Récit de la course : La Marche au Clair de Lune 2014, par Romue38

L'auteur : Romue38

La course : La Marche au Clair de Lune

Date : 18/10/2014

Lieu : Romans Sur Isère (Drôme)

Affichage : 570 vues

Distance : 50km

Matos : de pointe

Objectif : Terminer

8 commentaires

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6 autres récits :

Une nuit sous les étoiles

(un long récit bien aride, et pas une seule photo pour l'agrémenter !)

Cette marche au clair de Lune me trottait dans la tête depuis quelques semaines, depuis que j’avais renoncé à m’inscrire sur le demi Grand Trail du Lac pour de multiples raisons (apparemment pas de navettes jusqu’à Chanaz, course probablement dure, des Savoisiens partout et du g’népi aux ravitos, un hérisson logé dans mon portefeuille…).

Je connais vaguement la Drôme des collines, pour avoir parcouru il y a quelques années les chemins autour de Ratières. La météo prévoit une nuit estivale, j’ai une envie de Sud (quand on habite Lyon, la Drôme a déjà un petit goût méridional), je me décide. Bon, 50 km c’est plus que je n’ai jamais fait d’une traite, que ce soit en marchant ou en courant, mais si ça ne va pas je m’arrêterai à n’importe quel ravitaillement. C’est une rando, mais il est permis de courir.


Ma préparation millimétrée

Voyant que je cherche un covoiturage, Byzance me propose gentiment de covoiturer avec ses collègues lyonnais et de partager leur raviole-party d’avant-course. Finalement, je décline cette si aimable invitation : je n’ai aucune idée de mon temps de course et je ne veux pas retarder d’éventuels co-voitureurs à 4h du matin. En train c’est bien compliqué et ça fait beaucoup d’attente le dimanche matin. J’ai juré de ne plus jamais faire de stop en Drôme. Tant pis, je cramerai de l’essence pour moi toute seule en prenant ma voiture, un duvet dans le coffre au cas où, et vogue la galère.


La salle Aragon fourmille de bénévoles, en cinq minutes l’inscription est faite (le hérisson n’émet pas d’objection), et je peux retourner faire une petite sieste dans ma voiture, l’esprit en paix car ma préparation fut minutieuse :

  1. depuis 2013 je n’ai jamais couru plus de 15 km d’affilée

  2. mais bon, j’ai fait trois randonnées autour de Grenoble au mois d’août, je peux vous dire que l’effort long, ça me connaît.

  3. j’ai soigné la diététique : à midi une assiette de riz, ce soir un coup de sifflet bref (c’est facile à digérer et j’ai fait brûler les chataîgnes que je voulais grignoter sur la route)

  4. mais bon, j’ai fait la sieste quasi 3h cet après-midi, qui dort dîne.

  5. j’ai un matos et un look d’enfer : le T-shirt TECHNIQUE bleu canard du marathon d’Annecy (que je n’ai jamais couru) pour en mettre plein la vue, mes chaussures roses avec des reprisures assorties, une polaire marron et orange et une ceinture porte-bidon siglée Trail des passerelles du Monteynard (où je n’ai mie mis les pieds), un bidon plein d’eau, une frontale dégotée au fond d’un tiroir garnie de piles neuves (car je suis prévoyante).

Avec ça, je suis parée.


Un quart d’heure avant le départ, mon réveil sonne, je me lève, j’attrape ma frontale, elle tombe et se brise en deux. Je retrouve les piles éparpillées sous ma voiture, ça fonctionne à condition de tenir le boîtier bien serré en main, et de se servir d’une brindille pour allumer et éteindre. Mais bon, de toutes façons j’aime pas avoir un truc sur le front. Je bourre dans mes poches le matériel indispensable, à savoir : un couteau (c’est l’Opimer, il fait aussi sifflet et démanilleur), un demi-mètre de ficelle en coton, vingt centimètres de garcette et un morceau de pâte de coing qui traînait dans la voiture (inspiration salutaire ! Mais on y reviendra.)


Romans - Geyssans

Dans le gymnase, tout en mâchonnant une barre de céréales, j’observe mes congénères : c’est drôlement plus varié qu’au départ d’une course ! Je note entre autres pas mal de familles (à peu près tous âges et gabarits), des randonneurs à chaussettes roulées sur les godillots en cuir, une dame à foulard, quelques jeunes hommes au style vestimentaire “jeunesses identitaires”, deux chiens dont un éclopé. Ca rigole et ça papote beaucoup.

Hop, c’est parti devant, je sors du gymnase dans les derniers, pas de coureurs à l’horizon. Devant moi, la foule des marcheurs s’étend en un long serpent entre lotissements et zones industrielles. Ben c’est malin, du coup j’ose pas courir (à posteriori ça me semble ridicule, mais j’aurais eu l’impression de faire une grossièreté en me mettant à courir alors que ça s’appelle “MARCHE au Clair de Lune”). Mais bon, c’est pas grave, il me reste 48km pour courir et en plus je ne suis pas pressée. Même en marchant je remonte déjà un bon morceau de serpent.

On finit par sortir de ce monde de haies de thuyas, salués au passage par les aboiements enthousiastes des chiens dans les cours, et par attaquer un sentier sablonneux, en sous-bois et en montée, raviné par les orages de la semaine passée. C’est plus guère possible de doubler, mais je ne suis pas pressée.

La montée ne dure pas très longtemps, et on débouche sur un sentier plus large, sur les crêtes. Je commence enfin à courir. On est encore sur le versant côté Romans, les lumières de la ville éclairent vaguement le chemin de sable clair, on y voit bien sans frontale, je garde la mienne éteinte, pour mieux voir les étoiles (et puis j’ai quelques doutes sur son autonomie). La nuit est tiède, on est bien (c’est-à-dire qu’on sue tous à grosses gouttes)

A tous les croisements de route, des signaleurs sont là pour faire traverser et orienter les randonneurs.

A Geyssans, les bénévoles sont aussi pléthoriques et souriants que ceux d’Aragon. J’ai déjà bu tout mon bidon, j’ai bien soif et un peu faim malgré ma pâte de coing, ça tombe à point ! Une centaine de personnes est déjà passée, sur 800 partants.

 

Geyssans - Montmiral

Je dépasse de moins en moins de randonneurs, puis je passe un premier couple de coureurs, puis des marcheurs nordiques. Je fais le yo-yo avec un groupe de 3 hommes de vert vêtus et une femme, qui cheminent ensemble. Le rythme est tranquille, course sur les faux-plats et marche rapide dès que ça monte. Le sable du début a laissé place à des chemins caillouteux, bien ravinés. Je finis par prendre le large dans une montée, puis dans la descente suivante je me retrouve seule et me perds bêtement sur 500m environ. Pas grave, je suis pas pressée, mais ce mauvais chemin était bien marécageux, mes pieds font fletch fletch et je m’inquiète un peu car je crains les ampoules. J’ai bien faim, je grignote un bon tiers de ma pâte de coing, et j’ai presque fini mon bidon. Tiens, voilà les “jeunesses identitaires” (mais c’est mal de juger les gens à leurs vêtements, ils trouvent peut-être juste les treillis/rangers pratiques). Je les dépasse en petites foulées, se faire déposer par une fille ça va leur faire plaisir (mais ils font peut-être partie de “Féministes en mouvement”, et c’est juste en prévision de la chaleur qu’ils se sont rasé le crâne).

Au ravitaillement de Montmiral, je retrouve mes petits hommes verts déjà attablés. Il est 1h16 du matin. Un bénévole fait une pub d’enfer pour la soupe chaude, sans grand succès. Vu la température, les coureurs présentent toutes les nuances de rouge, du vermillon au bordeaux. Je mange un peu en essayant de bien mâcher, j’ai peur d’avoir mal au bide si je mange trop.

 

Montmiral - Triors

Et c’est reparti. Le vent du Sud et Orion se sont levés pendant ma pause. Comme on s’éloigne de Romans, on voit de plus en plus d’étoiles, et même des étoiles filantes (en ce mois d’octobre 2014, nous traversons les Taurides). Les chemins sont a présent franchement glaiseux, ça dérape et je suis bien contente quand on traverse des noyeraies, il y a de l’herbe et ça porte mieux. J’ai déjà faim. Je pense avec nostalgie aux ravioles de Byzance...

Tiens, revoilà mes Martiens ! A nouveau un bout de route en commun, puis ils partent en avant. Je suis moins à l’aise, j’ai d’abord un point de côté à gauche, puis à droite, puis une main géante me broie les tripes dès que je cours...Je dois marcher un bon moment en attendant que ça passe. Quatre grands bonshommes me dépassent allégrement. L’un d’entre eux, un moustachu au T-shirt bleu “championnats de France de trail” (ouaaah, comme il doit être fort ! A moins qu’il ne s’équipe avec la même méthode que moi…) doit bien aimer regarder les étoiles aussi, il éteint sa frontale à tout bout de champ. Au bout d’”un certain temps” (j’ai mon portable avec l’heure dans une poche, mais comme j’ai eu du mal à l’y faire rentrer je ne l’ai pas ressorti de toute la course), le bide se calme et je peux recourir plus facilement. Je rattrape M.Bleu-à-moustaches-en-crocs, qui a l’air légèrement en galère. Je le passe, il reste à une dizaine de mètres derrière. C’est bien pratique de ne pas être toute seule quand j’hésite sur le chemin à suivre. Il finit par me repasser dans une descente, à moins que ça ne soit l’inverse. Je papote quelques instants avec un coureur perclus de crampes, il a tout couru depuis le début avec l’enthousiasme de sa folle jeunesse, et maintenant il est obligé de marcher. Heureusement que je ne suis pas pressée, ça ne risque pas de m’arriver !

J’ai toujours très faim et j’ai fini ma pâte de coing, enfin arrive le ravito de Triors. Il est entre 3 et 4h du matin. Je mange, mais c’est comme si je n’avais rien fait, dix minutes après en être sortie j’ai à nouveau faim. J’ai laissé mes Ecolos fluos au ravito, ils s’efforçaient de finir leur soupe pour faire plaisir aux bénévoles.


Triors - Romans

Je repars derrière un coureur orange DDE au mollet tatoué, mais comme j’ai à nouveau un peu mal au bide, il finit par disparaître à l’horizon. Puis ça me passe à nouveau. Sur cette dernière partie, il y a plus de petites routes, dans mon souvenirs surtout en descente.

Plus aucune frontale à l’horizon, j’ai la sensation de glisser, de flotter sous cette voûte étoilée. La lune s’est levée, mince croissant roux à l’horizon. Une dernière étoile filante pour saluer mon retour sur le versant dominant Romans. Deux ou trois fois, je m’arrête une poignée de secondes pour m’étirer, c’est pas encore les crampes mais les muscles commencent à chantonner.

Descente sur Mours-Saint-Eusèbe, hésitation au carrefour à l’entrée de Romans - j’aurais envie de suivre la flèche qui indique le stade, et comme j’ai vraiment très faim, je ne veux pas me perdre - il paraît qu’il y a de la pogne à l’arrivée ! Deux coureurs arrivent, ils me persuadent de suivre plutôt le balisage de l’organisation. Pas bête, ça. On arrive ensemble à la salle Aragon, il est 4h56 du matin, je viens de parcourir 50 km ou un peu moins, je suis bien contente et je vais pouvoir MANGER.

Il y a bien de la pogne et du café, gloire aux Drômois.


Bilan

Zéro ampoule, des courbatures modérées, vaincues grâce à une heure de marche tranquille le dimanche et le lundi, une douleur aiguë entre les omoplates qui est repartie comme elle était venue, et une faim de loup qui a duré jusqu’au lundi matin.

Et des souvenirs éblouis de cette nuit sous les étoiles...


8 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 23-10-2014 à 09:59:41

Qu'est-ce qu'on est bien la nuit dehors !!!!!
c'est une merveilleuse sensation de se déplacer en nocturne et ton récit le décrit très bien.
J'aime beaucoup le côté "bricolo/impro" du début mais il ne faut pas oublier que tu as fait 50 km de nuit !
Si tu veux courir/marcher la nuit sur Lyon, en ce moment, les propositions ne manquent pas.
Au plaisir de te revoir au Parc ou ailleurs.

Commentaire de christ-off posté le 23-10-2014 à 14:32:04

Finalement tu as été plus courageuse que moi,je voulais y aller et finalement j'ai laissé tomber pour des bêtises.
Bravo pour ta ballade et ton récit ,cela me donne envie d'aller là-bas l'année prochaine pour faire un tour.

Commentaire de Byzance posté le 23-10-2014 à 19:16:04

Malheureusement nous étions vraiment à la bourre avec les copains pour avoir le temps de discuter avant le départ. Après, il fallait encore passer par les urgences donc on a pas trainé non plus. Content de voir que tu ne regrettes pas ta balade. Attention, l'an prochain (côté bourg de Péage) le boss sera sur ces terres ! A l'an prochain ...

Commentaire de Romue38 posté le 23-10-2014 à 23:17:51

@Arclusaz : c'est peut-être presque plus facile la nuit (quand il fait beau et 20°C), on perd complètement la notion des distances. Prends le temps de bien te remettre, et à bientôt !

Je recommande la course, par contre je n'y serai pas l'an prochain !

Commentaire de rodo26 posté le 26-10-2014 à 17:03:35

Bravo pour ta sortie, tu as du me doubler entre Triors et l'arrivée. On a passé une agréable nuit avec cette météo. A l'année prochaine côté Bourg de péage.

Commentaire de Mamanpat posté le 27-10-2014 à 09:06:26

Parée pour la STL moi j'dis ! Ah non, c'est vrai y'a trop de monde ! ;-)
Si besoin, je te fournis en frontale la prochaine fois !
Et bravo pour cette première longue nocturne !

Commentaire de Romue38 posté le 28-10-2014 à 15:21:50

@rodo26 : je pense plutôt être repartie plus tôt de Triors, je n'ai pas souvenir d'avoir doublé sur cette portion, j'ai été seule tout du long jusqu'à l'entrée dans Romans.
@Mamanpat : 22 km de plus ?! Avec de la boue et du verglas ? Bouf bif bof, c'est pas rien ! La frontale va très bien, elle a servi 3h de plus depuis sans signe de faiblesse...Mais merci pour la proposition ! (Je penserai à toi sous ton tunnel après-demain à midi...)

Commentaire de rodo26 posté le 28-10-2014 à 17:23:59

@Romue38: tu as raison c'était certainement avant Triors.

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