Récit de la course : Lozère Trail - 108 km 2016, par c2

L'auteur : c2

La course : Lozère Trail - 108 km

Date : 14/5/2016

Lieu : Chanac (Lozère)

Affichage : 907 vues

Distance : 108km

Objectif : Terminer

2 commentaires

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un magnifique terrain de jeu

L’Ultra Lozère

108 kms en deux étapes différentes (2 x 54 kms avec 3300m et 2400m+)

14 et 15 Mai 2016, 14ième édition


Mots clés de l’épreuve : Lozère, gorges du Tarn, Sainte-Enimie, vallée du Lot, Chanac, causse, Sauveterre, Méjean, falaises, calcaire, monotraces, nuages, sous-bois, burle, pierrier, flanc de montagne, chemins ancestraux, soleil, buis et plateaux sauvages.


Nous sommes au sud-est de la Lozère sur un terrain de jeu classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec deux épreuves mythiques dans les environs auxquelles j’ai eu la chance de déjà participer plusieurs fois : Marvejols-Mende juste au nord et les 100km de Millau un peu plus en aval sur le Tarn côté Aveyron. Si l’Ultra Lozère de 108 km est l’épreuve phare, trois autres distances de trail sont proposées durant ce week-end de l’Ascension : Le Lozère trail version longue de 52 km sur le parcours de la seconde journée de l’Ultra Lozère mais aussi une version courte sur 25km autour de Chanac et la Salta Bartas de14km.

Le Tarn sera l’épine dorsale liquide de cet ultra et Sainte-Enimie et ses 500 habitants son pivot central.

Vendredi : Il pleut. Sans discontinuer. Bien qu’en mi-mai, les plateaux sud de la Haute-Loire du chemin d’approche expriment encore toute leur rudesse. Brouillard, rafales de burle, grésil et 4°C grand max pour les optimistes en milieu d’après-midi. Léger flottement dans les esprits. Sainte-Enimie. Village ancestral. On y note, dès le VI ième siècle, la fondation d’un monastère. Classée parmi les « Plus beaux villages de France », la bourgade est ce jour envahie par des « traileurs » d’un autre genre dans une immense ronde infernale. Plus de 500 pilotes venant de toute l’Europe pour une course d’enduro de grande renommée qui fête sa 30ième édition. Les routes locales grouillent de camionnettes d’assistance. Première étape d’une épreuve de 600 km avec de nombreuses spéciales en trois manches, trois jours de suite : « le Trèfle ». Une boue épaisse tapisse les tenusdes motards. Retraits des dossards à Chanac. Rencontre avec Michel et Claudine. Michel achète des chaussures. T'as oublié les tiennes ?

Comment sera le terrain demain pour nous coureurs ?



Samedi : 7h15, ciel très chargé mais sans pluie, ouf. Les dernières infos sont positives. On va vers le beau, ça roule. Embarquement en sortie de Chanac dans les cars remontant les coureurs au départ de l’épreuve à Sainte-Enimie. Saute-mouton entre deux vallées du Lot et du Tarn distantes par la route de 23 km et à vol d’oiseau d’à peine 13 km. Courir deux jours de suite en compétition n’est pas simple. Alors objectif du jour : En garder pour le lendemain.


Sainte Enimie


Au pied du Tarn le village de Sainte Enimie est accroché au flanc de montagne. Les étroites ruelles montent vers ce qui pourrait ressembler à une falaise. Et c’est par là que l’on va partir !!!


 


J1, samedi 8h : Dernière consignes avec la plus intéressante, 30mn de plus sur la barrière éliminatoire du 30 km à savoir repoussée à 14h. Un coucou à Pascale et Michel qui je pense vont partir plus vite que moi. Lâcher des 280 coureurs.


Petit tour de chauffe dans le village pour diluer le troupeau. Passage ruelles étroites. Léger tassement. Tunnel puis sentier monotrace nord qui attaque directement la pente en sortie de village. Je parle à la rivière : Au revoir le Tarn !


Quasi à froid j’y vais mollo pour ces premiers 500 m positif. Dans cette boucle la plus nord de la journée ressemblant à un huit déformé on rejoint le Causse de Sauveterre. Végétation rase ou inexistante et ciel bâché. Le coupe-vent aura tenu une heure. Tee-shirt et manchettes me suffisent alors.


Causse de Sauveterre


Sud du causse de Sauveterre


Après cette mise en jambe première descente progressive à flanc nord sur ce Tarn fil conducteur de notre périple. Les sentes sont étroites, parfois fuyantes. Quelques dalles glissantes demandent de la concentration.


La progression est assez lente en limite de dévers droit permanent. Comme d’autres, j’ai sorti les bâtons qui rattrapent bien quelques situations délicates.


Les coureurs sont mangés par la végétation et le calcaire. Parfois ils disparaissent derrière des arbrisseaux. Les mains courantes sont précieuses et facilitent la progression dans les passages délicats.



Les parties hautes sont infranchissables. On pourrait être dans le Vercors.


17 km : Premier ravito à Prades toujours rive nord. Quelques centaines de mètres de bitume. Laurent et David sont juste derrière. A peine revenu proche du niveau de la rivière, cela repart en sèche grimpette avec des lacets et en hors piste.

sortie de Prades (17 km)

 Fermes isolées sur les plateaux


Le parcours devient franchement minéral. La pente parfois très forte. La vitesse n’a plus de sens. La prudence est de mise. Le sol est globalement sec, heureusement. Le calcaire a bien absorbé toute cette eau de la veille.


Les passages qui suivent sont très chronophages. Le ciel se déchire progressivement pour virer progressivement au bleu dominant.



Le retour en bord de rivière se termine dans un pierrier par une descente genre piste rouge de ski. Du 30 %. Les caillous clairs qui roulent sous les chaussures. Forte luminosité. Il faut trouver la technique. Ne pas être sur une trop grande défensive. Simple sur le papier, mais…. Une fois les bases apprises si les jambes suivent on peut descendre assez vite. Ça c’est la théorie. Un point positif, les guêtres. Super barrière aux petits cailloux dans les pompes.


30 km, Pont de Montbrun. Ravitaillement et barrière horaire éliminatoire. 1h heure d’avance. Pause de 10mn, tranquille. No stress. Quézac est à deux pas et il y en a sur les stands. Changement de rive. Version sud.


500m de goudron et retour de la pente raide et des sentes étroites à flanc de montagne. Il commence à faire chaud. Il faut garder de la lucidité : se nourrir des paysages fabuleux certes mais ne pas omettre aussi de boire et de s’alimenter régulièrement.

Piste de ski sur cailloux et 30km ravitaillement du pont de Montbrun


Mi-montée, discut avec un local assis au bord du chemin en spectateur avec son chien. Je note le collier électronique du quadrupède. C’est à cause des bêtes me dit-il : Renards, chevreuils et sangliers. Nous ne sommes pas seuls !!


De la rive sud du Tarn vues sur le causse nord de Sauveterre


On n’arrête pas de monter et de descendre. Premier bref passage sur le haut du causse Méjean. Les rubalises du balisage sont régulières, bien positionnées et sans ambiguité. Nouvelle dégringolade de 500m sur le Tarn.


Un peu de plat bien reposant sur les plateaux


Deux, trois kilomètres de goudron me permettent de retrouver de la vitesse. On voit le marathonien me dit un coureur qui poursuit sa progression en marche très active. De 100 bornes et de 24h aussi, je lui rétorque.


38 km : Castelbouc. 3ième et dernier ravito à ne pas négliger car il reste encore 16 bornes. Village en partie troglodyte. Début d’une nouvelle remontée très sèche de 500m. Je pars avec un coureur. On commence à échanger. Quelques centaines de mètres de grimpette dans la forêt domaniale, il bloque les freins. « M…., j’ai oublié mes bâtons au ravito !!! ». Demi-tour pour lui. Je le laisse à son petit supplément de distance qui doit bien l’énerver.


Entrée de Castelbouc


Causse Méjean


Le plateau est pur, reposant. La roche est affleurante en surface, éparse mais permanente. Puech d’Alluech, 1151m. La burle pleine face est très vive. Je joue à monter et descendre les manchettes pour garder une thermique de confort.


Causse Méjean


Descente finale tortueuse qui nous ramène via le très beau pont de pierre au-dessus du Tarn au cœur de Sainte-Enimie. Anne-Marie engagée le lendemain sur le 25 et Marie sur le 52 m’accompagnent sur les dernières centaines de mètres. Fin de première journée. Stand d’arrivée : Du chèvre frais, quelques toasts, un yaourt local, un régal. Et puis boire, encore et encore.



Je ne me sens pas trop entamé. RAS question estomac. Mais le juge de paix ce sera demain matin. Sur le lieu du départ du lendemain quelques kms en dehors du village, certains couchent en bivouac sous tente mais ce n’est pas une obligation.


∞∞∞∞∞∞∞∞


J2, dimanche 7h : Une belle journée s’annonce. Nuit correcte tout en continuant de courir un peu dans le lit. C’est reparti pour 54km sur un parcours différent de la veille avec « seulement » 2400m de dénivelé positif. On va se régaler question paysages. Lunettes de soleil, casquette et crème solaire sont dans le sac. Même pas mal. Evidemment je sens bien que j’ai fait quelque chose la veille mais je m’attendais à pire. Parcours vendu comme plus roulant qu’hier, surtout dans le dernier tiers. Ouf !! Alors si les jambes sont encore là…. Quelques retardataires qu’on attend gentiment et on frise 7h10 au compteur pour avoir droit de partir trottiner. Traversée du Tarn, toujours lui, 1km et gros bouchon pour un single en corniche rive nord au-dessus de la rivière avec entrée par escalier et aide d’une corde sur quelques mètres. Passage au compte-goutte. Je poirote, 20mn c’est bien long !!! J’aurais dû mettre un petit coup de boost.

Zone de départ


500 m, traversée du Tarn


Résultat des courses. Passage à Saint-Enimie seulement 10 mn avant le départ du Lozère Trail de 52 km sur le même parcours. Ca va revenir vite et fort de l’arrière avec 300 voraces bien frais… Traversée du Tarn par le même pont que celui de l’arrivée d’hier mais dans l’autre sens pour changer….


Montée étroite en pente douce et régulière d’abord puis plus tonique ensuite. Un œil dans le rétro. Aux premiers bruits je serre bien ma droite. Les 8 premiers passent vite, mains sur les cuisses. Ca souffle fort. Ils semblent dans le rouge. Je les renseigne sur leur place que je m’amuse à compter. Puis vient progressivement un peu plus tard le ventre mou du peloton. Globalement peu de bâtons a contrario de l’ultra. Brefs encouragements mutuels dans des mondes parrallèles qui se comprennent et se respectent.


Légère descente dans des landes agréables du Causse Méjean pour atteindre la pointe sud de notre périple.


Anilhac 12 km : Premier ravito. Arrêt express. Descente rapide en lacets pour longer ensuite à contre-courant le Tarn pendant 8 km. Sente parfois étroite avec quelques petites bosses. Le passage est fort agréable mais je le trouve bien long. Aurais-je perdu un peu de lucidité ?

Approche vers le Tarn rive sud pour l’enjamber à Saint Chély du Tarn



Et dire qu’il va falloir monter en face. Plein soleil. Dernière grosse difficulté de la journée.


Saint Chély du Tarn


Sortie de Saint Chély du Tarn (1km de route)


Un bénévole nous indique la sente à droite : 400m ?, Plutôt 500 me répond-t-il gentiment. Réverbération intense. Fin de montée dans la pierraille. Ça chauffe bien les muscles et le cerveau.

Fin de montée sur Cabrunas



Cabrunas 23km : second ravito. Les grosses montées sont derrière, ça, c’est fait. Des petites bricoles à grignoter, du chèvre frais. Echanges avec les bénévoles. Ca requinque !!


Vue sur Sainte-Eninie et la vallée du Tarn (Sauveterre à gauche, Méjean à droite)


Après une partie en corniche on attaque les grands espaces avec de nombreux vallons à franchir. On évolue entre 800 et 1000m. Chaque grimpette normalement anodine me fait bien mal et il faut vite relancer en trottant dès que possible sans se poser trop de questions.

Causse de Sauveterre


Champerboux 36 km : Petit hameau. Très belles maisons aux toits de lauzes. 3ième et dernier ravito. Barrière éliminatoire. 50 mn d’avance. Tout roule. Je me pose 15 mn histoire de bien refaire les niveaux. Je tape dans les chips. Aucun souci alimentaire. Il faut juste faire descendre un peu plus lentement que d’habitude.

Champerboux dernier ravito et barrière horaire éliminatoire


Causse de Sauveterre


On fonce plein nord puis nord-ouest. Il faut chaud mais la burle pleine face tout en me freinant me rafraîchit. Les jambes répondent honorablement même si je sens une certaine lassitude. Ce plateau est magnifique avec de légers vallons. Le paysage est renouvelé et la vue porte parfois fort loin.


J’ai bien intégré dans ma tête les deux petites bosses dans les 5 derniers km qui vont faire grincer les quadris mais qui sont signe d’arrivée proche.


Sur la crête finale nous parvient la sono de la zone d’arrivée en contre-bas. Très sèche descente avec des cordes dans une latérite poussiéreuse. Deux trois coureurs râlent autour de moi. Courte piste de VTT plus roulante en forêt et arrivée salvatrice au détour d’un virage entre deux maisons de pays.

Descente finale sur Chanac



Alors l’ultra Lozère 2016 en quelques mots : Un trail assez technique surtout le premier jour. Une épreuve originale sur deux jours. Une belle météo pour cette édition. Un fabuleux terrain de jeu. Des petits villages et hameaux magnifiques et sauvages. Une organisation rodée et symphatique.

Christian


Résultat : 18H 57, 173ième et 6ième V3, 205 classés, premier en 10h45, dernier en 22h03


Pour allez plus loin et bien se rendre compte, deux superbes vidéos (une pour chaque journée) réalisées par Denis Clerc ultratraileur et journaliste sportif à France3 Languedoc-Roussilon sur l’édition 2014 :

http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/trail-languedoc-roussillon/2014/06/10/zinzin-reporter-face-a-lultra-lozere-108km-5600d.html

http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/trail-languedoc-roussillon/2014/06/13/lultra-lozere-la-2eme-etape-en-video.html


Chanac, ses vieilles ruelles et le donjon de l’ancien château

2 commentaires

Commentaire de banditblue29 posté le 10-06-2016 à 21:06:14

Merci pour ce beau reportage :-).

Commentaire de Philkikou posté le 11-06-2016 à 15:46:06

Une course et des paysages à couper le souffle... et les jambes.. Bien géré et régalé ... elle n'est pas belle la vie d'un coureur de course nature !!!

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