Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2007, par stef73

L'auteur : stef73

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 19/10/2007

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 2008 vues

Distance : 150.1km

Objectif : Terminer

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CR : Diagonales des fous 2007 : Le rêve en enfer

Nous arrivons au dernier ravitaillement à Colorado.
Il nous reste encore 5 kilomètres de descente pour boucler cette magnifique diagonale 2007.
Romain (avec qui je fais course commune depuis le km85) et moi-même ne nous attardons que quelques secondes.
Son genou gauche est toujours très douloureux mais nous continuons à avancer d'un bon rythme.
Le terrain d'abord facile devient comme d'habitude depuis le départ bien technique avec beaucoup de pierres.
Ca y est, nous apercevons le stade de la Redoute.
Le lever du jour nous permet enfin d'éteindre les frontales.
Il ne nous reste que 500 mètres, les bénévoles sont là pour nous encourager.
Romain se force à trottiner, en effet, nous avons décidé de terminer en courant.
100m, .. 50m,.. 10m, et c'est main dans la main, que nous finissons cette magnifique et très exigeante course.
Il est 5h50 ce samedi 19 Octobre 2007 et je viens de réaliser un triple rêve :
- Terminer la Diagonale des Fous : 150km et 9250m D+ sur les chemins très techniques de la Réunion mais dans un cadre grandiose
- Réussir une belle performance en terminant 27ème sur 2200 partants et en moins de 30 heures
- Prendre un maximum de plaisir à courir en ne souffrant que très peu physiquement

Je suis sur un nuage, heureux tout simplement ... léger, soulagé, rassasié, enfin que du bonheur !


Voici le récit de cette superbe course :

Epilogue :
C'est très fatigué et la tête pleine de soucis que je quitte mon bureau ce vendredi 5 Octobre au soir.
Derniers préparatifs avant de m'envoler dimanche avec Christilla pour un beau voyage, histoire de fêter nos 10 ans de mariage.
D'abord 5 jours sur l'Ile Maurice pour se retrouver, se reposer, profiter des magnifiques plages et aller nager avec les dauphins (tiens, encore un rêve réalisé !)
Puis vol pour la Réunion, pour effectuer un magnifique Trek de 4 jours avec Christilla et Michèle (une amie qui nous a rejoints) -> tout cela ferra bien sûr l'objet d'un billet sur le blog.
Le lendemain (mercredi 17/10), nous redescendons de Cilaos et allons nous installer dans un gite au dessus de St Leu.
Un peu de repos, puis direction St Denis pour récupérer le dossard au stade de la Redoute.

"Gros bordel" au retrait des dossards.
En effet, il faudra bien 5 heures aux bénévoles pour distribuer l'ensemble des 2200 dossards pour le Grand Raid (pas de conseil à donner, mais on peut faire mieux à mon avis sur ce point ...)
Un peu déçu de voir cela, mais content de retrouver les copains d'UFO (Oliv91, Val, Cédric, ...)
Bonne discussion avec Michel Poletti (organisateur UTMB) qui m'explique la stratégie de course à adopter pour le départ : Ne pas mollir sur les 15 premiers Km pour éviter de se faire coincer dans la montée du volcan (1800m D+ sur 8Km) où le dépassement est presque impossible, et bien récupérer lors de cette montée.
Bon j'espère que la suite sera mieux organisée, cela diffère vraiment du grand professionnalisme de l'Ultra Trail du Mont Blanc

Retour au gite pour une dernière journée de repos (Jeudi 18/10) : plage le matin et sieste une grande partie de l'après midi.

Puis vers 19h, Christilla, Michèle et moi prenons la route en direction du départ de la course au Cap Méchant (St Philippe, tout au Sud de l'Ile).
Nous arrivons à 21h après quelques erreurs d'itinéraires... no coment ! ;-))

Encore une grande pagaille pour déposer les sacs aux différents ravitaillements et faire le contrôle du matériel.
Je décide de déposer un sac à Cilaos au Km69 (Chaussures et vêtement de rechange, gel+poudre boisson, ...) et un autre à Deux Bras au Km124 (gel + poudre +Ch7)

Il est 22h, il me reste 2 heures à attendre le départ.
Je m'installe sur la ligne de départ et discute avec un coureur bien sympa qui travaille chez CorsairFly (et que je reverrai à l'aéroport à mon vol retour).

Départ :
Oliv91, Val et Cédric m'ont rejoint sur la ligne de départ.
Heureux d'être là, j'ai du mal à réaliser ...ce moment que j'attendais depuis bien longtemps.
Cela fait des années que je regarde les images et reportages sur la diagonales des fous (appelé également Grand Raid de la Réunion) en me disant que c'était un truc de Ouf et qu'un jour peut être je serai moi aussi au départ.
Puis 10 minutes avant minuit, l'organisation appelle les élites pour qu'elles viennent se placer en 1er ligne.
Je suis complètement calme et détendu.
Je n'ai pas pris mon cardio/gps, mais je dois être à 55 à 60pul/min, pas plus.
Un discours bien "tribal" du maire de St Philippe qui précise que "l'objectif, c'est de battre Marco Olmo" (pas très esprit Trail)

Et d'un coup, alors que le compte à rebours n'est qu'à -7... la foule est lâchée.
Je suis très vite complètement écrabouillé par la masse des coureurs qui se compresse sur une route étroite alors que nous étions en attente sur une largeur 10 fois plus grande.
Un gros coup de stress ... puis j'arrive à me dégager et à courir correctement sur les 4 premiers kilomètres de route.
On se croirait vraiment sur le départ d'un 5000 mètres !
Je me calme tout de suite et je prends un rythme correct mais qui me permet courir sans m'essouffler.
Je me fixe de pouvoir courir tout en pouvant parler normalement.
Je dois être dans les 400 premiers après ces quelques kilomètres de goudron.
Puis nous prenons un chemin forestier sur 11 kilomètres.
Toujours très calme, je cherche mon rythme jusqu'à le trouver vraiment et me sentir très bien avec de bonnes sensations.
Je n'arrête pas de doubler sans aucun effort des coureurs partis visiblement trop vite, qui doivent déjà regretter leur départ de fou !
Il me tarde d'arriver au 1er ravitaillement (15 km) parce que ma frontale n'a plus de pile ! (erreur de débutant, je n'avais pas contrôlé l'état des piles depuis mon dernier ultra !)
Ouf, j'y arrive juste alors que je n'avais plus de lumière.
Changement de pile rapide et remplissage du camel et quelques bouts de banane que je mets dans ma poche plastique.
En effet, pour m'arrêter un minimum de temps au ravitaillement, j'ai avec moi un sac plastique (de supermarché, tout simple) que je remplis de provision au ravitaillement; ce qui me permet de manger tout en marchant et donc de ne pas perdre de temps (Méthode de Marco Olmo que j'ai vu faire sur le DVD de l'UTMB2006).

Juste après le ravitaillement, nous attaquons la montée très raide et technique (pierres, racines, boue) du Volcan avec 1800m D+ d'un coup sur 8km.
Ca bouchonne un peu dans les passages techniques, et le dépassement est presque impossible (sauf à y laisser beaucoup d'énergie).
Je repense aux conseils de Michel Poletti et je monte donc tranquillement cette portion sans chercher à gagner des places.
Cela me permet de bien profiter de cette nuit claire ...et de me détendre encore un peu.

Enfin, nous sortons de la forêt et le chemin devient plus large avec des parties bien plus roulantes.
Je suis étonné du nombre de personne qui s'arrêtent à côté du chemin pour souffler ou se reposer !
J'en profite pour relancer dès que la pente s'incline et continue à doubler pas mal de coureurs.
Ravitaillement rapide au km23 d'où je repars en trottinant.
Discussion avec un réunionnais qui me dit vouloir terminer dans les 30 premiers (et qui a été appelé parmi les élites au départ) ... je me pose la question, suis je bien à ma place ? mais vue la qualité de ma respiration et de mes jambes, je chasse de ma tête cette interrogation.

Puis le terrain devient bien roulant sur la crête du volcan, ce qui me permet de bien courir.
Mon compagnon réunionnais du moment me précise que nous allons arriver au ravitaillement du volcan dans 5min. J'en profite donc pour passer un coup de fil à Marc, pour qu'il me prépare bien mes bâtons.
En effet, je n'ai pas d'assistance (Christilla et Michèle étant parties faire de la randonnée pendant le Grand Raid) mais j'ai rencontré Marc lors de notre trek vers Cilaos qui m'avait proposé de m'amener du matériel à ce point d'assistance où il est bénévole chaque année.
Je lui avais confié mes bâtons, pour ne pas être gêné lors du départ et la montée au Volcan (beaucoup trop raide pour les utiliser)


Marc est là avec son grand sourire, au ravitaillement du Volcan (30km - 5h02 - 147ème)
Il me remet mes bâtons. Merci à toi ! me voilà avec mes outils préférés d'Ultra Trail !
Les bâtons sont à peine tolérés pour la 1er fois sur le Grand Raid , suite à un échange avec l'organisateur sur le forum de la course où il a fallu relancer à plusieurs reprises pour avoir une réponse peu claire.
Je ne comprends pas cette position de tolérance à demi-mot pour l'utilisation de ceux-ci !
Il faut dire que les réunionnais ne les utilisent pas !


Je repars heureux avec mes bâtons sur la magnifique plaine des sables

Le jour se lève sous un ciel d'un bleu azur, c'est vraiment extraordinaire.
Je remonte les 240 mètres de l'oratoire Ste Catherine avec le plaisir de retrouver la gestuelle habituelle avec mes bâtons et profiter des premiers rayons de soleil.
Puis descente jusqu'au piton Textor où Marco Olmo a abandonné (tout seul, sous une couverture), le terrain ne lui convenant pas; pour continuer sur une très longue descente sur un chemin bien boueux à travers de magnifiques prairies bien grasses où les vaches se régalent de cette herbe généreuse (on se croirait chez nous).
Puis 4km sur une route descendante puis à plat pour finir avec les encouragements de nombreux spectateurs au 1er gros point de la course : Mare à Boue (50ème km - 7h20 - 120ème)

Je fais le point sur mon état :
- Jambes souples, c'est bon signe
- Pas assez mangé, j'en profite pour boire/manger 3 soupes aux vermicelles, quelques bouts de bananes et 2 verres de coca
- Petite tendinite derrière le genoux gauche due je pense à la gène occasionnée par mon corsaire, je me change et mets mon cuissard court que j'avais dans le sac

Je reste quand même 15 minutes à me changer et à manger et repars tranquillement en trottinant.
C'est parti pour les 10 kilomètres les plus humides du parcours.
En effet, ce ne sera que boue et flaques d'eau à gogo jusqu'à Kerveguen sur un parcours pas toujours évident et agrémenté de quelques échelles.
Je continue à doubler sur cette longue montée, avec toujours de bonnes sensations.
Je m'alimente bien en gel (1 par heure) et pense à bien prendre de la Sporteine dès que je sens quelques douleurs dans les jambes.
J'appelle Christilla qui se rend au départ de leur randonnée (Roche Ecrite), qui m'encourage et me félicite pour ce beau début de course. Merci Amour !
C'est vrai que je suis également content de ces premiers 60 kilomètres, mais ce n'est que le début, donc pas de triomphalisme !
Au ravitaillement de Kerveguen (60km - 9h31 - 105ème), je repars tout de suite avec un réunionnais avec qui nous allons faire course commune jusqu'à Cilaos.
Passage enfin à côté du refuge du Piton des Neiges (où je suis passé dimanche dernier) qui me rappelle de bons souvenirs et c'est parti pour les 1300 mètres de descente bien technique !
Je descends avec mon nouveau compagnon à un très bon rythme mais sans m'exploser les cuisses, en doublant des coureurs visiblement moins aguerris à ce genre d'exercice. J'ai vraiment bien fait de reconnaitre quelques portions du parcours.
Nous croisons Karine Herry, qui nous dit ne rien voir et décide d'abandonner à Cilaos.

J'arrive au gros point intermédiaire de la course, à Cilaos (69km - 11h23 - 99ème)

Je me lave avec hâte les jambes et décide de me faire masser très rapidement (je leur donne juste 5 minutes !)
Ils me disent que les cuisses sont en bon état, seul les mollets sont un peu entamés. Je suis ravi et cela gonfle encore mon optimisme et ma confiance !
Je me change complètement et surtout les baskets qui sont trempées et imbibées de boue.
Les dessous de pieds sont déjà bien ramollis par cette grosse humidité que nous côtoyons depuis la descente du volcan. Je les enduis de crème anti-frottement en espérant retarder les échauffements au maximum.
Une petite assiette de pâtes avalée en 2 minutes et je repars du ravitaillement après un arrêt de 24 minutes (un peu long !)

[stitre]Et c'est parti, pour la 2ème partie ![/stitre]
Je suis convaincu que tout se passera bien et je pense à l'Ultra Trail du Mont Blanc en regrettant de n'avoir pas eu ce niveau de fraicheur à Courmayeur... mais bon, aujourd'hui je suis à la Diagonale des fous, et je compte prendre un maximum de plaisir !
Je commence à allumer de temps à temps le portable pour recevoir les nombreux sms de copains, collègues de boulot, famille.
C'est génial de lire tous ces messages et de penser à tous ceux qui sont derrière leur écran à me soutenir, ça me remplit de joie.
Descente à la cascade où je double un allemand (peu nombreux) avant la fameuse remontée du Col Taibit (1300m D+) en plein soleil sous une grosse chaleur.
Je redémarre tout doux en essayant de beaucoup boire et en mouillant ma casquette dès que je rencontre un point d'eau.
Je continue de doubler de temps en temps des coureurs.
La différence se fait vraiment dans les relances. En effet, dès que la pente s'incline (même sur quelques mètres) je me remets à trottiner et ainsi gagne de précieuses secondes.
Je passe la 2ème féminine (Christine) que j'encourage.
Cette montée sera bien longue mais je garde le même rythme.
Juste avant le sommet du Taïbit, je me fais doubler par Romain (20 ans) avec qui je discute un peu et le félicite pour sa forme et son endurance malgré son jeune age.

Enfin, j'arrive au sommet du Taïbit dans la brume. Je m'arrête 1 minute pour me poser ...

Ce point est très important pour moi !
Déjà parce qu'il me rappelle le beau trek que nous avons fait avec Christilla et Michèle il y a quelques jours et d'où nous avions pu observer la vue sur les magnifiques cirques de Cilaos et surtout de Mafate (une beauté !) ; et surtout il marque l'entrée dans Mafate d'où on ne peut ressortir qu'au Col des Fourches (102km) où à deux Bras (124km)... autant dire que quand on rentre dans Mafate c'est pour terminer la Diagonale !
3 coureurs groupés me doublent au départ de la descente que je vais rapidement redoubler quand je remets le turbo ainsi qu'un autre coureur qui montait au même rythme juste au dessus de moi dans le Taïbit.

J'arrive au ravitaillement de Marla (83km - 14h44 - 70ème)
Une bénévole me donne des piles (super sympa) et je me nourris de soupe aux vermicelles et aux bananes.
Belle tranche de rigolade avec les bénévoles où l'on blague sur les mauvaises odeurs des coureurs après une course pareille.
Je repars tout joyeux (d'avoir eu des piles pour passer la nuit et d'avoir bien rigolé) et redouble très rapidement le coureur réunionnais du volcan (qui voulait faire dans les 30) mais qui semble avoir du mal à repartir à ce moment là.
Puis je rencontre Michel (accompagnateur Allibert) et ses clients.
Accolades et échanges super sympas. Merci !
Je repars d'un très bon rythme et me lance dans une belle descente assez technique jusqu'à Trois Roches.
Ravitaillement rapide où je continue à blaguer avec les bénévoles (je suis tellement heureux de mon état et d'être là que j'en suis euphorique). Ils sont très surpris que je leur demande comme ça va ("euh... nous ça va !... mais c'est vraiment la 1er fois qu'on nous le demande ... d'habitude c'est nous qui le demandons !")

Je redouble encore 1 ou 2 coureurs, et je rattrape Romain qui m'avait dépassé dans la montée du Taïbit.

Nous discutons et prenons le même rythme, puis finalement nous courons ensemble jusqu'à Roche Plate (Km92 - 16h32 - 64ème).
Ambiance un peu sur-réaliste de se retrouver dans ce village bien animé par la course et les bénévoles, perdu dans le cirque de Mafate où les seuls accès sont les sentiers de randonnée ou l'hélicoptère.
J'explique à Romain que je compte rester que quelques minutes ici, voulant absolument arriver à La Nouvelle avant la tombée de la nuit et donc passer les 2 plus grosses difficultés de la course dans les 2 heures qu'il nous reste.
En effet, la descente de Bronchar (550 D-) hyper pentue et technique où toute erreur est interdite (vraiment dangereux) et la montée à la Nouvelle avec ses 700m d'un coup, ponctuée par des échelles et câbles sur une grande partie nous attendent.

Avec Romain, nous décidons de faire course commune jusqu'à La Nouvelle.
Romain repart à fond après le ravitaillement, il me faudra une centaine de mètres pour le recoller (Ah, ces jeunes !) puis nous ne nous quitterons pas d'une semelle.
La remontée à la Nouvelle va me paraitre très longue et je me gave de gels sentant une défaillance possible dans cette partie vraiment très dure et exigeante.
J'appelle Oliv91 pour savoir où il en est, pensant qu'il est juste derrière moi.
Il m'explique qu'il vient juste de passer le Taibit (donc à 3h30 derrière moi) avec Cédric et que Val est 24ème aux dernières nouvelles (sacré champion ce Val !)
Encouragements réciproques et appel à Christila pour lui souhaiter une bonne nuit. Encore des mots supers encourageants de sa part qui me félicitent pour ma course.

Nous arrivons au ravitaillement de La Nouvelle (97km - 18h22 - 53ème) en même temps que 4 autres coureurs.

Je n'en reviens pas de ma place de 53ème et essaye de ne pas y penser pour rester concentré sur ma course.
Je m'assois un peu et constate que lorsque je me suis tordu la cheville juste avant Roche Plate en bloquant le pied entre 2 pierres, cela a provoqué une entorse à l'avant pied gauche.
Une bénévole me voit grimacer et me demander si cela va bien ?
Je lui réponds que oui en précisant la possible petite entorse (dont je suis sûr).
Voulant regarder celle-ci, je refuse gentiment de lui montrer prétextant de ne pas vouloir enlever la chaussure pour éviter que le pied gonfle...
Elle me donne finalement un petit cachet (ouf !) et je refais le plein de la gourde et de soupe aux vermicelles pour repartir.

Je repars avec Romain et nous nous couvrons rapidement, le début de la nuit étant assez frais.
Nous allons croiser 2 évacuations de coureurs en hypoglycémie (ou hypothermie ?) dans la montée du Col des Fourches.
Je demande à chaque fois aux pompiers si ils ont besoin d'aide mais ils refusent gentiment.
Je me rend compte de la chance que j'ai aujourd'hui et nous décidons avec Romain de bien passer la nuit à courir ensemble ...
Après ces quelques incidents nous reprenons un bon rythme pour atteindre le Col des Fourches et nous redescendons par un chemin un peu raide au départ et bien roulant pour atteindre le départ du sentier Scout (km106 - 20h15 - 40ème)

Nous repartons tout de suite après être arrivés au ravitaillement pour une descente à fond !
Je suis juste calé derrière Romain qui descend comme un fou profitant de mon éclairage.
Cette descente lui sera fatale pour son genou, mais nous ne le réalisons pas à ce moment là. Très heureux d'être avec lui, jamais je n'aurais pu descendre et relancer sur les plats à ce rythme tout seul dans la nuit.
Nous passons l'Ile aux Malheurs et remontons péniblement les 250m D+ jusqu'à Aurère (km114 - 21H55 - 35ème) où nous attend un super comité d'accueil des bénévoles de la course et des habitants.

Certains coureurs déjà mal en point sont au ravitaillement.
Cela sent l'abandon pour certains et d'autres se font soigner ...
Romain se plaint de la tendinite à son genou.
Je sais que la descente n'est pas finie et qu'il ne faut pas s'attarder dans ce piège à abandon.
Je lui propose de partir tout de suite et d'aller se faire masser et soigner à Deux Bras où nous attend Emilie, la fille de Michèle qui est kiné bénévole sur la course.
Il accepte et nous repartons rapidement.

Je lui donne un bâton pour qu'il soulage son genou et après une belle descente technique de nuit nous arrivons enfin dans le lit du ruisseau et le village de course de Deux Bras (km124 - 23h13 - 31ème)
Emilie nous attend, et je lui demande de s'occuper de Romain.
Je décide également de ne pas me faire masser ayant encore les jambes assez souples et pas de douleurs.
Je récupère mon sac de ravitaillement déposé par l'organisation, en profite pour vite préparer une boisson de nourriture liquide (Sportdej de Overstim) que je partage avec Romain. Je change mes chaussettes.
J'ai faim et me goinfre rapidement de 2 soupes aux vermicelles.
Romain est strappé autour du genou et souhaite repartir immédiatement pour ne pas prendre froid.
J'approuve et nous repartons en marchant sur le plat (1ere fois depuis le départ) après 18 minutes d'arrêt au total.
Petite hésitation au départ du chemin vers Dos d'Ane à cause d'un coureur qui hésite et nous met dans le doute alors que c'est évident !
Je donne mes 2 bâtons à Romain afin qu'ilsoulage son genou pour la suite.
Romain va reprendre un rythme de fou dans les parties raides et sans les bâtons je me sens comme amputé ... mais je m'accroche ... moi, je n'ai aucune douleur et je suis en forme donc impossible de retarder Romain.
La montée à Dos d'Ane est vraiment longue,... enfin nous apercevons une lampe d'un bénévole qui nous dis que le village est à 200 mètres.
Enfin, la route, les lumières, ....
Le père de Romain est là et nous encourage dans la nuit.
Nous remontons des 2 kilomètres de route très raides pour atteindre le stade de Dos d'Ane (km131 - 25h32 - 29ème)

Nous réalisons que nous pouvons finir dans les 30 premiers et en moins de 30 heures.
Nous prenons conscience que nous avons fait une belle course et que la fin approche !

Comme d'hab, nous ne trainons pas trop au ravitaillement surtout que nous n'arrivons plus à manger, écoeurés par toutes ces soupes, gels, bananes ingurgités depuis le début de la course.

Montée raide au départ, Romain part vite mais au bout de 100 mètres je recolle.
Et succession de milliers de montées/descentes (que c'est long) pour arriver au Piton Batard où nous doublons 2 coureurs.
Nous sommes contents, ayant lu sur le road book que c'était fini pour les montées à partir de ce point !

Et bien non !
A la Réunion, il n'y a pas de descente sans montée, ni de montée sans descente.
Nous continuons les montagnes russes infernales jusqu'à arriver au ravitaillement du kiosque d'Affrouches où nous ne nous arrêtons pas.
Romain ne peut plus courir en descente et c'est en marchant rapidement que nous descendant les 3 kilomètres de routes forestière avant de reprendre le sentier.

Nous n'avons pas du tout pensé au classement et au temps pendant toute la course, mais depuis Dos d'Ane, nous y pensons ... réalisant l'exploit de rentrer dans les 30 premiers.
Et sur cette portion où Romain ne peut plus courir (mais marche quand même très rapidement, bien du 8kmh) nous n'arrêtons pas de nous retourner pour voir si une frontale d'un coureur n'apparait pas !
Romain me pousse à partir devant seul pour finir la course plus vite mais je refuse net !
C'est ensemble que nous finirons, même si cela nous coute des places et du temps !

Nous reprenons le sentier qui continue de monter et descendre ...
L'altimètre ne descend pas, et je désespère de ne pas perdre plus d'altitude.
Enfin, ça descend vraiment et nous arrivons au ravitaillement de Colorado (km145 - 28h49 - 27ème)

Nous ne prenons qu'un bout de chocolat et un verre de coca.
Les bénévoles nous rassurent en nous certifiant que maintenant ce ne sera vraiment que de la descente, mais que la 2ème partie du chemin est mauvaise.
Il nous reste encore 5 kilomètres de descente pour boucler cette magnifique Diagonale 2007.
Le genou gauche de Romain est toujours très douloureux mais nous continuons à avancer d'un bon rythme.
Le terrain d'abord facile devient comme d'habitude depuis le départ bien technique avec beaucoup de pierres.
Ca y est, nous apercevons le stade de la Redoute !
Le lever du jour nous permet enfin d'éteindre les frontales.
Il ne nous reste que 500 mètres, les bénévoles sont là pour nous encourager.
Romain se force à trottiner en effet, nous avons décidé de terminer en courant.
100m, .. 50m,.. 10m, et c'est main dans la main, que nous finissons cette magnifique et très exigeante course.
Il est 5h50 ce samedi 19 Octobre et je viens de réaliser un triple rêve :
- Terminer la diagonale des fous : 150km et 9250m D+ sur les chemins très techniques de la Réunion mais dans un cadre grandiose
- Réussir une belle performance en terminant 27ème sur 2200 partants et en moins de 30 heures
- Prendre un maximum de plaisir à courir en souffrant que très peu physiquement

Je suis sur un nuage, heureux tout simplement ... léger, soulagé, rassasié, enfin que du bonheur !


Je remercie Romain (que je vais retrouver dans le même avion de retour lundi matin) pour cette chevauchée ensemble de presque 70 kilomètres !

Christilla m'appelle, elle est hyper heureuse pour moi !
Je la remercie pour tous ses encouragements.
J'ai du mal à réaliser, je suis sur un nuage, ivre de tant de kilomètres et d'heures passées à pousser la machine...

Je rencontre Val (14ème) et Antoine (2ème) au repas très sympa et je joins Oliv91 qui est encore à Aurère mais bien déterminé à terminer.

Après une semaine, j'ai encore du mal à réaliser si cette course a été une réussite (?)
Comme si c'était impossible de réaliser la course parfaite.
Et pourtant, je ne pouvais pas rêver mieux !

Alors, je repense à toutes ces heures passées dans la montagne en étant en parfaite harmonie avec mon corps, mon esprit et la nature qui m'entourait et cela me rend HEUREUX, ... et j'ai l'espoir de pouvoir revivre aussi intensément une course si belle !

Quelques sites sur la course :
Site officiel : http://www.grandraid-reunion.com/index.asp
Vidéos 2006 : http://www.tvmountain.com/fr/sujet.asp?id_sujet=82
Vidéo 2007 : http://runraid.free.fr/grand_raid/vi...onale.2006.php
http://www.ipreunion.com/video_detail.php?PK=183
Des photos 2007 : http://m.jourdan974.free.fr/2bgal/di...um=107&stat=ok
http://www.ipreunion.com/photo_jour.php?PK=3310



__________________
Stef
http://www.skitour.fr/blog/theo73-le-stef/

5 commentaires

Commentaire de martinev posté le 27-10-2007 à 21:22:00

Respect pour cette superbe course !
Chapeau

Commentaire de zorey974 posté le 28-10-2007 à 13:38:00

Je reste admiratif devant de telles perf!
Bravo, bravo et encore bravo
Zorey974

Commentaire de Souris posté le 28-10-2007 à 21:43:00

BRAVO... quelle perf dans le top 30!!

La_Souris

Commentaire de titifb posté le 29-10-2007 à 14:35:00

BRAVO BRAVO BRAVO !
Les mots me manquent pour t'exprimer mon admiration cent bornes ! Euh, même un peu plus !
Bon repos...

Commentaire de Gibus posté le 29-10-2007 à 18:52:00

Bravo
quelle perf
un grand sourire jusqu'aux z'oreilles

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