Récit de la course : Tor des Géants 2019, par marat 3h00 ?

L'auteur : marat 3h00 ?

La course : Tor des Géants

Date : 8/9/2019

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1259 vues

Distance : 353km

Objectif : Objectif majeur

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TOR 2019 : un goût d'inachevé ...

Préambule : je suis nul en informatique, il n’y aura donc pas de photos ni de graphique dans ce CR. Bon, il n’y avait pas beaucoup de photos (une dizaine) mais les graphiques qui illustrait la version excell pour chaque tronçon apportaient un peu de légèrement au pavé ci-dessous. Il m’aurait peut-être fallut 3 mois de plus pour parvenir au résultat souhaité mais comme on me met la pression pour enfin le sortir ce CR, je m’exécute …


 

       C'est au moment de commencer le CR d'une course comme le TOR que l'on s'aperçoit que c'est en fait à une seconde épreuve que l'on doit s'attaquer. Le plus sage étant même de commencer sans tarder si l'on veut se souvenir d'un maximum de choses.

       Je sais que j'ai la plume ni facile ni légère ni humoristique. Lecteur, tu es averti : c'est du lourd, du factuel, bref de l'indigeste qui suit (temps de lecture > à 5h, si vous êtes cpourageux). Et je préviens également que je me suis attelé à écrire un récit sans concession. La réalité du terrain est parfois éloignée des beaux discours policés. C'est le terrain que j'ai essayé de retranscrire en racontant mon aventure, mes ressentis. A postériori, je me suis aperçu de nombre de mes défauts et erreurs.  Il me semble que les mettre à jour peut cependant être bénéfique à celui qui souhaiterait mettre un doigt dans l'engrenage "TOR des géants". Donc, si le TOR fait partie de tes projets, j'espère que tu y trouveras des (r) enseignements. Sinon, au revoir ou bonne sieste !

       Pour ceux qui ne souhaiteraient lire que le récit de la course, allez directement au niveau du titre "la course". L'indigestion devrait en être moins forte … mais elle sera là quand même, vous aurez été prévenu.

       En premier lieu, comment aborder un CR d’une telle envergure quand l'écriture n'est pas -loin s'en faut- ma tasse de thé ?

       Expliquer les choses a toujours constitué une difficulté pour moi. Je sens ce qu'il faut faire, je ressens les impacts sur le résultat mais je ne sais pas toujours dire pourquoi il convient d'emprunter ce chemin plutôt qu'un autre afin d'obtenir ce que l'on souhaite. 

       Je voudrais que ce CR serve de façon factuelle aux prochains participants, qu'il retrace mon cheminement jusqu'à l'épreuve et bien sûr qu'il raconte l'épreuve en elle-même, afin d'y mettre un peu d'action.

       Je me lance et m'excuse par avance pour la lourdeur du style et du propos. Désolé aussi pour l'orthographe, pas sûr d'avoir le courage de relire ce pavé.

       Mon cheminement (je vous ressort tel quel les notes prises depuis un moment … ça date un peu).

       2015

       Septembre 2015 : Maria31 participe au TOR et mon épouse et moi-même décidons de partir depuis Lyon lui faire un coucou surprise au départ. La météo est très humide dès le départ et nous les trouvons bien courageux de s'élancer ainsi pour ce truc de fous de 330Km. Bien content de retrouver la chaleur de la voiture après le départ ! De retour vers la France, nous nous arrêtons à "la thuile" , 1er point de rencontre possible avec tous ces "super-athlètes". Nous sommes surpris du mélange des genres au bout de 3h d'effort. Il y a là bien sûr des coureurs très affutés, mais pas toujours. Et juste derrière, nous encourageons des coureurs que nous ne classerions pas d'emblée dans la catégorie des supers, des costauds, contrairement à ce que nous imaginons indispensable pour faire cette course. Et pire, de trouver certains coureurs pas si éloignés de mon propre gabarit ... 

La course sera finalement arrêtée après 4 jours pour la plupart des coureurs à cause des conditions météo. Maria sera classée 4ème mais sa déception de ne pas avoir été au bout lui fera reprendre un dossard l'année suivante.

       2016

       Au printemps 2016, je propose à Maria ma présence pour réaliser son assistance en fin d'épreuve, son assistance "officielle" ne pouvant aller au bout de l'aventure à ses côtés. Cette assistance aidera certainement à me faire connaitre mieux l'épreuve, ses us et coutumes et ce sera certainement l'occasion de bons moments passés aux côtés d'une amie et de voir la gestion de course d'une top athlète.

       Août 2016 : Au sortir d'une séance de fractionné intensive sous bonne chaleur, je bois de l'eau fraîche et boum ! Choc électrique au cœur ! Les urgences diagnostiquent une fibrillation auriculaire, déclencheur potentiel d'AVC ... 

       2 semaines de traitement + tard, le cardiologue m'annonce que je peux reprendre le sport mais qu'il y a de grandes "chances" que je rechute si je ne change pas ma pratique sportive. A pousser le cœur depuis trop longtemps (j'ai 48 ans), il commence à donner des signes de fatigue. La seule annonce que l'on me fait est qu'il convient de ne plus "monter dans les tours". J'accuse difficilement le coup. 

       Septembre 2016 : Je fais donc un bout d'assistance sur le Tor de Maria31. Ce que je vois donne envie et fait peur en même temps. Mais au bout d'une semaine, c'est bien l'envie et la curiosité qui sont dans ma tête. Le projet parait tellement énorme que c'est en secret que je décide d'étudier le monstre, tout en connaissant la nouvelle donne côté cardiaque …

       Fin Octobre 2016 : Je viens de finir l'étude du monstre "d'après photos et anciens CR Kikourou". Il se détache 2 différents axes : 1 : la théorie, 2 : la réalité de la mise en pratique.

       Axe 1 = la théorie. Les données de base (du TOR et de moi-même ), sans se mettre aucun frein, juste "en théorie". Je rentre les relevés anthropomorphiques de la bête dans l'ordinateur, les miennes, et fais tourner le logiciel "marat 3h00 ? version 2016" : le résultat est un finish potentiel et très théorique autour de 129h.  Bien sûr, cette étude m'amène tout droit à l'axe 2 : ma capacité à mettre en pratique, assortie d'une énorme alerte sur la difficulté de la gestion des aléas. A cela, s'ajoute tout un tas de " ok, tu y vas si ...... " qui sont autant de paramètres à résoudre avant d'entrer dans l'arène. Mais bon, sur le papier, je peux continuer mon étude.

      Axe 2 = La mise en pratique : synthèse grossière de mes barrières à cette folie. Cela m'amène à établir un tableau de gestion des priorités pour lever une à une ces foutues barrières. 

       Impossible de participer à une telle bataille sans avoir réussi à réunir 4 aspects : 1) avoir de la chance au tirage au sort. Je décide de ne pas me prendre la tête tant que le tirage au sort n'est pas fait. Celui-ci est prévu pour fin février, dans 4 mois. Ensuite, il sera toujours temps de s'occuper des 3 autres aspects : 2) être prêt physiquement, 3) avoir préparé son mental à l'affrontement avec moi-même, mes doutes, mes peurs, mes douleurs. 4) avoir peaufiné une / des tactiques afin de limiter les inconnues qui seront de toute façon assez nombreuses. 5) le matériel, qui devra être adapté aux exigences des organisateurs et pouvoir répondre aux conditions changeantes du TOR.

       Pour le mental, 6 mois seront suffisant, j'espère, pour rentrer dans la peau d'un gladiator.

       Pour le matériel, j'ai l'expérience de l'UTMB 2011 (qui date un peu) et je reporte aussi ce point à mars 2017. 

        Reste le côté physique. Y'a du boulot : En + de mon âge (bientôt V2), je pèse 93kg pour 1m80 …S'il y a bien un aspect qui ne peut me faire que du bien, c'est celui de me délester d'un peu de surcharge dès à présent. Je pars sur une base raisonnable d' 1Kg/mois. Si je n'arrive pas à atteindre ce premier objectif, c'est que je ne suis pas motivé suffisamment et qu'il ne sert à rien de se leurrer sur les autres aspects.

       Voici le récit de mon cheminement jusqu' à l'approche de la course :

        Novembre 2016 : Mois difficile mentalement. Je n'arrive pas à trouver ma place dans des changements perso. Des questions existentielles sont mon quotidien et me pompent toute mon énergie. Je ne suis tout simplement pas "là". La rigueur requise côté alimentaire non plus. Le fait d'avoir le TOR en tête permet de ne pas sombrer tout à fait mais ce n’est pas le top. J'ai, malgré tout ça,  commencé à ébaucher une montée en charge (que de l'endurance fondamentale) jusqu'à fin juin, mais rien de super précis pour l'instant. Il s'agit surtout de caler les semaines de repos afin de ne pas trop en faire.

       Décembre 2016 : nouvel épisode de fibrillation cardiaque. Je prends Rdv chez le cardiologue entre les fêtes pour savoir si je peux encore espérer faire du sport … et si oui, sous quelles contraintes. J'en ressors avec une autorisation mais aussi avec des cachets à prendre au plus tôt lors de récidive. Parce que c'est maintenant sûr, le problème va revenir, et de + en + souvent ! De plus, à chaque récidive il faudra arrêter de courir immédiatement et attendre que les cachets fassent effet (entre 3h et 1 jour). Autrement dit, si ça arrive en course, c'est l'abandon quasi assuré.

       2017

       Janvier 2017 : la semaine de congés à la montagne en milieu de mois me fait du bien. Pas au niveau alimentaire où j'en suis à + 2kg encore, mais côté mental, c'est un peu mieux.

       A la veille du début des inscriptions, j'ai encore mes 93kg. Je m'étais fixé (dès octobre) d'être en dessous de 90kg pour avoir le droit de m'inscrire. La semaine à venir va être décisive !

       Février 2017 : à la veille de la clôture des inscriptions,  je n'ai pas atteint les 90Kg mais à 100gr près. Je m'autorise ce petit écart et clique donc sur la pré-inscription.

       27 février 2017 : le tirage au sort n'est pas favorable, comme pour beaucoup. Il va falloir reporter d'1 an. A mon âge, chaque année compte... ! Sinon, reste les dossards solidaires mais vu le prix de l'inscription, il faudrait partir à la chasse aux sponsors (qui miserait sur un vieux gros ?) ou gagner au loto (déjà plus simple). Bref, c'est la démotivation ce soir-là ! Dommage car les prémices d'un semblant de petite forme me picotaient les mollets. Seul avantage, je n'ai pas d'objectif secret à préparer pour cette année et peux donc retourner à mon frigo ...

       Mars - Avril 2017 : je continue la progression de mon entrainement et me suis inscrit en liste d'attente pour le tour du beaufortain mi-juillet. Cependant, ma tête est au TOR lors de mes sorties d'entrainements et le rythme aussi : beaucoup de marche. Presque aucune sortie au-dessus de 7km/h dans les petites collines lyonnaises ! Puis je me bloque le dos, je suppose pour avoir couru avec un torticolis. Résultat : 10 jours d'arrêt. Pas cool et très mauvais pour le régime ... Je recommence à trottiner fin avril. Ça va être chaud pour être bien remis pour le maratrail des gorges de l'Ardèche dans 3 semaines !

       Mai 2017 : mois bof bof : premières chaleurs et j'ai bien subi aux 40km du trail des gorges de l'Ardèche. Comme de + en + souvent quand il fait chaud, ma jambe droite se "bloque" : elle devient une immense crampe : mollet, quadri, ischio, adducteur. Hum ! Le bonheur ! Je sens aussi mon cœur à nouveau au bord de la fibrillation. Combien de temps cela tiendra-t-il ?

       Pour me changer, je lance l'orga d'un gros off dans les collines lyonnaises. Ça permet de passer du temps en réflexion et reco. J'ai un peu oublié le TOR depuis quelques semaines. Est-ce un signe de démotivation ?

       Juin 2017 : début de mois en vacances bien agréables mais la chaleur s'invite et mon cœur n'aime pas ça. L'entrainement est donc considérablement allégé. Le Tor n'occupe plus mes pensées lors de mes runs. En ai-je encore envie ? La fin du mois est plus fun avec l'orga du 1er off "marat'trail du col de la luère" qui se finit comme de coutume par un bien sympathique after.

       Juillet 2017 : En tout début de mois, je prends en main mon problème au cœur et vais voir un nouveau cardiologue … qui m'oriente vers un autre, plus spécialisé sur ma pathologie chez les sportifs. Prochain rdv en septembre. En attendant, je m'attaque à l'Ultra Tour du Beaufortain sans avoir fait beaucoup de grosses sorties depuis 1 an. Je subis, et finis par abandonner grâce à la venue d'orages, juste avant d'être fracassé. Il faudra revenir l'année prochaine si je veux être finisher !

       Août 2017 : je vais en vallée d'Aoste et fais quelques ballades sur des parties du parcours du TOR. Les ballades furent belles et riches d'enseignements.

       Septembre 2017 : J'ai moins l'envie et j'attends la visite chez le rythmologue (spécialiste des arythmies cardiaques) avec impatience. Après consultation, j'ai le choix entre vivre avec un traitement quotidien, une pathologie (fibrillation auriculaire) qui va aller en s'aggravant, un risque de faire un AVC + une limitation du sport en quantité et en qualité d'une part; ou réaliser une opération cardiaque qui pourrait me permettre de ne plus avoir d'épée au-dessus de la tête et de pouvoir continuer le sport d'autre part. Ce n'est pas sans risque (mortalité 3 à 5%) et le taux de réussite oscille entre 50 et 70%. En quelques heures, nous (trottinette et moi) prenons la décision de subir cette opération cardiaque. Ce sera pour mi-novembre. Dans le meilleur des cas, il faudra compter 4 à 5 mois pour recouvrer ses moyens (et normalement, dès le mois de février, je saurais si je suis sur la voie de la guérison, ou non). En attendant, sport limité et pas d'intensité.

       Octobre 2017 : la belle météo permet encore de courir et j'en profite un peu mais ce ne sont presque plus que des petites sorties. Je m'occupe en essayant de mettre à jours mes papiers et en entretenant un maximum la maison en prévision d'éventuels soucis opératoires. C'est une période de flottement, mais heureusement, il reste des bons moments en famille ou avec les amis.

       Novembre 2017 : je cours jusqu'au jour de mon hospitalisation, ça détent ! L'opération s'effectue, j'en ressors (1ère étape validée), le rythmologue est content de lui. Les jours suivants ne sont pas très agréables mais je reçois un grand nombre de gentils messages qui font chaud au cœur. Merci ! Mon rythme cardiaque est monté d'un coup : + 25 puls au repos (70 pour 45 avant) ! Reste maintenant à bien récupérer, en espérant éviter une rechute. Je me suis défini un plan d' "entrainement" avec des étapes lentes et progressives à suivre sur les 6 prochains mois pour augmenter au maximum mes chances de complète guérison.

     Décembre 2017 : la 1ère sortie, une marche, aura duré … 300m : le cardio tape vite et il reste des douleurs à la poitrine. Bref, pas de miracle :  on rentre et on patiente ! La reprise du boulot me fatigue rapidement mais les vacances de fin d'année sont là pour améliorer les choses. J'en profite pour faire 3 sorties marchées d'1h à plat à chaque fois. Le cardio est bien haut mais il reste régulier. Je suis vite essoufflé également.

       2018

       Janvier 2018 : 2 petites sorties en début de mois redonnent l'envie de "pousser" un peu mais je reste sage et marche dès que le cardio atteint 125. Côté poids … les fêtes sont passées par là : 92kg à la pesée. Je termine le mois avec une "grosse" sortie de 2h50 pour ...18km et 600D+. 6,3km/h de moyenne. You hou ! Le compteur indique peu de km mais c'est le prix de la prudence. Il reste 7 mois avant le TOR. J'y crois !

       2018 : Février rime avec fébrilité : ce mois est marqué par les inscriptions et le tirage au sort. Côté entrainement, ça progresse un petit peu mais ce sont encore des sorties bien faciles. Mon autonomie d'alternance course / marche plafonne à 2h avant d'être obligé de marcher partout mais je ne lâche pas le programme prévu. Côté poids, ce n’est pas la joie : encore 500gr de +... 92,5Kg pour 1m80, comment dire ... ce n’est pas le ratio idéal !   Le tirage au sort prévu le 28/02 est avancé au 26 et ... c'est comme d'hab' : pas pris malgré mon coeff... Dépité ! je félicite les chanceux que je connais. Le moral en prend un coup, forcément. 

       Mars 2018 : je commence à me faire une raison. Et si finalement 18 mois étaient plus sage pour préparer cette course après mon opération ? Pas le choix de toute façon. En milieu de mois, je fais une sortie de 11km où je réalise mon premier fractionné. Bon, comment dire, c'est poussif : VMA à ... 12km/h en respectant la FC max que je me suis fixée (150 en ce moment). 

       Avril & Mai : Je n'ai pas le moral ni la pêche, même si, parfois, une sortie représente une belle éclaircie. Je suis "descendu" à 91kg mais c'est sans réel résultat sur la forme.

       Juin 2018, c'est les montagnes russes : en début de mois, je fais une méga crise de crampes lors d'un off kikourou. Ça dure (+d'1h30 à être bloqué) et fait bien mal. La bande qui m'entoure gère bien et la crise commence à s'estomper lorsque les pompiers arrivent. A méditer sur les raisons de ce problème qui prend chaque année un peu plus d'ampleur. La semaine suivante est un revirement total par rapport à la période qui vient de s'écouler : dès le lendemain de cet épisode mémorable, les muscles douloureux, incapable de courir, à peine de marcher ... j'obtiens mon certificat d'aptitude à la compétition auquel je prétends depuis 6 mois et que personne ne voulait me signer à la suite de mon opération. Et tout ça sans aucun test à l'effort ...  Par ailleurs, ma fille apprend sa réussite au concours de 1ère année de médecine, son graal, et ça nous touche beaucoup! Enfin le dimanche, je participe à ma première course depuis longtemps. Le résultat est modeste (je perds 1'/km sur ceux contre qui je luttais habituellement, bien + encore sur les premiers) mais la participation me remet dans les rails de la compétition. Semaine euphorique stoppée brutalement dès le lundi : mon beau-père est diagnostiqué porteur de la maladie de Charcot, dégénérative et incurable.

       Juillet 2018 :  Je concocte une estimation des temps de passage de l'ami Jano qui a été tiré au sort cette année pour le TOR. Il est en grande forme. Je lui donne un tableau de course sur la base de 116h30 (sa demande était à 120h) mais je suis sûr qu'il va aller chercher bien mieux. Réponse dans 40 jours ! De mon côté, un test VMA me confirme que j'ai bien perdu de la vitesse suite à mon problème au cœur : je m'arrache péniblement pour arriver à 14km/h. Je décide donc de renforcer -dans un premier temps- le travail de vitesse au détriment de l'endurance. Je reprendrais ce travail à partir de janvier. Côté perte de poids, ça n'avance pas ! Il ne sert à rien de vouloir minimiser le poids du sac si l'on se s'impose pas à soi-même la même logique. Allez mon gars, il faut savoir ce que tu veux et te motiver ! Le mois se termine à 89Kg. On va dire que ce n'est que le début ... Par ailleurs, je trace les grandes lignes de mon plan d'entrainement "TOR 2019" qui doit me faire passer de "cinquantenaire post opératoire" à "finisher potentiel". C'est loin le TOR 2019 mais la pente à remonter est longue, la progression en aisance cardiaque doit être maitrisée et progressive, la démarche de longue haleine est donc cohérente. Il y aura 12 blocs sur 14 mois. Différents aspects de la course seront travaillés, en fonction de niveau actuel ou supposé et en fonction de la période de l'année. Le début est plutôt destiné à retrouver des habitudes de coureur et les 6 derniers mois seront de + en + axés sur la course elle-même.

       Août 2018 :  Je suis sérieux à l'entrainement et en dehors. Le bloc N°1 me fait entrer mentalement dans la prépa TOR 2019. Le test VMA de cette fin de mois indique une progression quasi nulle (+ 0,1km/h). Il va falloir raccourcir la longueur des accélérations (pour + de vitesse) et travailler le dynamisme de la foulée pour espérer retrouver une certaine amplitude. A 50 ans passé, ce n'est pas évident.  En fin de mois, le poids est à 87,5Kg. Course de reprise N°1 : 9,5Km/250mD+ réalisée à 12,5Km/h

       Septembre 2018 :  Début de mois passé à suivre avec fièvre le TOR. Un suivi tout particulier pour Jano et Kelek, 2 kikous "lyonnais" qui avancent super bien et terminent en 106h et 108h. Une belle météo et des perfs de malades. Une belle gestion et une sacrée expérience pour eux. Ça fait toujours envie quand tout se passe bien ! Ils ont la gentillesse de venir me rendre une petite visite le dimanche après la remise des prix. Le gonflement de leurs jambes 3 jours après être arrivés reste important : "et là, ça a bien dégonflé" disent-ils ... ! outch ! C'est quand même une sacrée aventure ! Est-ce que je suis prêt à subir tout ça ? Le mois se finit sur une note un poil positive : VMA à 14,7km/h (+0,6) et un poids à 87Kg (-0,5). La progression semble arriver. Course de reprise N°2 : 15Km/350mD+ réalisée à 12,9Km/h. Côté cardiaque, tout semble sous contrôle.

       Octobre 2018 :  dédié à maintenir la VMA au-dessus de 14,5 et de rallonger un peu l'autonomie en mode plus cool. La motivation est moins là mais grâce au plan d'entrainement qui m'empêche de me relâcher de trop, le physique est maintenu à peu près. Course de reprise N°3 : 26,5Km/750mD+  réalisée à 11Km/h. Le poids reste bloqué à 87Kg (27 d'IMC). C'est pas si mal que si c'était pire mais moins bien que si c'était mieux !

       Novembre 2018 : début du mois, je me penche sur la construction un peu + "mathématique" de mon plan d'entrainement d'ici 10 mois et le TOR 2019. Comme toujours, je commence par fixer les plages de repos car c'est l'étape la + importante dans un plan d'entrainement . Il ne sert à rien d'être en forme en mars. Pas simple de mettre en musique toutes les contraintes d'une telle course dans 1 plan qui doit forcément tenir compte des rythmes de vie perso et pro. Il faut penser et peser chacun des éléments. Quand et comment travailler pour progresser sur tel ou tel aspect ? Sans oublier le côté prise de plaisir et ne pas attendre la course objectif pour ça. Tellement de choses peuvent arriver en course. Disons que la philosophie sera plutôt de me préparer au mieux, et advienne que pourra en course. Une obligation de moyens, pas une obligation de résultats en quelque sorte. Les cycles d'entrainement de 3 à 5 semaines se succèderont. Pour les cycles de 2019, je tente de quantifier le niveau à atteindre à la fin de chacun d'eux selon 3 critères : VMA, Poids et vitesse à 74% de FCM (sur du plat). Cela permettra soit de se mettre un bon coup de pied au c.. soit de freiner un peu si la forme est trop tôt présente. A chaque fin de cycle, je mettrais une note de 0 à 3. En parallèle, je participe à "Le puy-Firminy" (68km/1500mD+) et je vois bien que si j'ai gagné de la vitesse en délaissant l'endurance, et bien, lorsque le besoin d'endurance se fait sentir, y'a plus grand monde. A méditer ... et retravailler

       Décembre 2018 : je perds un peu de vue le TOR pour cause de fêtes et de repos post LPF. Je suis également bien occupé avec la participation à un groupe de réflexion sur les modifications susceptibles d'être apportées aux parcours de "la Val’ lyonnaise", course proche de la maison. Je perds aussi le combat contre la régulation du poids et remonte à 88kg. Bref, je sais que je vais repartir d'en bas.

       2019

       Janvier 2019 : Mon dos se rappelle à mon bon souvenir et me voilà de nouveau bloqué 1 semaine. J'espère que c'est la dernière fois jusqu'à la fin de l'année ?!? En fin de mois, je termine le 5ème cycle d'entrainement avec une note de 1/3 (seule la VMA est atteinte, même si elle est modeste : 14,3Km/h). Le poids reste désespérément haut avec 88,5Kg. Je vais mettre ça sur mon blocage du dos ...

       Février 2019 : A 10 jours des résultats du tirage au sort, je boucle le 6ème cycle. La note est toujours à 1/3 grâce à la VMA (qui est montée à 14,6). Je ne suis pas trop loin de l'objectif "vitesse à 74%FCM" avec 9,2 Km/h pour un objectif à 9,5. L'écart est sans doute en grande partie dû à mon poids qui ne descend pas (Ah l'hiver... !). Arrivent enfin les résultats du tirage au sort : cette fois c'est bon ! ENFIN !  Bizarrement, les sentiments sont mitigés : content et soulagé d'être enfin accepté mais aussi , et je ne m'y attendais pas, anxieux de ce qui m'attends. La prise de conscience est tardive me direz-vous. C'est vrai mais comme j'ai toujours dit qu'il fallait avoir peur avant un ultra, j'accueille ce sentiment sans trop de pensées négatives. Eh bien oui, la prépa va être longue, dure, et c'est vrai, je ne suis pas certain d'en être capable. C'est cependant un des aimants qui nous attirent dans la pratique de l'ultra : le dépassement de soi, en course comme lors de la montée en pression. Côté com', je n'en parle pas sur kikourou ni autour de moi, afin de ne pas subir une certaine forme de pression psychologique (même si elle se veut amicale). Une bonne partie de mon entourage pense souvent que finir un ultra est presque facile pour moi. Comme si la référence à mon seul UTMB réellement réussit (en 2011, 8 ans déjà) occultait l'ensemble de mes autres tentatives en ultra avortées (GRP2012, UTMB 2013, coursières 2015, UTB 2017). Au final, le score est : Ultra : terminés = 2  abandonnés = 4 ! ...  Je tais donc le projet. Jano, toujours pas sorti de son Tor 2018 a bien vu que j'étais inscrit mais il m'assure de sa discrétion. Aller ! En avant !

       Aspect N°1, le tirage au sort :  check !

       Mars 2019 : Bien sûr, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à la course. La prépa mentale est commencée mais l'épreuve est tellement immense qu'elle en est difficile à cerner. Côté physique, ça avance dans le bon sens mais moins vite qu'espéré. Le retard grandit chaque semaine. Le 7ème cycle se termine au même niveau que le 6ème (1/3). La VMA est montée à 14,75 et le poids est légèrement descendu à 86,6Kg. Avec les premières journées tempérées réapparaissent les crampes. Pas toujours heureusement, mais je vois bien qu'après chaque sortie, lorsque je suis à l'arrêt, les muscles se contractent sous la peau et se crispent parfois. Le mois se termine par un petit off où ces satanées crampes rôdent mais me laissent tranquille. Les OFF, c'est bien aussi lorsqu' ils se finissent debout ... Côté cœur, je surveille mon rythme cardiaque, ça tient pour le moment. J'attends les vraies grosses chaleurs pour confirmer la guérison.

       Avril 2019 : La montée en charge se fait pesante en ce début de mois. Je sais qu'il faut en passer par là si on veut espérer des jours meilleurs mais ce n'est pas simple tous les jours et j'attends à chaque fois les jours de repos avec impatience. Je m'accroche. A partir du milieu du mois, j'entame un cycle au milieu de 2 autres cycles : il s'agit d'enchainer les compétitions (course à pieds ou cyclisme) pour gagner en vélocité avant d'entrer dans la prépa endurance pure. 12 jours de courses en 9 semaines. La 1ère course vélo est assez perturbante : je repars humblement du plus bas de l'échelle catégorielle et je souffre alors que je pensais avoir une petite marge à ce niveau-là. Les années ont passées et les 600km au compteur ne suffisent pas pour dominer le sujet. Va falloir bosser là aussi.  Le 8ème cycle se termine, avec une "note" inchangée : 1/3. La VMA est montée à 14,9 et le poids est légèrement descendu à 85,4Kg mais il reste bien au-dessus de ce qui était espéré.

       Mai 2019 : C'est le mois où l'entrainement se fera en compétition. Le 1er, course de vélo : ce n'est plus ce que c'était et je peine à tenir seul à 35km/h sur du plat … la semaine suivante, je participe aux 112km des coursières des hauts du lyonnais, où je passe à 2 doigts de l'abandon pour cause de crampes. Jano vient à mon secours avec de la sporténine et au bout de 5/6h, cela semble faire son effet. Un bilan final satisfaisant car une belle expérience de gestion des limites et coups de moins bien dans un cadre top. Ensuite, ce sont les 6h de la Sarra à Lyon dans une ambiance festive. L'enchainement  112Km / 6h en une semaine est rude mais la gestion lente du départ permet de passer l'obstacle. La course de vélo du lendemain est réalisée avec les restes, c'est à dire un bon mal de jambes et peu de jus, mais c'était l'objectif de travailler sur la douleur. Reste 10 jours pour peaufiner la prépa vélo avant une course par étapes sur 3 jours en fin de mois qui est mon objectif de l'année côté vélo. Toutes ces courses m'empêchent de bien travailler en course à pieds où la vitesse n'est que peu d'actualité. Le régime est rude et la baisse de poids bien lente. J'en suis maintenant à 84Kg, seulement -4,5Kg depuis le début d'année. Le test VMA réalisé en fin de mois permet pour la 1ère fois d'atteindre 15km/h. Je crois que la progression ne sera plus très élevée avec le travail d'endurance qui m'attend et que je devrais peut-être me contenter de ça.

       Juin 2019 : le début de mois commence sous la chaleur et du coup, je suis rattrapé par les crampes lors de la dernière étape de ma course de vélo cible. Le manque d’entrainement y est aussi pour beaucoup. Résultat décevant donc alors que je pouvais peut-être prétendre l'emporter. Côté cardio, tout s’est bien passé et c'est rassurant même si les efforts sont de courtes durées. Le milieu de mois est programmé "léger" pour récupérer, avant de réattaquer un programme chargé en fin de mois. Dans les faits, il n'y aura pas de fin de mois car je me bloque le dos à nouveau. Et donc à nouveau 10 jours d'arrêt + une reprise en douceur. Vraiment pas cool ce dos. Ça va être une de mes grandes faiblesses pour ce qui m'attend. Du coup, ce cycle N°10 se termine avec un beau 0/3. Je ne me pèse même pas pour ne pas faire trop chuter le moral.

       Cette période marque aussi un virage important dans ma prépa : l'été va être composée de sorties pour la plupart solitaires. J'ai jusqu'ici bénéficier de pas mal de sparring Partner. Outre les quelques OFF kikourou Lyonnais et quelques OFF pour l'assos running de mon travail, beaucoup de sorties ont été réalisées avec principalement Charlotte, Corinne, Guillaume. Tous à votre niveau et avec vos attentes différentes vous avez participé à ma progression. Un grand merci. Quelques sorties ont aussi été réalisées avec Timothée pour parler plan d'entrainement mais j'ai bien vu qu'après les sorties, il venait le plus souvent de simplement terminer son échauffement. Question de cylindrées trop différentes. Merci Timothée.

       Juillet 2019 : le mois commence avec 2 semaines à la montagne, la 1ère semaine en reprise avec trottinette (ma discrète épouse kikoureuse) puis 5 jours à courir seul sur des distances un poil + élevées. Bilan, si je regagne un peu d'endurance, je vois bien que je n'avance plus lorsque le chemin est plat. Je m'arrache sur le KV de la station pour battre mon record (qui s'établit bien modestement à 1h05). Les 2 dernières semaines du mois passées côté océan confirment ma lenteur à plat. Je fractionne donc pas mal pour retrouver de la vitesse ... au détriment du D+ et de l'endurance. Le test Vma de fin de 11ème cycle est en deçà de la cible mais en progression très légère par rapport au N°9. J’en suis maintenant à 15,3 km/h. Je reste sur une évaluation à 0/3 ce qui, je pense, devrait être aussi la note de fin de prépa.  Côté poids, l'éloignement de la maison fait que je ne me pèse pas. Je suis assez sérieux côté repas même si les vacances n'arrangent pas toujours les choses. Le suivi du cœur indique une adaptation conforme aux différents efforts.

       Août 2019 :  En début de mois, j'ai organisé la reco du parcours en 10 jours et me lance pour prendre un maximum d'infos terrain. Malheureusement, mon dos fait des siennes à nouveau et il se coince au matin du 3ème jour : et hop ! retour en France pour 1 semaine au lit. Ce qui constituait à la fois le sommet et le socle de mon entrainement est réduit quasi à néant. Je suis dégouté et fataliste !  

       4 choses principales en ressortent. 1 : je peux oublier d'avoir un corps très bien préparé. 2 : je peux me faire du souci sur la capacité de mon dos à subir l'épreuve. 3 : je peux oublier la perte de poids et la prise de muscles qui auraient dû résulter de cette reco. 4 : il faudra faire sans l'ensemble des infos terrains (montagne et refuges). 

       La tactique devra en tenir compte et ça me navre : je pensais pouvoir me faire plaisir avant la course à préparer une version idéale, innovante et agressive . Il faudra se contenter de versions réalistes, plus ou moins rapides. 

      Après rétablissement, j'essaye de sauver les meubles : 2 jours de montagnes seul puis 2 jours en montagne avec trottinette mais le rythme est un poil lent. Il me reste 2 semaines à occuper. Je décide de clore le côté "chiffré" de ma préparation afin de me plus m'embêter avec ça. Il serait de toute façon dangereux de vouloir rattraper le retard pris. Je finis donc par me peser : 80Kg tout rond. C'est mieux mais j'aurai dû / pu être plus léger.  Du fait de l'absence du gros bloc "montagne" suite à mon problème de dos, je modifie la fin de prépa : réintégration de sorties sur des périodes théoriques de repos, ainsi que les 2 derniers week-ends en montagne.  J'essaye de me rassurer en me basant sur le sentiment que je commence à avoir moins mal aux jambes en montagne au 3ème jour d'effort. Je pousse le concept jusqu'au bout et programme donc 2 sorties la veille et l'avant veille de la course. Risqué, mais ce ne sont pas non plus des grosses sorties. On verra bien ... 

       Au final, j'aurai parcouru 3200 KM pour 110.000mD+   VMA=15,3Km/h

       Aspect N°2, la prépa physique :  check !

       Même si ce n'est qu'à 93% (85% en puissance) , je n'y peux plus rien changer. Je connais certains de mes points faibles : mon dos, mon poids, les crampes qui s'invitent quand elles veulent, ma cheville gauche tordue il y a 3 semaines, mes jambes pas aussi solides et puissantes qu'elles auraient dû l'être. Les pieds ont été tannés, les ongles coupés 1 semaine avant la course puis limés. Les bras ont fait un peu d'altères dont pas mal de mouvements représentant la poussée sur les bâtons. Les abdos ont travaillé, (oui ok, ils ne sont pas encore trop visibles) . Outre les sorties travaillant à peu près tous les aspects de la course à pieds, je suis également allé en salle de fitness pour monter des marches d'escaliers (environ 4500 étages montés sur les 6 premiers mois 2019). Les cheveux ont été coupés courts en cas de froid (éviter de garder des cheveux humides dans ces moment-là). Le régime est arrêté 10 jours avant la course pour ne pas arriver affaiblit. Bien sûr, il n'y a quasi + d'alcool depuis le début de l'été. Enfin, l'été aura compté bien peu de nuits avec un sommeil inférieur à 7h autant pour arriver assez éveillé le jour J que pour laisser au corps la capacité d'encaisser la charge d'entrainement. 

       Tout début septembre 2019 : J'annonce enfin à la kikousphère lyonnaise mon inscription à cette aventure assortie d'un commentaire sur l'irrévocabilité (modèle Lyonnais de promesse non définitive breveté by Arclusaz limited) de faire de ce TOR mon dernier Ultra en cas de réussite. Certains étaient au courant d'autres non et les réactions sont sympas.

       Il est temps de concrétiser les préparatifs, et c'est très long !  Après avoir opté pour une des tactiques préétablie, déterminant ainsi les lieux où je retrouverai trottinette, il faut préparer mon matériel, le matériel de l'assistance, nos road books respectifs, le tout devant répondre à un maximum d'aléas de course et enfin charger la voiture.  La météo est annoncée plutôt clémente, ce qui va me permettre d'utiliser le sac à dos léger, conçut spécialement pour la course pendant les longues soirées de printemps. Le départ de Lyon est prévu le jeudi midi afin de réaliser finalement 3 dernières petites sorties les jours précédents l'épreuve et digérer le voyage ("seulement" 4h de voiture).

        Aspect N°3, la prépa mentale :  on n’est jamais sûr d'être prêt, difficile donc de marquer Check ! Beaucoup de réflexions pendant les très longues sorties d'entrainement muscles la motivation, surtout lorsque les sorties sont terminées en étant bien entamé physiquement 2h avant d'en avoir terminé. Il y a aussi le fait de faire virtuellement la course une fois par mois en temps réel : du dimanche midi au vendredi soir, dès que je le peux, j'imagine où je pourrai en être en étant en course. Non seulement cela permet d'apprendre le parcours mais cela permet surtout de prendre conscience de la longueur de cette course. Il y a aussi la prépa tactique qui, ajoutée à pleins de détails, messages, lectures et vidéos,  jusqu'aux derniers instants, nous font entrer dans la course. A moins que ce ne soit la course qui nous pénètre le cerveau ? Et s'il y a bien un aspect des choses qu'il semble que l'on découvre lors de cette épreuve, c'est de quel bois nous sommes faits.

        Aspect N°4, la prépa tactique : Préalable incontournable à son établissement : se connaitre du mieux possible et ... NE PAS SE MENTIR sur son état d'avant course. Il ne sert à rien de rêver. C'est même plutôt un gage de forte probabilité de rater sa course. Il convient d'être lucide, déjà.

       J'ai longuement peaufiné mes temps de passage jusqu'à la semaine d'avant course, dégageant au final 3 tempos différents 106h, 120h et 130h. Bases de ces timings ? Une hypothétique modélisation mathématique de la fatigue (voir plus loin) et arriver à Courmayeur à un horaire sympa pour l'assistance. En gros, éviter d'arriver à 4h du matin. Les 106h, même s'ils sont basés sur des temps crédibles d'une course idéale, sans blessure ni fatigue excessive, semblent sinon irréels mais au moins très optimiste. C'est le temps canon réalisé par Jano en 2018, donc pas au niveau de mon physique, mais ça fait du bien de rêver. En manipulant les chiffres théoriques et réduisant au mieux les passages de ravito et bases vie, l'espoir de suivre la cadence, au moins au début de course, semble cohérent. Et puis 106h, cela permet aussi de retomber sur -quasi - les mêmes zones d'arrêt qu'avec les bases 120 et 130h. Garder une orga inchangée pour mon assistance, ce serait intéressant. On cible ainsi mieux les lieux de repos sur lesquels il convient de se renseigner. Bien sûr, j'ai une grande incertitude en ce qui concerne ma capacité à tenir ce rythme sur la durée. Les 120h et 130h étant des rythmes plus lents, quasi identiques entre eux, mais avec des temps de repos différents. L'autre avantage à l'élaboration de différentes tactiques étant de passer de l'une à l'autre des versions en cas de défaillance ou blessure, sans trop fracasser le mental ( objectif : terminer, et de jour svp ) ! Dans ma tête, je pars pour suivre le tempo idéal des 106h puis, en fonction de mon retard, la gestion des pauses dodo sera modulée et si besoin, il conviendra de switcher sur le second voir le troisième tempo.

       Autre base importante de ma tactique : ne jamais connaitre mon classement. Je m’éviterai ainsi une surcharge émotionnelle qui pourrait m'amener à faire de mauvais choix comme ne pas me reposer assez par exemple. J'aimerai faire au moins les 4 premiers jours de course sans cette pression, uniquement sur mon ressenti et mes estimations de temps de passage.

       Comme évoqué juste avant, j'ai passé pas mal de temps cet hiver à trouver un modèle mathématique permettant de modéliser la performance sur ce genre d'épreuve. Le résultat obtenu : une «courbe de fatigue" qui m'a semblée assez cohérente dans le sens où l'on y trouve 3 phases principales,  que j'ai décidé de nommer : "euphorie", "endurance" et "chute". Chaque passage d'une phase à l'autre est marqué par une sorte de "seuil bonus", d'une durée limitée, où les capacités ont tendance à remonter un peu, juste avant de plonger dans la phase suivante. Grace à cette courbe, j'espérais optimiser les choix de lieux et de durée des temps de pauses et d'efforts en fonction de l'avancée de la course. 

       Ma base de calcul n'a pas été assez étoffée (3 coureurs) pour en tirer une règle sûre, d'autant moins que je ne savais pas, avant la course, si je répondrais au même modèle de décroissance de la performance que mes cobayes. Disons que cela m'a donné quelques règles à suivre (si j'arrivais à être au départ) dans l'optique de faire au plus court chronométriquement parlant. Il est clair que si l'objectif avait été uniquement de terminer, je n'aurai pas opté pour tout ce travail et serai resté beaucoup plus sage. Mais on ne se refait pas et là, je suis inscrit à une course ... donc autant pousser la réflexion un peu loin.

       Je garde ces calculs pour moi et éventuellement pour quelques proches qui seraient intéressés par mon étude et une participation future à l'épreuve. Il sera d'ailleurs intéressant que je rentre mes propres performances pour donner un peu + de corps à mon étude ...  ou la détruire.

        De cette modélisation j'ai tiré quelques indices et 3 grandes remarques. Seront-elles exactes ? 

       1ère remarque, l'horaire : courir la nuit semble ne dégrader que peu la performance par rapport à la course de jour, et largement moins qu'une mauvaise météo. 

       Mon adaptation à cette remarque : j'ai décidé de ne pas forcément m'attacher à l'horaire de mes pauses dodo mais plutôt à l'état de ma fatigue, tant physique que mentale. Eu égard à la fin de ma prépa tronquée et donc à l'absence d'une version agressive de ma tactique, je me suis "programmé intérieurement" pour une 1ère pause tôt dans la course.  Avec un physique au top, j'aurai certainement passé 3 cols de + sans dormir car le profil nous y encourage. Modération : si vous avez une assistance, cela peut aussi influencer votre choix. Si c'est possible de permettre à vos accompagnants un peu de repos, personne ne se plaindra. 

       2ème remarque, la nutrition : Il semble + efficace de se ravitailler un peu au-dessus de son standard de façon très répétitive plutôt que d'effectuer de bons repas. En gros, + l'apport calorique est "haut" et constant, plus il retarde la perte de performance. Ça semble logique, encore faut-il l'avoir en tête et mieux, l'avoir préparé en amont de l'épreuve. On parle là d'efforts à basse intensité où le système digestif reste en fonctionnement, contrairement aux efforts à haute intensité qui peuvent parfois court-circuiter l'estomac, engendrant des problèmes d'ingestion / digestion.

       Mon adaptation :  Les sacs "nourriture / hydratation" sont chargés en conséquence, me permettant un apport calorique varié et conséquent entre les ravitaillements.

       3ème remarque, la gestion de la fatigue et du cadencement des temps de récupération : il semble moins chronophage de pousser loin le corps avant chaque arrêt dodo, à condition de gagner 1 pause sur l'ensemble de l'épreuve. Le temps perdu dans une avancée à moindre rendement (fatigué quoi) semblant s'avérer moins important que le temps perdu en bases vie. Cette remarque n'est utile que si on joue le chrono. Le grand danger de cette gestion de la fatigue est qu'il ne faut surtout pas passer un certain seuil, où l'on plonge complètement, rendant potentiellement hasardeuse, voir dangereuse, l'avancée du coureur. Le problème pour le coureur étant de savoir où il se situe sur sa propre dégradation alors qu'il est en train de courir et qu'il lui est    donc bien difficile d'être lucide sur son état. Il va falloir se faire confiance ...

      Mon adaptation : je vais jouer avec cette remarque pour m'autoriser à faire des étapes parfois longues mais qui permettent de trouver des conditions de dodo confortable. Et pour réussir l'application des théories sur le terrain, il va falloir se faire confiance, tant dans son physique que dans ses calculs ...

       Par ailleurs, l'avancée chronométrique sera à moduler en fonction de la météo. + il fait chaud et + il faut aller doucement, protéger ses pieds régulièrement et profiter de la nuit pour avancer, privilégiant l'après-midi pour les repos. Inversement s'il y a un passage froid.

       Pour assurer ce registre-là, mes parents ont la responsabilité de me tenir informé quotidiennement de l'évolution météorologique. Il s'agit d'anticiper les passages pluvieux, froids, chaud et/ou de brouillard. C'est une tâche ingrate car réalisée hors du terrain mais importante afin d'adapter le matériel emporté à ce qui arrive et préparer le mental à certains "affrontements". Un grand merci à eux pour leur action continue et le confort que cela m'a procuré durant la course !

       Dernier point concernant la tactique. Là, c'est clairement pour aller au bout du bout de mes habitudes en courses et ne pas renier mes préceptes. Je décide de partir le + possible "devant", au plus près des élites. L'objectif premier étant de subir le moins possible l'habituel bouchon de Dolonne, 2,5Km après le départ. Ce sont des minutes gagnées gratuitement par rapport à quelqu'un qui partirai de l'arrière. Sans compter la bousculade et autres arrêts dans les rues de Courmayeur et en montant la 1ère partie du col de l’Arp. Le risque de ce genre d'opération est de partir trop vite et d'envoyer un message erroné au corps. Sur 15Km, ça passe mais sur un ultra ...

       Aspect N°4, la prépa tactique :  check !

       Aspect N°5, la prépa matériel 

       En voici le détail :

       La base et support du matériel, c'est le sac à dos. Ceux qui me connaissent savent que j'apprécie parfois de partir d'une feuille blanche pour inventer la réponse à un besoin. Le sac à dos fait partie de cette démarche. Partant de la liste du matériel obligatoire, je dessine un sac à dos qui me permette de transporter l'ensemble des choses demandées (et il y en a) dans le + grand confort. J'ai donc dessiné un "sac idéal" où j'ordonne les différentes poches en fonction des probabilités que nous aurons à nous servir dudit matériel obligatoire, du poids de chaque élément (répartition du poids entre avant et arrière) et de mes habitudes. Il faut que je puisse l'utiliser les yeux fermés, sortir les éléments les + courants sans avoir à m'arrêter, être le plus léger et solide possible et pouvoir sortir les produits les + demandés lors de contrôles sans avoir à tout sortir. Il faut également penser aux balises/ puces GPS des organisateurs dont on ne connait pas la taille. 

       J'adapte mes systèmes au gré de mes sorties tests afin d'avoir un sac le + près du corps possible, sans mouvement parasite. Bon, là j'avoue, j'ai passé pas mal d'heure à la couture mais suis satisfait du résultat. Il me semble taillé pour un maximum de possibilités. J’y ajoute l'apport possible en cours de route d'un second petit sac contenant un minimum de linge sec en cas de dodo en refuge, loin du sac base vie et de mon assistance. Le bémol, c'est que les mois passant, la liste du matériel potentiellement obligatoire s'allonge. La liste est identique entre une course de 30km comme le passage Malatra et le TOR des glaciers, supérieur de 100km et très supérieur en altitude à notre TOR. L'orga ne fait aucun distinguo entre les épreuves et cela donnera d'ailleurs des images assez étonnantes de coureurs effectuant le 30km de fin de semaine avec un sac à dos + qu'imposant. Au final, si l'orga décide de nous obliger à tout prendre, mon sac sera devenu un peu court. Et comme ils peuvent décider du changement de matériel obligatoire en cours de course, ça peut devenir un point délicat. Je rajoute donc des élastiques extérieurs au cas où. Heureusement, à 6 jours de la course, la météo s'annonce assez homogène et pas trop mal. Super !

       Et dans ce sac à dos, qu'est-ce qu'il va finalement se glisser ? Et bien le matériel obligatoire minimum des organisateurs + ce qui me semble indispensable pour chaque étape. Tout ou presque est sous plastique en cas de dégradation des conditions météo. 

       A l'avant du sac :

       Matériel obligatoire : 2 couvertures de survie qui servent d'amortisseurs à mes bâtons pliables que je porte verticalement sur la poitrine,  1 sifflet en accroche sac, mon vieux téléphone (accepte à peine les sms) de 38gr et qui tiens 5 jours sans recharge, 1 casquette, 1 gobelet pliable et qq denrées à droite, 2 buffs + 1 coupe-vent léger à gauche.

       Matériel en + : un descriptif des portions avec les horaires de passage attendus avec 1 stylo pour noter où j'en suis. Cela occupe pas mal en course et permet de peaufiner une adaptation de la stratégie, savoir comment gérer sa nourriture, etc.

       2 bouteilles de ST-yorre de 0,5L (avec différents contenus) avec bouchon d'aspiration (pris sur des mini bouteilles de jus de fruits). Elles sont fixées en diagonales à droite et à gauche et sont calées par des élastiques et des poches filets. L'ensemble ne bouge quasiment pas, même plein. Ces bouteilles seront pleines lorsque je serais en montée et vides pour les descentes.

       1 mini lampe (5gr) permettant d'éclairer un minimum mes gestes si j'ai un souci de nuit avec ma frontale. Elle est fixée en haut de l'épaule gauche.

       Dans 1 mini poche à droite : 1 sachet ou 1 tube de sporténine + 1 tube homéopathique d'arnica

       Dans 1 mini poche à gauche : 1 mini tube de nok (pieds) et cétavlon (irritations diverses)

       1 paire de gants fin + 1 paire de gants de station-service + PQ

       1 emballage de brique de jus de fruit 25cl plié permettant de suppléer mon gobelet pliable en cas de perte

       Sur les côtés :

       À droite : la trousse de secours : straps largeur 10cm + mini ciseau + bande de pansement large + anti-diarrhée + échantillons "d'argel 7" + mini brosse à dents + échantillon dentifrice

       À gauche : les frontales : 1 grosse avec 1 batterie de secours + 1 petite avec 1 pile de secours

       Derrière :

       Matériel obligatoire : cartes assurances + poche à eau 2L maxi avec tube protégé par gaine thermique pour limiter les eaux trop froides sur l'estomac. La carte d'identité est dans un insert transparent (donc visible, évitant d'avoir à la chercher en cas de contrôle). Le dossard est dans une pochette plastique qui sera cousue sur un élastique du sac à dos. Cela permettra quand même de mettre des choses volumineuses sur le sac tout en conservant le dossard par-dessus et donc visible par tous.  Pour le reste du matériel à prendre suivant les indications des organisateurs, chaque élément à une poche séparée et adaptée à la juste taille de l'élément pour réduire les ballotements. Les crampons disposent d'une poche spécifique dont j'ai doublé les parois avec de la mousse pour éviter tout problème lié aux pointes. Les crampons ont été eux-mêmes customisés avec des élastiques permettant une installation rapide et ajustée à ma pointure. Ils sont marqués (avant / arrière/droite/gauche) pour une installation sans réflexion trop poussées dans le feu de l'action. J'ai acheté un couteau -obligatoire mais pour faire quoi ?- qui est pliable (moins de place) et en céramique (+ léger et pas de métal en cas d'orage). La corde obligatoire sera un lacet de chaussure.

       Matériel en + : 1 masque d'avion + 2 bouchons oreilles, 1 paire de gants néoprène de plongée en cas de pluie (truc donné par Maria et testé au printemps. Jamais froid !). En cas de pluie par temps chaud, j'ai mes manchons tyvek inversés qui sont mieux que n'importe quels sur gants et ça ne coûte rien. Encore un brevet non déposé !

       Bon, mais le plus gros du matériel n'est pas dans le sac à dos. Il faut préparer tout un ensemble de choses. Avoir une idée de son timing de course aide bien sûr et c'est là-dessus que j'ai basé la préparation de mes sacs.

       A chaque base vie ou lieux de rencontre avec trottinette est associé un sac. Pour chaque préparation, il y a l'aspect vêtements, nourriture, boissons, profil d'étape, petit matériel éventuel (il faut bien renouveler les échantillons), etc. Au sein d'un grand sac plastique, j'ai préparé ce dont j'ai besoin immédiatement + 1 petit sac plastique fermé contenant ce dont je devrais avoir besoin dans la partie qui arrive mais qui ne nécessite pas que je m'en occupe dans l'immédiat (le + souvent nourriture, recharge boisson, sporténine, mouchoirs...). Je sais ainsi que lorsque j'arriverai, je devrais vider mon sac à déchets et ce qui reste éventuellement, ranger directement le petit sac plastique sans regarder ce qu'il y a à l'intérieur puis échanger le contenu restant du grand sac plastique avec ce que j'ai sur moi ou dans le sac à dos.

       A cette préparation basée sur le timing, j'ai ajouté des sacs par catégories, au cas où (maillots longs, cagoules, collants, chaussettes, semelles…) L'objectif étant de ne pas avoir à courir à la voiture assistance si j'ai un besoin spécifique.

       A ce stade, les affaires sont rangées par date de besoin, c’est-à-dire que le matériel obligatoire est dans un grand sac à roulettes nous permettant d'aller à la remise des dossards (avec contrôle du matériel aléatoire les autres années) avec l'ensemble de la liste demandée par les organisateurs + 1 paire de gants Mappa au cas où ceux de station services ne soient pas acceptés, le tout sans trop d'effort. Les affaires seront réorientées une fois que nous aurons récupéré le sac "base vie" auprès de l'orga.

       Peut-être est-il important de préciser que nous avons prévu d'utiliser la voiture comme hôtel avant et après la course et qu'il est important de ne pas mettre le bazard dès le 1er jour …

       Seules les paires de chaussures de rechanges ne sont ni dans le sac "base vie" ni dans les petits sacs d'assistance. Elles sont dans des sacs dans la voiture assistance, sans ordre particulier. J'au prévu 5 étapes et 4 paires de chaussures. Je prévois qu'à chaque pause dodo je reparte avec une nouvelle paire de chaussures. Au besoin, en fin de parcours, je reprendrai la paire qui a fait la 1ère étape et qui aura eu le temps de retrouver un peu de son amorti initial. Une 5ème paire en pointure encore supérieure est prête en cas de gonflement important des pieds.

       Dans ma peur d'avoir oublié quelque chose, je constitue aussi un sac "matériel de secours improbable". Il est destiné à être utilisé par mon assistance si la météo est pourrie de façon prolongée ou s'il m'arrive de dériver complètement dans mes prévisions. L'idée étant de ne pas avoir à faire de lessive ou autre pour mon assistance. Dans le même registre, je glisse une paire de bâtons de ski de fond + 1 bâton pliable de rechange. En course, j'ai l'habitude de ranger mes bâtons sur mon sac à dos avant d'arriver à chaque ravito, ce qui m'évite de les oublier. Mais sur une telle course, je peux tout aussi bien en casser, et pas qu'un ! Et tiens, dans le doute, je rajoute même un grand sac à dos  (plus lourd mais qui a déjà pas mal bourlingué). Je pense à cet instant que je vais finir par vider l'ensemble de mes placards pour rien avec mes tocs «au cas où". Et c'est pas fini !

       Comme je ne suis pas sûr d'apprécier les lits de camps, un matelas de transat est également mis dans le coffre de toit de la voiture. Je constitue également un "sac dodo" où je glisse à nouveau des masques d'avion + bouchons oreilles + 1 casque anti-bruit + 1 oreiller tour de cou + 1 doudoune chaude.

       Il ne faut pas non plus oublier le matériel d'attente (retrait des dossards, départ, à minima) : un siège pliable, 1 combinaison étanche en cas de pluie au départ car je n'ai pas l'intention de poireauter debout indéfiniment, mon dos n'appréciant que modérément la posture statique verticale. 

       Le matériel (de survie ?) de l'assistance n'est pas non plus à négliger car déjà privé de confort le plus souvent, il faut malgré tout assurer un minimum de confort à ceux qui s'oublient à notre profit : matelas, oreiller, nourriture + réchaud, eau, vêtements chauds, édredons, bâche occultant les vitres de la voiture pour être tranquille même en pleine journée,  etc … A cela, il faut ajouter tout le matériel qui va servir à nous suivre : récap horaire + stylos par exemple. J'ai également préparé un road book avec pour chaque étape de mon assistante : 1 feuille pour la route à suivre contenant des plans et des indications de ce qu'elle va trouver sur place (les lieux de course mais aussi ce qui va lui servir : épicerie, restau, camping pour les douches, ...) + 1 feuille avec la proposition d'une ballade pour en profiter quand même un peu si le chrono et la météo sont avec nous.

       Aspect N°5, la prépa matérielle :  check ! 

       Bon ben, si tout est ok, il ne nous reste plus qu'à partir. Un dernier regard sur kikourou et ce sera bon. Tiens, certains annoncent un léger refroidissement et une dégradation possible de la météo. Pas trop cool mais je préfère éviter la trop grosse chaleur.

       Nous entamons notre voyage pour Courmayeur le jeudi midi. 1er arrêt à Séez, juste au-dessus de Bourg St Maurice pour faire une petite randonnée et y dormir dans la voiture. Il y a un bon restau aux spécialités marocaines à Bourg qui nous fait bien envie. Brrrr, c'est vrai que ça s’est singulièrement refroidit. Nous terminons notre sortie assez habillée en nous posant la question des nuits à venir dans la voiture avec ces températures. Ce serait idiot et dommage de prendre froid maintenant !

       En début de semaine, j'avais chassé les promos de dernières minutes pour éventuellement trouver un hôtel à Courmayeur et éviter de passer la nuit pré-course dans la voiture.  J'avais fini par trouver une chambre pour 2 nuits en chambre supérieure au prix d'une seule nuit à l'hôtel "ottoz", sur la commune de Dolonne (comme Jano et Kelek l'an dernier). C'est à 1,3km du départ, 500m du hall des sports où se situe une grande partie des "animations" liées au TOR et correctement noté par les utilisateurs.

       Du coup, me voilà en ce jeudi fin d'après-midi en train de téléphoner à cet hôtel afin de négocier une chambre pour le soir même. Bingo, il y en a une de libre. Ils acceptent même de modifier leur planning afin que nous puissions être dans la même chambre les 2 nuits déjà réservées. Cool ! Nous effectuons immédiatement la route pour Courmayeur et commençons à nous installer dès le soir même au chaud. Entre la confortable place dans la chambre, la température et les super petits déjeuner, nous n'avons pas regretté une seule seconde notre investissement. 

       Le vendredi , nous effectuons une autre randonnée où trottinette découvre la 1ère moitié de la montée au col d’Arp, 1ère bosse de la course. La sortie se termine sous une froide pluie et l'hôtel est retrouvé avec plaisir. Nous jetons un coup d'œil à la météo des prochains jours et la dégradation se confirme. Le froid arrive, peut-être aussi avec de la pluie, voire de la neige en hauteurs. Aucune réaction officielle des organisateurs concernant le matériel à emporter. Ils sont bien capables de nous laisser partir sans rien dire puis de nous imposer l'ensemble du matériel dès le 1er col franchi !

       Nous passons une bonne partie de l'après-midi à parcourir le roadbook que j'ai préparé pour trottinette afin qu'elle s'imprègne des différentes étapes qu'elle va devoir suivre, si tout va bien.  Ça lui permet de rentrer dans la course tout doucement, lui ôtant un peu de pression et à moi, de faire une répétition générale.

      Quand même, cette météo me chiffonne et l'absence de position claire de la part des organisateurs m'interpelle, notamment l'absence de "ou" concernant tous les vêtements chauds "obligatoires" s'ils le décident. Je ne vois pas comment nous pourrions cumuler sur nous 1 veste thermique adaptée jusqu'à -15°c + 1 veste résistante à l'eau (perso la mienne fait les 2 à la fois mais je ne sais pas si tous les commissaires seront d'accord avec ma vision des choses puisque 2 vêtements sont détaillés dans la liste) + 1 pull ML + 1 tenue complète de rechange + 1 "doudoune" + les annexes  : si d'un coup, ils nous obligent à emporter l'ensemble du matos, mon sac risque bien d'être un peu juste. Je sais que, comme certains l'ont écrit, s'il y en a besoin, nous porterons ces vêtements sur nous. Je suis d'accord sur le principe mais pas pour certaines étapes prévues où je dois aussi bien passer à 3300m d'altitude qu'à 300m où il fait considérablement + chaud.

       Dans le doute, je vais chercher mon sac à dos de secours dans la voiture  (+ grand, + confortable, déjà testé sur de longs périples en semi autonomie et qui bénéficie déjà de certaines customisations chronométriquement gagnantes par rapport à sa version commerciale) et prend également la trousse de couture que j'avais pris le soin d'ajouter dans les "au cas où". Inconvénient majeur de ce sac : il n'a pas le kit "2 bouteilles de ST-yorre" sur les côtés et obligerait à gérer l'apport hydrique uniquement avec 1 poche à eau de 2L. Et me voilà le vendredi soir à confectionner sur ce sac de quoi fixer mes bâtons comme ils le sont habituellement (je n'emporte quasi jamais mes bâtons à l'entrainement et si je les prends, ils sont au fond du sac, peu accessibles). J’y ajoute des élastiques à droite et à gauche au cas où.  Il sera bien temps de décider demain, au moment du contrôle des affaires lors du retrait des dossards, de quel sac je m'équipe. Vous l'avez compris, je n'aime pas trop le hasard lorsque je prépare réellement quelque chose ...

       Le samedi matin est consacré à une dernière ballade au-dessus de Courmayeur (pas + de 350m de D+) dont la fin est programmée pour correspondre au début de l'attente pour récupérer les dossards (1h d'avance). Suivant les conseils de Jano, nous avons finalement opté pour être dans les 1ers, pour le cas où une partie de mon matériel serait refusé. Nous nous regroupons à quelque uns, formant ainsi le début d'une file d'attente. 

      Pendant que je me rends à l'hôtel chercher mon énorme sac à roulette, trottinette fait sagement le poireau. A mon retour au centre des sports, je la retrouve dehors. Les organisateurs ont décidé cette année d'attribuer un numéro à chaque personne faisant la queue. Solange a récupéré le N°11, nous permettant ainsi d'être dans les 1ers, théoriquement. L'idée des organisateurs étant qu'à partir de 14h, ils appelleront les concurrents dans l'ordre des numéros. L'intention est louable mais ils ont mal calculé leur coup (en dehors du fait qu'il n'y a pas de panneau indicateur ni de communication préalable) : ils ne dissocient donc pas la file des coureurs ayant déjà un N° et patientant pour entrer dans la salle de remise des dossards d'avec la file des coureurs qui veulent un N°. Du coup, les pavés de bonnes intentions nous retombent dessus et c'est la foire ! tout le monde veut aller au même endroit. Les numérotés arrivent de la droite et veulent monter l'escalier de gauche et les non-numérotés arrivent de la gauche et vont chercher un numéro à droite. Mieux vaut en rire ...

       Enfin, peu après 14h, l'orga commence à laisser monter les 1ers numéros et ceux qui disent qu'ils l'ont perdu, 4 par 4. Lorsque arrive enfin notre tour, je vois le panneau " caution puce 50€ - liquide uniquement". Je me tourne vers Solange et lui demande si elle a ça car moi, je n'ai rien. Ben non, elle n'a pas ça. C'est de ma faute, j'avais lu qu'il fallait 20€ de caution dans le règlement il y a de cela quelques mois mais j'ai zappé ce détail là depuis. Ce serait tellement simple si cela était intégré dans la liste du matériel obligatoire. Je ne suis pas le seul à avoir oublié mais ça ne console pas. Ce qui me console en revanche, c'est que je ne suis pas seul et que l'hôtel est à 7/8mn. Pendant que j'attends le droit d'accéder au sacro-saint temple du dossard, Trottinette fonce à la chambre récupérer quelques billets. Ce n’est pas de l'assistance top niveau ça ?

       Elle revient alors que j'ai réussi à passer le barrage et nous accédons enfin à la salle de remise des dossards. En fait, tout va très vite et seule la carte d'identité est contrôlée cette année. Je me suis trimballé mon gros sac pour rien ... comme la plupart des autres coureurs. On nous remet 3 dossards, fait signer une décharge, donne 1 émetteur à n'allumer qu'au moment du départ contre la caution liquide, le fameux sac des bases vie (bien grand), un sweat gris et hop, dehors !  Que de temps et d'énergie perdue à préparer cette étape !

       L'heure est venue de remplir notre sac à dos et le sac allant de base vie en base vie. Pour ce dernier, et comme il est immense, je tapisse le fond de sacs de vêtements de secours puis ajoute les sacs préparés pour chaque destination. Du coup, il est un peu lourd et je pense aux valeureux bénévoles qui vont maudire l'orga pour avoir à porter tout ça.

       Puis vient le moment du choix du sac à dos. Retour sur les différents sites météo et le site de l'orga dans le cas où ils se soient enfin décidés à clarifier les choses. La météo est de plus en plus froide et humide et l'orga toujours aussi silencieuse. Du coup, je prends rapidement la décision d'assurer et opte pour le grand sac à dos, plus lourd mais garantissant le transport d'une demi bétaillère. Cette décision me fait râler intérieurement en pensant à tout le temps passé à préparer le sac à dos "léger". Comme pour la prépa du matériel obligatoire, que de temps et d'énergie perdue ! Je reste zen car, suite à de nombreux commentaires des récits antérieurs, je me suis bien préparé mentalement à une orga à "l'italienne", à géométrie variable et pas forcément hyper claire. On a tous nos petits questionnements et eux voient ça d'un peu plus loin. Comme dans quelques grandes courses, les organisations manquent d'un conseiller en "bien être du coureur» qui puissent orienter un peu les décisions de la direction de course.

       La soirée se termine dans la détente en lisant un CR étonnant et plein d'humour sur la TDS de truklimb tout en buvant une tisane "nuit calme". Dernière étape avant un investissement physique peu reposant.

                                                                             LA COURSE "

       Le matin tant attendu est là et bizarrement, je n'en ressens aucune pression. Petit déjeuné à 8h45, solide sans être trop copieux. Tout est déjà prêt et à ce stade, il n'est plus l'heure de tergiverser. A 10h, Solange m'emmène au départ et part ensuite garer la voiture dans une rue où le parking est gratuit et qui lui permettra de sortir de Courmayeur en évitant les bouchons pour se rendre à "la thuile", 1er lieu où les coureurs seront visibles.

       Il fait bien frais. Comme espéré, je suis parmi les 1ers (le 1er ?) à patienter sur ce qui sera l'entrée des coureurs lambda dans le sas de départ. Il y a un banc bienvenu et je patiente. Je ne suis pas venu là les mains vides : comme sur certaines courses populaires où le temps d'attente est bien long, j'ai avec moi une combinaison "tyvek" de type "peintre". Je l'enfile afin de ne pas me refroidir. Je ne ressemble en rien à un participant du Tor des géants mais je m'en fous. Comme d'habitude, les sourires moqueurs apparus lorsque j'ai enfilé ma tenue se transforment petits à petits et j'ai droit à quelques pouces levés par des coureurs un brin moins habillés ... et qui finissent par sautiller sur place.

       Vers 10h30, le sas commence à être installé réellement et 15' plus tard, nous pouvons y entrer. Je suis pointé 3ème, et comme certains kikou me le font remarquer par sms, j'aurai au moins fait 1 "podium" au TOR.

       Comme imaginé, je vais me placer contre la rubalise de départ, sur la gauche de la route (c'est la trajectoire la + sûre et la + courte au départ). Là encore, je fais fi des regards moqueurs … et sort un fauteuil pliable.  Me voilà donc bien installé pour attendre le départ. Il ne reste + qu'à détourner la tête à chaque fois qu'un photographe voudra shooter mon anomalie, sortir les boules Quiès lorsque la sono sera mise en route (z'ont des problèmes d'audition par ici non ?) et communiquer par sms avec mon entourage. Solange est à 1m mais nous avons du mal à nous entendre

       Le soleil arrive et permet de quitter la combinaison 30' avant le départ. De là, nous voyons bien les chutes de pluie sur le 1er col, elles n'attendent que le départ pour descendre jusqu'à Courmayeur. Le soleil sera présent pour les photos de départ uniquement.

       10' avant le départ, je me lève et rend le fauteuil à Solange. Un dernier bisou avant le départ et elle va se mettre un peu plus loin dans Courmayeur pour voir les coureurs en mouvement.

       Juste derrière moi se trouvent les 3 plus illustres sénateurs connus sur kikourou ainsi que quelques dossards < à 100 (les dossards des finishers 2018 correspondent à leur classement cette année-là). C'est que notre placement doit être correct ! Nous échangeons quelques mots sans +, mon peu d'expérience me freinant à lancer un échange plus approfondi. 

       Les élites se placent devant nous. Heuuu, ils n'ont pas tous une tête d'élite ces dossards préférentiels et certains dossards > 300 confirment cette impression. Je croyais que pour les 10 ans, il n'y aurait que des personnes ayant gagnées (ou peu s'en faut) la course. Je pense à Maria (3ème femme en 2016) qui s'est vue refusée sa demande d'en faire partie cette année, me semble-t-il au prétexte qu'elle n'avait pas le niveau ... D'ailleurs, je ne crois pas avoir vu de communication sur les favoris cette année. Bon, de toutes façons, il est un peu tard, là, pour y penser. 

        Les speakers s'égosillent depuis un moment avant de nous lâcher enfin. Je ne ressens pas la même émotion que sur un UTMB mais la traversée de la rue centrale de Courmayeur est cependant bien prenante. Au bout, je vois Solange qui a réussi à trouver une zone dégagée. Elle me voit également, ce qui n'est pas forcément simple au milieu des coureurs. Ça fait chaud au cœur de partager ce bref moment !

       A ce moment du récit, je préviens tout le monde : afin de satisfaire d'éventuels futurs participants, je vais mettre en italique mon "descriptif embarqué « de chaque tronçon. En + de ces phrases expliquant ce que le coureur va trouver, j'indique les distances, dénivelés (selon moi) ainsi que mes chronos cumulés (X') sur le tronçon quand je les ai. Les arrêts longs seront déduits afin que chacun puisse imaginer sa propre stratégie sur ces bases - là. Il y a certainement + précis, + exact mais franchement, en course, on n’est pas à quelques mètres / mn près ...

Courmayeur 1223m / Col d'Arp 2571m ( 9,8Km  / +1408 / -60 ) :  2,4Km bitume courable à 80%  (17') puis single bien montant  (56') puis très raide dans prés (1h05) puis gros chemin (1h35) puis à nouveau single classique (2h15) et enfin single en lacets + raides jusqu'au col (2h30) ( Il est 14h30)

       Je pars tranquille dans la rue centrale et dans la descente qui suit. De 30ème sur la ligne de départ, je passe ... pffff, je n’en sais rien mais ça double de partout. Tant pis (ou plutôt tant mieux selon ma philosophie) … la remontée sur Dolonne est faite en marchant. Cela dure 4mn et ce n'est donc pas la minute perdue à ne pas courir (contrairement à ceux qui m'entourent) qui va beaucoup me pénaliser en fin de course. Ce serait plutôt l'inverse. Arrivé au goulot d'étranglement où commence le single, il n'y a pas de bouchon. Hé hé, mon placement sur la ligne a payé ! je fêterai bien ça mais ce qui marque ce passage, c'est surtout l'arrivée de la pluie.

       Cette partie en sous-bois m'est un peu pénible car ça monte bien et mon rythme cardiaque n'est pas encore redescendu au niveau souhaité. Je fais de nombreuses pauses (pipi ou dépassement par pelotons entiers) afin de stabiliser ma FC à un niveau correct bien qu'encore un peu au-dessus de la cible pour le reste de la course. Ce départ un poil "rapide" pour moi est intégré dans ma vision de la course car j'aimerai réaliser la descente du 2ème col juste avant la nuit ce soir. Pour ça, ma marge de manœuvre est faible et je me dois donc de ne pas trop trainer. La petite partie du parcours dans les prés est un peu glissante et je sors les bâtons. Il fait maintenant froid et les gants sont enfilés avec bonheur. Et ça double, et ça double ... 

       Arrivé sur le gros chemin de 4x4, je n'ai plus besoin de me ranger et les vagues de concurrents déferlent les unes après les autres. La pente s'est adoucie. Tiens, le sol a quelques traces de grésil. Le brouillard fait également quelques apparitions. Un peu + haut, nous voyons + loin et c'est beau : la neige a blanchi les montagnes environnantes. Nous ne voyons pas jusqu'au sommet avec ce qu'il tombe mais ça reste sympa et inattendu. Je ne sais pas si des photos du départ du TOR ont déjà eu cet environnement mais ça change de la carte postale "soleil et spectateurs". Il y a bien quelques valeureux qui sont monté avant le départ mais nous les croisons petit à petit alors qu'ils redescendent se mettre au chaud. On ne peut leur en vouloir, ça caille réellement maintenant et la neige a remplacé le grésil. Je suis content de mes temps de passage, légèrement en avance de 4' par rapport à la prévision optimiste.

       Alors que nous retrouvons le single qui va nous emmener au col d'ici 1h, la foule est maintenant moins dense. Je repense à ce que j'avais entendu du niveau sonore de cette 1ère montée : "tu verras, tout le monde parle avec tout le monde, les Italiens font un bruit énorme, etc" . Il n'en est rien. La neige et le froid ont saisis les plus expansifs, il n'y a que très peu d'échanges, comme si tout le monde avait pris conscience qu'on était peut-être bien parti pour en prendre plein la tête. D'ailleurs, aux grés de petites rafales de vent, nous en prenons plein la tête !  Pas grave, c'est le début et nous sommes encore "chauds".

       A l'approche des derniers lacets du col, je me retourne pour voir le nombre de concurrents derrières moi. Il n'y a pas foule, entre 60 et 100 je dirais. Je ne vois cependant que jusqu'à environ 30' après mon passage mais ça me donne 2 indications satisfaisantes : je ne suis pas monté trop vite et mon classement doit avoisiner les 750 à 800. Dans ma visualisation de course idéale, ce 1er sommet doit constituer mon plus mauvais classement. Je me suis promis de marcher régulièrement dans la 1ère descente mais je pense malgré ça que je vais en doubler certains, et encore + aux différents ravitos où mes temps d'arrêts sont souvent minimisés. Le col d'Arp est passé avec 13' d'avance avec une FC stabilisée. Le froid m'aide à maintenir le cœur en basse fréquence, tant mieux.

Col d'Arp 2571m / ravito de baite Youlaz 2051m ( 4Km  / +0 / -520 ) : début descente pentue (10)' puis gros chemin + cool qui se court le long d'1 rivière (25')  ( Il est 14h55)

       Au col, il y a … 2 spectateurs : Ils encouragent sous la neige ! Bravo et merci !

       La descente se fait + rapidement que prévue : en l'absence de trace franche, on passe / double un peu partout et la neige amortie bien nos pas. Logiquement, la température n'incite pas à flâner. Quelques glissades plus bas, j'arrive au ravito où, comme prévu, il y a foule. Je m'assure d'un contrôle ou non des dossards et repars aussi sec. J'ai maintenant 24' d'avance et n'en suis pas trop content car je sais avoir moins marché que prévu. J'espère que l'addition n'arrivera pas trop tôt ... je me suis fait plaisir à doubler de gros paquets, pffff, pas évident de toujours se limiter...

ravito de baite Youlaz 2051m / ravito de la Thuile 1470m ( 6,4Km/ +120 / -701 ) : [fontaine à 8' au bord d'1 maison]  montée 400m puis descente sur gros chemin puis sur route (15') puis 1 sentier technique à marcher (20') puis route courable en pente assez douce (32') puis toboggan dans 1 single => entrée du village (45') [fontaine] puis bitume => ravito (53')  ( Il est 15h48)

       Au cours de la descente, je quitte les diverses couches vestimentaires m'équipant, la température redevenant très correcte pour courir. Tout se fait en progressant, sans perdre de temps à m'arrêter pour ranger tel ou tel vêtement. Je double presque à chaque minute. Le rythme est bon et je marche dès que la pente est + marquée. Lorsque le réseau redevient passant, j'informe Solange de mon avance et nous convenons de l'horaire approximatif de notre 1er rendez-vous. Les sms sont consultés aussi lors des portions bitumées : ça fait du bien de "discuter" mentalement et cela rythmera ma progression tout au long de l'épreuve. Je ne peux répondre à tous les messages que je reçois mais lorsque le terrain s'y prête, j'essaie. 

        A l'entrée de "La Thuile", je fais un petit plein de ma poche à eau  dans une fontaine repérée 2 ans auparavant.  Je dois faire 20m en dehors du circuit mais ça me prendra toujours moins de temps que de faire la même opération dans le ravito qui arrive et qui sera bondé à n'en pas douter. Il y a foule lors de la traversée de la thuile et c'est bien sympa. Nous sommes encore dans l'euphorie physique du départ et il convient de ne pas se laisser griser par les acclamations. Si ça monte, je marche ! Les jambes commencent à se faire sentir mais la longue montée qui nous attend devrait permettre de calmer cette sensation.

       Je rentre dans le ravito effectivement bien plein, pointe et ressort aussitôt. Je regarde ma montre, note mon chrono et repart tranquillement en trottinant. Mon avance est maintenant de 27'. J'ai progressé comme prévu sauf dans le toboggan avant la thuile où j'avais estimé avoir + de bouchons qu'en réalité. En consultant les notes prisent par mes parents je découvre, en écrivant ce récit 1 mois après, que j'ai pointé en 449ème position à La thuile.

Ravito de La Thuile 1470m / ravito du Refuge Deffeyes 2500m ( 9,9Km  / +1135 / -105 ) :  [Sources à 1h05]  2,3km courables à 80% sur bitume puis montée simples avec racines => la joux puis 400m de descente Bitumée (32'). Vient ensuite la "vraie" montée avec de bonnes marches sur chemin large (1h38) puis petit toboggan "globalement descendant" => lac (1h47) puis montée marquée sur single en lacets (2h29) et enfin petit toboggan => refuge Deffeyes (2h33)  (Il est 18h21)

       Au 1er parking des camping-car, je retrouve Solange qui a, de son côté, terminé sa ballade auprès des "cascades de La Joux". Nous discutons 2' sur un banc : elle a préféré redescendre du lieu où nous devions nous retrouver car la pluie arrivait. Je repars un brin + frais. Si tout va bien, le prochain point de rencontre est demain matin pour mon 1er arrêt dodo, dans 50km et 4000 de D+; une paille quoi !

       J'applique dès que possible l'adage du "c'est plat =  tais-toi et cours !". Plus facile à dire qu'à faire avant d'attaquer la vraie montée qui succèdera à la Joux, l'envie de flâner commençant déjà à pointer son nez retord. Il est un poil tôt pour se mettre en pilotage auto et c'est plutôt au mental que les relances se font. Le passage de la phase "euphorie" à la phase "endurance" semble avoir été irrémédiablement franchit.

       J'ai un 1er petit coup de mou dans la montée qui nous mène au lac du glacier.  En tout cas, je me fais à nouveau doubler par de nombreux participants. Ce qui me rassure, c'est que pour la majorité d'entre eux, je viens de les doubler au ravito. L'écart n'est donc pas si important que ça. La pluie vient de temps en temps nous humidifier mais le nuage semble reculer à la vitesse ou j'avance. Je prends donc le temps de bien manger, faire le plein d'eau dans une source et patiente en avançant gentiment. Après le toboggan qui redescend vers le lac, je trottine et ça fait du bien. La dernière partie de la montée est régulière et permet de rester sur un tempo fixe. La fraicheur revient après les quelques heures d'accalmie connues autour de La Thuile. L'arrivée au ravito du refuge Deffeyes devrait permettre d'avaler une 1ère soupe de pâte. A 100m de celui-ci, crac ! Je me tords méchamment la cheville gauche, celle qui avait déjà ramassée il y a 3 semaines. Pas cool. Heureusement, la douleur ne durera pas plus de 30', mais le signal d'une faiblesse nouvelle est un peu inquiétant avec ce qu'il reste à accomplir. Pointage en 442ème position.

       Le ravito est dehors (le refuge étant réservé à son usage habituel) et Brrrrr, je ne traine donc pas.  

ravito du refuge Deffeyes 2500m / Col Passo Alto 2860m ( 2,8Km  / +410 / -50 ) : 1,2 km bucolique parfois courable puis montée classique alternant de beaux rochers et du single (54')  (Il est 19h15)

       Les 200 premiers mètres descendent mais je les marche en faisant attention à poser mon pied correctement. J'en profite pour constater mon avance : 40' maintenant. Je n'ai donc pas si mal monté que ça. Ça booste et je cours dès que je peux dans le vallon qui prépare à la montée au col du passage haut. Maintenant, je sais que je vais pouvoir faire la descente qui suit le col de jour et ça me rassure. Chacun son ressentit mais lors de la reco, je l’avais trouvée piégeuse. J'espère que la pluie sera passée juste à côté. En attendant, il reste la fin du col à gravir et je cale mon rythme, me laissant encore doubler par ceux qui étaient au ravito à mon arrivée. C'est étonnant comme certains sont "hauts" en fréquence respiratoire, nous sommes pourtant bien loin de l'arrivée me semble-t-il ... Enfin le col est là et après avoir accompli mon rituel relevé horaire, je me mets en mode "décontraction des jambes". 

Col Passo Alto 2860m / ravito Promoud 2132m ( 3,2Km  / +30 / -758) : début descente raide puis lente dans de gros rochers (28') puis quelques petites montées dans un single avec racines et cailloux parfois courable (45')  (Il est 20h)

       Le mot d'ordre "décontracté" est activé tout au long de cette descente. Je prends les quelques bouchons qui me freinent légèrement comme une bonne chose. Je double quand je peux, sans risque. Souvent, les coureurs se poussent d'eux même mais c'est moins vrai quand il y a tout un groupe, la tête n'entendant pas forcément mon approche. Tout se passe bien. Alors que je pensais trouver le ravito tout en bas de cette descente, nous tombons dessus un peu + haut. Je prends le temps de m'assoir pour reposer un peu mes jambes pendant que j'avale quelque chose de chaud. L'arrêt de 4/5' + un peu de nourriture chaude permettent de récupérer ! je fais le plein pour mes grignotages futurs et repars pour terminer la descente.

ravito Promoud 2132m / col de Crosatie 2835m  ( 3,8Km  / +818 / -115 ) : fin de descente en single avec racines (10'), traversée de rivière puis montée raide jusqu'au col, longtemps sur petit single puis avec des passages un plus aériens à la fin (+cordes) 1h37   (Il est 21h37)

       Je sais qu'il convient d'attaquer la montée sans se mettre en surchauffe car ça va être un peu long mais surtout parce qu'il n'y aura quasi aucune zone de récup. Très peu de temps après avoir commencé à monter, nous avons une vue sur la descente que nous venons d'effectuer. Les Frontales commencent à s'y allumer. J'ai la mienne sur la tête, comme les 4 concurrents qui m'entourent et un jeu s'installe entre nous : personne n'éclair et c'est à celui qui craquera le 1er.  Il n'y a eu aucune parole d'échangée (nous sommes tous séparés par 10 à 30m) mais c'est comme si. Ou alors, chacun cherche à économiser le + possible sa frontale ? Le jeu dure jusqu'à environ 21h. La nuit est déjà installée depuis longtemps, des coureurs éclairés nous ont doublés, permettant de connaitre la position des uns et des autres lorsqu'enfin l'un de nous craque et allume.  J'attendrai encore 15' avant de procéder ainsi, inaugurant par la même officiellement ma 1ère nuit. 

       La fin de montée est réalisée à l'avant d'un groupe où personne ne veut plus doubler. ça me va, je serai plus tranquille pour faire la descente qui suit. On ne double plus dans le dernier quart d'heure car le passage est étroit avec parfois du gaz sur les côtés .La guirlande lumineuse allant du Passo alto au col de Crosatie est superbe. Elle me rappel ma découverte du trail sur la saintélyon 2008. Je suis un peu étonné du nombre de frontales derrière moi mais il est vrai qu'entre les 2 points, il y a environ 3h d'effort.

Col Crosatie 2835m / Planaval 1554m ( 7,3Km  / +30 / -1311 ) : début descente piégeuse de nuit pendant (29') (Lac à 25') puis 3 passages courables le long de la rivière (45') puis descente souvent raide qu'il convient de marcher souvent (1h11) puis 1,5km bitume descendant à courir (1h20). [ Fontaine à l'entrée à droite de Planaval ].   (Il est 22h57)

       Le passage du col est bien froid et je ne m'attarde pas une seconde. Bien content d'avoir enfilé un buff polaire pour mettre devant la bouche et ne pas prendre froid à la gorge. Rapidement, le groupe de suiveurs n'est + visible. Je me dis que je descends parfois trop vite mais c'est bien difficile de réfréner tout le temps l'envie d'avancer. Je marque quand même des pauses régulières pour essayer d'économiser les jambes. Difficile de trouver le juste équilibre entre course pour avancer et marche pour durer. Et encore, j'ai la chance de connaitre cette partie.

        Je double dès que je peux mais suis bloqué sur la fin du single d'avant bitume par un groupe d'une dizaine de personne. La fille de tête semble crispée et n'avance pas. Elle s'entête cependant à ne pas vouloir être doublée. Ça m'énerve, preuve que je dois commencer à fatiguer.

       Enfin le bitume ! Je double tout ce petit monde puis -clin d'œil aux kikoureurs lyonnais-, j'éteins la frontale et disparait dans la nuit.

       A l'entrée de Planaval, petit plein d'eau à la fontaine pour ne pas subir le ravito 100m + loin et qui est assez étroit. Et hop, direction la 1ère base vie. Mon avance est de 43' / mon estimation.

Planaval 1554m / BV Valgrisenche 1680m ( 6,5Km  / +196 / -70 ) : [Fontaine à 10' du ravito de Planaval, à gauche après le pont ]   700m sur route descendante puis 200m faux plat sur grande route puis chemin le + souvent large, courable à 60%. Petit raidard pour rejoindre la base vie (51') .   (Il est 23h48 au pointage d'entrée)      

       Le départ du ravito se poursuit sans éclairage. J'aime assez ce mode de déplacement furtif qui permet de se recentrer sur sa gestuelle. Il n'y a que très peu de risques sur route, autant en profiter pour retrouver une qualité d'appuis adaptée à l'effort. Le risque est d'accélérer. Là, la portion est courte et l'accélération durera peu. 

       Ce retour à une foulée + qualitative va ensuite me permettre de relancer avec envie chaque fois que le chemin sera plat ou descendant. Et en +, je me fixe un objectif : le bouzin de minuit sur kikourou ! C'est une institution pour tous ceux qui suivent la course via ce site communautaire et je pense qu'il doit y en avoir quelques-uns du côté de Lyon. Je donne quelques nouvelles puisque le chemin n'est pas technique et qu'il y a du réseau. Je sais que je ne verrai pas mon assistante à la base vie toute proche. Ce n'est pas là que le 1er dodo est prévu et donc peu d'intérêt à planifier quelque chose ici. Solange est seule et il convient donc de cadencer paisiblement ses interventions. 

       A l'entrée dans Valgrisenche, je suis étonné de devoir partir à droite dans un raidard pour trouver la B.V. J'avais imaginé lors de la reco que celle-ci serait posée vers le stade de foot, le long du chemin le plus court. Il n'en est rien et il faut donc faire un détour.  Pfff, ce n’est pas prévu dans mon timing ça ! Bon, on finit par arriver dans une belle ambiance malgré le froid et la petite pluie qui s'invite à nouveau. je regarde l'heure : yes, je vais me faire bouziner ! accessoirement, ça donnera des nouvelles. 

Bilan de ce 1er tronçon à l'entrée de Valgrisenche :   53,7 Km / + 4.147m / - 3.690m .        11h48 de progression (même temps depuis le départ).    Classement : ? et ça me va !

Base Vie de Valgrisenche 1680m ( entrée dimanche 23h48 ) : 

       Immédiatement, en fonction de la langue parlée, un bénévole vient à notre rencontre pour nous expliquer où aller. 1 salle pour manger, 1 autre bâtiment pour se changer et se reposer. J'annonce vouloir changer de tenue, me restaurer puis repartir vite. On me répond qu'il faudra donc faire les 2 salles, avec les 2 recherches de places dispo, etc. Ce que je trouvais très bien (la prise en charge) se trouve être en réalité une vraie contrainte, pour ceux qui compte leur temps. Euh ... je suis en course là, pas question que je poireaute 2 fois juste pour avoir le droit de changer de tee-shirt. Je décide donc d'opter pour le ravito.

       J'entre donc dans la salle du ravito avec mon gros sac, trouve difficilement une place et vais récupérer de quoi manger un peu. C'est assez varié et je n'ai logiquement pas de lassitude alimentaire. De retour à la table, je fais les transferts prévus, le plein de ma poche à eau et évacue ce qui doit l'être. Tout ça prend trop de temps à mon goût mais bon. Entre chaque opération, j'avale une bouchée. Et je termine enfin en changeant rapidement de tee-shirt. Le manches longues devient vite trop chaud pour cette salle. Reprise du gros sac et hop, direction la sortie.

       Là, on m'indique qu'il faut monter mon sac au camion qui est au-dessus. Crénom, c'est raide pour l'atteindre ! Heureusement, le portage du sac sur les 10 derniers mètres est partagé avec un bénévole. Je remercie franchement ces mains solides en les plaignant pour ce qu’ils vont encore accomplir.

       100m en contrebas se trouve le pointage de sortie du ravito. Puis une descente non prévue pour retrouver le parcours.  

Base Vie Valgrisenche 1680m (sortie lundi 00h11) :  Pfff, 23' qui sont passées super vite !  Reste 39' d'avance

BV Valgrisenche 1680m / Chalet de l'épée 2370m  ( 7,8Km  / +800 / -110 ) : après avoir rejoint le single (14'), montée régulière jusqu'à l'altitude 2000m (55') puis alternance de parties plates , voir descendantes et de montées parfois raides (1h42). L'arrivée se fait en descendant  [source à 45']   ( lundi 1h53 )  

       Le froid est maintenant bien installé et je troc rapidement mon coupe-vent pour la grosse veste. L'isolation fait du bien. Côté jambes, ça va même si ça pourrait être mieux. Le moral est encore branché sur le mode "ne pas perdre de temps", ce qui semble le + adapté au TOR. RAS côté anomalie du rythme cardiaque, sauf dans certaines descentes où le cardio s'affole si je n'appuie pas sur les capteurs. Je m'en débarrasserai lorsque je verrai l'assistance.

       Le chemin du départ rejoint un bout de route en lacets puis nous rattrapons rapidement le single et pénétrons dans la forêt, ce qui aide à rester dans sa bulle. Comme d'habitude en début de montée, de petits groupes doublent, certains calmement, d'autres bien essoufflés. Je suis seul depuis le début de la course et, hormis les "pardon" et  "merci" lors des dépassements, je n'ai échangé avec personne. Là, dans la nuit et le froid, je me dis que ça doit être bien cool de faire ça à plusieurs. Pas rentable chronométriquement parlant, mais sympa. Au moins suis-je toujours à mon allure, jamais dans un surrégime que je n'aurai pas choisi et cela me va aussi. Les échanges viendront bien un peu plus tard. 

       En attendant, l'esprit vagabonde un peu. Un peu seulement car la cadence à suivre pour mon hydratation (4 aspirations toutes les 6') ne permet pas de s'évader très loin. Je respect ce tempo depuis le départ. Il y a bien eu quelques loupés mais pas beaucoup.

       Bien sûr, lorsqu'on boit souvent, il faut éliminer très souvent. Du temps de perdu ? Oui, mais ce n'est rien comparé à un arrêt pour cause de crampes; Et du reste, pour remédier à cette perte de temps, j'ai testé et préparé des solutions à l'entrainement. L'idée de départ étant d'imiter les cyclistes pros et de faire ces petites affaires sans s'arrêter. En d'autres termes, libérer sa vessie en marchant.  D'après mes estimations basses, il y a environ 2km à gagner dans cette pratique mouvante, soit une grosse demi-heure. Y'a pas de petits gains ... Vous vous demandez comment faire pour ne pas vous en mettre partout sur les baskets ? 2 solutions possibles : Solution N°1 : la nature a été extrêmement généreuse avec vous. Dans ce cas, vous arrivez à placer l'extrémité du dispositif sur le côté de la hanche et hop, les baskets restent sèches quoi qu'il se passe ! C'est la solution la plus "étanche" mais elle n'est pas donnée à tout le monde, je vous l'accorde. Sans parler du froid qui peut sévir en course, limitant un peu cette possibilité ...  Solution N°2 : vous marchez comme Lucky Luke après 8h de selle et évacuez ce qui doit l'être entre vos éperons. Certains pourront même argumenter qu'il s'agit d'une solution courtoise, discrète et universelle d'indiquer aux coureurs qui vous suivent la direction de course. En résumé, d'effectuer un balisage écolo !

       Mais revenons à la course car il s'agirait de rester concentré. Après 45', il y a quelques petites portions de relances qui nous mènent à la 1ère descente (250m, c'est pas non plus énorme).  Je relance bien pour maintenir les muscles au chaud et faire quelques enjambées plus allongées. ça fait du bien. 1h après le début de la montée, je commence à doubler à nouveau des coureurs, dont la plupart de ceux qui étaient passés devant moi en bas. J'avance bien je trouve. Trop bien ? Je force encore l'allure pour semer un Espagnol dont les allures mes gênent : il monte un peu + vite, double mais ne relance pas à chaque fois que c'est possible et ça me freine. Et puis si je l'ai rattrapé, c'est bien qu'il faut que je reste devant non ? Arrive enfin le refuge de l'épée. Comme nous arrivons un peu au-dessus et qu'il fait nuit, la gestion de l'allure lors de ce "dernier" effort est facilité et je cours pas mal à ce moment-là. ça caille, il ne va pas falloir trainer à l'intérieur ! un peu comme d'hab' quoi. A l'arrivée, mon avance à regrimpée et est de 52' / mon estimation.

Chalet de l'épée 2370m / col fenêtre 2840m  ( 3,1Km  / +470 / -0 ) : [captation eau froide 5' après chalet]  montée simple 39' + fin de montée bien pentue 58'   ( arrivée lundi 2h51 ) 

       Brrrr, il fait bien froid dehors et 7' après être partit du refuge, nous arrivons dans une vaste étendue dégagée où le vent accentue encore l'impression de froid. Je rajoute une couche et c'est bon. De plus, comme ça ne monte pas beaucoup au début, je fais quelques foulées qui réchauffent. ça essouffle aussi mais bon, difficile de tout avoir. Le sol est bien dur, gelé. 

       Je continu mes petits rituels et à l'approche d'un cours d'eau, je me brosse les dents. ça fait du bien. Les cours d'eau seront ainsi régulièrement utilisés pour nettoyer ma brosse à dents après utilisation. Pour ce qui est du rinçage de la bouche, je préfère utiliser l'eau de mon sac, moins froide. je me rappel bien de cette action à ce moment-là de la course car l'humidité ambiante + le froid + un rocher un peu lisse me projette par terre. Bon, c'est au moins pratique pour nettoyer la brosse, plus besoin de se baisser. Heureusement, la gamelle sera sans conséquence durable. La traversée du cours d'eau marque à peu près le début du durcissement de la pente. L'altitude semble ne pas trop me gêner, tant mieux. Sans faire de miracle, j'avance quand même pas si mal. Enfin, comme tout le monde car nous avons tous à subir le froid et personne ne s'attarde, même lors du passage venté du col. Mon avance est de 59' / mon estimation.

col fenêtre 2840m / Rhêmes notre dame 1722m  ( 4,5Km  / +30 / -1150 ) : c'est LA descente,  la + photogénique : 400m de D- en lacets les uns au-dessus des autres, techniques, à marcher de nuit (31') puis encore 400m de D- techniques mais moins raide (45') suivi par un petit balcon courable (49'). Un single bien raide reprend ensuite, il fait mal aux jambes celui-là (1h03) puis une fin plate jusqu'au ravito  (1h07)   ( arrivée lundi 3h58 )

       En commençant la montée, j'avais peur que la neige que nous avions eu  au départ soit venue jusqu'à ce col fenêtre (il y en a plusieurs tout au long du parcours). J'ai en mémoire les photos des concurrents d'une édition antérieur effectuant la descente sur les fesses à cause du verglas. Heureusement, il n'en est rien. 

       De jour, cette descente est impressionnante avec tous ses lacets placés les uns sur les autres. La pente doit être proche des 50%, voir +. Le sol est un mélange de poussière et de petits cailloux. Lorsque le terrain est sec, ça glisse volontiers sous les chaussures. L'exercice de ce début de descente consiste donc principalement à ne pas se crisper sur les jambes et à assurer sa pose de pieds. La vitesse est accessoire de mon point de vue par rapport au risque potentiel. La nuit aide bien ceux qui craignent le vide (c'est mon cas) car on voit moins loin. De jour, il est très fréquent de voir bouquetins et chamois malgré le peu de verdure.

       J'effectue ce début de descente en marchant, "tranquillement", me forçant même à courir 2 ou 3 fois 10 / 15 m pour détendre les muscles. Il n'y a guère plus de 20 à 30m entre chaque épingle à cheveux et les bâtons me servent beaucoup pour assurer les conversions. Quasiment en fin de ce 1er tronçon, des cordes (r) assurent le coureur. Je double 2 ou 3 fois sur ce tronçon mais il faut viser car il n'y a pas la place pour passer à 2 de front et le doublé se doit de se pousser et de s'arrêter.

       La seconde partie est + traite encore car il y a moins de lacets mais la pente est encore bien présente, les rochers en plus. Là encore, il faut bien maitriser sa vitesse pour ne pas se tuer les jambes. Les bâtons sont très utiles pour les franchissements et les nombreux petits sauts. Lorsqu'enfin la trace part franchement vers la gauche, je sais que j'arrive au single en balcon et que je vais pouvoir courir.

        Ce balcon fait du bien aux cuisses et courir permet de se réchauffer un peu. Je ne force pas l'allure car je sais qu'arrive la plus grosse ambiguïté de mon plan de marche : je dois trouver le sommeil 20' seulement après avoir couru.  Et là, je n'ai absolument pas sommeil ...

       La dernière partie de la descente est de nouveau bien pentue mais un peu moins technique et je cours encore pas mal. Les cuisses chauffent mais je veux préserver l'écart avec les coureurs qui me suivent. Pas pour préserver mon classement, je ne le connais pas pour rappel, mais simplement pour faire les 600m de plat avant la salle en marchant (objectif : redescente du cardio, préalable minimum à toute tentative d'endormissement à ce niveau de la course) sans me faire doubler juste avant l'arrivée. Je sais que le nombre de lits est très limité et il y a de grandes probabilités pour qu'à 4h du mat', je ne sois pas le seul coureur à penser à dormir. 

       Dès que j'ai eu du réseau, j'ai averti Solange de l'heure probable de mon arrivée. 5' avant d'arriver, j'actualise mon message. Sur la route qui mène à la salle, je tente de faire le vide dans ma tête pour mieux m'endormir mais ce n'est vraiment pas facile car je dois aussi penser à pas mal de chose à faire. En arrivant, je vois Solange qui m'attend devant la salle. Elle aussi semble avoir froid. Nous entrons dans la salle : pointage (3h58) et demande immédiate pour dormir.  Mon avance est maintenant de 1h12' / mon estimation.

Bilan de ma 1ère étape (Courmayeur / Rhêmes) :   69,1 Km / + 5.450m / - 4.950m .        15h58 : 15h35 de progression +23' d'arrêt long    Classement : 236e à l'entrée (je le découvre en écrivant ce récit, grâce aux notes de Solange), beaucoup + après avoir sommeillé.

       On nous désigne un responsable de la gestion des lits mais il ne parle qu'Italien et pas nous. Nous arrivons à comprendre qu'il y a 2 lits de camps dans 1 couloir, dont 1 qui va bientôt être libéré. Sans savoir s'il y a d'autre possibilité, nous acceptons et je commence à me préparer pour dormir. Solange part chercher le matériel spécifique au dodo. 10' + tard, je suis changé et suis allongé sur un lit de camp rehaussé d'un matelas de transat, boules Quiès et casque anti-bruit sur les oreilles, masque d'avion sur les yeux. J'ai rangé définitivement ma ceinture cardio, l'expérience ayant montrée qu'après une période d'effort longue, le cardio se stabilise et ne monte plus beaucoup, un peu à l'image de nos capacités à filer comme le vent.

       Je n'arrive pas à m'endormir. À 1m de mes pieds se trouvent les accès aux sanitaires. Plus le temps passe et plus il y a de va et viens. Le bruit du séchoir à main perce mes protections auditives, sans oublier tous ceux qui parlent fort alors qu'ils sont à 2m de nos têtes. Je ne bouge pas pour essayer de dormir mais j'ai du mal à rester calme. Je suis un peu maniaque sur les comportements discourtois et ce n'est pas ici que mes tocs vont me laisser en paix. Bref, j'ai l'impression de ne pas avoir dormi lorsque mon assistante viens me dire de me lever. Elle me dit que j'ai ronflé, je me demande bien quand ? Peut-être était-ce des siestes éclairs ? En tous cas, je ne mets pas longtemps à être prêt. J'avale un semblant de bouillon chaud et zou, dehors ! Il est 6h07 lorsque je m'élance dans le froid (0 au thermomètre de la voiture me dira Solange lorsqu'elle essayera à son tour de dormir). Je n'ai pas été aussi rapide que souhaité dans ma gestion "hors du lit" et mon avance est retombée à 53'. ça reste de l'avance malgré tout.

Rhêmes notre dame 1722m / col entrelor 3002m  ( 6,4Km  / +1285 / -5 ) : [Source 1h03  (abris à 1h16)]   Montée cabossée sous les arbres (45')   puis plus classique (2h03). La fin est raide, présence de marches métalliques juste avant le col (2h17)   ( arrivée lundi 8h24 )

      Je cours direct en sortant de la salle. Enfin je cours ... disons que j'accélère le pas jusqu'à ce que mes jambes se réveillent, puis je trottine un peu plus franchement. Avec ce froid, les 10 premières minutes sont "raides" puis ça va mieux. Ça monte parfois sévère dans ce bois. Le jour arrive petit à petit et il fait clair lorsque je débouche du bois. Encore quelques centaines de mètres et l'on peut profiter, en se retournant, du lever de soleil sur les montagnes. C'est bien beau et on fait un bien beau sport !  Bon, mais ça caille aussi sévère ! Je supporte très facilement le buff polaire devant la bouche.

       Je ne le retire que pour boire et pour un autre de mes rituels passe-temps : les heures impaires j'avale 4 ou 5 granules homéopathiques d'arnica. Les heures paires, je croque un cachet de sporténine. C'est le protocole "antidouleurs et crampes" que j'ai prévu de suivre tout au long de l'épreuve. Dans chacun des sachets préparés pour une base-vie ou un lieu de rencontre avec Solange, il y a un petit sac "sporténine". Le nombre de cachets variant suivant mes prévisions chronométriques.

       Et puisque l'on aborde le thème de mes rituels, les prises de nourriture sont espacées en 2 fois par heure, à "et quart" et à "moins quart".  Faut bien tuer le temps …

       La suite de la montée se fait lentement. Jusqu'au sommet nous sommes dans l'ombre et le froid est très prégnant. Là encore, je me fais doubler dans la première heure puis commence à redoubler sur la fin de l'ascension. Comme d'autre avant moi, cette longue montée entraine une certaine lassitude avant le sommet. Je ne dors pas mais ne suis pas hyper actif non plus.

       Je rate d'ailleurs la trace officielle pour rejoindre le sommet. Je dérive sur la gauche. Je pense rejoindre la trace facilement et m'obstine à suivre la mini trace sur laquelle je suis. Lorsque j'arrive au pied de la falaise alors que la trace est 50m à droite, je ne suis pas très fier. La pente, la neige présente à cet endroit et les blocs de rochers ne rendent pas mon avancée très fluide. L'épisode a au moins le don de me réveiller. Je m'extirpe de l'amas rocheux et arrive quasiment au sommet à rejoindre la vraie trace. C'était pas l'affaire du siècle mon histoire et j'arrive un peu après quelques coureurs déjà doublés plus bas ...  avance = 1h01 sur mon estimation 

col entrelor 3002m / Eaux rousses 1683m  ( 10,5Km  / +70 / -1389 ) :  [ Sources à 35' & 45' après le sommet ]  La descente peut se courir à 80% (de jour) : attention : la course ne fait que commencer !  1h28  ( arrivée lundi 9h52 )

       Sitôt le col atteint, le soleil nous réchauffe, La vue est top, en route pour une belle journée ! 

       Comme mes notes me le rappellent, nous abordons un nouveau piège de la course : on est encore frais, le terrain est très souvent simple, la pente nous paraît faible (c'est sûr que par rapport à la descente précédente, il n'y a pas photo). Tous les ingrédients sont réunis pour que l'on se lâche dans cette descente. Il ne faut cependant pas -à mon sens- oublier 2 chiffres : 1400 (m de D- d'une traite) et 280 (km restant à parcourir). Normalement, ça doit nous calmer.

       Je commence donc la descente sur un tempo moyen, prenant bien soin de marcher dès que cela remonte un tant soit peu. La descente étant souvent tranquille, le paysage prend plus d'importance à mes yeux. Nous traversons quelques troupeaux de vaches qui restent tranquilles. Sur le replat surplombant Eaux-rousses, j'en vois une qui essaye d'avaler un drapeau de balisage de la course. Enfin pour ce qui concerne le drapeau, c'est déjà fait mais je la vois en train de ruminer  et de mâchouiller la tige porte drapeau. Je m'approche pour lui enlever afin qu'elle ne se blesse pas. Madame n'est pas du même avis et semble tenir à sa sucette "TOR". Elle plonge dans un pâturage rejoindre ses copines. Je n'insiste pas mais trouve quand même les mœurs bovines bien curieuses.

       Contrairement aux autres descentes, je ne double pas et me fait même rattraper. Serai-je en train de m'éteindre ? Je relance donc au mieux dès que possible. Il me semble que je vais trop vite par rapport aux limites que je m'étais fixées mais suis-je encore lucide ? Je finis par rattraper un concurrent mais il boite tellement qu'aucune indication n'est clair sur mon (faux) rythme. Je sais que lorsque nous entrons dans la forêt, il nous reste environ 25 à 30' de lacets. ça me paraît long, d'autant qu'après avoir rejoint 2 coureurs au niveau de la maison d'été du roi (entrée du bois), je les vois qui me distance à nouveau. Je laisse filer car je ne peux / veux pas aller plus vite. Finalement, je leur retombe dessus à 100m du ravito. Ils marchent ! je les double donc parce que c'est courable et que dans 100m, on sera arrêté. Peut-être vont-ils dormir ? Pas sûr qu'Eaux-rousses soit le meilleur endroit. Il y fait bien froid et je ne vois rien qui ressemble à une zone de repos dans ce petit hameau. En notant mon heure d'arrivée, je constate que j'ai été plus vite que prévu. Mon tempo n'était donc pas si mauvais et j'ai forcé un peu pour rien. Les jambes commencent à être lourdes mais je sais que la très longue montée qui arrive devrait permettre de détendre les muscles. Mon avance = 1h13

       Je ne reste pas longtemps à ce ravito où l'on se caille malgré le soleil de milieu de matinée. 300m de descente pour traverser le hameau puis la route et hop ! direction le plus haut col de la course.

Eaux rousses 1683m / Col de loson 3300m  ( 12,9Km  / +1690 / -73 ) :  [ fontaine à 1h33 ,  sources à  1h53,  2h32,  2h45 ]  Montée simple & longue pendant 3h15 puis une fin raide 3h52  ( arrivée lundi 13h44 )

       La première demi-heure est passée téléphone en main à envoyer quelques messages, prendre connaissance de la météo à venir et des messages d'encouragements. Ça fait du bien de sortir de temps en temps de sa concentration pour quelques instants. Les grands lacets se succèdent sans s'en rendre compte.

       Après cette parenthèse réseau, je remets en route une marche active. Il me reste une bonne heure avant de sortir de la forêt et rejoindre juste après le chalet et sa fontaine marquant le changement de direction en direction du col. Nous alternons passages  ensoleillés et tempérés avec des zones bien plus froides. 

       Alors qu'il reste 30' environ avant le chalet, je n'ai plus d'eau. M…. ! J'ai complètement zappé de refaire le plein au dernier ravito. Entre la chaleur qui arrive, la fatigue et le manque d'eau, je rentre presque immédiatement dans une zone physique que j'apprécie modérément : la zone "pré-crampes". Seule chose à faire dans l'immédiat : ralentir l'allure. Au bout de 15', je souffle dans ma poche à eau. Objectif : mettre l'eau qui était coincé dans le tuyau en bas de la poche à eau, mais avec un ballon d'air au-dessus. Ainsi, lorsque j'aspire à nouveau, quelques gorgées sont disponibles. Cette manœuvre va me permettre de rejoindre la fontaine sans avoir eu de crampe mais je ne suis pas passé loin.

       Je me réhydrate bien et repars doucement dans la petite descente après le chalet. J'avais prévu d'y courir mais je préfère laisser un peu de temps au corps afin qu'il remette les niveaux d'aplomb. Il reste encore presque 1200m de D+ à faire avant le col. Largement assez pour rattraper les coureurs qui me précèdent. C'est vrai, mais sur le TOR, en dehors de la tête de course, ce mode de réflexion n'a que peu de sens pour des coureurs lambda. On court contre nous-même. Une fois que l'on a compris cela, on sait que chaque minute perdue ne sera pas rattrapée. C'est ainsi. On ne rattrape pas le temps qui passe, et il ne faut surtout pas essayer. Accepter dès le départ que l'on ne va pas faire la course parfaite. Chercher à s'en approcher mais ne pas s'énerver quand on perd un peu de temps. J'avoue que ce n'est pas du tout dans ma nature d'accepter ces dérives dans mon orga perso. Du coup, à l'entrainement, j'ai souvent pensé à ces situations qui dérapent, me répétant que je devrais rester calme le plus longtemps possible. Sur ce coup, j'arrive à me contenir, mais pour combien de temps ?

       De grands lacets s'enchainent les uns après les autres. J'ai testé en reco d'en couper certains pour gagner du temps. Le bilan était plutôt négatif en rapport avec la fatigue générée. Sur le long terme, si l'on est un piètre escaladeur comme moi, mieux vaut rester tranquille et attendre.

       La pente et l'altitude en fin de la montée tempèrent de toute façon le plus grand nombre. Nous avançons lentement. Et ce n'est pas la neige au sol qui va nous aider. Je songe à ce moment-là aux coureurs qui passeront ce soir et cette nuit. Si à 13h30, ça glisse comme ça, la situation ne va pas s'arranger lorsque le soleil aura tiré sa révérence. Les crampons seront certainement de sortie.

       Le col est enfin atteint après presque 4h. La patience m'a permis de récupérer un peu. Certes j'ai dû perdre des places au classement mais je pense que la gestion était cohérente. Si tout va bien, je vais pouvoir encore courir dans la descente qui arrive.  Mon avance est légèrement redescendue : - 1h10. 

       Je suis quand même étonné d'aller plus vite en course qu'en reconnaissance. Certes, je suis moins chargé mais ça ne fait pas tout. Le fait de gratter quelques minutes presque à chaque pointage m'interpelle. Ne vais-je pas trop vite ? Je balaye mentalement la construction de mes temps de passage. j'avais anticipé 10' de bouchons cumulés dans le 1er col (pas de réels bouchons en réalité), donc 10' gagnées sont expliquées. Je m'interroge sur l'effet des conditions climatiques. Elles ont joué un rôle dont la balance doit être plutôt positive pour moi. C'est bien connu, le gras protège du froid et il m'en reste encore beaucoup. Et soudain, je trouve : j'avais "crédité" 5' dans chaque descente de col pour mettre de la nok sur les pieds. Avec le froid, la préparation des pieds ces 3 dernières semaines et les chaussettes double peau, je n'ai mis de la crème qu'à la base vie (c'était pas prévu initialement). Nous avons descendu 6 cols, ce qui fait 30' gagnées là aussi expliquées. Au final de ce rapide calcul, je suis allé plus vite certes mais pas tant que ça. Tous ces calculs ne servent à rien, on est bien d'accord, si ce n'est à donner un peu plus de confiance et de crédit à mes calculs d'avant course et à ma gestion actuelle de l'effort. Nous avons échangé avec Jano sur ce sujet par sms, mes temps étant très proche des siens l'année dernière. Son niveau physique est bien supérieur au mien. Peut-être que je compense par une meilleure gestion des gains marginaux (sujet cher à mon cœur en gestion de course) ?

       C'est donc avec l'esprit un peu plus serein que je passe le col. Le soleil est bien présent, cool. Les 3 coureurs juste devant moi se sont arrêtés au col pour enlever une couche, me dégageant ainsi le chemin. Je vais pouvoir me faire plaisir !

Col de loson 3300m / Refuge Sella 2584m  ( 4,7Km  / +14 / -730 ) :  Début de descente aérienne mais sans difficulté. Ça se court jusqu'à 1km du refuge (39') puis marche conseillée car la pente s'accentue jusqu'au refuge (48')    ( arrivée lundi 14h32 )

       Dès le sommet le mode petit trot est enclenché. Oui le chemin est à flan d'une pente spectaculaire mais il reste large d'un bon mètre et présente un revêtement lisse et sec. Quelques cordes sont disposées en cas de mauvaise météo mais là, pas besoin. J'alterne utilisation de mes bâtons pliables pour soulager mes jambes avec de la course "bras libres", pour les décontracter eux aussi. ces moments sont aussi utiles pour boire, manger, noter mes temps et me changer. Tant que c'est la partie haute du corps, il n'y a pas besoin de s'arrêter pour enfiler ou enlever une couche. Le bas du corps est en corsaire depuis le départ.

       Le refuge Sella est visible depuis le col et les lacets s'enchainent dans un vaste cirque. A mi- pente, je cours franchement et m'autorise à me lâcher 5'. La longueur augmentée des foulées fait du bien. En règle générale, j'essaye très souvent de changer de foulées afin de limiter au maximum, tant que je le peux encore, les risque de tendinite ou TFL. Comme depuis le départ, je cours en utilisant ma foulée "Eva" pour les épingles à cheveux et les grosses marches (et aussi en alternance en cas de très forte pente). Lorsque le terrain est + simple, j'ai 2 amplitudes différentes que j'adapte à la pente, que ce soit avec bâtons ou sans. La pose du pied variant avec le terrain, je n'y fais pas encore attention. Je sais cependant que des portions un peu longues de bitume ou gros chemin vont arriver et qu'il me faudra alterner pose du talon ou avant pied. Pour le moment, ça a beaucoup été du "plain-pied", où toute la semelle est posée en même temps afin d'assurer un amorti répartit et surtout augmenter la possibilité de freinage puisque la surface en contact avec le sol est augmentée.

       Ah  ! je vous avais avertis que ce récit ne serait pas très distrayant mais comme c'est peut-être mon dernier, je le gave (et vous avec) de mes habitudes / conseils.

       Je me force à marcher juste avant le ravito pour limiter les risques liés à la qualité du terrain. La partie post-refuge s'annonce sévère et on peut facilement y laisser ses jambes. Un peu de préventif (encore !) ne fera pas de mal. J'arrive au refuge dans un assez bon état. Mon avance = 1h18

Refuge Sella 2584m / BV de Cognes 1540m  ( 8,8Km  / +46 / -1090 ) :  début de descente courable (29') puis passage avec de grosses marches qui cassent : marcher ! (39'). La fin de la descente est de + en +  courable => Valnontey  (53'). La sortie de Valnontey se fait sur bitume, tout comme l'arrivée à Cognes, le reste étant du gros chemin, courable à 98% (1h18')   ( arrivée lundi 15h50 )

       Je me pose 5' au ravito. 1 assiette de pâtes pendant que je crème les pieds puis le plein d'eau et c'est reparti. Encore une zone où j'ai gagné des places sans avancer me semble-t-il.

       Le refuge de Sella doit être un objectif de ballade très couru depuis la vallée de Cogne car le chemin est maintenant bien large et sans difficulté technique. A certaines heures, le coureur peut être freiné par les groupes de randonneurs, mais à part ça, il y a moyen de faire remonter la moyenne sur cette portion.

       Je m'élance donc dans ce grand chemin où il convient juste de faire attention aux aménagements d'écoulement de l'eau. Ce sont des rigoles en ardoises parfois hautes de 30cm et les bâtons aident à l'amortissement de leurs franchissements. J'avoue avoir un poil "allumé" dans ce début de descente. Heureusement qu'au bout d'un quart d'heure environ, il y a une petite remontée après la traversée d'un cours d'eau. ça calme les jambes et le cardio. Il y a pas mal de monde et les encouragements grisent quelque peu.  Je relance. Plus je m'approche de Valnontey, plus j'allonge la foulée. Les jambes tirent un peu mais ça ne fait rien, je fonce !

        Un peu plus bas, enfin du réseau ! J'en profite pour annoncer mon heure d'arrivée à Solange. J'ai été un peu plus vite que prévu et il vaut mieux assurer, au cas où. Je fais bien car Madame est en ballade sur le circuit de la course. Lorsque nous arrivons à établir le contact, il doit me rester 40/45' maxi avant d'être arrivé à la base vie. De son côté, elle se ballade et est en train d'arriver à Valnontey dans le sens inverse de la course (c'est ce que je comprends à ce moment-là). En courant, c'est à 30' environ de la base vie. Léger affolement qui se transforme vite en un peu d'énervement de mon côté. Il est possible que nous arrivions ensemble à la BV, voir que je la précède. 

       Avant la course, je me suis posé la question - comme tous les autres points affairant à l'avancé du coureur- du gain chronométrique ou de la perte de temps lié à la présence d'une assistance. D'un côté c'est la possibilité d'avoir un peu + de matériel et de (ré)confort. Mais il convient aussi de ne pas faire d'angélisme : l'assistance, si elle ne connait pas parfaitement les lieux et besoins du coureur, ça peut vite être une perte de temps et d'énergie.  J'entends souvent dire que sur un ultra, on n'est pas à une minute près, et encore moins là, sur le TOR. Philosophiquement, c'est vrai, sauf à jouer les tous premiers rôles. Mais dans la réalité, la minute se transforme très vite en dizaine voir +, et cela répété autant de fois qu'il y a de points de retrouvaille. A chacun son état d'esprit. Pour ma part, si je fais une COURSE, c'est bien pour aller le plus rapidement possible du départ à l'arrivée. Tant que je suis en mesure de me battre contre le chrono, je le fais. Et les mathématiques sont imparables : il faut bien des efforts sur de nombreux kilomètres pour arriver à récupérer quelques minutes. Comme le TOR est une gestion du moindre effort, je n'ai pas envie de perdre trop de temps lors des arrêts, vous l'avez compris depuis longtemps.

       Bon, de toute façon, la question de l'assistance ne s'est pas posée longtemps à la maison. Nous avons essayé de concilier mes lubies avec l'assistanat en amont.

       Une fois le calme intérieur revenu, je ralentis ma course en fin de descente et prend même 5' pour marcher à la sortie de Valnontey. Ça ne servira à rien d'arriver trop tôt donc autant reposer les jambes. Je fini quand même par repartir en courant et + je m'approche de Cognes, + j'accélère (je dépasse pas les 10/11 km/h non plus hein). En regardant ma montre, je pense que ça va le faire.  Et effectivement, lorsque j'arrive à la Base vie, Solange est là et elle a déjà préparé un coin de table. Elle n'a pas dû trainer en route pour revenir ! cool. En débriefant avec elle hier soir, soit 2 mois après la course, j'apprends qu'en réalité, elle venait de partir de Valnontey et était déjà sur le retour. Il n'en reste pas moins qu'elle s'est dépêchée. Elle aura même droit à une remarque envieuse d'un concurrent qui, voyant mes affaires toutes bien disposées sur la table, annonce qu'il aurait bien aimé avoir une assistance pareille. Moi, pauvre bougre psychorigide pris par ma course, je ne capte pas la chance que j'ai ...  Mon avance est passée à 1h25

Bilan 2ème tronçon (entrée Valgrisenche à entrée Cogne) :  58,7 Km / + 4405m / - 4547m    16h02 : 13h30 de progression +  2h32 d'arrêts longs  (dodo = 45' ? à Rhêmes).         Bilan depuis le départ :  112,4 Km / + 8.552m / - 8.237m     27h50 : 25h18 de progression +2h32 d'arrêts longs  (dodo = 45' )        Classement : ? et ça me va !

Base Vie de Cogne 1540m ( entrée lundi 15h50 ) : 

       Il y a du monde dans cette base vie mais je souhaite, là encore, aller assez vite. Je sais que l'étape qui s'annonce n'est pas la plus sympa et j'ai prévu de dormir à son issue, à Donnas. Et j'aimerai également repartir un peu avant le lever du jour. Bref, j'ai quelques coups d'avance dans ma tête. Je fais comme si tout allait toujours bien se passer et que je ne flancherai jamais. C'est très utopique sur le TOR mais ça a un avantage énorme : se maintenir dans la course. Il y a tant d'occasions de "laisser filer" le chrono sur cette épreuve ! 

       Nous essayons donc d'être efficaces mais les minutes défilent à une vitesse hallucinante. Ce sera notre rendez-vous base-vie le + rapide et pourtant nous y avons laissé 16'. 

Base Vie Cogne 1540m (sortie lundi16h06) :   Reste 1h19' d'avance

BV de Cognes 1540m / Goilles 1830m   ( 5,5Km  / +325 / -35 ) :   600m marchés dans le village (7') puis long chemin simple en faux plat montant jusqu'au pont 500m avant Lillaz puis 500m pavés (34') . Montée raide (53') puis toboggan vallonné jusqu'au ravito  (1h06)     ( arrivée lundi 17h12 )

       Grâce à la durée limitée de l'arrêt, je peux remettre en route assez rapidement. Le gros chemin qui remonte le long du torrent permet assez bien d'alterner marche et course. Pendant la marche, je réponds aux sms et en courant, ben je cours. Jano m'indique que je suis encore dans son timing 2018. C'est bien motivant même si je sais que cela va bien finir par s'arrêter. Maria veut me téléphoner mais je décale ça à après Goilles car c'est un cheminement propice pour marcher sans nécessairement utiliser les bâtons.

      La partie Cognes / Lillaz se fait au mental. Je refuse de trouver des motifs pour marcher lorsque la pente est faible. Même sur les pavés, je relance. Par contre, après Lillaz, c'est marche et bâtons obligatoires, presque jusqu'au ravito. Le cardio redescend. Je digère le repas pris à Cogne et n'ai besoin de rien lorsqu'arrive ce qui ne sera qu'un pointage, à l'unique maison "Goilles". L'ambiance y est chaleureuse et c'est dommage de ne pas y passer plus de temps mais tant que je peux rester dans ma bulle, je le fais.  Avance = 1h23

Goilles 1830m / refuge péradza 2530m   ( 8,9Km  / +792 / -92 ) :   plat (3') puis bonne montée en sous-bois (47') suivie d'une petite descente (51'). La montée suivante est dégagée et de + en + simple, avec des portions courables le long de la ligne à haute tension. La fin en longue à venir (2h27)     ( arrivée lundi 19h42 )

       Sitôt la rivière après le plat franchie, j'attrape le téléphone pour joindre Maria comme prévu.  Ça va faire du bien de causer un peu. M…. ! Il n'y a plus de réseau. Je n'ai pas anticipé cette possibilité-là, si près de Lillaz et de sa civilisation. Bon, et bien il ne reste plus qu'à continuer et vérifier régulièrement l'absence de couverture mobile.

       J'arrive rapidement à l'endroit où je me suis coincé le dos il y a 1 mois. Là, ça va, je passe donc rapidement cet endroit néfaste. Depuis le début, je me tiens le plus droit possible et tente d'effectuer le maximum de mes gestes les bras au plus près de moi. Pour le moment tout semble aller, mais l'expérience montre qu'il ne me faut pas grand-chose pour se mettre le dos en l'air. J'avance donc avec prudence.

       La montée en sous-bois s'effectue tranquillement. Il n'y a personne aux alentours et je prends patience. Lorsqu'arrive enfin la petite descente, je suis bien content de pouvoir relancer. La température a commencé à descendre et un peu d'action n'est pas pour me déplaire. La partie qui se présente ensuite n'est pas la meilleure de ce TOR. Nous l'avions faite avec Solange en 2016 lors de l'assistance faite pour Maria et, si la partie basse est sympa, la partie haute fait + appel au mental. Nous longeons une ligne à haute tension qui ne rehausse pas vraiment la beauté du paysage. Enfin ce n'est que mon avis, mais à ce moment-là, plus je vais avancer et plus je vais me lasser.

       La dernière partie avant le refuge est ventée et il faut vite enfiler de quoi se protéger. Je me fais doubler un peu dans cette montée mais cela permet de voir du monde, même si les vitesses sont bien différentes. Certains ont dû dormir à Cognes et ils sont "pleine balle" en rapport avec mon allure modérée. La plaine d'avant le refuge est glaciale et j'enfile aussi les gants, buff polaire et buff simple. Enfin le refuge se dévoile à nos yeux et c'est bien content que j'entre dans cette antre chaude. Je sais bien qu'il faudrait repartir tout de suite pour espérer commencer la descente (technique) du col suivant avec encore un peu de clarté mais j'accuse un coup de mou et décide de me poser 10'. A l'arrivée au refuge, mon avance sur mes prévisions "110h" est montée à 1h26. Je peux bien m'accorder un peu de répit non ?

refuge péradza 2530m / col fenêtre de champorcher 2827m   ( 1,7Km  / +306 / -9 ) :    On retrouve une montée franche mais sans piège    ( arrivée lundi 20h28 )

       Je fais donc une petite pause au chaud. Je suis étonné d'y retrouver une ancienne lauréate du TOR : Denise ZIMMERMANN. Ça fait toujours bizarre de voir un personnage médiatique "en vrai". Je ne m'attarde pas plus de 7/8' pour autant et retrouve le froid extérieur.

       Avant de donner l'assaut au col qui vient, petite course dans la descente partant du refuge. Cette petite descente, comme bien d'autres montées ou descentes, n'est pas forcément indiqué sur le profil des organisateurs. Mais additionné les uns aux autres, ces changements finissent par faire pas mal de dénivelés supplémentaires par rapport à la version officielle.

       Peut-être vous demandez-vous comment j'ai obtenu mes chiffres ? Je préviens tout de suite que je ne revendique aucunement leurs strictes exactitudes. C'est ce qui me semble s'approcher le + de la réalité du terrain mais peut-être que certains sauront être encore plus pointus. 

       Déjà, je regarde sur les cartes d'IGN au préalable les altitudes des points de départ et d'arrivée. Puis j'ajoute tous les "contraires". Les "contraires" ? Ce sont les descentes quand vous êtes sensés monter et les montées quand vous êtes sensés descendre. Ok sur le principe ?  Très bien, mais comment est-ce que j'estime ces "contraires" ? Et bien en fait simplement je ... les comptes. Par exemple, à chaque fois que nous sommes censés monter et que se présente un talus ou un vrai morceau de descente plus long, j'estime le dénivelé parcouru. J'additionne le tout pour chaque tronçon et le note à la fin de celui-ci. Pareil lorsque nous devons descendre une longue portion. Chaque petite bosse est comptée. Il faut quand même que le sujet fasse au moins 1m de haut pour être comptabilisé. Là, vous pensez qu'il faut quand même être mentalement bien atteint pour faire ça. Hum ... je suis d'accord. Certains sont alcooliques ou accro au ménage le samedi matin ou autre. Moi, je suis bloqué sur la précision des préparatifs d'avant évènement. Encore une fois, je concède bien volontiers être dans l'erreur mais je suis sûr également de n'être pas loin du compte. Cela fait quelques années que je procède ainsi lors de la plupart de mes sorties dans les monts du lyonnais ou en montagne. Cela m'a permis d'affiner ma méthode et donc mes estimations et d'arriver à être bien précis. Là où j'ai encore un peu de mal c'est avec les portions presque plates. Heureusement, sur le TOR,  il n'y en a pas beaucoup. Ceci explique aussi pourquoi le parcours est aussi saucissonné. ça évite une surcharge mentale ...

       En parlant de surcharge, c'est vrai que j'ai pas mal mangé au refuge et du coup, je n'avance pas trop dans ce dernier jump. Bon, c'est pas long, c'est régulier avec de grands lacets où l'on situe facilement la concurrence et pas technique. Bref, il n'y a qu'à mettre un pied devant l'autre et recommencer.

       La nuit tombe et avec le vent, il fait bien froid. j'ai hâte de basculer de l'autre côté pour retrouver ce qui nous attend : La partie la moins sympathique de ce TOR, surtout de nuit jusqu'à Donnas. Une fois passé Donnas, ce sera une autre épreuve qui commencera. Mais je n'en suis pas là et je termine ce col en marche active avec le vent dans le dos. Mon avance virtuelle est redescendue à 1h17'.

col fenêtre de champorcher 2827m / ravito refuge Dondena 2151m   ( 5,7Km  / +31 / -707 ) :   début de descente single peu carrossable (19') puis une fin + simple (courir) juste avant de passer à gauche du refuge Miserin (23'). La descente s'effectue ensuite sur chemin large le + souvent, mais parfois défoncé (56')     ( arrivée lundi 21h24 )

        Pour ce début de seconde nuit, je ne tarde pas plus à éclairer ma frontale. Je sais que ce début de descente contient pas mal de pierres croches-pattes et je tiens à rester debout au maximum, sans compter que j'espère toujours ne pas me tordre à nouveau la cheville. Je me retrouve rapidement seul car le concurrent qui me suivait juste avant le col ne semble pas vouloir s'extraire de ce petit piège à la même vitesse que moi. Et c'est vrai que le balisage est parfois un poil limite, surtout lorsque le chemin n'apparait pas clairement sous nos pieds. Je reste concentré et m'efforce de rester calme lorsque je suis obligé de m'arrêter, balayant la montagne du faisceau de ma frontale. Je me trompe 2 fois sur quelques mètres mais rien de grave. Ce toboggan de rocher semble long alors qu'au final, il ne dure qu'une vingtaine de minute.

       En arrivant sur le refuge Miserin, j'entraperçois un grand lac sur la droite. La lune presque pleine s'y reflète et c'est apaisant. Bon, par contre, je ne vois pas de balisage autour de la construction plongée dans le noir.

       Je remonte la colline en direction de l'habitation mais rien, pas de reflet signe de la présence d'un balisage. Bon, pas de panique, la parcours ne peut pas remonter la montagne. Je pars donc un peu à l'azimut et finis par apercevoir un reflet une centaine de mètres plus loin. Je suis dans la bonne direction. 

       Je note mon temps de passage en courant dans une portion simple. Nous alternons à ce moment-là des portions courables à bonne allure avec des parties pentues où je marche. Je rentre et sors les bâtons quelques fois. Je ne vois pas de frontale. Je suis seul et j'en profite pour me lâcher un peu sur la vitesse. << C'est pas bien ! >> me souffle la voie de la raison. Est-ce parce que j'ai mis en route ma musique que je l'entends peu ... Tant pis, je grille un peu ce qui me reste de jambes, content de pouvoir encore courir correctement. C'est ce que j'ai dit à Laurent / Arclusaz en réponse à l'un de ses sms modérateurs. Comme le grand philosophe qu'il est, il comprendra certainement le "je cours donc je suis".

       Encore un peu plus bas, comme je ne vois aucune lumière indiquant le refuge Dondena, je décide d'estimer mon heure d'arrivée avec mes temps de passages déjà notés. Je constate avec désappointement que mon relevé de temps ainsi que mon stylo ne sont plus dans mon sac à dos ! Arrêt et recherche rapide dans la nuit. Rien. Je vais donc devoir faire jusqu'à Donnas sans cette aide précieuse.

       Heureusement, Jano et Solange sont joignables et nous échangeons pas sms pour estimer ce qui m'attends. Jano m'enjoint également de calmer le jeu et d'y aller doucement. Parait-il que je vais trop vite ... Je vais tenter de tout retenir mais ça ne va pas être facile. Je profite également de cette pause pour lire les sms d'encouragement. Merci les amis !

       Je ne sais pas si c'est le fait de ne plus avoir de timing écrit à respecter mais j'avoue m'être un peu laissé aller à courir (un peu trop) souvent jusqu'au refuge de Dondena. C'est au moment où je me dis que je devrais bientôt apercevoir ses lumières au loin que je tombe dessus, caché qu'il était derrière un grand virage à droite. Tant mieux car je n'ai plus d'eau et plus rien à manger. A l'entrée au refuge, mon avance est montée à 1h36. de quoi m'autoriser une petite pause.

ravito refuge Dondena 2151m / Champorcher 1450m   ( 6,1Km  / +35 / -736 ) :   début de descente sur gros chemin (11') puis single dans un pré "à découvert" qui se court souvent (23'). Lorsqu'on rentre sous les arbres, ça devient piège, il faut marcher : grosses marches & racines technique => ravito  (1h03)   ( arrivée lundi 22h27 )

       Dès mon entrée, les responsables du lieu me demandent ce que je souhaite manger et, après avoir pris ma commande, m'emmènent dans la salle à manger, au milieu d'autres coureurs et de leurs clients. C'est un accueil super chaleureux. Je ne peux m'empêcher de m'interroger pour savoir si je ne viens pas de tomber dans un piège qui va me faire perdre beaucoup de temps ... On ne se refait pas.

       En attendant que le plat soit préparé, je refais le plein du sac, effectue quelques rapides étirements, mets de la crème sur les pieds. Mon assiette arrive et je profite de ces très bonnes pâtes chaudes. A la maison, sûr que j'en aurai repris mais lorsque la question est posée, je réponds gentiment (enfin j'espère), par la négative. 10' après mon entrée, je repars.

       Il faut tout de suite courir pour se réchauffer mais les jambes ayant cru à une vraie pause, ont du mal à repartir au grand galop. Je patiente donc en serrant les dents que ces dames daignent bien vouloir se mobiliser à nouveau. 10' après, c'est reparti et je cours du mieux que je peux. Je sais que la partie boisée qui clôture ce tronçon est difficile, technique et peu propice aux envolés. je me dis bêtement que j'en profiterai pour reposer mes jambes à ce moment-là.

       Oui mais non. Lorsque cette partie débute, je vois bien vite que ce n'est pas possible de récupérer ici. De grandes marches succèdent à des grosses racines ou des rochers glissants, quand ce n'est pas des zones boueuses. Bref, ce n'est pas le pied. Je ne suis pas mauvais descendeur mais me fais quand même doubler 4 ou 5 fois. Cela m'étonne car je trouve que je vais malgré tout trop vite, faisant subir à mes cuisses de grosses secousses. Et ça dure. 

       Lorsqu'enfin nous arrivons sur Champocher, c'est par un chemin dallé que je préfère marcher tant ces dalles sont espacées et anguleuses. Seuls les derniers mètres en bitume permettent de sauver les apparences devant les bénévoles. Je rentre dans la tente, bien conscient que mes jambes viennent de subir de bien mauvais traitements. Je ne connais pas l'écart avec mon timing "106h" mais Solange m'en informe : 1h38 d'avance

       Je me suis parfois interrogé sur la capacité de ce ravito / pointage à permettre aux coureurs de dormir de façon correcte. Les 4 lits de camps dressés en bord de toile de tente, presque au milieu du ravito et dans le bruit ambiant, me donnent un semblant de réponse. Si toute la capacité hôtelière est là, mieux vaut passer son chemin. C'est ce qui est prévu de toute façon, je repars donc sans trainer.

Champorcher 1450m / ravito de Ponboset 790m   ( 9,1Km  / +205 / -865 ) :  1km sur bordure ciment de la rivière puis un peu de gros chemin avant "la jungle urticante". La fin est plus souvent courable  mais recèle des pièges ...  (1h19)   ( arrivée lundi 23h46 )

       La fatigue commence à me tomber dessus mais je sais qu'avant de pouvoir souffler en marchant, je dois courir sur 2km environ. J'avais parcouru cette portion il y a 3 ans et quelques souvenirs sont restés. Par exemple, je sais qu'il faut se coller à la rivière car il y a une bande de ciment sur 800m qui fait du bien après la portion que nous venons de parcourir, plutôt que de suivre le gros chemin à 10m. Bon, visiblement les organisateurs ont évolué et ont également opté pour cette solution puisque le balisage est effectué le long des barrières.

       Faire quelques foulées sur un sol lisse fait vraiment du bien. J'en profite pour échanger quelques sms avec Solange et avec "benman l'homme bucheron", l'un des grands pitres de kikourou. Il fait le modeste mais pour ce trublion des réseaux sociaux, je pense que son Tor viendra bientôt.

       En levant la tête, il me semble apercevoir des frontales environ 200m de D+ au-dessus de nous, et allant dans le même sens. Ne serait-ce pas 2 valeureux participants du Tor des glaciers ? Je l'espère à ce moment-là car je n'ai aucune envie de remonter tout là-haut.

       Arrivé dans un hameau après avoir couru 200m sur une route, le chemin plonge à gauche. C'est le début de ce que je vais rapidement appeler "la jungle". Le parcours passe par ce qui a dû être une trace un jour et qui ne doit être emprunter que par le Tor. Très peu dégagé (et qu'ont dû en penser les premiers ?), les orties et ronces sont partout. Ah ça réveille les mollets ! De plus, la visibilité du sol n'est pas toujours assurée. Avec des rochers dans tous les sens, l'humidité ambiante et l'étroitesse de certains passages, je n'avance pas. Il y a le plus souvent descente mais la vitesse moyenne sur ce passage est famélique. Difficile de dire combien de temps cela a duré. Mentalement, au moins 2h. En réalité, plutôt 25/30', mais la fatigue et la nuit commencent à sérieusement altérer ma sagacité...

       Enfin nous traversons à nouveau la rivière. Au loin, les lumières d'un hameau annoncent le dénouement de ce tronçon. Ouf !

       Ah ben non en fait. Il n'y a personne et il va falloir aller plus bas. Pffff, pas envie. Heureusement, le chemin est souvent courable et comme j'aimerai en finir au plus vite, j'enclenche souvent la seconde. Je rattrape un petit groupe et en prend rapidement la tête. Voilà ! Enfin le hameau attendu, un peu plus grand que le précédent. Et m...., c'est toujours pas ça. Un petit bout de bitume et un beau chemin recommence juste après la bordure et la plaque d'égout.

       Crac ! boum ! Huuuuue! Aie ! Je crie ma douleur : j'ai posé mon pied gauche sur la plaque d'égout mais celle-ci, non fixée, vient de se dérober. Tout s’est passé trop vite pour comprendre exactement l'action. La plaque m'a-t-elle coincé le pied ? Est-elle retombée dessus ? Le pied s'est-il juste tordu ? Toujours est-il que ça fait un mal de chien. Pris dans mon élan, je boitille sur quelques mètres mais pense immédiatement à prévenir les autres coureurs derrière moi. Ils ont le temps de s'arrêter et vont replacer la plaque de manière sécurisée. Qu'est-ce que c'est idiot comme façon de se faire mal !

       Là, ça sent pas très bon pour mon pied. Je me suis parfois tordu les chevilles depuis 10 ans que je cours les chemins mais ça n'a jamais provoqué la moindre entorse. Peut-être que les exercices de proprioception effectués régulièrement en fin d'entrainement servent-ils à quelque chose. En attendant, à chaque pose de pied c'est bien douloureux. Situé sur le côté gauche et sur le dessus du pied, le problème semble indiquer autre chose qu'une entorse de la cheville. 

       Tant que "c'est chaud", je continue à trottiner. La vitesse à bien baissée mais j'avance encore. "Ne change pas ta foulée, ne compense pas" m'indique la voix de la sagesse. Oui, bien sûr, je le sais ça, mais ce n'est pas simple à appliquer sur le moment. A la 1ère petite remontée, je desserre les lacets au-dessus du point douloureux, ce qui amène un peu de confort pour la suite. 

       Après 10', je m'étonne de ne pas avoir revu les coureurs qui me suivaient au moment de ma cabriole. J'ai continué en boitillant, bien réduit ma vitesse et ils ne m'ont pas rattrapé. Suis-je encore sur le bon chemin ? Ben oui, je vois régulièrement des balisages. Il est vrai que nous avons tourné à droite dans un pré et que je me suis dit que le balisage était tout juste suffisant. Ont-ils été tout droit ou sont-ils juste derrière moi mais hors de portée de frontale ? Je n'aurai jamais la réponse car je ne les ai pas revus.

       Il est temps d'en finir. J'en avais déjà marre avant l'incident et avec ça, c'est un peu too much ! Du coup, je fonce. Une foulée de la jambe droite allongée pour la vitesse et une foulée de la jambe gauche plus courte et plus rasante pour limiter l'impact. La douleur reste et indique qu'il y a bien eu dommage. Je commence à penser négativement mais pas longtemps. C'est un fait de course et ça fait moins mal qu'une grosse crampe dont je suis spécialiste. Je dois m'habituer à courir avec cette pointe dans le pied car la route est encore longue.

       Enfin le vrai hameau de Pontboset est atteint. Il est beau même de nuit. Que ça fait du bien ce bitume. En accentuant la pose du pied gauche sur l'intérieur, la douleur est moins forte. C'est un bon signe non ?

       Afin de repartir le pied chaud, je ne traine pas sous la tente du ravito. Tiens, la puce de mon bracelet d'identification ne passe pas au lecteur. Décidément, cette zone est emplie de mauvaises ondes, il faut vite en partir ! Alors qu'il me semble avoir un peu galéré dans cette portion, j'ai encore gagné du temps par rapport à mes estimations (faites sur la base de la trace du Tor 2016 de Maria). Du coup, l'avance a bondi et est maintenant de 2h14' !

ravito de Ponboset 790m / Base Vie de Donnas 330m   ( 9,7Km  / +360 / -820 ) :  petite descente raide puis montée simple au début et vite très raide. Long toboggan technique et parfois bien pentu avant une descente bitume . Plat bitume jusqu'à Bart puis remontée au fort de Bard. Enfin descente très raide sur bitume + coup de cul puis presque plat jusqu'au ravito (1h46)      ( arrivée mardi 1h32 )

       La petite descente en début de tronçon est douloureuse, tant au niveau du pied que des muscles des jambes qui commencent à en avoir bien marre. Un peu comme la tête quoi.

       Eu égard à l'horaire, je ne sms pas. Tout le monde doit dormir et j'en ferai bien autant. Non pas que j'ai sommeil (les douleurs tiennent assez bien éveillé) mais je commence à me dire que mon pied acceptera facilement un peu de repos. Les jambes seront du même avis et la tête aussi.

       Je profite de la montée avec de bonnes marches hautes qui suit la descente pour décider de mon arrêt à Donnas. Il me semble judicieux et prudent d'investir mon avance en temps de repos. En gros, j'applique la tactique prévue si j'avais changé d'objectif (comme un passage de 106 à 120h au final) : profiter d'une base vie atteinte en début de nuit pour allonger la période de dodo. Régler le réveil sur la base du timing moins élevé pour dormir plus longtemps. Sauf que là, ce sera tout bénéfice puisque je vais malgré ce dodo allongé pouvoir rester sur mon timing de 106h. En espérant qu'il n'y ai pas de mauvaise surprise au réveil du côté des douleurs.

       J'atteins le premier sommet de ce tronçon avec ma tactique prête … et de mauvais souvenirs. Je pense qu'il n'y a plus qu'à se laisser glisser jusqu'à Bard  puis Donnas. Erreur. Grosse erreur. Enorme erreur. Le toboggan qui va suivre va être une calamité. Il n'en finit jamais, personne autour pour donner du rythme. et que ça descende jusqu'à une rivière, et que ça remonte au même niveau qu'avant. et que ça recommence. 1 fois, 2 fois, mille fois ! Y'en a marre. Les organisateurs sont des sadiques. On voit Bard juste en dessous et hop, on repart dans l'autre sens et ça remonte. Et tout ça sur un terrain très chaotique. Des rochers, des marches, des racines. Stop s'il vous plaît . Personne n'entend. La fatigue m'énerve. Le seul avantage (mais en est-ce un ?) à cette réaction est que je ne calcule plus mes efforts. Je puise pas mal. Cela fait 1h que j'ai mangé moins pour pouvoir m'endormir plus facilement et il doit me manquer quelques calories quand même.

       Je finis par rejoindre un couple qui est dans la même misère que moi. Ils ne sont pas décidés à me laisser passer et vu que personne n'a rangé les rochers, je ne peux doubler. J'avale une petite pâte d'amande en patientant. C'est passablement grognon que je les double enfin. Et 5' plus loin, AMEN ! voilà enfin la route.

       J'éteints la frontale et je descends plein pot jusqu'à Bard. J'ai mal mais je m'en fous. Je veux en finir quoi ! Un nouveau zombie est laissé sur place avant Bard. Je suis à 12km/h et ça va ! Enfin ça va … Après 1km comme ça, je sens ma lucidité m'échapper et décide de ralentir l'allure. Ranger les bâtons m'a fait du bien. Je me sens léger ou en tout cas + en forme que les coureurs que je viens de voir. Et plutôt bien pour avoir grosso modo déjà un UTMB dans les jambes. J'avertis Solange de mon arrivée prochaine. Désolé pour le réveil ... 

       Rejoindre la base vie se fait en courant à une allure d'entrainement. Revoir la civilisation m'a apaisé et je suis bien content de pouvoir maintenant me reposer. Je ne regarde pas mon avance car je sais qu'elle sera réduite à néant par ma pause dodo allongée. Pour ceux qui voudrait malgré tout calculer mes prévisions, l'avance est de 2h48 à l'entrée de la base vie.

Bilan 3ème tronçon (entrée Cogne à entrée Donnas) :  46,7 Km / + 2054m / - 3264m    9h42 : 9h26 de progression + 16' d'arrêt long .         Bilan depuis le départ :  159,1 Km / + 10.606m / - 11.501m     37h32 : 34h44 de progression + 2h48 d'arrêts longs (dodo = 45')        Classement : ? et je m'en moque !

Bilan de ma 2ème étape (Rhêmes / Donnas) :   89,7 Km / + 5.156m / - 6.551m .        21h34 : 19h25 de progression + 2h09 d'arrêts longs dont 45' de dodo.    Classement : ? ème à l'entrée , beaucoup + après avoir dormi.

Base Vie de Donnas 330m ( entrée mardi 1h32 ) : 

       Comme à Cognes, Solange a déjà tout préparé. J'essaye de ne pas perdre de temps mais le soulagement d'être enfin arrivé doit malgré tout m'en faire perdre un peu. Après une appréciable douche, je m'occupe de mon pied gauche qui n'a pas trop gonflé. un coup de bombe froid, un peu de crème à l'argile et direction la salle de dodo. Il reste quelques lits et je choisis celui qui me semble le plus excentré. Il est presque 2h du mat' et je fixe le réveil à 5h. Je ne mets pas + de quelques minutes à m'endormir. 

       Lorsque Solange vient me réveiller, il est un peu difficile d'émerger mais nous finissons par redescendre dans la salle principale. Les cuisses sont courbatues mais rien d'alarmant à ce niveau de l'épreuve. Concernant mon pied, il a un peu enflé sur la zone douloureuse mais comme j'arrive à marcher, je pense pouvoir repartir ainsi. De toute façon, le mal est fait.

       Solange a conservé la moitié de la pizza qu'elle a mangée hier soir et j'en avale 1/6 avec plaisir. Tout en mangeant, je tente de soigner au mieux mon pied gauche. Je l'enduis à nouveau d'argile. Pas d'ampoule par ailleurs et ça c'est bien. Les chaussettes double peau de D4 semblent efficaces. Comme l'étape qui s'annonce va être longue et avec des appuis fuyants, je strappe les talons et le dessous des pieds en préventif. Tout ça prend un temps fou.

       Et c'est la même chose avec mon passage aux toilettes. il n'y en a + qu'un seul d'utilisable et il est occupé lorsque j'arrive. Je patiente mais au bout de 5', je m'impatiente et finis par toquer à la porte. au bout de 2', comme rien n'a bougé, je tambourine franchement, et là, du bruit se fait entendre. Encore 2' et je vois sortir un minuscule asiatique qui ne semble pas du tout être un coureur. Par contre, si j'en juge par le carton "assistant" qu'il a de collé à moitié sur sa joue et son oreille, il a tout du gars qui a choisi ce lieu, ô combien stratégique ...  pour faire sa sieste.  Je fulmine !

       Encore quelques trucs à régler de-ci de-là et je prends - enfin - la direction de la sortie. + d'1 heure s'est écoulée entre le réveil et le départ, c'est juste une faute professionnelle de mon point de vue. Ah il est bon le psychorigide de la prépa ! 

       Comme prévue, mon hypothétique avance sur le rythme 106h a fondu. Il ne reste que 28' lorsque je m'élance, ou plutôt lorsque je sors de la base vie.

Base Vie de Donnas 330m ( sortie mardi 6h02 - arrêt de 4h30 pour 3h de dodo ) : 

Base Vie de Donnas 330m / ravito de Perloz 633m   ( 5,7Km  / +514 / -211 ) :   plat bitumé dans la grande rue jusqu'au centre de Pont St-Martin (19'). Après le pont, montée bien raide en 2 temps (600m bitume plat au milieu) avec de grosses marches (47') puis descente raide & technique, là aussi avec marches => Perloz   (1h12)      ( arrivée mardi 7h14 )

       Juste après le départ, là où je pensais que nous allions tourner à gauche pour monter dans les vignes, nous continuons tout droit pour tomber sur la nationale allant jusqu'à Turin. Bien content de ne pas passer par là à une heure de pointe, ça doit être sacrément bruyant. Nous suivons cette route jusqu'au rond-point suivant qui nous permet de nous échapper vers Pont St-Martin. C'est bien plus direct que mon estimation. Tant mieux, ce sont toujours quelques minutes de gagnées. Elles vont compenser un peu du temps perdu en BV ainsi que mon allure actuelle : je n'arrive que très peu à courir sur ce plat de reprise. Les jambes font mal mais c'est surtout le pied qui pose des problèmes. Je ne suis plus assez chaud pour être aérien. Je cherche des appuis différents dans ces 2 km de route mais ils ne soulagent que peu la douleur ressentie en courant. Marcher est plus simple et j'opte donc souvent pour de la marche rapide. Solange passe en voiture et va me retrouver un peu plus loin.

       Une fois le pointage de pont-St Martin passé, il n'y a plus de question à se poser ou presque. Ce sera de la marche puisque nous entamons une belle grimpette, d'abord au milieu des maisons puis dans la forêt. Les rochers ont remplacé le ciment mais c'est toujours une forme de marches qui est à gravir. Le bitume séparant les 2 parties de la montée me rassure sur le réchauffement du corps : je cours à nouveau. Pas bien vite, sans foulée équilibrée, mais je cours pendant ces 3/4 minutes de plat.

       En cours de montée, j'informe le plus matinal des kikourou lyonnais, maitre Jean-Phi, de mon souci au pied. Cela fait du bien de partager un peu la course et de se changer les idées. Mes parents m'informent que la météo risque bien d'être encore capricieuse aujourd'hui, et toujours bien fraiche. Bon, et bien il faudra faire avec.

       La descente qui nous ramène à Perloz est parfois pentue et pas vraiment lisse. J'essaye au maximum de soulager mon pied mais c'est difficile. Je me dis qu'il va falloir s'habituer à cette douleur si je veux aller au bout. J'ai souvent, au cours de ma préparation, pensé à la lutte qui intervient forcément à un moment ou un autre, entre notre volonté de poursuivre l'aventure et nos douleurs et fatigues à surmonter. Mais on ne peut jamais être prêt ou sûr de notre force dans ce type de course. Et puis quoi ? il reste à peine 200km à faire. Euuuh, en fait non, je ne vais pas penser tout de suite à la fin. Commence alors une gymnastique intellectuelle qui consiste à se voiler la face sur ce qui reste à faire pour ne viser que le prochain point à atteindre. Et pour arriver à ce trompe-l'œil, je me fixe un objectif chronométrique sur chaque portion. Je suis bien aidé en cela par mon roadbook perso qui est assez détaillé quand même.

        En tous cas, J'arrive ainsi jusqu'à Perloz, sans que le moral soit trop atteint. Le temps gagné au départ de Donnas se lit immédiatement sur mon timing "106h" qui est pour l'heure encore d'actualité. Avance = 51'

ravito de Perloz 633m / Ravito de Sassa (l'étoile du berger) 1398m   ( 7,4Km  / +990 / -225  ) :    [Plein de fontaines après Hereraz et pendant 25']     10' descente Raide + montée pentue => tour Hereraz (18'). Mixte entre zones courables & montées (1h20 env.) puis final en montée dure (beaucoup de marches)  (2h11)      ( arrivée mardi 9h25 )

       Le ravito de Perloz est animé, même tôt ce matin et les accueillants sont bien souriants, comme dans la plupart des lieux de passages. Je ne m'attarde pas préoccupé que je suis par la volonté de "rester chaud". J'ai hâte de terminer la descente qui suit pour aller vers une longue montée qui devrait être un peu moins douloureuse.

       Que ça fait du bien de retrouver la montée après avoir traversé la rivière ! Cerise sur le gâteau, Solange m'attend à nouveau juste après la tour d'Hereraz. Le parcours emprunte 300m de la grande route qui mène à Greyssoney. Nous faisons quelques pas ensemble. Bien vite cependant, je repars en courant, laissant sur place une trottinette désabusée. un vrai goujat !

       Je suis dans la course et je sens tout le bénéfice de la pose dodo. Je cours dès que possible. Jano m'a informé que je suis encore un peu en avance sur ses temps de l'année dernière et je m'efforce de faire durer cet état de fait le plus longtemps possible. je ne me fais pas d'illusion : ils avaient couru de concert avec Kelek l'année dernière et avaient commencé à accélérer sur cette étape. Mais bon, tant que je peux rester à leur niveau sans me griller trop, je prends. Donnas / Greyssoney est l'étape la plus redoutée, la plus longue aussi et je ne crache pas sur un peu de compagnie dans ma bulle.

       Les nombreuses fontaines qui jalonnent la moitié du tronçon permettent de se laver les dents presque quand on veut. C'est en plein dans cet exercice que je rattrape une autre légende féminine de la course : Marina PLAVAN. Maria et elle s'était livré une sacrée bataille pour le podium en 2015 et 2016. Nous cheminons ensemble pendant 20'. Elle fait le TOR des glaciers cette année et avoue que c'est certainement la dernière fois qu'elle vient sur ce format. Oui, moi aussi j'ai déjà annoncé ce type de bêtise ...

       Au gré d'un replat que je sais long d'un bon kilomètre, je laisse Marina à sa marche active et repars en courant. 

       Il n'y a pas que mon esprit qui s'échauffe à la poursuite de mon mirage, les pieds aussi. Petite pause nok et ça repart. La suite s'étire pendant 1 heure à monter des marches et des pentes raides. Quelques replats font du bien mais ils ne sont pas légion. J'appuie sur les bâtons pour soulager les jambes et trouver un équilibre parfois contesté par la pente.

       Lorsque je débouche dans l'épingle à cheveux d'une route avec une fontaine sur le mur en face de nous, je sais que le ravito est tout proche. Allez, encore quelques longues marches et ce sera une mini-pause bienvenue.  Ma débauche d'énergie se traduit par une avance légèrement augmentée, qui passe à 1h.

Ravito de Sassa (l'étoile du berger) 1398m / Ravito refuge Coda 2224m    ( 4,5Km  / +899 / -71 ) :   Montée raide mais pas technique => col portola (non indiqué, 57') puis joli toboggan => col clarisey ( 1h19)  puis montée raide en arête jusqu'au refuge   (1h53)      ( arrivée mardi 11h18 )

       Le ravito est expédié vite fait. Jano m'informe que les pointages, s'ils indiquent que j'ai perdu 15' sur ce tronçon par rapport au binôme Jano / Kelek 2018, restent positifs et semblent dire que la gêne au pied n'est pas si chronophage que ça. C'est vrai mathématiquement parlant et depuis l'arrière des ordinateurs. Sur le terrain, je sais que c'est au prix d'une débauche d'énergie que je ne pourrai maintenir sur la longueur. Et surtout, nous venons de réaliser un tronçon presque exclusivement montant et très peu technique. Cet état de fait va se modifier d'ici le refuge Coda pour devenir tout l'inverse petit à petit. Mieux vaut ne pas y penser. 

       Fidèle à ma nouvelle façon de calculer, je fixe des horaires de points de passages jusqu'à Coda. Ça va m'occuper.

       Le début de montée est charmant, serpentant au milieu des prés et de quelques chalets. La pente se fait ensuite un peu plus incisive. J'ai gardé mon opinel entre les dents et avance assez bien (pour moi) aux alentours de 500 à 550m de D+/heure.

       Dès que faire se peut, je fais quelques mouvements sensés soulager mes jambes. Là encore, c'est un rituel. A appliquer obligatoirement après une descente lors des premiers mètres de remontée, mais aussi au cours de longues montées ou longues descentes; Description :  j'effectue ou plutôt j'amplifie,  4  foulées pour chaque jambe d’une espèce de montée de genoux / talon fesses. Un peu comme si je pédalais sur un vélo fictif en somme. Les sensations doivent être : la 1ère : ça fait mal; la 2ème : ça fait encore mal mais les muscles s'étirent un peu;  la 3ème : c'est nettement plus facile comme geste;  la 4ème : ça ne fait presque pas mal. Bon là, avec la longueur du truc, j'ai parfois poussé à 5 ou 6 le nombre de répétitions de détente. Inutile ? peut-être . A chacun de trouver ce qui lui permet de repousser l'inéluctable.

       Entre le col de Portola et le col Clarisey je rattrape un "couple" mais les quelques blocs m'empêchent de doubler simplement.  Le dépassement est effectif 200m plus loin au prix d'une sortie de trace sur des roches rendues parfois glissantes par les pluies discontinues. Je sens une petite pointe dans mon genoux gauche mais ça ne dure pas + de 15 secondes. C'était une de mes inquiétudes avant la course. Comment mes articulations vont-elles réagir ? Je n'ai jamais eu de problème de ce côté-là mais sur une telle distance, comment savoir ? On peut trouver des exemples de coureurs qui ont vu leurs genoux gonfler à l'extrême par trop de sollicitations. Nous approchons de la mi-course et je prie pour qu'une telle mésaventure ne m'arrive pas.

       Au début de l'arrête nous menant enfin au refuge, je trouve un abri sans vent pour mettre de la Nok. Ça fait 2 fois dans cette montée mais la météo mélange chaleur et humidité et je préfère être prudent. Et je ne vais pas attendre Coda car une petite ampoule semble vouloir picoter sous le pied droit. En sachant tout ce qu'une simple ampoule peut entrainer comme problématique, j'anticipe ou au pire, réagit dès les 1ers symptômes.

       Comme parfois en montagne, l'arête qui nous emmène au refuge est le lieu de partage de 2 météos bien distinctes. A gauche, la vue est complètement dégagée sous un ciel gris. A droite, ben … on ne voit rien car le brouillard -ou les nuages ?-  montent continuellement vers nous pour se dissiper sitôt l'arête atteinte. Visuellement, c'est étonnant.

       Le refuge est finalement atteint un peu plus vite que prévu. En ais-je trop fait ? Toujours est-il que mon avance virtuelle est montée à 1h12 lorsque je pénètre dans cette chaude caverne. 

Ravito refuge Coda 2224m /  refuge Barma 2040m    ( 8,2Km  / +819 / -1003 ) :   plutôt technique et descendant jusqu'à Goilles (53'). Là, ravito non répertorié et 1 fontaine. 1km courable puis montée +toboggan + descente jusqu'au-dessus du lac Vargno (1h17). A droite, nouveau tracé en toboggan avec passages type via ferrata  (1h43). Après le pont neuf, montée à ne pas négliger pour rejoindre des cabanes abandonnées (2h20) puis plat humide et dernière montée pour rejoindre le refuge Barma   (2h40)      ( arrivée mardi 13h58 )

       Je tente de faire vite mais il y a là quelques plats qui changent de l'ordinaire. Je n'arrive plus à me rappeler le nom de la spécialité chaude de la maison à base de fromage grillé, mais c'est fameux. 2 portions feront mon délice. Entre le vent, le froid et la pluie à l'extérieur, je m'accorde quelques minutes bien au chaud. Pas trop quand même, faut pas déconner !

       Le retour à la nature est … vivifiant et c'est bien que le petit chemin du départ soit en descente pas toujours technique. Il est ainsi possible de se réchauffer un peu en courant. Un petit "coup de cul" et nous basculons de l'autre côté de l'arête, celui où le vent n'est pas trop présent. La pluie non plus, tant mieux car nous attaquons un bon bout de descente.

       C'est technique et la pose de mon pied douloureux ne se fait pas sans quelques foulées "étonnantes". Je sais que ça va durer un bon moment et prend mon mal en patience, au sens premier du terme. De toutes façons maintenant, je vais essayer de faire au mieux en montée et aux ravitos, en essayant de gratter quelques minutes de-ci de-là et qui , je l'espère encore à ce moment-là, viendront suppléer le temps perdu en descente. du coup, je perds à nouveau des places dans cette descente.

       Pour tromper mon mental et faire genre "je suis cool et détendu", je m'arrête parfois pour ramasser des framboises. Le chemin en est jonché et elles constituent un fort bon dessert.

       C'est dur mais finalement pas si long que ça avant de rejoindre un single en toboggan qui va nous emmener jusqu'à Goilles, visible au loin. Sur place, les habitant de la maison ont constitué un ravito "maison" à base de tartines de confiture ou de nutella. Pour ce qui est de recharger en liquide, il y a la fontaine à l'arrière de la maison, sur le passage de la course. Top quoi !

       Juste après, le chemin d'accès à la maison permet de courir sur 1km environ. Le peu de technicité du chemin met en sourdine la douleur de mon pied. Il n'y a pas vraiment eu de gonflement supplémentaire et l'ajustage des chaussures convient pour le moment. Bref, sur ce morceau, je cours et ça fait du bien. Les bras sont eux aussi content d'être relâchés car ils viennent de bien bosser sur les bâtons.

       Le gros dos d'âne suivant commence par me faire du bien. De la montée ! Moi qui ne suis pas fort dans cet exercice, j'en apprécie au moins le soulagement. La redescente en direction du lac Vargno passe aussi, grâce en soit rendue aux aiguilles de pin qui jonchent le sol. Nous longeons une ferme aux odeurs prononcées et plongeons en direction du lac.

       Jusqu'ici, le parcours est le même que les années précédentes. Nous savons depuis 2 semaines seulement qu' "en raison d'un éboulement, le chemin menant au refuge Barma sera détourné, pas de descente jusqu'au lac mais utilisation d'un nouveau chemin de contournement". Lorsque j'ai découvert cette modification, je me suis dit que le message était bien tardif pour tous ceux qui ont réalisé des reco cet été mais que l'on ne commande pas à la nature. Et pour le coup, la capacité à recréer un chemin sans danger est performante et très réactive. Je ne peux quand même pas m'empêcher de penser que ce changement de parcours que la nature nous impose intervient juste après la reprise en main du refuge Barma, lieu rénové à grands frais par la région d'Aoste mais qui était resté fermés depuis lors, faute de rentabilité car hors du passage de l'Alta via N°1. Seul le TOR faisait un détour jusqu'à présent pour rejoindre ce point.

       Sur les courbes de niveau des cartes, le chemin montré semble nous éviter du dénivelé. Dans ma tête, ce sera encore un peu de temps "non dépensé". La réalité du terrain va en être tout autrement.

       Là encore, avant la course, il faut avoir préparé une petite case mentale pour la gestion des aléas de course dont l'organisation est responsable. Quand on lit souvent "une orga à l'Italienne", si de prime abord ça peut paraître dédaigneux, il est quand même bon de se méfier un peu. L'orga est chaque année + rodée et pas mal de dysfonctionnements ont disparu heureusement. Ici, il ne s'agit pas vraiment d'un dysfonctionnement d'ailleurs mais d'un manque de considération pour les coureurs qui préparent avec le plus de soin et de précision possible cette épreuve. Il Parait qu'il y en a ...

       Je me fais rattraper par un canadien au moment d'attaquer ce nouveau tronçon. Il va beaucoup plus vite que moi et nous ne parlerons pas longtemps, mais c'était sympa. Le chemin, enfin plutôt la trace commence par longer la montagne dans un toboggan plaisant. Arrive ensuite de la vraie montée, rochers, racines et boue. L'avancée se fait de moins en moins rapide. Puis carrément lente car il s'agit maintenant de passages qui ont été "ferrés" comme souvent en via-ferrata. Sans être vertigineux, ces passages demandent malgré tout une certaine vigilance. de mémoire, il doit y en avoir 3 ou 4. Nous arrivons enfin à un bien joli pont -tout neuf- qui nous permet de passer au-dessus de l'affluent du lac.

       A ce moment-là, je me dis qu'il est quand même sacrément bien aménagé ce "détournement d'urgence". Et ce n'est pas le panneau publicitaire pour le refuge Barma juste après le pont qui va diluer mes soupçons. Autant je trouve complètement logique ce cheminement pour passer par le refuge, autant la justification des organisateurs me semble fumeuse. Seul avantage que je vois à ce moment-là est écrit sur le panneau : Barma à 40mn. Bon, au moins le temps perdu sur la "via-ferrata" et ses montagnes russes sera compensé par ce raccourci. A condition bien sûr de respecter à minima le timing indiqué pour les randonneurs. Comme généralement nous allons 15 à 25% plus vite, ça devrait se solder par une bonne affaire ce détour.

       En réalité, il me faudra cravacher une heure depuis le panneau " 40' ". Alors, le coin est bien sympa, il doit même être très chouette avec le soleil, mais là, avec le chrono qui défile et moi qui avance pas trop mal mais qui tombe à chaque fois sur une nouvelle colline à gravir plutôt que d'arriver, ça m'énerve. A 40', il y a même des constructions qui font croire que le ravito est là mais il s'agit d'un mirage sous forme de fermes de pâturage. Il fait froid, la pluie est revenue, Il y a des passages bien spongieux et toujours rien à l'horizon. Je compatis avec les pauvres randonneurs. Ils doivent êtres nombreux à trouver le temps long.  Lorsqu'enfin le refuge est atteint, c'est la soupe à la grimace. Les jeunes qui tiennent le pointage se marrent à chaque fois qu'un arrivant leur parle du panneau " 40' ". Eux savent ce qu'il en est, c'est sûr. 

       A l'intérieur, je m'installe carrément à table et commande des pâtes. J'en profite pour essayer de me changer les idées et fait mes petites annotations écrites. Le détour était effectivement plus court en kilomètre (gain d'environ 800m) mais le chrono est  pile dans les estimations faites avant l'annonce de l'orga. Je n'avais rien changé, gardant cette cartouche temporelle en secours. L'avance reste donc à 1h12 à l'entrée dans le refuge. Je découvre 2 mois après que le pointage effectué à l'entrée du refuge me classe en 92ème position.

Ravito refuge Barma 2040m / lac de Chiaro 2096m    ( 6,2Km  / +447 / -391 ) :   Après refuge : single dans pierrier puis montée de + en + pentue mais non technique jusqu'au col Marmontana. La descente suivante est technique, on ne court pas   (2h14)      ( arrivée mardi 16h12 )

       L'adresse est bonne et l'endroit joliment aménagé. Les bénévoles sont très actifs et serviables ce qui ne gâche rien mais fait perdre un peu de temps parce qu'on se laisse facilement tenter à ce moment de la course. Je dois y passer un quart d'heure. C'est beaucoup mais ce qui nous attend mérite bien un peu de repos non ? Pffff, je suis faible. Allez zou ! dehors !

       La pluie est bien présente lorsque la porte s'ouvre. Surtout ne pas hésiter. Signature de l'affiche comme dans pas mal de ravito et hop, c'est parti !

       Je découvre cette partie et ce que j'espérai - un single assez roulant à flanc de colline - se révèle être une trace parfois simple mais + souvent compliquée : La pluie a rendu les roches glissantes. Je ne suis donc pas à la fête entre mon pied gauche que j'essaye au maximum de soulager (et dont les appuis ne sont pas francs) et les appuis pied droit qui doivent assurer l'équilibre de l'ensemble. Je dois parfois ressembler à un crabe. Je glisse souvent mais ne tombe qu'une fois. J'ai essayé de ne pas me crisper mais les réflexes ont la vie dure. Du coup, mes jambes et genoux subissent.

       Cahin-caha je parviens au gros sentier qui va nous emmener au pied de la montée finale du col Marmontana. Pas de technicité pendant un moment, c'est cool. Mon genoux gauche pique un peu. La pluie redouble, il fait froid. Je décide d'enfiler une tenue "pluie" complète. Je vois un chalet en construction et cherche un abri mais le côté qui aurai pu être protégé se révèle balayé par le vent et la pluie. Je continue donc mon chemin car il y a un petit bout de grange un peu plus loin. 

       En arrivant , je vois le goulot d'entrée de la grange qui est déjà occupée par un coureur ayant la même préoccupation que moi. C'est pas l'endroit idéal : l'abris fait environ 70cm de largeur et 1m75 de haut, dont 10cm de lisier. Je contourne la construction mais il n'y a rien d'autre. Je décide d'attendre là sous la pluie que la place se libère. 3 mn plus tard, c'est mon tour d'attaquer les contorsions pour à la fois m'habiller mais aussi pour éviter de trop se badigeonner de m.... . Au final, j'aurai perdu 8/10' là mais je reprends le chemin chaud et propre, enfin presque propre et pas complètement glacé.

       Très rapidement après l'attaque du col, un mélange de neige et de grésil remplace la pluie. Je ferme le scaphandre, rabat mes manchons plastiques par-dessus mes gants néoprènes et avance en baissant la tête. La visibilité est de 20m mais le balisage est correct et de toute façon, il n'y a pas moyen de s'échapper. A l'approche du col, la pente est sensible, tout comme les genoux, ce doit être le froid qui fige les rouages.

       Il faut environ une demi-heure pour atteindre le col depuis la grange et dès le passage du sommet nous nous retrouvons à l'abris du vent. Je sais la descente piégeuse et l'attaque donc doucement.

       Je fais 5 ou 10m et d'un coup, aie ! Une soudaine et grosse douleur atteint mon genoux gauche. Je ne peux le plier sans activer le mal. Je me dis que ça arrive parfois et que ça va partir aussi vite que c'est arrivé. Je tente d'avancer sans crier. Impossible, sauf lorsque je ne bouge quasi pas le genou. Je m'obstine à "courir normalement" mais rien n'y fait, j'ai super mal.

       Il est assez difficile de décrire ces instants de désolation.

       Depuis que j'ai entrepris la narration de l'aventure, je suis hyper surpris par le nombre de souvenirs qui se sont gravés en moi sans en avoir conscience. Au début, j'étais encore dans mon état d'esprit post-course, confus, peu de souvenirs à raconter, une arrivée escamotée. C'est en reprenant mes notes que les souvenirs arrivent petit à petit, avec une quantité et une précision qui m'étonnent. Et là, au moment de raconter l'enclenchement fatidique, les souvenirs deviennent plus diffus. Le cerveau -cette machine merveilleuse et complexe - a-t-il commencé son travail de nettoyage ? Vous savez, ce "reset" qui nous permet de passer de " qu'est-ce que je fous là ? jamais plus, c'est trop dur pour moi, etc "  à  " super, je suis inscrit " ... Vous voyez de quoi je parle ...  Bref, je vais essayer de faire comme à ce moment-là de l'épreuve : me faire violence pour continuer.

      Je tente différentes méthodes d'avancée mais rien n'y fait. En appuis sur les bâtons, j'entreprends la désescalade du chemin jusqu'au lac. Régulièrement, je tente quelques pas en foulée normale afin de savoir si le mal ne daignerait pas s'en aller tout seul. Rien. Quoi que je fasse, je ne peux pas utiliser normalement ma jambe gauche.

       En me repassant ces images, je me décrirai comme un enfant de 15 mois qui tente de descendre un escalier. Marche après marche, en passant obligatoirement par une phase où les 2 pieds sont au même niveau.

       Je tente de garder le moral mais là, sous la neige / pluie, je pense pour la première fois à l'arrêt prématuré. Je suis de toute façon obligé de repousser les avances de ces perfides pensées car je suis seul au milieu de la montagne. Il va bien falloir aller plus loin.

       Ce que je redoutais vient d'arriver. Le corps a lâché. Tout en continuant à claudiquer, j'oscille entre la fatalité (je sais que ça peut me tomber dessus, c'est arrivé à d'autres, même des champions)  et les auto reproches (pas assez sérieux dans la prépa, pas assez de repos aux ravitos, ...). 

       Le chrono est oublié maintenant. Il va falloir se battre pour arriver à atteindre un port où s'échouer. Niel semble le plus proche mais il reste pas mal d'heures de galère d'ici là.  Greyssoney est encore + loin.

       Je pense aux récits de mon grand-père : tout a commencé lors de l'invasion Allemande en 1939. Il a alors 17 ans et la France se retrouve coupée en 2. Il est du côté libre mais va apprendre au cours des mois suivant ce qu'il se passe côté occupé. Lorsque les Allemands décident d'occuper la France entière, il doit faire le choix de rester au sein de sa famille sous le joug Allemand ou "s'évader de France". Nous sommes en février 1943 quand ses choix idéologiques le mènent aux pieds des Pyrénées. Avec l'aide d'un passeur et au sein d'un groupe d'inconnus, il tente le passage en Espagne, de nuit, par la montagne enneigée. Il n'a que ses chaussures de cuir aux pieds qui deviendront vite un piège avec la neige. Alors qu'ils sont proches de la frontière, une patrouille Allemande disloque le groupe de fuyards. Par miracle et au prix d'un petit séjour caché dans la neige, mon grand-père passe au travers de la rafle. Il se retrouve alors avec un unique camarade pour poursuivre l'expédition. Et là, il ne va pas se poser la question d'une blessure, du froid ou autre chose. Par chance, quelques heures plus tard, ils gagneront l' Espagne. Alors je ne vais pas vous raconter toutes ses aventures qui l'ont mené en camps de prisonniers en Espagne , Au sein d'une armée internationale en Afrique du nord contre Rommel, au sein des troupes Française de De Gaulle en Angleterre puis sur les plages du débarquement puis à Paris pour la libération, etc ... Il faudrait un livre entier. Mais ce que j'en retiens à ce moment-là de mon TOR, c'est que ce ne sont pas mes bobos actuels qui m'autorisent à me plaindre. 

       Je serre les dents et me traine jusqu'au ravito du lac Chiaro. La fête au steak de jambon cuit sur la pierre est un peu douchée mais je m'assois et me laisse tenter,  je ne suis plus à quelques minutes près. Aux fins d'un récit futur, je décide de continuer à noter quand même les temps de passages. De 1h12 il y a un peu + de 2 heures, mon avance a chuté à 18'. C'est anecdotique et surtout la chute n'est pas fini. 

lac de Chiaro 2096m /  Ravito avant le col de la vache 2135m    ( 4,2Km  / +554 / -515 ) :   700m de descente à marcher puis courte montée cool puis montée très raide avant une toute fin de col moins durs pour passer sous la roche du col crena del Ley . Descente raide et technique puis toboggan parfois courable    (2h45 en mode galère)      ( arrivée mardi 18h57 )

       Au sortir du ravito, je tente de joindre Solange pendant une petite accalmie. Peine perdue, le réseau est trop faible. Nouvelle tentative au pied de la terrible montée vers le creux du loup (créna del Ley). C'est haché comme conversation mais ça passe. Elle me propose de revenir de Greyssoney jusqu'à Niel pour me récupérer. Connaissant la difficulté de parking à Niel additionné à mon incapacité à donner une heure d'arrivée là-bas, je refuse pour le moment. Je dois avoir pas mal d'avance sur les barrières horaires. Même en boitant bas, je dois pouvoir aller jusqu'à Greyssoney. Si je vous racontais les aventures de mon grand-père, vous ... Ah c'est déjà fait ? Bon ben vous savez donc pourquoi je pousse un peu plus loin.

       Je raconte plein de choses maintenant mais sur le moment, je vous prie de croire que je fais pâle figure et souffre un poil quand même. L'impression est qu'à chaque appui sur mon genoux gauche, un os vient appuyer les tendons d'insertion du vasque interne (le muscle situé tout de suite au-dessus du genou, à l'intérieur), voir comprimer la vasque lui-même. La douleur qui s'est déclarée en descente est également présente en montée. Du coup, la jambe droite est sollicitée à chaque pas, sur chaque rocher. Il me semble bien de ne pas crier au loup même si le lieu s'y prête fort bien. La douleur au genou a pris le pas sur la douleur au pied car c'est devenu supportable. Le cerveau fait-il un tri sélectif pour ne pas nous accabler ?

       Comme en descente, la jambe droite fait 80% du boulot. C'est elle qui prend appui en 1er sur le rocher supérieur et supporte mon poids quand il s'agit de ramener la jambe gauche au même niveau. La progression s'en ressent bien sûr. Je me fais doubler régulièrement. Le cardio chute, comme le moral. J'ai peur que la sur sollicitation de la jambe droite finisse par entrainer les mêmes effets des 2 côtés. Pour éviter (retarder ?) ça, je m'accorde des petites pauses SMS. Allez savoir pourquoi, il y a du réseau dans ce col.

        Je prends mon mal en patience et finis par arriver au col du creux du loup. Selon mes analyses, ce col marque à peu de choses près la moitié de la course en temps, à condition de ne pas laisser filer le chrono sur la seconde moitié du parcours. La vue est bien bouchée mais la pluie s'est arrêtée depuis 10/15'. Il va maintenant falloir déplacer le curseur de tolérance à mon tourment et réussir à descendre. 

       Il y a là tout ce qu'un traileur très bon descendeur adore car il lui permet de prendre de l'avance sur les autres. Je ne suis pas dans cette catégorie d'élite mais me débrouille quand même pas mal d'habitude. Ok, mais là, mon regard change. Je me mets bien plus facilement à la place de ces concurrents qui sont bloqués mentalement dans les descentes. Ce n'est pas la peur à proprement parlé qui me bloque mais l'appréhension de la douleur que je sais inéluctable à chaque mètre gagné. Seul avantage de la descente sur la montée, c'est l'utilisation des bâtons. il est quand même plus facile de basculer uniquement appuyé sur eux. Le risque est bien sûr de glisser ou que l'un d'eux se casse. Disons que la tendance mentale dans ce moment-là est plutôt à  "on va gérer les problèmes les uns après les autres ".

       Presque arrivé en bas de la descente, j'entame quelques échanges avec "la machine de Brignais" alias Franck (un autre kikoureur qui se penche de très près sur le TOR). Ses mots sont réconfortants au début puis plus incisifs. La notion de douleur est abordée, ainsi que la gestion de celle-ci en cours d'épreuve. "Elle fait partie de la course et tu le sais" me glisse-t-il. C'est vrai que c'est un aspect des choses propre à chacun. Nous n'avons pas tous le même seuil de tolérance me semble-t-il. Que ce soit par nos capacités, nos habitudes, notre vécu, nos ressentis voir notre éducation, nous n'avons pas développé les mêmes capacités d'encaissement ni de réaction face à la douleur. Il me semblait jusqu'à présent être plutôt "résistant", avec une capacité à continuer longtemps en ayant mal. C'est vrai qu'en course la douleur arrive petit à petit et s'additionne avec les kilomètres. La résistance doit certainement s'adapter avec l'augmentation progressive du mal. Dans le cas présent, il s'agit plutôt d'une activité soudaine de la douleur et la surprise doit en en augmenter la perception. Mais je pensais qu'avec ce genre de bobo aussi j'étais plutôt résistant.  

        Son message me fait douter. Son surnom ne vient pas de nulle part mais de la perception que l'on a de sa gestion des épreuves, de son mental inoxydable. Qui suis-je pour me plaindre ? Ne puis-je pas supporter ce mal et continuer simplement ? Et d'ailleurs, la douleur est-elle si forte, ai-je si mal que ça ? Un sentiment de honte m'envahit pour ma si faible résistance. Le retour de bâton pour m’être épanché est intense, fort. Un sacré coup de pied ! Je vais mettre 10 minutes à analyser mes sentiments. Je ne sais pas encore comment cette histoire va se terminer mais ce que je peux en dire c'est " merci Franck ! ". Ce morceau de vérité m'a permis de faire le tri mentalement et au moins d'arrêter la spirale négative dans laquelle j'évoluais. Maintenant, c'est "Avance comme tu peux, repousses l'envie d'abdication jusqu'à Greyssoney, dors jusqu'à l'approche des barrières horaires et vois si tu peux repartir. Décide seulement après ". Dont acte.

       La descente se transforme lentement en toboggan. L'échange avec Franck n'est pas fini depuis longtemps lorsque Maria me téléphone. Visiblement, Solange a pris un rôle de "chargée de com' " que je ne soupçonnais pas ! Maria, ultra-traileuse élite, professeur de sport, conceptrice de cours en ultra (MOOC sur fun-MOOC, c'est du sérieux, allez-y) et néanmoins amie d'un poireau comme moi, connait bien tous ces aspects des aléas de course. Echanger avec elle permet rapidement de recentrer les choses autour de mon problème. "tu as dû compenser suite à ton problème au pied ". Sur le moment, j'avoue que c'est possible mais que j'en ai pas l'impression. C'est seulement en écrivant ce récit que je m'aperçois du nombre de fois où j'ai effectivement cherché une parade à ma pose de pied douloureuse. Maria poursuite : "tu t'es strappé ?". .. euh, non, je n'y ai même pas pensé ... quel couillon ! "bon et bien fais-le ! Au pire, ça ne te fera rien mais ça peut aussi être très efficace". J'acquiesce. Le ravito est très proche et je vais profiter de son abri pour effectuer la manœuvre, je verrai bien. Merci Maria !

       L'improbable ravito situé sous le col de la vache est atteint alors que le jour baisse vite. Il fait froid et personne ne se trouve en dehors de la tente. A l'intérieur, chaude ambiance grâce à un poêlon … et nombre de cadavres de bière certainement. Devant mon boitillement, on me passe une chaise plastique. Que ça fait du bien de se poser ! Pointage rapide et je m'attaquerai ensuite au strapping du genou.  En 5h, l'écart entre le terrain et mon planning est passée de 1h12 d'avance à 37' de retard.

Ravito avant le col de la vache 2135m / Ravito de Niel 1573m    ( 7,6Km  / +422 / -984 ) :   Montée pas trop dure pour atteindre le col de la vache. début de descente qui peut être courue puis très longue descente parfois technique et touffue jusqu'à la traversée de rivière puis long toboggan, montées incessantes jusqu'à Niel  (1h57 avec 15/20' d'arrêt au ravito)      ( arrivée mardi 20h54 )

       Je "tombe" les pantalons et me retrouve en caleçon au centre de l'assemblée. Pas de problème, c'est un caleçon tout beau tout neuf offert par mes enfants (merci !). La marque (icebreaker) colle parfaitement à la situation. 

       Je fais un strap large et bien tendu, en essayant d'être le plus cohérent possible entre ma morphologie et la douleur ressentie. Je regarde de temps en temps les photos et schéma des bouquins de médecine de ma fille et j'espère à ce moment-là que cela va porter ses fruits. Déjà, le genou n'est ni chaud (il doit faire 3°c dehors, pas sûr que ce soit un bon indicateur) ni enflé, et je me dis que ce doit être une bonne chose. J'y vois le signe que le point de non-retour n'a peut-être pas été franchi. 

       Une fois la trousse à pharmacie rangée, je me régale d'une bonne assiette chaude de polenta au coin du feu.

       L'arrêt à bien duré 15' mais il a fait du bien. Par contre, au sortir de la tente, il fait sacrément froid. Heureusement, ça monte et je vais vite me réchauffer.

       Tout de suite, le genou est sollicité mais la douleur est largement atténuée dans cette 1ère partie de montée. L'accès au col n'est pas difficile et ça permet de ne pas trop forcer. Au col, ça va nettement mieux. Décision est prise de rester sur de la marche encore un moment alors que le début du col peut se courir. Si la douleur est en cours de diminution, autant prendre le temps d'entériner l'amélioration plutôt que de repartir direct dans le dur. Au bout de 10' de descente, la douleur à disparue. Je ne ressens plus rien au genou. Incroyable ! J'avertis Solange et remercie Maria. Pour le moment, ça marche !

       Comment peut-on passer d'un ressenti aussi vif ... à plus rien du tout ? Existe-t-il des douleurs "fantômes" ? Est-ce un message d'alerte avant une problème bien pire ? Je suis à ce moment-là plein de doutes. Ravi mais circonspect. Bien sûr, les retrouvailles avec la douleur au pied ne sont pas chaleureuses mais ce sont des sensations tellement moins aigues que le changement est accueilli avec bonheur.

       Malgré tout, dans le doute d'une guérison réelle, je décide de dérouler jusqu'à Niel. Si tout va bien à ce moment-là, il sera toujours temps de repartir de l'avant.

       La partie qui va jusqu'à Niel est plutôt du genre "casse-bonbons" avec ces incessantes remontées et je la redoutais beaucoup. Là, mon possible "retour dans la course" est une bénédiction à confirmer et le reste n'est qu'accessoire. La nuit, la solitude, le froid, pfff, des peccadilles !

       Niel est atteint sans que le genou ai renvoyé de signaux d'alerte. Super ! Jano m'a tellement vanté la polenta à la viande qui est servie là que je projette de m'en faire une belle assiette. Le retard a augmenté à 54' (passé de +1h12 à -54'  donc + de 2h de perdues en 7h), mais la ballade peut continuer. 

Ravito de Niel 1573m / ravito à Onderloo 1925m    ( 7,8Km  / +862 / -510 ) :   10' de montée facile (pont) puis montée régulière & pentue. De jour, la 2ème partie se voit après 2150m pour aller jusqu'au col de lasoney (2392m -1h40). Début descente marchée (10' env.) puis descente plutôt douce mais la trace dans les pâturages à vaches est parfois défoncée jusqu'à Ober loo à 2050m. Le dernier Km est facile jusqu'à Onder loo (le ravito s'entend de loin)     (2h49 avec 10/15' d'arrêt au ravito)      ( arrivée mardi 23h43)

       La salle de ravito est bondée. Un joyeux pêle-mêle de bénévoles et de suiveurs en attente de leur coureur. Il y a aussi quelques coureurs mais nous ne sommes pas légion et seules quelques personnes font cas de notre présence. Du coup, il est difficile d'arriver à trouver une place de disponible au milieu de ce brouhaha. Je finis par pousser un groupe de pipelettes sur un banc. Je me serai bien mis à table mais les occupants ne semblent pas vouloir concéder le moindre cm²... Au moins l'assiette va-t-elle réchauffer mes jambes. Fichtre, Jano a bien raison : la polenta est rudement bonne. Ça fait du bien de manger de la viande. Et hop, une deuxième assiette . Il sera toujours temps de digérer dans la montée qui arrive.

       Lorsqu'enfin je m'éloigne du ravito, la mule est bien chargée. Mais le moral est remonté et je pars pour un dernier secteur avant de dormir d'ici 4 à 5h. Je profite du chemin empierré qui marque le début de l'ascension pour réaliser les dernières communications et proposer une heure d'arrivée à Greyssoney à Solange. Elle va pouvoir aller dormir un peu.

       Plusieurs poignées de coureurs se sont élancés juste après moi et reviennent sur mes traces. Regonflé par mon arrêt et limité seulement par ma douleur au pied, je pousse un peu le curseur d'intensité. Objectif : ne pas me laisser distancer dès qu'ils m'auront rattrapé. Je pousse la musique un peu plus fort  (ça masquera mon essoufflement) et appuie un peu plus sur les bâtons. 2 coureurs me doublent mais s'arrêtent 50m plus loin pour se déshabiller. Les autres sont restés à distance à en juger par la lumière diffuse de leur frontale. Les marches sont parfois hautes et je tâche de franchir ces blocs là avec comme jambe d'appel la droite. Je suis chaud et plus j'avance moins les frontales sont nombreuses à être visibles. Au 2/3 de la pente, il n'en reste qu'une et lorsque le ressaut est passé, je me retrouve seul.  Quelques flocons agrémentent la progression jusqu'au col. Il faut parfois chercher les fanions mais je ne perds que très peu de temps dans cet exercice. J'ai retrouvé mon rythme "course" et tous mes rituels associés.  Arrivé au col, je ne vois personne devant et 1 seule frontale assez loin derrière. Ce n'est pas encore maintenant que j'entamerai un long dialogue. Pas grave, j'ai fait une sacrée montée à mon sens et j'estime avoir déjà récupéré le temps perdu / passé au ravito.

       Le début de descente parait pentu de nuit. Pas technique mais juste pénible à courir. Comme il est marqué que je dois marcher 10' sur mon descriptif, je ne me gêne pas. La pente s'adoucie ensuite. Heureusement que je sais qu'il faut partir à gauche car je ne vois aucun fanion. Ce passage est en fait un vrai bourbier. La progression s'effectue dans 5cm d'eau glacée, sans réelle trace au sol. Enfin plutôt au milieu d'une multitude de bouts de sentiers. Nous sommes dans des pâturages et le sol est bosselé par les traces de sabots des vaches. C'est assez instable avec l'eau et la boue. Je ne saurai dire combien de fois je me suis tordu les pieds dans ce marécage. La moutarde me monte rapidement au nez car je sens bien que ce terrain n'arrange pas mon pied gauche. Naturellement, et même si je m'étais dit qu'il ne fallait plus le faire, je cherche à soulager mes appuis à gauche. Je tente de rester sur la pointe du pied à chaque appui tout en utilisant le pied droit pour la stabilisation et la propulsion. Ce passage me semble interminable, sans compter qu'il faut à plusieurs reprises chercher les fanions. Les vaches en auraient-elles fait leur festin ? Heureusement que nous avions fait cette portion de jour avec Solange il y a 3 ans, ça me rassure pour l'orientation à suivre. 

       A force  de me prendre pour un danseur étoile de la jambe gauche, arrive ce qui devait arriver : le tendon d’Achille se met soudain au rouge. Ce n'est pas encore vrai à toutes les foulées, plutôt 30 à 50% du temps. Comme à chaque douleur prolongée, je cherche à décrire mes sensations. L'objectif étant de faire un lien avec l'anatomie humaine, éventuellement comprendre ce qui arrive et enfin élaborer un hypothétique remède aux maux. L'impression première est que le tendon est en train de s'effilocher fil après fil . Au vu du nombre de pas qu'il reste à faire, la pelote ne sera jamais assez grosse. De toute façon, je n'ai pas le choix et me dois d'avancer. Plus le temps passe et plus l 'étirement est présent et s'enflamme. L'image qui me vient maintenant est qu'un chat a planté ses griffes dans le tendon et tire dessus lors de chaque appui. La brûlure a depuis un moment supplanté celle du pied gauche lorsqu'enfin Ober loo est atteint. Ces quelques maisons de berger marquent le début d'un chemin plus carrossable que je vais bien apprécier. Il reste un gros km avant le ravito placé à Onder loo (différence entre les cartes et l'appellation du ravito par l'orga). Les dents sont serrées et j'alterne tout petit trot avec marche sur ce secteur où la course est possible à 100%. En résumé, j'ai dû avoir 2h de répits entre 2 grosses douleurs à gérer. C'est peu. Cette brulure est cependant moins pénalisante bio mécaniquement parlant que la précédente. Le mode "finisher" est donc enclenché et l'objectif d'un chrono honnête est rangé. Au ravito, le retard est passé de 54' à 1h08.

ravito à Onderloo 1925m / base vie de Greyssoney 1371m    ( 5,7Km  / +64 / -618 ) :     1km courable à 90% puis descente technique et pentue plein de pierres (dur pour les jambes !) puis moins technique à la fin. Remontée à la B.V. en faux plat montant bitumé   (1h27)      (arrivée mercredi 01h10 )

       Encore un ravito où les bénévoles se cassent les pieds pour servir autre chose que ce qui est fourni par l'orga. C'est bien car à la longue, ça commence à être répétitif. Là, j'opte pour des ravioles aux champignons. Le temps de cuisson est occupé à refaire les pleins et tenter d'étirer le tendon. Nous sommes à l'air libre et il fait rapidement froid. Donc bien content de se réchauffer lorsque l'assiette de ravioles arrive. C'est succulent. Ils ont également un vrai plateau de fromage et je me laisse tenter par 2 spécialités locales. Bon, mais au final, il faut quand même repartir.

       On dit que la nuit tous les chats sont gris. Je ne vois pas le mien mais il ne veut pas lâcher mon tendon. Je suis sa souris et il joue sur ma cheville. Les décharges ne sont pas présentes à toutes les foulées. Il arrive même que je ne sente plus trop la douleur pendant 15/20m, juste le temps d'espérer l'évacuation du problème. Et d'un coup, le mistigri revient planter ses griffes !

       Je décide de rejoindre la prochaine base vie en marchant alors que j'avais prévu de courir certaines portions. L'objectif est maintenant de ne pas trop aggraver les choses puis d'investir 2h de dodo supplémentaire lors de l'arrêt prévu à Greyssoney. J'espère avoir un retour sur investissement sous la forme d'un tendon tout neuf. Ben quoi, la nuit c'est fait pour rêver.

       Je me fais doubler à nouveaux dans ce tronçon. Je ne me sens pas trop usé physiquement, ça fait un moment que le cardio est resté très bas si l'on enlève la montée après Niel. La partie technique est une horreur. Les appuis sont sans cesse différents, parfois glissants et je ne peux que rarement éviter d'utiliser mon pied blessé.

       Enfin les premières maisons sont atteintes. Je sais maintenant que le bitume va permettre d'adapter ma foulée. Je tente de marcher assez vite dans cette portion et même de trottiner dans les 2 courtes descentes en "bloquant la cheville gauche".

       Je réveille Solange car la BV sera atteinte dans 20/25'. Lors de mon arrivée, elle aura réservée un bout de table et sortie de quoi me changer. Top ! Pour l'anecdote, je note que mon retard est monté à 1h20. Il sera bien temps de refaire des calculs après demain matin, si j'arrive à repartir .

Bilan 4ème tronçon (entrée Donnas à entrée Greyssoney) = Bilan 3ème étape :   57,3 Km / + 5.571m / - 4.530m     23h38 : 19h08 de progression + 4h30 d'arrêts longs dont 3h de dodo.      Bilan depuis le départ :  216,4 Km / + 16.177m / - 16.031m     61h10 : 53h52 en progression + 7h18 d'arrêts longs dont 3h45 de dodo     Classement : ? 

Base Vie de Greyssoney 1371m ( entrée mercredi 1h10 ) : 

       La base vie est grande. L'accès aux douches et à l'espace dodo est strictement réservé aux coureurs. Solange ne peut donc pas m'indiquer où aller dans cette partie. Je vais perdre quelques minutes à chercher les douches en boitant. C'est grand et c'est dommage qu'il n'y ai pas de panneaux indicatifs avec symboles.

      Après nettoyage, petit inventaire corporel. Enfin surtout du pied gauche car le reste semble en relatif bon état. J'ai mal aux jambes bien sûr mais Maria m'a dit : "tu seras étonné de l'adaptation de tes jambes à la répétition des efforts à partir du 3ème jour". On verra demain pour ça.

       La blessure datant de Pontboset est maintenant gonflée. Elle est facilement localisable grâce à sa couleur violette. Pas top mais je me suis habitué à cette douleur et je ne crois pas que c'est ce qui va m'arrêter, à condition de ne pas trop aggraver le truc.

       Le tendon gauche semble légèrement gonflé mais n'est ni rouge ni chaud. Il est douloureux à la palpation et lors de son utilisation (à tous les pas maintenant). Je prie donc le dieu des traileurs (je ne parle pas de Kilian) pour que le long dodo soit régénérant.

       La salle de sommeil est calme, uniquement rythmée par les ronflements de mes congénères. Je dors 5' après mon installation et me réveille naturellement 5' avant que la sonnerie de mon portable ne retentisse. Dire que le passage à la position debout est fluide serait mentir mais bon, rien d'anormal non plus. Je rejoins Solange doucement, m'habille un peu + car la fatigue n'aide pas au réchauffement. En terminant la dernière part de pizza (toujours bonne 24h après) je commence les différents straps qui vont - je l'espère - m'aider à prolonger ma participation.

       La douleur du tendon est redescendue d'un cran. La preuve, je sens à nouveau mon coup de pied violet. Le tendon est raide mais le chat semble dormir.

       A voir la tête des autres concurrents, je devine la mienne. Nous sommes bouffis pour la plupart. On s'amuse de la situation avec Solange. Elle n'a pas trop chaumé pendant ma sieste. Tous les appareils sont rechargés et les affaires prévues pour l'étape suivante sont sur la table, en attente de mes choix. Aucune nouvelle de la part des organisateurs concernant la balise GPS du sac à dos. Il nous a été indiqué que les défaillantes seraient changées ici et qu'ils s'en occupaient. pas de nouvelle, bonne nouvelle.

       Après un temps perdu encore trop long - strapper, ça prend du temps -  je vais pouvoir partir pour une nouvelle étape. J'ai bien été voir pour avoir une place auprès du service médical mais il y avait environ 30' d'attente et je n'ai pas souhaité perdre encore + de temps. Nous aurions dû nous coordonner avec Solange pour qu'elle essaye de me réserver une place juste après mon réveil. Cela dit, ça n'aurait pas été si simple. L'accès à la zone médicale est réservée aux seuls coureurs et si vous ne parlez pas l'italien, difficile de s'arranger avec cette "règle".

       Allez, une dernière soupe en guise de p'tit dej' et zou, Dehors !

Base Vie de Greyssoney 1371m ( sortie mercredi 7h01 - arrêt de 5h51 pour 4h de dodo (8h au total) ) : 

base vie de Greyssoney 1371m / Refuge Alpenzu 1790m    ( 5,7Km  / +455 / -36 ) :    Plat relatif qui se court à 90% ... en théorie, jusqu'à Chemonal (43') / Montée raide pour rejoindre le refuge    (1h15)      ( arrivée mercredi 8h16 )

       Les premiers mètres marchés servent à annoter mon roadbook. Retard = 4h11 sur une base de 106h, (en détail 105h50). Donc 110h au mieux à l'arrivée. Je range ce chiffre rond dans un coin de ma tête. Il va d'abord falloir voir comment le corps réagit avant de calculer d'hypothétiques stratégies ou de fixer de nouveaux challenges.

       Je vois sur mes documents qu'il n'y a pas à réfléchir: dès que le corps sera réchauffé, il faudra courir chaque mètre où cela est possible. C'est bien hein les petits papiers d'avant course, c'est simple et naïf. Sur le terrain, je dirais qu'il faut autant relancer la machine mentale que le physique. C'est déjà une petite bataille avec soi qu'il faut livrer pour ne pas juste marcher sur cette longue portion plate. Je suis aidé dans cette auto-flagellation par un concurrent qui me double dès le départ. Il va en fait me servir de repère et de motivation pour me relancer dans la course. Je m'accroche et nous ferons le yoyo jusqu'au début de la montée au col Pinter.

       Si je fais des petites foulées, les douleurs sont équilibrées et supportables. Le terrain stable aide bien. Le soleil va bientôt se montrer, enfin. Il est bien d'essayer de mettre bout à bout les petits points positifs que l'on remarque. Ils font voir le verre à moitié plein.

       Dans la montée qui va nous mener au refuge, je fais attention au maximum à ne pas tirer sur le tendon. Cette attitude me coûte des places mais je n'ai pas trop le choix. Et puis je n'avance pas si mal que ça d'abord ! Il semble que nous soyons pas mal à avoir décidé de commencer cette étape au lever du jour car je vois un peu + de coureurs qu'il y a quelques heures. Ma piètre vitesse des dernières heures additionnée à mon gros dodo ont dû fort logiquement me replacer au centre du peloton. Je mesure à ce moment-là l'intérêt de ne pas connaitre son classement : aucune influence sur les décisions de gestion de course. Bien sûr que je m'interroge sur ce point de temps en temps mais ça ne me prend pas la tête longtemps.

       L'arrivée au refuge est plus rapide que prévue et ça permet de continuer à remplir le verre à moitié plein. Retard = 4h01.

Refuge Alpenzu 1790m / Col Pinter 2770m    ( 4,4Km  / +985 / -5 ) :    montée pentue & régulière (1h25) puis une fin de col très pentue (1h50).  [Abreuvoir à "ondermonte"  (25') ]     ( passage mercredi 10h06 )

        Là, il faut être conscient qu'on part pour une grosse section sans ravitaillement officiel pendant 3h30 à 4h. Je mange donc un peu dans le petit refuge et surtout, je remplis mes poches de victuailles et ma poche à eau à fond. J'ai arbitrairement fait un "point" au col Pinter mais il n'y a rien à cet endroit-là de la course.

       Au sortir du refuge, je reçois la météo et les encouragements de mes parents. Je prends note avec satisfaction que ça devrait tourner au beau temps pour cette fin de course et que les températures vont remonter. Très bien, nous allons enfin pouvoir profiter pleinement des paysages. Et déjà là, c'est magnifique. La carte postale va durer un sacré moment. Dommage que le réseau téléphonique se soit si vite évaporé, je n'ai pas eu assez de temps pour les remercier ni pour répondre à tous les sms reçus. Merci encore.

       Au passage d'Ondermonte, l'éco tasse est utilisée pour boire alors que des jeunes font un brin de toilette à même l'abreuvoir. L'eau doit pas être chaude chaude quand même … La température extérieure est-elle bien montée et je progresse pour la 1ère fois en tee-shirt manche courte. Et hop, encore quelques millilitres dans le verre à moitié plein. 

       Côté douleur, le chat s'éveille et recommence à se faire les griffes sur mon tendon. Je tente d'avancer à pas de loup pour ne pas trop l'exciter. Du côté du sommeil, tout va bien. Bref, sans ce stupide incident de Pontboset et ses conséquences, je me sentirai presque en bonne forme. Maria a bien raison : les muscles se sont habitués admirablement bien à la répétition des efforts.

       La montée se poursuit dans un sacré décor. Le soleil nous chauffe le dos, la casquette est sortie, et ce n'est pas pour la pluie pour une fois.

       La montée finale du col est faite dans des lacets serrés. La pente est forte. C'est dans cette montée que la brulure de mon tendon se ravive. L'utilisation rotative de la cheville est pourtant limitée en montée mais la pente rend obligatoire une phase d'extension préjudiciable à l'apaisement. Je redoute la descente qui va bientôt arriver.

       Le tronçon jusqu'au col s'est effectué plus vite que dans mes estimations (retard ramené à 3h46) mais la dernière partie me fait craindre le pire pour la suite. 

       Avec le recul, je pense avoir admis dans cette pente l'inexorable tractation : si je veux aller au bout de ce TOR, il va falloir composer avec le feu qui enflamme mon tendon jusqu'à l'arrivée. Je sens bien que ce mal-là ne passera plus. Il me reste à essayer d'apprivoiser le chat ou tout du moins à accepter ses griffures.

Col Pinter 2770m / Ravito de Champoluc 1585m    ( 6,6Km  / +35 / -1220 ) : 5' descente douce puis très pentue (cordes). Alternance ensuite de singles courables et de passage plus technique jusqu'à cunéaz (55') [ là = fontaine]. Descente non technique mais pentue pendant 15' puis pentue et pénible (gros cailloux)  presque jusqu'au => ravito   (1h41)  (arrivée mercredi 11h47)

        La douce pente du début de descente ne dure malheureusement pas longtemps. Il faut ensuite subir (enfin c'est mon cas) des lacets techniques que je suis malgré tout content de passer de jour et par beau temps. Les bâtons font leur maximum pour alléger ma peine. C'est beau un tel dévouement ! Je cherche par tous les moyens à m'évader mentalement. Ces tentatives fonctionnent de temps à autre mais jamais bien longtemps. Le verre devient à moitié vide, et même un peu plus ...

       Alors que j'en termine avec la partie la plus verticale de la descente il me semble entendre des voies mais ne visualise personne. Sont-ce déjà des hallucinations ? Dix minutes plus tard, le mystère est résolu : La pente étant moins forte, je me force à trottiner et rattrape un concurrent américain qui chante à tue-tête. En voilà un qui à la patate. Enfin pas tant que ça si je le double. Il ne m'a pas entendu arriver (tu m'étonnes) et a un gros sursaut à mon passage. 5' après, alors que j'entame quelques lacets pénibles pour moi, il revient sur moi et me remercie. Ah ! But why ? Il m'explique alors qu'il n'a pas assez dormi et qu'il était un peu "parti" de la course, chantant pour essayer de se réveiller. C'est en fait son sursaut qui lui a permis de repartir et là, il galope comme un fou. Il n'y a que sur ultra que l'on peut voir de tels comportements (ou au marathon du beaujolais mais la source n'est pas exactement identique).  pour l'anecdote, un quart d'heure plus tard l'US air force est down dans un champ et ce sont cette fois ses ronflements qui sonorisent l'ambiance.

       Plus nous descendons et plus nous trouvons une température agréable, voir estivale et il ne faut pas manquer les fontaines à Cunéaz et à France. Après, c'est un passage que je préfère oublier tant la lutte est intense pour ne pas tout lâcher.

       J'entre dans les premiers faubourgs de Champoluc et tombe directement sur le ravito. Mes estimations étant basées sur une grande salle à la sortie de la bourgade, je suis un peu "en avance" (retard tombé à 3h37). La salle est petite, au sein d'une école. Certains avaient vanté les bienfaits d'un dodo à Champoluc mais au vu de la taille du lieu, pas sûr que ce soit encore d'actualité. Il y a là 4 lits de camps au sein même du lieu de ravitaillement. Pas très calme donc. Silencieusement, les niveaux sont faits et je pars immédiatement. Je sais que la partie qui arrive va mieux me convenir car sans difficulté technique.

Ravito de Champoluc 1585m / refuge grand Tournalin 2535m     ( 8,3Km  / +995 / -45 ) :    [fontaine à l'entrée du sous-bois en sortie de Champoluc]  3km plat / faux plat montant courable (35')  puis un peu + pentue le long de la route jusqu'à ST Jacques(45'). Début de montée de + en + pentue jusqu'à sortir du bois à 2000m (1h25). Chemin plus facile, parfois pentu avant le refuge   (2h32)  ( arrivée mercredi 14h19 )

      Il fait chaud dans cette partie plane et j'envie les personnes au bar avec leur mousse fraiche. Bon, mais là, il y a du temps à perdre si on ne court pas. Après 230km, j'avoue qu'il faut se faire violence quand même un "petit" peu. Le revêtement est lisse et ça permet de trottiner sans trop tirer sur le tendon. Je distance quelques concurrents qui marchent et ça fait du bien au moral. Il n'est pas concevable que je lâche la course sur l'une de ces portions "simples".

       Après St-Jacques, la pente étant plus raide, le chat ne rentre plus ses griffes et s'amuse à gratter mon tendon à chaque appui gauche. Une forme d'habitude de la brulure s'insinue en moi, mêlant fatalité, découragement mais aussi espoir. Fatalité car je sais qu'il ne me lâchera plus dorénavant. Découragement car je ne suis pas sûr de trouver les ressources en moi pour aller au bout sans lâcher. Espoir car s'il s'agit d'une blessure de type "progression lente", ma tête doit pouvoir s'adapter progressivement. 

       Dès que nous sortons du bois, la pente s'adoucie devenant assez régulière. Je peux enclencher le mode "marche active" en poussant fort sur les bâtons. Pour préparer ce mode de propulsion, j'avais bien observé (en douce) "Bubule", autre kikoureur renommé, lors du raid Le puy/Firminy 2018. Sa gestuelle, ses appuis, sa posture. Depuis, je singe donc ce que ma mémoire a enregistré du maestro en novembre dernier.  

       Patiemment, les hectomètres sont effacés les uns après les autres et le refuge est atteint au son de grosses clarines que manipule l'hôte de ces lieux. Le décalage avec le roadbook est de 3h57. Malgré mes soucis, la cadence prévue est maintenue.

refuge grand Tournalin 2535m / Base vie de Valtournenche 1520m     ( 8,8Km  / +350 / -1365 ) : 5' courable puis montée peu pentue sauf qq passages => col Nanaz (35'). Alternance course & marche dans la descente. Montée simple et courte => col fontaines (58') / descente pentue sans excès => Cheneil (1h49). Fin de descente parfois bien raide (à marcher quoi!) [fontaine 300m avant le ravito]      (2h33)  ( arrivée mercredi 16h52  )

       Je décide de ne pas trainer ici, même si l'envie est forte et l'ambiance sympathique. Je croise un coureur-zombie qui a visiblement pris froid en début de course. Il tousse rauque. Vite, ne pas rester à ses côtés.

       La montée qui suit la courte descente partant du refuge nous permet de rejoindre le col de Nanaz sans grosse difficulté. 2 ou 3 passages avec les mains mais rien d'énorme.  Au sommet, un photographe s'active autour d'un chamois. Les clichés doivent être sympa car le soleil est encore fort et les sommets environnants sont souvent enneigés. C'est la 1ère grosse bête que je vois. Les lieux en sont en réalité truffés et plusieurs troupeaux seront visibles dans la demi-heure suivante.

       La descente suivante me fait crier quelques fois mais pas suffisamment fort pour effrayer les chamois. La remontée au Col des fontaines est un court jeu de patience où je tente d'alléger mes pas. Je sais que la descente suivante n'est pas trop technique. Cependant, entre sa longueur et ses passages parfois raides à l'approche de Valtournenche, je ne saute pas de joie à l'idée de ce qu'il va falloir endurer.

       Encore une fois, le cerveau étant très sélectif et ne retenant que le sommet de la pyramide des douleurs, je ne sens pas mes jambes. A ce moment-là, je pourrai même les qualifier de "fraîches". Très étonnant après quasi 250km pas tous plats.

      La météo étant idéale, j'espère que Solange a pu faire un bout de ballade entre Valtournenche et Cheneil suivant la préparation pré-course. Elle devait aussi, si possible, essayer de retrouver une pâtisserie que j'avais particulièrement apprécié lors de mon passage à Valtournenche il y a 2 ans. Au final, elle n'aura réussi ni l'un ni l'autre. Après mon départ de Greyssoney, elle est allée dormir puis à effectué la jonction en voiture pour enfin manger comme elle a pu. Pour la pâtisserie, la vendeuse ne voyait pas de quelle tartelette aux noix il pouvait bien s'agir. J'aurai droit à 2 autres pâtisseries mais c'était pas aussi savoureux que dans mon souvenir.

       Juste avant Cheneil, la pente se cabre et même marcher est difficile pour moi. Quelques pauses framboises calment très temporairement le chat. Les trois quarts d'heure qui vont suivre vont être bien bien long. J'ai mal et hâte d'arriver pour calmer un peu le jeu. Après Cheneil, on croit que Valtournenche est tout proche mais c'est encore pas tout à fait là. Les villages visibles font partis d'un ensemble et c'est bien jusqu'à Cretaz qu'il faut se trainer.

       Au détour d'un virage, je vois que je rattrape rapidement 3 concurrents. Ce n'est qu'arrivé à leurs hauteurs que je comprends qu'il s'agit des 2 serre-fils du TOR Dret, course que j'avais complètement zappée depuis mon départ. Je suis estomaqué par le dernier concurrent : il est unijambiste ! Bien sûr, il a une prothèse (chaussée en hoka !) mais quand même, qu'elle leçon d'humilité. Du coup, je file sans tergiverser jusqu'à la base vie.  Décalage avec le roadbook = + 4h07. J'ai un peu perdu mais c'est pas vraiment important.

Bilan 5ème tronçon (entrée Greyssoney à entrée Valtournenche) : 33,8 Km / + 2.820m / - 2.671m    15h42 : 9h51 en progression + 5h51 d'arrêts longs dont 4h de dodo      Bilan depuis le départ :  250 Km / + 18.997m / - 18.702m     76h52 : 63h43 en progression + 13h10 d'arrêts longs dont 7h45 de dodo   Classement : 116è

Base Vie de Valtournenche 1520m ( entrée mercredi 16h52 )

      L'heure du goûter est légèrement passée mais je fais un repas complet quand même. Tout en mangeant, nous préparons des affaires de rechange dans le cas où je décide de dormir en refuge avant d'avoir rejoint Solange. Cela alourdira un peu le sac mais depuis Valtournenche, pas le choix. La prochaine base vie est trop lointaine pour être sûr d'aller là-bas d'une traite. Il est 17h et je déciderai en cours de route de dormir à 'Lo maggia" (hors assistance) ou à "oyace" (présence de Solange). Ce sont les 2 points qui me semblent opportuns. Les autres sont trop hauts ( risque de froid / qualité de sommeil aléatoire) ou exigus.

       Ce passage ressemble à la base vie de Cognes, même si nous sommes moins performants chronométriquement parlant.  J'ajoute des straps sur les extérieurs des talons. Avec la chaleur et peut-être le début de gonflement des pieds, des frottements commencent à bruler ces points et la crème ne suffit plus.

       Il fait beau et bon. Il est très tentant de prolonger la pause mais elle n'a que trop duré si je veux pouvoir avoir le choix du lieu de sommeil. Le sac à dos est réenfilé et zou, dehors !

Base Vie de Valtournenche 1520m ( sortie mercredi 17h18 - arrêt de 26' ) 

Base vie de Valtournenche 1520m / refuge Barmasse lac bleu 2175m     ( 5,7Km  / +682 / -27 ) :   traversée du village (7') puis montée, pentue à la fin, jusqu'aux ruines de Falegnon (1h12 ).  5' de plat puis montée + prononcée (régulière) => refuge  (1h46)    ( arrivée mercredi 19h04)

       Je découvre être reparti tout pile 100e de la base vie. Je note l'heure de départ mentalement car Solange fait la traversée du village avec moi, prolongeant ainsi notre discussion. Là où je pensais plonger vers la rivière en dessous, nous montons dans les rues du village et allons prendre un chemin que je ne connais pas. Je râle car la direction du prochain refuge est à gauche et que nous partons à droite.  Même si on peut s'y attendre, les changements de routes font grogner les pointilleux comme moi, la fatigue ne devant rien arranger. Je glisse malgré tout à mon accompagnatrice que ce détour peut être cependant rentable si cela efface la descente bitumée habituellement placée en sortie de base vie.

        Après avoir abandonné Solange qui retourne au (trépidant) rangement des affaires, je reprends mes rituels alors que la montée en chemin commence. Mon retard est noté à 4h18, donc toujours sur les bases approximatives de 110h. Rapidement, nous reprenons la direction logique du refuge Barmasse, ce qui me rassure sur la longueur de cette boucle supplémentaire. Au final + 600m, ça va quoi ! De plus, la rallonge, même s'il y a quelques petites descentes, nous fait éviter de trop descendre. Pour les jambes et le paysage, c'est une bonne chose. Et en chrono, ce doit être kif-kif.

       Alors que nous surplombons Valtournenche de 150 à 200m, au détour d'un virage sous une falaise verticale, je tombe nez à nez avec un chamois; la rencontre ne va pas durer bien longtemps mais c'est toujours des beaux clins d'œil naturels.

       Juste après, nous retrouvons le parcours que je connais. C'est tout de suite plus difficile. Je rattrape une concurrente accompagnée. Moi qui avais des scrupules pour avoir fait 400m avec Solange, en voilà 2 que le règlement n'empêche pas d'avancer à leur guise. La féminine semble dans le dur et elle se met à pleurer franchement lorsque son compagnon lui passe un proche au téléphone. C'est clair, nous sommes entrés dans la partie "intérieure et intime" de l'aventure, là où nos sentiments, notre cerveau, notre motivation jouent un rôle prépondérant à l'atteinte de notre graal. La fatigue nous mène sur des chemins à fleur de peau. Aurons-nous le "cuir" assez tanné pour réussir notre objectif ? C'est aussi pour chercher ces éléments de notre constitution que nous pratiquons une activité que certains jugent extrême. il n'y a pas beaucoup d'échappatoire et il faut se regarder en face. Quel que soit le reflet que nous découvrons, il nous fait grandir dans notre vie de tous les jours, nous permet d'être plus serein dans nos actions et nos choix. Une sacré bonne psychothérapie.

       Les messages d'encouragement font effet et je relance sur le petit plat de milieu de tronçon. Ça fait mal mais permet de conserver les muscles chauds et relativement souples. Je sais que le tronçon suivant comporte pas mal de parties "courables" et j'essaye de rester dans la course en maintenant l'esprit prêt au combat. Il y a un concurrent 500m "orange" devant et j'espère bien le rattraper à la faveur d'un prochain ravito express. La vue est dégagée et il m'a vu car il se retourne souvent.

       Sous le barrage indiquant l'arrivée imminente au refuge, je ne lui ai pas repris grand-chose, voir rien. Je ne connais pas mon classement mais je vois bien que la plupart des concurrents qui m'entourent présentes des profils de compétiteurs aguerris. Cela présuppose une habitude à ne pas se laisser doubler facilement. Tant mieux, cela va animer la ballade quelque temps.

       J'arrive au refuge alors qu'une veste orange en ressort. Déjà ?!  Mais Euuuh, les ravitos rapides, c'est moi normalement ! En voilà un qui ne compte pas se laisser rejoindre facilement.

refuge Barmasse lac bleu 2175m / ravito Vareton-Torgnon 2288m      ( 5Km  / +386 / -273 ) :   toboggan plutôt descendant où l'on court souvent (27') puis montée musclée mais régulière & non technique => Fenêtre d'ERZA (57') / chemin sympathique en balcon qui se court à 50%  (1h12)    ( arrivée mercredi 20h16)

       Le ravito est expédié en moins de 2'. Je note mon retard : 4h14 et m'élance à la poursuite de casimir.

      Je ne le vois plus pendant 5' puis à l'approche d'une ferme en contrebas, je l'aperçois alors qu'il disparait derrière un virage. Il ne m'a pas vu je crois. Le terrain est stabilisé et le chat somnole : je sens toujours ses griffes plantées dans mon tendon mais il n'en rajoute pas.  Tout, à ce moment, converge pour que je me fasse plaisir et je lâche un peu la bride. Sur le chemin bien large qui mène à la fenêtre d'Erza, voici le trotteur. Je le fixe dans ma ligne de mire et le rattrape peu après. Il est surpris et accélère. Il est joueur et ça tombe bien, mon humeur est joueuse. Je le laisse donc à 10/15m devant moi alors que nous atteignons une vitesse respectable , au bout de 250km , nous ne sommes pas à 15km/h non plus , faut pas déconner, peut-être à 13. Le cinéma dure 3/4'. Comme le chemin va s'aplanir 200m puis remonter en faux plat dans peu de temps, je me prépare à attaquer son mental. Je prends mon roadbook, rattrape le joueur, le salue et, tout en faisant mine de lire mes papiers, lui prends 2/3m d'avance. Ostensiblement, je range mes documents de voyage, mes bâtons et accélère encore un peu alors que le plat prend fin. Un râle se fait entendre derrière moi. Je me retourne, demande si ça va mais je n'obtiens qu'un vague geste. Mon concurrent s'est arrêté, les mains sur les genoux. Je poursuis ma course 200m et me remets à marcher. Je le vois qui vient juste de repartir en marchant. Bataille gagnée ! 

      Cette distraction m'a bien amusée mais je sens vite qu'elle a aussi réveillé la douleur au tendon. Je calme le jeu et décide de monter plus doucement jusqu'à la fenêtre d'erza. C'est parfois raide mais je marche un peu en crabe et ça passe encore. Arrivé au sommet, je profite un peu de la vue même si le soleil est déjà couché derrière la fenêtre de tsan, prochain sommet à atteindre.

      Je me laisse glisser jusqu'au ravito par un single à flanc de montagne. A priori, le Tor Dret a plongé à gauche au milieu de ce single, peut-être pour prendre la trace du Tor 2018 ? En attendant, après avoir descendu un peu par le single, nous rejoignons un gros chemin pour monter au ravito. Je sors les bâtons et sus au ravito ! En arrivant, je suis déconcentré par une très forte odeur de pollution : le groupe électrogène qui apporte un peu de chaleur dans la grange servant de ravito nous recrache son mauvais fumet. Il va falloir poser les bâtons et faire le plus vite possible le pointage et les pleins. Les gens sont sympas mais il faut fuir le coin !

ravito Vareton-Torgnon 2288m / fenêtre de Tsan 2739m       ( 4,9Km  / +563 / -115 ) :    1 toboggan simple et courable par moment (17') puis 4 alternances de parties raides suivies de parties + cool (4 grosses marches d'escalier quoi)  (1h55)    ( arrivée mercredi 22h11  )

       Je note rapidement l'heure de départ. Retard = 3h51. Le delta s'est logiquement réduit avec la course poursuite précédente. Je suis encore "chaud" et trottine pour repartir. La nuit arrive et je veux profiter au maximum de la clarté naturelle. En parlant de nature, c'est le moment choisi par mon transit pour rappeler la réalité des choses et signaler qu'il convient de s'isoler un peu. C'est sûr que le transit Tor, c'est pas la musique habituelle ...  Les rochers sont nombreux au pied de la 1ère réelle rampe menant au col et il est donc aisé de satisfaire la nature.

      Tout de suite après, j'entame la pente raide. Là , on va calmer le rythme et pousser sur les bâtons pour ne pas aggraver la brûlure du tendon. Bon sang  ! Mes bâtons ! Ils sont restés à Vareton ! M….   M…..  M….. !

      Que faire ? Revenir sur mes pas me couterait entre 30 et 40'. D'après mes estimations, il reste moins de 8h avant de revoir Solange. Mathématiquement, il n'est absolument pas "rentable" de faire demi-tour. Ok mais comment vais-je les récupérer ? Ils ont quelques paires d'années mais je les aime bien. 

      Tout en continuant sans appui autre qu'une jambe et demie, j'informe Solange de ma mésaventure et lui demande de voir s'il y a un service de ramassage des objets trouvés.  Après renseignements, il y a bien un lieu de stockage des objets à l'arrivée où chacun se sert. Bon, reste plus qu'à prier pour les retrouver par ce biais-là.

       Anecdote étonnante : c'est, à 1 km près, le même endroit où je m'étais aperçu avoir égaré mon portable il y a 3 ans en ballade. Ce lieu n'est pas le bon coin, plutôt l'inverse. Et pourtant, qu'est-ce que j'avais aimé monter à la fenêtre de tsan de jour. Le circuit passe de cirque en cirque à chaque marche d'escalier. La montagne isolée comme j'aime.

       En attendant, j'intègre la nouvelle donnée : il va falloir faire sans bâton pendant un sacré moment et avec un parcours pas roulane du tout ! Environ 2000m de D+ et 3000m de D- pour 26 km . Ecrit comme ça, c'est déjà un sacré morceau ! Mais après 260km, ça devient du très costaud !

       J'avance donc comme je peux, en essayant de profiter des étoiles, des montagnes éclairées par la -presque- pleine lune. Bref, en essayant de positiver la situation. 

       Les montées sont plus difficiles sans l'aide des bras. Et que dire des petits bouts de descentes : sans appuis de secours via les bâtons, il n'y a plus que mes 2 pieds qui doivent assumer l'équilibre du bonhomme. Chaque pose de pied se doit donc d'être un peu plus assurée (on devrait plutôt dire "lourd" avec la fatigue). Ce n'est pas ça qui va améliorer l'humeur du chat.

       Je suis parfois contraint de remplacer les bâtons par les mains lorsque la pente se fait forte et que mes forces manquent. Certains appuis glissent et me font pousser des cris de douleurs. Je m'accroche à ce que je peux mais je passe un mauvais quart d'heure. Le souci, c'est qu'au bout d'un quart d'heure, rebelote. Il vaut rien ce dicton !

       Mon pseudo retard est remonté à 4h01 lorsque le sommet est atteint sans joie car je connais la descente qui suit. Elle ressemble un peu à celle du 1er col fenêtre, avec une multitude d'épingles à cheveux, une forte pente sur un single qui dérape facilement. Du bonheur lorsque qu'on est en forme. Là, j'ai comme un doute ...

fenêtre de Tsan 2739m / refuge Lo Maggia 2005m    ( 3,6Km  / +21 / -755 ) :    long début de descente raide, technique et glissante : doucement ! (31')     puis single + rocailleux où la course est parfois possible (41')   puis piste 4x4 en arrivant au refuge  (58')    ( arrivée mercredi 23h09  )

       J'applique la consigne du roadbook et descends prudemment le mur. Dès que c'est possible, je reprends la "foulée Eva", le plus souvent pied droit en premier pour soulager le tendon gauche. En dessous , je vois au loin 4 frontales qui petit à petit se regroupent.  La nuit est complète maintenant  et le balisage peu présent. En même temps, il n'y a qu'un chemin, impossible de se tromper, sauf à l'intersection avec l'ancienne trace du Tor, celle qui évitait de descendre tout en bas à Maggia. Je vois le groupe marquer quelques minutes d'arrêt à la bifurcation. Arrivé sur place, effectivement, il n'y a pas de fanion précis mais juste une indication pour le refuge maggia. Après une dizaine de mètres, je vois un fanion couché au sol. c'est clair qu'il est très compliqué de planter un bout de plastique dans toute cette rocaille. Je le redresse puis le coince. Combien de temps cela tiendra ?

       C'est long cette descente et je n'avance que lentement. Cependant, le groupe de devant avance encore moins vite. Le coureur de tête "bloque" dès que la pente s'additionne à un rocher et de fait, empêche les autres de passer. Comme eux, je fais la queue lorsque je les rattrape. Si ça permet à la douleur de se calmer un peu, c'est l'inverse pour mon humeur. Je pense ne pas avoir attendu + de 3 ou 4 minutes avant de perdre patience et décider de couper au milieu des rochers. ça fait un mal de chien ... euh... de chat,  mais je ne perds pas de temps. Pas sûr d'être conscient sur le moment  qu'un peu de flegme Britannique dans mon attitude m'aurait fait moins de mal, lui ...

       Juste après cet épisode peu glorieux, nous arrivons dans une zone sans véritable chemin ni balisage net (de nuit en tout cas). Je ne dois pas être si inconscient que ça car je me rappelle encore la trace d'il y a 3 ans; J'avance donc sans chercher où aller. Le groupe derrière m'aperçoit encore et suit. Arrivé en fond de vallée, et comme c'est noté "courable" dans le roadbook, je m'efforce de courir. Le terrain est moins technique. On peut supposer que comme un bébé en voiture, les soubresauts monotones aidant, le chat somnole. Je ne le sais pas encore mais c'est la dernière pause qu'il s'octroie. En attendant, j'en profite et file au refuge "Lo maggia". Avec la baisse temporaire de la brûlure du tendon, je sens que les pieds ont subi quelques outrages, certainement amplifiés par l'absence des bâtons. Je vais profiter du refuge et de sa chaleur pour prendre un peu de temps et m'occuper de ces précieux outils. 

       A l'entrée dans le refuge, mon retard est de 3h54, quasi stable. Je m'installe dans un coin et tout en m'occupant de mes pieds, je pense à 2/3 trucs.

       Je crois bien qu'il faut se rendre à l'évidence : je suis toujours sur la base des 110h malgré mes douleurs. Sans me l'avouer au départ, je m'accroche à ce chiffre. J'ai besoin d'une bouée qui m'aide à ne pas sombrer.  Il faut que l'enjeu soit élevé pour supporter le dépassement exigé. En toutes occasions : sans objectif, point de performance ! Qu'est-ce que je cherche avec ça ? Peut-être bien à me prouver que je suis capable de rester sur le timing calculé avant la course. Le décalage de 4h est dû aux heures de sommeil supplémentaires que j'ai investi , espérant une disparition des blessures (belle utopie !). Dont acte. Mais si j'arrive à tenir le tempo, ça me prouvera pas mal de choses finalement. Que les calculs du roadbook n'étaient pas si déconnant que ça. Que mon plan d'entraînement -même tronqué - était adapté. Et que j'ai la chance d'avoir encré en moi une certaine dose de volonté. Cela ressemble fortement à la définition d'une certaine forme d'orgueil ? Je suis plutôt du genre à apprécier le panache sportif, effort inutile par excellence, mais qui est l'essence même du sport de masse, puisqu’au final il n'y aura qu'un seul vainqueur. Ne sommes-nous pas tous plein de panache et d'orgueil, chacun à sa façon ? je me pose aussi la question de savoir si cet orgueil n'est pas mal placé ? Est-ce que je ne risque pas tout simplement d'entériner une blessure au long cours juste pour vouloir finir et même suivre une cadence optimale (pour moi) ? Je repars du ravito en  me disant que je me moque de me blesser sérieusement, ayant annoncé bien naïvement que "de façon irrévocable ce sera mon dernier ultra". Au moins, cette annonce me permet-elle de forcer plus que de raison ? Et si intuitivement, je m'en étais servi de pare-feu en prévision des douleurs à venir ? 

       Juste avant de filer, je me félicite d'avoir emporté un chausse pieds. Ceux-ci ont gonflés et il faut forcer pour réintégrer les Hoka. J'aperçois dans un coin de la petite salle 2 lits de camps. Je ne sais pas si c'est ici que les coureurs doivent se reposer ? ça ne semble pas l'idéal. J'ai été bien silencieux pendant ce ravito et la bulle éclate lorsque je sors. Il fait froid !

refuge Lo Maggia 2005m / refuge cuney 2652m    ( 3,3Km  / +674 / -27 ) :    Montée raide à ne pas négliger avec une fin un peu + facile   (1h20')    ( arrivée jeudi 00h29  )

       Allez ! Encore 2 ravitos et au troisième je rejoindrai Solange qui m'attend à Oyace. Dis comme ça c'est simple mais il va falloir encore au minimum 5h45 d'effort pour la retrouver. Pour l'instant, elle dort et récupère de toute la gestion transparente qui accompagne la progression.

       La pente s'accentue rapidement dans la forêt. Les appuis ne sont pas très faciles et je finis par m'armer de 2 branches de sapin pour tenter de soulager mon tendon. Je les garde 20' environ mais ils sont lourds et dès que la pente s'atténue, je décide de progresser sans eux. La nuit est limpide et plaisante. Je ne vois aucune frontale au loin, ni devant ni derrière, seulement accompagné de ce foutu chat. 

       Aux deux tiers de la montée, après un petit replat où je m'obstine à relancer, j'éteins un peu la frontale pour profiter des falaises. Elles me font face et scintillent sous l'éclairage de la lune avec une multitude d'étoile en fond d'écran. C'est bôôô ! Ces quelques instants de félicité permettent - à leur niveau- d'accentuer la judicieusité de notre présence sur ce Tor.

       Bon, c'est pas tout ça mais j'ai un truc à finir ! Je repars de plus belle et mets une grosse énergie dans la pente suivante. Le ravito de cuney se fait attendre puis surgit soudain après un énième virage. Je cherche l'entrée mais c'est sous une grande bâche tendue sur le côté du refuge que le pointage doit avoir lieu. Retard de 3h49. Encore 5 petites minutes de "grattées" et à ce moment-là, j'aime bien le dicton qui dit que ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves.

refuge cuney 2652m / bivouac refuge Clermont 2705m    ( 4,8Km  / +427 / -374 ) :   2km de balcon descendant courable  puis remontée moyenne => col CHALEBY (51'). Début de descente raide puis 500m single en balcon courable. Montée assez dure (qq replats -un peu de gaz) avant diagonale jusqu'au refuge   (1h43')    ( arrivée jeudi 2h12 )

      Je n'ai pas l'intention de trainer mais avec le froid qu'il fait, je réponds par l'affirmative à la proposition d'une soupe chaude. Ce que je ne savais pas c'est que la gentille bénévole allait s'échapper pour ne revenir qu'une dizaine de minute après avec la soupe. En fait, les 2 personnes présentes semblent s'embêter un peu et veulent discuter. Elles ne sont pas du tout sur les mêmes "vibrations" que moi qui ne pense qu'à éviter de perdre du temps. Difficile de leur en vouloir. Je fais l'effort d'échanger encore un peu après la soupe mais finis par partir quand même. 2 ou 3 petites rivières se sont asséchées dans le temps passé à ce ravito...

       Heureusement qu'il est possible de se secouer un peu dans les mètres qui suivent car j'ai maintenant froid, le bol de soupe n'a pas suffi à me réchauffer et j'avoue avoir refusé un second bol dans la crainte du temps perdu. Je trottine donc dès que possible même s'il me semble y laisser encore quelques fibres de ce satané tendon; Comme mes bâtons me manquent !

       Je ne sais plus si je suis content de trouver la montée vers le col Chaleby. C'est d'habitude ce qui se produit car je sais que j'y récupère quelques forces. Là je commence à marquer le pas. Ce n'est pas très long mais je suis un peu perdu dans les souvenirs que j'ai appris du parcours. Lorsque le col est effacé, je ne m'attends pas à la descente qui arrive. Je pensais n'avoir plus que de la montée et n'ai pas consulté mon roadbook. Cette descente bien raide au début me fait bien mal. La (mauvaise) surprise devant certainement jouer sur ma perception des évènements. 

       Lorsque j'entame l'ascension qui mène au refuge Clermont, je suis en mode "avance et tu finiras bien par y arriver". Le découragement a commencé son travail de sape. Je ne veux rien lâcher mais j'ai quelques faiblesses sur ce tronçon. Je vois bien 4 frontales mais elles sont super loin et me semblent hors de portée.

       La tête baissée et le moral résigné, je traine ma carcasse de fanion en fanion. Je commence à ne plus croire aux 110 h vu comme j'avance. L'esprit s'est éloigné de la compétition. Même la musique ne m'apporte plus qu'un réconfort modeste. On dit souvent qu'en ultra les coups de mou sont courants. Je mets ma lenteur en partie sur ce compte-là et patiente.

       Lorsqu'enfin les lueurs du refuge apparaissent, je suis fané. C'est minuscule et ne vois pas où est l'entrée. Heureusement un bénévole vient ouvrir et je pénètre dans le bocal. Retard = 3h57. Tiens, ce n'est pas si mauvais que ça au final !

       Il y a là 1 table pour 4 convives, déjà complètement occupée. 60cm de part et d'autre et 2m² à gauche pour la cuisine. Je vais donc rester adossé à la porte d'entrée pendant que j'avale un plat de pâtes tièdes. Mais c'est bon et appréciable, sans parler de la chaleur qui règne auprès du poêle à bois. Je ressors juste avant que ce piège ne se referme sur moi.

       Alors que je m'élance, un des bénévoles me court après et me dit que j'ai oublié mes bâtons. Il a cru que parmi ceux qui étaient à la porte, il y avait une paire pour moi. Il fait une drôle de tête quand je lui dis que je n'ai pas de bâtons. Comme je le comprends ! Coureurs qui songez à faire le Tor sans bâtons, réfléchissez bien  -vraiment bien-,  à cette décision ... 

bivouac refuge Clermont 2705m / ravito Oyace 1360m    ( 10,3Km /+317 /-1662 ) :      fin de montée du  col VESSONAZ bien marquée (10'). Descente raide au "début" puis + simple => Arp Damon (grange 49' ). 500m gros chemin pentu puis descente simple mais TREEES longue (2h07) avant une remontée rude (2h32) puis descente simple   (2h41')       ( arrivée jeudi 4h53 )

       La montée au col n'est pas longue mais avec la fatigue, les secondes ne s'écoulent plus à vitesse réelle. Un peu comme lorsqu'on attend l'heure d'ouvrir ses cadeaux de Noël et que la pendule semble cassée. Je me languis du réconfort que vont m'apporter Solange et une zone abritée pour dormir. Alors que je bascule dans la descente menant à Oyace, je me réjouis déjà de l'accueil qui m'attend. J'aurais mieux fait de préparer mon cerveau au calvaire qu'il me restait à affronter.

       Le début de descente est minéral et pentu. Parfois technique, parfois juste incliné, ce single amuse beaucoup le chat. Il doit avoir décidé d'utiliser aussi ses dents pour jouer avec mon tendon. Je ne m'amuse pas du tout de mon côté. Aucune branche à proximité qui puisse faire office de bâton. Solange ne serait pas à un jet de pierre d'ici, je lâcherais bien l'affaire pour me poser sur un rocher de sorte que tous puissent s'endormir. J'avoue avoir eu les yeux qui ont perlé quelques fois dans cette descente, le froid certainement.

       Enfin le mini replat d'Arp Damon. Je marche pour détendre mon corps et ça fait du bien. Malheureusement, je ne regarde pas le roadbook et imagine -à tort- qu'Oyace est pour bientôt. Dans ma tête, quelques kilomètres de faux plats descendants et ce sera bon. 

       La distorsion temporelle s'accentue et je m'attends beaucoup trop tôt à voir les lumières d'oyace.  Il faut en réalité 1h15 à 1h20 pour arriver au pied de la dernière montée qui va nous permettre de retrouver Oyace. Donc, quand on espère tomber sur ces lumières au bout de 15', puis toutes les minutes, l'attente est trèèèèèès longue.

       Le chemin n'est pas trop technique et doit être bien sympa à faire à l'entrainement mais là, je m'énerve de sa durée. Tiens, Il me semble avoir la langue usée à force de manger un peu toujours les mêmes trucs, à moins que ce soit la répétition des prises de sporténine ou autre chose encore (?). Le MP3 arrive en bout de batterie et je n'entends plus grand-chose des musiques sensées m'accompagner. Il n'y a aucune frontale, pas d'animaux. Rien qui puisse me distraire de ce mantra enfantin "quand est-ce qu'on arrive ?" .

       Parfois, les éclairages d'un hameau apparaissent à droite et font croire à une arrivée proche. Au bout de 3 ou 4 fois, je perds espoir et relâche tout. Objectif, aller le plus loin possible en espérant enfin tomber sur le bon virage à droite. Les virages se suivent, se ressemblent tous et participent à ma perte de repère. La fatigue est de plus en plus présente. J'ai arrêté de m'alimenter depuis un peu trop longtemps (procédure pré-endormissement + langue en délicatesse) et me retrouve sans force. Je double malgré tout un américain qui est à l'arrêt complet lui, mais comme il "feel good", je continue. La musique s'est tue. Je mobilise toute mon énergie pour ne pas sombrer immédiatement. Aller, encore un virage ! Aller, encore 50m ! Aller, c'est forcément plus très loin ! Aller, cours encore un peu, ce sera moins long ! Infernal. Je sens que je n'ai presque plus de force. Je plonge en moi pour trouver des exemples de sorties qui furent difficiles à boucler. A ce niveau d'épuisement-là, il n'y en a pas. J'ai quand même bien fait d'en programmer quelques-unes dans mon entrainement cet été. A chaque fois, j'ai bien fini par arriver, ce sera donc la même chose ici. Je m'accroche à tout ce que je peux. C'est  in - ter - mi - na - ble  (bien pire que ce récit, c'est vous dire) ! 

       Je suis lucide mentalement mais plus très réactif physiquement. Le souffle me semble plus court. Chaque virage à droite devient une déception, car suivit peu après par un virage à gauche. Tiens, pas celui-là.  Quoi ! Mais, mais, … passage d'une rivière, c'est le signal tant attendu. Mon corps est exténué. C'est au mental que j'attaque la rude et courte (enfin j'espère) remontée qui précède la dernière descente menant à Oyace. Yes ! je suis cramé de chez cramé. Petit coup de fil à Solange pour la réveiller. Cela me réveille aussi un peu. Je m'agrippe aux branches pour finir cette ascension.

       Les lumières du village visibles depuis le petit sommet font un bien fou. Le mental dicte au corps et j'arrive à nouveau à courir dans la descente. 

       "Aller mon chéri !". J'entends 100m devant moi une bien jolie musique. Waouh ! Solange a eu le temps de se lever, de trouver une zone libre au ravito et remonter 600 à 800m dans ce froid. Quelle rapidité ! J'éteins ma frontale aux premières lueurs de la ville pour découvrir que ce n'est en rien ma chérie à moi. Je me suis trompé. je suis un peu déçu mais moins que la dame qui attends dans le froid je crois.

Ravito de Oyace 1360m ( entrée jeudi 4h53 ) : 

       J'entre enfin dans le ravito. Quel bonheur de retrouver une accompagnatrice souriante et dévouée. Encore merci ! Après quelques échanges, je fais le point sur le timing. Retard très légèrement monté à 4h03. Ma perception était donc assez loin de la réalité (ou alors j'avais bien anticipé la perte d'énergie sur ce tronçon dans mes calculs d'avant course). L'abnégation mise à avancer coûte que coûte a fini par payer. N'étant pas si loin du compte que ça, je décide de rester sur le temps de sommeil initialement programmé dans le planning idéal, soit un seul cycle (1h35). C'est le risque planifié en amont basé sur l'hypothèse idéale de ne plus avoir besoin d'un autre dodo. On verra bien.

Bilan de ma 4ème étape (Greyssoney / Oyace) :   71,7 Km / + 5.890 m / - 5.904 m .        27h43 : 21h26 de progression +6h17 d'arrêts longs dont 4h de dodo.    Classement : 86 ème à l'entrée 

       Je me change rapidement : Solange a déjà tout préparé, top ! Une fois allongé, je mets 8/10' à m'endormir car il a fallu faire comprendre au gars posé sur le lit de camp d'à côté qu'ils n'étaient pas tout seuls, lui et ses accompagnants. Ils discutaient à hautes voix, tranquilles. Heureusement, l'énervement est vite suppléé par l'immense fatigue et je sombre dans un sommeil profond.

        Quand Solange me réveille, il est bien difficile de remettre en route le corps. Elle se moque gentiment de ma tête qui est un peu "chiffonnée". Fidèle à son maitre, mon chat se réveille en même temps que moi et m'accompagne dès les premiers pas. Je croise aux toilettes un gars qui me ressemble vachement, enfin en bien plus gros. Ah ben non en fait, c'est juste un miroir ! Oui bon d'accord, je suis bouffi. Pas d'amélioration non plus au niveau de la langue et je n'avale que du mou (yaourts et compote) ou du liquide (bouillon de soupe). Mâcher du solide n'est pas évident. Voilà un paramètre supplémentaire qui devra être géré pour ce que j'espère être mon dernier jour en course. Les pieds ont vraiment gonflé et il faut serrer les dents lorsqu'arrive le moment d'enfiler la basket gauche. Merveilleux chausse-pied !

        Grâce à Solange, l'arrêt a été efficace. Il est 6h57 lorsque je quitte la salle du ravito et mon retard est redescendu à 3h47. Certes il fait encore froid et sombre mais dans la tête, ça commence à s'éclaircir.

Ravito de Oyace 1360m ( sortie jeudi 6h57 - arrêt de 2h04 pour 1h35 de dodo ) : 

ravito Oyace 1360m / ravito de Bruson d'Arp 2091m    ( 5Km  / +792 / -61 ) :    Départ raide dans le hameau (6') puis montée simple et régulière. La fin est en toboggan courable à 50%.    (1h39')       ( arrivée jeudi 8h36 )

       La trace "dré dans le pentu" tout de suite à la sortie de la salle est indigeste mais ne dure heureusement pas trop longtemps. Et puis j'ai retrouvé des bâtons et ça, ça change la donne ! Ce sont les vieux bâtons de ski de fond (donc monobrin) de ma maman sur lesquels j'ai ajouté des sangles façon carabine de biathlon. Le système permet de rapidement les passer dans le dos, par-dessus le sac. La suite du chemin est aussi agréable que ce lever de soleil qui réchauffe autant l'âme que l'atmosphère. Avec le sommeil, l'esprit est comme neuf. C'est vraiment étonnant de découvrir toutes les capacités que nous avons en nous. Les jambes sont bluffantes si l'on tient compte de ce qu'elles ont déjà subi. Bref, je suis vaillant et si l'on met de côté mon tendon, content de repartir pour une nouvelle journée d'aventure.

       Je suppose que je ne suis pas le seul à avoir prévu de repartir au lever du jour mais dans cette portion, je suis encore seul et n'apercevrais personne avant le ravito.

       Après avoir traversé un éboulis / lit d'écoulement des orages de montagne, la douleur au tendon est très forte mais je ne la laisse pas me dicter l'allure. Enfin ça c'est dans la tête parce que sur le terrain, il y a forcément pleins de foulées qui sont raccourcies et peu dynamiques. J'avance quand même bien et profite de la température idéale pour faire mon petit bonhomme de chemin dans cette forêt silencieuse.

       La partie alternant montées, plats et descentes fait monter l'adrénaline du chat. Je souffre sans silence mais continue d'avancer de façon heurtée jusqu'à apercevoir le ravito sous un abris de chasseurs semble-t-il.  L'arrêt fait du bien. Le morceau de fromage choisit pique la langue. Reste plus que le nutella qui passe quoi ! Le pointage effectué indique un retard encore un peu raccourci à 3h41. 

ravito de Bruson d'Arp 2091m / ravito Berio Damon 1942m     ( 4Km  / +453 / -602 ) :    single classique, parfois technique ( brèche à gauche du ravito) jusqu'au col (50'). Descente souvent technique avec gros rochers au début puis quelques replats. Ravito 5' après la ferme    (1h47')       ( arrivée jeudi 10h23 )

       La montée au col commence par quelques petites descentes puis l'ascension commence réellement. Il fait beau, la vue est magnifique et je prends quelques instants pour en profiter. On devine le single d'accès au col. Personne. Derrière, il y a 1 concurrent mais il est à au moins 5'. C'est bon la montagne zen comme ça.  la fin du col est un peu plus pentue et nous débouchons sur une sacrée vue. Mon retard est maintenant de 3h31. J'ai grignoté quelques minutes supplémentaires qui nourrissent mon espoir de faire moins de 110h à l'arrivée.

       Par contre, la vue de la descente qui suit ne m'enchante guère. C'est une trace au sein d'un chaos rocheux. Hum, que ça va être bon !

       Mon appréciation est en deçà du ressenti. Les bâtons sont maintenant utilisés autant en béquilles qu'en simples appuis. Rocher après rocher, saut après saut, l'avancée se réalise. Je me fais doubler une première fois assez rapidement. Un autre concurrent me passe alors que j'enchaine les épingles à cheveux. C'est la galère. Je suppose que la résistance à opposer à la douleur doit entamer mon capital énergétique, mais comment faire autrement. J'aperçois un peu devant une silhouette qui ne vient pas de me doubler. Evidemment, je ne suis pas seul dans la galère. Il faut bien admettre que mon cerveau apprécie de pouvoir cibler à nouveau un concurrent plutôt que ne voir que des fusées passer.

       Le chemin s'élargit et il faut relancer pour raccourcir autant que faire se peut la durée de la descente. Un peu après avoir dépassé une ferme que je prends d'abord pour le ravito, nous nous retrouvons à 2 coureurs. Les odeurs émanant de la ferme n'incitent pas à ouvrir la bouche mais juste à partir d'ici. Une centaine de mètres plus loin, nous nous apercevons que nous sommes Français tous les 2, et Kikoureurs qui + est ! Il n'est pas très actif sur le site mais la discussion n'en est pas moins sympathique. Nous parlerons ainsi jusqu'à Ollomont.

       Enfin l'abris de Berio Damon est atteint. Le ravito proposé est sommaire mais j'y dégote 1 pain au chocolat industriel qui fera mon délice. Il passe sans que ma langue se rebelle.  Je sens sur cette dernière un ou 2 boutons qui émergent. Nous arriverons bientôt à Ollomont, LA dernière base vie où, comme au restau, on peut choisir son plat parmi une dizaine de propositions. Insidieusement, mon corps gardait ces désagréments linguaux pour la bonne bouche ... Mon retard est remonté à 3h43, mais la descente n'est pas encore terminée.

ravito Berio Damon 1942m / BV de Rey-Ollomont 1385m     ( 3,8Km  / +47 / -604 ) :   Descente sur gros chemin jusqu'au hameau de Rey (42') puis 900m de faux plat montant jusqu'au ravito   (51')       ( arrivée jeudi 11h14 )

       La descente agrémentée de petites remontées qui font du bien, s'effectue sur un large chemin. Je ne suis pas en bon état et ce n'est pas mieux du côté de mon Co-randonneur. Il a une inflammation d'un releveur et recule au classement depuis 2 jours. C'est donc 2 boiteux qui se racontent des histoires. Autant pour lui que pour moi, cela permet de se changer les idées. Les douleurs sont là mais elles semblent atténuées grâce aux échanges. Bcharreau, c'est son pseudo kikourou, apprécie de pouvoir s'accrocher à un rythme proche du sien. Est-ce une vue de l'esprit ou juste le fait que je ne me mette plus tout à fait à mon seuil maxi de tolérance ? Peu importe, il fait beau et Ollomont va bien finir par arriver. Là, tout de suite, je touche du doigt l'intérêt humain de partager les épreuves inhérentes au TOR.

      Enfin le hameau de Rey est atteint. Cela signifie un peu de répit pour nos pieds que la descente à bien malmenés. Je préviens Solange que nous arrivons. J'aimerai relancer dans le petit faux plat qui précède la base vie mais renonce à gagner 1 ou 2 minutes au profit d'une prolongation des partages. 

       A 50m de la base vie, Solange arrive. Elle a eu froid ce matin mais la chaleur étant revenue en force maintenant, elle a pris un petit bain de soleil réparateur et en a profité pour sécher le linge humide sur la barrière longeant la rivière. Au pointage d'entrée, mon retard n'est plus que de 3h34. Les moins de 110h étant toujours possibles, il va falloir faire un arrêt au plus court pour continuer d'espérer.

Bilan 6ème tronçon (entrée Valtournenche à entrée Ollomont) : 50,4 Km / + 4.362m / - 4.497m    18h22 :  15h42 en progression + 2h30 d'arrêts longs pour 1h35 de sommeil          Bilan depuis le départ :  302,4 Km / + 23.359m / - 23.199m     95h14 : 79h34 en progression + 15h40 d'arrêts longs dont 9h20 de dodo   Classement : 85è

Base Vie de Rey-Ollomont 1385m ( entrée jeudi 11h14 ) : 

       Solange me dirige sous une tente où les affaires sont clairement disposées. Je lui fais une brève liste de mes pathologies afin d'adapter au mieux ce que nous devons faire pour que la dernière étape puisse aller à son terme. Je pense que je n'avais pas assez pris conscience que chaque kilomètre supplémentaire sera un peu plus difficile que celui d'avant. Passés certains seuils, ce n'est plus uniquement la fatigue qui réduit la moyenne horaire mais plein d'autres facteurs plus ou moins importants. Les 7 grosses étapes proposées par l'organisation peuvent être comparées à un tournoi sportif à éliminations directes. Il y a bien 7 marches à franchir mais la 1ère marche peut-être sensiblement plus simple à passer que les suivantes, demandant un niveau d'engagement supérieur à chaque étape. A Ollomont, il ne reste "que" 51km. Et bien même si le profil semble plus accessible que les étapes précédentes, il va falloir s'accrocher au maximum pour ne pas dériver dans le temps.

       A titre purement formateur - et donc dans le but de faire du préventif pour les futurs TORistes-, voici la liste de mes pathologies à ce moment-là de la course. De haut en bas : 

       _ La langue usée + quelques éruptions sur son pourtour gênent l'ingestion d'aliments trop durs.

       _ les muscles des cuisses et des bras sont raisonnablement courbaturés après 300Km (vive les départs lents)

       _ les 2 vasques intérieurs sont strappés et ne sont pas + douloureux que les autres muscles

       _ Le tendon d'Achille gauche est pas mal gonflé. A n'en pas douter, Il est en tous points semblable à un arbre à chats ?

       _ Les pieds ont également gonflé : je vais utiliser pour finir une pointure 48 alors que je chausse du 45,5

       _ le côté du pied gauche à l'origine de mes soucis est gonflé et bleu. Je me suis habitué à cette douleur-là.

       _ 3 ongles de pieds sont maintenant violets et condamnés à court terme

       _ 2 zones de la taille d'une pièce de 2 euros sont gorgées de sang sur les extérieurs des 2 talons. 

       _ De la même manière, il y a sous chaque pied une autre zone violette qui apparait.

      Je strappe tout ce qui mérite de l'être et y projette ensuite le jet d'une bombe froid. Ça fait du bien. J'écarte les dosettes de produits prévus pour le sac à eau lors des ravitos suivant au cas où elles soient responsables de la détérioration de ma langue. Je ne garde que le "pocasweat" conseillé de longue date par Alan. Quelques barres de pates d'amandes et hop ! Direction la salle de restauration juste en face.

       Après lecture du menu, je sélectionne une tranche de jambon grillé servie avec de la purée. Comme rien n'est fait à l'avance, cela prend un peu de temps avant de pouvoir manger. C'est un délice et si ce n'était le temps de préparation et une digestion incertaine, j'en aurai bien repris une seconde fois. 1 yaourt et zou ! dehors !

Base Vie de Rey-Ollomont 1385m ( sortie jeudi 11h39 ) :  25' d'arrêt. 75e donc 10 places de gagnées sans courir …

BV de Rey-Ollomont 1385m / Refuge Champillon 2465m     ( 5Km  / +1085 / -5 ) :    montée franche mais simple dans la forêt puis passage dans un pré. 800m sur piste 4x4 puis single raide avant une fin plus simple => refuge [1 fontaine 15' avant refuge et 1 à l'extérieur du refuge]  (2h16')       ( arrivée jeudi 13h55 )

      Lors du pointage de sortie, mon "retard" est à 3h39', j'ai donc passé 5' de trop dans ce ravito. Pffff, que le temps passe vite ! 

      Solange m'accompagne 300m, c'est cool de partager un peu de notre cheminement. Le chat a profité du passage à Ollomont pour revenir avec des potes à lui. Ils chahutent sur mon tendon. Entre les préconisations de Solange et la douleur, je finis par craquer : j'avale un doliprane 1000. Je ne suis pas adepte de la chimie, surtout en course, mais bon, il reste moins d'un jour - en théorie- de course. Je ne sais pas si ce cachet aura de l'effet mais je vais tenter. 

      Il fait chaud maintenant. Vivement les hauteurs pour limiter les soucis aux pieds. Le bon côté de la chose est de pouvoir progresser en tee-shirt manches courtes !  Avec la chaleur et le gonflement des pieds, le passage à + 3 pointures (hoka en 48) soulage un peu les extérieurs des talons et ça aussi c'est cool.

       Je suis seul. Je sais qu'il va falloir être aussi vigilant que pugnace pour rester en sub 110h. Depuis que j'analyse cette course, une chose est claire : c'est dans cette dernière étape qu'il faut résister. Les plus vaillants arrivent à faire des écarts impressionnants, bien loin des quelques minutes glanées en début d'épreuve. Par contre, les craquages se payent généralement très cher. Mon esprit est donc bien conscient de tout ça. Malgré la brûlure du tendon je m'obstine, cherchant à perdre le moins de temps possible. Je transpire abondamment dans cette marche forcée et bois en conséquence. Pour garder mon rythme en montée, j'ai un truc travaillé à l'entrainement : je respecte la cadence de "la marche des éléphants" (ça me va comme un gant !) du livre de la jungle de Disney. C'est un peu entêtant mais ça marche assez bien. Ce tempo évite surtout d'avoir trop de passages où la flânerie prendrait le pas. 

       Lorsque le terrain le permet, je profite des belles images des montagnes, mais bien vite, je reprends ma recherche d'optimisation de ma trace. Les grands virages sont pris à la corde et j'essaye au maximum de "tendre" une ligne droite entre 2 virages opposés.

      Malgré ses efforts et à cause de mon petit handicap, je vois bien que la concurrence se rapproche. C'est dans le raidard qui suit le gros chemin que mon allure pâtie le plus du chahut des chats. A ce moment-là, la douleur est aussi vive que dans la descente précédente et j'adapte donc ma foulée avec un mouvement plus ample d'un côté que de l'autre. C'est un peu moins gênant lorsque le single se termine et que l'on aperçoit au loin le refuge. Il y a un piège ici car la première habitation n'est pas le ravito. Si l'on peut apprécier sa fontaine fraîche, il faut encore monter une vingtaine de minute avant l'arrivée au refuge. 2 concurrents vont me doubler dans cette demi-heure passée à rejoindre ce foutu refuge. Comme souvent, on finit quand même par rejoindre le point de rdv. La digestion et les bestioles m'ont fait perdre un peu de temps sur ce secteur et mon retard est remonté à 3h45. 

       Après le pointage, je me pose sur la terrasse animée du refuge. Le paysage est somptueux et je prends 30" pour l'admirer. Ensuite, c'est tout l'inverse : mes pieds sont assez moches mais il me faut bien 5' pour les ré-enduire de crème et arriver à enfiler à nouveau les chaussures.

Refuge Champillon 2465m / ravito de Ponteille Desot 1830m    ( 5,1Km  / +288 / -923 ) :   pente marquée et non technique => Col CHAMPILLON (40') puis descente sans gros danger : rester cool / à ce qui arrive. 700 m en toboggan pour arriver à Ponteille   (1h45')        ( arrivée jeudi 15h40 )

      Je reprends le chemin qui monte quand même assez fort en ce début de tronçon tout en essayant de ne pas trop tirer sur le tendon. Je me fais à nouveau doubler dans ce passage au tempo maitrisé. Il est clair que les concurrents sont tous dans le "sprint" final maintenant. Le tempo de chacun semble s'être un peu élevé.

      A l'approche du col, je profite encore un peu des derniers instants que j'ai prévu de m'accorder car ce qui arrive ensuite va faire appel obligatoirement à notre volonté de compétiteurs : Jusqu'en dessous de "Merdeux", nous allons passer sur de longues portions courables et pourtant pas toujours en descente. Pour réussir l'exercice, j'espère pouvoir associer les quelques dernières forces qui resteraient à des ressorts psychologiques préalablement "stockés" à cette intention.

       Sitôt le col passé, je rentre dans ce mode mental interdisant de se relâcher. Lorsque la descente est raide, je serre juste les dents. Mais lorsque la pente est un peu plus douce, je relance. Objectif : remettre en route toute la chaine musculaire et respiratoire petit à petit. Il s'agit d'être prêt dès le départ du prochain ravito.

       Petite inquiétude supplémentaire, je ne mange peut-être pas assez. La langue irritée ne donne pas envie de se forcer. Il faudra que je me force un peu au prochain ravito, en espérant un peu plus de diversité dans les mets proposés. En attendant, je prends le dernier sablé au nutella et on verra bien.

       Un peu + d'une heure de descente, c'est un peu long et ce tronçon n'échappe pas à la règle. Le ravito est long à arriver. Enfin c'est surtout moi qui suis long à rejoindre le ravito. Sur les quelques portions un peu moins pentues, je sens un petit "mieux" côté tendon. La douleur est toujours très présente mais il me semble que ça n'empire plus. Effet du doliprane, de l'accoutumance, du regain de motivation ?

       Les 2 abris de pierres servant au ravito se dévoilent peu après avoir retrouvé quelques arbres. Le pointage est rapidement fait. Si l'on veut manger un plat spécifique, c'est dans la ferme juste en dessous du chemin. On me propose de la saucisse grillée avec de la polenta. Banco ! Et tant pis pour les 5/7 mn de perdues. Mon retard théorique est remonté à 3h50.

ravito de Ponteille Desot 1830m / Bosses 1525m    ( 11,5Km  / +243 / -548 ) :   Tronçon que sur gros chemin : 300m courables puis montée douce. Long plat à faire au mental comme le long toboggan qui suit => St Rhémy (1h21) puis dernière descente simple => Bosses.  [ Fontaine à l'entrée]    (1h39')       ( arrivée jeudi 17h19 )

      C'était très bon mais j'ai réussi à rester dans un relatif bon état de concentration. Ainsi, lorsque je ressors de la ferme et que je vois que 4 coureurs arrivent groupés, je m'oblige à repartir en courant sans trop de difficulté. 

      C'est d'autant plus facile que je sais que ça ne dure pas longtemps car il y a une montée qui arrive tout de suite. Il est clair que si l'on se fie uniquement au profil officiel, ça doit descendre tout le temps jusqu'à Bosses. Sur place, c'est bien différent, ce qui explique aussi les moyennes horaires pas forcément glorieuses. La 1ère montée s'effectue sur un gros chemin pendant 10/15'. Puis arrive le 1er morceau où l'envie de marcher est plus présente que celle de courir. C'est plat, voire légèrement descendant, mais visuellement, on croit que ça monte. C'est assez étrange. Il ne faut donc se laisser aucune échappatoire. "Je dois courir" !

      Le tendon fait mal mais je force dessus. Je suis bien conscient que ma foulée est bancale et que je boite bas, mais je ne lâche pas. Le fait de voir juste derrière moi que le petit groupe de poursuivants s'étire, ça m'aide à ne pas céder. Les pauses que je m'accorde sont de courtes durées mais elles me semblent salvatrices pour ma gestion de la douleur.

      Le chemin s'incline et la descente est faite au pas de course avec une pause au milieu pour desserrer les dents quand même un peu. La montée qui suit fait du bien. Je ne vois + qu'un seul poursuivant dans mon rétroviseur mais il se rapproche. Je cherche des ersatz de motivation dans tout ce que je vois ou pense. Tout ne fonctionne pas mais je relance encore et encore. je me rappelle le coup de fil que Jano m'avait passé l'an dernier alors qu'il galopait sur cette portion. Il était au top et s'en étonnait. A moi maintenant de courir, même si les sensations ne sont pas exactement les mêmes. Bref, comme d'habitude, il est + rapide que moi mais je m'accroche comme je peux, en bon besogneux que je suis.

      Dans la seconde vraie descente, je me fais doubler et ne peux que constater mon incapacité à boiter à 13km/h … je suis à fond mais pas assez rapide pour résister.

      Solange me téléphone depuis le ravito de Bosses. Il y a pas mal de marchands de friandises installés autour du ravito et elle aimerait savoir ce qu'il me ferait plaisir de manger. Je n'arrive pas à me sortir de ma bulle et ne peux lui indiquer quoi que ce soit. Je ferai avec ce qu'il y aura au ravito. Je suis focalisé sur la fin de ma course et commence à négliger les fondamentaux parce que nous sommes bientôt arrivés . Une belle erreur car il reste quand même l'équivalent d'une saintélyon par exemple et que sur cette durée, les fondamentaux sont souvent importants.

      Juste après la traversée de St-Rhémy en bosses, je subis un coup de fatigue. La douleur s'est bien réveillée à trop forcer dessus et je prolonge un peu plus qu'il le faudrait le temps accordé à la marche.  Je relance quand même car il ne reste qu'un quart d'heure avant d'arriver mais c'est épuisant aussi bien physiquement que mentalement.

       Je consulte ma montre à l'entrée dans Bosses pour m'apercevoir que mon "retard" à bien baissé (environ 3h30) et que mon abnégation paye. Il va falloir jouer serrer pour rester avec une petite marge sur les 110h, les prévisions n'étant que théoriques et basées sur une baisse linéaire de mes capacités. Allez, il va falloir faire un ravito le plus rapide possible.

Bosses 1525m / refuge Frassati 2542m    ( 8,8Km  / +1141 / -124 ) :   [fontaine à 27'] début = toboggan => épingle à cheveux de l'autoroute (43') puis + raide => merdeux Desot (58'). Balcon courable (1h12) puis montée en 2 parties : moyenne => Merdeux (2h09) puis bien marquée => refuge   (2h46')       ( arrivée jeudi 20h05 )

       Solange a encore une fois préparé tout un tas d'options en matériel, soins et nourriture. Je me pose le temps de choisir ce que je vais emporter pour cette dernière partie avant de la retrouver - j'espère - pour l'arrivée. Je tâche d'avaler une soupe et un yaourt. Rien ne me fait vraiment envie sachant les aspérités de ma langue. 2 ou 3 petits boutons ont également fait leur apparition. Huuuummm, je vous fais rêver , hein ? 

       Pendant que je tente de reprendre des calories, se déroule devant nos yeux un spectacle étonnant. Un concurrent asiatique immense se déploie puis s'allonge par terre, juste devant la table préparée par son assistante. Il commence à faire des étirements. Puis les étirements se transforment en contorsions tellement le gars est souple. Après tout ce qu'on vient de faire, c'est hallucinant ! Avant de se relever pour manger, il finit par un quasi grand écart ! et moi qui ai du mal à attraper ma chaussure ...

      Le spectacle terminé, me revient à l'esprit qu'il serait peut-être bien temps d'y aller. Dommage car on était très bien sous la tente, assis à ne rien faire. Aucune idée du temps passé là, mais le "pit-stop" n'a pas vraiment eu lieu ! Nous sommes peut-être une dizaine de coureurs sous la tente. Comme je me sais moins rapide en montée, je pense repartir avant eux. Ce sera toujours ça de prit car ça pourrait être la bataille jusqu'à l'arrivée. Solange m'annonce qu'elle va faire quelques mètres avec moi Cool ! ça va permettre de prolonger un peu les échanges et distraire le mental. Notre départ a lieu 5' avant celui du gymnaste du soleil levant.

       Nous échangeons donc pendant 5 / 10 mn, entre rires et larmes car pour Solange aussi le dénouement est proche. Elle est en tong mais ça ne semble pas la gêner pour suivre mon rythme : c'est ce genre de détails qui vous remettent à votre place. Moi qui pensais avancer d'un bon pas … Elle finit pas me laisser partir à l'assaut du col de Malatra, l'emblématique passage du Tor des géants. La course reprend ses droits !

       La route est en faux plat descendant et je retrouve un rythme de course à pieds. 1 Km plus loin, je rattrape un coureur qui était passé devant à la faveur de l'arrêt de Bosses. Il tousse beaucoup. Je ne sais pas sa nationalité mais il arrive à me faire comprendre que lui aussi a souffert du froid en début de course et qu'il en paye l'addition au niveau de la gorge. Je prends le temps de ralentir ma progression afin de lui fournir les pastilles pour la gorge qui sont dans ma trousse à pharmacie. Il semble apprécier immédiatement les bienfaits du médoc et retrouve le sourire. Son mieux être sera confirmé par sa fin de course, Il finira en un peu moins de 108h40... Mais pour l'heure, c'est moi qui le laisse sur place.

      Dans les premiers coups de cul, j'échange quelques sms avec Arclusaz (l'un des maitres de kikourou) sur les aléas, les ressentis et les finalités de cette course. C'est toujours motivant et réconfortant de ne pas être seul dans l'aventure. Les liaisons sont vraiment utiles et doivent être gardées en toutes occasions ... quand le réseau le permet ! 

      Il y a plusieurs zones où l'on peut courir après Bosses et avant d'attaquer réellement la montée vers le refuge Frassati. Je vais courir chaque mètre possible sur cette zone. Il faut pour cela souvent écraser la queue du chat ... qui se venge systématiquement sur mon tendon. La motivation m'aide à passer outre. J'ai lancé mon "sprint" comme imaginé dans mes meilleures simulations. Les faux plats sont montés sur un bon rythme également. Moins de 110h, c'est possible et je vais le faire ! Je laisse de côté toutes mes bonnes résolutions, tous les calculs sur la vitesse à adopter, les temps de repos, la gestion de la courbe de fatigue, etc et je "fonce". 

      A posteriori, je me demande si ce n'est pas sur ce tronçon Bosses / Frassati que j'ai franchis le dernier "seuil-bonus" de la courbe, celui appelé - on se demande bien pourquoi - "chute" … A moins que les évènements qui vont suivre ne proviennent que de mon cerveau ?

      A la fin de la partie courable, je me mets en mode marche active. Il doit me rester presque encore 2h avant le refuge, ce n'est quand même pas rien.

      Je vois revenir sur moi l'immense chinois. Ça devrait être interdit de faire des foulées de cette dimension. Je vais le garder en point de mire jusqu'au-dessus de Merdeux. Puis c'est au tour d'un Français de me doubler. Il est accompagné par un gars de son assistance, ce qui doit quand même bien aider, au moins en distraction mentale. La vitesse de dépassement est moins élevée que  celle du chinois et je vais rester presque au contact jusqu'au refuge. Derrière, il n'y a plus d'autre personne à l'horizon parmi tous ceux qui étaient avec nous à Bosses.

       Lorsque je dépasse les étables de Merdeux, je suis étonné du chrono. Il y a une belle différence avec mes estimations. Me serai-je trompé lourdement ? Comme c'est dans le bon sens, tout va bien. Je poursuis mon effort jusqu'au refuge en profitant du spectacle offert par le coucher de soleil sur les sommets. La lune est déjà là et sera presque pleine cette nuit, ce qui donne une clarté exceptionnelle sur ce qui nous entoure. A 50m du refuge, je vois le gymnaste qui en ressort déjà. Pfff, c'est pas là que je vais lui reprendre du temps ! Je note mon horaire de pointage. waouh ! j'ai vraiment été plus rapide que prévu sur cette portion. Je suis maintenant sur la base d'à peine + de 109h (retard = 3h10). Nous sommes proches et éloignés en même temps de l'arrivée. Si je vais vite à ce ravito, je peux peut-être espérer passer sous cette barrière-là. Et oui, à l'approche de l'arrivée, les "barrières" psychologiques qui étaient crantées toutes les 10h au départ de la course, sont maintenant crantées d'heure en heure... On se motive comme on peut. D'après les recueils de Solange, mon classement à ce moment-là de la course était situé au 82ème rang.

refuge Frassati 2542m / ravito de Malatra 2325m    ( 5,1Km  / +416 / -633 ) :   début en toboggan puis montée raide, régulière, parfois étroite. La fin est très raide avec cordes => col Malatra (55'). Descente pas trop raide => ravito   (1h31' ?)       ( arrivée estimée jeudi 21h36 )

       Dès l'entrée dans le refuge, je pars effectuer mon pointage. Comme d'habitude, j'annonce que le bracelet de fonctionne pas et montre mon dossard. Il n'y a pas eu de problème jusque-là mais l'un des préposés au pointage s'obstine à vouloir faire le pointage avec le bracelet. Je commence à m'énerver de cette perte de temps, l'autre préposé s'agace aussi contre son "collègue" et je finis par arracher mon bras au psychorigide et vais  au ravito en ignorant ce qu'il me raconte. De toute façon, je ne comprends pas. L'épisode à fait monter ma tension et du coup, je fais le plein de ma poche à eau au plus vite. Je compte 5 concurrents visibles (d'autres dorment-ils ici ?) qui font une pause repas et que je compte bien doubler avec mon pit-stop au cordeau. Je me retourne pour voir où l'on en est du côté du pointage. Le préposé conciliant me fait signe qu'il s'est débrouillé et que je peux partir. Aussitôt dit, aussitôt fait. Je me précipite dehors et retrouve le spectacle naturel du coucher de soleil sur les sommets. On est quand même mieux dehors !

      Le début du tronçon (5' environ) n'est pas trop dur et je profite de la relative clarté du jour tombant pour relancer comme je peux. Alors que le chemin va tourner à droite à l'abris d'un pan de montagne, je regarde une dernière fois le refuge Frassati. Une seule personne en est ressortie et je me dis que c'est tout bon pour le classement. Si tout va bien,  je peux viser d'arriver juste avant le bouzin de 1h à Courmayeur.

      La partie suivante est plus prononcée mais je ne lâche rien, ce foutu miaou non plus ! J'avance assez bien et tant pis si l'effort est marqué par un essoufflement important. Je veux laisser les poursuivants loin derrière. Il y a déjà un petit moment que j'ai compris que le gymnaste avait enclenché le turbo et que je n'arriverai certainement pas à lui revenir dessus.

       La nuit est maintenant tombée. Les appuis commencent à être moins francs. La pente étant de l'ordre de 30 à 40%, il faut rester vigilant et prudent. Je m'applique donc dans ma progression vers le col de Malatra. A 300m du sommet, je fais une pause, je n'en peux plus. L'altitude, que j'avais oubliée, vient me rappeler à l'ordre. J'en profite pour évaluer mon avance sur mes poursuivants en dessous. Je vois 1 seule frontale mais elle est au moins à 10/15'. Très bien, je pense avoir accentué mon avance depuis le refuge.

       L'accès au col est bien raide et c'est pas à pas que j'atteins la faille qui marque le retour dans la vallée de Courmayeur. Je m'attends à un photographe ou des guides qui assurent le passage mais il n'y a personne, juste une cabane à droite où des individus semblent se réchauffer. Je regarde en bas derrière moi. Toujours 1 concurrent qui suit au loin. Derrière, c'est le désert. Yes ! L'acharnement investit dans la bataille du "sprint" final semble avoir porté ses fruits. Il n'y a plus qu'à gérer jusqu'à l'arrivée et ce sera tout bon.

       J'entame la descente relâché, alternant marche et course car cette 1ère partie est relativement simple et peu pentue. Je ne sais pas exactement où sera le ravito de Malatra mais il n'y a qu'à patienter.

       Je pense au chemin parcouru depuis mon opération du cœur il y a 20 mois. Mon niveau physique de reprise était si bas que s'en était inquiétant. Et puis petit à petit, le sérieux aidant, j'ai retrouvé une condition me permettant à nouveau de me faire plaisir lors de mes entraînements. Ne jamais oublier que le plaisir se prend à l'entrainement plus sûrement qu'en compétition où un grand nombre d'aléas peuvent gâter le goût de la course. Que de belles sorties, que de petits et grands souvenirs. Combien de fois ais-je pensé à cette fin de course, à ce franchissement de l'arche, à ce dénouement espéré ? C'est sûr qu'on a le temps de s'en raconter des histoires lors de nos longues sorties. S'il faut toujours garder en tête les multiples obstacles que nous pourrions rencontrer le jour J, il faut aussi ne pas avoir peur de bercer nos entrainements d'histoires joyeuses et positives. Cette pratique m'a permis d'arriver serein au départ.

       La descente continue et mon esprit poursuis son errance bienheureuse. Je repense ainsi à tous ceux qui m'ont accompagné (consciemment ou non) dans ma préparation et lors de cette course. Tous ont droit à une part de mon Tor. Pas certain d'avoir pensé à l'ensemble de mon entourage dans ce moment de béatitude mais le cœur y est. Les amis de l'assos' de course à pieds de mon travail, la bienveillante communauté kikourou qui depuis tant d'années m'a fait grandir humainement, sans qui je n'aurais pas connu cette épreuve et qui a été un immense soutien sur ce projet. Mes amis hors sport qui, malgré leurs difficultés à appréhender ce que peut être une épreuve de cette ampleur, ont été présents mentalement à mes côtés. Et la famille bien sûr où, bon gré mal gré, chacun m'a laissé une place pour que je me retrouve ici et maintenant. Mes enfants qui ont délibérément décidés de ne pas m'inonder de sms pour me laisser me concentrer sur ce que j'avais à faire (qu'ils me connaissent bien !) et qui n'en ont pas moins suivit avec ardeur ma progression et m'ont inondé de bonnes ondes. Mes parents qui ont pris sur eux pour ne pas être en Italie, ont assuré la gestion des aléas climatiques (et 2019 n'a pas été cool chaque jour ! ) et ont, eux aussi, veillés sur mon aventure avec amour. Solange dont la présence à mes côtés depuis plus de trente ans m'a tant apporté. Sans oublier les précurseurs sportifs qui m'ont amené à me réaliser. Maria qui m'a montré la voie  qui mène au Tor et qui a toujours cru que c'était possible pour moi. Stéphane, mon frère depuis si longtemps disparu et qui m'a amené à la course à pied. Il me plaît de croire que nos trajectoires de coureurs se seraient retrouvées sur ce Tor.

       Les fortes émotions procurées en ces instants font mieux comprendre pourquoi nous participons à ces aventures XXL. Nous ne les connaîtrions pas sur de plus petites épreuves. Elles sont en rapport direct avec l'intensité de l'engagement. Quels cadeaux de pouvoir vivre ça ! Ce sont ces moments-là qui font que l'on se sent vivre plus intensément. Ils nous apaisent, nous rendent plus fort, plus ouvert et, de retour à la vie quotidienne, certainement plus humain.

      Dans ma tête, à ce moment-là, je me dis que tous les voyants sont au vert : je suis assuré de terminer l'épreuve. Pas dans le chrono idéal mais pas si loin non plus. Il me semble avoir plutôt bien géré cette dernière étape et avoir mis un taquet à la plupart des poursuivants. Bref, il ne reste qu'à dérouler jusqu'à Courmayeur pour retrouver mes suiveurs. Une fois ce petit satisfecit terminé, je retrouve le terrain : la 1ère partie (la plus "tranquille") de la descente est passée et j'attaque le second palier.

      Comme dans pas mal d'autres cas, lorsque vous terminez quelque chose qui nécessitait toute votre attention, il y a relâchement intellectuel. Souvent, l'étape qui suit cette détente mentale correspond à une détente physique. Le corps, en vue de retrouver un état plus habituel, réclame tout ce dont il a été privé lors de la période de tension. Dans mon cas, les premiers symptômes apparaissent alors sous la forme d'un mal aux jambes accru. Je subis un peu + la pente. Mais il est où ce p..... de ravito ! Il me semble que ça fait super longtemps que je descends et toujours rien en vue. La fatigue et la lassitude me tombent dessus. Je suis seul, aucune frontale à l'horizon. Je relance comme je peux mais je sens que le ressort est cassé.

       Lorsqu'enfin le second palier est effacé, je vois en bas le ravito. C'est proche et loin en même temps. Il me semble qu'il est placé assez "haut" par rapport à mes estimations. C'est bon pour le chrono ça ! Je devrais mettre moins de temps que prévu pour le rejoindre et moins de temps pour monter le col "d'entre deux sauts". Du coup, cette pensée conforte mon corps dans son relâchement. La lassitude se fait de plus en plus prégnante. J'essaie de la chasser mais elle s'installe quand même. Vivement le ravito. Il va falloir manger là-bas car je ne l'ai pas fait depuis un moment et la digestion devrait me tenir en éveil.

       La jonction avec la tente servant de ravito est lente à effectuer mais elle finit tout de même par être réalisée. Je vois une frontale en haut du dernier palier de la descente. J'ai bien 10mn d'avance encore sur mon dernier poursuivant. 

       Sitôt arrivé, je pique la chaise d'un des bénévoles , l'installe devant la petite table où sont rassemblées quelques victuailles froides et sèches. Il n'y a rien de chaud ici, pas même la température extérieure. Je vais donc me forcer à picorer un peu en évitant de prendre froid. Tout ça n'a rien d'agréable. Je bois pour la 1ère fois du coca en espérant un coup de fouet énergétique en retour. Je m'élance dans la nuit alors que mon poursuivant approche. Mon esprit n'est plus perspicace. Je le sens mais ne réagis pas.

ravito de Malatra 2325m / refuge Bertone 1989m    ( 10,4Km  / +507 / -843 ) :   montée assez régulière puis descente courable après avoir tourné à droite => arminaz. Suite plutôt descendante  => lêche  puis ça remonte bien et c'est très long pour arriver à Bertone. Courir dès que possible    (3h08' ?)       ( arrivée vendredi 0h44 )

       Le froid est installé et la petite descente qui nous mène à l'attaque de la montée du dernier col ne me réchauffe pas. J'ai perdu mes protocoles dans le brouillard de mon esprit. C'est uniquement de retour à la maison que je me suis aperçu qu'après le refuge Frassati, je n'ai plus rien noté sur ma feuille de suivi de course. Mes horaires de passages sont donc approximatifs et uniquement basés sur de vaporeux souvenirs et de fumeuses déductions. Dommage car du coup, je ne simule plus du tout les futurs horaires de passages. La conséquence directe étant qu'il n'y a plus de lutte avec moi-même pour arriver avant telle heure ou comparer avec les chronos intermédiaires de Jano, Kelek ou maria. Je me rappelle juste m'être dis que c'était normalement bon pour arriver avant 1h du mat' à Courmayeur.

       Dans la même nébuleuse, j'oublie de mettre en route ma musique. Peut-être que ça m'aurait aidé à rester dans la course et agrémenter le temps qui passe. Ou plutôt qui ne passe pas tant cette portion est loooongue.

       La montée du col n'est pas à négliger, attention ! Avec la fatigue, elle m'a même parue compliquée et très longue mais si je me réfère à ce que je connais du coin, elle est moins imbuvable que ce que mon esprit en retient.

       Petit à petit le sommeil se fait présent. J'entre dans un état second. Autant la partie pour arriver jusqu'à Oyace avait été extrême à cause de la fatigue physique, autant là, c'est le sommeil contre lequel je vais devoir lutter. Je tente une première fois de lire des sms mais il n'y a aucun réseau ici. Tous les 20m, je me fixe un nouveau point à atteindre. Pas plus loin car le moral est atteint ou ne fonctionne plus vraiment. Je dois rythmer ma lutte en espérant que la descente suivante saura réveiller mes fonctions cognitives. Le chat a depuis longtemps ajouté ses dents aux griffes déjà plantées dans mon tendon. C'est l'une des causes pour lesquelles je ne dors pas encore complètement.

       Je tente également de me motiver pour ne pas me faire rattraper et appuie sur les bâtons (enfin il me semble). La frontale derrière se rapproche semble-t-il mais peut-être est-ce dû à un ravito plus rapide que le mien ?

       Je tente aussi de profiter du "paysage". Les montagnes sont éclairées par la grosse lune. Avec cette météo claire, on voit bien chaque sommet et les quelques constructions éclairées de nuit. Exactement comme la dernière fois. Là-bas au fond à droite, le dernier refuge du grand col ferret avant de basculer en suisse. Exactement comme la dernière fois. C'est beau.

       10m plus loin, une étincelle se fait dans mon cerveau. Je ne suis jamais venu ici de nuit, c'est impossible que ce soit  "Exactement comme la dernière fois" ! Je vais alors passer 10 à 20 minutes -enfin peut-être,  car les souvenirs de cette période-là semblent altérés- entre 2 espaces temps. Mode 1 : je regarde ce qui m'entoure, les cailloux , les montagnes, les sentiers et je me dis c'est exactement comme la dernière fois . Mode 2 : Je ne suis jamais venu ici de nuit, c'est impossible. Un peu comme si les images arrivaient 2 fois à mon cerveau. La première est enregistrée sans réflexion et lorsque la même image arrive juste après et est analysée par le cerveau, ben c'est exactement comme la dernière fois . Bref, je divague. Et je dis vague aussi lorsque j'essaye de m'expliquer à haute voix ce processus. Les étoiles ne sont pas toutes dans le ciel, quelques- unes tournent aussi dans ma tête.

       Peu après le sommet, je suis rattrapé par le dernier poursuivant visible. C'est le gars que j'ai dépanné de quelques cachets pour la gorge. Il me fait un sourire, lève son pouce et repart aussi en courant. Attends-moi copain ! Il a de la musique dans les oreilles et un combo corps / esprit qui fonctionne encore, lui. Je tente de m'accrocher à lui tel un marin en perdition à une bouée. Il ne m'entend pas, il ne m'attend pas. Heureusement, le balisage est pour le moins extrêmement limité et il hésite plusieurs fois sur le chemin à prendre. Cela permet de le rattraper un peu et d'en faire un repère. Un bref passage avec réseau me permet d'écrire à Maria que je dors debout. Elle tente de me rassurer en m'écrivant que ça va le faire. Et le réseau s'en va.

      J'ai bien le sentiment de m'endormir franchement alors que j'avance. Toujours pas de réseau. Les amis, n'allez pas vous coucher, c'est maintenant que j'ai besoin de vous ! Réveillez-moi !

      J'ai parfois la conscience de voir des rochers sur le chemin et la seconde d'après ils ont disparus et sont 10m derrière moi. J'ai toujours espoir que quelque chose va me réveiller mais ça ne se produit pas. Je décide donc de trouver une portion plate pour tenter une sieste éclair comme je l'ai lu dans certains récits. Je m'allonge donc au bord du chemin, espérant que le passage du prochain concurrent me réveillera. 30" après, je me relève car je ne me suis pas endormi. L'action de me coucher m'aurait-elle éveillée ?

       Las, c'est un épiphénomène. 2 mn après, nouvelle tentative tout aussi infructueuse. Je décide donc de m'aventurer aux confins de la fatigue et de ne plus essayer de dormir. Toujours pas de réseau téléphonique.

       La lutte est intense pour rester lucide. L'absence de balisage (ou mon incapacité à le trouver ?) ne me gêne pas trop car je sais être sur le bon chemin. Enfin … J'avoue que je me pose quand même quelques questions. Suis-je toujours sur le tracé ou pas ? L'arrivée à Arminaz me rassure. Dieu que ce fut long, et ce n'est pas terminé. Chaque seconde est passée dans un brouillard mental assez épais. La lumière de ma frontale forme un tunnel devant moi, ce qui a le don de m'hypnotiser. Y-a personne qui veuille bien me téléphoner ?

       Nous sommes maintenant sur le toboggan habituel de l'UTMB, en sens inverse. Quasiment plus moyen de se tromper. La connaissance du terrain fait encore baisser le niveau requis d'attention. Je suis en état de somnambulisme. Et bien vous savez quoi ? C'est rarement recommandé de marcher en montagne en plein sommeil. Il est trop tard pour téléphoner à quelqu'un. J'aimerai tellement recevoir un sms ou un appel.

       S'il n'y a pas de gros danger au début du chemin allant d'Arminaz à Bertone, cela se modifie après. La perception qui me reste de ce passage est d'avoir trouvé que le chemin, s'il est + large qu'un single, n'est pas suffisamment éloigné de la forte pente qui descend à droite. Un faux pas, une chute + un petit roulé-boulé et la réception pourrait être indécise. Le peu de lucidité qu'il me reste associée à ma prudence habituelle me poussent à dire stop à cette prise de risque. Je cherche donc un petit abri sur la gauche où réaliser cette fois une vrai micro-sieste. Il n'y a aucun replat, le chemin étant taillé dans la montagne. Quelques hectomètres plus loin, je trouve un léger renfoncement. La pente est marquée (40 à 60%) mais même si je n'arrive pas à me maintenir dans la position semi-verticale, j'atterrirai sur le chemin plat. Je me pose donc là, ferme ma veste. Il me semble qu'il est 53' (mais est-ce réellement le cas ?), je vais régler le téléphone à 00 pour avoir réellement un peu + de 5' de sieste réparatrice.

       En 20" le sommeil profond m'envahit complètement. Il me semble parfois voir passer les frontales de concurrents. Mais ils sortent d'où ? Un seul ralentit. Il me dira 2 jours plus tard qu'en voyant mon téléphone mis en évidence à côté de mon visage, il avait jugé la situation sous contrôle et était repartit serein. Je rêve ou je vois (?) des passages de frontales qui semblent se succéder. Bon sang, ils ont formé un vrai peloton caché juste derrière moi ou quoi ? Je rêve qu'il faut me relever et repartir pour arrêter l'hémorragie du classement. Le chat, les griffes restées plantées dans mon tendon ne dort qu'à moitié et sursaute dès que je dois bouger.

       Encore en sommeil paradoxal, je me relève.  Je ne suis pas très lucide et retournerai bien sur ma butte mais une petite voix me commande de repartir. Au loin devant, 3 ou 4 frontales se suivent. J'avance dans du coton. Je suis mieux éveillé qu'avant ma micro-sieste mais pas réellement clairvoyant. C'est ma motivation à limiter la casse côté classement qui me permet de relancer. Je trottine si ça descend et marche autrement. Même le chat ne suffit pas à m'exfiltrer de ma torpeur.

       J'avance en m'accrochant à l'idée que chaque pas me rapproche de Courmayeur. C'est quoi ce bruit ? Il me semble le connaitre. Et puis je réalise alors qu'il s'agit de mon téléphone qui sonne le réveil. Ah oui c'est vrai ça, je me suis relevé sans lui.

       Je me force à penser à plein de choses agréables afin de me pousser à sortir de ma léthargie. Il me faudra bien 30 minutes avant d'arriver à revenir à un état cérébral acceptable. C'est alors que je m'interroge : Comment, alors que je suis reparti avant le réveil, autant de concurrents ont-ils pu me doubler ? Je n'en avais vu aucun derrière moi juste avant de sombrer ?  Sur le moment, je n'ai pas la capacité de résoudre cette énigme. Ne les avais-je pas vu ?  Ce ne sera que le lendemain que je réalise ma grosse bêtise : J'ai bien réglé le réveil à 00,  mais je me suis trompé d'une heure ! J'aurai dû le mettre à 23h00 et non à 00h00. J'ai donc dû dormir environ 1h sur mon talus et non quelques minutes. Les nombreux dépassements s'expliquent ainsi plus logiquement. En attendant, sur le chemin qui m'amène à Bertone, je suis encore dans les vapes, incapable d'autre chose que d'être juste dépité de m'être fait pas mal doubler (mais est-ce réellement le cas ?). Et je suis dans l'incapacité d'accélérer pour les rejoindre. J'avance, pas après pas, en essayant de me reconnecter à la réalité.

       Après une période interminable, la dernière montée préalable à la descente sur le refuge Bertone s'annonce. Elle ressemble à un mur, loin de ce qu'elle est en réalité. Je m'accroche à l'idée d'en finir d'ici une bonne heure avec cet état légumineux.

       Arrivée au pointage de Bertone, on me demande si c'est bien moi. Je ne comprends pas les questions. Oui, je suis bien moi. Je rêve encore ou quoi ? Est-ce que je dors encore ou est-ce la réalité ? Un bénévole parlant un peu Français s'approche et me demande si c'est bien moi. Encore ! ... qui dormait sur le chemin. Ah d'accord. Je crois comprendre que ma position fœtale leur a été communiqué et ils se demandaient s'ils ne devaient pas envoyer quelqu'un pour s'assurer de mon état. Je les rassure du mieux que je peux afin qu'ils ne me stoppent pas pour raison médicale. Ils semblent dubitatifs. Il me semble bien ne pas leur laisser le temps de réagir et reprends le chemin en les remerciant. J'ai déjà assez saccagé ma fin de course avec ma sieste pour ne pas en plus rallonger le temps qui me sépare encore de l'arrivée.

refuge Bertone 1989m / Courmayeur 1223m    ( 5,2Km  / +5 / -771 ) :    descente raide & technique pendant la moitié du temps puis chemin carrossable pendant 5. fin sur bitume, pentue au départ puis plat => rue piétonne dans Courmayeur … reste 3' pour profiter  (1h09')       ( arrivée vendredi 1h53 )

       Bien sûr, j'ai oublié de noter mon chrono. Si je l'avais fait, j'aurai noté que mon retard avait bondi d'une heure pour atteindre 3h59. 

       Sentant l'arrivée proche, le chat se déchaine dans ce sentier bien défoncé. Chaque pose de pied gauche est douloureuse. Je sors un peu de ma léthargie grâce à ce feu et à un besoin naturel pressant.

       Sitôt la 1ère partie défoncée du chemin effectuée, l'obligation moins élevée d'attention me fait à nouveau plonger vers le sommeil. Il doit rester 30' et je décide de réveiller Solange en lui téléphonant. Peut-être que ça me réveillera moi aussi ? En réalité, je ne la réveille pas du tout. Elle est déjà en route pour venir à ma rencontre. N'ayant plus de mes nouvelles (mon GPS est bloqué depuis plusieurs jours apparemment) et ne me voyant pas passer à Bertone à l'heure prévue dans ma fiche des temps, elle a décidé de passer à l'action. Dans mon brouillard intellectuel, je lui indique ma position approximative. Elle est bien contente que j'arrive car elle est partie sans frontale (...) et il n'y a plus d'éclairage public là où elle est. Pendant que la descente se poursuit sous mes pieds, elle en profite pour rassurer la famille sur mon arrivée proche. Il y a en effet une grosse demi-heure que j'aurai dû franchir la ligne d'arrivée sur la base de mon temps de passage à Frassati. Comme souvent, il y a incompréhension entre la flexibilité chronométrique du terrain liée aux aléas de course et le respect strict de ce qui est planifié dans mes bases de calculs et transmis sur l'ordinateur. Mon entourage est trop habitué à ce que je respecte mes temps de passages de très près pour calmer le jeu quand je sors un peu des clous.  Pfff, pas moyen de faire une petite sieste tranquille ...

       Enfin le bitume assurant l'entrée dans Courmayeur et la délivrance proche. Solange retrouve le clone bouffi de son mari. Il boite et a du mal à s'exprimer. Marcher lui fait du bien mais cela l'entraine rapidement vers la somnolence. Pour éviter de tomber de sommeil au sens 1er du terme, il l'oblige à courir. L'arrosage automatique du jardin public arrose les pieds mais la torpeur n'est pas brisée. Jusqu'à 100m de l'arche tant attendue, Solange assure la discussion et les relances. Comme prévu depuis longtemps, elle sort la serviette siglée "kikourou" et la passe sur les épaules de son conjoint.  

        L'arche est franchie, tout doucement.

       "Mettez-vous là pour les photos",

       "Signes l'affiche de la course",

       "Hé ho ! C'est ton téléphone qui sonne, il faut répondre"

       "Retournez sur l'arche d'arrivée devant la caméra qu'on puisse faire une photo de vous 2"

       Le zombie ne comprend pas complètement toute cette agitation. Quel contraste avec les heures sombres et solitaires précédentes. Il obéit poliment mais ni le cœur ni l'âme ne sont là.

       Solange dirige l'exosquelette vers l'Hôtel tout proche qu'elle a dégoté dans la journée. La douche réveille un peu mais le sommeil gagne la partie avant que Solange ait eu le temps de rabattre les draps sur elle.

Bilan 7ème tronçon (entrée Ollomont à Courmayeur) : 51,1 Km / + 3.685m / - 3.847m    14h39 : 13h14 en progression + 1h25 d'arrêts longs pour 1h de dodo       Bilan depuis le départ :  353,5 Km / + et - 27.044m     92h48 en progression / 109h53  : 92h48 de progression + 17h05 d'arrêts longs dont 10h20 de dodo   Classement : 84è

Bilan de ma 5ème étape :   63,9 Km / + 4.977 m / - 5.109 m .        21h00 : 17h31 de progression + 3h29 d'arrêts longs dont 2h35 de dodo

       Je me réveille le lendemain vers 9h dans ce lit d'hôtel. N'avais-je pas une course à terminer moi ? Une arche à franchir avec des sentiments mêlant soulagement, satisfaction, fierté et accomplissement ?

       Je me souviens de ce qui s’est passé cette fin de nuit de façon confuse. Je sais que le dossard N°1404 a bien terminé l'épreuve…  mais pas moi. Je ressens une immense frustration de n'avoir pas été capable d'être lucide au bon moment. Dégouté de n'avoir rien ressentit sous cette arche. En cours de route, imaginer cette réalisation vous fais verser des larmes de joie. Imaginez alors ce que ce devrait être lorsque le graal est atteint dans la réalité ! Là, rien. Mon sentiment est que je n'ai pas franchi cette ligne d'arrivée, que je n'ai pas terminé LA course. 

       Au moment où j'arrive au terme de ce récit, plus de 3 mois se sont écoulés. Mon sentiment reste inchangé : je n'ai pas terminé le TOR. Je le vis comme un échec. Ce sentiment est incompris autour de moi. Il n'en reste pas moins réel pour moi.

       Je ne marche pas très bien ce vendredi d'après course. Le chat m'accompagne encore (il restera accroché environ 2 mois). Les fonctions protectrices du corps ont joué pour la plupart leurs rôles. Les gonflements semblent induits par le stockage de liquide autour des articulations (entre autres) pour les protéger. Certes, on ne voit plus vraiment les os des jambes mais plutôt 2 poteaux. Voici des photos de ma plus belle cheville (l'autre était cachée par le chat). Pour autant, je suis dans une étonnante bonne forme physique et intellectuellement, tout est redevenu normal.

       Après le maigre petit déjeuner, nous changeons d'hôtel pour retourner au 1er. La transition prend un peu de temps. Comme nous sommes à côté, nous allons au centre des sports à Dolonne pour savoir si mes bâtons n'auraient pas été rapportés. Il y a là 2 caisses de matériels oubliés où chacun se sert sans contrôle. Autrement dit, peu de chance de les retrouver. Nous en profitons également pour récupérer le sac BV.

       En faisant cela, nous découvrons que les coureurs ont droit à un repas post-course. Il y avait un ticket dans le sac d'avant course. Les accompagnants peuvent même y accéder moyennant finance.  Comme je n'ai pas mon ticket, je vais discuter avec la préposée aux tickets et elle me donne gentiment 2 sésames. et bien ce repas était top. Même si j'ai encore mal à la langue, nous allons prendre notre temps pour savourer ce repas.

       Au même endroit ont lieux les massages et petits soins pédicure. Il y a un peu d'attente mais nous ne sommes pas pressés. Une fois en place, 2 personnes s'occupent de mes jambes. Le préposé aux soins des ampoules va me piquer quelques fois mais je ne sens rien. Rien en comparaison de la torture que vont être les massages ! La kiné s'en donne à cœur joie. Je me tords parfois sur la table (comme pas mal d'autres coureurs) et ça les fait bien marrer. Heureusement, ils sont plus doux avec mon tendon gauche et caresse le chat dans le sens du poil. J'ai droit à quelques pansements autour des zones délicates et hop, au suivant !

       Après ce bel intermède, nous décidons de marcher jusqu'au centre de Courmayeur. Il fait beau et nous déambulons dans la rue principale. Les participants du TOR se reconnaissent assez bien : nous marchons tous en tong, les pieds et les pansements à l'air. Y'à pas photo, on ne peut se cacher.

      Nous rejoignons l'arche où les arrivées s'enchainent. Comme je ne l'ai pas fait cette nuit, je vais signer la grande banderole des finishers, histoire de me convaincre un peu que j'en fais partie. Le spectacle des arrivées est haut en couleurs et bien sympathique. J'ai cependant un goût amer en voyant ces joies partagées. Je réalise ce que ce doit être que de passer la ligne d'arrivée. Je ne peux m'empêcher de verser quelques larmes en ces instants. De la joie, de la tristesse ? L'analyse des sentiments n'est pas simple. Je préfère finalement m'éloigner de cet endroit.

       Nous décidons de rester jusqu'à la remise des prix de dimanche. La météo est belle, ça nous permet de prolonger l'aventure et cela laisse du temps pour répondre à pas mal de messages. Un grand merci à tous !

       Nous assistons à l'arrivée de la course du 30km en plein milieu des derniers finishers du TOR et du TOR des glaciers. En dehors des premiers qui ont gagnés ce droit, je suis incrédule de voir le comportement des arrivants de la "petite" course. Ils lèvent les bras avec indécence, masquant le plus souvent les véritables conquérants de ces derniers jours. Nous finissons par nous éloigner de cette mascarade.

       La remise des prix est longue et périlleuse pour nos pieds dénudés car il y a foule. Nous attendons tous pour effectuer le défilé en ordre inverse de l'arrivée. Lorsque mon nom est appelé, j'ai l'impression de ne pas être à ma place. J'essaye de contrecarrer mes sentiments en me forçant à vivre le truc jusqu'au bout. Je passe donc comme les autres au milieu des spectateurs. La suite est une photo de groupe où il n'est pas facile de se faire une place. Nous avons tous le tee-shirt coton finisher que l'on vient de nous remettre. Pas de polaire cette année. C'est moins stylé mais pas vraiment important. L'apéro qui clôture la remise des prix n'est pas à la hauteur de l'évènement. Il est temps de rentrer vers Lyon. Le boulot nous attend demain ...

      Les jours qui suivent permettent de remercier encore mon entourage. Le goût amer qui me reste n'aide cependant pas à parler de la course dans cette période-là.

      Alors que j'achève ce récit, 4 mois ont passés, la parole est plus aisée mais l'amertume est toujours là. La semaine dernière, on m'a demandé de décrire ma course en 1 mot (faut bien être étranger à l'ultra pour poser une question pareille). La réponse a fusée : " inachevée  !". Mon Tor reste un échec

 

 

                                                             Mon Tor résumé en chiffres :

                      De base vie en base vie :

Bilan de ce 1er tronçon à l'entrée de Valgrisenche :   53,7 Km / + 4.147m / - 3.690m .        11h48 de progression (même temps depuis le départ).    Classement : ? et ça me va !

Bilan 2ème tronçon (entrée Valgrisenche à entrée Cogne) :  58,7 Km / + 4405m / - 4547m    16h02 : 13h30 de progression +  2h32 d'arrêts longs  (dodo = 45' ? à Rhêmes).         Bilan depuis le départ :  112,4 Km / + 8.552m / - 8.237m     27h50 : 25h18 de progression +2h32 d'arrêts longs  (dodo = 45' )        Classement : ? et ça me va !

Bilan 3ème tronçon (entrée Cogne à entrée Donnas) :  46,7 Km / + 2054m / - 3264m    9h42 : 9h26 de progression + 16' d'arrêt long .         Bilan depuis le départ :  159,1 Km / + 10.606m / - 11.501m     37h32 : 34h44 de progression + 2h48 d'arrêts longs (dodo = 45')        Classement : ? et je m'en moque !

Bilan 4ème tronçon (entrée Donnas à entrée Greyssoney) = Bilan 3ème étape :   57,3 Km / + 5.571m / - 4.530m     23h38 : 19h08 de progression + 4h30 d'arrêts longs dont 3h de dodo.      Bilan depuis le départ :  216,4 Km / + 16.177m / - 16.031m     61h10 : 53h52 en progression + 7h18 d'arrêts longs dont 3h45 de dodo     Classement : ? 

Bilan 5ème tronçon (entrée Greyssoney à entrée Valtournenche) : 33,8 Km / + 2.820m / - 2.671m    15h42 : 9h51 en progression + 5h51 d'arrêts longs dont 4h de dodo      Bilan depuis le départ :  250 Km / + 18.997m / - 18.702m     76h52 : 63h43 en progression + 13h10 d'arrêts longs dont 7h45 de dodo   Classement : 116è

Bilan 6ème tronçon (entrée Valtournenche à entrée Ollomont) : 50,4 Km / + 4.362m / - 4.497m    18h22 :  15h42 en progression + 2h30 d'arrêts longs pour 1h35 de sommeil          Bilan depuis le départ :  302,4 Km / + 23.359m / - 23.199m     95h14 : 79h34 en progression + 15h40 d'arrêts longs dont 9h20 de dodo   Classement : 85è

Bilan 7ème tronçon (entrée Ollomont à Courmayeur) : 51,1 Km / + 3.685m / - 3.847m    14h39 : 13h14 en progression + 1h25 d'arrêts longs pour 1h de dodo       Bilan depuis le départ :  353,5 Km / + et - 27.044m     92h48 en progression / 109h53  : 92h48 de progression + 17h05 d'arrêts longs dont 10h20 de dodo   Classement : 84è


                        Selon mon découpage initial :

Bilan de ma 1ère étape (Courmayeur / Rhêmes) :   69,1 Km / + 5.450m / - 4.950m .        15h58 : 15h35 de progression +23' d'arrêt long    Classement : 236e à l'entrée (je le découvre en écrivant ce récit, grâce aux notes de Solange), beaucoup + après avoir sommeillé.

Bilan de ma 2ème étape (Rhêmes / Donnas) :   89,7 Km / + 5.156m / - 6.551m .        21h34 : 19h25 de progression + 2h09 d'arrêts longs dont 45' de dodo.    Classement : ? ème à l'entrée , beaucoup + après avoir dormi.

Bilan de ma 3ème étape (entrée Donnas à entrée Greyssoney) :   57,3 Km / + 5.571m / - 4.530m     23h38 : 19h08 de progression + 4h30 d'arrêts longs dont 3h de dodo.      Bilan depuis le départ :  216,4 Km / + 16.177m / - 16.031m     61h10 : 53h52 en progression + 7h18 d'arrêts longs dont 3h45 de dodo     Classement : ? 

Bilan de ma 4ème étape (Greyssoney / Oyace) :   71,7 Km / + 5.890 m / - 5.904 m .        27h43 : 21h26 de progression +6h17 d'arrêts longs dont 4h de dodo.    Classement : 86 ème à l'entrée 

Bilan de ma 5ème étape :   63,9 Km / + 4.977 m / - 5.109 m .        21h00 : 17h31 de progression + 3h29 d'arrêts longs dont 2h35 de dodo


                  et enfin en séparant le mouvement des arrêts : 

1ère étape = 69km en 15h58   Rhêmes : arrêt = 2h09  dodo = 45'

 

2ème étape = 90km en 19h25    Donnas : arrêt = 4h30   dodo = 3h

 

3ème étape = 57km en 19h08    Greyssoney: arrêt =  5h51  dodo = 4h

 

4ème étape = 72km en 21h56    Oyace : arrêt = 2h04  dodo = 1h35

 

5ème étape = 64km en 18h56

37 commentaires

Commentaire de cloclo posté le 04-01-2020 à 19:47:48

Bravo, tu l'as bien terminé, ce TOR, même si tu n'en es pas très sur.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 06-01-2020 à 07:19:50

Il est certain que je l'ai terminé mais sans en profiter. Un peu comme ceux qui auraient été malade et au lit la nuit du 31 déc. Ils sont bien passés en 2020 et pourtant...

Commentaire de fildar posté le 05-01-2020 à 21:22:44

je te félicite pour ton courage et ta volonté à avancer malgré la bouche d'égout, ton chat, ton genou etc....Je pense avoir compris ton ressenti et tu ne peux donc pas rester sur ce goût d'inachevé. Cela ne doit cependant pas occulter ta performance sur ce TOR surtout quand on connaît tes problèmes de santé les années précédentes.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 06-01-2020 à 07:24:45

effectivement, il y a eu quand même eu des points positifs en dehors de la fin, heureusement. Et si on m'avait dit le résultat final 18 mois avant le départ, je signais avec plaisir ! A ton tour maintenant !

Commentaire de jano posté le 06-01-2020 à 11:09:29

bravo pour ton récit, effectivement long mais très intéressant...je me retrouve beaucoup dans ce récit que je n'ai pas réussi à terminer de mon côté. Course parallèle et diablement identique à la mienne au moins jusqu'à Donnas. Pour la suite, tu as perdu du temps sur moi avec l'épisode de genou mais le reste de ta progression est identique à quelque chose près : des douleurs qui freinent, des micro-siestes dans la pampa, des fluctuations du moral, le côté compèt' qui occupe l'esprit avec des calculs d'écart permanent et qui permet de rester dans la course, le passage de malatra qui provoque le relâchement du corps et de l'esprit, la fin de course pas à la hauteur de l'aventure vécue...et cette petite case dans le cerveau marquée au fer rouge (jaune ?) pour probablement très longtemps...
Je te comprends quand tu penses sûrement que tu aurais pu faire 5 ou 10h de moins ou que sans douleur, tu aurais pu en profiter plus...mais est-ce réellement possible d'aller plus vite en ayant moins de douleurs ?
En tous cas, la lecture des 3 ans précédents ton TOR remettent en perspective la très belle performance que tu as faite...j'espère que d'autres copains pourront vivre ce que nous avons fait, c'est tellement exceptionnel comme aventure...
(et bravo à Solange aussi...beaucoup de km, d'attente, de manque de sommeil et bien plus encore)

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 07-01-2020 à 07:16:34

effectivement, c'est un peu tout ça le tor. Mercvi d'avoir été finisher de cette épreuve de lecture ;-) et pour ton commentaire fort juste !

Commentaire de Cheville de Miel posté le 06-01-2020 à 11:15:46

Merci pour ce magnifique CR d'un aventure extraordinaire et d'une performance de haut niveau. Pourquoi le TOR entraine cette magie?
Après, ta manière de fonctionner t'a peut être fait croire que ta course est inachevé. Au bout de 3 jours je débranche les paramètres de calcul pour me mettre en mode je suis vivant je profite de la montagne, des chemins et des rencontres. Le sommeil peut gâcher une course, est- ce ta fixation sur le chrono qui t'a fait perdre la lucidité de dormir avant ?
J'ai l'impression que ta conclusion fait que l'irrevocabilité promise nous fasse se croiser lors d'une prochaine grande balade! :-)
Enore merci pour ce CR que j'ai dévoré!

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 07-01-2020 à 07:19:42

Merci pour ton commentaire. Il est sûr qu'on ressort de la course avec plein plein de questions dont la principale : pourrai-je le refaire ? Pour mon cas, pas sûr car être sur le fil sans cesse est assez usant. Merci encore !

Commentaire de kirchen1 posté le 06-01-2020 à 16:11:46

Finir le CR a du être plus dur que la course ( humour ! ) Bravo ! Mais il faudra le refaire ! Trop de négativisme pour une aussi belle épreuve.Moins de chronos et de fixette sur son corps , plus d'émerveillement de paysage et ca roulera tout seul ! Le tor n'est pas un défi mais bien un voyage ;-)
En ce sens j'ai adoré les "victoires" des finishers du TOR 30 car eux aussi on fait un voyage certes plus petit. Les spectateurs ont acclamés aussi bien le Tor 30 que le Tor et ca c'est grand ! Allez reviens y mais avec une autre approche !

Commentaire de jano posté le 06-01-2020 à 16:38:09

je ne suis pas tout à fait d'accord, les 2 sont conciliables et pour moi indispensables, prendre du plaisir dans la performance (à son niveau).
D'ailleurs, pas sûr que tu prendrais le départ, sachant que tu peux y passer moins de 100h, en te disant que tu vas super en profiter en visant 130h...

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 07-01-2020 à 07:23:32

Merci pour ton commentaire qui montre bien qu'il y a autant de manière d'aborder et de conclure cette course qu'il y a de coureurs. Nous sommes tous différents et c'est bien. Je n'ai pas souhaité mlettre trop l'accent sur les paysages, beaucoup d'autres CR s'en sont chargés. Ils sont magnifiques et nous avons largement le temps de les admirer. Le plus simple étant de faire le tour en 11 ou 12 jours de jours pour en voir l'intégralité.

Commentaire de kirchen1 posté le 06-01-2020 à 20:45:24

hahaha on sera jamais d'accord ;-) Pour moi viser un temps est complétement contre productif sur un TOR et surtout tu passes à coté de l'essentiel ... L'idée c'ets pas de mettre plus de temps pour en profiter plus. Perso j'ai pris plus de plaisir en 94h qu'en 103 mais c'ets pas lié au temps pour moi. Simplement une meilleure gestion ! Mais si j'avais pris le départ en me disant je veux faire 95h ca m'aurait détourné de l'essence même de cette course et surtout je serai parti au carton. Ca reste mon avis. mais je ne peux que déplorer l'importance que le chrono a pris en trail ... perso j'ai réussi ma course en 2019 car j'ai pris à max de plaisir ! ce plaisir n'était pas lié aux 94
h mais bien au fait que j'ai eu peu de coups de bambous .... je peux très bien mettre 90h sportivement ( peut etre bien sur) mais est ce que si je pars pour ça je prendrai autant de plaisir ? thats the question ;-) Et me concernant je connais la réponse !

Commentaire de kirchen1 posté le 06-01-2020 à 20:47:23

On est peut etre d'accord si on estime que la performance n'ets pas forcément lié à un chrono ;-) Car sur un TOR est ce que l'on peut vraiment comparer les chronos d'une année sur l'autre ??

Commentaire de KrKAlex posté le 07-01-2020 à 13:49:34

Merci pour ce récit, très bien écrit. Tous les détails apportés me donne envie de continuer ma progression en Trail !

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 08-01-2020 à 07:16:29

Tu peux avec raison songer à viser cette aventure, à condition d'avoir du temps pour t'entraîner et un minimum de retenue au départ. Merci pour ton commentaire.

Commentaire de raphimad posté le 09-01-2020 à 16:23:25

Hola Hola, en fait on s'est croisé plusieurs fois dans les bases de vie maintenant que je te lis!!. et je revois très bien Solange en train de t'attendre à Donnas, greysonnay, oyace, ollomont notamment (j'ai une video ou on est á la même table à Donnas!). je t'enviais même en me disant que quand même ça doit être sympa d'être toujours attendu et entouré comme ça. c'est drole one ne se connait pas et pourtant on était souvent dans la même portion. je me souviens égalemment de ton arrivée avec ton echarpe Kikourou.
je suis arrivé un peu Avant toi (77) et j'étais en train de boire une biére tranquilou bilou. j'ai eu aussi mon lot de "pépins" mais heureusement qui n´étaient pas physiques comme les tiens. que des merdes avec mes batons (4 batons cassés! mon Nouveau record et je me suis perdu dans la montée de malatra. l'horreur pour revenir sur la trace). en Tous les cas un grand merci pour ton récit: ça m'a fait revivre la course!!!. surtout que moi je la faisais tout seul au pifometre complet, sans jamais rien savoir de la distance, du dénivelé, du temps etc... seulement au feeling. du coup avec ton récit ça fait beaucoup plus pro!!!

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 10-01-2020 à 07:23:38

Dommage que nous ne nous soyons pas identifié en cours de route, ça aurait été sympa de faire une portion commune. Pas sûr que ce soit possible une autre fois ailleurs mais qui sait ? Merci pour ton commentaire qui permet de rajouter des anecdotes / incidents (4 bâtons ! dingue) et prévenir les futurs candidats.

Commentaire de lstauf posté le 10-01-2020 à 07:49:37

Bravo pour la fantastique réussite de ce grand et long projet: c’est à dire la minutieuse préparation malgré les aléas de santé et du tirage au sort, la course parfaitement réussie en suivant le plan établi en supportant sans faiblir différentes blessures et finalement le CR passionnant et très bien écrit. Merci pour le partage.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 10-01-2020 à 08:23:41

Partage. C'est effectivement l'un des moteurs qui m'ont animés pendant l'écriture de cette prose. C'est ce que j'ai toujours trouvé et apprécié avec kikourou, autant moi aussi participer, sans honte malgré tous mes tocs, à cet édifice. Merci pour ton commentaire qui fait plaisir.

Commentaire de Philippe8474 posté le 11-01-2020 à 09:57:52

Bravo pour la course, pour être aller au bout, avoir relevé tous les défis...
Merci pour ton récit, ton analyse hyper détaillé (j'ai pris pleins de notes).
J'ai partagé ton récit avec mes amis car il y a pleins de choses à retirer, retenir même si on est chacun différent, et chacun aborde ses courses selon sa personnalités. Mais ton récit est plein, intéressant, éclairant, vivant, vibrant...

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 11-01-2020 à 10:11:40

Oula ! Je ne suis pas sûr que mon récit soit à la hauteur de ton commentaire mais je te remercie quand même ;-). Et s'il peut aider, c'est très bien. Après ton commentaire, je te souhaite bonne chance au tirage au sort en février !

Commentaire de kelek posté le 11-01-2020 à 10:44:16

je suis vraiment triste pour toi. Tu as fait une course exceptionnelle de maitrise et de gestion, un chrono canon et avoir ce goût d'inachevé à la fin... terrible.
Faire la chasse aux minutes pendant autant de temps, je ne sais pas comment tu fais (pisser en courant quoi ! WTF !!!)
Je n'ai jamais vraiment ressenti quelque chose d'extraordinaire à la fin de mes ultras (j'arrive toujours de nuit avec 0 public en plus...), c'est souvent après que la satisfaction s'installe. Peut être qu'avec le temps...
Grâce à ton récit j'ai pu aussi mesurer l'énorme atout d'avoir une assistance (bravo à solange !). j'ai rêvé à de la pizza pendant tellement d'heures !

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 12-01-2020 à 18:14:13

Et oui, peut être qu'avec le temps la sensations sera meilleure ? Ce serait chouette. C'est vrai que la pizza, c'était cool ;). Merci pour ton message qui confirme que tout n'est pas toujours rose pour les finishers

Commentaire de jano posté le 12-01-2020 à 21:52:00

ah, ah !! la pizzeria fermée à valtournenche !!

Commentaire de wakayama posté le 11-01-2020 à 11:19:10

Enorme bravo pour ta course et le CR. J'aime beaucoup tous ces détails en prépa et en course, je suis aussi très "chiffres". On est vraiment immergé dans l'épreuve.
Sans te connaitre (on s'est vu qu'une fois chez Franck), j'ai un peu l'impression qu'il y a une partie perfectionniste dans tout cela, ce qui te conduit à de la frustration parfois. Mais tu peux aussi voir dans tous les commentaires que ce que tu as fait est très grand !
Moi ça me met des étoiles dans les yeux et des rêves dans la tête.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 12-01-2020 à 18:22:07

les rêves dans la tête, c'est très bien ! C'est vrai que je ne l'ai pas beaucoup écrit mais terminer le TOR dans les barrières horaires me semble accessibles à beaucoup à conditions de respecter 2 / 3 règles simples, sans forcément avoir mon côté optimisateur à tous coups. Merci pour ton commentaire qui rappel qu'il y a souvent un lien entre la vision que peut avoir un perfectionniste et son ressentit qui s'altère à mesure que le résultat s'éloigne de l'objectif. ça aide à relativiser ... Bien vu !

Commentaire de Antoine_974 posté le 12-01-2020 à 11:08:40

Je l’ai dévoré de bout en bout. Ça m’a pris un peu de temps mais j’ai adoré me replonger dans le détail de chaque étape.

Quelle gestion du mental, de la précision des temps de passage, des détails.

Est-ce qu’autant de cérébral n’enlève pas de la saveur à la course ? As-tu l’impression de vraiment en profiter ?

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 12-01-2020 à 18:43:19

effectivement, j'ai bien conscience que le cérébral comme tu dis peux m'enlever une certaine saveur mais je prend aussi beaucoup de plaisir à la préparation légèrement minutieuse et surtout à la réussite du suivi des prévisions en course. Jusqu'à mon souci au pied, et même encore après, j'ai souvent pris mon pied. Merci pour ton message qui souligne bien que chacun peut trouver sa voie et qu'il n'y a pas de façon mieux qu'une autre de pratiquer notre sport. le top c'est quand on est en phase avec soit même ;-) .

Commentaire de meocli posté le 13-01-2020 à 15:23:30

Ben pour quelqu'un qui n'a la plume ni facile ni légère: chapeau!
Je ne sais pas s'il m'a fallu 5h, mais j'ai tout lu avec grand plaisir.
Je pense que nous ne risquons pas de nous croiser en course (déjà, vu ton niveau... En survolant la 4K, j'ai mis presque deux jours de plus dont "seulement" 8h de dodo.) et aussi parce que côté organisation je dois être à l'extrême opposé de toi. Genre photocopie à l'arrache du profil quelques semaines avant la course; sac préparé la veille et donc toujours mal fichu, trop lourd; pas de bâton jusqu'à présent (même si je viens d'en acheter).
Et puis, en course, j'en ai croisé quelques uns des gars qui râlent parce qu'ils ont perdus 2mn47 sur leurs prévisions, parce qu'il y a 250m de D+ supplémentaires et trois km de trop. Je ne suis déjà pas très causant, mais alors dans ce cas-là, je deviens carrément autiste.
Je suis là pour faire des bornes, crapahuter (si possible au soleil) sans me faire dégager par les serres-files tout en profitant du calme et du paysage. Le reste: chrono, classement... m'échappe complètement. Je ne dénigre pas, mais c'est juste pas du tout mon monde.
Peut-être aussi parce que même sur un 100m sur piste, j'ai dû mal à tenir les 14km/h!!
Quoiqu'il en soit, je tenais à te dire que j'avais été impressionné par ton récit, ton retour à un niveau sportif que je ne connaîtrais jamais (même avec tout l'entraînement du monde). Même si mes soucis de santé n'ont rien à voir avec les tiens: ça me donne plus qu'un énorme espoir: un objectif réel.
Et puis, quelle mémoire (sûrement aidée par la préparation minutieuse). Peut-être est-ce dû au fait d'avoir tourné à l'envers sur la 4K mais, même en faisant un gros effort, j'ai beaucoup de mal à situer clairement certains lieux / passages.
Remarque même sur le GRP que j'ai fait 5 fois, c'est pareil. Tant que je ne suis pas sur le sentier, c'est beaucoup, beaucoup de flou...
Quant à l'échec, j'imagine que te le répéter une énième fois n'enlèvera en rien l'amertume de cette arrivée gâchée par la fatigue, mais ça m'a fait la même chose en 2018 (j'avais lutté avec une ampoule sur chaque talon survenues dès le col de l'Arp se transformant petit à petit en ulcère me gâchant le plaisir en permanence.) Heureusement qu"un trio de kikous exceptionnels (jano, kelek et PetitManseng) étaient venus à ma rencontre sur la ligne d'arrivée parce que sinon, je n'en aurai pas gardé énormément de positif.
Pour la peine, je veux y retourner (et accessoirement tenter de passer sous les 120h si jamais une autre édition des Glaciers était envisagée un jour?!

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 13-01-2020 à 17:39:29

Merci pour ton commentaire juste, détaillé et éclairant.
C'est vrai qu'une dérive par rapport à une prépa minutieuse pourrait m'énerver mais 2 choses : 1) sur le tor, c'est presque obligatoire. une bonne prépa consiste aussi à préparer en amont la relativité des choses. 2) lorsque je m'énerve, c'est souvent seul et je m'efforce de ne pas en faire profiter mon entourage, sinon sous forme de boutade.
Tu as bien raison de rappeler que l'on peut prendre du plaisir dans des sorties sans pression ni prépa. J'ai adoré mes sorties montagne cet été réalisées sans chrono ni itinéraire strict, juste pour profiter des instants et de la chance que j'avais de pouvoir bouger naturellement et sans grosses contraintes.
Bien sûr que le Tor sous les 120h est réalisable sans plan de route. Il faut juste prendre balise après balise et profiter.
Se fixer un objectif (et pas forcément chronométrique) c'est imager un espoir, réver sans dormir. Une belle nourriture intérieure. Ne te gêne pas et sers-toi autant que tu veux !

Commentaire de meocli posté le 13-01-2020 à 17:42:52

Cool, merci pour ta réponse!
Tu vas finir par prendre goût à l’écriture... Pour ta vie post ultra!!

Commentaire de franck de Brignais posté le 25-01-2020 à 13:18:31

Tout d'abord un immense merci pour ce partage. Ce récit est à ton image : volontaire, entier et généreux.
Par contre je suis triste que tu conserves ce sentiment d'inachevé. Il est sûrement lié à plusieurs facteurs. Beaucoup de concentration, peu de lâcher-prise, la non atteinte de l'objectif chrono fixé,...
Le temps fera son oeuvre, ce récit en est une première preuve : prendre autant de temps à son entreprise est un 1er signe de vouloir se replonger dans la course...
Je suis heureux de lire que les quelques échanges que nous avons eu lors de ta course t'ont permis de réfléchir à la situatio du moment, de prendre du recul... et de continuer à avancer !
Il y a encore quelques mois j'hésitais vraiment à me lancer dans cette aventure du TOR. Nos différents échanges post courses ont suscité, de nouveau, un intérêt jusqu'à la lecture de ce récit, que j'ai faite plusieurs fois. Ce partage que tu nous as proposé a validé la décision : je prendrai le départ de l'aventure !
Merci

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 25-01-2020 à 22:30:27

J'espère bien que tu vas la faire cette course et avec tes capacités, nul doute que tu te feras plaisir, comme moi. et si la fin est une chicane pour moi dans mon esprit perfectionniste, ce n'est pas le cas à chaque fois ;-). Merci pour ton commentaire et ton courage d'aller au bout de ce pavé. A ta dispo pour te préparer la théorie !

Commentaire de Arclusaz posté le 07-02-2020 à 09:16:29

Formidable CR, écrit avec une incroyable précision et une belle plume (si, si, je t'assure): il a illuminé mes voyages en métro pendant une bonne semaine. Tu fais preuve d'une totale sincérité au risque de passer "un peu pour un maniaque". Mais, ceux qui ont la chance de te connaître savent que cette petite tendance au perfectionnisme ne masque pas tes qualités humaines.
Je t'avais dit que je t'engueulerai après cette lecture. Finalement, je ne vais pas le faire. Je comprends un peu mieux que l'incroyable investissement physique et psychologique que tu as fait méritait une réussite totale selon tes critères. Mais, je continue à penser que ta course est incroyablement réussie quand on mesure d'où tu revenais. La plaque d'égout t'aura provoqué un petit décalage de timing de quelques heures, le sommeil t'a rattrapé : tu étais programmé pour 106h pas pour 110. Le relâchement après Malatra montre que tu as exploité au maximum tes capacités : le corps manquait trop de sommeil pour continuer sur le rythme intense que tu lui infligeais depuis le début.
Le coureur, le rédacteur et l'homme ont toute mon admiration....et surtout mon affection.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 07-02-2020 à 11:25:09

Ouf ! je me suis dit "voilà l'heure de te faire engueuler" lorsque j'ai vu que tu avais ajouté un commentaire. Allez courage ! Bon, finalement, comme d'habitude, tu es bienveillant et je m'en tire bien :-). En même temps, vu que tu m'as déjà annoncé la couleur il y a 3 semaines, j'ai eu le temps de réfléchir à tes paroles. Sans mofifier la photo finale, ça en éclaircie les coins sombres.
Merci pour ton commentaire, ton courage d'aller au bout de ce récit et hors de ça, pour tout ce que tu apportes, et je ne parle pas des tomes !

Commentaire de bruno danet posté le 26-02-2020 à 13:09:24


Super compte rendu. Comment as-tu pu te mémoriser tout les détails de ta course...je reste dubitatif. Ton état de santé les semaines précédant la course aurait laissé supposé un à un abandon durant celle-ci, mais non! tu as su t’accrocher. Je pense que ton passé de coureur cycliste amateur a du te formater a la gestion des efforts. Toutes mes félicitations pour ton récit et ta performance. j'espère que ton chat te laisse tranquille maintenant.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 26-02-2020 à 13:23:59

Merci pour ton commentaire ! Le chat dort et j'espère pour très longtemps, voir +. C'est vrai que j'ai été étonné de ce que la mémoire arrive à stocker comme informations. J'étais vraiment dubitatif de pouvoir raconter la course juste après l'arrivée, moi qui est du mal à me rappeler comment se prénomme certaines collègues. L'ensemble est énorme et confus peu après la course. Mais non, finalement le cerveau à une aptitude à ressortir à la demande certains éléments. Je ne sais pas ce qui nous permet de repousser l'idée de l'arrêt sur une telle course. Peut-être la tension que nous mettons avant et pendant l'épreuve. Peut-être aussi l'envie que j'avais de tester mes limites, qu'elles soient mentales ou physiques, de connaitre ce goût de l'affrontement entre les 2 et d'en faire sortir vainqueur le cerveau ?
Merci encore pour ton commentaire. s'il ne faut retenir qu'une chose, c'est que terminer cette aventure est à la portée de bon nombre d'entre nous. A tes baskets maintenant !

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