Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2008, par PaL94

L'auteur : PaL94

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 24/10/2008

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 1604 vues

Distance : 150.1km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

161 autres récits :

Le récit

 LA DIAGO 2 : LA BATAILLE DU BLAIREAU 

Me voici donc stade du Cap Méchant comme je me l’étais promis il y a quatre ans quelques jours après mon arrivée agonisante à la Redoute accompagné d’un Christian tout aussi rincé, compagnon de cette galère qui nous avait éprouvés depuis notre étape à Cilaos jusqu’aux derniers  mètres. 

Marc que j’ai convaincu de nos vitesses différentes et de sa préparation bien meilleure que la mienne ayant pour ma part subi une terrible méforme au printemps, s’élancera lui aussi du stade mais hormis les premiers cent mètres, nous avons convenu de faire route à part et de voir en cours de parcours si l’on doit se rejoindre.  Pour ma part je me faisais peu d’illusions sur ce point sachant ma vitesse de progression limitée et l’efficacité de son passé de montagne. 

Je pouvais donc la tête libre me concentrer sur mon objectif secret et insensé.  En effet non content de revenir affronter une nouvelle fois la Diago,  je m’étais fais le projet fou de l’affronter seul question de vivre pleinement  la galère et de regarder la Diago au fond des yeux, tenter de lui résister et si possible d’y survivre. Pas totalement délirant je savais qu’on ne pouvait vaincre le monstre tout juste lui survivre et que l’affronter signifiait d’y perdre des plumes mais je n’avais pu me résoudre à la prudence et je piaffais d’impatience en attendant le top départ. Un vrai projet de blaireau !

 

  

Ambiance toujours un peu irréelle dans ce stade et nous faisons la queue pour le contrôle des sacs non loin d’un Jalabert serein qui lui aussi vient affronter le monstre. Il ira jusqu’au bout sans ses  coéquipiers pourtant aguerris à l’exercice et prouvant que même s’il s’attendait ‘’a en chier’’, il mérita amplement les applaudissements qui lui furent adressés. Un sacré bonhomme ! 

 Pendant l’heure d’attente je prends un peu de détente assis contre la barrière question de faire tomber un peu la pression et discute avec un suisse qui a fait lui aussi l’UTMB et une fois la Diago et nous échangeons nos impressions sur les deux courses. Je somnole un peu et réfléchi, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour me préparer au mieux, je trimballe même un bâton cueilli pendant mes recos de la semaine dernière pour me servir d’appui dans la descente du Bloc qui m’inquiète. Mais bon tout cela ne sera jamais assez pour ce qui nous attend, je le sais mais quand le vin est tiré…

L’angoisse de l’affrontement me noue un peu les tripes et j’ai encore dans la tête ‘’Miles from nowhere’’ de Cat Stevens qui résonnera durant toute la course étrangement : ‘’Lord my body has been a good friend but I wont need it, when I reach the end’’.   

Ca y est on se prépare, les premiers coureurs mal voyants partent sous nos applaudissements. Chapeau bas faut le faire ! Ca me semble insurmontable ce qu’ils entreprennent. J’attends  et je recommande une dernière fois à Marc que je sais très tonique d’en garder sous le pied pour Mafate pour sa première Diago. Vu le parcours je crois savoir que c’est là que commencera la galère. Hélas je me trompais car la Diago doit avoir une âme et a eu connaissance de mon projet de fou car pour faire bonne mesure elle me réserva son côté obscure alors qu’elle fut clémente (tout est relatif) pour un Pascal Parny qui mérita grandement son succès.  

Ca y

  Top départ donc et ca commence déjà, oublieux de l’expérience de 2004, je pars dans les derniers, question de ne pas m’exciter mais ca sera un mauvais calcul. Les 2,5 Km de plat dans la foule sont avalés tranquillement après un bisou d’adieu à ma blonde cependant malgré  l’heure  (minuit) il fait une chaleur étouffante et je sens que le repas pris pourtant suffisamment tôt a du mal à passer. Je me sens moyen et je me dis que ca commence fort mais comme je sais pourquoi je suis là je me dis que ce n’est que le début. Nous  attaquons maintenant le chemin ceinture et peu de temps après la pluie brouillardeuse fait son apparition. Ca craint car si ca continu la montée au volcan va être laborieuse.  La montée se fait au train et malgré quelques arrêts pour vomir un peu je sens que la forme revient. Arrivée enfin au premier ravito avec un peu de retard sur mon plan de marche mais cela ne m’inquiète pas : il est urgent de ne pas se dépêcher ! Peu de temps après voici le début du chemin qui monte pleine pente : les hostilités vont enfin commencer !  

Y a plus qu’à monter, allons-y !   Néanmoins vu le nombre que nous sommes, les bouchons sont fréquents et nous devons prendre notre mal en patience en attendant que ca reparte. Quelques locaux font les extérieurs mais je n’essaye pas cette année de les suivre ne voulant pas me griller et sachant que je pouvais rattraper après.  Apres pas mal de temps nous sortons de la forêt et débouchons dans la végétation typique du volcan. Je me sens bien et je me dis que nous sommes veinard la pluie promis  pour l’ascension n’est pas au rendez-vous et nous progressons à découvert dans la fraicheur mais au sec.

.

 

 

Passé le Puy Ramond il nous reste encore à atteindre la crête de l’enclos et le ravito de FocFoc mais la pente est moins raide. Néanmoins je commence déjà à doubler quelques paquets de traileurs qui font une pose après cette première grimpette et dont certains commencent à accuser le coup. Je me dis qu’ils ne sont  pas au bout de leur peine.

La progression se fait toujours au train et nous atteignons enfin les premiers replats qui nous permettent d’admirer le panorama du volcan. Des qu’on peut on trottine question d’augmenter la moyenne et c’est ainsi que nous arrivons en petite troupe qui commence déjà à se clairsemer au ravito. 

  La

 

 

 

 

   Pose remplissage poche à eau bien vidée dans l’ascension un coup de coca pour mon estomac et je repas en marquant mon temps sur mon tableau de marche. Ce n’est pas terrible car ne voulant pas me griller j’ai fait la grimpette prudemment mais je me suis fais trop coincé et du coup j’accuse un retard de 1h 45 sur un temps prévu déjà largement prudent.  Je sais que je vais rattraper mais ca fait quand même beaucoup. Ca commence bien ! Heureusement le temps est clément et je repars  directions la route du volcan.   

 

  Traversée de la pleine des sables toujours aussi lunaire et direction vers la grimpette de l’oratoire Ste Therese. Petite photo et on attaque la pente tout va bien. Je suis en pleine possession de mes moyens et j’alterne marche et course toujours en dedans question de ne pas se griller.

Pied du rempart basalte et j’admire la longue procession des traileurs dans le rempart. La chaleur est  maintenant bien présente et au sommet où je salue l’hélicoptère qui nous survole je reprends ma course après le temps perdu. L’oratoire que je photographie l’ayant complètement zappé il y a quatre ans et j’amorce la descente vers le piton Textor. Nous sommes maintenant de plus en plus clairsemés. 

 Je double et je me fais doubler, nous saluons en passant les quelque spectateurs qui nous encouragent en attendant leurs traileurs et c’est dans une  allure soutenue que nous atteignons le ravito suivant.

 Poche à eau, coca, soupe, banane et je marque le temps : j’ai un peu gratté de mon retard mais ne nous affolons pas je sais qu’il en reste et la portion suivante roulante devrait me permettre sans forcer de rattraper encore.Direction Mare à Boue au nom évocateur.  Ca trottine et on continue notre jeu de je te double tu me doubles.  On progresse bien et je me prends à croire stupidement que ca va ne pas se passer trop mal. Lolo qui m’appelle pour prendre de mes nouvelles m’informe que Marc a 1h 30 d’avance ce qui ne m’étonne pas vue sa forme. Les nuages commencent à s’amonceler et la traversée de la plaine des Cafres s‘effectue dans une chaleur humide mais dans un terrain pas trop gras toutefois. Les passages réguliers des échelles de clôtures ponctuent notre traversée et les nuages sont de plus en plus concentrés.  

Traversée de la RN3 et je continue à trottiner vers le prochain ravito. Nous sommes maintenant dans les nuages et l’eau se condense maintenant  sur nos tenues et c’est dans cette espèce de brouillard que j’atteins le ravito de Mare à Boue où je compte faire une petite pose pour bien me restaurer.  Le Régiment du RPIMA nous accueille avec force soupe et cuisses de poulet délicieusement cuites qui me font redemander du rab’ . 

  Je repars enfin du ravito avec seulement 45 mn de retard sur mon plan de marche et en me promettant de lever un peu le pied car il me faut en garder sous la semelle pour Mafate. C’est là que la Diago qui m’avait fait croire à une quelconque clémence avait décidé de corser le jeu. Avant même d’attaquer la montée vers Coteau Maigre, une petite pluie fine fait son apparition et je progresse dans les nuages. Tout à mes rêves de Diago je progresse maintenant suivi d’une féminine qui ne me file le train nous échangeons quelques mots sur la course et sur le temps qui ne m’inquiète pas plus que çà me disant que comme la pluie commence juste cela n’est pas trop conséquent. Grave erreur ! 

 Au fur et à mesure que la pente se précise nous rattrapons quelques traileurs et en croisons même 2 ou 3 qui repartent en sens inverse. Nul besoin de leur demander si cela va, leur mine déçue parle pour eux.  Désolé les gars.  Plus ca va et moins ça, le terrain devient gras et il nous faut éviter les racines et les pierres trop lisses sur lesquels nos semelles embourbées  dérapent et rendent la progression plus difficile. Le gore-tex réenfilé depuis longtemps me tient au chaud et au sec et nous sommes loin maintenant des températures idylliques de la côte. Ca devient carrément le Bronx.

Dans les nuages et une visibilité réduite je continue ma progression imperturbable et ma féminine toujours accrochée à mes basques ne parle plus. Elle me rassure elle suit mais ce n’est pas la joie. Cà et là nous doublons  des traileurs assis à se restaurer ou simplement reprenant leur souffle.  Certains sont blancs comme neige et je les plains intérieurement car ils ne sont pas à la fête.  Et moi qui me disais que la Diago ne commençait réellement qu’à Cilaos elle me montre qu’il n’en n’est rien et la progression vers Kerveguen devient dantesque. Un rapide coup d’œil à mon plan de marche me confirme qu’on est plus dans la normale. C’est de pire en pire il faut une attention de tous les instants pour ajuster son placement de pied, choisir la bonne pierre sur laquelle grimper, les chaussures sont maintenant méconnaissables et ca ne s’améliore pas.  Ma féminine sur un replat me laisse pour se faire une pause bien méritée. Elle a bien progressé mais elle sent que ca commence à faire trop. Apres un adieu rapide je continue ma progression, soucieux d’arriver et de repartir de Cilaos avant la nuit.   Mais pour cela il faut atteindre Kerveguen et ensuite le refuge du Piton des Neiges. 

Je progresse seul maintenant rattrape quelques traileurs me fait doubler par d’autres, en croise beaucoup d’assis dans l’herbe mouillée et leur mine écœurée me renvoie l’image que je dois avoir.  Moi qui voulais regarder la Diago au fond des yeux je suis servi ! Pas sûr que je puisse y résister. Les premiers  doutes s’insinuent traitreusement et il me faut lutter contre eux d’autant que je croise dans une montée un local qui redescend et qui explique à la petite troupe que nous sommes qu’il ne veut pas se taper la descente du Bloc avec ce temps. Ah cette descente raide qui m’inquiète et que je n’ai pu reconnaitre les jours avant. J’ai beau bien avancer  j’ai l’impression de ne pas progresser vite et le temps ne mollit pas. La pluie, la gadoue, le froid , les pierres glissantes tout est là pour nous éprouver mais il ne faut pas lâcher. J’ai l’impression que cela n’en fini pas et pourtant nous ne sommes qu’au début.  Je me dis que je n’abandonnerai pas mais affronter la course seule est plus éprouvant que ce que je pouvais imaginer dans mes pires cauchemars. Et pourtant 2004 n’avait pas été une partie de plaisir loin de là mais là maintenant je suis dans une autre dimension, j’ai voulu voir et comme au poker il me faut payer pour cela. Et cher !  

 Refuge Kerveguen enfin, je n’ai plus l’envie de faire des photos et nous continuons vers la crête après la descente fermée vers la mare à Joseph. A nous maintenant la montée vers la caverne Dufour du nouveau par rapport à 2004. Du nouveau pour le parcours mais pour le terrain ce n’est pas mieux, c’est toujours dérapant et glissant, le bâton que j’ai sorti plus tôt que prévu apporte un soutien à mon équilibre précaire. Ca monte ça descend et ça n’en finit pas. Il me faudra du temps malgré que je ne lâche rien pour avoir en visuel le gîte. Mais avant d’attaquer la descente tant redoutée il faut redescendre de l’autre côté vers le gîte pour pointer et prendre un ravito bien mérité. Un bénévole sous une pluie battante abrité par un malheureux bout de plastic nous indique la direction du contrôle tout en souriant malgré les conditions.  Pointage sous  l’averse et soupe  pour se réchauffer tant bien que mal.    Et ça repart  tout ce qu’on a descendu il faut le remonter et l’on croise des traileurs a la mine abattue qui descendent vers le contrôle. 

 La descente maintenant vers le Bloc bien raide comme prévue et limite glissante. Je trace comme je peux là dedans mais pas assez vite car je me fais pas mal doubler mais  comme je sais qu’il y a pas loin de mille mètres de dénivelé négatif, je ne force pas mon talent soucieux de préserver mes cuissots pour la suite de l’aventure. La descente est raide et on trottine longeant des passages vertigineux d’où ne pouvons apprécier malheureusement la vue,  confiné qu’est le cirque dans la ouate nuageuse. La descente est finalement moins terrible que ce que je m’imaginais mais elle est cependant bien hard. Apres bien des lacets nous débouchons sur le pointage du Bloc où je ne ravitaillerai pas attendant Cilaos pour cela et proche soit disant de 2 km.  Fort de ces indications je trottine jusqu’au stade mais pendant 25 mn ce qui donne une idée de la relativité des distances qu’on nous annonce pendant la course.

 Arrivée dans la pluie au stade où je récupère mon sac de rechange dans la gadoue. Direction les vestiaires où je m’attends à une ambiance glacée. Je trouve une place sur un banc et entreprend de me changer avec précaution tant le sol est maculée de boue.  J’ai le moral dans les chaussettes et un coup d’œil à ma feuille de route m’apprend que j’ai retrouvé l’heure 45 de retard du début. J’opte pour le zap de la douche glacée aux dires des autres concurrents et me change rapidement non sans faire tomber le matériel et les fringues plusieurs fois sur le sol immonde vue l’équilibre précaire du banc et le peu de place que chaque traileur peut prendre dans cet endroit confiné. Je commence à en avoir mare de ce coin et je me presse pour me préparer de manière à partir le plus tôt possible me promettant de faire une escale plus longue à Marla.  Et surtout le Taibit m’attend et avant la ‘’formalité’’ des cascades de Bras Rouge.  

  Dehors les conditions climatiques semblent avoir empiré, ca pleut plein pot, il fait froid, la nuit est tombée.  Départ après un thé chaud et le remplissage de la poche à eau avec près de deux heures de retard sur mon plan de marche. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur et je tire un trait sur le plan de route sachant qu’il n’est plus d’actualité ; tout juste me servira-t-il d’indication pour les étapes suivantes. Je n’en suis plus là, je sais que je rentre maintenant de plein pied dans l’enfer de la Diago, son coté obscur celui qui va tenter de nous détruire et nous faire renoncer.  Je pars donc sous la pluie battante, seul au travers des rues vides en direction des cascades, partie reconnue 3 jours avant. Encore heureux car dans les bas de Cilaos avant d’atteindre la route je ne trouve plus le balisage présent avant et je cornaque quelques traileurs perdus eux aussi dans les chemins gadouilleux.  Arrivée à la route puis l’amorce du chemin où je récupère un bâton plus solide et planqué là lors de ma reco.  La descente ne va pas trop mal et nous arrivons rapidement à la cascade mais on est loin du temps souriant de mardi dernier.

Attaquons maintenant l’ascension et la remontée en yoyo vers le début du sentier Taibit.  Je monte à mon train et double quelques traileurs qui font une pose et accuse le coup. Je ne progresse pas vite mais régulierement tant et si bien qu’au bout d’un moment je traine une troupe derrière moi qui ne veut pas doubler et mettent leur pas dans les miens. Dans les premiers replats tout le paquet me double et je ne réalise toujours pas qu’ils s’économisent en me suivant et que je fais tout le travail à chercher les meilleurs points d’appui. 

Je me retrouve maintenant seul avec deux locaux qui me suivent mais qui ne manifestent pas non plus  le désir de me doubler ou d’accélérer malgré mes interrogations. Je les aide avec mon bâton à passer les gués en équilibre sur les galets glissants.  On progresse comme cela et je ne me laisse pas illusionner par la vue du ravito qui illumine au loin sachant que plus d’une fois nous serons à son niveau pour mieux redescendre après.  En soi la remontée des cascades est une épreuve pour le mental  et les yoyos successifs sont là pour éprouver durement la détermination des traileurs qui peuvent se mettre à douter à l’approche du ravito dernier point avant le Taibit et surtout dernière possibilité raisonnable de rapatriement rapide avant Mafate. 

 Après bien des montées et descentes nous atteignons avec mes deux compères ce ravito si longtemps espéré. Un des deux vient me remercier du bout de conduite pendant que je me restaure et s’informe si je repars dans les 5 mn.  Ayant tiré un trait sur mes objectifs initiaux je l’informe que je compte me reposer un quart d’heure sur un lit avant d’attaquer la grimpette. En 2004 Sergio avait renoncé ici et avait roupillé dans un des lits mis a disposition. Malheureusement j’ai beau cherché dans la nuit pas de lit. Ils ne les ont peut être pas sortis à cause de la pluie toujours présente. Tant pis je repars je ferai une pose à Marla.

J’attaque donc le chemin raide au dessus de la route et j’adopte un rythme régulier seul dans la nuit. Je croise encore quelques traileurs qui renoncent et redescendent vers la route.  Gravissant pas à pas le dénivelé positif, je m’engueule intérieurement de ma prétention. Comment ai-je pu me croire suffisamment solide pour être capable de me confronter seul à la Diago.  Pauvre blaireau, tu as si souvent dis aux autres  qui ne la connaisse pas qu’on ne gagne jamais contre elle et que pour en sortir grandi il faut en sortir diminué tant elle nous prend une part de nous même pour nous autoriser à lui survivre. Ouais et ben t’as l’air malin maintenant t’as voulu en chier et ben t’en chie et ce n’est pas fini. Tu vas même  pas être capable d’aller au bout et maintenant tu vas vers Mafate pourquoi que tu fais pas comme ces traileurs qui redescendent vers le ravito ?  Y a pas de honte, ca arrive à tout le monde un jour ou l’autre.  T’auras pas les moyens ni les cuissots d’aller au bout. 2008 n’est pas une bonne année pour toi, c’est tout. Abandonnes que je te dis et ce soir tu dors dans un lit !   Ah dormir ! C’est vrai que c’est la deuxième nuit blanche et que ca commence à bien tirer sur la machine.  

 J’en étais là de cette polémique intérieure quand j’atteignis le premier replat où comme chaque année des locaux ont improvisé une étape  tisane.   Ces sympathiques iliens nettoient leurs verres avec l’eau ruisselant de la bâche de fortune tendue là pour donner un peu d’abri aux forçats que nous sommes. Ils poussent  la sollicitude jusqu’à prêter quelques tentes pour les plus fatigués d’entre nous qui n’en peuvent plus.  Je les remercie de tant de gentillesse en avalant leur chaude tisane ‘’de grimpette’’ et dont je ne sais toujours pas avec quoi  elle est faite et je me réchauffe 5mn au grand feu qu’ils ont fait mais le quitte rapidement avant de m’habituer.  Tout est trop fait pour éprouver notre volonté de continuer.  

 Reprenons donc notre ascension.  Arrivée au deuxième replat et reprise de l’ascension. Dans mes souvenirs cela me semblait plus court mais il sera dit que chaque mètre sera payé au comptant.  Au fur et à mesure de l’ascension des traileurs viennent s’agglutiner derrière moi  et peu me doublent les autres restant sagement à me filer le train. J’informe mon immédiat suiveur quand nous atteignons le replat avec les pancartes car celui-ci croit être soulagé par la fin du col comme moi il y a quatre ans mais hélas il en reste encore pas mal.   Montées et descentes et nous attaquons la dernière montée raide. Petite satisfaction car avec l’altitude ou peut être un changement de temps,  la pluie a cessé et ce n’est pas du luxe.   Arrivée enfin à ce fichu col et sans pose j’attaque aussitôt la descente vers Marla promesse d’un peu de répit.  

 La Descente est toujours aussi raide mais nous permet de remonter un peu la moyenne.J’aperçois en bas le ravito et c’est rapidement que je le rejoins rassuré par ma vitesse de descente. Bon ! soupe, paté, bananes et je me dirige vers la tente de repos. Devant c’est une étendue de traileurs enroulés dans leur couverture de survie et dormant dans l’herbe. Coup de chance quand j’arrive à l’entrée de la tente un traileur en sort avec deux couvertures et j’en récupère une. Je me trouve un coin tant bien que mal, me déchausse,  enlève mes chaussette pour sécher mes pieds, programme mon téléphone et m’octroie une heure de repos. 

 Quand ca sonne je me mets rapidement sur pied ayant dormi à peine un quart d’heure  mais je me suis reposé les jambes et mes pieds sont secs.  C’est mieux que rien, je m’attendais à sombrer mais l’adrénaline de la course est bien présente et me tiens éveillé. Le niveau de la poche à eau refait je m’élance vers la suite des hostilités, content de voir que les jambes ont retrouvé de leur tonicité.  Direction 3 Roches donc que je ne verrai pas encore de jour. Je suis bien, j’aperçois les étoiles peut être que le mauvais temps va me lâcher les baskets. Je progresse rapidement entre les rochers et sur les sentiers pas trop caillouteux c’est déjà ça de pris.   Le répit fut hélas de courte durée les nuages se reforment déjà et peu à peu le crachin refait son apparition.   Bizarre la mémoire mais j’avais complètement oublié des pans entier de cette portion pourtant présente lors de ma dernière participation. Pas si facile que cela et le dénivelé annoncé sur cette portion est bien présent. Je progresse seul et m’étonne en doublant plusieurs fois deux à trois traileurs couchés sur le coté et illuminés par le faisceau de ma frontale sur leur couverture de survie.  Jamais je n’en ait vu autant pourtant nous ne sommes pas loin de Marla ni de 3 Roches. Je me dis qu’ils devaient être bien rincés pour se coucher dans ces endroits aussi inconfortables. 

Arrivée maintenant à 3 Roches et je manque de me planter sur les gros galets du lit du torrent avant le ravito. Ravitaillement express et traversée des deux gués où mon bâton m’aide bien à passer sans mettre un pied dans l’eau. Pas le moment si je veux garder mes pieds secs, sujets sensibles pour ma progression.  J’attaque maintenant la montée vers roches plates et tout va bien pour l’instant. La pente est là et toujours  Cat Stevens qui me serine ‘’Look up at the mountain I have to climb to reach there. Miles from nowhere, guess I’ll take my time oh yeah, to reach there’’. C’est d’actualité !   

 

     Ma progression  est peu à peu accompagnée par les premières lueurs de l’aube.  Le temps d’un photo du Piton des Neiges qui commence à s’illuminer et je reprends mon ascension vers les crêtes successives. Plus ca va et plus le jour éclaire mon chemin et je fini par abandonner ma frontale peu avant d’attaquer la descente.  Je trottine tranquillement car la fatigue commence à se fait sentir. Je me promets de faire une pause à Roche Plate.  Mon portable se met à sonner et contrairement à Lolo c’est Marc qui est en ligne. Il est à Roche Plate où il se reposait et m’appelle avant de partir. Compte tenu que je suis dans la descente il décide de m’attendre m’informant qu’il est un peu crevé. Moi qui le croyais loin.  Mais d’ici de le revoir je dois finir cette longue descente éprouvante.  Et c’est avec les premiers rayons du soleil que j’aborde enfin le ravito de l’école où je vais souffler un peu.  

 Je retrouve Marc qui ne me semble pas si mal que ça. Après une bonne soupe et quelques tartines de pâté, je prends 20 mn à m’allonger contre le mur   face au soleil  et je m’octroie quelques minutes de sommeil flash.

  Nous repartons enfin vers la portion éprouvant reconnue 10 jours avant et dont je sais qu’elle ne sera pas une sinécure. En chemin Marc me raconte sa course et sa galère dans le Taibit. Il en a bavé et est arrivé à la ramasse à Roche plate où il était arrêté depuis 2 h quand je suis arrivé. Le repos lui a fait du bien mais il regrette de ne pas en avoir pris plus tôt à Cilaos.où il était arrivé 2 heures  avant moi.  Je  lui décris la portion qui nous attend et nous attaquons la montée vers le Bronchard.  A la croix Blanche nous nous engageons sur le chemin Dacerlé qui nous emmène  vers le cimetière et la grande descente raide en escalier jusqu’au guet de la rivière des Galets. Malgré une pose technique, nous progressons rapidement et Marc dévale 20 m devant moi les nombreuses marches. Pas de doute il a retrouvé la forme. Moi j’y vais à mon rythme sachant ce qui nous attend et inquiet d’une douleur qui se réveille sous ma plante de pied droit.   Mes chaussures prises à Cilaos sont les moins confortables et serrent mes pieds gonflés et comme je trimballe mes spartiates sur mon sac à dos, je me promets de les chausser à Grand Place, question de m’aérer les pieds. 

 Plus ca descend et plus il fait chaud. Etouffant même. J’en reviens presque à regretter la pluie de la nuit dernière c’est un comble. Moi qui comptais faire l’ascension de la crête de Calumets dans la fraîcheur c’est râpé.   En attendant la descente rapide n’améliore pas mon dessous de pied et j’ai l’impression qu’un caillou perçant me traverse la semelle.       Traversée du torrent qui descend de Roche Plate en équilibriste et nous continuons vers le deuxième petit gué avant d’attaquer la courte montée dans la chaleur puis la redescente vers le grand gué de la Rivière de Galets. Nous  arrivons dans ce chemin pas mal mouillé par les traileurs successifs et un coup d’œil au tableau de marche m’apprend que nous sommes à peu près dans le temps prévu depuis dernier ravito, preuve que la forme revient et qu’en plein jour on progresse mieux.  

 

Le gué passé nous attaquons la fameuse montée dont je me dis qu’elle a du en éprouver plus d’un avant nous. Bon ben y a plus qu’à mettre un pied devant l’autre et prendre son mal en patience. La chaleur est étouffante et nous cherchons notre souffle dans cette rude ascension.   Les derniers lacets et nous sommes accueillis par quelques bénévoles qui s’enquièrent de notre forme et à qui sur un ton de bravache nous répondons ‘’même pas mal !’’ ca les fait marrer mais comme je leur dis, il faut le dire vite.  Un bénévole avec qui j’échange quelques mots m’apprends que les concurrents du semi qu’il a vus à ce point étaient tous très éprouvés car ils avaient du faire l’ascension aux plus chaudes heures.

Descente maintenant vers grand Place et je laisse Marc me devancer car la douleur est de plus en plus présente et comme en bas c’est le ravito je ne m’en fais pas.

 Arrivée donc à ce ravito sympathique où après quelques coca et tartine de pâté je me pose pour ôter mes chaussures et mes chaussettes pour constater que je n’ai pas d’ampoule apparente mais une logée sous la corne de l’avant du pied et malheureusement pas accessible.  Marc  en a lui, des bien visibles qu’il se fait soigner pendant que je m’aère les pieds au soleil et pique du nez en l’attendant. Les soins effectués sous une  bâche étouffante et alourdie de poches d’eau  nous prouve qu’ici aussi la nuit a été humide. Je chausse mes spartiates et nous repartons d’un bon pied direction Ilet à Bourse. 

La remontée est laborieuse et nous sommes à la peine Marc commence à grommeler et compare la Diago à Bovines sur 150 km. Il commence à avoir un gros coup de mou et je dois dire que je ne suis pas mieux. La galère de la Diago est bien là !  La chaleur suffocante, les kilometres dans les pattes et les pentes successives ralentissent notre allure et nous nous déplaçons comme des zombis sur les chemins pourtant moins caillouteux. Nous endurons les heures sombres de la Diago. Le monstre est là et bien là.  Arrivée à Ilet à Bourse et direction Ilet à Malheur qui pour nous portera pour nous bien son nom.  Grande descente dans la ravine avant la grande remontée de l’autre coté.  Remontée toujours aussi éprouvante et Marc en a marre et parle carrément d’abandonner à Aurère sur un coup de tête, disant qu’il ne se fait plus plaisir et qu’il se traine. Je lui remonte le moral comme je peux et lui démontre que de tout façon il devra aller jusqu’à 2 Bras où je lui promets que nous allons nous faire un petit roupillon d’une heure. Il continue tout en grommelant mais je le sais un peu sanguin et compte qu’il oubliera ces moments de doutes dans peu de temps. C’est vrai que nous ne sommes pas à la fête et ca doit se voir car dans un faux plat nous croisons deux jeunes locaux trottinant rapidement et qui à notre vue se remettent au pas semble-t-il pour ne pas nous dégouter et après nous avoir félicité reprennent leur course des qu’ils ne se sentent plus en vue. Délicate attention qui me fait sourire.  Passage sur la passerelle qui se balance bien et ne soigne pas mon vertige. En dessous un participant à longue mèches  rasta que je croise régulièrement depuis le début  se baigne carrément dans le torrent. Pas frileux le gars !

 

Petite photo de Marc sur la passerelle.  

Remontée vers Aurère et les nuages reviennent en abondance, rafraichissant un peu l’atmosphère. Passé la Plaque malgré tout dans des délais de marche à peu près conformes étonnamment à ma feuille de route, nous atteignons dans un meilleur rythme mais sous une pluie débutante le ravito de l’école d’Aurère. Je rejoins Marc arrivé 5 mn plus tôt preuve qu’il s’est refait la cerise. 

Bon ben après  soupe et pâté et j’échange mes spartiates confortables pour mes pompes de trail qui le sont moins mais protègerons plus efficacement mes pieds de cette pluie de plus en plus abondante.  Redémarrage dans l’humidité et direction 2 Bras, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Marc prends la tête et me distance peu à peu. Je le laisse faire car mon ampoule de dessous de pied ne me lâche pas bien au contraire. De toute façon on se retrouvera au ravito. La descente qui m’apparaissait sur les cartes IGN comme assez raide passe assez bien finalement  et malgré mes douleurs plantaires je constate que mes cuisses répondent bien et que je ne progresse pas si mal que cela. Néanmoins c’est avec 10 minutes après Marc que je rallie le ravito militaire non sans avoir au préalable ‘’gouté’’  les différents passages de gué parfois acrobatiques.  

Apres récupération de mon sac je rejoins Marc sous la tente cantine et m’alloue un généreux plateau repas. Nous faisons le point de la situation, ce n’est pas terrible nous sommes loin des temps que nous comptions mettre. Aussi comme nous ne sommes plus à cela près nous décidons comme convenu de faire un petit somme dans les tentes prévues à cet effet. Pas besoin  de mettre le réveil du téléphone surtout que ma batterie affiche niveau faible,  un planton marque les heures de réveil prévu et me rassure que ce sera fait. Je choisis une tente vide et c’est le grand luxe : les lits pliants militaires qui me rajeunisse et des couvertures chaudes à foison.  Marc me rejoins et nous choisissons nos places au fond de la tente pour ne pas être gênés par la lumière. Je me brasse un peu car j’ai du mal à trouver le sommeil malgré la fatigue et j’envie mon collègue qui a déjà sombré mais finalement je fini par m’endormir pour être réveillé aussitôt me semble-t-il par un traileur qui s’installe à coté de moi. Je l’aperçois  vaguement en contrejour mais le contre jour me semble bien sombre. Je vérifie à ma montre et cela fait une demi heure que nous aurions du être réveillés. Nom d’un chien !  il faut repartir on a presque dormi une heure et demi. Je secoue longuement Marc qui finit par émerger et je commence à me préparer dans le noir. Mon pied me fait toujours souffrir et j’enfile mes coussinets en vitesse  et nous sortons un peu hagards dans le crépuscule. Dernier verre de soupe et après les niveaux refaits nous nous élançons dans l’obscurité. Par pour longtemps car dans ma hâte je n’ai pas pris le temps de me crémer les pieds (où ai-je la tête ?) et je rattrape cet oubli sur le bas côté avant de traverser le gué et d’amorcer la grimpette. 

  La grande montée interminable maintenant vers Dos d’Ane.  Le repos pris nous a bien réussis et Marc mène le train et je le suis précautionneusement car là mon pied me fait horriblement souffrir à chaque pas.  Nous filons néanmoins un bon train mais prudemment compte tenu des balcons vertigineux.  La procession est longue et quelques traileurs en meilleure forme nous doublent sur le chemin étroit. Me rappelant le tracé je visualise notre position mais cela ne m’avance pas à grand-chose. Je pense à cette course qui  nous  occupe et qui est loin d’être finie, je ne pensais vraiment pas que cela se passerai comme cela, ignorant en cela les conseils que je prodiguais aux autres en leur rappelant que la Diago c’est jusqu’à la dernière goutte de sueur et que seuls les derniers 300 mètres sont reposants. Tu parles Charles ! Comme quoi on peux savoir et ne pas tenir compte.   Et pourtant c’est bien vrai tant qu’on ne sera pas au stade il faudra en baver et encore plus que ce que je pense. Néanmoins ces réflexions amères me confortent encore plus dans mon désir d’aller au bout et pour me conforter en cela  ma douleur plantaire commence à s’estomper. L’ampoule a du peut être se percer mais cela fait de moins en moins mal et je peux évoluer plus librement.  Apres la longue traversée suivant la ligne de pente j’attaque maintenant le dernier coup de cul, Marc toujours 10 m devant. Et c’est ainsi un peu essoufflés mais libérés que nous atteignons les dernières marches qui débouchent dans le village et sous les vivas des spectateurs. 

Une bonne chose de faite ca a quand bien tiré sur la machine ! Comme toujours il fait frais de nuit à Dos d’Ane, passage devant le ravito de l’Eglise que nous sauterons pour ne pas perdre de temps. Direction vers le stade. Je suis de plus en plus étonné au fur et à mesure que j’avance car le trajet ne me semble pas correspondre au tracé de la course et je trouve cela plus long que prévu. Quand on est fatigué le moindre doute sur la distance ou le tracé vous taraude et entame un peu plus votre détermination.  C’est la guerre psychologique que nous fait vivre la Diago à chaque instant. Finalement voila le ravito et au dessus j’aperçois les quelques frontales dans la Roche Vert Bouteille.

Bon ! Ravito express soupe chaude et re-soupe re-tartine de pâté et nous repartons vers le dernier gros morceau. Montée vers le petit col, Marc a bien récupéré et sa vitesse ascensionnelle bien meilleure que la mienne le fait me distancer mais il reste néanmoins à portée, marquant le pas de temps en temps pour garder le contact. Nous abordons ainsi le col et commençons notre partie de yoyo sur la crête effilée.  Nous rattrapons ca et là quelques coureurs qui progressent plus lentement. Le bâton qui m’accompagne depuis Bras Rouge me sert plus d’une fois de point d’appui supplémentaire car le sol est humide et glissant. Il n’empêchera  pas une belle gamelle qui me glace le sang car je me suis vue repartir dans la pente comme à Kerveguen en 2004.  Moins périlleux mais j’ai quand même intérêt à faire attention.  Apres une montée raide annoncée pour le piton Bâtard  je me vois la sur la pente descendante mais mes illusions sont de courte durée car j’aperçois au loin le dit piton. Mais avant de monter comme toujours à la Réunion il nous faut descendre sinon cela ne serait pas marrant. Allons y donc malgré ces incurvations de pente, je me prends à rigoler de cette partie de yoyo. Crevé mais je le moral tu ne m’auras pas que je me dis tout seul mais pas trop fort on ne sait jamais elle pourrait entendre. Et elle a entendu ! 

Le road Book ne nous a pas menti la montée qualifiée de sèche pour le Piton m’impose parfois d’y mettre les mains mais je m’en fous je sais que ce sera la dernière grosse grimpette.  Arrivée au sommet nous rattrapons plusieurs paquets de traileurs qui font une pause pour se restaurer et souffler. Nous attaquons maintenant la descente que j’imaginais plus caillouteuse. Je mène maintenant le train car je suis désormais en pleine forme malgré notre troisième nuit blanche bien entamée. Le bâton que nous trainons avec Marc nous permet de nous équilibrer dans cette descente de plus en plus grasse. Nous paierons quand même de quelque gamelles,  le tribu à payer à la pente. C’est ainsi crottés que nous débouchons au Kioske d’Affouche.

  Pas mal la descente et conforme aux prévisions de vitesse.  La soupe qui ponctue nos ravitos est un peu tiède mais nous fait du bien. Les cuisses ont bien chauffé mais ne sont pas douloureuses preuve que notre préparation et notre entrainement étaient adaptés.

Bon on repart et je conseille à Marc de garder son bâton pour la suite, nous traçons sur la route forestière mais sans visibilité car nous sommes dans le brouillard et nos frontales nous font une bulles de lumière car au-delà de 5m on ne voit plus rien. Comme je connais le chemin je ne m’inquiète pas trop du balisage.  J’explique à Marc ce qui nous attend et les différentes petites montée à subir dans la descente globale. Apres 3  km nous empruntons le chemin des lataniers et là c’est pire que je pensais comme quoi  j’ai encore oublié que le pire n’est jamais décevant. La Diago nous réserve encore une portion éprouvante. C’est une vrai patinoire et il faut s’aider des branches pour ne pas passer sa vie par terre. Nous rattrapons ainsi un traileur à bout de nerf qui gueule apres R Chicaud de nous avoir laissé emprunter ce chemin avec la pluie. Je lui explique que ce n’est pas Chicaud , c’est la Diago. C’est comme ça, c’est jusqu’au bout qu’il faut en baver. Ca ne le console pas  et il faut dire que mes explications ne me donnent pas pour autant un meilleur équilibre et pour me le prouver plusieurs gamelles viennent confirmer ce fait. 

 Aussitôt crotté, aussitôt nettoyé par la pluie et le feuillage qui nous glisse dessus.  Néanmoins nous progressons rapidement et doublons ça et là des concurrents. Toute cette gadoue  me fait  rire car je me vois au bout mais je sais que ce ne sera par pour tout de suite. Marc trouve cela interminable et me le dit et je lui explique que tant nous ne verrons pas la station météo et sa boule sur la colline nous ne serons pas proche de Colorado.    Nous doublons toute une équipe qui s’occupe d’un traileur qui a fait un malaise mais nous ne nous attardons pas car tout va bien maintenant pour lui : il est en train de dormir.    Et ça continue mais plus ca va et plus ca va bien. Toujours autant de gadoue mais nous nous sentons bien et nous traçons   avec Marc. Bientôt nous atteignons une portion moins grasse ce qui n’empêche pas une nouvelle gamelle et j’aperçois dans la nuit au loin la colline avec la boule. J’indique à Marc que je photographie dans le chemin, notre position et nous traçons car la voir  ce n’est pas être à coté. Après plusieurs minutes à tracer, nous déboulons enfin près de la station météo.  Il nous faudra encore quelques centaines de mètres pour atteindre le ravito de Colorado. 

Dernier ravito et dernière soupe nous discutons avec les bénévoles sympathiques qui ont passé la nuit là et commencent  un peu à se refroidir.  Nous repartons pour la dernière portion  que je décris  comme étant bien éprouvante pour le moral et qu’il ne faut rien lâcher.  Passée la route que nous avons longée nous attaquons le chemin   puis l’embranchement qu’un concurrent loupera pour se blesser à 3km de l’arrivée. (pas de veine le gars !)  Nous traçons là dedans et rattrapons encore quelques coureurs.  

  

Nous apercevons le stade et j’appelle Lolo pour lui dire que nous serons bientôt là. Tu parles !  Je me suis encore fait avoir pourtant je le sais que quand il n’y en a plus y en a encore et que c’est jusqu’à la dernière goutte mais on se fait tous avoir à un moment.  On trottine tout en s’éloignant de notre objectif  et essayant de ne pas se faire rattraper pas d’autres concurrents qui retrouvent des forces.  Marc constate que c’est vraiment jusqu’au bout et trouve ce chemin  interminable et question de faire une coupure nous entendons nos prénoms avec des bravos : nos nanas sont montées nous rejoindre car depuis que j’ai prévenu il s’est passé pas mal de temps.  

 

Le temps d’un bisou et d’une photo nous repartons à fond car nous apercevons des concurrents qui cherchent à nous rattraper et la compétition c’est aussi jusqu’au  bout.  Après bien des lacets nous débouchons enfin sur le plat et là on se lâche, on courre encore plus vite. Nos nanas sont parties d’un autre côté par un raccourci et je m’étonne de pas les voir et je pense les retrouver à l’entrée du stade.  Ensuite c’est de la pure folie, plus on courre et plus on va vite, nous sommes dans notre bulle côte à côte et nous entrons dans le stade,  perdus dans cette soif d’arrivée tellement que je n’ai pas le temps de voir que ma blonde n’est pas là  (je vais encore me faire engueuler).  Les derniers cent mètres sont avalés comme dans un rêve.  

Ouf nous y voilà enfin ! Une médaille enclume et un tee-shirt, un sac et  un diplôme, la course est finie.  C’est pas trop tôt ! Nous marquons nos temps sur le grand panneau d’arrivée et direction la douche qui ne sera pas du luxe.   

54 h et de pelures je ne pensais vraiment pas mettre cela et pourtant on n’a pas lâché grand-chose mais il est dit que la Diago nous réservera toujours des surprises et laminera toujours nos prévisions. Ca m’apprendra à la provoquer… 

Cela dit ça aurait pu être pire, pas de bobo et peu de courbatures l’entrainement était bon mais cela me laisse un petit gout de déception. Je sais déjà que je reviendrai un jour me coltiner avec le monstre pour réessayer d’améliorer et de lui résister. 

Pour l’heure l’histoire est finie et pas sûr que ce coup ci  j’y ai gagné mes galons de blaireau-ultra-traileur. Mais malgré tout, j’aurais survécu !       

 

  

4 commentaires

Commentaire de Shostag posté le 03-11-2008 à 21:03:00

Merci pour ce long et joli "essai" qui m'a transporté le temps de la lecture dans cette folle diagonale à La Réunion.

Félicitations pour ton abnégation et ta persévérance qui t'auront permis d'aller jusqu'au bout. Un exemple que j'espère pouvoir suivre bientôt.

Commentaire de akunamatata posté le 03-11-2008 à 21:45:00

Bravo, j'y étais vraiment avec toi! Quel talent de conteur.

Commentaire de toto38 posté le 04-11-2008 à 22:05:00

Bravo !! je suis admiratif et ca me titille de la tenter dans quelques années!!

Commentaire de L'Castor Junior posté le 05-11-2008 à 10:02:00

Superbe récit !
Une chose me fascine toujours sur cette course : nous avons tous, selon notre chrono, vécu une course différente, rythmée par la course du soleil.
Merci en tout cas pour l'aventure partagée !

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.18 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !