Récit de la course : Le Grand Trail du Saint Jacques 2014, par DKféeinée

L'auteur : DKféeinée

La course : Le Grand Trail du Saint Jacques

Date : 27/9/2014

Lieu : Le Puy En Velay (Haute-Loire)

Affichage : 842 vues

Distance : 70km

Objectif : Terminer

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Mon Saint-Jacques... à cuisses reposées

Mon Saint-Jacques… à cuisses reposées…. je me lance enfin dans ce CR… pour partager cette expérience,  raconter « mon Saint Jacques », faire le point, pour mieux me souvenir… plus tard…

2012 : Le Grand Trail du Saint Jacques fête sa première édition. Je note… je ne me sens pas prête pour une telle distance mais je me dis alors que cette course me fait bien envie pour une première « grande » distance.

2013 : Je suis le live-trail depuis mon IPad. Chirurgie vasculaire de l’artère iliaque en juillet, 2 mois de repos total suivis de  2 mois de reprise progressive : inutile de dire que ça n’est encore pas pour cette année !

3 mars 2014 : Ouverture des inscriptions sur Internet, je clique comme une furieuse sur le « 70 km solo » pour la 3ème édition du « Grand Trail du Saint-Jacques », 27 septembre 2014… j’hérite du dossard 46. Sylvie, ma bichette de course se lance également dans l’aventure : dossard 48.

A l’issue d’une préparation « sérieuse » menée « au mieux », voici venu le temps… de se confronter à une nouvelle expérience, une sorte « d’aventure » où on ne sait pas bien ce qui va arriver, un genre de « mise en danger » où l’on cherche à tester, à aller aux delà des limites de ce que l’on sait que l’on sait faire… J’ai compilé plusieurs plans, les ai adapté à mes envies (ajouter du VTT), aux contraintes géographiques de mes lieux de vacances. Eh oui, comment faire du dénivelé dans le nord ? ou pire, en Bretagne…  Prépa achevée avec le Trail du Ramequin (29 km -1500D+) à Ambérieu-en-Bugey le 5 septembre en compagnie de GDtrailmusique, mon neveu.

J’avais tout d’abord fait un premier plan de course en 10 heures. Devant les haussements d’épaule et les gentilles moqueries de mon entourage, qui vise plutôt pour moi le « entre 10 et 12 heures »,  je remballe donc mon premier plan de course et j’en refais un « officie »l en 11h30 ainsi qu’ un plan secret en 10h30… en me disant « y zon peut être un peu raison quand même ! ».

J-2 : Hésitation sur le choix des chaussures. Nimbus 15 vs Raidlight R-001. Je lance un appel sur le forum kikourou : réponse sans appel et immédiate de Mamanpat, et Ejouvin : C’est de la grosse piste sur la majeure partie du parcours, ça sera donc les pantoufles (Nimbus 15), ça m’arrange un peu finalement !

L’organisation du week-end par Sylvie est sous contrôle. On part avec Sylvie, passage au Puy pour retirer nos dossards et flâner un peu autour de l’aire d’arrivée sur laquelle on espère tant arriver demain. On file au Domaine du Sauvage à Chanaleilles, où une chambre réservée de longue date nous attend. Nos maris démarrent dans la soirée pour nous rejoindre après le boulot pour diner ensemble.

Soirée agréable partagée avec des randonneurs encore nombreux sur le Chemin de Compostelle à cette période de l’année. Personne ne semble être au courant du débarquement des quelque 300 coureurs prévus au départ. Au menu : Soupe, potée (j’évite le chou quand même…), yaourt et pomme cuite. Au lit à 21h30 fin naze… la semaine a été dure.

Au sortir du lit, je me retrouve nez-à-nez avec une petite tribu de pas fatigués tout juste arrivés du Puy et presque prêts à repartir dans l’autre sens, j’ai nommé Taldius, will36 et leurs acolytes. Cela me permet de relativiser tout de suite sur le temps d’effort que je me sens prête à consentir pour FINIR ce trail de 71,3km… ce qui est l’objectif du jour.

Le domaine du Sauvage offre un paysage époustouflant, au bout d’une longue piste en terre, au milieu de rien, la  journée s’annonce radieuse, grand soleil, la température frôle les 8°C au petit matin.

Nous voici donc au départ Sylvie et moi de ce nouveau format.  Dernier bisous de nos maroachs (maris et coachs) et photos avant le départ. Je suis déjà dans ma bulle.

1ère partie de course : Profil descendant = Objectif courir car si je ne cours pas là… j’arrive demain.

CP1 - Le villeret d’Apchier  KM8 : 48 mn. Ouhlala, ça serait pas un peut vite ça ?

Les paysages défilent devant mes yeux admiratifs. C’est très vert, très sauvage, très calme, très loin de tout, cela me convient tellement bien.

CP2 – Saugues KM20 : 2h04. Je suis plutôt bien. J’ai un peu mal au ventre et je mets cela sur le compte du petit déjeuner qui tarde à tracer son chemin.

Puis au 30 km, j’aperçois mon mari, Sylvie !!! et son mari Lionel. Mais kesk’elle fait là bon sang ! Sylvie n’est pas au mieux de sa forme aujourd’hui (fracture du nez il y a 1 mois suite à une chute après l’entrainement  = prépa chamboulée + moral dans les chaussettes à gros doutes + nuit blanche et coup de froid la veille au soir = renard & autre dérangement gastrique intempestif au 15ème km puis abandon au 20ème km à Saugues).  Je suis dégoutée. Sylvie est au bord des larmes, tellement déçue de jeter l’éponge si vite… mais ce n’est manifestement pas son jour.

2ème partie de course : c’est là où les choses se compliquent. Ca monte, longtemps, et il va faire chaud !

CP3 - Monistrol d’Allier KM34 : 03h48 de course. Je suis en 152ème position. Il est approximativement 13 heures. Le soleil est au zénith et la chaleur se fait sentir. Je mouille mon buff,  je complète ma poche à eau en vue des 8  km de montée (450D+) jusqu’au ravito de Saint Privat d’Allier où je compte faire une petite pause.

Je constate à cette occasion que je n’ai pas bu beaucoup et qu’il va vite falloir remédier à cela rapidement d’autant que depuis Saugues, les douleurs abdominales deviennent un peu envahissantes, je n’ai pas faim, les barres préparées dans ma cuisine n’ont curieusement pas du tout le même goût… c’est juste impossible à avaler. Cela devient gênant. Merci à Pompot d’avoir sauvé mon plan alimentaire foireux.

CP4 - St-Privat d’Allier KM42 : 05h10. Je suis diablement en avance sur mon plan de course. Je retrouve mon maroach, ma bichette et le sien qui vont suivre toute la course tout de même. Merci à eux. Pause pieds, je dégaine mon berlingot de Nok, il n’y a pas de dégâts apparents, j’en remets une bonne couche quand même : mais mieux vaut prévenir que guérir ! Puis je m’attarde un peu pour picorer quelques tucs, du coca encore et encore, et hop il faut bien vite repartir car il reste encore environ 400D+ sur 5 km environ pour en finir presque avec les 1600 D+ annoncés. Après ça descend…

Je constate avec bonheur que le ventre va mieux mais que mes cuisses couinent depuis ma pause à St-privat.

3ème partie de course : le maître mot est « GERER »

CP5 -  Bains KM54  (on dit bainsse !) 7 heures de course – en 125ème position. Commentaires laissés à mes coachs toujours à mes côtés aux différents CP « Ça commence à être compliqué dans mes cuisses. »

Longues pistes dans la poussière, bordées de champs d’un vert tendre dont les herbes se plient sous un petit vent de face qui annonce la fin d’après-midi. Je m’imagine « ailleurs », mes cuisses me font mal mais je ne leur réponds pas. J’accroche un coureur, il parle aux vaches, je lui demande s’il faut que je me fasse du souci… il sourit, moi aussi…

CP6 -  La roche KM 63 : Je suis remontée à la 104ème place en 8 heures de course. Mon maroach ne m’attend tellement pas que je le surprends par mon arrivée au ravito. Il est 17 heures, c’est l’heure du goûter avec Gégé. Je tiens le bon bout.

Je repars  bras dessus-bras dessous avec Gégé le vétéran avec qui on se donne le rythme depuis Bains. Gégé est une figure : banderolles de soutien, des « allez gégé » au bord des routes… C’est un honneur d’être à ses côtés !

Je ne regarde plus mon GPS depuis belle lurette. Au départ je le consulte un peu et très vite je m’en détache car j’ai le sentiment de mieux profiter de ma course, de courir ou marcher davantage au « feeling » et ça me va mieux. Je m’amuse à me faire des pièges de l’esprit pour lui laisser croire qu’il reste davantage de distance à parcourir alors que je sais qu’il y en a moins, comme pour se faire une bonne surprise. On s’occupe comme on peut…

A l’approche du Puy, on s’engage dans le sentier des chibottes, dans une trace en sous-bois, je commets la faute et c’est la… chute.Déçu Heureusement rien de grave, je suis tombée dans de la terre bien noire, plutôt confortablement. C’est un avertissement qui en vaut deux… je dois être vigilante si près du but.

Je parcoure de longs kilomètres seule, je ne visualise pas exactement l’arrivée au Puy. Les images se succèdent, les marches de la cathédrale, les rues en pavés ronds qui réveillent des crampes dans mes pieds,  les gens inconnus qui vous félicitent, le parc Massot qui approche, le passage sous un pont de pierre, le petit jardin, j’aperçois l’arche d’arrivée, je me lâche dans un court sprint entre les deux barrières.