux abords du grand espace d'accueil. Je trottine doucement pour y arriver du côté opposé aux parkings et apprécie ainsi déjà le fait de participer à cette grande fête de la course à pied ; plus je m'approche du coeur où se trouve l'arche de départ, plus l'intensité de celle-ci se fait sentir. Je me mêle à la foule des coureurs qui maintenant se rassemblent de façon compacte car l'instant du départ ne va pas tarder. L'humeur générale est bon enfant et joyeuse. On sent bien le contentement des gens d'être présents ici, coureurs ou pas. Je suis un peu détaché ce qui me permet de bien ressentir l'environnement général. Pas spécialement concentré curieusement mais pas relâché ; en tout cas assez décontracté pour ne pas être enfermer dans ma bulle. Un état d'esprit très différent que celui du Rêvero-trail à Pierrefontaine les Varans. La différence est due certainement au fait que j'étais dans l'incertitude totale quant à mes possibilités et l'inconnue du parcours et des lieux alors qu'aujourd'hui j'ai un sentiment d'assurance qui s'impose vraiment en moi débarrassé du stress dû au fait que j'officie dans mes pénates. En somme j'ai bien examiné les données du problème et porté un regard que je pense juste sur les façons d'aborder ce à quoi je vais être confronté. C'est en tout cas mon sentiment personnel ou ce que je ressens un peu instinctivement.

Les gens sont contents, celà se voit sur leur visage, de bientôt prendre la poudre d'escampette.

 

Celà contredit donc complétement une de mes théories sur les motivations des coureurs à prendre un départ de trail (voir récit précédent rêverot-trail) (note de l'éditeur : bien vu pour amener les lecteurs à la relecture. Toujours aussi bon... le cochon. oh! pardon !) (l'éditeur s'excuse de cette vanne vaseuse qui n'en est pas une. Il semblerait que la phrase : "tout est bon dans le cochon" lui soit venu à l'esprit sans aucune raison particulière et se serait transformée ainsi. Séquelle certainement dûe à la respiration des cendres du volcan d'Islande (lire récit Rêverot trail 2010). L'indulgence s'impose et je passe sur le fait qu'il m'aie qualifié de cochon).

 

Je vais donc récidiver sur 33kms et près de 1700+ avec un suplément de 12kms et ses 320 positifs. et pour bien s'en rendre compte il faut imaginer les 12kms 320+ après avoir effectué le 33kms 1700+. Diable c'est vraiment "quèque chose". Ce petit calcul n'est pas gratuit, c'est le genre qui vous met devant l'évidence de respecter parfaitement les consignes fixées auparavant. Ne pas partir vite, ne pas s'emballer dans le grand flot des coureurs. Faire sa course en dépit de ce qui se passe ou pas autour de soi.

Pour les ravitos j'ai décidé de partir avec 25 cl d'eau. c'est tout. La distance jusqu'au 1er arrêt doit être parcourue légère, un échauffement. Je m'approvisionnerai sur place. Les gels habituels, en quatre prises et comprimés de même. 50 cl. de spéciale boisson 01h30 avant le départ et un sachet de poudre énergétique qui me servira pendant la course. Voilà tout. J'ai passé en revue les détails sans parler d'un paire de semelles que j'ai essayé lors d'un entrainement et qui je pense me conviendra mieux car super amortissantes.

 

Le départ est imminent. Et toutes ces taches mouvantes formées par les paquets de coureurs font de la pelouse verte un beau tapis coloré. Mais ça, il faut être en hauteur pour l'apprécier ; ça tombe bien j'ai le don d'ubiquité. Coloré, s'il ne fallait qu'un mot pour illustrer cette journée, celui-ci conviendrait bien malgré que ce jour ne soit pas de carnaval mais ressemblerait plutôt à celui du plus Grand Chapiteau du Monde, celui d'Henry bien sûr. Les grands moyens ont été sortis pour faire de l'organisation une réussite. Jusqu'où iront-ils ?

En attendant qui en profitent en premier lieu ? les coureurs pardi ! Et partis ils le sont à l'instant. Les imaginer d'un seul coup, d'un seul, tous ensemble. Un grande masse (comme le nappe de pétrole qui se dispersent dans la mer sur les côtes de Louisiane mais en moins polluants car les traileurs se font un point d'honneur à ne pas laisser traîner leurs petits papier-déchets sauf accident, bien sûr). Elle s'étire en avant de plus en plus à mesure de l'avancement et s'amincit (comme les coureurs qui finissent par perdre leurs P. d'A.) pour ne devenir qu'une longue file.

15 minutes pour sortir de la combe après en avoir fait le tour et attaquer doucement la première colline. Le chemin caillouteux est assez large pour que chacun adopte son rythme. Et c'est lors de l'emprunt de sentiers qui font la liaison des chemins ou nous font franchir l'abrupt des pentes ou encore par lesquels on atteint le sommet que nous sommes obligés de ralentir et s'arrêter. Personne ne "moufte". Tout le monde en profite pour souffler. Pas d'élément qui se démarque et dépasse les autres. Tout le monde est bien sage et a bien raison. Ceux qui se trouvent dans cette position comme moi s'y attendaient et ont choisi cette option de ne pas partir vite pour se projeter à l'avant. En ce qui me concerne, je n'ai pas la réserve suffisante et le niveau de performance.

Mon esprit est ouvert et je suis réceptif. j'en profite pour saisir l'instant et ce qui peut l'agrémenter. Je m'interresse à ce qui se passe autour de moi, à mon environnement et profite déjà de la vue sur les alentours qui n'était pas spécialement ma préoccupation les fois précédentes. En résumé je suis disponible. Tout ce passe comme je le pressentais. Pourvu que ça dure. Je ne m'occupe même pas de mes sensations physiques vu que je suis bien en deça de mes capacités. Je fonctionne à l'économie et suis certainement en train de battre mon record de consommation d'énergie.

La descente s'effectue avec quelques bouchons (oui, quelquefois le bouchon s'enfonce et reste dans la bouteille et la descente doit se faire avec)(ces pensées qui me viennent, bizarre...) et c'est à cet instant que je me désaltère en libérant le tuyau de ma gourde que je porte en bas du dos.(comme quoi tout se tient, les pensées et les actes) (c'est l'ordinateur interne qui a fonctionné car franchement je n'ai jamais pensé sciemment et décidé quoi que ce soit).

Rapidement les sentiers étroits nous font parvenir en bas pour un répit qui nous permet de nous repositionner et attaquer la deuxième colline. Un long ruban sous couvert sur le sol duquel il est agréable de courir. Le chemin terreux et quelquefois caillouteux se prolonge mais pas assez pour nous éprouver. Je reste encore dans un confort qui me permet d'atteindre le sommet comme si de rien n'était. Je me contiens conformément à la règle que je me suis fixée. Pas de précipitation. Quelques traileurs isolés nous dépassent car courant sur l'autre distance ou en équipe. L'ordre général n'est pas perturbé et nous nous entendons bien pour partager le terrain. L'esprit est sain et raisonnable qui nous conduit maintenant en dévalant doucement en retenue la descente vers le premier point de ravitaillement.

 

A cet instant, je suis dans ma bulle. Pas question de me disperser dans la fête musicale qui avait déjà continué avec les musicos en haut du fort précédent, je crois. La foule est bien présente et les stands sont comme de foire avec cette excitation bien particulière. Je reste concentré à me ravitailler correctement. Faire le plein de la réserve, pas plus de 50 cl que je dilue avec la préparation gracieusement offerte et qui me conviendra parfaitement. je cherche l'abricot sur la table. Ouf je le trouve. Des raisins secs, parfait et de la boisson brune pétillante, extra. Quelques gobelets ingurgités et hop, rassasié le coureur. Je prend le temps, juste ce qu'il faut sans précipitation et effectue bien les choses, preuve que je me suis amélioré dans le domaine du ravitaillement auquel j'accorde dorénavant une importance capitale. Il ne faudra pas que celle-ci dépasse l'entendement sous risque de renverser le rapport temps course/ ravito. Mais ça c'est lorsque je serai en retraite. Pour l'instant je repars tout confiant et pense à cette côte qui va se présenter "incessamment sous peu". Je suis dans mes temps prévus.

La façon dont je l'aborde me rassure. Je l'attaque sans précipitation et d'empressement avec détermination. Cette façon de faire durera jusqu'à la première station du point de vue de valmy et son monument et se poursuivra dans la descente en maîtrisant ma vitesse de façon que je n'use pas trop d'énergie en m'emballant ou en me retenant trop. Je cherche le bon équilibre en fonction du rapport poids/pente pour reprendre la longue montée vers le point plus élevé. Je reste bien sur ma réserve car je considère encore ces instants comme le début de course. En attendant je progresse et mes sensations sont comme à l'entraînement lorsque celà va bien. Jusqu'à maintenant l'ambiance est vraiment bonne soutenue par les encouragements des spectateurs présents dans tous les endroits où celà est possible qu'ils se tiennent, ceux adressés personnellement font chaud au coeur et ils ne manqueront pas tout le long du parcours. Pensée spéciale à Patcap21 super supporter.

Je progresse maintenant sur le chemin, un bon faux plat montant que j'appréhende justement, tout différemment de la façon lorsque je m'y trouvais lors des précédentes éditions. Je reste concentré instinctivement sans que toute mon attention y soit consacrée. Bien au contraire celle-ci me sert à bien ressentir l'environnement naturel et celui des coureurs qui me côtoient. Je cours exactement comme il faut courir à l'endroit où je suis. Et je vois toute le différence d'avec les dernières fois lorsque j'étais décalé, pas en phase au niveau du rythme, estimant mal la pente sur laquelle je déroulais ou celle plus importante où je peinais à vouloir trop.

En somme j'ai une bonne maîtrise cette fois-ci et une vison claire sur ce que je viens d'effectuer et sur ce qui m'attend. La traversée des rubans goudronnés et celle des hameaux est à chaque fois l'occasion de souffler, de se réinstaller, d'ajuster ma course et de réattaquer proprement.

Les parties techniques montantes et descendantes sur de courtes portions sont l'occasion du fait du ralentissement des coureurs dû à leur concentration de ne pas m'en faire. A ce moment je m'apercois que j'ai souvent utilisé la pipette de ma gourde et remarque une bonne transpiration. Elle me rappelle celle que je subissais dans la même épreuve et qui m'avait vu abandonné ; exactement dans ses parties boiseuses. A ce stade d'avancement l'organisme est tellement sollicité que je ne regrette pas d'avoir opté pour la prudence. Et puis nous avons quand même franchi une belle somme de dénivelés et de kms. Curieusement dans ma tête j'en suis encore au début. Je pense que tant que je n'aurai pas franchi le point très significatif pour moi du monument de La chapelle des buis je serai toujours dans cet état d'esprit ; cette fameuse rampe de 300-400 m sur laquelle lors de l'édition précédente les coureurs marchaient, sans exception, péniblement. Je suis impatient de constater mon état à cet endroit. Le juge de paix véritablement.

En attendant nous progressons sans histoire dans cette nature agréable. Un chemin dans une clairière. Un descente qui s'enfonce dans le sous-bois et bientôt nous arrivons à proximité de la cascade du Bout du monde. Une partie accidentée assez courte avec dans la partie finale une traversée de pré où la glissade est à éviter. tout se passe rapidement. Sauté le ruisseau et passé le petit pont et c'est le point d'eau. Arrêt prévu qui permet de me ressaisir et de penser à l'ascension qui va se préciser juste après être passé devant l'orchestre qui joue inlassablement des airs d'encouragements. Du monde et des applaudissements.

Encore la comparaison d'avec la dernière fois ; les premiers pas sont d'attaque même s'il faut vite alterner marche sortive et course. La relance s'effectuant chaque fois que c'est possible me permet de progresser correctement. De plus j'ai la forme et une sensation de facilité. Pas l'impression de trop forcer. Le temps n'a pas paru long pour atteindre la petite route qui nous permettra l'accés pour le final. Tout durant je perçois distinctement un air, celui joué par les musiciens d'en bas, le générique des fameux films de James. Exactement l'air qu'il faut pour accompagner l'effort dans la pente. Il n'y a pas mieux. J'ai de la chance d'être tombé sur ce morceau. La résonance emplit l'endroit encaissé et répartit parfaitement d'une portée pas trop forte cette musique. Puis la vue immanquable lorque que l'on atteint le sommet et progresse sur ses sentiers. Mon esprit est déjà en avant et j'imagine le parcours jusqu'à cette chapelle élévée en altitude par les chemins de crête et sous bois tout en descentes et montées relativement faciles et roulantes. Des sentiers aussi qui permettent de varier la progression.

La descente par le chemin sur Chapelle. Et bien... tout va bien. L'organisme, le souffle, les muscles. Toujours une attention quand même, à l'écoute, en surveillance. La machine foctionne toute seule et je la surveille, plus particulièrement ma pose de pied avec une attention particulière sur le pied droit ; cette meurtrissure sous le pied dont je constate qu'elle reste toujours discrète, mes semelles apportant l'effet désiré.

La foule dans le hameau et la rampe devant moi. Quelques mètres franchis et je sais que celà va aller. Résultat de ma bonne gestion jusqu'ici. Je pense que celà va continuer. Les temps chrono à des points précis continuent d'être conforme aux prévisions.

Maintenant direction le point ravito de Morre et pour y arriver quelques kms relativement facile mais attention que ceux-ci ne parviennent à m'user. Dans ce genre de portion tout va bien en général mais c'est après en avoir terminé que l'on paye l'addition qui peut-être salée.

Mais je suis toujours dans cet esprit qui m'habite et dirige ma ligne de conduite. Un changement de stratégie ne s'impose pas et je cours cool. Curieusement si un ou deux coureurs me dépassent je remarque qu'il vont trop vite pour être dans la même course par contre je suis amené à dépasser et suis étonné du nombre. Je pense que l'arrivée à Morre est aussi pour la plupart celle de la 2ème étape par équipe. Les premiers sont déjà arrivés et le bas du classement en termine. Simple supposition mais qui se tient si l'on réflèchit bien.

 

Sortie des espaces boisés et traversée par le pont de la Nationale. Encore 800 mètres en montant jusqu'au ravito. l'erreur faite facilement est de penser qu'en bas du chemin-sortie du bois on arrive. Et c'est raide dans la partie piétonnière. Enfin je me débrouille pas mal et assure sur les 2 -3 cents derniers mètres ; déjà en récupération-préparation pour la 3ième partie.

Au ravitaillement je me pose et travaille comme il faut. Je répère même un peu de comté pour le côté salé. et je récupère en la diluant cette poudre qui me convient bien. Elle remplace parfaitement l'eau habituelle en étant aussi légère et plus digeste avec la particularité qu'elle est remplie de vitamines, sels minéraux et glucides et je ne sais quoi encore.

Je veux en profiter mais décide que c'en est assez vu que je n'ai pas de raison du style courbatures, jambes lourdes ou problème technique physique quelconque. En vérité je me sens bien et n'ai aucun mal à me relancer. Quand je pense à l'état dans lequel j'étais lors de ma dernière prestation (Relisez mais relisez.le récit en question) (Non seulement je récite mais mon éditeur maintenant exige que je fasse la promotion. Apparemment il subit une super pression de la dir. commerciale. Les temps sont durs.)

Donc je suis confiant pour la suite même s'il reste 18 kms. Et ce n'est pas rien. Je me souviens lorsqu'il en restait 17 kms lors du trail de Welche ; ce n'était pas la même histoire. (rf récit trail de Welche 2008 ou 2009 je ne sais plus)(les souvenirs commencent à s'estomper avec le temps qui passe ou j'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien comme le chante si bien l'interprète de La mariée était en noir)(en tous cas récit interressant à revisiter ou à découvrir) (note de l'éditeur : je dirais même plus : récit revisitant et découvrant ou à interressir) (Editeur pas remis du tout de son voyage en Islande mais pas du tout, du tout).

Pendant que les nombreuses gens ne cessent de bavarder sur l'espace animé du ravito, je parcours depuis quelques minutes déjà le sentier qui m'en éloigne. Je réemprunte celui qui m'était allé si bien la fois précédente (vous vous rappelez) à travers le dévers dans le bois sur un sentier pas trop technique et bien tracé par des personnes qui ont dû travailler dur à l'aplanir (je les en remercie)(hé ! je suis sérieux). On peut de ce fait s'appuyer sur le petit monticule extérieur à celui-ci avec le pied en toute sécurité. Les pieds posent à plat en somme et ont un bon appui, de plus le terrain est très praticable et accroche bien même plus loin lorsqu'il sera plus humide jusqu'à parfois être mouillé.

J'ai conscience au fil de cette progression dont le but est dans un premier temps la jonction avec le chemin qui vient du bas côté rivière et se dirige vers le château médiéval de la longueur du temps. Mais celà me laisse indifférent du fait que çelà n'a pas d'effet négatif genre lassitude ou fatigue grandissante pénible.

Et voici maintenant que l'on tourne à droite pour monter direction Les médiévaux qui nous attendent au château et "qui sont là pour nous". L'une d'entre eux n'a pas pu s'empêcher de nous le crier à notre passage, ouille mes oreilles. j'aurais préféré une ritournelle du genre courtois doucement soufflée à mes oreilles. Elle est sortie de son personnage l'Intermitante. Que voulez- vous jusqu'ici tout était parfait et comme on s'approche de l'arrivée, je ne manque cette occasion d'apporter ainsi un bémol à cette course... par ailleurs absolument fabuleuse il faut bien le dire (je prend conscience qu'il faut que je rattrape le coup et essaie de faire oublier ce malheureux commentaire car il se pourrait bien que les gens de pouvoir décide, le roi par ex. aperçu entouré de sa cour, que l'arbre de la critique jugée acide pourrait bien masquer la forêt de constats élogieux sans qu'ils soient dithyrambiques. Donc oublions vite l'arbre et ne retenons que la forêt !)( je suis sincère, croyez-moi) ( note de l'éditeur : j'atteste formellement qu'il l'est mais faites moi penser de lui demander de quoi il s'agit) (visiblement encore en convalescence).

Mon euphorie contrôlée d'arriver à ce point du parcours masque le fait que je continue à courir ou à marcher dans la pente qui s'adoucit. Grimpée au château et faisée (j'arrive pas à trouver le bon mot) du tour. L'emprunt du petit escalier qui permet de descendre de sa terrasse confirme que je suis valide et encore vaillant car les jambes pédalent bien, je vois ainsi que les articulations fonctionnent et ne sont pas enkylosées. Les muscles jambiers ne me font même pas mal ( note de l'éditeur : "ne me font même pas mal" quelle insolence !)(Ouh ! la, ça a l'air d'aller beaucoup mieux l'Islandais)

Continuation du parcours sur le chemin et arrivée à l'intersection qui sépare les deux circuits. Je suis programmé pour le 45 alors je vais tout droit après être passé devant le gendarme sans képi qui surveille ce qui se passe. Une connaissance qui m'adresse un mot en guise d'encouragement. J'acquiesse et file dans la solitude que je ressens maintenant aux abords de ce bois qui s'épaissit à l'atmosphère fraîchement douce et enveloppante. Ce n'est pas que je me sens seul mais effectivement je le suis. Je suis maintenant en plein dans la troisième phase de la partie et devant moi tout reste à découvrir ce qui fait le charme du trail lorsque l'on ne connaît pas vraiment les difficultés à venir.

Des kilomètres et des kilomètres parcourus dans le bois. Je ne trouve pas le temps long mais ai le sentiment qu'il l'est. Un collégue de course à mes côtés avec lequel nous répartissons les kms effectués depuis le ravito, ceux qui restent jusqu'en bas vers la source et la distance qui restera à parcourir vers l'arrivée distraie ces moments où nous sommes en pleine action, un rythme soutenu mais endurant et que nous pensons pouvoir tenir dans un premier temps jusqu'à Arcier. Notre principal souci est, arrivé en bas, en avoir encore dans les jambes. Pour l'instant ça va pour moi et je me sens de la réserve. Déjà un sentiment du devoir accompli me saisit vu que je me projette facilement beaucoup plus loin vers l'arrivée.

La pente devient plus raide de plus en plus. Quelques parties ne peuvent se franchir normalement même en faisant attention et les branches sont bienvenues et aussi les arbres qui servent d'appui. Difficile de progresser car le risque est grand de glisser et se trouver sur le dos. Mais chanceux dans mes choix je reste chaque fois sur mes deux jambes. La pente se durcit encore avec un sol plus accidenté et plus humide.

Et bientôt les dernières dizaines de mètres où m'étant arrêté je ne sais quelle option choisir. Mon regard scrute le sol sur lequel je ne peux tenir en équilibre sans une bonne chance de me "planter" puis le regard capte les arbres sur le côté. Ni une ni deux je me laisse aller dans la pente et je saisis le tronc qui se présente pour tourner presque autour quelques mètres plus bas et de nouveau je répète l'opération jusqu'à me trouver à quelques mètres du plat salvateur mais un effort des jambes est encore à fournir. Ouf ! je respire. D'un coup je découvre, me croyant seul, les observateurs qui, tout près, observant le silence le plus total, assistaient attentivement au spectacle de mézigue se débrouillant comme il pouvait dans la pente. Je lance une remarque-blague qui les fait tous rire et les voilà qui m' applaudissent vivement. Ils sont vraiment aux premières loges pour assister à la performance de chacun. Maintenant 500 m et c'est le village proprement dit puis après le ravito-eau la montée finale. Le véritable juge de paix. En attendant je savoure La Bisontine, eau de source savoureuse qui sort des robinets installés pour l'occasion. Puis nous repartons doucement en saisissant au passage les paroles chantées par un musicien qui s'accompagne de sa guitare. Il est déguisé. A la cadence d'un dix kms, à vitesse rapide donc, j'aurais certainement perçu un costume mélange de Perlin-pinpin, des septs nains et de pinocchio mais à cette allure je perçois bien le costume de Robin, celui des bois. C'est la mode en ce moment. (note de l'éditeur : Tout ça pour faire référence au Trail de Septmoncel, celui des septs monts dans lequel il a réussi à parler des copains de Blanche neige. Tu parles d'un tordu) (tu oublies que je travaille pour toi) (ah ! oui c'est vrai)

Les derniers encouragements de ceux qui restent autour. La dernière station avant l'arrivée et entre, les moments d'effort et d'incertitude qui nous attendent.

C'est parti et pour commencer une raide de chez raide. Une voie ouverte, récemment je crois, faite de concassé tassé sur lequel les chaussures accrochent et c'est tant mieux vu la forte pente. Je marche mais n'hésite pas à relancer. J'adopte à mon heureuse surprise un bon rythme de marche sportive entrecoupée de relances systématiques. Et je vais de ce train qui me voit avancer. J'ai le moral mais suis quand même prudent dans mon assurance. Je sais que tout peut basculer. Non, pas en ce moment mais plus loin car celà aura assez duré et j'en aurai marre ou un coup de fatigue me verra subitement en sueur sans que j'y puisse faire grand chose avec un gros coup de mou qui me skotchera, la hantise du coureur, atroce à subir. Ne plus avancer, quelle immense peine ; c'est vraiment le plus dur à supporter. Tout s'envole alors, tes espoirs, ta course, ton avenir maudit d'après course, pendant des semaines tu vas rester maugréant dans ton coin. Pas question de te regarder dans la glace, voir ton visage atteré, on a sa fierté quand même. Non pas ça! réveille toit c'est un cauchemar. Recadre tes pensées.

Je continue mon chemin et assez rapidement la pente s'atténue et bien sûr c'est nettement plus confortable. Tu peux courir maintenant sans interruption. Bien sûr c'est dur mais c'est normal. Ce qui peut obscurcir les choses c'est surtout l'idée d'une défaillance. En attendant je progresse et comme depuis le bas il ne restait que 5.5kms, on va dire ça, et que depuis quelques temps je cours depuis exactement 20mn et que ma moyenne doit tourner à 8 mn au mille, je pense que j'avance bien. En effet je peux constater que le circuit est maintenant haut en altitude et se présente de plus en plus à découvert. Les parties sommitales sont de plus en plus à portée. Celà se précise sérieusement maintenant. Pas de défaillance pour l'instant et je ne l'imagine plus beaucoup maintenant. Je pense seulement que celà pourrait devenir non seulement de plus en plus dur mais très dur. L'idée aussi, très rassurante, me traverse qui est celle que lorqu'on se rapproche ainsi du but le franchissement d'une barrière psychologique va s'effectuer et rendre les choses plus facile. Je la situe peu avant le fort de Montfaucon où la pente s'atténue nettement et surtout lorsque l'on empruntera le chemin le contournant de l'autre côté car à cet instant il restera deux kms ou plus en faux plat descendant de plus en plus. La libération.

C'est ce qui arrive bientôt et assez rapidement car lorsque ce genre de pensées vous traversent l'esprit, celles-ci trompent le temps et il vous semble plus court. Quand tout va bien celà se passe ainsi. Le fort, nous ne l'avons pas contourné ; la bonne surprise est que nous sommes du bon côté. Ne reste maintenant qu'à se laisser aller. Je ne cours pas plus vite qu'il ne faut et c'est peut-être un tort mais ne sais même pas si je le pourrais. De ce fait plus de quinze coureurs vont me dépasser dans le chemin qui mènent aux abords des premières habitations. Les grandes cannes et les corps légers sont à leur affaire dans cette descente et moi je n'ai pas envie de me lâcher. Puis à 500 mètres environ de l'arrivée, des voix sur le bord ... kikouesques à n'en pas douter. Ce ne sont pas de cris de trolls comme ceux du trail du Pont du diable (récit génial à lire), mais des encouragements quelque peu fulgurants que je perçois comme à travers un brouillard car je manque de les saisir. à vrai dire sur le coup je ne "percute pas" ne sachant en identifier l'origine et le ou les destinateurs. Mais ma mémoire rafraîchie rend les choses plus claires.

Je me laisse doucement emporter sans forcer, ma satisfaction est telle que j'en ai terminé à ce moment. Le goudron se présente bientôt et la pente s'accentue avec des virages plus serrés. Tout se précise, les bruits, les spectateurs, la fête et bientôt le stade avec son entrée étroite à 90° puis les dernières dizaines de mètres dans l'herbe et son talus pour franchir la ligne sous les bravos admiratifs, oui admiratifs des spectateurs-supporters.

Toujours autant d'animation et les premières gouttes d'une averse qui me douchera pendant tout le parcours à pied jusqu'à la voiture. Averse regénérante et bienfaisante.

Vive le trail des forts de Besançon.

5 commentaires

Commentaire de intuitiv posté le 17-05-2010 à 13:57:00

Sympa le cr , va falloir ecrire un bouquin maintenant....
Bravo

Commentaire de fulgurex posté le 17-05-2010 à 15:52:00

finalement, de plus en plus facile! belle gestion de course.
Tu as oublié de parler des kikous qui t'ont supporter à la sortie de la forêt à 500m de l'arrivée. Tant pis, on criera plus fort la prochaine fois!

Commentaire de seapen posté le 17-05-2010 à 17:46:00

C'est réparé !

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 17-05-2010 à 22:40:00

Dense, vécu de l'intérieur et précis.
Peu de récits ont ces qualités.
Bravo

Commentaire de bluesboy posté le 17-05-2010 à 22:47:00

Bravo pour ta course et ton cr (toujours bien écrit),j'ai bien retenu la lecon partir doucement ,c'est ce que j'ai fais mais cette course est quand méme trés dure (méme en partant tranquillement)
A la prochaine

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