Récit de la course : Trail des Balcons d'Azur - 50 km 2008, par Shostag

L'auteur : Shostag

La course : Trail des Balcons d'Azur - 50 km

Date : 27/4/2008

Lieu : Theoule Sur Mer (Alpes-Maritimes)

Affichage : 2119 vues

Distance : 50km

Objectif : Pas d'objectif

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Trail des Balcons d'Azur - 49,3 km, +/- 2.410 m

Préambule :

 

Pris par des obligations professionnelles et familiales, j’ai été contraint de réduire ma charge de travail depuis le trail Ventoux du 23 Mars 2008 : 175 km en cinq semaines, ce dernier compris, ce qui porte désormais mon total en course à pied à 670 km depuis mes débuts en Octobre 2007.

 

Je retrouve comme à l’accoutumée les potes de l’ASPTT au départ, Braguornot, Julien et Semirunner. Je croise également avec surprise et plaisir un 2ème Julien, le professeur de notre tennis municipal de Mouans-Sartoux, que je ne savais pas pratiquer la course à pied. Suivent deux pauses photographiques sympathiques, l’une sur la plage avec les kikoureurs et la 2ème avec Dawa Sherpa, très accessible (j’attends les images impatiemment).

 

Le temps est annoncé chaud et dégagé, je pars léger avec 2,5l d’eau énergétique hydra aptonia et le matériel habituel : sac raidlight endurance, chaussures salomon xa pro 3d, minis-guêtres raidlight, cuissard et haut deefuz decathlon et 8 compotes énergétiques isostar.

 

L’Estérel est juste à côté de chez moi et a constitué en cette période hivernale l’un de mes terrains d’entraînement privilégiés. Je connais quasiment par coeur le parcours du jour et me suis fixé l’objectif ambitieux mais apparemment accessible (selon l’estimateur de performances de Remi Poisvert) de passer sous la barre des 7 heures et donc de tenir du 11 km/h sur le plat et en descente.

 

 

Course :

 

Le départ retardé à 7h15 sera finalement donné sur la plage du Port à 7h25, le temps pour l’organisateur de pointer l’ensemble des dossards. Nous devons être près de 200 coureurs à nous élancer à travers Théoule vers la spéciale de rallye VTT Ushuaia qui emprunte le GR 51 et longe le Vallon de l’Autel. Les premiers kilomètres sont larges, sur route puis sur gros sentier, et il est possible de doubler facilement : aucun bouchon n’est à déplorer. Je pars prudemment mais plus rapidement qu’au Ventoux, cours jusqu’au Col de Théoule alors que certains commencent à marcher puis alterne marche et course sur les replats pour atteindre le Col du Trayas en 26’’26 (3,6 km, 250 m).

 

Un faux plat sur piste mène au Col de la Cadière (4,9 km, 234 m). Je maintiens une vitesse entre 11 et 12 km/h et y parviens en 33’’36. Nous sommes désormais dans le passage raide et escarpé des Grues qui commence par l’ascension des Grosses Grues (5,9 km, 442 m, 45’’40) avec pour moi un rythme beaucoup trop fort et inédit (+ 1000 m/h) dont je n’ai pas eu conscience sur le coup, emporté par la course. Je suis en avance sur mon planning qui prévoyait un passage en 53’’.

 

Je me ravitaille tranquillement (compote et eau en abondance) dans la descente très technique jusqu’au point bas (329 m) avant la montée trop rapide (+ 900 m/h) aux Petites Grues (6,6 km, 411 m) où j’arrive en 54’’40.

 

Nous attaquons la 1ère longue descente, entièrement sur sentier technique et caillouteux, avec un passage dangereux après les Petites Grues qui nous mènera juste au-dessus de la Gare du Trayas (9,7 km, 38 m). Plein d’enthousiasme (quel con !), je suis à nouveau beaucoup trop vite après le ravitaillement shunté du Col de Notre-Dame puisque je maintiens une moyenne de 12 km/h avec des pointes à 13/14 km/h. Je passe pas mal de gars et retombe sur la longue piste qui aboutit au Col de l’Evêque en 1’13’’01.

 

Je n’apprécie pas cette longue portion en faux plat montant (je ne suis pas devenu coureur du jour au lendemain) où je me fais doubler allègrement alors que je maintiens une moyenne de 8,5 km/h (11,5 km, 131 m, 1’24’’40) avant de plonger vers la Calanque d’Aurelle sur sentier étroit et buissonneux. La partie qui précède le tunnel menant à la plage est à double sens : tout le monde fonce tête baissée et je suis systématiquement contraint de m’écarter. Après une boucle surmontant la splendide crique nous revenons par le même chemin et entamons la grimpette du Pic du Cap Roux. C’est l’heure de mon 2ème ravitaillement qui a vraiment du mal à passer (je me force et manque vomir), je suis parti depuis 1’36’’19 et 13,3 km, l’altitude est de 7 m. J’ai accru mon avance sur mon planning qui indiquait 1’52 (crétin !).

 

La suite est exclusivement sur sentier : faux-plat le long de la mer, montée à 10 %, petite descente et montée finale à 15 %. Le soleil est sorti et tape fort, la chaleur ressentie doit être proche de 30°. Je maintiens le même rythme avec marche rapide dans le positif. Je reste au contact de mes compagnons et arrive sous le sommet (18,5 km, 432 m) en 2’26’’03.

 

La descente jusqu’au 2ème ravitaillement, avec beaucoup de pierriers, me parait plus difficile qu’à l’accoutumé. Je stagne péniblement à 8/9 km/h, et atteint le Col de l’Evêque (20km, 161 m) en 2’36’’38. Est apparu une ampoule au pied gauche et une petite crampe au pied droit qui a perdu toute élasticité mais c’est pour le moment peu gênant et je passe outre. Depuis un moment, je connais quelques problèmes gastriques (chiasse) et suis contraint à une longue pause. Pas de solide au ravitaillement et les compotes qui ne passent plus, je m’abstiens et fais le plein du camel bag. J’ai encore une bonne avance sur les 7 heures (2’54).

 

Arrive désormais un faux plat descendant, sur un joli sentier en balcon, qui aboutit au Ravin du Mal Infernet (23,5 km, 49 m, 2’58’’20). Ma baisse de régime se confirme puisque je plafonne à 10/10,5 km/h, j’ai toujours mal au ventre et connais deux alertes cardiaques sérieuses dans les replats (zone rouge, limite vomissement). Que m’arrive t-il ? Je ne vais hélas pas tarder à le savoir …

 

Le calvaire commence dans le sentier du Mal Infernet : gros coup de bambou !. C’est un classique au bout de 3 heures, c’est rien, cela va passer (réflexion encore très stupide !). Julien, le prof de tennis, me rejoint et me demande comment ca va : carbo, je suis parti trop fort et toi ? Pareil. Nous faisons cause commune une bonne partie de l’ascension : enfin il me suit jusqu’au final avant de me déposer. Un brin de causette n’est pas malvenu et je m’accroche en attendant de meilleures sensations. J’arrive au point haut (25 km, 271 m) en 3’22’’09. Pas si mal, je suis autour de + 600 m/h.

 

Les sensations sont en effet là mais pas celles escomptées, elles sont déplorables. Je suis asphyxié et j’ai tellement forcé que je vomis tripes et boyaux, non pas une fois mais cinq. Tout ressort : le petit déjeuner, les compotes et les 2 litres de boissons énergétiques. Quelques traileurs passent et s’inquiètent de mon sort : Ca va ? Ouais, ouais, maintenant que tout est sorti, je me sens mieux. Ce n’est pas vraiment le cas, je n’ai plus aucune énergie, je suis en plein spleen (mais qu’est ce que je fous là !) et envisage sérieusement l’abandon et le rapatriement direct vers Théoule. J’essaie de repartir, j’arrive à marcher. J’essaie de courir, 8 km/h, 9 km/h, aille crampes abdominales, je ne peux pas. J’essaie encore, toujours des crampes. Bon, mauvaise journée, je vais marcher jusqu’à la Baisse des Sangliers et j’aviserai là-bas. J’y arrive (26,6 km, 243 m) quand même à 6/7 km/h en 3’35’’23.

 

Bien, et maintenant, je fais quoi ? Je tente de m’alimenter, rien ne rentre. J’arrive à boire un peu. Une phrase d’Easyrider, ami vététiste et véritable guerrier au mental d’acier qui n’abandonne jamais, me revient à l’esprit : « et si, pour ta survie, tu devais le faire, tu y arriverais forcément alors just do it ». J’avance lentement mais je progresse, donc pas question d’abandonner maintenant quitte à mettre 5 heures pour tout finir en marchant. Je sais aussi que je peux éventuellement compter sur le soutien d’Akunamatata, vraisemblablement derrière, en cas de méga coup dur. Je passe donc en mode survie et m’engage sur la piste qui part du Gué du Lac de l’Ecureuil (28,8 km, 64 m) où j’arrive en marchant toujours avec mes problèmes intestinaux, mes crampes, mon ampoule et ce fichu soleil brûlant en 3’52’’51.

 

Il s’agit désormais de remonter comme un escargot à + 450 m/h au Sous-Sommet de l’Uzel (30,7 km, 303 m). Joëlle Bode que j’avais devancé de justesse à Gorbio (3ème féminine) me dépose, c’est le coup de grâce. Je commence à faire de plus en plus de petites pauses, ce n’est pas bon signe. Le salut viendra de la rencontre avec deux pauvres hères, encore plus mal en point que moi dont un blanc comme le linge (je lui enverrai les secours depuis le prochain PC), la 1ère fois que je passe du monde depuis bien longtemps et qui me permet de relativiser les choses. Je n’arriverai pas encore à courir dans le joli sentier en balcon qui me ramène au Col des Lentisques (32,3 km, 266 m) en 4’41’’00.

 

Un ravitaillement imprévu et bienvenu m’attend, je parviens à absorber du Coca. Quelques verres plus tard, je me lance à l’assaut du Pic de l’Ours. Nous avons rejoins ceux du 30 km et cela est motivant de voir du monde avancer moins vite que soi. Sur un sentier escarpé, je retrouve quelques sensations puisque je parviens aux antennes sommitales (33,7 km, 475 m) en 5’03’’46 à près de 600 m/h.

 

La belle descente jusqu’au Lac de l’Ecureuil (37,1 km, 74 m) commence. Je suis toujours contraint à la marche, je passe la Dent de l’Ours puis m’engage dans le Ravin du même nom. Un coureur du 50 km me dépasse peu après en trottinant lentement. Je démarre, j’ignore la douleur et cela tient, je le rejoins et profite de l’aspiration et la conversation. C’est mieux, même à 8 km/h. Nous arrivons tous deux au Lac en 5’35’’02. Inutile de préciser que j’ai désormais une demi-heure de retard sur mon tableau de marche, c’est cuit pour les 7 heures mais 7 heures 30, qui sait …

 

J’attaque le sentier du Col des Trois Termes en marche rapide, mon compagnon d’infortune qui court prend vite de la distance. Je retrouve enfin des sensations normales (+ 700 m/h c’est appréciable) quand je quitte le Vallon des Trois Termes pour rentrer véritablement dans le positif. Tel Pacman, malgré un nouvel arrêt gastrique, je vais reprendre une vingtaine de coureurs du 50 km d’ici l’arrivée, sans être doublé, sur le rythme que je n’aurai jamais dû quitter (en plus ou moins rapide). Je suis donc au 4ème ravitaillement en 6’07’’08 (40,1 km, 301 m). A défaut de pouvoir prendre du solide, je me gave de Coca.

 

Cela va mieux et je ne vois pas le temps passer : piste des Œufs de Bouc, descente technique et pentue du Ravin de Maurevieil où je cours presque normalement et étonnamment je retrouve et distance Joëlle Bode, monta cala, piste de la Cadière, passage dans le lit d’une rivière à sec et sentier non balisé qui aboutit sous le Rocher des Monges (46,8 km, 235 m, 7’16’’51).

 

Les 7h30 sont encore dans mes cordes à condition de finir à 12 km/h. Je relance, j’arrive péniblement à 10 km/h dans le rouge. Tant pis, une autre fois, je descends donc tranquillement avec quelques passages marches à la Cyrano et reviens sous l’arche de départ et arrivée en 7’34’’37 pour 49,27 km et +/- 2.410 m (je n’ai pas regardé mon classement).

 

 

Bilan :

 

Je l’ai fait, je suis ultra-traileur. Mais je n’ai pas vraiment été raisonnable, j’ai beaucoup trop forcé et puisé dans des réserves mentales et physiques insoupçonnées pour terminer (aucun solide de la journée et au mieux 1,5 l d’eau et coca). La balance ne trompe pas : je passe de 68,5 kg et 10,5 % de masse graisseuse au matin à 65,6 kg et 8,9 % de masse graisseuse à la douche.

 

J’en tire deux enseignements principaux : ne pas vouloir péter le chrono et suivre scrupuleusement mes sensations ou mes possibilités actuelles (pas d’avance sur ma feuille de route notamment) ainsi que revoir mon alimentation énergétique (gels, barres ?).

 

Il va vraiment falloir que je me mette sérieusement (3/4 h par semaine) à l’endurance fondamentale si je veux espérer accroître mes performances. Je suis trop vite dans le rouge et chercher le chrono est un véritable exercice d’équilibriste qui me pousse à flirter constamment avec mes limites.

 

Gros coup de chapeau à l’équipe de l’ASPTT Nice qui réalise un joli tir groupé avec 5h50, 6h12 et 6h37.

3 commentaires

Commentaire de Igins06 posté le 28-04-2008 à 17:47:00

J'ai courru le 30 km et ce qui est drôle c'est que j'ai exactement le même profil. Je ne m'étais pas remis d'une course une semaine avant. J'ai été mal aux même kilomètrages (relativement parlant puisque j'ai fait le 30 km) et à peu prés aux même difficultés. Je l'ai terminé mais il y a un brin de déception tout de même.
Sinon, bravo pour ton 50 km....belle preuve de trés gros mental.

Commentaire de akunamatata posté le 30-04-2008 à 09:02:00

Hola Shostag,

j'etais encore loin de toi ;))) et j'avais plus beaucoup d'eau non plus !
bienvenu ultrakikou !

Commentaire de woam posté le 12-03-2009 à 00:13:00

beau recit! juste un peu inquietant pour moi qui vais me lancer pour la première fois sur une telle distance le mois prochain...

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