Récit de la course : Hong-Kong Ultra-Trail 2015, par AldeBleau

L'auteur : AldeBleau

La course : Hong-Kong Ultra-Trail

Date : 17/1/2015

Lieu : Hong-Kong SAR (Chine)

Affichage : 1009 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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3 autres récits :

HK100 - Janvier 2015 - Retour du Tai Mo Shan

 

Eté 2014...

Je tombe "par hasard" sur un mail de l'UTWT (Ultra-Trail World Tour), où parmi quelques courses bien alléchantes,

(voire un brin déraisonnables au vu de mon peu d'entraînement..), je repère immédiatement LA course,

MA course, "parce-que-c'est-à Hong-Kong-et que-c'est-mon-anniv'-en plus-cette-semaine-là" !

Je suis emballé, c'est décidé : je m'inscris dès l'ouverture des "entry registrations" le 17 septembre, en espérant être tiré au sort... (Il existe un nombre de dossards "garantis" par nationalité, mais le contingent de candidats français étant pléthorique, il excède déjà le quota prévu...)



Octobre 2014..

Tirage au sort positif ! Je valide mon inscription définitive, et réserve dans la foulée mon billet d'avion et mon séjour à l'hôtel. Comme c'est aussi mon anniv', et que le décallage horaire risque de faire des dégâts,je m'octroie une petite semaine de séjour avant course... C'est toujours çà de pris ! Sourire

Vu le nombre d'hôtels à Hong-Kong, il est facile de trouver un excellent point de chute à des tarifs très corrects. (Pour ma part : Vol (Swiss) + 10 nuitées en 5* : 1300€. Cà reste un budget, mais raisonnable)


 



4 Janvier 2015 :

Pas trop eu le temps de m'entraîner ces dernières semaines (comme souvent), mais je compte sur mon "capital ancestral" pour que celà se passe sans problème.

Histoire de valider mon niveau de forme post-fêtes, je me laisse entraîner par notre ami Trinouill sur le marathon de Cernay-la-Ville... Un petite sortie longue bienvenue, à quinze jours du HK100 !




11 Janvier :

Voilà une semaine que je trépigne, faisant/défaisant/refaisant le tri dans les affaires à emmener ou pas, dans le programme de la semaine pré-course, dans les priorités d'ici-là... Bref, comme d'hab' avant chaque course,        mais avec la contrainte du "une fois dans l'avion, tout oubli est définitif !".

14h : sacs bouclés, matos revérifié, je me fais déposer en gare par ma petite famille : direction Roissy-CDG.

18h : bagages enregistrés, je tourne en rond dans l'aérogare, attendant l'avion de Swiss prévu vers 19h...

"Deleted".. Cà commence bien !

19h30 : enfin à bord ! C'est parti pour une petite heure et demie de vol. Escale de deux heures à Zürich.

Puis grande (et loooongue..) traversée jusque Hong-Kong, pour une arrivée en début de matinée ce 12 Janvier dans le "Port aux Mille Parfums"...




12 Janvier :

Après l'habituelle, mauvaise et interminable nuit propre aux voyages en long-courrier, sur fond de "ding" intempestifs, de sifflement des réacteurs, d'inconfort des sièges, et d'odeurs de cantine provenant de la cambuse, on atterrit enfin à Hong-Kong, sous un ciel bas chargé de nuages... Mais avec une température de 20°C quand même, bienvenue quand on arrive de Paris en Janvier !

Formalités de douane et récupération de mon sac expédiés rapidement, j'attrape le "Airport Express" pour rejoindre

Kowloon où se situe mon hôtel... Je descends à Kowloon Station, pensant benoîtement gagner mon hôtel à pied, situé à 600 mètres à peine selon mon gps... Grave erreur ! Cool

Il se mets à pleuvoir à verse (de grosses gouttes d'eau qui mouillent !) dès ma sortie de la gare, et l'environnement urbain n'est que voies rapides, échangeurs, et chantiers bardés de palissades infranchissables ! Après deux bonnes heures de tours, détours, et contournements divers, je parviens enfin à mon hôtel dans le quartier de MongKok... Ouf !

Mon passage en V2 est baptisé !!



Semaine pré-course :


Déjà bien famillier de cette ville, pour l'avoir parcourue depuis des années, je profite de ce repos pour revoir les grands classiques :

- le front de mer, avec son "Avenue of Stars" face à l'île de Hong-Kong, et sa jolie vue illuminée le soir..


- le Peak, acessible en funiculaire, depuis lequel on a une vue saisissante sur toute la baie

- les grandes artères commerçantes (Nathan Road, Salibury Road, Canton Road, Shangaï Street), avec chacune  leurs particularités, et les enseignes raccoleuses du principal loisir des hong-kongais : le shopping ! Rigolant

- Kowloon Park et Hong-Kong Park, deux îlots de verdure au millieu des buildings

- Po-Lin Monastery, sur l'île de Lantau, désormais accessibles en téléphérique, via le MTR (le RER local)

 (Il fallait jadis faire 20 min de bateau, plus autant de minibus pour y accéder...)


- Flower Market, Birds Market, Fish Market...comme leur nom l'indique !

(Arf, j'ai zappé les images... Dommage !)


 



Mercredi 13-
Et m...e !

J'émerge d'une nuit de mauvais sommeil, "because" décallage horaire et curiosité culinaire de la veille..

Je regarde l'heure..en fait non ! C'est plutôt la montre qui me regarde, malicieusement planquée au bord de l'oreiller... Quezaco ? Mais qu'est-ce qu'elle fout là, au lieu d'être à mon poignet ? Mèèèrdeuuuu... Déçu

Le bracelet est bien fermé..mais cassé ;+) La réputation de fragilité du bracelet des Polar RS300 n'a pas failli !

Bref, me voilà avec une montre-cardio inutilisable pour la course, alors que je comptais justement sur elle pour mesurer la distance parcourue.. (Avec son FootPod, pas le GPS G1, trop imprécis et gourmand en piles).

C'est bien le moment ! Heureusement, on est à Hong-Kong me dis-je, le royaume de la montre. Ce devrait être vite règlé... Ben..., pas tant que çà ! Après avoir visité quelques "horlogeries marchands de montres" sur Nathan Road, je me rends vite compte que Polar n'est pas sur-représenté, surtout pour du s.a.v. sur un modèle aussi ancien.

Deux-trois clics sur le net, et je dégote l'adresse du Customers Service Center de Polar, basé au fin fond de Kowloon.. Un coup de MTR, et je me retrouve devant une charmante hôtesse qui me promets de faire son possible pour me trouver un bracelet de rechange pour samedi...

"I'm sorry, but I really need this watch for Friday ; Saturday, I'll run the HK100 !"

"Oh ! OK, I will make my best for Friday morning !"

Je repars pleinement confiant, visitant au passage quelques galeries commerciales où s'approvisionnent "les vrais hong-kongais de la vraie vie", (pas ces gigantesques Malls bardés de boutiques de "luxe" dégénérées...). Et c'est pas triste au niveau prix et originalité des produits !

 


Jeudi 14 :

Retrait du dossard chez "Running The Planet", près de Central sur l'île de Hong-Kong.

10 min de MTR, 5min à pied, et j'arrive au pied du building. Le magasin est situé au 22e étage, comme il est courant à Hong-Kong. Une surface de vente de 200m carrés consacrés à l'Outdoor, perdue au milieu des couloirs anonymes d'une tour de bureaux.. Un choix de produits "Trail" assez large, essentiellement axé sur les grandes marques européennes, proposées au même prix, voire plus cher qu'en France... Pas l'affaire du siècle !

Je récupère donc mon "bib", et l'habituel sac de promo associé, relativement bien garni.

(Dont une pub pour "l'Ultra-Thaï Chiang Mai" tout à fait déraissonnablement tentant !!)

Ce soir a lieu au magasin une soirée-promo avec l'orga du HK100 et une brochette de joyeux chamoniards de WAA.. Pas trop envie de traîner, je rentre à l'hôtel en faisant une halte conséquente dans un restau du quartier ;+)

 



Vendredi 15 : retour au Service Center Polar, 12h00 pétantes : la montre est prête. Tiens, bizarre..

Le bracelet est neuf, normal.. Les données sont éffacées, normal quand on change la pile (tant qu'à faire..)

Mais le dos est neuf aussi ? "Yes, we've change your watch for a new one, under the warranty. It's free !"

Ben je dis : Merci Polar ! Clin d'œil

Le bracelet des RS300, c'est clairement de la m...e, mais ils savent assumer !


Retour en ville pour la suite de mes pérégrinations d'avant course...et préparation du sac : c'est déjà demain !

////

Vendredi soir :

Je prépare le sac sereinement.. A l'éternelle question : "Fera chaud ou pas ?", j'envisage l'éventualité d'une petite brise de mer le matin et après la tombée de la nuit...Je prévois donc de courir "manches courtes + cuissard", mais je glisse aussi un corsaire dans le sac : on avisera au départ...(Bien m'en a pris..)

Un sac de 10 litres, çà se remplit vite : 2l d'eau, une dizaine de barres, poudre à boisson, un demi-tube de Nok, casquette, lunettes de soleil, chaussettes de rechange, haut manches longues, coupe-vent/pluie, gants de soie, couverture de survie, PQ, elasto, mini-pharmacie, porte-dossard, gobelet, buff (kikou!), sac à déchets, téléphone, power-bank, papiers+liquide, ...ouf ! C'est quasi-plein.

Comme d'habitude, je pars sur l'option "autonomie". J'emporte donc quasiment tout ce dont je suis susceptible d'avoir besoin pour 100 bornes, hormis les recomplètements en eau. Si tout va bien, ce sera du poids inutile, mais en cas de pépin, je serai tranquille. Donc, pas de sac d'allègement pour le CP5.


Je prépare quand même un sac pour me changer éventuellement à l'arrivée, avec une tenue chaude complète. D'expérience, je l'utilise très rarement, mais qui sait ?..

Tout semble paré. Je sors en ville goûter les spécialités d'un autre restaurant du quartier. Une large soupe de riz au poulet fera l'affaire, ce n'est pas le moment de se dilater la panse !

Déjà 20h. Retour à l'hôtel, dernières vérifs, réglage du réveil pour 4h00, (et appel de la réception pour "doubler"), douche, bouquin, zenitude.. Morphée semble m'accueillir avec bienveillance...


!!! BÎP-BÎP-BÎP-BÎP-BÎP!!! "Vous avez un message !"

M...e !! C'est quoi çà ? Il n'est même pas encore 23h !

Message de mon opérateur téléphonique !! "Vous avez dépassé votre quota de communications data depuis l'étranger. Vous ne pouvez plus utiliser votre forfait mobile. Pour le réactiver, veuillez regler la facture de 120, 56€ en vous connectant sur votre compte abonné". Merci Free !!! Avare

C'est bien le moment ! Je n'ai pas fait gaffe aux paramètres de "roaming" en arrivant à destination, et me retrouve avec une facture salée, mais surtout sans portable utilisable, la veille d'une course de cent bornes en terrain inconnu..

Pas Glop ! Bref, je me connecte au portail Free, via le wifi de l'hôtel ..Ou plutôt j'éssaie ! Je n'ai bien sûr pas mes identifiants, donc appel de la plateforme téléphonique (20 minutes..), qui me les communique par mail...pas pressé d'arriver !

Quand enfin je reçois les identifs, impossible de finaliser le paiement en ligne...qui nécessite une identification par sms...impossibles à recevoir vu que mon abonnement est en mode dégradé ! On tourne en rond ! Je fulmine... Rappelle la plateforme. Impossibe de règler par tel, mais ils tentent une levée du traffic sms. Je retente le coup... Cà passe, mais le sms de confirmation n'arrive pas !!

Je tente finalement l'opération avec la carte d'une autre banque. Cà passe, le sms arrive illico , c'est réglé !

Je retrouve l'usage de mon tel, je peux enfin me recoucher.. Mais il est déjà plus de 2h du mat !

Impossible de trouver le sommeil...

 



"DING-DONG"

"Hello Sir ! It's time to wake-up !"

Et merde... Il est 4h00, je dois rejoindre le point de rendez-vous pour prendre la navette à 5h15,

je vais prendre à 8h00 le départ d'un 100 bornes et je n'ai pas dormi depuis vendredi matin...

Bon, ben on fera avec, comme d'hab' !!

Douche et petit déj' comme si de rien n'était, après tout ce n'est pas la première course où je n'aurai pas dormi...

Tout est prêt. Je m'habille rapidement, descends je ne sais pourquoi par l'escalier de service et débouche dans une ruelle glauque derrière l'hôtel. J'engage rapidement les quelques rues annexes et me retrouve sur Nathan Road, direction la "Mongkok Police Station" qui tient lieu de rendez-vous pour prendre la navette.

Premier contact avec les concurrents du HK100. Les allures sont sveltes, les équipements au top : ce ne sont pas des touristes ! Pas un européen en vue, mais çà me convient. Je ne viens pas à Hong-Kong pour rencontrer mes voisins ! Ils sont sûrement plus nombreux aux points de rencontre situés sur l'île, où se concentrent de fait les occidentaux..

40 minutes de minibus, et nous voilà largués dans un coin reculé des "New Territories", près d'un camp de séjour du Rotary Club local. Le jour n'est pas levé, et la fraîcheur est tenace : tout le monde revêt parkas et collants, et je ne déroge pas à la règle : j'enfile mon corsaire en lieu et place du cuissard. Cà caille !!



La place commence à bien se remplir et à sérieusement s'animer, dans une ambiance multicolore et bon enfant. Beaucoup de filles, plus me semble-t-il que sur les courses hexagonales..?

Les concurrents s'interpellent à voix haute, à la mode de Chine du sud, dans une cacophonie des plus sympathiques.. Cà change agréablement des postures volontiers martiales et des visages fermés que l'on rencontre trop souvent sur certaines lignes de départ... Mais celà augure-t-il de la suite ? Wait and see...

Quatre sas de départ sont aménagés :  16h/20h/24h/+.. (Sachant que le temps limite est de 30h)

Je me range humblement dans le sas"24h" : j'avais prévu 22, mais la nuit blanche risque de laisser des traces... 



8h00 - Let's go !

C'est parti ! Je déroule, la troupe s'étire tranquillement, il fait bon, j'ai de bonnes sensations... Cà va le faire !


Le paysage défile gentiment, en se dirigeant vers le bord de mer... On en prends plein les yeux !



On frôle quelques petits reliefs, avec un soleil désormais bien levé, la température approche déjà les 20°C : allègement prévu au CP1 !


Ravito au CP1 "Control Point 1"


On aborde les premiers reliefs, en suivant la côte...

Arrivée au CP2... Ambiance plage !!

 Les ravitos sont bien fournis et de qualité : j'opte pour un mix coca/crackers/soupe de nouilles !

 

Les reliefs commencent à s'enchaîner, en une succesion de pics abrupts, accessibles soit par des chemins aux marches souvent bétonnées, soit par des quasi-ravines encombrées de racines et de chaos rocheux...

Cà tire sur les cuissots, mais on monte tranquillement...

Déjà le CP3, où pas mal de concurrents prolongent un peu la pause...

Au grand bonheur d'un zébu kleptomane qui pique allègrement dans les sacs de quoi se sustenter !!

Et çà repart...

Rencontre en chemin d'un autre chapardeur, plus discret semble-t-il, mais tout aussi efficace !!

Les côtes s'enchaînent gentiment, suivies de descentes tantôt vertigineuses, tantôt hyper-roulantes,

où il fait bon "lâcher les chevaux" à bon compte... Bientôt le CP5 de mi-course, et pas encore de contre-coup de fatigue.. pourvu que çà dure !!

 

CP5 - Mi-course.

La nuit commence à tomber, et la fraîcheur arrive...

Quasiment tout le monde sort les effets chauds, et prends le temps d'une pause prolongée...

Je fais de même, et après une soupe de nouilles bien chaude, je tente une petite sieste-express, mais pas moyen

de sombrer... Je repars avant de trop me refroidir, en commençant à regretter ma nuit blanche de la veille...

Des escaliers, encore et encore... Et pas de l'escalier gentillet à sa mèmère : non, de la bonne grosse marche disparate, tantôt de vingt, tantôt de quarante centimètres, bien plane ou quasi creuse, et obligeant à chaque pas de remesurer son effort...

Mais l'escalier à un avantage : çà monte vite, et çà ne glisse pas !

 

CP6, CP7, CP8 défilent... Je n'imprime plus vraiment... Le "jus" est bien là, et je ne ressens aucune fatigue musculaire, mais le manque de sommeil commence à se faire sentir...

Je ne prends plus le temps de faire des photos (de toutes façons, il fait noir..),

et je suis en état de semi-léthargie : je cours en quasi-somnolant...

Je profite des descentes, ici la route de Beacon Hill, pour bombarder un peu, histoire de me réveiller... Cà décrasse les gigots, et çà ventile les neurones !

 

Au CP8 (?) pause-soupe autour d'un feu entretenu par les Scouts locaux. Excellent accueil comme sur tous les ravitos, mais la couverture de laine en plus ! Difficile de repartir, mais il le faut : çà souffle fort, et il reste du chemin...

J'ai de plus en plus de mal à garder les idées claires... Routes et sentiers s'enchaînent, que je suis en courant au radar... Les désormais presque 48 h sans dormir commencent à me marquer sérieusement !

Il est déjà quatre heures du matin, un brise givrante souffle à présent sur les crêtes, évoquant de façon saisissante un paysage des Vosges ! Même végétation rase, même air glacé, même roches de grès rose...

Suis-je bien en Chine ?

Oups !! M...e !! Je me retrouve soudain étallé de tout mon long sur la route : je me suis endormi...

Je n'allais certes pas très vite (çà monte en plus!), mais c'est la première fois que çà m'arrive en courant !

(En marchant, c'est déjà une tradition bien établie...)

Bon, il faut aviser, çà devient dangereux de continuer ainsi : certains passages sont délicats, et les aborder en demi-conscience ne serait guère prudent. Impossible non plus de me "poser" pour dormir un peu dans ce secteur soumis au vent glacé et humide qui remonte de la côte....

Je décide de transiger, et de m'accorder un "pico-sommeil" ! Couvert au maximum, je m'assieds au bord du chemin, expire lentement comme pour m'endormir... et y parviens quasi-instantanément ! Le temps de sombrer dans le sommeil et de basculer sur le côté, la chute sur le sol me réveille et je me rélève illico. Temps estimé : 45 secondes de sommeil !

Mine de rien, celà me suffit sur l'instant pour retrouver mes esprits, et en route vers le Tai Mo Shan !

Le jour est à présent levé...

 

Tiens, ma Polar indique bizarrement 96Km parcourus..? On devrait donc être presque arrivés ! Je jette un oeil sur le Foot-Pod censé compter les pas et calculer la distance : voyant rouge. Piles hs... Bah, pas grave. Le sommet n'est plus loin... Ou plutôt ne "devrait" plus être loin...

Mais selon le bon principe de l'étape-qui-n'en-finit-pas-au-petit-matin, derrière chaque butte se dessine un sommet, et derrière chaque sommet, une nouvelle butte...

Enfin, nous semble arriver le dernier pic, un superbe cône qui évoque le Fuji-Yama... (En plus modeste quand même...) Je sens mes quelques compagnons de route reprendre un peu de vigueur, et tous allongeons perceptiblement notre foulée, en quête du Graal... Mais nous devons rapidement constater que celui-ci nous échappe, et que au sommet de ce que nous croyions être le Tai Mo Shan, se dévoile sur notre gauche, émergeant du brouillard, une autre masse plus imposante...

Le voilà notre sommet !

(Pas très joli avec tous ces radômes, mais bon, on fera avec !)

Le chemin qui chemine en crête rejoint rapidement une banale route de service, et c'est au pas que toute la troupe s'étire au sommet du Tai mo Shan, sous un soleil qui peine à nous réchauffer à travers le brouillard...

Enfin s'amorce la descente vers le point d'arrivée, empruntant une route en larges lacets où s'égrennent les kilomètres en mode "roue libre" : on déroule gentiment, sans effort, çà descends tout seul...

A l'inverse, la température monte rapidement à mesure que décroît l'altitude, et c'est avec soulagement que j'accueille les échos de la zone d'arrivée : il commence à vraiment faire chaud !

Encore un dernier virage, et j'aperçois une des "volonteer" qui aiguille les arrivants vers l'arche de la "finish line".

Je déroule toujours tranquillou, bien réveillé désormais, et passe "sans encombres ni fatigue.." la ligne d'arrivée.

Coup d'oeil au compteur horaire : 25h26 !! Oullà !! Cà fait mal !!

Je tablais sur un 22h "tranquille", et me voilà avec trois heures de plus dans la vue....

(Trois heures qui correspondent peu ou prou, d'après la fiche de pointage, au cumul de mes arrêts-ravitos...)

Mais il est vrai que je veille depuis désormais 50 heures (moins 45 secondes de "pico-sommeil"! ),

en ayant parcouru 100 bornes et 4500 mètres de dénivellée...

Bon, allez, "çà va pour cette fois" me dis-je...

 

Mais je vais être obligé de revenir !! Cool

 

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Finish Line !


Médaille-souvenir, photo tradi sous l'arche, récupération du sweat "finisher" et du sac d'allègement...

Je grignotte rapidement un sandwich sur la zone de repos, ré-enfile un vêtement sec et chaud,

puis rejoins sans tarder le bus qui nous ramène sur le centre-ville. 

Le sommeil me pèse, ce n'est pas le moment de traîner...

Une demi-heure de route, vécue dans une demi-conscience, et nous sommes largués devant une station du MTR.

Quelques saluts rapides et la troupe se disperse, chacun se hâtant vers le repos tant attendu...

Je reprends la Tsuen-Wan Line, direction Mong Kok, désormais bien réveillé ! Au point d'hésiter à m'arrêter pour me sustenter dans l'un des multiples restaus qui émaillent le chemin jusqu'à l'hôtel !

Par égards envers la clientèle, je n'en fais rien : après plus de 24 heures de course, ma tenue est un brin poussiéreuse et mes chaussures plutôt crottées... Pas un spectacle pour une tablée de convives, en ce dimanche "presque midi" ! Ce sera donc après la douche...et beaucoup plus tard en fait, après un gros somme !!

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Synthèse :

Au final, que reste-t-il de ce HK100, hormis l'épisode touristique de pré-course ?

- Organisation : au Top, dans la bonne humeur ! Le bon côté de la Chine du sud : carré...mais rond aussi !

- Bénévoles pléthoriques, aimables, attentionnés...et trilingues!

- Ravitos nombreux, bien achalandés, de qualité, avec des points où se réchauffer sur la partie "nuit".

- Parcours magnifique, varié, dépaysant, avec des paysages aussi superbes qu'inattendus.

- Balisage irréprochable, malgré un développé important (100Km) et certaines zones boisées pas faciles.

- Météo : équivalente à un début Mai en France. Air léger, soleil bienveillant...mais coup de froid possible sur les   sommets !

- Plateau : pas mal de "pointures" parmi les concurrents, avec une belle brochette de chamoniards qui finissent dans le top 20, dont Antoine Guillon et Cyril Cointre, qui finissent respectivement 3e et 4e, et Christophe Le Saux pointant pour sa part à la 16e place au général ! Chapeau à eux !  (Pas moins de soixante Gaulois étaient inscrits, mais seulement trente ont franchi l'arrivée... Il y a eu de la perte en ligne !)

- Ambiance générale : atmosphère enjouée au départ et sur les ravitos, bien dans le caractère hong-kongais.

A contrario, quasiment pas de dialogue entre les concurrents chinois sur le parcours (chose impensable chez nous, surtout en queue de peloton), et une absence d'empathie et d'entraide pour le moins surprenante pour nous autres français... J'étais quasiment le seul, avec un concurrent coréen, à m'enquérir de l'état des concurrents arrêtés deci-delà au bord de la piste...

Cette attitude surprenante est sans doute dûe en partie à la culture confucéenne, emprise de discrétion et d'humilité, et par ailleurs à l'hyper-compétition qui est la règle en Chine, tant dans les études, les affaires,         que les relations sociales... Celà aboutit malheureusement sur l'indifférence !                                                

(Bref, mieux vaut ne pas compter sur un secours spontané de la part des concurrents sur le HK100...)

- Gadgets-souvenirs : les finishers sont plutôt bien dotés, avec médaille (plus un "award" or/argent/bronze pour les moins de 16/20/24h...), sweat "finisher", deux tee-shirt, buff, cup, et autres babioles diverses...

En conclusion : une course vraiment attachante, pas si honéreuse que celà au regard du circuit UTWT, très dépaysante, et parfaitement organisée.

A celà s'ajoute le plaisir d'un petit break dans la mythique Cathay, qui, si elle a perdu un peu de son charme suranné de l'époque britannique, n'en a pas moins gagné en dynamisme et en authenticité de vaisseau amiral de l'Empire...

Celui du Milieu bien sûr !

 

Bref : A inscrire à son calendrier !!

 

(Moi, j'y retournerai "as soon as possible"...)

 

 

 

 

6 commentaires

Commentaire de flyingkitty posté le 26-01-2015 à 08:55:57

Bravo! Super récit...très agréable à lire.
J'ai fait tous ces chemins en mode rando mais je serai bien incapable de les faire en courant.
Toutes ces marches sont épuisantes en montée et très glissantes en descente si il y a de l'humidité, ce qui est fréquent à HK.

Commentaire de AldeBleau posté le 31-01-2015 à 09:35:25

Merci Anne,
Dans des sites comme celui-là, on est un peu "porté par le paysage"...et la fatigue s'oublie vite ! Il est vrai que Hong-Kong est souvent saturée d'humidité, mais Janvier est juste le mois parfait pour cette course. Le marathon de Hong-Kong a d'ailleurs eu lieu le dimanche suivant. J'aurais bien tenté le doublé, mais tous les dossards étaient partis dn quelques heures à l'ouverture des inscriptions... Next time ? ;+)

Commentaire de Papillon posté le 03-02-2015 à 10:14:27

ça y est, j'ai pu prendre le temps de te lire... je suis en mode grève... Très sympa ton récit... c'est fou ce que tu as l'air dans ton élément à des milliers de kilomètres de chez toi... tu m'épates!!!!! Je crois que je me sentirai totalement paumée et inefficace! Quand à l'avion, là, c'est mon point faible... des dings et le sifflement des réacteurs... punaise, je serais en crise de panique totale! Bravo pour ta course, 3h de plus sur 100 bornes avec de la fatigue, ça ne me paraît pas catastrophique. La ville ne me fait pas rêver, par contre le reste a l'air très beau. A bientôt voisin!!!!

Commentaire de AldeBleau posté le 08-02-2015 à 13:48:57

Merci Cécile,
C'était vraiment une chouette parenthèse ! (Hormis, je te l'accorde, la toujours abrutissante traversée en avion...). De fait, çà donne envie de s'intéresser à quelques courses exotiques : Trans-GranCanaria et Ultra du Mont Fuji par exemple ! A suivre...

Commentaire de francois 91410 posté le 08-06-2015 à 21:48:51

Magnifique CR et magnifiques photos qui donnent envie d'aller y faire un saut :-) S'endormir en courant ... faut que j'essaie ça tiens !

Commentaire de AldeBleau posté le 13-06-2015 à 17:12:29

Merci François,
Si tu en as l'occasion, n'hésites pas : c'est la saison idéale pour visiter Hong-Kong, et le parcours est réellement inattendu par rapport à l'image "urbaine et industrieuse" de la ville. Dépaysement garanti ! (Et "remise en condition" gastronomique aisée à l'issue de la course ;+)

Pour ce qui est de l'endormissement, ce fut quand même "à l'insu de mon plein gré" ! (Quand même fortement déconseillé en zone alpine...)

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