Récit de la course : Saintélyon 2012, par shaqui

L'auteur : shaqui

La course : Saintélyon

Date : 2/12/2012

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 970 vues

Distance : 71.3km

Objectif : Terminer

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Bref j'ai bouclé ma première STL...

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas rédigé un compte rendu pour une course mais je crois que le cru 2012 de ma première en solo sur la SaintéLyon le « mérite »…

Après avoir effectué la première partie du relais à 3 en 2008 (J’ai commencé par faire de la CAP une pratique sportive régulière en milieu d’année 2007 pour préparer la Puma Trail, format court composant le Festival des Templiers) , réalisé à deux reprises la deuxième partie du relais à deux en 2009 et 2010, l’année 2012 était la bonne pour m’engager en individuel et ainsi affronter enfin ce type de distance.

Après une année 2011 sans la moindre régularité dans mes entrainements (Certains mois entiers sans courir) une année 2012 avec 165KM dans les pâtes jusqu’à fin Mai, j’ai décidé avec le frangin de m’inscrire au Trail de Saint Jacques et ses 51KM. Une excellente occasion pour reprendre enfin une activité sportive et me relancer personnellement à bien des égards.

Le 22 Septembre, après m’être entrainé correctement malgré des genoux capricieux, j’ai pris un plaisir fou sur cette première édition du Trail du Gévaudan ; quelques semaines plus tard, je décidais donc de profiter de cet élan et d’une forme retrouvée pour me lancer un challenge et enfin courir un format long. SaintéLyon 2012 : inscrit.

Sur les conseils de mon coach de frangin j’ai suivi une préparation complète et sérieuse, de bons augures en perspective de l’objectif.

Prélude :

Une semaine avant l’échéance, la météo fait des siennes et les affres de 2010 refont surface.

Au dernier moment je décide donc de faire l’acquisition d’une paire de « chaînes » pour chaussures (Des YakTrax pour les spécialistes) afin de pouvoir courir plus sereinement sur la neige ou la glace. La version verglacée de 2010 ne m’avait pas du tout amusé. Echaudé par les blessures et notamment des chevilles à la limite de l’usure, je suis malheureusement devenu d’une prudence probablement excessive. Informés de ces quelques précisions, vous comprendrez ensuite que je suis assez satisfait de cet achat…

Sans être un véritable objectif, je pensais pouvoir bouclé la parcours dans les environs de 9H40 en tenant compte d’une nouvelle portion nature et accidentée qui porte ainsi la course à 70KM (71.3 dans la réalité) au lieu des 68 des années précédentes. A ce moment, cette ambition est déjà aux oubliettes. Je veux terminer et sans blessure.

Jour J :

C’est le jour J. Après avoir parcouru le forum des Kikourous, l’édition s’avère épique. Je suis averti.

J’ai la chance d’habiter à Saint-Etienne et c’est bien au chaud que j’attends patiemment.

Nous nous rendons pour 23H au Parc des expos, le train de finir de me préparer et de rejoindre le nouveau départ tout en ligne droite. L’image de toutes ces frontales « étoilant » la nuit est superbe.

Ma ceinture me fait des misères, je n’arrive pas à la mettre (Je n’ai pourtant pas pris de poids depuis ma dernière sortie, ****** de ***** !). Je perds donc un peu de temps, m’agace, pour finalement me placer dans les bons derniers avec mes amis les randonneurs. Mais tout ça n’a guère d’importance, mon envie étant surtout de prendre du temps avec mon cœur avant de partir à l’aventure.

Saint-Etienne – Saint Christo en Jarez : KM16

Pan ! c’est parti ! (Dans la réalité je mets 10 mins pour passer la ligne de départ…)

Comme convenu, je pars prudemment. L’idée est de faire la totalité de la course sur un cardio entre 140 et 144 maximum. Arrivé à Sorbiers, première surprise ; le macadam est une véritable patinoire et il est quasi impossible de monter, sauf en passant par les côtés. De nombreux coureurs, culs par terre, montent les chaînes. Estimant que la montée à Saint-Christo  sera forcément enneigée, je fais de même. La neige accompagne nos pas jusqu’au premier ravitaillement.

Il faisait -3°C au départ et le froid commence par être encore plus vif pour s’installer confortablement. J’arrive sereinement à Saint-Christo en 2H05 et 4225ème position après avoir récupéré 532 places. Deuxième formule du jour : « Prudence est mère de sûreté ».

Saint Christo-en-Jarez- Sainte-Catherine : KM28

Dans la tête, c’est maintenant que la course commence véritablement pour moi. Après une première montée bien raide, nous arrivons sur les plateaux. Entre l’hôpital et le point culminant de la course, la neige est omniprésente. Impossible de se douter qu’il y en aurait autant alors qu’il n’y en avait pas du tout sinon peu sur les premières hauteurs autour de Saint-Etienne. Impossible de doubler au risque de mettre le pied dans 30 à 40 cm d’une neige déjà durcit par le froid et la burle. Des congères entre 1 et 1,5 m. On se croirait sur le plateau du Mézenc pour celles et ceux qui connaissent. Ça souffle fort. Difficile à dire mais je pense qu’il fait aux alentours de -8°C à ce moment ; avec ce vent fort, ça vous congèlerai un Mister Freeze sur place. J’arrive au ravitaillement de Saint-Catherine en 4H09. Mes YakTrax ne m’ont pas quitté depuis le 8ème KM. A ce ravitaillement je prendrai mon temps car je ne suis pas pressé et quand bien même, c’est difficile de se faire servir tant il y a du monde. Pendant quelques minutes, je ne me sentirai pas très bien, les intestins bien « meurtris » par une boisson totalement gelée malgré mes divers «bains de bouche » afin de la réchauffer. D’ailleurs, sans même m’entre compte et alors que je m’impose une gorgée tous les quarts d’heure, je bois très peu par rapport à d’habitude et j’ai peur de risquer l’hypoglycémie à ce rythme. Je me forcerai ensuite à boire un peu plus sans jamais consommer ce qui était prévu ; le froid, une transpiration moindre et un rythme bien en deçà ce que j’avais prévu expliquent probablement cela.

Sainte-Catherine-Saint-Genoux : KM36

Une deuxième course se dessine aussi bien par les conditions climatiques, le froid glacial et la neige laissant place à des températures plus convenables voire agréable en course (0 à -1°C), mais également des conditions plus lancinantes, moins prévisibles. Chaque appui est un peu comme une roulette russe. Cette portion estimée à 8KM par l’organisation fait en réalité 9.6KM. Pour avoir couru la quasi-totalité des diverses portions du parcours lors des précédentes éditions, j’ai l’avantage de pouvoir anticiper ce genre de choses. C’est un profil assez descendant qui mène jusqu’à Saint-Genoux et le fameux passage du bois d’Arfeuille. En 2010, il était totalement gelé et cela se voyait. Là c’est vicieux. Impossible d’imaginer qu’il est également verglacé tout au long de la descente. La fatigue aidant c’est à partir de là que les chutes commencent par se multiplier ; aussi dingue que cela puisse paraître pour les personnes engagées sur cette édition 2012, je n’ai pas chuté une seule fois durant le parcours. Cette prudence excessive explique aussi mon temps stratosphérique. J’ai toujours ma sécurité aux pieds et cela m’évite bien des agacements mais surtout des risques. Je ne le précise pas à chaque fois dans ce récit mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que quelque-soit le revêtement, bitume, chemin de caillasses ou encore chemins de terre, tout est gelé et impossible d’anticiper ses appuis en lorgnant le sol. Les pierres sont des glaçons, le goudron une patinoire. Ça m’amène à être complétement admiratif du premier et ses poursuivants (Et des autres) qui finissent sur des bases (5H12’ pour le vainqueur…) quasi identiques des précédentes éditions, ceci dans des conditions de courses, certes différentes mais aussi compliquées qu’en 2010 d’après moi. Franchement, il a dû prendre des risques de fou et prendre des gamelles de gros malade ! Autant être en queue de peloton peu transformer une surface enneigée en plaque de plage avec le passage des milliers de piétinements avant nous, mais pour le reste, ils ont les mêmes conditions.

Saint-Genoux-Soucieux-en-Jarest : KM47

Des semaines avant la course, je m’étais dit que je devais relier Soucieux en étant très frais aussi bien d’un point de vue cardiaque que musculaire. Bon gré mal gré, je sais que ce sera le cas étant donné le faut rythme que je mène depuis le début.  Avant d’entamer la nouvelle portion du « Bois de la Dâme » un passage de bitume m’incite, dans le doute, à enlever mes chaînes (Qui, si elles me rassurent quant aux risques de chutes, s’avèrent être un vrai calvaire pour évoluer sur le goudron en transformant ; en résumé le temps gagné en descende, je le perds sur les portions goudronnées.) A peine enlevée, à peine remises. Les chutes fleurissent à nouveau. Alors que je m’assois pour les remettre, une personne de service médical vient me voir en me disant "C’est vous la cheville fracturée Monsieur ?". Je pense forcément à cette personne et pense plus que jamais que je ne dois pas « lever la garde ». Je ne suis pas entrainé pour rien, je pense à ma chérie, elle qui m’a laissé m’entraîner alors les derniers WE ressemblaient à des instants exclusifs course. Hors de question d’abandonner sur blessure. Je veux terminer et en entier, pour moi et pour mes proches. Cela fait plus de 6heures que je cours. Ce n’est pas une course contre le chrono c’est une course contre le temps qui passe et la lassitude qui s’installe. En rédigeant ce CR, je me rends compte que je ne sais plus trop ou je suis passé et comment était le « terrain » par endroits. La tête dans les nuages, vigilent en permanence, acceptant les choses, je passe « Le bois de la Dâme » plutôt boueux et arrive à Soucieux en 7H54’ et 3385ème position soit 732 places de gagnées depuis Saint-Catherine. C’est l’avantage d’une course sur la réserve ; on remonte, on remonte.

Soucieux-en-Jarest - Beaunant : KM59

Sur les conseils de mon frère quelques minutes avant l’arrivée au ravito de Beaunant, je gère ce passage sans m’enflammer afin de pouvoir terminer avec de bonnes jambes sur les 10 derniers kilomètres ralliant l’arrivée. Plus de 8H de course et le palais des sports est proche mais si loin en même temps. C’est long, je suis très bien physiquement mais j’ai beaucoup moins envie de raconter quelques conneries à mes camardes de crapahute. Je suis un peu usé par tant de vigilance et par la frustration de ne pas courir comme je l’aurais souhaité. On transverse les vignes, c’est tout à fait saisissant comme contraste. Des malades des temps modernes équipés de leur frontale qui sillonnent le terroir. Petit passage par Chaponost et de bons bains de boue ; ça tombe bien, je dois avoir les traits « tirés ». Je me demande d’ailleurs pourquoi on se fait tous chier à éviter la chute alors qu’on a mis les pieds dans la neige et la boue auparavant sur des dizaines de bornes. Faut être cons(nes) quand même ! « Ravitaillement de Beaunant 10 minutes d’arrêt ! ». Cela fait désormais 09H51 qui je gambade.

Beaunant-Lyon : KM71.3

Nous y sommes ou presque. On pourrait dire que ça sent la fin mais je ne me fais pas d’illusion. Je sais qu’il ne faut surtout pas comparer avec les nombreux 10KM parcourus si facilement en période d’entrainement. D’autant que cette dernière « étape » commence par la très cassante montée vers Sainte-Foy-Les-Lyon. Je ne crains pas particulièrement quand ça monte sec, j’ai les cuisses qui « savent faire » même s’il elles ne sont pas bien épaisses. J’en profite pour appeler mon frère et donner quelques nouvelles. Je cours sans les chaînes depuis quelques kilomètres et c’est un vrai bonheur même si la plante des pieds à déjà bien dégustée. J’avance à mon rythme mais continue à remonter du monde, les muscles commencent par faire mal, notamment dans les descentes. Rien de méchant, normal. Alors que la fin du dénouement approche, je retrouve un camarade de course Normand. Il est dans le dur ? Je lui propose alors d’essayer  de courir et de m’accompagner. On évolue alors ensemble, débitant conneries sur conneries, ironisant sur nous-mêmes et cette nuit de dingue, ceci jusqu’au 66ème kilomètre. Là il lâche complet, se rendant compte que du 66 au 67ème KM, il y a en fait un peu moins de deux bornes. S’attendant dont à voir le panneau 68KM, il est dépité ; un kilomètre c’est rien mais c’est à ce moment une grande difficulté pour tous. N’arrivant pas à le remotiver on marche ensemble sur un 1KM avant de reprendre le footing et savourer ces derniers mètres avant l’arrivée. Des émotions (re)font surfassent, je commence par « lâcher », je prends chaque encouragement, remercie les gens, bref je savoure ! Le meilleur moment m’attend et il est à 200m de l’arrivée. Ce moment il m’a accompagné tout au long de la course et même si je n’ai pas pu avancer à la vitesse d’un avion, il m’a donné des ailes.

Finalement...

Je terminerai ma première STL en 11H30 et en 2840ème position (1900 places de gagnées sur le parcours). Content de l’avoir terminée, encore plus dans ces conditions. 3000 abandons, ce n’est pas rien mais malheureusement beaucoup (trop) de blessures sérieuses pour ce qui doit rester d’après moi un plaisir. Les conditions font cependant parties de la course, sinon à quoi bon s’inscrire sur une course qui se déroule le 1er Décembre ; on ne peut tout de même pas demander des températures printanières.

Pour être honnête, je ne peux pas dire que j’ai véritablement pris du plaisir sur cette édition mais mon plaisir a été de finir.

On me demande souvent pourquoi je cours et notamment pourquoi sur ce type de distance (Alors que je suis un guignol comparé à certain(e)s). Je cours parce que cela me fait du bien physiquement, parce que ça fait mal (Pas vraiment parce que ça fait mal mais par les réflexions qui naissent dans ces moments), parce que c’est une bulle d’air, parce que cela me permet de me souvenir, me penser, d’imaginer et de rêver. Traduites et exprimés par la courbe des cardios, les plaisirs et les difficultés de ce type de course ressemblent un peu aux hauts et aux bas qui rythment nos vies.

3 commentaires

Commentaire de Japhy posté le 04-12-2012 à 20:01:30

Quiconque finit la STL ne peut pas être un guignol, non mais! :)
Bonne récup!
(pour le nombre d'abandons, je crois que les 3000 sont sur la totalité de toutes les formules de course, y compris relais, Saintexpress...)

Commentaire de reno77 posté le 05-12-2012 à 09:16:37

A part Kilian Jornet, on est tous le guignol de quelqu'un :)
Félicitations! C'était aussi ma 1ère STL

Commentaire de shaqui posté le 05-12-2012 à 09:41:27

Merci à vous deux et toutes mes félicitations également !

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