Récit de la course : L'Echappée Belle - Intégrale - 149 km 2019, par Thomas74

L'auteur : Thomas74

La course : L'Echappée Belle - Intégrale - 149 km

Date : 23/8/2019

Lieu : Vizille (Isère)

Affichage : 1000 vues

Distance : 149km

Matos : Altra olympus 2.5

Sans bâtons.

Objectif : Terminer

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EB intégrale : poireau non finisher

Le levé à 2h du mat' au gymnase d'Aiguebelle me fait bien mal au derche, dormi une heure, peut-être deux... plus jamais ça... à Vizille, le speaker annonce la couleur, un coureur sur deux n'arrivera pas au bout, c'est la même tous les ans... instant de flottement où on se regarde tous un peu entre nous... mais ça, ça concerne les autres, pas moi me dis-je...


Cest que je me sens plutôt confiant. Bon la prépa juin/juillet était très légère en fait je n'ai fait aucun bloc et j'ai dû faire deux fois moins de dénivelé qu'en 2018 . Mais à contrario de l'année dernière sur la traversée Nord je suis frais - excepté le manque de sommeil de la veille - et motivé comme jamais. J'ai pas de plan de marche, je m'en fous, je connais les BH et me dis juste que ce serait bien d'être à Pleynet pour minuit max. Le reste sera au ressenti et surtout gaffe à partir lentement et arriver le plus frais possible au Habert d'Aiguebelle.


L'ambiance monte, tintintintin puis bam 6h du mat c'est parti !


De Vizille (km 0) à Arselle (km 16) : on s'échauffe


On trottine dans le parc, on passe devant un château hanté, puis ça monte en chemin boisé sans intérêt mais il faut bien monter de quelque part. Je regarde derrière moi et ne vois que 10 personnes ! Je suis en toute fin de peloton, choix assumé de ma part, c'est mon niveau sur du long. Je me cale sur un rythme de montée très (trop) lent, vers les 500 m d+ de l'heure, ça ne bougera pratiquement pas... insolite : devant moi un gars en jean/chemise. Il finira ! Comme quoi des fois le matos...


De Arselle (km 16) à La Pra (km 27) : Belledonne me voilà


Il faut être au premier ravito à Arselle avant 10h. Passé 9h je n'y suis toujours pas... merde ça me stresse. J'y suis à 9h21 finalement. On a quitté les bois, le soleil est là, le plateau est magnifique, il y a des chevaux, la vie est belle. Quelques minutes d'arrêt et je repars. Maintenant go le deuxième ravito (refuge de la pra), faut y être avant 14h. Le sentier qui y mène est très joli, on passe devant plusieurs lacs... autours de 11h il commence à faire un peu chaud... je suis au ravito à 12h19 (j'aurai voulu mettre 20 minutes de moins, tant pis). Crème solaire, je mange rempli les bouteilles et direction la croix de Belledonne. A partir de là je connais quasiment tout le parcours.


De La Pra (km 27) à Jean Collet (km 38) : euphorie


Je monte lentement mais sûrement, et atteint la croix à 14h18, quasi mis deux heures ! Mais cette lenteur est voulue j'applique comme un mantra le gestion/gestion/gestion sans oublier plaisir/plaisir/plaisir. Et le plaisir est bel et bien là sur ce point le plus haut de Belledonne à 2900 mètres d'altitudes. Je suis super frais, ressens une bouffée d'euphorie. D'habitude au niveau de la croix j'ai le vertige, là rien !. Je me sens bien à tel point que j'ai envie de dévaler la descente en courant. Ah, si c'était un 40 bornes ! Mais la route est encore longue alors gestion/gestion/gestion !


Col de Freydane et lac blanc franchit, le sentier est technique alors c'est mode marche constante activée jusqu'au bout de mon parcours. 3ème ravito (refuge Jean Collet), la BH est à 18h30 j'y suis à 16h12. C'est honnête me dis-je. Gestion ? Ok ! Plaisir ? Au top ! Faut que je remplisse mes bouteilles alors je me dirige vers l'abreuvoir et là huuuuuu !!! Pleins de bouteilles de bières dedans ! Bien tenté mais j'en prends pas je suis sage ! Allez maintenant faut se diriger vers le Habert d'Aiguebelle. C'est un tronçon de 9km que je ne connais pas, il paraît que c'est technique mais même pas peur, à nous deux col de Mine de Fer !


De Jean Collet (km 38) au Habert d'Aiguebelle (km 47) : début des hostilités


On monte un peu puis on se retrouve dans un coin sauvage bien paumé, c'est super sympa... avant d'atteindre un bordel de champ de cailloux et c'est là que je commence à me dire "ah ouais". La vitesse de progression baisse beaucoup, ça sert à rien de se presser et je veux pas me faire une cheville. 19h42, me voilà au Habert d'Aiguebelle. Gestion ? Ok ! Plaisir ? Hum ça va ! Les cuisses niquels cependant ce champ de cailloux précédent m'a laissé quelques germes de doutes dans mon esprit, mais je n'ose me l'avouer. Sur kikourou en gros ils disent, si t'es entamé à cet endoit t'es une quiche. Je veux pas être une quiche moi ! Je me traine au ravito, je mange tranquille, me change, me mets en mode nuit. Je repars à 20h10, j'ai bien trop tardé. J'étais mis en confiance vis à vis de la BH de 22h mais elle est clairement trop large.


La portion qui va suivre va être difficile : la plus technique du parcours à mon sens + deux fois plus longue que le tronçon précédent où j'ai mis 3h15 + j'ai tellement glandé jusque là que je fais me farcir ça de nuit ! Mais c'est pas grave. J'ai la patate. Col de la vache, tu vas m'entendre !


Du Habert d'Aiguebelle (km 47) au Pleynet (km 64) : purgatoire nocturne


Le début de la montée se fait sur un sentier normal. Le soleil se couche, je prends le temps de regarder les couleurs du ciel rougir avant de s'assombrir peu à peu. Je n'attaque les cailloux du col de l'Aigleton qu'à 21h où je dois allumer la frontale. Passé cet endroit, je commence à comprendre ma douleur ! Un petite descente puis il faut se farcir la montée du col de la Vache. Eh ben putain : elle fait mal. Avant d'arriver au champ de cailloux il faut faire une montée dans le noir qui me semble interminable. Je n'arrive pas à voir où ça se termine même en levant la tête. Je commence à me démoraliser. Les jambes vont bien pourtant et je serai capable d'appuyer mais il y a eu un déclic dans la tête. J'ai pourtant reconnu cette portion l'année dernière mais entre faire ça de jour en pleine forme et de nuit avec la fatique et une moins bonne vision du sentier, les distances paraissent décuplées. Je cherche du plaisir où je peux. Je fais de nombreuses pauses où je m'assois, coupe ma frontale et contemple le ciel étoilé. Je me sens bien immobile comme ça dans la nuit où le temps paraît se figer mais faut bien se relever et repartir... je monte, voilà enfin le champ de cailloux où faut assurer chaque pas, y'a un cailloux sur deux qui bouge... je suis archi lent, pas envie... je suis au sommet à peu près vers minuit soit l'heure à laquelle j'aurais voulu être la base vie... quatre heures depuis le ravito !!! La Vache qui rit, elle m'aura bien travaillé au corps...


Maintenant la looongue descente vers le Pleynet... c'est très technique, je marche, les chevilles protestent, elles sont fatiguées de ce bordel... moi qui commençais vaguement à me prendre pour un montagnard je me fais bien remettre à ma juste place... ça me démoralise encore un peu plus. On arrive devant le lac du Cos et dans ma tête j'associe automatiquement au refuge des 7 laux et me dis c'est bon on attaque la suite de la descente... que nennie ! Il y a 3 km vallonnés pour atteindre les 7 laux soit encore une heure de marche supplémentaire en trainant les pieds ! Pfff mais tuez moi... j'ai envie de dormir, d'arrêter ces conneries... m'allonger dans un lit et dormir 12h d'affilées... allez t'arrête de te plaindre et t'avance et tant bien que mal me voilà aux 7 laux, à une croisée de chemins, il est 2h du mat' j'en peux plus faut que je dorme. Je suis plus bien lucide, pose mon sac comme oreiller et tente de m'endormir mais le froid me fait me redresser en moins d'une minute. Dépité je sors mon roadbook pour voir ce qu'il reste... bref je perds du temps alors que je devrai continuer à tracer sans me poser de question.


Je suis plutôt seul à part quelques traileurs qui me doublent régulièrement et on en a tous un peu marre de cette affaire. Faut maintenant descendre le Col de la Vieille et elle est teigneuse cette vieille... c'est technique, rebelotte assurer les appuis, les chevilles font la gueule bref je suis dans un cauchemar sans fin, un purgatoire... puis le sentier devient moins technique je peux enfin allonger un peu le pas voire parfois trottiner, le luxe ! Oh ça y est on est en bas ! On voit la base vie ! Mais elle est loin faut faire un long détour par la gauche... ça doit être l'affaire d'un ou deux km n'est ce pas ? Un panneau indique 3,5 km restant... quoi ??!! Surtout que le chemin est valloné donc avec quelques petites remontées... que je monte en appuyant, j'y mets toute ma hargne je veux arriver au plus vite ! Puis dernière descente, je cours.


Pleynet : rideau !


Il est 3h10 quand je me fais biper au Pleynet. 7h de galère depuis le dernier ravito. Je suis passé d'un état plutôt bon moralement au fond du trou en l'espace de 16 km. Au gars qui me bipe je lui dis je rends mon dossard je suis trop juste vis à vis de la BH, il se veut rassurant, "tu es encore dans les temps prends le temps d'aller manger et tu fais le point à 4h". Ok je joue le jeu, vais au restau mange le plat de pâtes, ça me requinque, lis mes messages sur le tel, il me faut un break... mais tic tac les minutes défilent impitoyablement. Si je repars je suis censé le faire avant 4h. J'ai besoin de me faire masser un peu les jambes et les pieds, de percer une ampoule, crémer les pieds changer les chaussettes et surtout m'allonger dormir une heure au moins... donc en 50 minutes...


Alors en théorie à part dormir et me faire masser (je me relis, monsieur veut son massage... ridicule) j'avais le temps de faire le reste en fait, puis repartir à 4h façon Ken le survivant jusqu'à Gleysin (barrière repoussée de une heure en plus). Mais je me cherche des excuses pour ne pas repartir, légitimes ou non : ouais mais même en passant Gleysin j'aurais été hors délai à Super Collet... et même si ça passe ce sera avec les BH aux fesses en permanence et je ne prendrai aucun plaisir sur 85 km... qu'est-ce que j'en sais ? J'aurais du repartir tant que j'étais dans les délai quitte à me faire arrêter par une barrière. Là j'aurai donné tout ce que j'avais.


Oui ça fait chier de s'arrêter là et de faire partie de la moitié qui abandonne mais il faut savoir rester humble et revenir plus fort. C'était une belle et nécessaire expérience. Plus qu'un trail, un voyage, un état de bien être constant jusqu'au 47ème km à me détacher du temps qui passe, je regardais ma montre mais juste pour savoir quand boire et quand manger... si ça faisait 10, 11 ou 12h depuis le départ je m'en fichais.


Quelques erreurs logistiques que je corrigerai les prochaines fois. Sans les énumérer je soulignerais juste un truc et c'est important pour les poireau qui n'avancent pas comme moi : se démerder pour passer le col de la Vache de jour. Voilà.


Ces 64 km, c'est le plus beau et plus dur parcours que j'ai fait. A 2020 pour la revanche l'opinel entre les dents.

15 commentaires

Commentaire de JuCB posté le 26-08-2019 à 17:27:53

Salut Thomas,
désolé pour ta déconvenue, je suis certain que tu vas rebondir, tu as déjà démontré beaucoup de forces mentales et tu t'es peut-être laissé happer par la peur de la suite...

Je te recommande le X-Trail de Courchevel en dernière course de prépa : 50 km avec un départ à 4h.
Nuit qui précède pourrie garantie avec le stress et tu attaques droit dans le dur. Ca ne pardonne pas et faut enchaîner des difficultés similaires à l'EB. Tu vas adorer.
L'avantage : tu gardes un peu de découvertes pour le jour de la course.
A tout bientôt
Ju

Commentaire de Thomas74 posté le 26-08-2019 à 17:36:04

Salut Julien, super suggestion ! Ça fait une dernière bonne sortie longue à 3 semaines de l'EB avant de faire du jus. Je note cette possibilité dans la prépa 2020.

Je pense d’ore et déjà entre autre au trail des piqueurs en mars, ainsi qu'au techni trail tiranges + allobroges en mai.

A bientôt logiquement (24h de la balme).

Commentaire de DavidSMFC posté le 26-08-2019 à 18:06:49

Dommage, tu n'auras pas réussi le beau défi de faire Parcours des Crêtes 2017 - Traversée Nord 2018 - Intégrale 2019 mais ce n'est que partie remise. Je me souviens quand nous nous sommes croisés il y a 2 ans dans la descente du Grand Chat, où tu volais dans la descente quand j'étais à l'arrêt total... Comme toi, je n'aurais pas cru être parmi ceux qui mettent le clignotant avant la fin, et ce n'était que sur le 47km... Bonne prépa pour 2020 et au plaisir !

Commentaire de Thomas74 posté le 27-08-2019 à 20:03:42

Oui je m'en souviens ! Tu t'éclates bien sur du court en ce moment à priori. Un de ces jours faut que tu reviennes tâter de nos montagnes s'il te prends de refaire un truc long un été.

Commentaire de DavidSMFC posté le 28-08-2019 à 00:11:08

Pour l'instant, je me limite à 70-80 donc je suis très tenté de revenir en Belledonne mais à nouveau sur le Parcours des Crêtes dans sa version de 57 kilomètres. J'ai fait un 70km dans les Ardennes Belges qui est très bien passé cet été, je suis en pleine réflexion vis-à-vis de mon objectif 2020... ;-)

Commentaire de Arclusaz posté le 26-08-2019 à 18:18:27

beau récit même si je te trouve un peu dur avec toi même. ça passera l'année prochaine...;

Commentaire de Thomas74 posté le 27-08-2019 à 20:05:08

Oui je ne m'en fait pas trop, je sais que ça passera surtout par un travail mental perso et un peu plus d'expérience.

Commentaire de franck de Brignais posté le 27-08-2019 à 10:20:29

Merci pour ce super récit. Très lucide.
Tu as été sur mes temps de course (2017) jusqu'au Habert d'Aiguebelle, c'est dans l'enchaînement Aigleton/Vache que tout a viré j'ai l'impression.
La tactique de partir doucement est la bonne, pour la grande majorité des coureurs. Peut être que tu aurais eu besoin d'un tout petit plus de rythme ? En tous cas n'ai pas de regrets... tu y reviendras !

Commentaire de Thomas74 posté le 27-08-2019 à 20:09:44

Ah ok, je vais relire ton récit tiens. Oui plus de rythme, et en fait je me rends compte qu'il m'aurait fallu surtout de la musique quand j'étais dans le dur. Un bon Iron Maiden par exemple m'aurait extirpé de mes pensées négatives je pense. J'avais jusque là un a-priori un peu négatif envers les coureurs avec écouteurs mais sur du long ça peut (m')aider...

Commentaire de Navier38 posté le 27-08-2019 à 15:50:06

A refaire mais tu as fait une des belles partie du parcours !
A mon avis, il n'y a pas de bonne solution pour passer la nuit sur cette course. si tu va doucement, tu passes la nuit dans le secteur col de la vache, 7 laux... pas simple... Si tu vas vite, tu passes de nuit au Moretan... Pas beaucoup mieux... :-)
Pour moi, la bonne méthode est de bien se préparer à ça à l'entrainement !

L'avantage c'est que tu connais déjà ton objectif de l'an prochain a priori ! Bonne préparation !

Commentaire de Thomas74 posté le 27-08-2019 à 20:12:57

Merci et la prépa commence maintenant haha. Mais grosso merdo j'aimerais bien finir la montée de la Vache pour 21h au moins, descente dans le noir vers Pleynet, repos, puis direction Gleysin tranquille et faire le Moretan quand le jour sera levé. L'idéal pour moi !

Commentaire de Benman posté le 27-08-2019 à 23:17:13

Pourtant tu étais bien et serein jusqu'au Habert d'Aiguebelle où on s'est vus... j'y croyais pour toi.
Cette course ne laisse aucun répit...
Tu reviendras plus fort encore.

Commentaire de Thomas74 posté le 28-08-2019 à 23:22:26

Oui une première pour moi de faire une nuit sur un terrain aussi technique. L'année dernière ma nuit sur la traversée nord fut passée Val Pelouse donc que du roulant. Pas la même niveau terrain (et tu sais qu'il ne te reste plus qu'à te laisser rouler jusqu'à la ligne d'arrivée).

Commentaire de Ewi posté le 03-09-2019 à 20:16:07

En plus de "gestion/gestion/gestion" il faudra rajouter "un pas après l'autre, une BH après l'autre" et je suis sur que tu déchirera tout ;)

Commentaire de Thomas02 posté le 13-09-2019 à 18:04:11

J'était aussi sur l'intégrale, on est réparti environ à la même heure du Habert d'Aiguebelle ! J'ai réussi à accélerer dans la descente du col de la Vielle, en pensant arriver trop juste pour la BH du Pleynet mais finalement je suis arrivé vers 1h30 au pleynet, ou je suis resté plus de 2 heures. J'ai pu y dormir une heure et je suis reparti avec seulement 20 minutes d'avance sur la BH, en pensant sincérement que j'étais large et que j'allais finir : grave erreur. Pour avoir eu la BH aux fesses à partir de là, j'ai du aller vite aux ravitos suivant, mon assistance y aura passé beaucoup plus de temps que moi lol. Finalement la barrière m'a rattrapée à Val Pelouse ... j'ai tout donné avec la BH aux fesses au Pleynet, mais c'était pas suffisant...

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