Récit de la course : EmbrunMan 2005, par desprez

L'auteur : desprez

La course : EmbrunMan

Date : 15/8/2005

Lieu : Embrun (Hautes-Alpes)

Affichage : 1404 vues

Distance : 234km

Objectif : Pas d'objectif

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Mon dernier Ironman

Voici mon compte rendu de cette course mythique. Attention, c'est long ! Bonne lecture.

La genèse

Sans vous raconter ma vie sportive (ça serait trop long), voici comment je me suis mis l'idée démente de faire l'Embrun Man cette année. Quand j'ai assisté à mes premiers triathlons (par exemple le TIGRE à Grenoble en 88), je me suis dit que terminer un moyenne distance serait un exploit. La lecture des compte-rendus d'Ironman dans Triathlète me faisait évidemment rêver mais les distances étaient tellement hallucinantes pour mon niveau de l'époque que c'était juste des articles sympas à lire. Je me faisais secrètement la promesse de participer à Embrun pour mes quarante ans. C'était tellement loin à l'époque que ça ne coûtait rien de le dire.

Quelques années après et avec l'expérience, je me suis lancé dans l'aventure de l'Ironman avec successivement Roth en 1996, Zurich en 1998, Roth de nouveau en 2001 puis finalement Almere en 2003. Même si je finissais toujours bien ces épreuves illustres et que la préparation d'un Ironman n'avait (presque) plus de secret pour moi (je les ai tous terminés entre 10h48' et 10h55'), l'Embrun Man restait un monument qui me semblait inaccessible vu mes qualités de grimpeur. Tous ceux qui me l'avaient décrit me donnaient bien évidemment envie d'y participer mais bon, j'avoue, le parcours vélo me filait les chocottes !

En septembre 2004, je dis à ma femme la promesse de participer à l'épreuve mythique et que damned, je vais avoir quarante ans dans deux mois. Le jour de mon anniversaire, je découvre dans notre chambre à coucher un carton Kuota avec un magnifique Kredo et un mot de ma dulcinée qui dit (en résumé car je ne vais pas vous raconter toutes les gentilles choses qu'elle m'a écrites) que c'est parti pour Embrun 2005. Je réalise dans un bonheur indescriptible (je ne me rends pas compte à l'époque de la tâche à réaliser) que c'est parti !

On arrive le samedi avant l'épreuve et on récupère le dossard. On achète des T-shirts pour la famille et mon coach. Le lendemain, on retrouve David Liope et Laurence de Saint Priest Triathlon et après un pique-nique au bord du lac, on file rouler 45' puis on dépose les vélos dans le parc. L'émotion est déjà là et quand je pénètre dans le parc, je me dis que je ne peux plus reculer ! On pose le matériel, on vérifie dix fois que le vélo ne va pas tomber (il y a un vent d'enfer en fin d'après-midi) et on discute avec quelques athlètes présents.

La course

La nuit de la course, je n'arrive pas à fermer l'oeil. Je ne me sens pas stressé mais plutôt pressé de partir ! J'attends patiemment que le réveil sonne à trois heures cinquante. Galère. Je ne m'inquiète pas plus que ça car je dois pouvoir compter sur les doigts d'une seule main la somme des heures de sommeil avant mes cinq Ironman et ça s'est toujours bien passé. Zen.

Le réveil sonne enfin et je file préparer le petit déjeuner de la femme de ma vie et commencer à manger mon traditionnel gâteau sport. Ma femme est plus stressée que moi et a hâte que ça se finisse. A quatre heures, on réveille les enfants car ils ont demandé à venir voir le départ (parents indignes !). A quatre heures trente on embarque le matériel et on file vers le parc. En arrivant, le spectacle et indescriptible. Ca a beau être mon cinquième Ironman, je ne me lasse pas de l'ambiance du petit matin et la préparation minutieuse d'une épreuve qui a occupé nos esprits les six mois précédents. Je retrouve mes collègues Valentinois et l'ambiance est plutôt à la concentration et nettement moins détendue que pendant le stage des Orres. Je retrouve aussi Bruno Laluce du TCA Cestas qui partageait mes entrainements et mes triathlons quand j'étais à l'ASPTT Bordeaux. Je repense dix fois aux deux transitions pour ne rien oublier, pour préparer de manière optimale tout le matériel que je devrai trouver facilement, même si le cerveau est déconnecté après 188 bornes de vélo. Je pense à Beep-Beep qui avait oublié son maillot de vélo (et son ravitaillement) sur sa chaise l'an passé. A 5h30, j'enfile la combi et je me dirige doucement vers l'aire de départ après avoir embrassé une dernière fois la famille à travers le grillage de l'aire de transition (séquence émotion !). Je suis toujours calme malgré le départ toujours plus proche. Dix minutes avant le coup de klaxon libérateur, le speaker annonce une minute de silence pour Eric Caradot du CRV Lyon décédé la semaine précédente dans un accident de voiture. Connaissant bien Eric, je suis très ému et c'est la gorge serrée que je pense très fort à lui et à sa famille. Encore un mec bien qui s'en va. Dix minutes avant six heures, les féminines et les handi-sports partent dans le noir sous des applaudissements nourris. Quelques minutes avant le départ, l'ensemble des 866 participants claquent dans les mains sous les encouragements du public. L'émotion est à son comble. On me l'avait déjà décrit mais en étant au milieu, les lunettes sur les yeux, c'est très impressionnant. On distingue à peine les bouées dans la pénombre. Le départ est enfin donné et je pars en trottinant vers les eaux noires du plan d'eau d'Embrun ! Wow, c'est parti.

Je pars relativement doucement et c'est la panique. Plus de 800 participants qui partent dans le noir pour une bouée qu'on distingue à peine, c'est pas l'idéal pour nager souple. Dès le départ, il me semble qu'on part trop sur la gauche mais impossible de corriger la trajectoire tellement c'est dense. Pas manqué, des kayaks font leur apparition et nous forcent à reprendre le parcours. Ca râle un peu et ça frite de plus belle dans l'eau. On se croirait sur un sprint. Quelques centaines de mètres plus loin, je prends une première crampe dans le mollet gauche. Argh, pourvu que ça passe car la journée va être longue. On arrive assez rapidement à la bouée du fond du lac et c'est maintenant la cuisse qui commence à tirer. Il faut que je gère car sinon la contracture n'est pas loin qui pourrait me faire louper cette course tant attendue. Je garde un rythme correct en n'osant plus battre des jambes. Dans le deuxième tour, c'est maintenant aux deux jambes que les crampes se succèdent. Je pense à l'abandon obligé tout en pestant et en me disant que je n'ai pas fait tout ça pour arrêter au bout de 2500m dans l'eau. Je pense aussi à ma famille qui m'attend au bord de l'eau et je n'ai pas le droit d'arrêter. Avant la bouée du fond, je suis obligé de me mettre sur le dos pour étirer les muscles et pour pouvoir repartir. Je vois des paquets entiers qui me passent. Les boules ! Dès que les crampes passent, je reprends mon train de sénateur et je repasse les nageurs qui m'ont passés plus tôt mais je sais maintenant que je vais faire un temps loin de mes ambitions, pourtant déjà modestes. Je suis maintenant à 200m de l'arrivée et il me semble que ça va mieux, je peux même mettre un peu des jambes pour préparer le vélo. Je sors enfin de l'eau. Le chrono de 1h13' me démoralise un peu (j'avais fait 1h10' en reconnaissance en faisant le tour du plan d'eau sur les bords) mais bon, c'est un Ironman, la journée est longue et j'ai le temps de passer du monde. Heureusement, personne ne nous annonce notre place et je cours vers mon vélo après avoir aperçu Fabienne à la sortie de l'eau et lui avoir dit mon désarroi d'avoir attrapé des crampes. Je réalise immédiatement que j'ai dit une connerie et que ça risque de l'inquiéter pour la suite. Ce qui est sûr, c'est que l'entrainement intensif de cette année me permet au moins de ne pas être fatigué à la sortie de l'eau. Je n'ai ni mal aux bras ni aux épaules.

Je retrouve enfin mon fidèle destrier italien et la famille est le long du grillage pour m'encourager. David Liope est sorti juste devant moi et s'apprête à partir. Je lui raconte rapidement mes mésaventures nautiques et je lui dit de se dépêcher de partir. Il ne fait pas chaud et je prends mon temps pour me changer entièrement. J'enfile aussi des manchettes car le début du parcours doit être frisquet. J'estime ma place à la moitié (en fait, c'est pire, 510e) et je pars enfin vers les gentilles routes légèrement valonnées de l'Embrunais.

Les allures des autres concurrents sont très variées, certains emmènent des braquets de DO dans la première bosse et d'autres montent tranquille "tout-à-gauche". Pour ma part, je prends le braquet qui me laisse en dessous de 145 pulsations comme prévu. Je reviens sur Jean-Louis Brun du TGVR qui part tranquille pour son long périple. On s'encourage au passage comme au stage. Je sais qu'avec son mental, il ira jusqu'au bout. J'aperçois maintenant le maillot blanc et bleu d'Online Tri que porte David. Il grimpe tranquille la première bosse et c'est vraiment comme ça qu'il faut la gérer. On discute quelques minutes et je continue à remonter. Je bois tous les quarts d'heure et je croque un bout toutes les 1/2 heure. La première partie de la première boucle du vélo se passe sans encombre. Je passe Etienne Caprin avec sa jambe raide et un autre concurrent me dit qu'on n'a pas le droit d'abandonner quand on sait ce qu'il va subir dans l'Izoard. J'ai le mollet gauche vraiment dur et j'essaye de le masser dans les descentes. Premier arrêt pour me soulager. J'ai du boire la moitié du lac à cause des crampes ! Je double Etienne Diemunsch d'Yssingeaux et je le félicite pour leur triathlon. Il me demande comment ça se fait que je le double pour la seconde fois en trois kilomètres. Je me mets souvent en position aéro dans les portions plates et les faux plats pour gagner un peu de vitesse et soulager les bras. C'est maintenant la descente vers la route de Gap et on file à bonne allure vers le pont de Savines. Tout le monde est très prudent et je continue ma remontée en limande sur le vélo tout en moulinant bien. On repasse devant Embrun et on arrive au rond-point des Orres. La foule est dense pour nous encourager et je vois ma petite famille sur le bord de la route. Je sais que je ne les reverrai pas avant le marathon et les encouragements de ma femme et des enfants me font du bien car à ce moment là, je ne sais toujours pas si je pourrais courir vu les douleurs dans les mollets suite aux crampes. Un supporter nous hurle notre place et j'entend "400 !". Les boules. Vu ce que j'ai déjà remonté, je devais vraiment être dans les choux à la sortie de l'eau. Qu'importe, sur une telle distance et un tel parcours, j'ai le temps de me refaire. J'imagine que mes autres collègues du club doivent être bien devant et que je ne suis pas prêt de les revoir.

La route de Saint-André d'Embrun et de St Clément se passe sans problème et je continue ma remontée. Je passe les groupes les uns après les autres en me mettant le plus possible en position aéro pour soulager les bras et les épaules. On arrive enfin à Guillestre et un bouchon s'est formé à l'entrée de la ville. On slalome entre les voitures vers les Gorges du Guil, hors-d'oeuvre avant l'Izoard. Deuxième arrêt "allègement" à la sortie de la ville. Je m'arrête juste en haut des côtes pour reprendre plus facilement de la vitesse ensuite. Je bois un maximum pour éviter les crampes. J'aperçois maintenant un maillot bleu-marine et je reviens rapidement sur lui. Je passe François Lafabrie et on s'encourage pour la suite. Dernière côte un peu raide avant de tourner vers Arvieux et l'Izoard et je rattrape enfin Sébastien Roizot. Normalement, on nage au même niveau et il est sorti cette fois six minutes devant moi. Il me dit qu'il a le dos en compote et qu'il n'est pas au mieux. Je le rassure et je lui dis qu'il faut gérer et que la course est encore longue. Je m'aperçois que le vent n'est pas comme pour le repérage et qu'on va certainement l'avoir en pleine face dans le col. Un concurrent me demande si l'Izoard n'est pas aussi dur que la côte du départ. Je ne sais pas quoi lui dire. Evidemment que c'est plus dur mais ça n'est peut être pas une bonne idée de le démoraliser d'entrée. Je lui dit finalement de bien le gérer et d'en garder jusqu'au bout car le parcours vélo ne se limite pas à ce col mythique.

On tourne enfin à gauche vers Arvieux et vers LA grosse ascension de la journée. Effectivement, le vent est contraire et ma vitesse est déjà de deux km/h plus lente qu'à l'entrainement. Qu'importe, ça n'en sera que plus facile pour le retour. Dès le départ, on voit déjà ceux pour qui les bosses ne sont pas leur fort. Même si ça n'est pas ma spécialité, je remonte toujours en moulinant alors que certains "rament" à 30 trs/mn avec des braquets de folie. Il y a de nombreux cyclos qui nous accompagnent et nous encouragent. La vitesse n'est vraiment pas importante (j'ai vu le 8 km/h dans le col !) et la montée va être longue. La foule est assez dense dans Arvieux et dans Brunissard et ça nous aide à passer ce passage moralement très difficile. On n'a pas l'impression que le pourcentage est très important et pourtant mon compteur ne dépasse pas les 11 km/h alors que je double d'autres concurrents. On arrive enfin dans les lacets du col et c'est vraiment mon passage préféré (ben oui !). J'alterne la montée sur la selle et en danseuse pour relancer en me rappelant les conseils de maître Beep-beep. De nombreux spectateurs sont là pour nous dire que c'est bientôt la fin (il reste cinq kilomètres !). J'arrive enfin à la Casse Déserte et le spectacle est toujours aussi magnifique. C'est vraiment un col de toute beauté malgré la difficulté. Une descente rapide nous permet de nous remettre un peu les jambes en prévision des tous derniers lacets. La température a déjà bien baissée mais la dernière partie du col nous réchauffe. Un passage rapide près du point photo (on essaye d'avoir une allure décente devant l'oeil du photographe et je me rappelle la photo de David lors de son dernier EmbrunMan en essayant de faire mieux). L'avant de mon vélo flotte et je m'aperçois que j'ai crevé (avec des pneus neufs, les boules). Je rattrape Marc Forgeois de Vaulx-en-Velin qui a une bonne avance grâce à une excellente natation. Je finis le col sur la jante et décide de réparer après le ravito. Je récupère mon sac de ravitaillement perso préparé la veille et je répare la crevaison après avoir enfilé mon coupe-vent. Il fait huit degrés en haut et avec la transpiration, c'est le meilleur moyen de prendre mal au ventre (pas le bon plan sur Ironman !). Je mange le sandwich au jambon préparé la veille et prends le reste du contenu du sac dans les poches de mon maillot de vélo. J'ai perdu 10' dans l'histoire mais bon, la journée est longue et je ne vise pas le podium. Sébastien arrive et il récupère rapidement son ravitaillement. Un bénévole me met un journal sous le coupe-vent. J'attaque la descente et tout de suite je suis saisi par le froid. Sébastien me suit à distance et j'ai du mal à dépasser les 60 km/h tellement j'ai froid. Je claque des dents et je tremble des bras. Je renonce aux 80 km/h du repérage et je descends tranquillement contrairement à d'habitude. On passe Briançon et on part vers Embrun. La route est encore longue et quelques dernières difficultés nous attendent. C'est ici que la course se joue et les défaillances peuvent apparaitre qui ruineront le marathon.

Comme prévu, nous avons le vent dans le dos et la vitesse est importante dans le faux-plat descendant. En voulant retirer mon coupe-vent tout en roulant, je me mets à zigzaguer sur la moitié de la route à 40 km/h. Je me jette sur le guidon et manque de peu de me ramasser. Quel con. Un concurrent qui me suit est impressionné par la manoeuvre. Nous quittons la nationale et nous partons sur les petites routes qui nous mènent à la célébrissime côte de Palon, "chère" aux triathlètes. Je lache Sébastien dans les premiers faux-plats montants. Juste avant d'arriver dans la côte, un autre athlète me demande qu'est-ce qu'elle a de si terrible. On est vite dans le bain et le pourcentage augmente brusquement et la vitesse décroit comme dans l'Izoard. Aucun répit pendant un kilomètre et demi mais là encore, il "suffit" de gérer et ça passe (doucement). Je me rappelle qu'Eric Monnet nous a dit que Pallon était situé exactement à la moitié de l'Ironman en temps et je n'ose pas regarder ma montre. Je retrouve Marc Forgeois qui a repris une bonne avance pendant ma réparation forcée. Je l'encourage de nouveau et file vers l'aérodrome. Il me semble que le vent n'est pas si favorable mais il n'est pas contraire comme lors du repérage où l'on avait du mal à dépasser les 30 km/h. Je suis quasiment tout le temps sur la plaque en moulinant bien.

Après Réotier, on reprend enfin la route du retour que l'on a pris dans l'autre sens à l'aller. Je commence à voir les premières défaillances et les concurrents qui se retournent plus souvent pour voir si on les rattrape. Il y a quelques paquets mais rien de scandaleux. Il y a aussi quelques voitures et il faut parfois slalomer pour les dépasser lorsqu'elles attendent derrière des cyclistes. Je me souviens aussi des remarques de Pascal Dumonceau qui m'a dit que les bosses de la fin (à part Chalvet) se passent sur la plaque. Effectivement, avec l'élan elles passent bien et je reviens rapidement sur Embrun. On arrive enfin vers la ville et on passe la passerelle qui nous mènera vers Chalvet. Un passage rapide dans la ville où l'on croise déjà quelques concurrents déjà sur le marathon et on tourne à droite vers la bosse finale. Je passe un concurrent et je lui dit qu'on est dans le dessert offert par Gérald Iacono. Il me répond que le dessert c'est le marathon ! Avec ses changements de dénivelé, la côte passe bien et puis elle ne fait "que" 4,5 kms. C'est enfin la descente vers la zone de transition avec ces virages dangereux. Qu'importe, c'est la libération et j'arrive enfin dans mon élément, la course-à-pied.

Je descend enfin du vélo et je m'aperçois que mon mollet n'est pas si mal que ça. J'espère que ça va tenir et j'ai bien fait de mouliner un max. Je me change "rapidement" en coureur, je prends ma ceinture qui contient tous mes gels qui me ravitailleront durant le marathon. J'entends le speaker qui annonce que Pascal Dumonceau vient de partir pour son second tour. Je ne suis plus si mal placé que ça finalement.

Je repars enfin pour la dernière partie de l'Ironman sous les encouragements du public et de ma petite famille. On commence par un tour du plan d'eau. Le début du parcours est entouré de supporters. Leurs cris et encouragements nous portent pour le début de ce long footing. Mes premières foulées sont bonnes et les sensations sont là. Les pulsations sont normales (environ 135/140) et je dois pouvoir gérer le marathon à cette allure. Je sais que le parcours est assez accidenté et que l'allure ne sera pas toujours très rapide. Je décide que je prendrai un gel toutes les demi-heures et toujours avant un ravitaillement pour pouvoir boire juste après. Dès le départ je remonte facilement les autres concurrents. La première côte avant le plan d'eau se passe sans problème en courant ainsi que le tour du lac. La foule est nombreuse le long du plan d'eau et les encouragements toujours aussi chaleureux. Je vois Hugues Rousset qui me dit que je vais le finir sans problème puis ma petite famille de nouveau. Les enfants me tapent dans la main et je file vers Embrun. Il y a une côte assez longue avant la ville mais je la passe facile. C'est très bon signe. Certains concurrents marchent déjà et la route va être longue pour eux. La traversée des rues piétonnes est très motivante et les encouragements toujours aussi nombreux. Ma tenue de Valence est facilement repérable et le club très encouragé. On quitte Embrun et dans la descente je croise Philippe Lavenne qui me dit que j'ai l'air facile et que ma foulée est plus esthétique que celle de Neveu. Ok, c'est gentil quand même mais il a plus d'un tour d'avance !! On tourne à droite vers la partie pénible du parcours : l'aller-retour le long de la digue. Je croise Bruno Laluce qui a aussi une bonne allure. Je croise tour à tour Eric Monnet qui a le visage grave puis Cyrille Neveu. Wow. Eric est devant le champion du monde. Classe ! Je suis encouragé par Nicole la femme d'Eric. Ensuite je croise Patrick Estepa, puis Florian Calais et Raphaël Lorrain. Ils ont une bonne avance car je viens à peine de démarrer cet aller-retour. Après le demi tour et le retour, on passe sur la passerelle sous les encouragements d'une sorcière d'un jour qui nous crie qu'on est formidables ! Juste après, je découvre le fan-club des jeunes valentinois avec leurs tenues de course et qui hurlent "allez Valence !". Très sympa. On attaque la partie difficile du parcours sur la petite route avec des faux-plats montants et peu de spectateurs. La suite du parcours est assez valonnée et je gère toujours. J'ai peur d'avoir une hypo et je ralentis légèrement l'allure jusqu'à descendre à moins de 135 pulsations. Le retour en faux-plat descendant se passe sans problème et à chaque ravitaillement, j'alterne le coca et l'eau ainsi que mes gels. On revient vers le plan d'eau et on entend les cris de la foule et les commentaires du speaker.

Je croise Cyrille Neveu qui en a terminé. Je retrouve la famille le long de la zone de transition et je récupère le collier qui marque mon deuxième tour. Plus que 22 kilomètres (le second "semi" a un tour du lac supplémentaire). L'allure ne varie pas d'un iota et les sensations toujours aussi bonnes. La peur de l'hypo s'éloigne et j'accélère légèrement pour retourner au dessus de 135 pulsations. A la fin du tour du plan d'eau, ma petite Clara fait 30m avec moi sous les encouragements de sa mère (attention, elle fera mal en 2025 !). Au ravitaillement, je reprend Manu Chabannes qui peste contre des crampes. Je repars vers Embrun en continuant à doubler. La deuxième montée se passe sans problème et l'allure des autres participants ralentit. On est maintenant aussi avec ceux qui attaquent leur premier tour. A la sortie d'Embrun, on repasse sur le parcours vélo et je croise ceux qui attaquent Chalvet. Je revois une dernière fois avant l'arrivée Philippe Lavenne qui m'encourage de plus belle. Lors de l'aller-retour de la digue, je ne recroise pas les autres TGVR si tôt ce qui signifie que je leur reviens dessus. Sans être l'objectif de la journée, j'aimerais finir pas trop loin d'eux. Au loin j'aperçois Raphaël Lorrain et je le double en l'encourageant pendant un ravitaillement. Patrick et Florian ont toujours une bonne allure et j'estime qu'ils doivent être maintenant à moins de dix minutes devant moi. Faisable si je ne craque pas. Je repasse une dernière fois sur la passerelle et devant la sorcière toujours aussi motivée pour nous encourager. Dans le faux-plat montant qui suit, je suis doublé par un avion qui est sur son premier tour. Il semble parti pour un dix bornes et un accompagnateur en VTT lui hurle des encouragements. Je reste stoique et garde mon allure. Dans les faux plats descendants qui nous ramènent au plan d'eau, j'aperçois enfin une tenue bleue devant. C'est Patrick et je le passe en l'encourageant. Quelques dizaines de mètres plus loin, j'arrive sur Florian qui me dit que "l'expérience paye". Je me lâche complètement et je dois courir à 14 km/h dans l'euphorie de l'arrivée si proche maintenant.

Je reviens pour le dernier tour du plan d'eau. Fred Haas d'Anneyron fait quelques centaines de mètres avec moi en m'encourageant. C'est super motivant et je me rends compte juste à ce moment là que je vais finir sans problème. J'avais du "débrancher le cerveau" avant ! Je "vole" maintenant vers l'arrivée. L'émotion commence à me serrer la gorge et il me semble que j'ai du mal à respirer. Les spectateurs présents dans les derniers kilomètres nous encouragent de plus belle en nous disant que c'est terminé et qu'on est des surhommes ! Je fais un dernier tour du parc à vélo et je me présente sur la ligne droite d'arrivée tant attendue. J'en ai révé plus d'une fois et j'avais le coeur qui battait rien qu'en passant dessus 15 jours avant lors du stage. Je ne regarde plus le pulsemètre mais j'ai du prendre quelques dizaines de pulsations. Dans la ligne droite d'arrivée, je pense à ceux qui auraient pu être là et et qui nous ont quittés trop tôt, Robert Monnet et Eric Caradot et aussi à Pierre Dorez qui se bat cette année contre une terrible maladie. A cent mètres du portique d'arrivée, j'aperçois sur la gauche ma petite famille et les enfants qui sont déjà prêts à venir m'accompagner. Je demande à ma femme de venir avec nous et c'est à cinq que nous passons la ligne en "sprint". Quel pied ! Je les embrasse tous et l'émotion est à son comble. J'ai une fois de plus la gorge serrée et les larmes aux yeux. La pression des derniers mois s'évacue d'un coup et ça a beau être la cinquième fois que je passe une arrivée d'Ironman, je frissonne comme pour la première fois (avec David à Roth en 96 !). J'embrasse mes enfants et ma femme et je les remercie pour la réalisation de ce vieux rève. Ils ont l'air aussi contents que moi. Une bénévole me tend le T-shirt et la médaille de finisher et je reste quelques minutes à savourer ce moment unique. Florian Calais arrive maintenant avec son fils dans les bras et je le félicite pour sa course. Il a vraiment fait la course de sa vie et il m'a impressionné toute la journée. Quelques secondes après, c'est Patrick Estepa qui passe enfin cette ligne tant attendue, la tenue bleue blanchie par la transpiration et enfin Raphaël Lorrain. On fait un beau tir groupé Valentinois en moins de 13h.

Tous les treize partants du TGVR sont finishers et tous avec des performances impressionnantes. Bravo les mecs et merci à Karyl pour la natation et à Eric pour la préparation spécifique (j'ai du leur dire douze fois) ! Bravo à tous les finishers de l'EmbrunMan 2005 et courage à ceux qui ont du abandonner !

En repartant vers le gite, on croise des concurrents qui finissent dans le noir. On les encourage par la vitre et je les admire pour leur volonté. Je m'endors comme une masse vers 22h et ma femme me dit le lendemain que j'ai loupé le feu d'artifice annonçant l'arrivée du dernier.

L'analyse de la course

Mes résultats sont donc 12h47'54" au total avec 1h13'46" en natation (510e, glarg !), 5'14" de changement, 7h42'16" en vélo (254e, ah mieux !), 3'30" de changement puis 3h43'08" (77e, ahhhhhhh) et ma place 149e/866 partants (je ne sais pas combien d'arrivants).

C'est clair que je regrette mon temps natation et que ces crampes m'ont mis un sérieux coup au moral vu l'investissement que j'avais fourni cet hiver dans cette discipline. Il est clair aussi que j'ai géré la course et que le fait que j'ai aucun coup-de-barre signifie peut être que j'aurais pu mettre plus la gomme et gagner des précieuses minutes. Comme le dit Eric Monnet, il me manque certainement un "grain de folie" qui, ajouté à une préparation "scientifique" me permettrait de passer un cran et de cotoyer le niveau (légèrement) supérieur. J'estime que j'ai eu les conditions idéales d'entrainement vu mon travail à plein temps et une famille et que j'ai fait les kilomètres qu'il fallait pour terminer en bonne forme ce type d'épreuve. Je suis le premier surpris de ma récupération. Alors que pour les Ironman précédents, il me fallait au moins une semaine pour pouvoir descendre correctement un escalier, cette fois le soir même je n'avais que quelques courbatures. Mais franchement, je n'échangerais pas les sensations d'une course comme celle là où je suis remonté tout le long en étant "facile" (223 concurrents en vélo et 138 à pied), où Chalvet n'a été qu'une formalité, où j'ai pu accélérer quand je voulais sur le marathon sans jamais me faire doubler. Ces sensations me resteront gravées à jamais dans la mémoire. Je suis pleinement satisfait de ma place et de mon temps et fier de faire partie de la famille des treize finishers du TGVR cuvée 2005.

L'après course

Ca y est, je suis enfin Embrun Man Finisher. Quelques semaines avant l'épreuve, j'ai promis à ma femme que ça serait mon dernier Ironman. Malgré que ça soit sans aucun doute ma distance préférée et que c'est sur ces épreuves que j'ai eu le plus d'émotions, c'est de plus en plus dur de tout concilier et je veux maintenant profiter de ma famille tout en continuant la compétition sur des épreuves qui ne demanderont pas vingt heures par semaine pour bien terminer. Je finis par la plus mythique des épreuves française et sans regret de ma nouvelle promesse. Le soir même de la course, mon fils Axel me dit qu'il aimerait bien en finir un avec moi !! Argh ! Est-ce que je serais obligé d'y retourner dans dix ans (avec accord familial bien sûr) ?

Un grand merci à tous ceux qui ont supporté la préparation et l'épreuve. Je commencerai par Karyl Jaffré qui m'a fourni le meilleur entrainement possible en natation (même si je ne lui ai pas bien rendu vu mon temps ! T'inquiètes, on pétera tout sur courtes distances l'an prochain et sans les crampes !), qui est venu parfois durant ses congés pour me voir nager à 6h30 avant le travail et qui m'a motivé comme le meilleur des coachs qu'il est. Je remercie aussi vivement Eric Monnet du TGVR pour sa préparation à distance et pour le stage des Orres qui nous a préparé de manière idéale, dans la convivialité et avec le sérieux d'une équipe pro (enfin ce que j'en imagine), pour son suivi et ses encouragements, tous mes collègues et amis du TGVR pour les encouragements pendant la course et la semaine de stage où nous nous sommes tous motivés pour l'Ironman, les jeunes du club et leurs familles qui nous encourageaient sur le parcours avec leurs belles tenues bleu marine. Merci aussi à mes supporters d'un jour si unique, Philippe Lavenne du CRV Lyon ("T'es fou, t'as vu ton allure à pied ?"), Fred et Véro Haas, Hugues Rousset, Fabrice Devaud et Joël Durieux d'Anneyron Triathlon, Alain Petaut de l'ASVEL Triathlon, Bilbonsaquet de Clair Rillieux, Gilles Gardon et sa femme de Vaulx-en-Velin Triathlon pour ces encouragements qui font tellement du bien ! A tous ceux aussi qui m'ont appelé au téléphone le soir même et les jours suivants pour me demander des nouvelles.

Enfin, merci à ma petite famille pour les encouragements sur le parcours, pour avoir supporté ma préparation et mes (trop longues) absences, pour m'avoir laissé partir seul une semaine en stage aux Orres et pour avoir passé la ligne d'arrivée ensemble (putain, quel pied !!! J'en frissonne encore !). Un immense merci à la femme de ma vie qui supporte tout ça, qui me motivait même quand les (trop) grosses semaines d'entrainement me mettaient le moral dans les chaussettes, pour le Kredo évidemment et pour supporter tout ça (moi y compris) ! Je te dois tout ça. MERCI !!

Frederic Desprez, Valence Triathlon

 

3 commentaires

Commentaire de raspoutine 05 posté le 30-07-2011 à 17:41:15

Mince ! Pour un peu, je passais à côté de ton superbe recit ! Mais non il n'est pas long et ça a été un réel plaisir que de te lire jusqu'au bout. Il rappelle tous les sacrifices nécessaires, ainsi que tous les moment intentes que l'on peut vivre et même les diverses dimensions affectives que l'on a aussi le bonheur de ressentir.
Gros merci à toi, tu fais rentrer tes lecteurs dans la course et j'aimerais bien que ma prochaine participation se déroule aussi bien que la tienne dans tous les domaines. (Execption faite de la crevaison et des crampes, mais finalement, ce ne sont que de petites péripéties qui font partie de cette fabuleuse journée.)
Mais, cette décision de publier ton récit 6 ans après est-il lié à ton futur retour sur l'épreuve, mais en famille ?
Encore merci, on espère sûrement tous vivre la course comme tu l'as vécue ! Et bravo pour tes performances.
Bien sportivement
Raspa

Commentaire de desprez posté le 31-07-2011 à 00:56:43

Merci ! Non je n'ai pas de plans pour Embrun ds l'idée meme si ça fait tjrs envie. Je penche plutôt pour le trail maintenant. Bon courage pour tes futures courses et encore merci pour les commentaires sympas.

Commentaire de Papy posté le 01-08-2011 à 16:13:06

Mouarf, le Rasp a bien fait de signaler cet apport qui me rajeuni un peu.
Tu verras qu'avec l'age tu auras besoin de bien moins d'entrainement pour faire "presque" pareil... D'ailleurs l'Altriman te tend les bras pour voir encore plus "étonnant"...

L'Papy_ki_aimeré_faire_un_sub_13_à_Embrun_mais_plus_les_années_passent_et_plus...

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