Récit de la course : Ultra Trail Atlas Toubkal - Challenge 42 km + 26 km 2016, par Kevinkikour

L'auteur : Kevinkikour

La course : Ultra Trail Atlas Toubkal - Challenge 42 km + 26 km

Date : 29/9/2016

Lieu : Marrakech - Oukaïmeden (Maroc)

Affichage : 586 vues

Distance : 68km

Objectif : Pas d'objectif

3 commentaires

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On ne se lasse pas des délices de l’Atlas, hélas, c’est là qu’est l’os !

Au fond, la course, c’est juste un détail. Le chrono, le classement, tout ça, c’est de la paperasse, de l’administratif, bref, on s’en fiche. Ce qui compte, ce sont les sensations.

Côtoyer l’Atlas, ce géant condamné à porter sur ses épaules la voûte céleste. Dormir à 2 600 m d’altitude au pied du djebel1 Toubkal, le sommet d’Afrique du Nord.

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Déjà, il faut y monter. Quitter Marrakech. Entrevoir les premiers reliefs. Observer les parois rocheuses changer de couleur au fil de la montée. Toutes les nuances de rouge y passent. Se demander si certains villages se confondent avec la montagne pour se cacher de la civilisation ou parce qu’ils sont construits avec les roches des environs. Ne pas se satisfaire de la réponse terre-à-terre.

Subir les changements de température. Passer de 25°C au soleil à près de 0°C en soirée. Dormir en tente. Mettre un quart d’heure à se réchauffer, emmitouflé dans son sac de couchage. Constater alors une soudaine envie de pisser, provoquée par le froid, l’altitude, l’eau de là-bas ou les trois réunis. Hésiter entre braver le froid ou prendre le risque de succomber à l’envie pressante. Ne pas hésiter longtemps. Sortir voir les étoiles. Remettre un quart d’heure à se réchauffer. Se réveiller au milieu de la nuit pour une nouvelle vidange ou parce que le bout de son nez est gelé. Maudire conjointement les aboiements des clebs2, les braiements des ânes et le premier appel à la prière. Apprendre à dormir en fractionné.

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S’acclimater. Ça, c’est facile, il suffit de ne rien faire. Est-ce que deux jours suffiront ? On verra bien. Tajines, thés à la menthe et vendeurs ambulants rythment les journées. Pour eux, c’est l’occasion ou jamais.

Se lever au plus froid de la nuit pour se préparer à la première course. Sentir l’excitation monter à l’approche du départ.

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Se laisser porter par l’adrénaline. Oublier la pesanteur dans les premières pentes. Se retourner et s’émerveiller devant les lumières de la ville, des frontales et des étoiles. Vouloir monter jusqu’à elles.

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S’arrêter devant le lever de soleil sur l’Atlas. Profiter de la chaleur des premiers rayons. Profiter de la vue. Se demander pourquoi on trouve ça beau. Ne pas vouloir trouver de réponse.

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Passer dans les premiers villages accrochés à la montagne. Se demander combien de fois par an ils voient passer des étrangers. Compter la réponse sur les doigts de la main. Échanger les premiers « Salam »3 et autres « Labess ? »4.

Sentir la chaleur monter en descendant vers la vallée. Enlever vêtement après vêtement au fil de la matinée. Trouver l’air sec. Boire beaucoup. Tomber dans une descente caillouteuse. Se relever et se promettre d’être prudent comme jamais.

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Entamer la grande ascension du jour depuis le village de Timichi jusqu’au Tizi5n’Tachedirt à 3 280 m d’altitude. Accompagner un troupeau de moutons sur des sentiers escarpés. Trouver son rythme. Quitter le dernier village habité, émerveillé par le contraste ocre-vert qu’offre une végétation arrivée là comme par magie. Sentir peu à peu les effets de l’altitude. Être essoufflé tous les vingt mètres en s’approchant du sommet. Une fois là-haut, ressentir une indescriptible sensation de pureté. Croiser à nouveau des moutons. Se dire qu’un gardien de troupeau grimpe ici tous les jours. Penser à se reconvertir en berger dans l’Atlas.

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Galérer dans la descente. Se demander qui a inventé ces maudits sentiers piégeux. Désespérer d’en voir la fin. Arriver au village de Tachedirt dans un état de déliquescence avancé. Se faire accompagner par des gamins jusqu’à la sortie du village. Y trouver la force de continuer. Les remercier intérieurement, par un sourire ou par une barre de chocolat.

Finir à une allure d’âne récalcitrant.

Remettre le couvert le lendemain matin.

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Monter, descendre, monter, descendre, tel est le credo du traileur. Doubler en montée, être doublé en descente, tel est mon fardeau.

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Traverser plein de petits villages à l’écart du monde. Se faire indiquer le chemin par des habitants amusés. Détourner une chanson: « Ce sont des maisons rouges adossées à la montagne. On y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé. »

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Entamer la dernière ascension au départ d’Ikkiss. Remonter les coureurs les uns après les autres. Apercevoir au loin un drapeau dans le prolongement d’un chemin à flanc de montagne.  Ne pas avoir envie de finir. Vouloir kiffer l’Atlas encore un peu. Finir quand même.

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Se lever le lendemain sans le moindre mal aux jambes. Redescendre à Marrakech. Faire le tour de la ville à pied. Arriver en nage à l’aéroport. Rentrer déphasé en France  à force d’avoir joué au yoyo avec le climat et l’altitude.

Au commencement était le verbe. Sauf que moi, j’en suis resté à l’infinitif.


1Djebel : Mont
2Clebs : Chien
3Salam : Bonjour
4Labess ? : Ça va ?
5Tizi : Col

3 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 17-12-2016 à 20:40:43

un récit qui n'a pas eu le nombre de lectures qu'il méritait !!!
bon,je vais me taper tes "oeuvres complètes" dans les jours qui viennent, j'suis fan du style.

Commentaire de philtraverses posté le 18-12-2016 à 12:38:04

Moi j'avais lu et aimé, mais pas commenté. Je répare. C'est bien écrit avec style et ça change de la saintelyon, dernier salon où l'on cause ( je plaisante). J'achète comme dirait jean-marc genereux de das.

Commentaire de philkikou posté le 23-12-2016 à 16:40:12

Je plussoie les commentaires d'Arclu et Phil : concis, bien écrit, belle découverte que cette course dépaysante !!! Merci pour ce partage

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