Récit de la course : Saintexpress 2013, par Spir

L'auteur : Spir

La course : Saintexpress

Date : 8/12/2013

Lieu : Ste Catherine (Rhône)

Affichage : 1167 vues

Distance : 46.5km

Matos : Asics Trabuco 14

Objectif : Faire un temps

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Ce que jambes veulent...

"Regarde bien autour de toi, parce que c'est la dernière fois que tu la fais cette course".

C'était il y a un an, 53 semaines. Sur des quais sombres et longs. J'étais cramé, raz-le-bolé. La neige et le froid m'avaient lessivés. Pourtant, je n'avais pas trop à me plaindre. Dans les 300 premiers, je n'avais pas souffert de la foule, et je n'étais pas tombé. Mais bon, j'avais mon compte.

Et puis le temps est passé. La fin de l'été approchait. Il se disait dans le milieu que cette édition serait la 60ème. Alors bah, un anniversaire, même si ça tombe tous les ans, c'est quand même quelque chose...

Début septembre, je cumulais 390km de course à pied depuis le début de l'année. Ouaip... Anniversaire ou pas, je ne me voyais pas être frais pour une SaintéLyon intégrale en 3 mois. Alors, une troisième SaintExpress ?

Inscription, date bloquée. Plus qu'à se remettre en route maintenant. Parce que, maso je dois être, mais une idée sournoise germait en moi. Du genre : pour une fois, tu te prépares correctement, et SI tu arrives en bon état, l'an prochain, tu te tapes la totale ! Bref, j'allais me la jouer Rocky, le retour, la musique et les quartiers de boeuf en moins, mais en gardant le footing et les montées d'escaliers (ça tombe bien, c'est pas ce qui manque à Lyon).

Juillet, 25km de footing dans le mois. Août, 61. Septembre, 125. La forme revient. Je choppe un plan "SaintéLyon" dans un Esprit Trail et hop, début octobre, Semaine 1 séance 1 à la lettre. C'est parti pour 8 semaines.

Le super truc du plan d'entraînement, c'est le coté compte à rebours. Je sais depuis que j'ai 4 ans, en gros, que chaque nuit est suivie d'une journée, et que le temps passe plus ou moins uniformément tant que je reste assez éloigné de la vitesse de la lumière (ça, je l'ai appris un peu plus tard). Mais on ne peut pas comparer le fait de se dire "c'est dans un mois" et celui de constater "il me reste xx séances d'entraînement", ou "c'est semaine 5". Ca n'a rien à voir. C'est ce qui fait la différence entre les gens qui courent, et ceux qui les prennent pour des fous.

Bref, la nuit N du jour J arrive. J'avais prévu d'aller au stade à pied. Quand on s'apprête à courir 46 bornes, c'est un peu ridicule de prendre la bagnole pour en faire 2... Finalement, ma femme me dépose. On est quand même mieux, au chaud, sur un siège passager. Au stade, retrouvailles avec les collègues. On attend, on se demande où sont les bus, on les trouve, on monte, on est un peu couillons de se faire balancer au milieu des monts du Lyonnais pour rentrer à pied, mais comme on a payé pour ça, personne ne la ramène trop.

L'an dernier, il faisait tellement froid à Sainte Catherine qu'on est sorti de la tente quasiment au moment du départ. Cette année, on l'a joué plus tactique en sortant assez tôt pour être en gros en fin du premier quart.

"C'EST PARTI !"

Comment ça, c'est parti ? Et le traditionnel 3-2-1-Go alors ? Pfouu, l'organisation, c'est plus ce que c'était comme on dit dans les forums de course à pied. J'en oublie presque de déclencher mon chrono.

Le troupeau s'élance. Tiens, on ne passe pas sur le petit chemin à droite, on reste sur la grande route. Le ciel est magnifique et il ne fait pas trop froid. On quitte le bitume et on escalade tranquillement les premiers mètres de dénivellé positif.

Vraiment, la vue est belle. Pendant la reconnaissance entre Sainte-Catherine et Soucieu, on s'était chopé la neige et la pluie et 300m de visibilité. Là, c'était tapissé d'étoiles en haut et parsemé de lampadaires en bas.

Je trottine tranquillement avec mon objectif secret en tête : terminer dans les 10% du peloton. Alors, chaque fois que je me rapproche d'un coureur, je me dis "c'est peut-être à partir de lui que tu rentres dans les 10%". Bah, on se motive comme on peut...

Bois d'Arfeuille. On tourne à droite pour prendre la descente qui nous conduira à la nouveauté 2013 : la montée du bois ! De jour, ça fait un peu mal de descendre, parce qu'on sait bien que si on continue tout droit, 300m plus loin, on y arrive direct, en haut de la montée... Mais bon. De nuit on se rend pas compte, et peut-être que tout le monde est pas au courant. Alors je tourne avec tous mes camarades et zou.

A la chaise rouge, je veux pas balancer, mais j'en ai entendu des qui ralaient. Du genre "ouah, c'est raide quand même." N'empêche, après la chaise rouge, c'est raide quand même.

Bon an mal an, le terrain est vraiment bien. Il y a bien un peu de neige ici ou là, de la boue, des cailloux et des feuilles, ce qui est très surprenant pour une course qui a lieu de nuit, en décembre, à plus de 800m d'altitude avec des passages en forêt...

Le peloton est bien étiré autour de moi maintenant. Pour l'instant, j'ai évité le grand moment de solitude de l'an dernier, entre le km10 et le km25, celui qui disait "mais qu'est ce que tu fous là". Je suis content d'être là. J'ai passé Saint Genou en 1h11, j'ai pas l'impression d'être au dessus de mes moyens, je suis optimiste pour maintenir l'allure, je regarde le paysage, tout roule.

Arrivé à Soucieu, qui est le départ de la SaintéLyon (oui oui, selon le célèbre dicton "la course commence à Soucieu"), j'entends un bénévole compter 123-124-125... Visiblement, ce n'est pas Rain Man, et il n'est pas en train de se balancer devant un paquet d'allumettes renversées. J'ai la réponse au mystère en croisant le regard d'un PC portable à la sortie du ravito : c'est les classements ! Mince, j'étais déjà dans les 10% et personne ne m'avait encore rien dit (c'est vrai quoi, une petite lumière tombée des cieux au moment où j'y entrais, ça aurait été top...).

Mais, arithmétique du coureur de base : ça veut dire que si j'en mange 27, je suis dans le top 100 ?

Je me sens bien, je sais qu'à partir de maintenant, c'est roulant (enfin, sauf Beaunant, mais tout le monde devra la passer la côte, non ?), alors je me mets à y croire. Je gonfle, mes jambes disparaissent, je deviens tout jaune et tous les coureurs devant moi se transforment en petits fantômes.

Et c'est parti pour jouer à PacMan. Chaque fois que je dépasse quelqu'un, je compte (1, 2, 3...). Enfin, je compte dans ma tête. Parce que entre nous, autant ça me permettait de passer le temps, autant j'aurais été vexé comme un pou que quelqu'un me dépasse en ajoutant +1 à son score à voix haute. Et j'ai trop de respect pour mes compagnons de course, tout anonymes qu'ils soient, pour leur faire subir mes petits délires perso...

Bref, Soucieu s'éloigne. Chaponost s'approche. J'avale le tour du parc que je trouve beaucoup plus petit que l'an dernier. J'espère ne pas avoir le contrecoup de mon euphorie "post-Soucieu", parce que je sais d'expérience que les jambes peuvent vous lacher d'un coup.

Beaunant arrive enfin. Un petit coup de coca, une rondelle de saucisson, un peu de chocolat (c'était involontaire, mais pas trop à refaire, le coup du saucisson-chocolat en simultané...) et on se motive pour la côte.

L'avantage d'être en terrain connu, c'est que vous savez où vous en êtes. L'inconvénient, ben, c'est que vous savez où vous en êtes... Heureusement, les jambes suivaient toujours, ce qui est rassurant car le reste de mon corps continuait sa course.

La bascule, avec le point de vue imprenable sur Lyon et la vallée du Rhône... Plus qu'à se laisser descendre, à ne pas louper le virage en épingle à droite, et serrer les dents dans le petit square et le faux-plat montant derrière. Le virage à droite, le début de la descente raide vers la Mulatière et les premières marches. Enfin, elles arrivent, les 184 marches (et les 92 enjambées car descendues deux par deux) et le CHOC.

On tourne à gauche. M'enfin, moi je suis toujours passé direct par le pont de la Mulatière... Oui mais gros balot, tu t'es toi-même posé la question sur le forum de kikourou : "comment vont-ils gérer la traversée de la route sous l'auto-pont quand il y aura de la circulation ?".

La réponse était simple, lumineuse, et je ne savais pas qu'elle existait : on est passé sous le pont pour rejoindre l'autre bord. C'était beau, c'était sécurité, ça ajoutait un peu de distance, ça m'a cassé le moral.

D'ailleurs, c'est en remontant les marches qu'un groupe de trois coureurs m'a déposé. -3 pour mon score de PacMan, mais j'avais un peu de marge (j'en était à +43 ou +44 je crois).

Maintenant c'était plat, mais c'était pas encore là. Et mine de rien, à force de faire le malin, on fatigue. Alors j'ai fais comme si. Dans ma tête, une petite voix disait : tu n'es pas essoufflé, pas de crampes, pas de bobos. Déroule comme à l'entrainement, te poses pas de questions. Le pont Pasteur... "aller, léger sur les appuis, tranquille, souffle", Sanofi... "hop, hop...", autre petite voix : "bordel, ils l'ont foutue où l'entrée du Parc de Gerland ?"... Un autre coureur en point de mire, ça m'aide à débrancher le cerveau... Virage à gauche, la ligne droite, je vois le toit du Stade, virage à gauche à angle droit, les panneaux d'arrivée, argh... je peux peut-être encore rattraper le gars, là, devant...

FINI !

On se tombe dans les bras avec "le gars, là, devant". "Belle course" qu'on se dit. Je regarde sur le PC portable qui me dit "51". Je le regarde un moment, il maintient avec aplomb, limite impertinent.

Ben merde, je me suis bien loupé, avec mon objectif...

6 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 10-12-2013 à 00:35:27

des loupés comme ça, je t'en souhaite plein d'autre et je pense que tu y as-spir aussi.
Bravo !

Le parc de Chaponost était plus court car avec les travaux sur la place, nous ne sommes pas rentrés au même endroit que d'habitude.
enfin quelqu'un qui trouve, comme moi, que le passage sous le Pont de la mulatière était génial !

Bonne chance pour l'année prochaine, faut juste rajouter 30 bornes mais avec ton niveau, aucun problème.

Commentaire de Spir posté le 10-12-2013 à 08:42:20

Merci ! Coté niveau, je ne suis pas sûr que ce soit révélateur. Mais ce jour là, c'était un peu "l'état de grâce". Que du plaisir, la tête et les jambes qui vont bien, de belles conditions. Quelle chance de pouvoir vivre ça !

Commentaire de Cocorosinette posté le 10-12-2013 à 07:06:58

51, tu as fêté cette place au Pastis quand même ? Sérieusement, belle course. Ton récit sent la fraîcheur. Félicitations.
Maintenant place aux 75 km.

Commentaire de Timthacel posté le 11-12-2013 à 08:16:12

Ah oui quand même , quelle course !!! 51ème ?!!!
Alors là c'est clair le 75km t'attends les bras ouverts

Commentaire de Mickey49 posté le 19-02-2014 à 17:34:32

Bravo, la lecture de ton récit m'a rappelé que je devais finir le mien , VU de l'ARRIERE du peloton...mais aussi avec le plaisir intérieur que tu décris si bien de jouer à PACMAN à partir du 32 ème km dans mon cas...

Commentaire de Spir posté le 19-02-2014 à 22:55:12

Merci ! C'est toujours motivant de ne pas se faire déposer de tous les côtés (et ça m'est arrivé souvent...). Surtout que quand on rame, on a du mal à prendre plaisir à être là...
Fini vite ton récit qu'on puisse le lire !

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