Récit de la course : Saintexpress 2013, par Khioube

L'auteur : Khioube

La course : Saintexpress

Date : 8/12/2013

Lieu : Ste Catherine (Rhône)

Affichage : 1071 vues

Distance : 44km

Objectif : Terminer

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Tu vas la boucler, cette Saintexpress, dis ?!

Voilà comment résumer au mieux l'état d'esprit un rien revanchard dans lequel je m'inscris à la Saintexpress, un an après ma première participation. Il faut dire que cela avait été une expérience assez navrante. Lâché par mes potes à la dernière minute (ils avaient, certes, de bonnes excuses), peu préparé à affronter une telle distance, je n'avais pris aucun plaisir sur le parcours et avais finalement abandonné à Beaunant, lassé par tout ce bitume, ce froid, cette obscurité.

Autant je n'avais alors eu aucun mal à prendre la décision d'abandonner pour la première fois de ma (très courte) carrière de trailer, la Saintexpress ne constituant pas un objectif majeur de ma saison (mais alors vraiment pas du tout), autant j'avais vite fait l'amère expérience des regrets d'après-course. Quelques semaines à peine après cet échec, je décidais donc de réparer cette erreur et de finir la course pour pouvoir passer à autre chose.

Sur le plan de la préparation, j'aborde la course dans de bien meilleures dispositions. Je suis mieux préparé (tout est relatif : je ne suis pas de plan d'entraînement, je dépasse à peine les 100km/mois et, comme Arclusaz, je ne suis pas du genre à me priver au déjeuner/goûter/dîner), j'ai couru le marathon de Run in Lyon pour m'habituer à tenir la distance, j'ai travaillé ma vitesse et j'ai fait deux reconnaissances Soucieu/Lyon. Par contre j'ai un début d'essuie-glace au genou gauche qui me fait bien suer dans les descentes et je ne me sens pas très en jambes. J'évite donc de me fixer un objectif chronométrique précis, d'autant plus que je ne suis pas très doué à ce jeu-là (je suis le spécialiste des objectifs irréalisables qui vous sapent le moral au milieu de la course). Mais bon... je ne cracherais pas sur 5h30. Chut, c'est secret.

Autre changement majeur par rapport à l'année précédente : je ne suis pas seul sur la ligne de départ ! Antoine, un vieux copain d'école avec qui je n'ai jamais eu l'occasion de courir, est venu de Paris pour m'accompagner. Il n'a pas tellement l'habitude du trail mais me mets facilement 30 minutes sur marathon. Il est venu avec Benoît, un autre marathonien aguerri, et puis il y a Tom, un de mes coéquipiers de foot gaélique qui a moins d'expérience sur longue distance et qui a du mal à se remettre d'une vilaine blessure aux ischios. Il semble évident, dès le départ, que nous ne finirons pas ensemble, mais nous décidons de tenter de rester en équipe aussi longtemps que possible, au moins jusqu'au premier ravitaillement. La nuit sera longue, après tout, nous aurons encore plus de 30 km pour nous tirer la bourre !



On ne peut pas dire que nous nous soyons trop préoccupés de trouver une place stratégique dans le peloton : nous étions tellement occupés à faire les cons que nous venions à peine de déposer nos sacs lorsque le speaker a annoncé le départ. Peu importe, je suis heureux de partager ses moments avec des amis. Etant probablement autour de la 1000e place au départ, nous sommes rapidement pris dans les embouteillages. 26 minutes pour boucler les trois premiers kilomètres, c'est long, surtout quand on ambitionne de tourner autour de 9km/h : nous comprenons rapidement qu'il était judicieux de ne pas se fixer d'objectif chronométrique.
Arrivés au sommet de la première longue montée, dont j'ignore le nom, je laisse partir les deux flèches pour attendre Tom, qui est juste derrière. Lorsqu'il me rejoint, je relance, mais je constate qu'il ne suit pas : il est déjà hors de mon champ de vision quand je me retourne 30 secondes plus tard. Pour ne pas être condamné à courir seul, je décide d'accélérer pour récupérer Antoine et Benoît. Les jambes sont là, l'essuie-glace se fait discret, je suis plus ambitieux que jamais. Nous arrivons à Saint-Genoux au bout d'1h33, en 1064e position. Un petit thé, un biscuit, et c'est reparti ! Dans les descentes techniques, Benoît et moi sommes beaucoup plus à l'aise qu'Antoine, qui perd progressivement du terrain sur nous. Nous continuons notre chemin tous les deux pendant quelques km, mais mon genou commence à me faire souffrir. J'essaie de descendre sur le côté, comme me l'a conseillé mon pote ostéo, cela soulage un peu mais c'est quand-même limite. Benoît me sème, je suis désormais seul.
Jusqu'au km 17, tout va plutôt bien. Malheureusement, comme cela m'arrive très souvent, je commence à souffrir du ventre (attention, bonne blague : chez moi, la courante en courant est courante). Comme à Run in Lyon, je suis contraint d'alterner marche et course pour ne pas trop souffrir. Je rejoins péniblement le ravitaillement de Soucieu, où je fais une longue pause toilettes/thé/téléphone (ma montre indique que je me suis arrêté presque 30 mn). J'apprends avec tristesse que l'ischio de Tom l'ont lâché et qu'il va devoir marcher jusque Soucieu pour prendre la navette. Pas de nouvelles d'Antoine, qui a dû me redoubler lors de mon arrêt au stand et qui doit être loin devant lorsque je repars de Soucieu.

Avant de trop me refroidir, je repars au combat. Le ventre va mieux, mais c'est le genou qui commence à me faire souffrir. Pas l'essuie-glace, curieusement : c'est le creux poplité qui est complètement raide et qui m'empêche pratiquement de plier le genou. Je suis donc à nouveau contraint de lever un peu le pied, même si les chiffres relevés par mon GPS sont moins mauvais que je le craignais. Des pensées négatives commencent à s'emparer de mon esprit : "eh ben, te voilà au même point que l'an dernier, l'ami ! Plus de jambes, plus de plaisir, tu vas encore avoir du mal à rallier Beaunant". Certes... mais je ne lâcherai pas le morceau, cette année ! Le progrès n'est peut-être pas flagrant sur le plan chronométrique (et encore, le parcours a changé, donc je serais bien incapable de comparer mes performances), mais cette fois tu sais que tu iras au bout. Et ça, cela fait toute la différence, non ?

Lorsque j'arrive au ravitaillement de Beaunant, j'ai bien besoin de faire une petite pause et de reprendre des forces. Je m'asseois sur un banc, et là j'entends "Guillaume ?". Antoine est là, j'ai dû le rattraper sur cette dernière portion ! Il a l'air cuit, et me confirme qu'il n'a plus de jambes et qu'il n'a jamais puisé aussi loin dans ses réserves. Sur les conseils d'un coureur, je vais chercher un bol de soupe. Antoine et moi repartons vite, décidés à finir ensemble, comme nous le souhaitions ardemment à notre inscription. C'était écrit, pardi ! Je ne sais pas si c'est dû à la soupe et au sel qu'elle contient, ou si c'est la joie de finir en compagnie de mon ami (sans doute les deux, mon général), mais je me sens revivre après cette pause. Contre toute attente, je me retrouve à encourager Antoine et à l'encourager. Lui, mon mentor, mon conseiller en course ! Comme quoi, le trail et la route sont deux disciplines bien différentes, quoique perméables. J'essaie de lui parler des aqueducs, lui annoncer les difficultés à venir, mais il est ailleurs. Une fois en bas des marches, nous nous remettons à courir. Je me sens bien, je sens que je pourrais finir en courant vite, mais cela n'aurait aucun intérêt. Après avoir profité du parc de Gerland, dont l'herbe gelée prend une couleur féérique dans la lumière de nos frontales, nous passons sous l'arche main dans la main, sous les encouragements de Benoît, arrivé une heure avant nous. 1224e, 6h26. Benoît Cori est à deux kilomètres de l'arrivée, l'ambiance est électrique, je suis heureux d'être là, heureux d'avoir pu avancer à bonne allure quand tous les voyants étaient encore au vert (j'ai gagné 20 places entre Saint-Genoux et Soucieu alors que j'ai marché beaucoup sur la deuxième moitié du trajet), heureux d'en avoir encore sous le pied même si je peine à plier la jambe. L'espace d'un instant, je me dis "plus jamais, la Saintélyon", mais je sais que c'est une promesse que je ne tiendrai pas.

Saintexpress, Saintélyon, toute la question est là... mais j'ai presque un an pour y répondre. Pour l'instant, savourons !

 

7 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 11-12-2013 à 11:58:45

Effectivement, savoure. Une chose après l'autre, tu as le temps, tu es tout jeune dans la vie et encore plus dans la course à pied.

Viens un peu plus souvent courir avec nous, apprends nous les règles du football gaélique tout en courant (faudra bien plusieurs heures, ça te fera travailler ton endurance fondamentale) et ça le fera....

Bravo pour cette revanche partagée !

Commentaire de Khioube posté le 11-12-2013 à 12:10:03

Tu as raison, chaque chose en son temps ! C'est avec grand plaisir que je vous enseignerai ces fameuses règles (au moins sur le plan théorique, je me vois mal faire une sortie longue avec un ballon, même si certains courent avec de la soupe ou du saucisson, apparemment). Pour l'instant, l'heure est aux cadeaux de Noël, aux sucreries en tous genres et aux soins (on va tâcher d'attaquer 2014 avec un genou en pleine forme !).
Repose-toi bien, toi aussi !

Commentaire de Seydoublen posté le 11-12-2013 à 21:12:53

Super récit Guillaume, ce qui est indéniable c'est que sur le plan mental elle t'a fait franchir un cap cette SaintéExpress. Je n'ai pas beaucoup plus d'expérience que toi, mais je sais que dans le trail, il y a toujours moyen de se remettre dedans.
Et montre leur un peu ce qu'un joueur du Lugdunum CLG vaut sur les sentiers ;)

Commentaire de Khioube posté le 11-12-2013 à 21:50:04

Ha ha, merci bien, l'ami ! Félicitations pour le tien, je l'ai lu avec grand plaisir. Tu as l'air d'avoir super bien géré ta course, avec à la clé un beau chrono et de grandes émotions, le jeu en valait manifestement la chandelle ! Chez les Clermont Gaels il y a du sacré coureur, décidément... :-)

Commentaire de lalan posté le 14-12-2013 à 18:20:59

Je t'ai vu arriver. Le plaisirs se voyait sur ton visage. Savoures bien cette sainté exprès. Et ne jamais dire plus jamais à madame STL !!! Bravo à toi.

Commentaire de Khioube posté le 15-12-2013 à 11:44:42

Tu étais déjà là ? Quel courage... Je me suis justement demandé si tu étais dans les parages mais je ne t'ai pas vu. Je ne dirai plus jamais "jamais" après une course, même les plus difficiles ont souvent un petit goût de reviens-y ! Bonnes fêtes et bon repos !

Commentaire de Nini posté le 17-12-2013 à 21:52:15

Bravo à toi. Je suis contente que tu aies réussi !
Profite bien de cette victoire ;-) et à une prochaine sur un off

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