Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2018, par patrovite69

L'auteur : patrovite69

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 19/10/2018

Lieu : Saint-Pierre (Réunion)

Affichage : 669 vues

Distance : 167km

Objectif : Pas d'objectif

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Suiveuse de Diagonale

Ca fait longtemps que je n’ai pas fait de récit de suiveuse. L’année dernière sur le suivi de l’intégrale de l’EB ça avait été si particulier, si fort, qu’égoïstement j’ai voulu garder ça pour moi.

Cette année c’est différent. La Diagonale ! Le grand raid de la Réunion ! Pour nos 20 ans de mariage on repart à la Réunion et Franck (de Brignais) fait le GRR. Il y a 20 ans pour notre voyage de noce nous étions venus ici. Mais je n’avais pas encore un sportif comme mari, loin de là. Jamais je n’aurai imaginé qu’il ferait un jour la diagonale.

Ce pari fou est venu l’année dernière quand Franck m’a dit « si je boucle l’EB je fais la diagonale ! » Pourquoi pas ! C’est là que j’ai réalisé que ce serait notre anniversaire de mariage. Sacré changement en 20 ans.

Un an pour se préparer. Tout d’abord le suivi du duo infernal Antoine 38 et Cheville de Miel sur la diag 2017. A les lire ça va être un sacré morceau, aussi bien à courir qu’à suivre.

Un an pour se préparer. Franck va enchainer les courses de prépa sans bâtons. Le printemps et l’été seront faits de randos et de courses en montagne. Une partie de son entrainement sera le mien car j’ai décidé de changer de mode de suivi. Idée qui m’est venue suite au suivi de l’UTV que j’ai fait sans mes 2 acolytes habituels, Alexandre et Thomas nos 2 garçons. C’est décidé je courrai une partie de la diagonal avec lui !

La mise en place du suivi ne prend forme que 3 semaines avant le départ. Je commence à regarder les ravitos qui me seront accessibles compte tenu de la topographie de l’île. Je pousse Franck à me faire une estimation de ses temps de passage. Pas évident quand on connait la Réunion et qu’on a lu les différents récits. Je boucle ça très approximativement on verra sur place…

La liste du matériel s’allonge, pas évident de faire une liste qui rentrera dans deux valises. Je relis les différents récits pour me donner une idée. Trois jours avant le départ rien n’est prêt, juste une petite liste sur un bout de papier que je complète au fur et à mesure que les idées me viennent. Bon !  De toute manière on ne part pas au fin fond de l’Amazonie, il y aura des grandes surfaces si on oublie quelque chose. Le plus important, c’est le matériel du coureur, et ça ce n’est pas moi qui gère !

Samedi ! Enfin le départ ! Tellement à bloc que j’en oublie les billets de train ! Tant pis Alex nous envoie une photo on s’arrangera avec le contrôleur mais on ne peut pas rater le train ! C’est un peu tendu….

A Saint Denis Fabien (un ami d’enfance) nous attends avec sa femme et sa fille. Ils nous ont préparé une pancarte «  bienvenu à la team de Brignais » Cette petite attention, nous touche beaucoup. Nous rejoignons les bénévoles du GRR qui nous accueillent autour d’un verre. Franck fait part à fabien de son intention d’aller repérer deux morceaux du parcours qui l’inquiètent : le chemin des anglais et Mare à boue.

C’est donc décidé ! Lundi ça sera le chemin des Anglais. Tidgi en avait parlé à Franck en lui disant que c’était très dur. On fera l’aller-retour sur la portion entre la Possession et Grande chaloupe pour démystifier la portion. Jolie rando de 14km où l’on se dit qu’il ne faudrait pas  de pluie le jour de la course sinon ce sera une vraie patinoire ! On se croirait sur une voie romaine, un vrai travail de Titans !

                                                                      

2 ème repérage le mardi à Mare à boue pour jauger le niveau de boue justement. Arrivés plaine des Caffres nous avons l’impression de nous retrouver en Bretagne :15°C, de la bruine. Tout est bouché. Le sentier passe entre les genets et les vaches. La Bretagne je vous dis ! Puis on passera progressivement au paysage tropical. Là l’humidité est un peu plus présente, la boue commence à apparaitre. Rien de catastrophique. Franck est rassuré !

Mercredi je fais un rapide saut à Saint Denis pour changer la voiture de location ; elle a les pneus lisses et freine mal. Pas terrible pour mon périple à venir. Je repars avec une voiture pratiquement neuve beaucoup plus sécure pour la suite.

Jeudi, ça y est on commence à rentrer dans le vif du sujet : remise des dossards. On nous a prévenus que c’était long, on décide d’y aller pour 9h, sachant qu’à midi on se retrouve entre Kikourous pour manger. Un peu galère pour se garer mais ce n’est rien comparé à ce qui nous attend. Sur la place de la mairie un monde incroyable, une queue s’étend interminable. Il faut comprendre le fonctionnement : une queue pour le retrait des dossards et T-shirt,  une queue pour les goodies. Autant pour les dossards tout se déroule assez rapidement (les accompagnateurs ne sont pas admis, normal vu le monde) autant pour goodies la queue est immense en plein cagnard et n’avance pas. Tout se fait dans la bonne humeur et l’ambiance locale.

Direction le restau où nous attendons déjà Yves 94 et Arnaud de Troyes, nous serons 13 au total. Il est sera question de courses, de prépa, de gestion. Etonnant non ? Ils me demandent comment je compte faire le suivi. Je leur donne mes points de rencontre et leurs dis que je remonterai la course jusqu’à rencontrer Franck et retournerai jusqu’au ravito en courant avec lui. Mise en garde de nos acolytes, ce n’est peut-être pas autorisé par la course. Du coup le doute s’installe. Il se trouve qu’ils ont raison. Je relis le règlement et c’est bien marqué qu’il est interdit aux compétiteurs de se faire accompagner pendant la course… l’assistance personnel n’est pas autorisée sur les postes de ravitaillement manquement peut entrainer une pénalité d’une heure ! Et m…. mon plan tombe à l’eau ! Ca va me travailler jusqu’au soir. Quand j’en reparle avec Franck on tombe d’accord, on essayera et on verra si quelqu’un nous dit quelque chose.  

Jour J : ça y’est on y est ! Départ ce soir à 22h mais on y sera bien avant pour éviter les bouchons. Nous retrouvons le couple de traileurs d’Annecy devant les barrières. Puis Yves 94. Il est 18h. J’attends que Franck soit dans le sas. Je lui dégotte un bout de carton pour qu’il puisse s’assoir pendant les longues heures d’attentes. Puis moi aussi je vais me positionner. Je ne suis pas la seule à vouloir assister au départ et ça va aller en s’intensifiant. Je m’assois donc sur un trottoir à quelque mètre du départ. Je patiente en lisant tous les postes du groupe Whattsapp et il y a de quoi faire. C’est dingue ce monde, cette ambiance… Mon diner englouti il va falloir que je me lève si je ne veux pas être piétinée. Je pense à tous ces coureurs parqués à quelque mètre, l’attente doit être longue. Enfin les joélettes partent. La tension est maximale aussi bien sur le fil Whattsapp que sur la ligne de départ. Et c’est partit. Je suis sur la pointe des pieds dans l’espoir d’apercevoir Franck. Totalement débile, comment aurais-je pu l’apercevoir dans cette cohue de 2700 coureurs ?

Le dernier coureur parti je remonte à la voiture au pas de charge pour ne pas être prise dans les bouchons. Ma course à moi aussi vient de commencer. Il est convenu que j’aille dormir, le prochain ravito où l’on doit se voir c’est Mare à boue demain matin. Je suis donc à contre sens des bouchons et donc rapidement à la maison.

Je  m’assure que tout est prêt pour demain, lis les dizaines de messages whatsapp, le mélange est détonnant entre les différents amis et la famille. Alex (notre ainé) a eu la bonne idée de demander à chacun de faire une vidéo d’encouragements que je montrerai à Franck. Aller, une douche et au lit, demain levé à 4h30.

Levée avant le réveil, mal dormi, j’ai vérifié sur le livetrail la position de Franck, lu ses SMS qu’il m’envoie à chaque ravito avec l’heure pour que je puisse suivre sa progression. Il est dans les temps ! Thermos prêt ! petit dèj prêt ! Sacs prêts ! Et c’est parti pour une folle journée ! Direction la pleine des caffres. J’avais repéré lors de la reco où me garer. Doux rêve !  C’était sans compter la ferveur des supporters. Si vous, amis, vous me surnommez «  la reine des suiveuses » vous n’avez pas vu les réunionnais ! Je suis une amatrice à côté d’eux ! Ils sont là avec les chaises de camping, les tentes, les lits de camps. J’en croiserais même avec de gros réchaud à gaz…Incroyable ! Et une ambiance ! Il est 6h30 et il y a un monde d’enfer. Je me gare à la locale, avale mon petit dèj et enfile ma tenue de coureuse. Arrivée au point de rencontre c’est la douche froide, c’est passage tout petit pour l’arrivée des coureurs ! Je ne peux pas remonter la course. Je vais donc attendre sagement dans le froid l’arrivée de Franck. Je lui envoie un SMS pour le prévenir qu’il ne soit pas surpris de ne pas me voir.

                                                                      

Au bout de ¾ d’heure je tente ma chance, j’ai vu quelques personnes se faufiler. J’essaye, pas évident de se mettre sur le côté pour laisser passer les coureurs, ça pique les genets ! Je remonte la course sur 1km et je retrouve Franck. Premiers échanges, je le sens tendu. Il a mal aux jambes depuis le départ et son téléphone est en rade. Et m… on n’en est même pas à la moitié. J’essaye de lui remontrer le moral en lui montrant une vidéo d’Alex , lui dire qu’il est dans les temps. Il n’accroche pas ! Bon ! Prendre les choses dans l’ordre !

Le téléphone ! Je regarde, en fait c’est avec le mode économie énergie max, l’écran s’est mis en luminosité extrêmement basse on y voit plus rien. Il faut le mettre en charge pour pouvoir tout remettre comme il faut, évidemment à c stade de la course je n’ai pas de chargeur avec moi !  Je trouverai bien quelqu’un au ravito qui a un chargeur.

Les jambes je le masserai. En attendant je lui parle de tous les messages de soutien, remontre les vidéos. Ça passe mieux…

Arrivés au ravito , il bruine , ça caille. Je lui dégotte une place où s’assoir et pars à la recherche d’un chargeur. Trouvé ! Je débloque le téléphone ! Et de un !

Les jambes ! J’attaque le massage sous les regards envieux de certains coureurs. Et là j’aperçois dans la poche du short des comprimés de Rhinadvil ??? « T’as la crève ? Oui et ça fait deux jours que j’ai mal à la gorge et je pense que le mal de jambe c’est de la fièvre » Génial, ça va bien se passer ! On ne peut pas dire que ce soit bien engagé ! Allez, ne pas se laisser abattre ! Lui faire manger du chaud, changer de T-shirt, le plein des gourdes et on repart ensemble pour quelques kilomètres sous le même temps Breton que la dernière fois. Le moral est meilleur, enfin c’est ce qu’il laisse voir…

Un dernier bisou, une petite photo, je rassure tout le monde sur le fil et je repars en trottinant jusqu’à la voiture. En chemin je croise Katia, une kikourou, on échangera rapidement des nouvelles. Un gros morceau m’attend, Cilaos et sa route aux 400 virages ! Il faudra rajouter les suiveurs et la fête des lentilles. Un beau bazar en perspective !

La route est longue sinueuse et étroite mais les paysages sont grandioses. Pas d’affolement, j’ai le temps, je savoure. Heureusement que j’ai  changé de voiture le trajet aurait été compliqué.

Le bazar ! C’est ça ! Des voitures partout dans ce petit village perdu au fond du cirque de Cilaos. Waze pédale dans la choucroute avec toutes les rues bloquées par les deux évènements. Enfin arrivée devant le stade un autre problème se pose : le stationnement ! C’est blindé. En fait, je le comprendrais plus tard, les locaux sont suivis par toute leur famille différents endroits : papa maman à un endroit, les frangins à un autre…et ils sont là depuis des lustres, ils campent là pour avoir la place la plus stratégique. Je n’ai aucune chance de les battre à ce jeu…

Je trouve une place à perpette. Pas question de laisser le sac de change dans le coffre, je perdrai trop de temps à venir le chercher. Je teste, je le prends et je le laisserai dans un coin, il n’y a rien d’important à l’intérieur.

Mes espoirs s’envolent à l’approche du stade. Un monde de dingue et surtout aucun accès au stade, que pour les coureurs. La question du sac  se pose, où est ce que je vais le laisser. Je tourne et retourne  en essayant de trouver un endroit discret pour le laisser. Peine perdue. Du coup je fais l’inverse, je le laisse bien visible, derrière des supporters d’une team. Je les préviens juste que je pose le sac là et que je reviendrai le chercher plus tard. Pas de problème. Aller je tente le coup. Et me voilà repartie à remonter la course, il fait chaud et le soleil cogne. Je pense à Franck qui n’aime la chaleur… j’espère qu’il tient le coup quand je vois les coureurs que je croise…Enfin le voilà ! Je l’encourage et on remonte doucement sur Cilaos. Je lui raconte le fil et les délires qui s’y passent, il me raconte Kerveguen, l’entrée dans Cilaos. Je lui remontre quelques vidéos qui le font rire. On met en place la tactique ; je le laisserai pénétrer dans le stade, il prendra son temps pour manger et refaire le plein et l’on se rejoindra à la sortie.

On arrive  sur le stade, tout le monde encourage tout le monde, c’est dingue l’ambiance ! Franck pénètre dans le stade et je récupère le sac. Nickel, mon coup a réussi ! Bon il faut juste que je me coltine tout le tour du stade au milieu de la foule avec un sac d’une tonne sous le cagnard. A peine le temps d’arriver et de trouver une place à l’ombre (chose rare) qu’il ressort (j’espère qu’il a pris  le temps de manger du consistant). Et la routine se met en place, changement de vêtement, massage, nouvelle mise au point pour le prochain point de rendez-vous et le voilà reparti.

A mon tour de me ravitailler, indispensable, je n’ai rien mangé depuis 6h ce matin et il est 13h, pas raisonnable !  J’achète rapidos une barquette d’ananas frai qui me servira  de dessert après la salade de riz qui marine dans la voiture. Et le jeu de piste continue, je tourne en rond dans Cilaos, je n’arrive pas à trouver la direction d’ilet à corde avec toutes les routes barrées et Waze est perdu ! Je m’arrête demander à un policier, «  c’est simple, faut suivre la direction des pompiers et de l’église ! » On va essayer. Bingo ! Je me retrouve sur  une petite route encore plus petite et plus sinueuse que celle pour arriver. Ce n’est pas évident quand des voitures ou camionnettes arrivent en face. Pas de pression, j’ai le temps.

Moi qui pensais avoir moins de monde sur ce point de ravito, c’était sans compter sur les locaux ! J’arriverai quand même à trouver une place à une dizaine de mètres du ravito. Un bénévole m’aide gentiment à me garer, j’ai la trouille de mettre la voiture dans le ravin.

                                                                                

Installée ! Je prépare mon sac pour partir à l’assaut du Taïbit avec Franck et j’attends. Je me pose à l’arrivée et j’attends en regardant leurs traits tirés, la joie de ceux qui se retrouvent. C’est enfin mon tour. Ses traits sont tirés lui   aussi, je lui propose de venir se reposer au calme à côté de la voiture qu’il reprenne des forces avant d’attaquer la montée. Il se pose un instant sans dormir juste pour recharger  la batterie. La nuit va tomber, il va faire moins chaud ce sera mieux. Je prends la tête de la marche, imprime un rythme qu’il pourra tenir et je ne le lâche pas. Il arrive à me faire accepter de ne pas redescendre sur Marla. Je ne veux qu’il s’inquiète de mon retour, il a assez de chose à gérer sans avoir à s’occuper de moi. Doucement mais surement nous arrivons en haut, un dernier bisou avant de redescendre, on ne se reverra que demain latin. Mafate me reste interdit ! Je redescends en trottinant jusqu’au moment où je dois sortir ma frontale. Put… de M……j’ai gardé son portable qui chargeait dans mon sac. Trois secondes pour réfléchir, deux solutions, soit je remonte en courant en espérant le rattraper soit je garde le portable mais il sera inquiet de ne pas avoir mon SMS . Pas le choix, je remonte comme une folle tout ce que j’ai descendu sous le regard éberlué des coureurs. Le pire sera à venir,  je redescends vers Marla à fond en appelant Franck régulièrement. Je n’ai jamais couru aussi vite en descente surtout la nuit. Ils ont dû me prendre pour une dingue. Pourvu qu’il ne soit pas reparti ! Arrivée en trombe au ravito j’explique au bénévole qui hallucine,  que je dois retrouver mon mari pour lui rendre son portable, et je force le passage ! Je l’appelle, pas de réponse, je recommence et le vois qui me fait signe. Son visage s’illumine, je ne lui avais jamais vu ce regard. Avant qu’il ne dise quoique ce soit  je lui explique pour le portable. Il me répond juste qu’il est super content que je sois là. Ah bon ? Je croyais qu’il ne voulait pas que je descende…Quitte à être là je m’occupe de lui, il a une sale tronche, aller hop dodo. Après avoir mangé chacun repart de son coté, lui pour une nuit dans Mafate et moi direction la voiture.

Prochaine étape Maïdo demain matin après avoir refait tous les sacs, répondu à tous les messages pour rassurer tout le monde. Un douche (quel bonheur !) et au lit.

Le Maïdo,là encore les  coureurs arrivent avec les traits marqués, comment vais-je retrouver Franck, dans quel état c’était pas brillant hier soir ! A part ses SMS me donnant ses heures de passage je ne sais rien de plus. Il faut qu’il dorme car il a de grande chance de partir pour une troisième nuit. Ca y  est à nouveau ensemble, à nouveau le même rituel. Moi devant qui marque le rythme, échange des différentes nouvelles. L’arrivée en haut du Maïdo est hallucinante, on se croirait à une étape du tour de France. Heureusement le ravito est deux kilomètres  plus loin,  surtout plus calme. Pendant qu’il mange je le masse, j’insiste pour qu’il dorme. Il n’y arrive toujours pas, on verra bien pour la suite. Il prendra quand même le temps de faire une petite vidéo pour donner de ses nouvelles. Et le voilà reparti en trottinant. J’espère qu’il va tenir. Si la montée du Maïdo s’est faite dans la grisaille, ce ne sera pas le cas plus bas, le soleil cogne.

Je reprends la route pour Sans Souci qui porte bien mal son nom. Je suis garée à plus de deux kilomètres du ravito, il fait une chaleur de dingue. Je vais retrouver un mari cuit, cramé… Depuis le Maïdo j’arrive à pénétrer dans les zones réservée aux coureurs étant dans le même état qu’eux (quoiqu’un peu plus fraiche….) Ca nous permet d’être un peu au calme ! Sur ce ravito, un bénévole insiste pour que je prenne un repas. J’avoue ne pas trop me faire prier.

On se met d’accord, je n’irai pas au prochain ravito, trop difficile d’accès avec toutes ces voitures. Je préfère prendre de l’avance et être bien placée à la Possession. En plus Fabien et Sandrine sont sur le parcours. Ils prendront le relais pour le booster.

La tactique était la bonne, je me suis garée à coté de l’église, à deux pas du ravito. Il pourra se reposer sur l’herbe au calme. Et je repars à sa rencontre. J’avance, j’avance, j’avance. Toujours personne… Je croise les trois kikourous d’ Ecouves (j’échange brièvement des nouvelles), un parfait inconnu qui m’appelle par mon prénom et qui a l’air de me connaitre puisqu’il me demande des nouvelles de mon genou…Je ne suis pourtant pas si fatiguée ! Impossible de mettre un nom sur ce visage. Je ne sais absolument pas où j’ai pu le croiser…

Bon ! Avec tout ça je n’ai toujours pas mon mari ! J’en suis à 6km du ravito ! Dans quel état je vais le retrouver, il fait nuit maintenant. Enfin le voilà « j’en ai plein le c…, ça fini jamais ce p… de chemin, ils nous ont rajouté une montée, elle n’était pas annoncée. Et le ravito, il est loin ? » Autant ne pas lui mentir, je lui annonce la couleur… Dès que le chemin le permet je le prends par la main pour l’entrainer un peu. Il est épuisé. Arrivés aux premières maisons il n’arrive plus à marcher droit, il dort en marchant. Je lui attrape le bras et le maintien fermement, il reste encore 1km , il ne faudrait pas qu’il tombe. Arrivés au ravito, je l’oblige à prendre une assiette, le pose sur un banc pendant que je remplis ses bidons. Je jette régulièrement un œil sur le banc pour voir s’il ne tombe pas.  Je veux le trainer jusqu’à la pelouse de l’église mais il tient absolument à assurer à la bénévole qu’il lui rapportera sa fourchette « t’inquiètes pas je lui ramènerai la fourchette quand tu seras reparti…. » Allez, Doliprane (la fièvre est remontée),  boules Quies et dodo obligatoire pendant ¾ d’heure. Au réveil il est bien, il dévore son assiette des compotes et autres bricoles. Un massage, changement des piles de la frontale et c’est reparti.

Direction Grande Chaloupe et le chemin des anglais, je l’aiderai dans la descente car c’est vraiment le bazar. L’aider ? Même pas en rêve ! J’ai à peine le temps d’arriver en haut, d’envoyer un message qu’il arrive déjà ! Et le voilà qui attaque la descente, j’arrive à peine à le suivre ! Il a bouffé du lion ? L’arrêt sera court, il veut profiter de son pic de forme, à peine le temps d’un massage et d’un plein d’eau…

                                                                      

Allez ! Dernière étape ! Après avoir un peu tourné dans Saint Denis (merci Waze) je me pose à côté du stade. Direction Colorado, on se rejoindra là-haut. Je croise deux suiveurs, étonnés de me voir monter toute seule en pleine nuit… Quand on aime on ne réfléchit pas…de toute manière ce ne sont pas les coureurs qui pourront m’embêter…On se retrouve juste avant le ravito. Et c’est la dernière descente, il est à l’aise, le rythme est soutenu. On double, c’est dingue, où est ce qu’il puise son énergie. Le soleil se lève sur Saint Denis, c’est magique, on ralenti un peu le rythme pour en profiter, prendre des photos. Dernier virage, le stade est là, on accélère petit à petit, main dans la main,  sous les bravos des gens qui sont là. Fabien est là aussi, il encourage et nous filme sur l’arrivée. Il nous aura suivi tout au long de la course, les copains aussi derrière Whatsapp, ça aura été une sacrée aventure.

Il l’a bouclée sa diagonale ! En 55h54. C’est vraiment un truc de fou. Comment peut-on tenir avec autant d’efforts et si peu de sommeil. Je suis admirative. Quand je repense à notre premier voyage il y a vingt ans. Quel changement ! Bravo mon chéri !

Sur ces trois jours j’aurais parcouru 463km en voiture, couru63km et dormi à peine 10H. Mais quel suivi ! Je suis prête à recommencer ! Franck il va falloir trouver des idées pour les prochains anniversaires de mariage….


 

17 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 01-11-2018 à 22:52:12

Toujours aussi efficace et passionnée, Caro. Bravo pour tes scientifiques improvisations : ça passe toujours avec toi ! vous irez loin tous les deux, rien ne peut vous arrêtez...

Commentaire de Jean-Phi posté le 01-11-2018 à 23:23:23

Le boulot que tu abats en tant que suiveuse est impressionnant ! Bravo ! C'est une sacré aide (et sport !) pour Franck, qui le sait très bien d'ailleurs. Bravo pour ton abnégation et ton engagement, je suis admiratif !

Commentaire de Mazouth posté le 02-11-2018 à 00:25:13

Une antenne, une fourchette, on est peu de choses parfois ^^
Énorme bravo pour ce suivi qui est une discipline à part entière, dont tu es championne du monde !

Commentaire de bubulle posté le 02-11-2018 à 14:06:24

Oui, je me disais en lisant l'histoire de la fourchette que ça devrait logiquement s'ajouter à celle de l'antenne pour bien nourrir le mythe du Zombie Z'oreille.....

Commentaire de Mazouth posté le 02-11-2018 à 14:39:04

L'avait plus grand chose entre les z'oreilles le Franck à ce moment là ^^

Commentaire de L'Dingo posté le 02-11-2018 à 08:23:22

Moi qui pense qu'un (ultra)trail ce doit d'être une aventure partagée avec bcp, mais individuelle et sans assistance dans l'effort, j'avoue que tu m'as bleuffé.
Quelle aventure de suiveuse !!

je crois que tu as largement mérité la réciproque sur une grande course et ceci bien avant l'anniversaire des 30 ans.

Vraiment bravo.

Commentaire de Ranou147 posté le 02-11-2018 à 09:47:55

63km couru, ça c'est du suivi! Bravo. Quelle aventure à deux, ça donne envie ! Je pense pas me tromper en disant que sans toi, il ne la faisait pas.

Commentaire de bubulle posté le 02-11-2018 à 14:03:50

Celui qui t'a reconnue à La Possession, ce devait être arnauddetroyes...

Sinon, que dire de ce récit qui s'emboîte parfaitement bien avec celui de notre Machine préférée....

A bientôt dans le Colorado? (comment ça, je fais du prosélytisme?)

Commentaire de patrovite69 posté le 02-11-2018 à 14:11:39

Non, c'est pas Arnaud, Arnaud et sa cheville en vrac je l'avais croisé du coté du Maïdo. Je ne sais absolument pas qui j'ai pu croiser....

Commentaire de arnauddetroyes posté le 02-11-2018 à 20:22:41

Comment vous fusionnez toi et Frank,qu´il soit question de course d assistance ou de CR tout est en Parfait harmonie.Belle lecon de complicité .
pour info nous nous sommes vu au moins 5 fois pendant la Course ;)

Commentaire de arnauddetroyes posté le 02-11-2018 à 20:25:26

Franck

Commentaire de patrovite69 posté le 02-11-2018 à 20:55:30

oui mais rassure moi, ce n'est pas toi que j'ai croisé au dessus de sans souci et avant la possession ? Qui m'a demandé des nouvelles de ma santé? Sinon je devais être bien atteinte!

Commentaire de franck de Brignais posté le 02-11-2018 à 20:50:42

Une fois encore, il en a de la chance cet homme là !!... La course aurait eu une toute autre saveur sans ta présence. Bravo pour cette organisation, tu as bravé bien des difficultés pour être à l'heure aux ravitaillements ! Merci.

Commentaire de Trixou posté le 02-11-2018 à 23:19:18

The power of love ! :o)
Bravo à tous les 2 !

Commentaire de TomTrailRunner posté le 09-11-2018 à 07:42:52

La vie est belle racontée comme cela... Bisous le B

Commentaire de pinpin posté le 12-11-2018 à 15:43:09

Bravo à vous deux. Merci de nous faire partager. Il faut que je garde bien ce compte rendu car il est possible que j'assiste mon épouse dans 1 ou 2 ans sur le grand Raid.

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 22-11-2018 à 13:34:00

Je n'ai pas encore pris le temps de lire le CR de Franck mais celui-ci vaut son pesant d'ananas ! On te sent à fond, entre fusion et effusions. Ton soutien à Franck est tellement fort et présent qu'il ne doit pas être simple pour lui de s'autoriser à être humain comme nous et d'abandonner. votre symbiose est énorme, belle et vous porte loin.

merci pour cette page d'immersion

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