Récit de la course : Off Brignais - Nîmes à Vélo 2021, par thom de brignais

L'auteur : thom de brignais

La course : Off Brignais - Nîmes à Vélo

Date : 30/6/2021

Lieu : Brignais (Rhône)

Affichage : 477 vues

Distance : 310km

Matos : Vélo gravel, triban rc 120

Objectif : Objectif majeur

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Et pourquoi pas ?

Et pourquoi ne pas faire 300 kilomètres à vélo pour aller rejoindre un pote alors qu’il existe des trains depuis déjà des siècles ? Pourquoi faire compliquer alors qu’on peut faire simple ? Voilà les principales questions que je me suis posé durant ce voyage.

Récit Brignais-Nîmes à vélo

 

Pour commencer, je me présente pour ceux qui ne me connaissent pas. Je m’appelle Thomas B et j’ai 17 ans. J’ai eu la bonne (ou mauvaise) idée de me lancer dans un défi un peu fou : faire Brignais, Nîmes à vélo ! Il faut savoir que je ne me suis pas lancé dedans comme ça. J’ai de la chance d’être dans une famille très sportive, et je savais que j’avais les capacités de faire une telle distance. Mais les inconnues étaient multiples : je n’ai jamais fait autant de kilomètres, je ne suis pas majeur, est ce que tout est vraiment sécurisé… ?

C’est donc en étant sur une nationale direction Nîmes, sûrement l’une des plus dangereuses de France, en train de boire du Schwepps sans bulle à cause du manque d’eau, que je me dis que j’ai quand même vécu une belle aventure ! Tout ça a commencé avec un défi à la con lancé avec les potes, et sûrement pour une fierté personnelle, que je me suis dis que pour les grandes vacances je DEVAIS descendre à Nîmes à vélo pour leur prouver que j’y arriverais.

J’ai donc commencé, durant le confinement, à tourner en boucle pendant l’heure de sortie autorisée pour le sport sur mon VTT. J’ai commencé par une sortie de 26km intitulé « Entrainement #1 » pour pouvoir teaser un peu le monde qui me suivait sur Strava. Laurent fut le premier à réagir en me demandant quel était le projet. Je lui réponds, avec un peu de suspens, que c’est une surprise (pour moi aussi puisque je ne sais toujours pas si mes parents seraient d’accord pour me laisser pédaler comme ça pendant 300kms). Je continue donc avec mes sorties d’une heure chaque semaine en attendant la fin du confinement pour pouvoir partir un peu plus loin. Je fais donc ma première trace de mon voyage sur Openrunner à l’aide de Google maps qui me fait passer par toutes les nationales possibles. Je montre donc à mon père, tout fier, le chemin que je prendrais pour faire mon périple. « Il te fait prendre les nationales ?! C’est hyper dangereux ! Mais tu sais, il y a la Via Rhôna qui descend loin. Quand même tu pourrais essayer de voir avec ça ». Bon…il n’a pas dit non.

Après le confinement, les sorties se sont faites plus longues, 50kms, 60kms, et je commençais à devenir accro au vélo. J’ai vu que mes parents prenaient mon projet au sérieux quand à mon anniversaire ils m’ont offert trois paires de lunettes pour le cyclisme. Mon entrainement était simple : une sortie de 50kms minimum chaque week-end, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Seulement un petit problème : petit conflit avec le copain chez qui je devais aller. Je me posais de plus en plus de questions, est ce que ça va se régler ? Est-ce que j’abandonne le projet ? Est-ce que je le fais quand même mais je rentre directement en train ? Bref, malgré ces questionnements je continue mon entrainement. C’est 3 semaines après que je me dis que j’avais eu raison de continuer : le problème était réglé. Parfait !

Les quelques semaines avant le grand départ, j’étais mélangé entre le stress et l’excitation. Le stress pour le bac de français que je dois passer avant de partir, et l’excitation d’être sur le vélo à pédaler pour accomplir ce défi un peu fou. Les semaines avancent, l’écrit de français passe et une pression s’enlève. Aller plus que l’oral ! Je commence à préparer ce dont j’aurais besoin pendant le voyage, je refais la trace que je vais suivre pendant 2 jours sur Openrunner et je commence à voir la logistique. Papa me donne quelques conseils pour bien préparer et comment gérer mon escapade. Mon oral est le 29 et je pars le 30 très tôt le matin. J’expose mon projet aux autres et je leur propose un suivit live sur Garmin. La plupart sont super enthousiastes, certain le sont même sûrement plus que moi !

29 juin 11h : ça y’est, le bac de français est derrière moi ! Je rentre chez moi et je prépare le gros sac qui me servira de valise. Je rentre toutes les adresses mail pour le suivit dans Garmin, je prépare le vélo de route de papa, mets la trace dans ma montre et la met à charger. Mon père est là, derrière moi, pour vérifier que je n’ai rien oublié, et me réexplique encore et encore de ne pas partir trop vite, de bien gérer la nourriture et l’eau et surtout : de bien profiter ! A vos ordres chef !

19h30 : l’heure du repas, papa et maman me réexplique toutes les consignes : un message à chaque pause, au moindre problème j’appel. Le message est bien passé. Je dis sur le ton de la rigolade que « tient je pourrais me faire des pâtes au petit dej demain ». Mon père acquiesce en disant que ce n’est pas une mauvaise idée. Ah ! L’assiette de pâtes est donc prête pour demain matin avec de la crème et du gruyère. Petit check de toutes mes affaires, tout est dans l’ordre, et comme dit papa « Y’a plus qu’à ! ». C’est bien vrai, mais c’est facile dis comme ça. Un lavage de dents et direction le lit assez tôt pour ne pas douiller demain matin. Mais comme avant chaque grand départ avec de l’excitation, le sommeil est difficile et les réveils sont nombreux. Autant dire que la nuit censée être reposante ne l’a pas tellement été…

Jour 1  -  6h du matin - Brignais

            Le réveil sonne…beaucoup trop tôt à mon gout. Ehhhh m... dans quoi est ce que je me suis fourré encore. Je prends les affaires posées sur ma chaise et m’habille en vitesse pour aller prendre mon petit dej. Enfin, mon plat de pâtes quoi. Je savais bien que c’était une mauvaise idée, ça a du mal à passer et ça bourre bien dès le matin. Derniers fignolages et je suis devant la maison avec mon sac de 10 kilos sur le dos et papa et maman qui me souhaitent un bon voyage avec la photo de départ. Je fais les premiers mètres et je me dis : « ça y’es, c’est parti ! ».

Je connais le début du chemin, je me concentre donc sur ma vitesse : 20km/h…ça fait peu quand même ! Je me mets à 27km/h comme j’avais l’habitude sur mes sorties. Je fais les 5 premiers kilomètres et je m’arrête en panique. « Mon portefeuille ! Est-ce que je l’ai pris ?! » Bien sur que oui gros nigaud tu as vérifié une dizaine de fois s’il y était, fait toi un peu confiance ! Les premiers kilomètres sont que du bonheur, il fait frai, c’est globalement descendant, parfait. Bon le début n’est pas hyper sexy non plus, une départementale entre Brignais et Givors…bon attendons le 15ème kilomètres pour être sur la piste cyclable. Loire-sur-Rhône, début de la piste cyclable bien aménagée, j’étais passé ici une première fois avant et c’était franchement sympa. Mais là ! La forêt amazonienne ! Juste un étroit passage entouré de feuilles et d’orties humides. Tu me diras, ça rafraichi, et c’est vrai, mais ça pique les mollets aussi.

Un gars sur un vélo de compet’ me double, et là je me dis « Thomas, il est plus vieux que toi, il se la pète avec son beau vélo, donne-lui une bonne leçon ! ». Grosse erreur jeune padawan, ne jamais se cramer sur si long. Je me réserve donc avec un léger regret de ne pas l’avoir fumé. Mais ce regret à vite fais place à une grande satisfaction quand je le retrouve 5km plus tard assis sur le bord de la piste cyclable à remplacer son pneu crevé. Le karma fait bien les choses quand même ! Je passe en disant bonjour poliment alors qu’au fond de moi j’ai un grand sourire provocateur.

Au bout d’une heure, arrivée à Vienne, les premiers messages des copains commencent à tomber. Auguste : « Alors le centre-ville de Vienne ? », je souris bêtement. Je ne sais pas qui est le plus fou entre moi ou les autres qui se lèvent aussi tôt pour me voir tracer vers Valence. Arrivé à Ampuis, je dépasse enfin la limite de là où je connaissais. Dans un sens, c’était dans ma tête le vrai début de l’aventure. Ça y’est, je suis en territoire inconnu tout seul, en autonomie. Je dévie légèrement du Rhône et me dirige un peu plus dans les champs et la forêt. Je passe dans un bois très sympa, il n’y a personne, juste moi avec un peu de fraicheur sur une piste cyclable parfaitement lisse. C’est à ce moment que je me dis que je n’aurais jamais vu ça si je ne m’étais pas chalengé.

J’ai le sourire, je me sens bien, je regarde un coup ma vitesse : 27km/h. Tant que ça ? Je n’ai pas l’impression d’être à une vitesse phénoménale donc je continu sur cette allure qui me va bien pour l’instant. Je profite du paysage, et je commence mon occupation préférée de pédalage : « décrire tout ce que je vois et me faire un one man show à moi-même…avec un accent du sud ! ». C’est un peu bizarre c’est vrai, mais c’est un moyen très efficace de passer le temps. Après 2h30 tout pile, le 60ème kilomètre tombe. La phrase de papa me revient en tête « n’oublie pas, bien s’alimenter, toutes les 2h30 tu t’arrête et tu fais un petit en-cas ». Je m’arrête donc sur le bord de la Via Rhôna et je sors le sac de petits gâteaux. J’envois un sms aux parents et informe à tout ceux qui me suivent, de mon avancée, que je viens de franchir la barre des 60 kilomètres et que tout va bien. Le temps de manger mon gâteau et d’avaler ma compote, je discute un peu avec les copains qui me disent que je suis un grand malade et que ça les fait bien marrer de me suivre comme ça à distance. C’est vrai que de suivre quelqu’un qui fait du vélo dans son lit ça doit être sympa ! Je range mon sac, envois un sms de départ et j’enfourche de nouveau le vélo. Je fais un rapide calcule dans ma tête, « ok si je continue à cette allure, dans 2h15 je suis à Valence pour pique-niquer, parfait ! ».

Mais 1 kilomètre après avoir recommencé, une petite douleur commence à apparaître au niveau de l’adducteur gauche. Nannnnn…ce n’est pas le moment…Je rejette la faute sur un refroidissement du muscle à cause de la pause. Je ne m’arrête pas mais je ralenti un petit peu la cadence. Mhhh mes estimations seront peut-être à revoir à la baisse du coup. Je dépasse un groupe de jeune qui écoute du rap « de daube » (Aya Nakamoura pour les connaisseurs) ce qui me la met directement en tête. Ohhhh nan c’est pas vrai si je continue les 6h qui reste avec ça dans la tête ça va pas le faire ! J’essaye donc de penser à une autre musique pour changer, qui sera « Serena Williams de Derek Pope ». C’est très bien, ça fera l’affaire.

Cependant au bout de 80 kilomètres un autre problème s’impose, je commence à avoir mal au c….coccyx ! J’essaye de trouver une position confortable en alternant redressé sans les mains et les mains sur le guidon. Je double des familles parties en mode léger, des cyclistes aguerris sur leurs beau vélo tout neuf, des couples en vélo de portage qui se font sûrement la Via Rhôna aussi. Mais qu’est ce que ça circule ! Plus je me rapproche de Valence, plus les gens se font nombreux. C’est pas plus mal, ça change de la monotonie et de la solitude. J’essaye de choper quelqu’un à mon allure pour essayer de discuter un petit peu, mais sois je ne suis pas à la bonne vitesse, sois je me prends des vents à tel point que je me considère comme une éolienne.

Au bout de 100 kilomètres j’arrive enfin à Valence ! Je cherche du regard un coin pour me poser mais pas grand-chose pour le moment. Puis je me rappelle la trace que j’ai faite, je dois passer dans un parc ici, il suffit juste que je continu un peu. Enfin le parc en vue, je suis quand même un peu soulagé, la fringale commence à arriver. Je me pose sur un banc, pose mon sac avec un grand soupire, il commence à se faire sacrément lourd ! Je mange tout en profitant d’une petite vue sur les côtes du Rhône ma foi tout à fait sympathique. Je fais une remarque à moi-même en me disant que c’est un peu mal fréquenté Valence après avoir vu un scooter traverser le parc fond de balle. Couillon. Je mange mon sandwich bien chargé en mayo préparé par mes soins la veille, et ça fait sacrément du bien ! Je prends ma gourde d’eau, c’est la première et elle est remplie à moitié. Mince je n’ai pas assez bu…ça va piquer demain si je ne m’hydrate pas comme il faut. Je la vide et vais la remplir à la fontaine dans le parc, je lance le sms de tout va bien, mince ils ont dû s’inquiéter de ne pas m’avoir vu bouger. J’échange deux trois messages à ma copine qui me remonte un peu le moral et qui me dit que à cette allure la je vais certainement arriver à 15h au camping. Espérons. Je réenfourche mon vélo, aïeuuu ça pique un peu au niveau des fesses ! Je jardine un petit peu pour retrouver le chemin mais une fois dessus je retrouve un rythme à peu près correct.

Les premiers kilomètres se passent bien, les jambes commencent à réclamer un peu de repos mais c’est raisonnable. A la traversé d’un pont, un peu après le départ, je double un père et sa fille qui doivent être en sortie longue vu leurs équipements. Je dépasse, je l’avoue, un peu près du père, ce qui a je pense le don de l’énerver. Il se met donc derrière moi à mon allure pour le mettre la pression. A ce stade-là, la compétition n’est plus d’actualité dans ma tête et mon rythme de croisière est déjà atteint, je reste donc à ma vitesse. Au bout de 10 kilomètres, il se décide enfin à me doubler. J’entends la fille souffler pas mal, mais bon s’ils ne sont pas contents qu’ils y aillent. Je continue donc ma route avec l’accent du sud qui revient pour faire passer le temps.

Après un petit village, j’entends des cyclistes derrières moi, je me décale sur la droite pour les laisser passer, et les deux de tout à l’heure me redépassent ! « On s’est planté de chemin » me dis la fille avec un grand sourire. Mais pas de soucis si quelqu’un veut bien faire la conversation avec moi je suis preneur. Ils adaptent donc leur vitesse à la mienne et la conversation commence doucement. Arrivé à un carrefour, le père commence à prendre à droite, je les interpelle en leur signalant que c’est de l’autre côté, mais ils restent sur leur décision. Comme vous voulez. C’est donc 10 minutes après qu’il me redépasse, le papa d’humeur bougon, avec un rythme soutenu. Je les vois tracer devant sur la longue piste cyclable toute droite (ce qui se résume à ça depuis quelques kilomètres).

Les jambes commencent à fatiguer, je fais deux ou trois tours de pédalier puis je laisse rouler, en laissant reposer les fesses et le bas du dos. Je passe sur une portion non couverte par les arbres et tout d’un coup la chaleur grimpe en flèche. Je sue beaucoup, et j’essaye de compenser en buvant tout mon bidon que j’avais rempli. J’aperçois au loin les deux cyclistes de tout à l’heure arrêtés sur le bas-côté, je les dépasse et ça sera la dernière fois. Le 165ème kilomètre tombe, celui normalement du camping. Mais je me suis bourré 3 ou 4 fois donc il me reste max 1km pour y arriver.

Je commence à voir des mobile-home sur la droite, j’esquisse un sourire de soulagement : « enfin arrivé pour aujourd’hui ! ». Je descends de mon vélo, laisse glisser mon sac de mon épaule et rentre dans la réception. Je suis accueilli par la gérante du camping qui arbore un grand sourire et qui me souhaite la bienvenue au camping. Elle me donne toutes les indications et me donne mon numéro d’emplacement. Je monte rapidement la tente, m’installe et vais me baigner pour enlever toute la poussière de la journée. Je pense que c’était le meilleur bain de toute ma vie ! Le soir au restaurant, je réponds à tous les messages des copains et je passe un appel avec la famille. Ils me félicitent, et me conseillent de bien me reposer ce soir pour pouvoir bien repartir demain. Je rentre dans la tente pour profiter de la grosse nuit qui m’attends, et m… je vais dormir à même le sol je n’ai pas de matelas. Eh bah je crois que la fatigue a pris vite fait le dessus.

Jour 2  -  7h00 - Cruaz

Après avoir dormis comme un loir pendant 9h, la montre sonne pour annoncer la deuxième journée. Le réveil était un peu difficile, mais les étirements d’hier soir ont payé : j’ai aucune douleur dans les jambes ! Le plus dur c’est de réussir à replier la tente tout seul et de tout bien recaser dans le sac et de s’assurer que je n’ai rien oublié. Mission numéro 1 de la journée : trouver une boulangerie pour le petit dej. Je remonte donc sur mon vélo, maiiiis s’il y a bien une chose qui ne pouvait pas être étiré mais qui faisait bien mal, c’est les ischios.

Je traverse le petit village de Cruaz à la recherche de quoi manger, et m’arrête devant une boulangerie. Après un bon petit chausson aux pommes et un pain au chocolat, je me badigeonne de crème et lance le LiveTrack pour tous les copains. Il manque plus qu’à retourner sur la trace et recommencer pour la dernière journée. Les 10 kilomètres se résument assez facilement en somme : une piste cyclable dans les sous-bois avec personne à l’horizon, et la recherche d’une position confortable pour avoir moins mal aux fesses. La journée s’annonce longue si elle continue comme elle a commencé.

Après 30 minutes de pédalage, j’arrive devant la centrale nucléaire deeeee… bonne question ça, c’est laquelle d’ailleurs ? Regarder les impressionnantes cheminée pendant une bonne dizaine de minutes ma fait passer le temps et j’arrive maintenant sur une longue piste goudronnée en plein soleil juste à côté du Rhône. Trouver de quoi occuper son esprit devient de plus en plus difficile. Je regarde souvent le kilométrage pour voir combien il me reste, mais ce n’est pas une bonne idée. Je me redresse un coup pour détendre le dos et la nuque, mais je sens que le pneu arrière commence à vibrer. Ne me dis pas que j’ai crevé c’est la dernière chose que je voudrais qu’il m’arrive ! Je m’arrête, descends du vélo, tâte le pneu arrière. Bah non pourtant il est bien gonflé. Je redonne un petit coup de pompe à l’avant et à l’arrière pour être sûr. Je remonte sur le vélo et recommence à pédaler, mais encore des vibrations. C’est pas possible ! Je regarde attentivement le goudron… mais oui c’est ça qui n’est pas lisse, ce n’est pas le vélo qui a un problème ! (La paranoïa joue un petit peu aussi).

Je quitte le Rhône pour une piste cyclable dans les sous-bois. La route est beaucoup moins bien entretenue et bien moins agréable. Je continue en cherchant toujours une position agréable, mais c’est sans succès. Les kilomètres passent un peu et la piste cyclable devient une route de campagne défoncée. Je m’arrête pour faire une pause et un gars sur un vélo y est aussi. Dans mes pensées, je défais mon sac pour choper les gâteaux et le gars s’approche de moi. Etant très sociable quand je suis fatigué, je ne décroche pas un mot en espérant qu’il ne m’adresse pas la parole. « Bonjouuur ! » (raté). Puis il entame un monologue me disant qu’il adore le vélo, qu’il a fait 30 kilomètres et qu’il était quand même fort dans ça. J’acquiesce en disant que c’est bien, puis viens la question « Et toi tu fais un long trajet ? ». Du plus humblement possible je lui raconte le périple que je suis en train de faire. « Ah », la conversation se termine ici. C’est fou ce que l’amour propre peu faire quand même. Je mange ma compote et mon cake puis réenfourche mon vélo pour une énième fois.

Le temps commence à se faire long, les fesses commencent déjà à réclamer du repos. Arrivé dans une ville qu’on à déjà traversé avec papa et maman pour une course, je passe du côté gauche du Rhône et rentre un peu plus dans les terres. Je ne suis plus sur une piste cyclable, mais sur une route bien lisse. Je regarde les arbres et je me rends compte que j’ai le vent de dos. Parfait ! Je vais pouvoir me redresser et pouvoir un peu accélérer. J’étais à environ 31km/h de moyenne sur des routes de campagnes tout seul, et je retrouve enfin le sourire. Je me fais une remarque à moi-même en me disant que si j’avais eu le vent de face tout le long je n’aurais sûrement pas pu tenir mes plans.

Arrivé vers Orange, je me bourre de chemin pendant suivre encore la Via Rhôna, mais non, c’est ici que je bifurque. Je rebrousse chemin et arrive à l’intersection, euuu… c’est l’autoroute que je dois prendre la. Ah non ! C’est une national qui fait bien penser à une autoroute, mais ça ne l’est pas. Je prie tous les dieux possibles pour ne pas me faire faucher, et m… je me suis encore bourré de chemin. Je rejoins le rond-point et prend une petite route de campagne bien plus sécure que l’autre. J’aperçois au loin la première des deux grosses montées de la journée.

Arrivé en bas de celle-ci elle me paraît quand même bien longue. J’entame, mais pose vite le pied à terre. Je pousse sur 1km et arrive déjà au replat. Oh, déjà ? Bon tant mieux je ne demandais pas plus. Je redescends sur la ville de Bagnole, qui ne s’avère pas très belle d’ailleurs soit dit en passant. Je m’arrête pour pouvoir faire le plein d’eau, ainsi qu’une pause gâteaux croyant que la montée serait juste après. Après avoir pédalé quelques dizaines de kilomètres la fringale se fait sentir, et la montée prévue n’est toujours pas au rendez-vous. Je me lance donc dans la recherche de pizzéria sachant que je n’avais pas de pique-nique.

Au bout d’une bonne demi-heure de recherche sans résultat, je suis contraint de m’arrêter dans un Intermarché vide sur le bord de la route. 1 paquet de chip’, 2 sandwichs triangles, un taboulé et un Schwepps pour 5€ c’est raisonnable. La caissière me rend la monnaie avec un fort accent du sud. Oh ouiii ! Je vais pouvoir reprendre mon occupation préférée dans le pays de la tapenade ! Au moment de repartir, je rappuie sur le bouton de ma montre, mais elle ne veut pas. Petit coup de stress au bout de 5 minutes quand je la vois buguer sans vouloir relancer. Si je perds la trace à cause de ça je pète un câble ! C’est deux minutes plus tard qu’elle veut enfin me remettre sur le parcourt et m’indiquer le chemin de la délivrance. Ouf ! Je repars donc plus tranquillement en direction de la fameuse montée. Les kilomètres défilent sans que je le vois et je commence à apercevoir les panneaux indiquant Nîmes.

La route se fait plus dangereuse, les voitures vont fond de balle sur la route et la piste cyclable… n’en parlons pas. J’ai soif, mais j’ai déjà fini une première gourde d’eau, il ne me reste qu’une seule remplie à moitié de Schwepps. Un quart d’heure après, j’ai la gorge tellement sèche que je m’arrête à l’ombre d’un pin pour boire le peu qu’il me reste. Je me fais une remise en question de 10 minutes, puis me convainc de continuer parce qu’il reste plus grand-chose et que je veux prouver aux autres que je peux le faire sans avoir besoin d’aide. Une fois arrivé dans Nîmes, je commence à reconnaître, et à me repérer. Il ne manque plus qu’une seule étape : Vergèze, le but ultime du voyage.

Chaque kilomètre me rapproche un peu plus de l’objectif. Comme dirait Laurent « On n’a jamais été aussi proche ! ». Au détour d’un patelin, je passe dans un chemin en terre, où je me rendrais compte plus tard que c’est ici que j’ai dû perdre un bidon d’eau. Après 20 minutes, j’aperçois enfin la maison du copain. Je ne suis pas encore arrivé que ma montre ne s’arrête pas de vibrer « Bravo !», « Félicitation !».

Jour 2- 15h50 - Vergèze

J’arrive devant la maison, je pose le pied à terre, ça y’es. J’y suis arrivé ! Je n’arrive pas à croire moi-même de ce que je viens d’accomplir. Sur le moment, je me dis qu’à tout moment je peux me réveiller dans la tente pour refaire ce que je viens de finir. Mais non, je suis là, bien vivant.

Au moment où je raconte mon périple, je me dis que si c’était à refaire, j’y retournerais avec beaucoup de plaisir. C’est une expérience que je n’oublierais pas de sitôt, que je raconterais à mes enfants et petit-enfants, comme si j’avais fait la guerre !

C’est la première fois que je fais un récit, je ne sais pas si c’est une manière correcte de raconter ses expériences. Mais je pense avoir pu transmettre l’essentielle de ce que j’ai pu traverser lors de mon périple. Et je tiens à préciser, mon mental va très bien, je ne suis pas fou !

12 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 09-08-2021 à 23:20:38

Bravo quelle aventure !!!!! imaginez un truc qui parait dingue, se donner les moyens de réussir et le réaliser le jour J. Tu iras loin dans la vie, peut être... jusqu'à Nîmes.

Commentaire de Kirikou69 posté le 10-08-2021 à 03:17:05

Bravo Thom pour cette belle aventure qui en appelle d autres

Commentaire de franck de Brignais posté le 10-08-2021 à 07:33:24

Tes parents ont dû être un peu inquiet... mais ils doivent être fiers de toi !
Bravo pour la préparation, l'aventure...et le récit !!

Commentaire de polosh posté le 10-08-2021 à 09:29:36

Quelle belle aventure, bravo à toi !

Commentaire de Mazouth posté le 10-08-2021 à 11:05:21

C'est bien le genre d'expédition qui vaut le coup de faire un récit, bravo et merci de nous avoir fait partager ces moments au pays de la tapeunadeu cong !

Commentaire de BouBou27 posté le 10-08-2021 à 11:28:54

Bravo pour avoir réaliser ce projet a ton âge !
Beau récit décrivant les joies et les doutes de ce périple.
Bonne continuation

Commentaire de zeze posté le 10-08-2021 à 12:31:17

Alors la bravo......
Beau récit
quelle réussite pour un gars qui s'est bourré 3 ou 4 fois
Bernard

Commentaire de Arclusaz posté le 10-08-2021 à 14:33:50

3 ou 4 cuite à 17 ans, c'est encore raisonnable....

Commentaire de bubulle posté le 10-08-2021 à 12:34:31

Quels inconscients, ces parents, de laisser partir leur rejeton ainsi. Alors que, jusque là, ils l'ont tellement habitué à vivre dans un cocon, à ne pas faire des choses déraisonnables comme courir des nuits entières, passer la nuit dans une voiture pour suivre une course ou tourner en rond dans leur jardin.

Bon, et sinon, le sac à dos de 10kg pour 300km de vélo, quelle est la conclusion ?

En tout cas, la palme possible du récit le plus "jeune" de Kikourou ce qui ne se voit absolument pas dans la qualité de l'écriture...

Commentaire de Arclusaz posté le 10-08-2021 à 14:33:04

pour le récit du plus jeune, il y a la "STL à 16 ans" qui le dépasse de peu.

Mais, la médaille d'argent va probablement aller à Brignais.

Commentaire de chococaro posté le 11-08-2021 à 16:55:48

Génial Thom, j'ai eu beaucoup de plaisir à te suivre. Bravo pour avoir concrétisé ton projet et je me réjouis déjà du prochain.
Bises à toi et pour la récup, plein de chocolat, c'est excellent !

Commentaire de Cheville de Miel posté le 12-08-2021 à 16:17:02

Un chouette récit pour une belle aventure! On en veut encore

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