| L'auteur | La course | |||
| Kikoureur : may
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| 1er volet du triptyque Mercantour-Torhout-Morbihan: Mercantour: Au paradis du caillou | ||||
Je n'avais pas, mais alors absolument pas prévu cette course, ça non, je le jure!!! Mais le hasard, parfois, agence les événements de façon étrange: une cheville capricieuse libère un dossard, le maître de la cheville récalcitrante, Olivier74, poste sur le forum et me voilà, à 8 jours de la course, avec un beau dossard pour le Mercantour.
Euh… au fait, c'est quoi le "Mercantour"????? Zeb me demande (encore et toujours) si je suis folle, car la bête mesure 102km pour 6.600D+ et, surtout, je suis sensée être en repos relatif pour attaquer mon 2e 100km sur route, le 22 juin, où je vise, comble de tout, un chrono qualificatif pour une course en 2008...
102km et 6.600D+, ah bon? Qu'à cela ne tienne, allons donc aérer nos poumons et oxygéner notre vieux corps de parisien pollué. Quelques mots d'Alex finissent de m'achever, quand un seul aurait suffit à me consumer, il me tente, le bougre, il sait combien je suis une faible chaussette qui l'adore, et me fait des promesses à tomber par terre, à faire chavirer mon orteil de chaussette, alors, je succombe, je sombre à l'idée d'une course en caddie, d'un pique-nique et d'une guerre des cailloux avec lui, dans ces hauts lieux: je flambe seule, mon âme n'ira guère au paradis.
La prépa est simple: il n'y en a pas eu de spécifique au Mercantour, puisque j'étais en prépa pour un 100km route, les 3 semaines qui précèdent le Mercantour, ça donne ça:
- semaine-3: 98km - semaine -2: 106km – 4.000 D+ - semaine -1: 72km - semaine Mercantour: 16km en 2x8km
J'ai plutôt axé mon entraînement sur des séances courtes (8/10km), en bi, voire tri-quotidien, travaillant ma vitesse spécifique pour mon 100km route (oh les grands mots! tout de suite, ça fait styyyle…. Mais enfin, j'ai fait ça à mon échelle: ce qui revient à du n'importe quoi).
La parenthèse Antibes.
Les jours qui précèdent la course, mon esprit n'est pas au Mercantour, mais aux 6 jours d'Antibes, je pense à ce fou furieux d'Alex qui va enchaîner 5 jours et demi d'Antibes avec le Mercantour, je pense à Anisse, à Tonio92 et à Gdraid et je les envie terriblement!!! Je scrute la moindre information sur cette course, observe la progression de mes kikous et incite (menace) quelques kikoureurs sur le chat à aller leur déposer des messages d'encouragement. J'ai l'estomac noué, je travaille comme une cinglée, le soir je sors du boulot à 23h, je passe soigner les blessures d'âme de mon amie Isabelle (qui m'offre mon inscription au Mercantour, MERCI Isa!!!), je dors très peu ou pas du tout, je ne mange pas ou mange n'importe quoi ou mange équilibré, j'ai une hygiène de vie pourrie, je repousse sans cesse l'instant d'aller aux toilettes pour clore un dossier, puis un autre, ce qui me vaudra un début brutal de cystite et le jeudi soir, en sortant du bureau, le grand n'importe quoi est à son apogée: je me retrouve le nez dans le ravin plat en bitume de la rue de la Gaîté, en hypoglycémie avec une chute de tension, ne devant mon salut qu'aux passants. Je passe la nuit aux urgences, on me libèrera le vendredi 15 juin en fin de matinée. Je passe vite fait chez moi prendre une douche, je fais mes sacs, je stresse énormément, j'ai dépassé le degré du retard, cela n'a plus de nom. Mes kikous d'Antibes m'attendent, j'ai promis de passer leur faire une bise, d'y retrouver Alex et de repartir ensemble pour Saint Martin Vésubie. A la gare de Lyon, j'achète un billet pour le premier train et arrive à Antibes à… 22h19… J'ai tout fait de travers. Je débarque à Antibes, il fait nuit, j'ai avec moi les instructions de Laurent05 pour rallier le Fort carré d'Antibes, néanmoins je trouve le moyen de me perdre… Après tout, on n'est pas au Raid28 ici, hein?! Alors tout va bien! Enfin, je finis tout de même par arriver. Je longe un bout de piste. Etant myope comme une taupe, je ne reconnais personne. Quelqu'un quitte la piste, s'approche de moi et m'appelle par mon prénom. C'est Tonio92!!! Salut Tonio!!! Grand sourire!!! Ben il a plutôt bonne mine l'animal!!! L'a pas l'air si fracassé que ça…. Zut alors! Et voilà, ça papote ferme tout en se dirigeant vers le stand des ravitaillements que je n'atteindrai jamais, puisqu'en cours de route, quelqu'un d'autre m'appelle, ah mais ça alors!!!! c'est Gdraid que je rencontre pour la première fois!!! Whaouuuu!!! Il a bonne mine dis donc!!! Le sourire est rayonnant, l'œil vif plein de joie et de passion!!! Je suis éblouie, ravie de faire sa connaissance. Anisse arrive et là, ça ne marche pas très droit. On s'embrasse. Je ressens sa souffrance. Nous nous asseyons pour discuter, je prends de ses nouvelles et souffre beaucoup pour lui. Il me raconte qu'il m'attendait et voyant qu'il n'avait pas atteint son objectif de la journée, qu'il s'était mis à courir 23km en 1h33…. Quel sacré numéro!!! Nous éclatons de rire! Tonio nous rejoint et enfin mon idole: ALEX!!!!! C'est la première fois que je le rencontre, je suis extrêmement intimidée. Il semble être également très timide et concentré encore dans sa course. C'est étrange de se retrouver ainsi en face d'une vraie personne, cela diffère radicalement de nos échanges par mails. Je suis heureuse de le rencontrer et suis vraiment très impressionnée. Nous partons à la recherche de frites pour Anisse, puis je retrouve Alex qui a terminé de tourner. J'embrasse une dernière fois mes kikous, leur remets des paquets de gâteaux avec la consigne de partager, attrape au vol Mico77 et lui fais une bise, et enfin, nous partons avec Alex pour Saint Martin Vésubie.
Mon rôle de co-pilote est simple: ma mission est de parler parler parler pour tenir Alex éveillé: facile!!!! Justement, c'est mon idole, alors on va parler…. ben oui, vous avez deviné, de course à pied bien sûr!!!! Et j'adoooore papoter de course à pied, alors avec Alex en plus: je nage en plein bonheur!!!! Whaouuuu!!!
Nous avons tellement discuté que le trajet semble avoir été très court et on arrive déjà à Saint Martin Vésubie. Il n'est pas encore 3 heures du matin. Je passe le détail des retraits de nos dossards, il nous aura fallu bien patienter, le responsable des dossards est introuvable et en l'attendant, on se prépare, on ne parle plus. Alex est très sérieux dans sa préparation, cela m'impressionne terriblement. C'est à ce moment que je prends conscience de ce qui m'attend, sans pour autant stresser comme je peux le faire sur d'autres courses. Bizarre…
Je me souviens à cet instant des mots d'Alex, qui m'avait écrit "Viens au Mercantour May, si tu veux on le court ensemble" et je pense oui… on va courir ensemble pendant 15 mn, voire 30mn, on va bien rire, ensuite je le laisserai filer, Alex est fort, très fort, je suis si peu de chose, alors, pas question de le freiner.
Et voilà, c'est le départ. La première partie est roulante, elle me plaît beaucoup. Nous attaquons par une montée de 4km, sur une route goudronnée: je suis dans mon élément, il faut que j'en profite, car ça ne va pas durer! Nous courons et parlons tranquillement. Tout va bien. Puis, nous prenons un sentier. Le terrain est souple, c'est très plaisant. Ça monte toujours, mais il n'y a aucune difficulté et puis ce n'est que le début. On dévale sec des pistes de ski: whaouuuuuuuuuuu!!!!!!!! J'adore ça et je double beaucoup de monde. Je conserve cependant un œil sur Alex. Je sais qu'il est très fort, mais il a tout de même près de 500km dans les jambes, n'a pratiquement pas dormi de la semaine, et je ne voudrai pas qu'il se crame à cause de mes âneries. Puis ça monte, ça n'arrêtera plus de monter jusqu'au premier ravitaillement où le jour est désormais là. On se ravitaille, on est simplement heureux d'être là, ensemble, puis on repart aussitôt. J'essaie en outre d'appliquer les conseils d'Eric (coureursolitaires), rencontré lors de la sortie off vosgienne organisée par ce fou_furieux_adorable_de_DidierP. Ça continue de monter, on est bien, on est heureux d'être au monde. Puis enfin, ça descend par un sentier, le long d'un ruisseau, c'est très plaisant, le sol est toujours aussi agréable, très souple. On court super bien, on double beaucoup de coureurs, j'ai une pêche terrible, je suis la plus heureuse au monde. On rejoint une route goudronnée, et je me lâche encore un peu plus.
Enfin, on atteint le 30e km et le 2e ravitaillement. On est toujours aussi heureux. On parle beaucoup. On rit autant. Alex m'indique qu'on a un peu plus de 3 heures d'avance sur la barrière horaire, je suis étonnée. Il me fait part également de son étonnement. Je me rends compte que je suis accompagnée du loup blanc: beaucoup de coureurs ou des organisateurs de diverses courses connaissent Alex et lui adressent un mot amical, prennent de ses nouvelles. Je le savais très fort, mais je n'imaginais pas à quel point il l'était. Cependant, ce qui m'impressionne le plus, c'est son humilité. Je suis admirative. On reconnaît un grand coureur à son humilité.
Nous repartons. Alex m'explique le profil du terrain qui nous attend. Mais comme je suis bête, je n'y comprends rien, et ne retiens que les "ça monte" "ça descend"… Bref, je saisis tout de même qu'à partir de cet instant, je vais beaucoup moins rire. Effectivement, très vite, le terrain devient beaucoup plus ardu. Le monde appartient aux cailloux. Mon pied est moins souple. Ce n'est que le début des difficultés. Nous parlons toujours énormément. Nous rions beaucoup. Nous rêvons. Les mots s'enchaînent et les noms des courses que nous rêvons de courir fusent. Nous sommes en harmonie avec la nature, avec nos rêves. Nous nous comprenons parfaitement. Nous parlons et rions vraiment beaucoup tout en continuant d'avancer d'un bon pas. Les paysages sont somptueux.
A un moment, je peine un peu dans une montée très raide (oui, c'est un de mes nombreux points faibles). Alex m'encourage et alors je lui dis quelque chose de complètement débile: "Ok, si j'arrive en haut, tu fais un sprint!" Et le voilà qui s'élance sans attendre que j'ai eu le temps de bouger le moindre orteil pour sprinter dans la montée qui est très raide. Grand sourire, il court à une vitesse incroyable, avec une légèreté et une souplesse insensées. Je suis morte de rire, je lui crie d'arrêter, j'ai pas envie qu'il se crame à cause de mes âneries, mais il file, je lui crie qu'il est complètement fou. Je m'adresse à des coureurs et, en leur désignant Alex, je leur dis: "Vous voyez ce mec là? Il est complètement fou, il a près de 500km dans les pattes et il sprinte!" "Alex, arrête! Tu es complètement fou!!!!!" Nos rires traversent l'espace et je le vois, tout en haut, souriant malicieusement, qui m'attend.
Nous continuons notre route, puis je lui dis de filer, de ne pas m'attendre. Mais Alex reste. Il est très têtu. Je suis aussi très têtue. Ça donne un ensemble très têtu tout ça! Mais au moins, nous sommes en harmonie dans notre entêtement commun. Nous discutons toujours, nous rions beaucoup, émerveillés par la beauté des paysages que nous traversons.
Enfin, nous arrivons au ravitaillement de la Madone de Fenestre. A partir de cet instant, je n'ai plus aucune mémoire des lieux. Je me souviens qu'entre ce ravitaillement et le suivant, nous croisons Ptijean. Nous ne savons pas à ce moment là qui il est, mais nous ressentons un commun plaisir à partager un bout de chemin ensemble. Dans les névés, mon pied est instable, je suis très maladroite. Alex se marre en me voyant aussi gauche et éclate de rire à l'idée que je pourrais glisser et dévaler sec jusqu'en bas et être, ainsi, obligée de subir une nouvelle fois la montée. Alors, il traverse rapidement la névé avec souplesse et m'attend avec un énorme sourire, de l'autre côté, pour assister au spectacle de ma dégringolade. Le bougre! Je me vengerai! Ptijean aussi se marre. Les sadiques!!! Je me vengerai, ça c'est sûr!!! Ils ne perdent rien pour attendre!!! Heureusement, il y a un gentleman dans l'histoire. Le copain de Ptijean me prête gracieusement un de ces bâtons télescopiques pour m'aider à me "cramponner", super sympa! Whaouuu quel aristocrate!!!!!
Nous continuons notre route, tout n'est que cailloux, pierres, rochers. Cela devient très dur pour moi. Nous avons encore de l'avance sur les barrières horaires, lorsque nous attaquons une descente atroce tellement elle est raide. Il n'y a plus de chemin. Il faut deviner le sens. Là, je peine beaucoup. Je n'ai pas le pied montagnard, c'est certain, et encore moins le pied masochiste. Car il faut être complètement masochiste pour aimer ce type de terrain! Je suis à la peine, je commence à faire ma mauvaise tête. Je peste. Je descends à une allure d'escargot. Je braille. Alex m'attend tranquillement. Ptijean et son copain ont largué les amarres. Je me fais doubler par un paquet de monde. Mon moral en prend un sale coup. Alex m'attend toujours. Je lui dis d'y aller, de ne pas m'attendre. Je suis de mauvaise humeur. Je suis sombre. J'ai envie de donner des coups de pied dans tous ces tas de cailloux. C'est interminable. Alex, pour m'encourager, me dit que c'est bientôt la fin. Mais c'est interminable! Je dis des gros mots, ce n'est pas beau. Je traite les traceurs de pervers! Je repense à la Drôme, et, subitement, j'affectionne Jack26, je trouve que c'est un humaniste. Ici, ce sont des pervers! Des malades mentaux qui tracent des parcours pour d'autres malades mentaux!!! Moi, je suis normale, donc ça ne me plaît pas du tout. Je peste encore, repense à mon périph, mon bitume. Alex m'attend toujours. Je lui dis encore de filer, de ne pas m'attendre tellement je suis lente à choisir le caillou sur lequel mon pied va se poser sans risquer de se fracasser. Et puis, des fois, j'ai le vertige. Je suis un sacré boulet. L'avance que nous possédions se réduit par ma faute. C'est terrible, je suis effondrée. Et Alex qui ne veut pas partir, malgré mon insistance! Quelle tête de mule!!!
Nous arrivons par quel miracle au 4e ravitaillement du Pont du Countet. Ouf! Je suis vivante encore! Et Alex est toujours là. Je me déleste de mon sac, je m'allonge, je bois et mange tranquillement. Là, j'entends que la possibilité de couper et réduire le trail à 75km est donnée aux coureurs. Certains se résignent à cette solution. Etrangement, je n'y pense pas, car cela est inconcevable pour moi, mais je pose toutefois la question à Alex. Evidemment, je connais sa réponse: on continue!!! Alex est le loup blanc. Et le loup blanc est une étoile. Il retrouve un de ses amis à cet instant. Nous repartons ensemble et attaquons la montée qui nous conduira au Pas de l'Arpette. Aux descentes interminables succèdent les montées interminables. Nous croisons quelques coureurs qui font demi-tour pour retourner au ravitaillement du Pont du Countet et abandonner. Cela ne présage rien de bon. Francis, l'ami d'Alex, nous laisse filer. Il nous rattrapera, puis nous dépassera plus tard. Nous ne parlons plus. Nous ne rigolons plus. De nouveau, je dis à Alex de me laisser, d'y aller. J'insiste. Mais il ne veut rien entendre. Il se contente de m'attendre. Cela me fait beaucoup de peine de le ralentir de cette sorte. Nous arrivons enfin en haut, la route va redescendre. Alex, bienveillant, m'explique toujours le tracé du parcours. Je suis admirative, il le connaît par cœur. Et puis, ça descend et là, c'est presque roulant alors je cours, je retrouve de bonnes sensations, je suis heureuse, je double quelques coureurs disséminés ici et là, Alex me laisse filer un peu, il n'est pas loin derrière, il sait que je m'éclate dans ces portions rares.
Nous arrivons au Refuge des Merveilles. Le vent a commencé à se lever depuis un moment déjà. Ça souffle fort, il commence à faire froid. Cette portion est moins technique que la précédente, mais il y a désormais la fatigue. Nous repartons. Ça monte doucement pour redescendre doucement. Dans la descente qui est très plaisante, qui fait des lacets agréables, nous nous arrêtons pour nous habiller, nous sortons nos frontales. Il fait nuit. Nous ne parlons plus depuis un bon moment. J'entreprends quelques tentatives pour maintenir Alex éveillé. A force de m'attendre, son chrono n'a cessé de se dégrader. Il aurait pu être proche de l'arrivée, mais il est encore là, à cause de moi. J'en suis navrée, je me sens minuscule, ridicule. Un vrai boulet. Je ne me souviens plus des paysages que nous traversons. Il fait nuit désormais. Je fais attention aux endroits où je pose mes pieds, ce serait tellement stupide de tomber dans le ravin. Quelquefois, lorsque je m'en rappelle, je parle un peu pour tenter de nous tenir éveillés, mais ça ne dure pas. La fatigue est là. Je ne me souviens plus de rien, sinon que je suis épuisée et agacée d'être un boulet. Alex refuse toujours de me laisser.
Je ne sais plus à quel moment nous effectuons deux siestes. Je ne sais plus quand je me tord la cheville et quand je perds ma lentille de contact et qu'il me faut absolument en remettre une neuve. Je suis, dans ces instants, l'horrible boulet. Je me fais pitié. Je voudrai qu'Alex me laisse définitivement. Je conserve ma mauvaise tête des très mauvais jours, tandis qu'Alex est égal à lui-même: fatigué mais calme, tranquille, patient, attentionné. Il est extraordinaire! N'importe qui en aurait eu marre de ma pomme, car j'ai mauvais caractère. Qu'on me laisse crever, je le conçois très bien. Moi-même, j'en ai marre de me supporter…
Lorsque nous atteignons le ravitaillement du relais des Merveilles, au 75e kilomètres, il fait nuit noire. Le visage d'Alex est creusé. Je sais qu'il est très fatigué. J'en suis responsable. Si je n'avais pas été là, il aurait filé et serait arrivé avant la tombée de la nuit. Or, c'est une nuit blanche en montagne qui s'annonce. Nous nous asseyons. Comme les autres coureurs qui sont là, je réfléchis. Je sais qu'Alex va continuer. L'organisation a dressé une tente pour accueillir les coureurs qui décident d'abandonner, en attendant de les rapatrier vers Saint Martin Vésubie. Je me réchauffe en buvant de la soupe. Je vais arrêter. Je suis morte et le terrain est trop difficile. J'annonce à Alex ma décision. Il me regarde. Il me dit "Non". Il sourit. Je lui rétorque "Si". Il me regarde, il sourit, il m'attend. Un groupe de trois coureurs qui nous avait doublés prend la décision à cet instant d'abandonner. Et Alex me regarde toujours avec son grand sourire. Qu'est-ce qu'il m'énerve mon idole à me sourire comme ça! Je répète "J'arrête ici." Il ne dit rien, son visage émacié me fait penser à une sculpture. Il me sourit. Il m'énerve à me sourire comme ça nom d'un chien, moi je suis un véritable boulet avec un sale caractère, un caractère de chiotte, faut pas me regarder comme ça non mais nom d'un chien de zut et rezut!!!!! Ok, Alex! Fait ch*****!!! Ok, on repart, mais je suis complètement folle!!!!???!!!! Mais il est complètement fou!!!???!!!!!
Alors on repart. Et ça remonte. Et c'est interminable. Je pensais avoir atteint mon niveau record de chieuse. Mais non, j'ai, dans ce domaine, des ressources inépuisables. Et je gémis et je beugle, je peste, je braille, je maudis, je grogne, j'explose, j'enrage en avançant à une allure d'escargot, tandis qu'Alex est toujours aussi calme et patient! Il m'encourage! Je n'en reviens toujours pas! Bon, quand est-ce qu'il me jette par inadvertance dans le précipice? Ça nous fera des vacances! Une fois en haut, un bénévole fait le pointage, je n'en peux plus, je commence à trépigner sur place, telle une enfant capricieuse, j'annonce tout de go que j'arrête là. Tous deux me disent que non. Ils m'assurent que la descente est roulante. Et puis de toute façon, ici, il n'y a rien. Je suis donc obligée de continuer. J'ai envie de chialer. J'entreprends la descente. Alex est devant pour me guider. Tu parles d'une descente roulante et sans cailloux! Il n'y a que ça, des cailloux à perte de vue!!! Je suis très mal. Ma mauvaise tête règne. Le jour pointe, colore l'horizon. Alex m'annonce que maintenant le terrain est plat. C'est une excellente nouvelle, sauf que nous n'avons pas la même définition du mot. Ce qui est plat en montagne diffère sensiblement de ce qui est plat à Paris. A ses mots, je m'attends à trouver du beau plat de chez moi. Or, le terrain n'est jamais plat. Alors, je m'effondre. Plat, plat, plat!!! Tu parles d'un plat!!! Voilà encore une gaminerie!!! Ton plat Alex n'est pas plat!!!!! Mais si c'est plat!!! Mais non!!!! Alex, ton plat par chez moi ça s'appelle du dénivelé!!!!! Et merdre!!!!! Comme dirait Ubu!!!! Non mais c'est quoi cette sale gamine, Alex???? Jette-la dans le ruisseau là, personne n'y verra rien!!! Fais un sprint pour la larguer, abandonne-la dans les bois. Mais non, Alex m'attend, Alex me tire, Alex m'encourage. Moi, je me serai abandonnée depuis longtemps!!! Le dernier ravitaillement est à 500 mètres. Alex court, Alex file. Il m'attendra là-bas. Il sprinte. J'éclate de rire! Il est fou!!!!! Je vois au loin sa frêle silhouette se déplacer avec légèreté et rapidité. Il est vraiment cinglé ce type!!! Et dire que je l'adore!!! Ça fait froid dans le dos!!!
On se retrouve avec deux, trois autres coureurs à ce dernier ravitaillement. On a des têtes de zombies. Pour la 36e fois, j'abandonne. De nouveau, Alex me sourit. Purée, fait ch**r!!! Et puis, je n'arrête pas de dire des gros mots!!!! Et ça m'énerve!!! Et je m'énerve toute seule!!! Oui, Alex, j'abandonne. Sourire. Non non non. Si si si. Bon ok, on repart. Il m'énerve!!!! Qu'est-ce qu'il m'énerve!!! Complètement maso, complètement malade mental Forest Alex!!! C'est le monde à l'envers!!! Donc, nous repartons. Ça grimpe. Je suis complètement épuisée. Je m'arrête toutes les dix minutes pour dormir 10 minutes. Alex m'annonce qu'il y a, en haut, un caddie. Je me méfie. Serait-ce la carotte pour faire avancer l'âne? Hum…. "May, il y a un caddie en haut, allez courage! Il t'attend!" non mais il se moque de moi ou quoi là? "Tu blagues????" "Non, je te promets". Bon ok, ça repart. Un caddie, un caddie… on va faire une course de caddie!!!! Chouette alors!!! Je me traîne jusqu'à la cime du Piagu et là, Alex n'avait pas menti: le caddie est bel et bien là!!! Whaouuuuuuu!!!!!! Il est magnifique!!! Mais nous sommes trop épuisés pour tenter une course. Et puis de toute façon il manque une équipe, alors on continue notre route.
Maintenant il ne reste plus que 11 km. 11 km interminables. Je me traîne lamentablement. Alex m'encourage toujours patiemment. Nous abordons enfin la dernière descente. Il ne reste plus que 5km pour 1.200D-, autant dire rien. Autant dire tout. Ça descend. Des cailloux de toutes les tailles parsèment la route tels des pièges, c'est beaucoup plus drôle ainsi. Ça n'arrête pas de descendre. C'est interminable. La descente s'effectue dans les sous-bois, cela veut dire que l'arrivée est proche. Dans les 300 derniers mètres de D-, je craque nerveusement. Mes nerfs lâchent. Mes genoux se ravisent. De grosses larmes coulent sur mon visage. Mon regard se brouille. Quelle gaminerie!!!! Non mais c'est quoi cette traileuse qui fait ch**r son monde!!!! Encore plein de gros mots!!!! Pas beau! Et Alex toujours aussi patient, calme, qui m'encourage!!!! Impressionnant!!! Mais Alex, tu fais ch*****!!!! Sauf tout le respect que je te dois, si j'avais abandonné je serai en train de dormir tranquillement!!!!! Et puis c'est vrai quoi, t'es pénible bon sang!!!! Pourquoi tu m'a pas laissée???? Hein???!!!! Sale môme, capricieuse et chiante!!! Je refuse d'avancer, je craque. Alex m'encourage. Je repars. Je cours 200, 300 mètres, puis de nouveau, les larmes coulent à flots. Je refuse d'avancer. Alex de nouveau m'encourage. Et ainsi de suite. Des larmes de plus en plus grosses. Cela dure jusqu'à l'arrivée, tous les 200 à 300 mètres.
La foule qui nous fait face nous applaudit et nous accueille chaleureusement comme si nous étions les premiers. Je n'ai pas le souvenir d'avoir explosé de joie. Pour la première fois, je me laisse photographier sans crainte. Je suis heureuse que notre joie ait été matérialisée. Je suis heureuse d'avoir une trace de cette aventure si belle, profonde et grande, vécue avec Alexandre. J'aurais aimé le serrer dans mes bras. Et comme je suis ingrate et que je suis vraiment une sale gamine, grâce à moi, Alex établit le plus mauvais chronomètre et la plus mauvaise place de sa carrière (31h09)!!! Bien fait!!! J'avais bien dit que je me vengerai!!!Alexandre: Avec tes 500km dans les jambes (un souvenir de la baie des Anges), tu aurais pu terminer en 25h, mais tu as choisi de rester près de moi, tu m'as accompagnée, aidée, soutenue, consolée, encouragée. Ton sourire merveilleux. Ton magnifique regard posé sur le monde. Nous avons ri ensemble. Nous avons partagé nos rêves. Je te dois tout. Je n'oublierai jamais. Je t'embrasse très fort. Je t'adore (n'en profite pas tout de même!!!)!!!

Commentaires
c'est xav 04 qui t'a prete son baton .
Encore bravo et à bientôt à l'utmb
Ptijean
Super récit May! Je savais pas qu'on pouvait aller plus loin que le bout de soi même...
t'es trop forte pour une chaussette trouée ;-)
je suis content que tu ais menée ce dossard au bout.
OUUUUUUUUIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNnnn
respet
fabzh
deux grands malades
bravo bravo
bises
laurent
deux grands malades
bravo bravo
bises
laurent
Alex, tu es égal à ta renomée, epoustoufflant.
il y a la photo d'arrivée, mais ce dont vous vous etes pas rendu compte c'est que les coureurs vous ont applaudi au point que sur le car-podium ils se sont arretés. soudainement le centre d'interet leu echappaient pour se focaliser sur un couple d'arrivants hors delais mais o combien respectés!
l'dingo
Oui je le dis tu es folle ma fille, mais tellement extraordinaire.
Z'êtes pas un peu malades non ?
Alain_sur_le_cul_vraiment
Et maintenant je peux te le dire, chez Jack26, les grosses bosses après Saillans.... c'était un peu a cause de moi....
bises manu
Alex l'a bien compris, avec toi on irait jusqu'au bout du monde.
Vos qualités respectives éclatent à travers ton magnifique récit.
C'est vrai que des heures durant, j'ai pu apprécié durant 5 jours sur la piste d'Antibes, le calme et l'incroyable concentration d'Alexandre au rythme de 100km par jour !
C'est vrai que l'apparition de may, au bord de la piste d'Antibes le 5ème jour, m'a rempli d'une joie instantanée, difficile à expliquer!
Alors ce couple, concentré d'amour, dans le Mercantour, ne pouvait qu'émerveiller les témoins de leur exploit.
Bravo may et Alexandre, je suis trop heureux de vous avoir rencontrer.
JC
Karllieb
Un super récit pour une course grandiose de votre part, et au plaisir de se revoir!!
décidément May , ou va tu chercher cette force et volontée ? tu est une sacré nana que j'aprécie
un grand bravo à vous deux.
à bientôt
A peluche
Coli
Mais là, à entrainer quelqu'un dans ta galère et l'amener jusqu'au bout, chapeau !!!
Chapeau à vous deux, chapeau à toi May, car tu es allée au bout de toi-même.
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