Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2013, par poulo

L'auteur : poulo

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 17/10/2013

Lieu : St Philippe (Réunion)

Affichage : 1378 vues

Distance : 168.5km

Matos : Quasiment tout Salomon, je kiffe!! ;-)

Objectif : Terminer

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Ma Diagonale de Ouf

Le récit avec les photos sur mon blog : Bruno Poulenard

J’ai Survécu !!!

Il y a 11 ans, lors de mon voyage de noce sur l’Ile de La Réunion, j’avais été fasciné par ces Fous qui venaient de traverser l’Ile de part en part. Je m’étais dit dans mes rêves les plus Fous, un jour…

Et voilà, Octobre 2013, cette fois ci, c’est mon tour !! Des années, des mois de préparation, pour en arriver à ce jour là, à l’aube d’une aventure, ma croisade, la conquête de ce que je classe comme un aboutissement sportif, le Saint Graal du trail à mes yeux.

Et c’est pour cela qu’une sensation bizarre de stress jamais ressentie jusqu’à présent m’envahi dans l’après midi, le genre de boule au ventre que je ne sais pas attribuer à une émotion, c’est de l’impatience ou de la peur ? Je dirais quand même plus de la peur. La hauteur du défi n’y est pas étranger : 170km et 9980m de D+ à parcourir entre St Pierre au Sud et St Denis au nord mais surtout un environnement qui m’est complètement inconnu en course puisque l’on est sous les Tropiques et que les variations  de température sont importantes comme les changements d’altitude sur cette Ile ou l’on passe facilement du littoral à la montagne en quelques km.

J’ai pris mes quartiers avec ma petite famille au Tropic Appart Hotel de St Gilles l’Hermitage, au bord du lagon qui je dois le dire est vraiment très agréable avec sa multitude de poissons colorés.

Après avoir pris du bon temps depuis le début de semaine, ce jeudi 17 Octobre, c’est enfin le grand jour !

Avec Jean Philippe et Franck, nous sommes 3 raideurs à venir d’Elancourt et en prenant mon dernier repas avec JP en fin d’après midi, je me remémore toute cette année de préparation depuis l’inscription mouvementée, les séances de montée de la colline de La Revanche, jusqu'à ma participation à la CCC seulement 6 semaines avant cet ultime rendez vous.

Il est temps de se rendre au point de rdv pour le ramassage des bus. Nous nous y rendons en famille avec tout notre barda pour les 2 voire 3 prochains jours à venir. On a chacun deux sacs de change que l’organisation acheminera sur Cilaos et la Possession. L’assistance et le suivi ne sera pas si simple qu’à Chamonix, et le fait de pouvoir retrouver des affaires propres sur le parcours sera sans doute un plus.

Prévu à 19h05’, Il aura fallu attendre 40’ pour voir arriver le bus. Un peu plus de stress ajouté au précédent, on est plus à cela près ! En montant dans le bus, Noah le fils de JP lui fait un dernier bisou, un gars lui dit ensuite : « un dernier bisou avant l’enfer !! », pas de quoi nous rassurer !!

Il nous faudra environ 1h30 de ramassage « scolaire » dans les autres bourgades réunionnaises avant d’arriver à St Pierre Ravine Blanche, lieu de départ. La chaleur de St Gilles a laissé place à une petite fraicheur alimentée par un vent soutenu et quelques gouttes, on est dans le Sud, habituellement plus agité.

Il y a une foule impressionnante, des coureurs forcément mais aussi et surtout des spectateurs, c’est énorme !

On transmet nos sacs de change pour l’acheminement aux bases vie, puis contrôle des sacs pour vérifier le matériel obligatoire afin de pouvoir rentrer dans le sas de départ. On a le droit à un petit encas, une bonne idée pour contrôler la glycémie d’avant course.

Une grande scène a été installée avec un studio de production qui diffuse en direct sur Réunion 1ére. Les interviews des champions présents se succèdent entre les morceaux d’un groupe de séga réunionnais, y’a de l’ambiance !

Nos femmes et enfants nous rejoignent dans le paddock, pour la dernière heure d’attente.

Après une intervention du ministre de l’Outre Mer, il est temps de rejoindre la ligne de départ sur le front de mer, l’excitation monte dans la foule, tout le monde se précipite, les coureurs veulent se placer au plus près de l’arche et les spectateurs se massent le long des balustrades. Avec JP, on se retrouve au milieu du peloton. Je m’apprête à sortir ma caméra de mon sac lorsque que la star de l’épreuve, celle que tout le monde cherche et admire, Kilian, fend la foule et passe juste à côté de nous, caché derrière le team Salomon Réunion. Il y a aussi François d’Haene et Emelie Forsberg. Dommage, j’aurais pu avoir un rush sympa ! En tout cas, on en profite pour se glisser derrière eux et se rapprocher un peu de la ligne.

A 23h, c’est enfin le départ, nous sommes précisément 1908 raideurs à prétendre vouloir fouler le stade d’arrivée de La Redoute à St Denis. Après une dernière accolade d’encouragement avec JP, je passe la ligne en 1270éme position et entame la course dans la ferveur des 30 000 spectateurs massés sur les 5kms de bord de mer et du feu d’artifice tiré de la plage. Je n’ai jamais vu pareil ambiance et autant de monde dans une autre course. Il y a par moment 2 rangs de spectateurs derrière les barrières. Quel plaisir, toute la Réunion pousse derrière les coureurs du Grand Raid, c’est exceptionnel !

Après avoir emmagasiné un maximum d’ondes positives, on arrive à la sortie de la ville, et on plonge dans la nuit noire et les champs de canne à sucre, j’allume ma frontale. Les cannes à sucre sont hautes et dressent de véritable murs naturel, c’est étonnant.

En prenant un peu d’altitude, j’ai l’impression de me revoir à la SaintéLyon dans ce long serpent de lucioles, c’est trop beau !

J’ai rangé dans le sac la GoPro pour la nuit (après coup, je regrette un peu de ne pas avoir filmé, car avec la frontale, y’avait moyen de voir pas trop mal quand même !!!)

Bassin Plat : Déjà 6km de parcouru, je passe en 665éme position. Les premières pentes se précisent, toujours dans la canne à sucre mais c’est surtout la boue de ces chemins qui complique la tache. Elle se colle aux semelles comme de la glaise et modifie les appuis au sol. Ca me provoque le retour d’une douleur sous les orteils des doigts de pieds, pas cool du tout et pas moyen de s’en débarrasser !! Mes Salomon XT Wings se sont transformées en Hoka sans l’amorti et avec 400gr de plus sous chaque semelle !!

Lorsque nous sortons enfin de ces chemins, on retrouve le bitume et c’est à celui qui usera le plus vite ses chaussures, en les faisant trainer par terre à la manière d’un fondeur de ski de fond, la route devient marron de boue !

Domaine Vidot : 14km, 606éme, il y a énormément de monde et même une haie d’honneur à l’entrée de la salle polyvalente. Je progresse doucement mais surement si bien qu’à ce ravito, je décide de commencer à me remettre de la crème protectrice aux pieds  car les chaussettes ont déjà un peu tourné dans les chaussures et je préfère prévenir que guérir,  la route sera encore longue. Je mange une mini banane, avale un verre de coca et repars aussi sec.  Les sensations ne sont à ce moment là pas des meilleures !

Il fait humide, commence à faire un peu froid et le chemin dans les bois façon Hula Oops en file indienne ne me plait guère. Il faudra même patienter un bon quart d’heure à un endroit, bloqué dans le bouchon pour passer une descente accrochée aux branches d’arbres. Certains plus téméraires tentent des dépassements mais se retrouvent vite au sol ! Moi, j’ai mal au bide !!

Soit y’a un truc que je digère mal, soit je suis en train de choper froid !! Aie aie, j’aime pas ça du tout et j’enfile ma veste même si c’est peut être déjà trop tard, il vaut mieux avoir un peu plus chaud que froid…Le doute s’installe !!

            Forêt Mont Vert les Hauts : 24km, 488éme et déjà 4h de course. On est maintenant à 1500m d’altitude et plus on monte, plus le froid renforcé par le vent et l’humidité se fait sentir.

On est dans les nuages, le peloton se dissipe dans ces nappes de brouillard et on ne distingue par moment que des ombres. De mon côté, ça ne va toujours pas super et je décide de faire une pause purge en sortant du sentier pour trouver un petit coin tranquille, heureusement comme dans toute bonne forêt tropicale, on trouve des plantes aux larges feuilles, c’est parfait !! J’espère que ce ne sera pas le début d’une longue et mauvaise série !

            Piton Sec : 35km, 447éme, le ciel commence à s’éclaircir doucement, on est maintenant au dessus des nuages et le jour pointe le bout de son nez. Tant mieux, j’ai hâte d’avoir un peu plus de luminosité car le froid est bien présent, j’ai limite l’onglet au doigt et je regrette de ne pas avoir mis mes gants de soie dans le sac ! On monte toujours et le Textor ne devrait plus être très loin. Je profite d’un passage le long de la Vallée de la Rivière des Remparts pour faire un petite pause vidéo, c’est trop trop trop beau, y’a pas de mots !!

            Piton Textor : 40km, 422éme. Après un petit bout sur la route du volcan, et une superbe vue sur les massifs baignés par la lumière du soleil levant, on arrive à 2165m au niveau du ravito marquant le sommet du Textor. Je m’octroie une nouvelle pause crémage de pied, associée à une soupe aux vermicelles pour réchauffer un peu les mimines.  J’ai trouvé un petit coin sous la tente à l’abri du petit vent frais.  Il y a beaucoup de monde sur ce ravito et l’ambiance est au top !

Côté ventre, ça va mieux, réchauffé par les premiers rayons de soleil, le moral remonte au beau fixe. Je range le superflu d’équipement utile la nuit et après un bon quart d’heure d’arrêt, je me lance à présent dans la descente vers la Plaine des Cafres.

Une descente assez technique avec un long passage entre les clôtures des nombreux prés à vache du coin. Il ne faut pas trébucher sous peine de s’empaler dans les barbelés. On arrive ensuite sur une partie bitumée assez monotone, obligeant à dérouler un peu, pas évident lorsque l’on approche les 50km de course ! Ca commence à tirer un peu musculairement. Heureusement, les gens toujours aussi nombreux sur le bord de route font oublier ces petites douleurs. Beaucoup d’accompagnateurs improvisent de mini-ravitos en installant au bord de la route des tables à pique-nique. Ca fait ambiance Tour de France !

            Mare à Boue : 50km, 408éme, On arrive au pied de la montée vers le Cirque de Cilaos, le fameux sentier de Mare à Boue dans la forêt de Bébour, réputée très très boueux. Pourtant cette année, on a de la chance, c’est la sécheresse sur l’Ile depuis plusieurs mois et du coup ce chemin n’est que poussière !! Ce qui ne veut pas dire facile pour autant car les rochers et racines sont légion. Par endroit, des branches ont même été disposées en travers sur le sentier, sans doute pour éviter que celui ci ne se détériore trop quand les pluies sont importantes. J’ai l’impression d’avoir une bonne vitesse ascensionnelle, les jambes répondent bien quant j’appuie et du coup je reprends quelques coureurs qui au contraire semblent accuser le coup.

Après 10km d’ascension, j’arrive enfin sur le sommet à quelques encablures du Piton des neiges qui nous surplombe. De magnifiques paysages dans une nature luxuriante, j’en prends plein les yeux et ce n’est pas fini !!

            Coteau Kerveguen : Il est temps de plonger dans le cirque de Cilaos par la descente la plus technique qui soit, un enfer pour les genoux, ça cogne dans les marches ou lorsque l’on saute de pierre en pierre, c’est une horreur et pour couronner le tout, les racines sont hyper glissantes, ce qui me vaut de belle figures artistique par moment. Certains passages ont même été équipés d’échelle hyper raide où l’on a à peine la place de poser les pieds. La vigilance doit être de mise pour ne pas partir à la faute car elle serait fatale vu le vide sur le bas-côté. Heureusement par moment, de belles trouées entre les fougères arborescentes et autres plantes tropicales laissent entrevoir un superbe panorama sur tout le cirque de Cilaos. Ca me permet de faire de petites pauses pour profiter et filmer ces moments uniques !! Je me retrouve avec un autre coureur à faire des plans alors que d’autres ont la tête dans le guidon, On se dit tous les deux que c’est vraiment dommage de participer à cette course et ne pas s’arrêter admirer la nature dans toute sa splendeur !

Mare à Joseph : 61km, 397éme. Arrivé au pied de cette descente, un petit ravito nous permet de faire le plein d’eau, la chaleur se fait sentir et ça fait du bien aussi de se faire un petit coca ! Je repars tranquillement en marchant pour rallier le stade de Cilaos et passe un coup de fil à Virginie pour l’informer de ma progression. Ça fait toujours du bien moralement de reconnecter avec le monde « extérieur », et la multitude de SMS et appel que j’ai pu recevoir m’a aidé à rester motivé tout au long de cette aventure.

            Cilaos : 65km, 381éme. J’arrive au stade après avoir traversé une petite rivière, toujours autant de spectateurs, mais quelle ambiance !! Je suis alpagué par les jeunes kinés qui me demandent si j’ai besoin d’un check-up ?! Quelle bonne idée, si on me prend par les sentiments ! Une vingtaine de min de pur bonheur, allongé sur une table, un kiné pour chaque jambe, et l’envie de me laisser aller à une petite sieste…

Je récupère mon sac de change et je vois qu’il est possible de prendre une douche, allez hop c’est parti, ça va faire le plus grand bien de se débarrasser de ce mélange de poussière et de sueur. Par contre, on n’est pas à l’hôtel, faut pas exagérer, l’eau est glacée !!! Mais tellement revitalisante, ça fait un bien fou après le massage.

Changement de tenue, de chaussette, de batterie de la GoPro, de pile pour la frontale, comme ça s’est fait… Je me sens frais comme un gardon !! Reste plus qu’à faire le plein énergétique à la « cantine ».

J’ai le droit à un carri poulet, top ! J’avais prévu aussi un gâteau de riz dans mon sac de change pour le dessert. J’en profite pour recharger mon CamelBag. J’étais parti au départ avec 1,5l de boisson énergétique ISO+ de Décathlon, mais ensuite je n’ai fait que remplir à l’eau plate, en prenant simplement du coca en complément sur les ravitos. Mais pour réhydrater correctement et rééquilibrer les pertes en sel, j’ai prévu dans mes deux sacs de change des dosettes de Sodium made in Isostar pour ma poche à eau et des comprimés GU electrolyte à dissoudre dans mes soft flask. Pour contrer la détérioration des fibres musculaires et améliorer la résistance, j’ai pris 2 gélules de BCAA de chez STC nutrition. Efficace ou pas ?? En tout cas, aucune crampe à déplorer, je me suis senti musculairement au top pendant 2 jours.

Après 1h15 de pause reconstructrice, je repars motiver à l’assaut du col du Taibit, point de liaison entre Le cirque de Cilaos et le cirque de Mafate. Cela promet un beau spectacle visuel !

Deux gars du team EDF Réunion me précèdent dans les rues de Cilaos, et je laisse mon regard flâner sur les jolies maisons créoles de ce cirque. Ils ont la chance d’avoir leur propre assistance avec tente EDF et pas mal d’accompagnateurs sur chacun des gros ravitos, un luxe ! De plus ils sont tous équipés de tenues personnalisées par Compressport, sympa y’a pire ! Et justement, lorsque une femme de l’assistance Compressport leurs proposent un brassard pour s’éponger, je saute sur l’occasion et lui demande en rigolant et avec un brin de culot si je ne peux pas en avoir un aussi !! Bien sûr me dit elle et hop je récupère le mien ! Merci Compressport !! La bonne surprise, c’est qu’il est personnalisé Diagonale des Fous 2013 avec le profil de l’épreuve brodé, un joli cadeau souvenir !!!

C’est parti pour l’attaque du Taibit, quelques lacets avant d’arriver à un premier ravito, histoire de prendre le maximum de force avant d’aller braver le cirque de Mafate.

            Pied du Taibit : 70km, 418éme. J’ai rétrogradé au classement du fait de ma longue pause à Cilaos. Pas grave, l’important depuis le départ, c’est d’aller à La Redoute et non pas de chercher une quelconque performance de place ou de temps…

Je me désaltère et me lance dans la série de marche entamant cette deuxième partie, la plus longue. La difficulté impose un effort soutenu. Je poursuis à distance un « randonneur accompagnant » et ça me tire vers l’avant, il a un bon rythme et moi aussi du coup, je rattrape bon nombre de raideurs. La montée me parait très longue et lorsqu’au détour d’un virage, un petit ravito improvisé se dresse sous des toiles de tente, je m’arrête bien volontiers pour déguster un thé soit disant énergisant et dont je veux bien en tirer tout l’avantage ! Je charge en sucre, ça ne peut pas faire de mal. On est cinq-six à être là assis sur un banc à profiter de ce pur moment d’échange avec ces gens exquis qui nous apportent tout leur soutien.

Bon il ne faut pas non plus s’endormir, j’aimerais bien passer le sommet avant la nuit !!

Malheureusement, ce n’est pas la nuit qui m’attend au sommet du Taibit mais les nuages, quel dommage !!

Je me faisais une joie de pouvoir contempler sur cette crête une vue imprenable sur Mafate et Cilaos, que neni ! Malgré une éclaircie, rien à voir, tant pis, ce sera pour une prochaine fois !

Je ne m’apitoie pas plus sur mon sort et plonge dans la descente ou plutôt les escaliers vers Marla. Ces marches sont une constante depuis le départ et sont extrêmement traumatisantes à la longue, me provoquant des pointes sous la rotule. Les tendons commencent à bien morfler!

Il faut dire que je n’ai pas vraiment l’habitude de les solliciter autant, se faire 10000 marches de step dans la journée n’est pas tout à fait commun par chez nous…Encore si elles étaient normées, mais là un coup elles font 30cm de haut, un autre coup c’est 70, appelez-moi l’architecte et le maçon !!!

Bref, Marla est en vue, j’ai l’impression d’arriver sur une autre planète, pas de route, pas de voiture, quelques maisons çà et là, ça respire le calme et la tranquillité. Le cirque de Mafate a cette particularité de n’être accessible qu’à pied ou par hélicoptère… Un vrai havre de paix pour qui recherche un peu de quiétude. C’est zen !

Marla : 80km, 357éme. Je me remets à table, et prends une bonne ration de riz avec du poulet grillé. Je fais la connaissance à ma table de deux coureurs avec qui on discute des prochains km à venir et de la stratégie à adopter quant au fait de faire une pause dodo ou pas. Ils repartent ensemble avant moi, j’ai encore le plein à faire et  je décide d’attaquer le café pour me garder bien éveillé. Mon GPS donne des signes de faiblesse, 17h de course, l’autonomie reste homogène avec la CCC  où elle avait tenue le même temps. Je prépare donc ma batterie autonome PowerMonkey que je n’ai encore jamais utilisée mais qui s’avérera finalement très facile d’utilisation et en 1h, ma Garmin aura retrouvée pleine puissance, c’est nickel et ça me permettra d’avoir une trace complète !!!

Je reprends alors tranquillement mon chemin vers Ilet à Bourse.

Depuis Cilaos, les sensations sont vraiment extras, j’avale les difficultés avec aisance et je m’éclate dans les parties techniques, c’est du pur plaisir !

Je monte le col de Fourche puis le col des Bœufs à toute berzingue et remonte toujours pas mal de coureurs, on sent que la fatigue se fait bien sentir chez certains. La luminosité commence à faiblir aidée par le brouillard bien présent par endroit. En redescendant du col des Bœufs, je rejoins mes 2 camarades rencontrés sur Marla et décide de les accompagner dans la descente du sentier Scout.

            Sentier Scout : 90km, 301éme.

Encore une fois, je suis déçu de ne pas pouvoir faire ce chemin de jour car ce sentier Scout est très difficile techniquement avec des passages sur crête et des lignes de vie lorsque le ravin est proche. Visuellement, ça aurait pu faire de magnifiques images avec la GoPro, tant pis!!

La nuit tombe maintenant franchement et on forme un autobus de 6-7 coureurs pour continuer la descente, c’est plus rassurant à plusieurs. La vitesse est très lente, on ne prend aucun risque avec ces nombreux précipices.

Je redoute un peu cette nouvelle nuit, elle risque d’être déterminante pour la suite de l’aventure. Je n’ai jamais fait plus d’une nuit blanche et je me demande combien de temps je vais être capable de rester éveillé ?! En attendant, la fatigue ne se fait pas sentir pour le moment et je compte bien continuer tant que je serais lucide.

            Ilet à Bourse : 98km, 301éme. J’ai pris un peu d’avance sur mes comparses car je sentais que le rythme était trop lent et risquais de m’endormir à la longue. Je ne m’attarde pas trop sur ce ravito, un café, puis je repars direction Grand Place.

Je reprends mon allure assez soutenue et arrive vite à ce nouveau point de ravitaillement.

            Grand Place : 103km, 280éme.

Je rentre maintenant dans un nouveau monde, le monde de l’Ultra, inconnu pour moi, c’est parti pour l’aventure !!

Cette fois je profite de consulter les kinés pour mes genoux qui sont toujours douloureux dans les descentes. La kiné me dit que c’est les tendons qui s’enflamment un peu, et me fait deux beaux  strapping. J’ai l’air maintenant d’un grand blessé. En tout cas ça me soulagera grandement !

Place à la bouffe, coquillette, une tasse de café. 45min de pause au total.

Un gros morceau m’attend, la montée vers le Maido pour sortir du cirque de Mafate.

La kiné m’à dit qu’il fallait encore 4h jusqu'à Roche Plate et 6h pour le Maido, gloups !! Il n’y a que 12km à faire…mais 2000m de D+, ça va piquer !

Pas de temps à perdre, je repars. Virginie me passe un petit coup de fil pour prendre des nouvelles et me raconter sa journée avec les filles, ça fait du bien, elle va aller se coucher pour la deuxième fois et moi je suis toujours en train de crapahuter, c’est dingo !!

Je croise bon nombre de coureurs couchés dans les bas côtés sous leur couverture de survie, c’est assez hallucinant. Certains sont même juste assis, la tête sur les genoux. Moi ça va toujours, j’ai pas mal de patate et je me suis mis dans le mode PacMan, je bouffe un à un les concurrents, ça m’occupe l’esprit dans cette nuit de pleine lune. Les nuages se sont maintenant résorbés et on verrait presque comme en plein jour ! On voit parfaitement les reliefs des remparts du cirque et même de nuit, c’est grandiose !

Côté température, il fait relativement doux et après avoir hésité à renfiler ma veste, je continue ma progression juste en Tee-shirt, ça évite de trop transpirer et se déshydrater.

            Roche Plate : 110km, 249éme

Après un peu plus de 3h, j’arrive au premier palier de Roche Plate, y’a que des morts, des gars allongés partout, certains assis transis de froid essayant de se réchauffer avec une soupe, moi j’ai chaud, bizarre !! Je suis en pleine bourre !  Ca sent la sinistrose ici, il ne faut pas que je m’attarde!! Je bois un café accompagné de petits sandwichs saucisson et pâté pour changer des pates. Remplissage des flasks, toujours à l’eau, il ne faut pas changer les bonnes habitudes.

Et c’est reparti, je tiens bien le choc, toujours pas de gros signe de fatigue, ça m’arrive de bailler par moment mais j’ai les idées claires.

C’est le dernier tronçon vers le Maido et la sortie de Mafate. Le sentier est bien pentu et très difficile, la progression est ultra lente et en levant la tête, je vois les lucioles très haut dans la montagne, je me rappelle des récits de coureurs qui confondaient les frontales avec les étoiles par moment, et ben ça pourrait être ça dans mon cas laissant entrevoir une longue, très longue ascension. En regardant derrière moi, de l’autre côté du Cirque, je vois aussi un cordon de frontale descendant de Grand Place vers Roche Plate, ça me parait bien loin maintenant et ils ne savent pas encore ce qui les attends !

Soudain un bruit sourd dans mon casque, c’est un ébouli, whaou, ça fait froid dans le dos, on entend les roches se fracasser dans la vallée dans un vacarme impressionnant, j’espère que personne n’était dessous, ça réveille bien en tout cas et je me mets à flipper en regardant au dessus de ma tête !!

J’arrive à un passage sécurisé par des bénévoles, le chemin ne fait pas plus de 1m de large, à gauche un câble accroché sur la paroi, à droite le vide sur plusieurs centaines de mètre…Faut avoir le cœur bien accroché ! Si quelqu’un ne tient plus à la vie, c’est ici que ça se passe !

Les derniers lacets avant d’en terminer, la fin est proche mais c’est toujours aussi dur. Enfin en haut, le vent est assez fort et froid, on était bien à l’abri le long du rempart. J’enfile vite fait ma veste que j’ai laissé à portée de main dans le filet de mon sac Hydro SLAB 12l, un vrai petit bijou ce sac !! Encore 2-3km sur la crête avant d’arriver au ravito du Maido.

Maido tête dur : 115km, 193éme. Là ça caille bien, même à l’abri de la tente de ravito, y’a du vent dans les voiles. Un café, je ne m’attarde pas, le refroidissement guette et sournois comme il est, il pourrait vite me mettre KO.

Il y a maintenant 12km de descente pour regagner le littoral et je fais la connaissance d’un raideur venant de l’Essonne, du club de Triathlon de Palaiseau, super sympa, on se tape la discussion et le temps passe plus vite. Plusieurs autres coureurs se raccrochent au wagon, la progression est alors plus cool et somme toute assez rapide. A cette allure-là, je vais être à la Redoute dans la matinée (je ne savais pas encore ce qui m’attendait !!) On croise encore des gars dans les bas-côtés et dans les bras de Morphée.

Les 4 derniers km sont éprouvants et interminables, la pente est douce mais toujours aussi traumatisante pour les genoux dont les douleurs commencent à réapparaitre. J’ai hâte d’arriver à Sans Souci maintenant. En plus des genoux, les pieds ont gonflés et deviennent de plus en plus douloureux, et une tendinite au releveur au niveau de la cheville fait son apparition, le corps commence à montrer ses limites…

Enfin Sans Souci, j’en peux plus et ait laissé filer le groupe dans lequel j’étais et qui a explosé, je ne suis pas le seul à souffrir !

            Sans Souci : 130km, 158éme. Une petite douceur nous attend, des crêpes !! hummm trop bon, fraise, abricot, sucre, ça fait un bien fou pour les papilles qui n’ont pas été trop gâté jusqu’à présent niveau saveur !

Je me refais une séance crémage de pied pour limiter les frottements, pas de grosses ampoules mais je ferais quand même un passage au podologue lors du prochain point de passage au stade de Halte Là.

Une dernière petite crêpe pour la route et ça repart, je prendrais plus de temps au stade dans 4km.

Avant cela, il faut traverser la Rivière des Galets, un couloir très large à sec mais portant bien son nom avec ses galets partout. Passage pas super intéressant mais on ne peut pas toujours faire que du petit sentier!

J’arrive à Possession, au Stade Halte Là, il est 6h30 et les rayons du soleil commencent à flirter avec les sommets, la température n’est pas encore torride. Le stade est quasi vide, hormis les bénévoles, soigneurs, kinés, podologues, en même temps, c’est normal, il n’y a plus tant de monde que ça devant moi.

            Possession Stade Halte Là : 135km, 155éme.

Je récupère mon deuxième sac de change, passe la troisième tenue que j’avais prévu pour le final et file à la kiné pour me faire masser les quadris et re-strapper les genoux. Ensuite, je change de table et confie mes pieds aux podologues. Juste 2 petites ampoules, mes pieds sont propres me dit on !!

Je vais ensuite me restaurer et en discutant avec un autre coureur de ce qu’il nous reste à parcourir, je lui dit que l’on a fait le plus dur et que vu le profil, ça devrait être plus facile et plus rapide maintenant jusqu’à l’arrivée. Il sort alors son parcours détaillé, compte, et  me dis : « Ben il reste encore 1700m de D+, ce n’est pas fini !! »  Gloups, je ravale ma salive, le profil de l’épreuve étant fortement trompeur, j’ai eu la mauvaise idée de penser que ce serait plus simple en bord de littoral. Ça m’entame bien le moral à ce moment-là. Je refais le plein de mes réserves et repars après 1h30 d’arrêt en direction du Chemin Ratineau. Le soleil cogne dur maintenant et tout en avançant je me pommade de crème solaire pour ne pas rôtir comme un poulet.

J’appelle Virginie, elle est déjà en route pour venir me voir à Possession école, elle a vu en se réveillant que j’étais déjà sur le littoral et du coup se hâte pensant que je serais rapidement à ce ravito.

            Chemin Ratineau : 139km, 186éme

Je le pensais aussi mais pourtant il me faudra presque 3h pour faire ce bout de 13km ! Interminable ! Ce chemin est semé d’embuche, surtout dans les descentes où il faut s’agripper aux branches pour ne pas glisser.

En cours de route, je rejoins un raideur dont la silhouette ne m’est pas étrangère, il s’agit d’un coureur réunionnais que j’avais déjà rencontré en 2012 sur le parcours de la 6000D, on avait fait les 5 derniers km ensemble, trop rigolo !! Il m’explique à son tour que la fin du parcours va être long, très long et que ça ne va pas être une partie de plaisir, surtout avec la chaleur qui va s’intensifier.

Je reprends l’avantage dans une montée, là où ça va encore bien pour moi, je monte comme un cabri !! Par contre dans les descentes, ce n’est pas la même histoire, je suis en souffrance, les doigts de pieds au bout des chaussures, ça tape, ça cogne aussi dans les genoux et j’ai un point sur le côté du fessier, au niveau de la hanche qui commence à m’embêter.

On retombe alors en bord de mer et la chaleur devient vraiment plombante, je bois beaucoup plus que depuis le début de la course, ça serait dommage de se faire une déshydratation maintenant.

            Possession école : 148km, 186éme

J’arrive enfin aux abords de l’école de la Possession, Virginie et les filles sont venues à ma rencontre, je ne les avais pas revue depuis le départ soit 36h.

Je me traine lamentablement et commence à fortement accuser le coup, la fatigue physique et mentale, la chaleur, les douleurs, ça devient vraiment dur et il est temps que cela se termine !! Malheureusement, il reste encore 20km… C’est dans c’est moment-là que la tête prend l’avantage et qu’elle permet au corps d’avancer encore et toujours.

Ça va être plus long qu’imaginé au petit matin, il est 10h40 et je ne pense arriver maintenant qu’en fin d’après-midi à La Redoute.

Après une pause soutenue et un remplissage des réservoirs, je reprends la direction du passage redouté de tous, le fameux chemin des Anglais. Les filles m’accompagnent un peu le long de la Route Nationale, je ne réfléchis plus, la gestuelle s’automatise et je suis seul dans ma tête, seul face à moi-même, il faut que je m’accroche encore un peu…

Le pied du Chemin des Anglais me fait face à présent, c’est parti pour l’éclate totale, environ 5km de grosses dalles volcaniques complètement difformes et tantôt à peu près rangées et alignées, tantôt complètement disjointes et explosées. Autant dire que l’allure est proche de 0. On ne sait jamais comment poser les pieds, c’est horrible et très déstabilisant, on est en équilibre perpétuel !!

A chaque virage, j’espère voir la fin de ce supplice mais non. Le chemin est en plein soleil, aucune zone d’ombre pour respirer et les dalles noires brulent les semelles, la chaleur est accablante !

Je me fais alors violence et m’accroche à un coureur réunionnais qui met encore du rythme dans ses pas, pour que ce mauvais moment passe plus vite. Au bout d’un moment qui m’a paru une éternité, je lui demande si c’est encore long. Il me répond : « environ 45min à 1h si on continue sur ce rythme » Arfffff !!, deuxième coup de massue !!

Je n’ose plus regarder devant, ni mon GPS, ça n’avance pas assez vite, j’ai le regard accroché à ses chaussures. Enfin, la descente sur Grande Chaloupe, là aussi un grand moment de solitude. Les pierres ou dalles comme vous voulez sont sans dessus dessous. Je m’arrête, déconcerté devant un tel chantier, c’est un vrai calvaire dans ces derniers mètres !

            Grande Chaloupe : 155km, 200éme

Un bénévole arrose les casquettes pour refroidir le moteur, la mienne est imperméabilisée et du coup l’eau déperle sur les bords, elle me revient aussi sèche, la loose totale!!

En remplissant mes bidons, je demande comment est le prochain tronçon jusqu’au Colorado et elle me dit que c’est la même chose que le chemin des Anglais mais en plus plat et sur 9 km !! Bim, allez prends toi ça dans les dents !! Là c’est trop, j’ai des soupapes qui lâchent, comment je vais faire, c’est de la folie !!

Un panneau à la sortie du ravito donne les temps de parcours : 3h pour les rapides, 5h pour les plus lents !!

Je repars démoralisé et en trainant des pieds. Je me retrouve à nouveau face à cette nouvelle pente amorçant le chemin des Anglais deuxième portion. Les premiers virages sont extrêmement pentus, toujours avec ces satanées pierres mais en prenant de l’altitude, le chemin est moins perturbé que la section précédente, mieux, il y a même des couloirs sur les côtés où les dalles font défauts. Ouf !, ça facilite grandement l’avancée et finalement au bout de 2-3km, on sort de cet enfer et on atterrit sur la route, quel soulagement ! J’ai dù mal comprendre les explications de la bénévole, manque de lucidité ! Tant mieux !

J’ai trouvé la compagnie d’un réunionnais (que tous les gens croisés appellent Moustache, presque le même que le nôtre mais en créole !!) toujours aussi sympathique les uns que les autres. En le rattrapant, il m’interpelle et me dit avec son accent créole (trop drôle !) : « T’en as pas marre de me dépasser, tu vas où comme ça ??!! » Effectivement, ça fait un paquet de km qu’on se tourne autour, je le double, il me repasse pendant mes arrêts ravito et ainsi de suite… Je décide du coup de rester avec lui, on se tient compagnie et on discute de tout et de rien, un bon moment d’échange !!

En passant dans la bourgade de St Bernard, il me montre là-haut dans les hauteurs l’endroit où il faut encore grimper pour atteindre le ravito de Colorado, ben on y est pas encore !!

Après un dernier effort, assez violent d’ailleurs, (mais les montées passent toujours aussi bien dans les cuisses), on arrive enfin au terme du D+, et je me laisse glisser tout doucement vers Colorado.

            Colorado : 164km, 191éme

Un bénévole nous donne nos places au classement, je suis surpris car je me voyais bien plus loin vu le nombre de gars qui m’ont dépassés dans les derniers km.

Il reste 4km de descente avant la Redoute. Mo me passe un petit coup de fil, elle me dit qu’il y a du monde qui me pousse derrière, ça fait du bien, tout comme les dizaines de SMS et autres coup de fils que j’ai pu recevoir tout au long de l’épreuve. Ca me booste pour en finir au plus vite. Le plaisir n’y est plus, un peu gâché par ces douleurs dans les pieds. J’ai l’impression d’avoir les doigts de pieds au bout des chaussures.

Encore un peu plus d’1h et ce sera la délivrance. Chaque pas dans la descente est une souffrance et j’essaie d’amortir au maximum tous les chocs. Cette dernière partie est encore très technique avec beaucoup de rochers et de marches. Je n’ai qu’une hâte, c’est de voir et dominer le stade de La Redoute. Je suis péniblement deux accompagnateurs qui descendent aussi et qui à plusieurs reprises m’encouragent et me demandent si je veux passer devant mais non leur allure me convient mieux !!

Ca y est, j’aperçois la fin de la descente, on y est !!

Virginie et les filles m’attendent en bas du sentier. Elles vont pouvoir m’accompagner jusqu’au stade, il y a énormément de monde, on m’encourage, c’est énorme et pourtant j’ai du mal à me lâcher, à me rendre compte de ce qui se passe, à exprimer mes émotions, j’en n’ai plus !! Je crois que là, je n’ai plus vraiment la lucidité et mon cerveau n’arrive pas à décrocher de ce rappel du corps qui dit qu’il est temps de mettre un terme aux souffrances et aux douleurs que je ressens aux pieds. Je veux que cela s’arrête !

Cet état de fait du coup me gâche en partie la joie que je me faisais d’être à l’arrivée, de retrouver les miens et de partager avec eux ce moment. Je suis heureux, oui mais cette arrivée je l’avais pensé mille fois depuis des mois, les larmes qui me venaient lorsque je m’imaginais arrivant au bout de ce défi. Ces émotions positives que j’ai ressenti pendant la course, que j’extrapolais déjà, et qui m’ont amené jusqu’ici. Le corps a pris le dessus et m’a annihilé ces émotions. Je suis vidé !

C’est une petite déception après coup, j’aurais aimé vivre cette arrivée différemment mais rassurez-vous, je dresse un tableau un peu sombre mais je ne l’ai pas si mal vécu, le bonheur est là, y’a pas de doute, je passe l’arrivée accompagné de mes deux louloutes, Virginie immortalise cet instant. Je l’ai fait !! J’y suis arrivé !! Je suis un OUF !!

            La Redoute, Samedi 19 Octobre à 16h24’, je suis arrivé…

 168,5km, 41h24’, 199éme, 10000m de D+

Le speaker m’intercepte après le passage de la ligne et je lui livre mes premières impressions, tout comme le journaliste du Quotidien de La Réunion.

Mon cerveau tourne au ralenti, je suis sur une autre planète ! Je n’ai pas dormi depuis presque 57h, dont 41h de course... C’est clair qu’il doit me manquer quelques connections !!!

Après avoir mangé une petite collation d’après course, il est temps de rentrer me coucher…12h d’affiler !! Rien vu passé !

Au réveil, bizarrement, pas de grosses courbatures, les massages reçus pendant la course ne doivent pas y être étranger. Par contre, j’ai la cheville droite qui a doublé de volume, bonne tendinite du releveur et les doigts de pieds qui me lancent quand même pas mal. Passage devant le miroir, ouch, j’ai pris un bon coup de séchoir, le visage émacié, creusé. Jamais je n’ai été aussi affuté que ça, un bon régime dont je n’avais pas forcément besoin !! J’ai dû perdre au bas mot 3 bons kilos. La chaleur aidant, je suis complétement « dilaté », ultra veineux des jambes et même du torse, jamais vu ça !

Pour info : mon poids en temps normal : 70-71kg

Mon poids de forme avant la course : 68kg

Mon poids estimé après la course : 64-65kg

Mon poids 15jours après la course : 67kg

Il faudra certainement plusieurs semaines au corps pour se régénérer…(je vais pouvoir en manger des raclettes cet hiver !!)

Que de chemin parcouru, depuis mon premier marathon en 2006, puis mon premier 80km à l’Ecotrail de Paris en 2009, (2x un marathon) ça paraissait déjà insensé ! Puis mon premier 100km à Chamonix cet été, me demandant encore à l’arrivée comment je ferais pour aligner encore 70km de plus… 2 gros challenge personnel réalisé en peu de temps et j’ai pu enfin découvrir de quoi j’étais fait physiquement mais surtout mentalement. J’ai appris à me connaître un peu plus et repoussé mes limites très très loin, à un niveau dont je n’aurais pas imaginer avant et qu’on ne peut à mon avis découvrir qu’en se lançant sur ce genre d’épreuve… Ca me rendra certainement encore plus fort dans le futur…

J’ai survécu à ce pari un peu fou qui m’attirais depuis des années, réaliser mon rêve et je voulais tous vous remercier pour votre soutien et vos encouragements, amis de vélo, amis de boulot, amis de Facebook, amis de Kikourou, amis de mon blog, amis tout court, ma famille bien sûr, mes frangins, mes parents, beaux parents, Franck et JP qui m’ont motivé pour me lancer (merci les mecs !!) Steph et Sand qui m’ont fait un super boulot sur le blog pour vous tenir informé de ma progression et enfin et surtout ma petite femme d’amour qui est ma plus fidèle supportrice et qui a toujours accepté mes défis à la noix et les contraintes que cela implique, je t’aime fort !!

Merci aussi pour la superbe casquette personnalisée qui m’a donné le Power !!!

Voilà j’ai un entourage de Ouf et on forme une team de winner, j’espère pouvoir vivre encore plein de nouvelles choses avec vous, aussi merveilleuses que cette aventure physique, mentale et humaine !!

Enfin, à tous ceux qui voudrait réaliser ce challenge, allez y lancez vous !! C’est une magnifique expérience qui vaut vraiment le coup d’être vécu.

Il va falloir maintenant que je me trouve un nouvel os à ronger, mais tout va me paraître bien fade pour l’instant…

14 commentaires

Commentaire de 2ni_57 posté le 02-11-2013 à 10:56:18

Un vrai récit de "ouf" ! Super de t'avoir "accompagné" sur ce défi, le temps de la lecture... Franchement, bravo pour tout, de l'avoir fait, bien sûr, mais d'arriver ainsi à nous le faire aussi bien partager !
Un vrai régal, pour quelqu'un qui ne le fera sûrement jamais (et pourtant, j'en garde, moi aussi, des souvenirs incroyables, depuis notre voyage de noces, il y a près de 30 ans, à la Réunion, à traverser cette ile, sac au dos, mais à contre sens ! Et forcément aussi, des envies, à fortiori, irréalisables...).
Encore merci, pour toutes ces émotions... et bravo à toi, d'être arrivé au bout de ce célèbre sentier réunionnais ! De "ton" sentier...
2ni

Commentaire de poulo posté le 02-11-2013 à 19:29:42

Merci 2ni! J'ai essayer d'être au plus proche de mes sensations de courses, car c'est pas toujours évident de comprendre la difficulté d'une épreuve lorsque l'on est spectateur!
J'aimerais bien maintenant refaire ce périple mais plus cool, en prenant le temps d'apprécier encore plus, avec le sac à dos et en plusieurs jours comme toi...

Commentaire de JM2CJC posté le 02-11-2013 à 13:41:41

Félicitation ,A la lecture ..j'y suis mais... devant l’écran et à l’écoute de RER,pour vivre vos exploits. C'est une très belle et remarquable 1 ere..
Te trouver un autre nonos cela va etre tres difficile p'tet du coté de l'Italie ?

Commentaire de poulo posté le 02-11-2013 à 19:32:57

Merci JM2CJC, je ne pense pas faire le Tor des géants un jour, je ne suis pas forcément à la recherche du toujours plus long...Qui sait, on verra bien!

Commentaire de chrislam posté le 02-11-2013 à 22:36:01

Si tu trouve tout fade....alors tente l’échappée belle!
Crois moi tu ne sera pas deçu!!!
Encore bravo!

Commentaire de poulo posté le 02-11-2013 à 23:10:16

Non je ne trouve pas tout fade, c'est juste une peur que j'ai!! ;-)
Effectivement pourquoi pas l'Echappeé Belle...

Commentaire de a_nne posté le 02-11-2013 à 22:57:51

Bravo pour cette première incroyable, je suis retournée sur l'ile quelques instants avec grand plaisir !
Pas de GRR pour moi encore, sans doute d'ici 2 ans, j'en rêve, à suivre...
En tout cas bravo pour ta course, et ton récit très précis.
"Bien fade" : je ne pense pas, chaque course a vraiment ses atouts, pas la peine je pense de faire forcément toujours plus long.
Bonne récup !

Commentaire de poulo posté le 02-11-2013 à 23:12:56

Merci a_nne, et complétement d'accord avec toi, je ne suis pas pour le toujours plus long, le GRR était pour moi l'expèrience de l'Ultra que je voulais tenter mais je suis pleinement conscient que le corps encaisse mais ça ne doit pas lui faire du bien quand même...En tout cas c'est une super aventure physique et humaine, fonce!!!

Commentaire de st ar posté le 02-11-2013 à 23:49:58

Quel beau récit Bruno...j'ai hâte de voir ta vidéo maintenant. J'ai vraiment souffert, en te lisant, à partir du chemins des Anglais...quelle torture et plaisir en même temps...de par ce type de terrain je ne pourrais sans doute jamais faire cette course, mes articulations et chevilles sont déjà bien abîmées et fragiles. J'irais peut être "mourir" là bas :-). J'ai vraiment apprécié te suivre durant le live, sur ton blog, très bien fait. Merci pour ce partage d'expérience.
Et oui je serais aux Flambeaux mais sur le 10, je sais que tu seras sur le 18...j.essaierais de te voir dans la salle avant.
A+
Soffian

Commentaire de poulo posté le 03-11-2013 à 10:28:22

Merci Soffian, ça pourrait faire une belle mort pour un Trailer!! Non je ne te le souhaite pas, j'espère que tu réaliseras plein de belle courses encore!
Bon cool si t'es aux flambeaux, ça va faire du monde à voir!!

Commentaire de bouh17 posté le 03-11-2013 à 12:20:36

Bravo pour ton Grand Raid, une bien belle aventure, un temps canon!
Pour mon 1er finisher m'a suffit, deja 15 jours que c'est fini, que le temps passe vite....
Comme toi, il va falloir trouver les objectifs 2014... arffff ;o)
Mon recit bientot...

Commentaire de poulo posté le 04-11-2013 à 12:45:29

Comme tu le dis, déjà 15 jours, je suis dans un gros GRRblues!!! :-))

Commentaire de Maido posté le 04-11-2013 à 12:15:35

Super course et magnifique récit, poulo! Ton blog est tout plein de photos, c'est vraiment sympa pour découvrir (ou revivre) l'ambiance sur le parcours. C'est sûr, c'est dommage pour la brume au Taïbit, mais le ciel a tendance à se couvrir dans la journée, c'est une constante tropicale... En allant moins vite que toi, j'ai eu droit au levé de soleil au Maïdo ;)

Effectivement, on a commencé à trouver le temps long au même endroit mais j'ai eu bien plus de mal que toi à me traîner jusqu'à la Redoute à partir de Sans-Souci.

Bravo encore!

Commentaire de poulo posté le 04-11-2013 à 12:48:07

Il va falloir que je reviennes pour prendre plus le temps alors si je veux voir le Maido au lever du jour!! et peut être une autre fois aussi pour arriver de bonne heure en haut du Taibit mais ça, ça risque d'être plus dur!! ;-)
Merci à toi!

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