Récit de la course : Merrell Oxygen Challenge - 75 km 2009, par carotte

L'auteur : carotte

La course : Merrell Oxygen Challenge - 75 km

Date : 21/5/2009

Lieu : Lioran (Cantal)

Affichage : 1190 vues

Distance : 75km

Objectif : Pas d'objectif

7 commentaires

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L'émerveillement aura été à la hauteur de la souffrance...


Il est 4H30 quand le réveil sonne, annoncant le début d'une grande journée. A peine le temps d'ouvrir les yeux que Benoit et moi sommes déjà en tenue, prêts à rallier le départ. Nous avons choisi un réveil tardif (un peu trop même!) histoire de récupérer un maximum des efforts de la veille. Pour ma part, les courbatures sont bien là !
Pourtant, il va falloir parcourir 75kM,  gravir plusieurs puys et 4500m de dénivelé positif et autant de négatif...

Notre fan club VTTiste se lève en pleine nuit pour nous encourager, quel courage...

5H15 nous sommes sur la ligne, frontales allumées. Le briefing, quelques photos des leaders (Seb et moi-même) et le speaker sonne le début de ce qui sera un long voyage au pays des Merveilles.

Quelques 200 coureurs s'élancent à l'assault du Plomb du Cantal (celui-là même que l'on avait gravi avec le téléphérique la veille). 700m D+ en trace quasi directe qu'il va me falloir attaquer avec grande prudence. Il faut que mes jambes s'échauffent. Je me dis que ces courbatures ont finalement du bon car elles vont m'obliger à gérer pour tenir la distance.

Je prends un rythme qui me convient parfaitement et me retrouve au milieu de la file des coureurs dont certains me félicitent pour mes résultats précédents et me complimentent (j'ai même droit à un "merci, vous embellissez le peloton!"). De quoi me mettre de bonne humeur pour le reste de la journée. Benoit est quelques mètres en dessous de moi. Flo, lui, est déjà loin devant.
Le Plomb apparait, je tape dans la main de Benj et Baptiste qui attendent au sommet. De là, le spectacle est à couper le souffle : le soleil se lève sur les volcans alentours, l'ambiance est surréaliste, on se croirait sur le toit du monde...

Une longue crête surplombant le Cantal nous mène au pas de course jusqu'au Buron de la Tuillière (cf la soupe aux yeux de boeuf cet hiver). Ici est installé le 1er ravitaillement où je décide de ne pas m'arrêter puisque mon camel est rempli. Je me sens vraiment bien mais je m'obstine à en garder sous le pied en permanence, surtout en descente. Je me remémore en permanence les objectifs fixés : "terminer et me faire plaisir".

Nous atteignons le fond de la vallée et le village de Thiézac avant d'attaquer une belle grimpette, puis arrive le second ravito. Je m'y arrête 1mn pour attraper un bout de pain et unquartier d'orange. Prochaine étape : la fameuse cascade de Faillitoux, de toute beauté. Déjà 28km et 3h55 que nous sommes partis, je n'ai pas vu le temps passer.  On nous a prévenu : pour la traverser ça glisse! Alors je choisis de passer carrément dans l'eau plutôt que sur les rochers.

C'est ici que le trail commence vraiment : l'ascension du Corpou Sauvage à 1500m. Comme son nom l'indique, ici ni l'Homme ni le temps ne semblent avoir de prise. La grande montée dans les sous bois commence à laisser des traces sur le visage de certains coureurs. Nous atteignons une crête où les genêts foisonnent, je pense à Flo qui adore leur odeur au point de se shooter en plongeant le nez dedans! Ici je me souviens avoir croisé un chamois l'année dernière, mais cette fois, rien, les êtres humains sont trop nombreux aujourd'hui ...

Pour y être déjà passé, je sais qu'une grande descente à fort pourcentage nous attend au milieu d'un pré à vache et des champs de myrtilles. (je les avais dévoré l'année dernière). Je l'attaque bien tranquillement tandis que d'autres la dévalent, trop contents de profiter enfin d'une descente. Je sais qu'ils vont le payer plus tard... Mais chacun gère à sa manière...

En bas, la chaleur se fait sentir mais je bénis le ciel, voyant que les nuages s'accrochent tant bien que mal pour me faire un peu d'ombre! La météo avait annoncé 30° aujourd'hui et pour l'instant je touche du bois. 32èkm, je profite d'un abreuvoir à vache pour plonger ma tête, mes bras, ma casquette dans l'eau fraîche, un bonheur sans nom. Je partage ce moment de délice avec un autre coureur et lui propose de rester là toute notre vie! Il est d'accord mais pris de remords, nous reprenons la route.

Arrive le 3è ravito où je vide 2 bouteilles sur ma tête et avale des quartiers d'oranges avant de repartir à l'assault du Puy Chavaroche 700mD+ plus haut. Après 7 heures de course, je sens qu'une ampoule éclate dans ma chaussure, noyant tout mon pied droit. Elle me brûle tellement que je suis obligée de m'arrêter pour gémir un coup avant de repartir... Au sommet, j'aperçois le ravito suivant, plus bas, au col de Redondet.

J'apprendrai plus tard que c'est ici que de nombreux coureurs ont été déviés n'ayant pas passé la barrière horaire fixé à 14H30 dont le malheureux Benoit. J'y passe à 13H07 (contrairement à ce qu'on annoncé certains coureurs mal léchés affirmant qu'on avait laissé passé Madame l'Ambassadrice après la barrière horaire...).

Le vent à décorner les boeufs se lève, il faut pourtant repartir sur une nouvelle crête. J'aggripe mes bâtons dans une main, ma casquette dans l'autre et essaye de tenir debout... Un coureur est en ligne de mire, je tente de le rattraper pour partager un bout de chemin avec lui mais sans succès, il faudra attendre le fameux ravito du Falgoux pour y parvenir.

Le Falgoux... L'étape fatidique dans mon périple. Voilà déjà 9h08 que je chemine. Mes jambes et le haut de mon dos commencent à sérieusement me rappeler à l'ordre. Mais mon GPS indique 61km. Alors je me dis que ce ne sont pas 14 derniers petits km qui vont me faire peur! Dans le village du Falgoux, beaucoup de spectateurs appaludissent, admiratifs. J'arrive au ravito fatiguée mais souriante et j'échange même quelques mots avec un couple qui habite Meximieux à côté de chez moi!

Sauf que la sentence tombe! Les bénévoles me claironnent que nous sommes au ... 54èkm! Je reçois l'information comme un gros coup de massue (7km d'écart .. c'est énormissime à ce niveau de la course). Ils admettent que tous les coureurs précedents ont eu la même réaction que moi et annoncent tous 61km au compteur, mais les malheureux ne peuvent rien pour nous.

Il faut bien repartir, avec un nouveau défi de taille en tête, rallier les 21km qui me séparent de l'arrivée et non 14! Ca tombe bien ...Une belle ascension nous attend jusqu'au Suc Gros (700mD+)! Là, la carotte est cuite. J'attaque la montée en mode escargot, le moral dans les chaussettes. Je fais des pauses régulières, les yeux rivés au sol, essayant de reprendre mon souffle. Mais jamais, oh grand jamais, l'idée d'abandon ne me traverse l'esprit. Et pourtant! un bénévole du staff médical en moto trial me croise et me propose de me ramener! A lire dans mes yeux incrédules, il comprend vite qu'il a dit quelque chose qu'il ne fallait pas!!

Un chemin nous conduit au Pas de Peyrol, lieu touristique du Cantal. Le contraste est saisissant et presque difficile à vivre. Les badauds sont nombreux, ils parlent forts, rient, mangent... tout ce que fait un touriste normal! Je cours 20 mètres au milieu des cars, des voitures, des gens qui me regardent avec curiosité. Je me sens oppressée presque angoissée. Le décalage est trop important. Il faut vite que je retrouve ma solitude et le silence de la montagne.

Ici, nouveau coup de massue. Le ravito est installé au pied du célèbre Puy Mary. J'arrive au moment où un coureur décide d'abandonner là après 12 heures de course, apprenant qu'il reste encore l'ascension de cet Everest qu'est devenu le Puy Mary, 9km et presque 2 heures pour atteindre le Lioran. Depuis belle lurette ma bonne humeur s'est envolée et je lui en veux de ne pas poursuivre... Les pauvres bénévoles essuient mon amertume.
Une fois encore, on me propose de rentrer en navette... Refus catégorique, jamais de la vie! Je reprends mes bâtons et entame l'ascension de l'Everest (où plutôt la muraille de Chine) marche par marche, tête baissée. Un retraité me suit un moment et me parle de sa vie. Je n'écoute plus, ma tête est ailleurs, centrée sur ce qui se passe dans mon corps et dans mon coeur.

Un bénévole du staff médical me rattrape marche à mes côtés un moment. Nous entamons la discussion malgré que ma concentration et ma conscience soient au niveau le plus bas! Il m'explique où nous allons passer et m'encourage sans cesse en me disant que j'avance encore bien pour quelqu'un qui courre depuis 12h30... Une main courante pour descendre à travers les rochers, un sentier en balcon, un col puis je bascule vers la descente qui me ramène au Fond d'Alagnon. Olivier, le bénévole, m'a abandonné pour "ramasser" un autre concurrent. 3km puis 2 puis 1km.
Il reste une petite grimpette qui me parait interminable et où je me fais passer par 2 coureurs... jusqu'à la délivrance : la Prairie des Sagnes, le Lioran...

Il est 19H30, j'aperçois Seb qui m'applaudit et d'autres têtes inconnues. Un dernier virage, puis l'arche d'arrivée où je m'écroule, épuisée, assise la tête dans les genoux. Je n'ai même pas la force de pleurer. Benj s'assoit à mes côtés. Il n'y a pas besoin de parler...  C'était dur, très dur, mais j'y suis arrivée. J'ai gagné mais surtout je suis allée au bout alors que tant d'autres ont abandonné ou se sont fait dévié (seulement 73 coureurs ont franchi la ligne d'arrivée).

3 jours, 3 victoires et surtout un beau combat contre ou plutôt avec moi-même pour boucler ces 84km et finir à la 27è place au classement scratch.
14H05 d'effort et la plus belle récompense, celle qui restera gravée dans mon esprit : celle de voir tous mes copains fiers de moi derrière la barrière après que j'ai retrouvé mes esprits : Benj, Flo, Bertrand, Seb, Coralie, Pascal, Baptiste, Julien, Benoit, Bilbo (et même Seb Chagneau)... Il n'y pas de moments plus géniaux.

 

7 commentaires

Commentaire de whitekenyan posté le 31-05-2009 à 12:59:00

Des frissons a lire ce récit .... J'ai tout à apprendre du courage dont tu as pu faire preuve lors de ce défi .... Je suis admiratif de ce que la volonté peut faire .....

Merci pour ce moment partagé !!!


BRAVO

Commentaire de claude 34 posté le 31-05-2009 à 21:44:00

Hé bin... merci pour ce cr.
Et belle force de caractère, ça aide dans ce genre de truc.
Super bravo. Mais tu parles de trois courses ?

Commentaire de GrandSteaKikour posté le 01-06-2009 à 09:42:00

aux tentateurs à l'abandon d'une carotte cuite : c'est rapé !!

qui a dit qu'une course ne se gagnait pas au mental ???

bravo pour ta course et merci pour ton vibrant récit.

Commentaire de GrandSteaKikour posté le 01-06-2009 à 09:45:00

aux tentateurs à l'abandon d'une carotte cuite : c'est rapé !!

qui a dit qu'une course ne se gagnait pas au mental ???

bravo pour ta course et merci pour ton vibrant récit.

Commentaire de canard49 posté le 01-06-2009 à 13:58:00

Il est vraiment bien fait ton récit, tout y est ! Félicitations pour cette superbe performance et pour avoir surmonté à plusieurs reprises les "coups de massue" (7km de plus dans ces conditions, c'est prodigieux). Profite bien et récupère bien.
Alexandre

Commentaire de le_kéké posté le 02-06-2009 à 14:16:00

Très beau récit carotte, une vrai leçon de courage, qui va au bout malgré les nombreux tentateurs.
J'ai beaucoup aimé ...

Commentaire de Jay posté le 08-06-2009 à 17:04:00

beau récit plein de courage et de force de caractère ... belle course et belle leçon ...

Depuis le temps que je me demandais quel etait le cri de la carotte ... grace à toi je crois savoir à quoi cela ressemble ... :
" ... Elle me brûle tellement que je suis obligée de m'arrêter pour gémir un coup avant de repartir..."
J'en ai mal au pied rien qu'en le relisant.

Txo,
Jérôme

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