Récit de la course : Les Coursières des Hauts du Lyonnais - 105 km 2017, par xian

L'auteur : xian

La course : Les Coursières des Hauts du Lyonnais - 105 km

Date : 13/5/2017

Lieu : St Martin En Haut (Rhône)

Affichage : 720 vues

Distance : 105km

Objectif : Pas d'objectif

17 commentaires

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une journée hors du temps

Je ne me souviens plus quand et comment ça a commencé, cette histoire.
Certainement un mail du Doc', après les Cabornis. Un mail dans lequel il me balance une bombe, un chrono démentiel pour ma prochaine course, l'Ultra des Coursières du Lyonnais. La bombe a explosé, sans faire de bruit et a libéré un vers, qui est allé se nicher au fond de mon cerveau pour faire son travail de vers : persuader mon inconscient que c'est jouable. Il est vraiment fort, le Doc !
Petit retour en arrière : l'ultra des Coursières, ça a été mon premier 100km, en 2015. Préparé à la mode Coach Marat' (du volume & du bas cardio : résultat garanti), j'ai bouclé le tour en 14h20, crevé, euphorique, les jambes en fusion.
Depuis, j'ai travaillé, appris, rationalisé mes entraînements, fait quelques courses, avec des résultats en progression.
Le gros morceau de 2016, ça a été l'UT4M Master. Je crois que c'est au cours de la préparation que j'ai demandé des conseils au Doc'. Et c'est en appliquant ses conseils que je me suis bien préparé, certes, mais aussi que j'ai commencé à appréhender les courses sous un angle psychologique. Avec l'UT4M Master, j'ai réalisé que je devais penser à autre chose qu'à simplement finir. Je peux faire mieux. Sentiment pas encore très clair au Grand Trail du Lac du Bourget à l'automne, mais j'étais sur cette voie.
Le déclic, ça a été pour la STL. Là, le Doc' a fixé l'objectif : 7h30. Et pour que l'objectif se réalise, il m'a proposé un plan d'entraînement en conséquence. 7H20, rien à dire.
 

Pourquoi est-ce que je raconte tout ca ? Peut être parce que je n'ai que de vagues souvenirs des Coursières. Étrange, non ? Je me rends compte que j'étais tellement concentré sur l'objectif de « bien » finir, que la course elle-même est quasiment devenu annexe.
Je reprends l'histoire des Coursières 2017.
Cette fois, le Doc' me laisse me débrouiller : je prépare donc un plan d'entraînement à partir de celui de 2015, mais je mets pas mal d'intensité dans les séances. Bilan pour mars et avril : 740 km avalés, 18 000m de D+, 50 sorties pour un total de 75h de course. Au moins 1 AR taf par semaine (33km), avec parfois une 3° sortie le midi, des escaliers, de la piste, des montées, de la route, des chemins, de la nuit, de la pluie un peu parfois. Le plus étrange, c'est que c'est passé nickel. Pas une fois, j'ai hésité à sortir, à reporter la sortie. Pas un bobo, pas de fatigue monstrueuse. Magique.

Je me fixe 12h comme objectif. C'est stratosphérique pour moi, mais le Doc' est plus ambitieux encore. Comme à la STL, il avait eu raison de me pousser à travailler les 7h30, c'est donc que ça doit être quand même accessible.

 
Fin de prépa. Une idée de l'ambiance, avec ce mail du Doc' pour les consignes de la dernière semaine :
Bon cette semaine , on va remettre la bête en réveil sans la fatiguer !
LUNDI: 20 min endurance 2fois 8 fois 300m en montée active récup descente cool 20 min endurance.
MARDI: rien
MERCREDI: 1h20 endurance vallonnée
JEUDI: 20 min endurance 10 fois 200m à bloc récup 100m cool 20 min endurance.
VENDREDI: rien
SAMEDI: pas d'échauffement , ton allure de départ sera assez cool , le cardio sera bon.
Hé, Doc', t'es sérieux, là ? T'as vu les séances de lundi et de jeudi ? La semaine avant un ultra, nan mais allô quoi !?! Je m'y suis quand même collé avec application. Vendredi soir, j'ai 35km et 2 séances « kipik » dans les pattes. Les mollets tirent pas mal.

Je m'aperçois que je suis dans une dynamique positive en faisant mon sac : je pars léger, j'optimise les réserves de barres et de poudres d’hydratation, je prends une frontale pourrie mais légère : je n'en n'aurai besoin qu'une petite heure le matin, pas question d'envisager de la remettre le soir.
Ça va ; je sens que je suis prêt à faire une belle course, mais je stresse quand même beaucoup : la pression (pour rien, je ne joue pas le podium non plus, hein). J'angoisse de ne pas arriver à me caler à la bonne allure au départ : trop fort et c'est la carbonisation assurée à St Symphorien, trop lent et ça sera impossible de tenir le chrono. C'est débile, je me suis entraîné pour tenir cette allure de 9km/h sur ce type de terrain (c'est à la maison, je connais par cœur les 30 premiers km!!!).

Dossard récupéré vendredi soir, pour gagner quelques minutes de sommeil et aussi ne pas me déconcentrer en attendant. Du coup, j'arrive à 4h40, pour un départ à 5h, à peine le temps de saluer quelques copains, vit'fait. Je n'ai pas trop envie de parler, je suis déjà dans ma course.

5h02, déclenchement de la montre et go. Arnaud B part devant, je le perds de vue tout de suite, c'est bien, je ne serai pas tenté de me faire aspirer. La première côte est avalée en courant comme tous ceux qui sont à côté de moi et vite, on bascule sur la première descente.
Je connais le chemin, ça m'aide pour anticiper les mouvements du terrain. Je reste très concentré : ma lampe est légère et peu encombrante, mais elle éclaire mal ; heureusement, il y a encore pas mal de monde, je profite des halos devant et derrière.

Je commence à boire dès 15' de course et avale une demi pâte de fruit / barre toutes les demi-heures.

C'est beau, le jour commence à se lever. Je suis bien, je suis chez moi, je suis à l'entraînement.
Juste après le barrage de Thurins, on attaque la première vraie montée, pour rejoindre le secteur de Py-Froid. C'est vraiment mon jardin, je connais les chemins par cœur, ça me procure une joie et une sérénité immenses ! En plus, le coureur avec qui j'ai fait le début de la montée ne relance pas à mon rythme après le franchissement de la route : je me retrouve donc tout seul, sans personne en vue ni devant ni derrière. Embarqué dans un ultra, chez moi, seul au monde, avec le soleil qui illumine les trouées dans les feuilles, les oiseaux qui gazouillent... et tout ça pratiquement jusqu'à Yzeron !!! Je me souviens avoir pensé que même si je bâchais après, ma course était une réussite par ce moment hors du temps !
Mais la réalité me rappelle à l'ordre. Je remonte après Chateauvieux : bientôt l'arrivée à Py-Froid. Tiens, c'est marrant, ils nous font passer par dessous la petite falaise : c'est inutile, donc c'est indispensable, je suis aux anges. La montée au sommet dans les blocs est une formalité et je dévale le chemin, destination le ravito au Lac du Ronzey.

Arrêt express pour remplir les bidons et envoyer un SMS à ma femme et à Jano, rituel après chaque ravito.
Ca déroule, je quitte mon territoire, l'émotion diminue.
Montées, descentes, hydratation, alimentation, 2 mots avec les signaleurs, un œil de temps en temps sur la montre pour calculer l'avancement, mais les 2 yeux bien scotchés au sol. C'est marrant : j'ai très peu profité du paysage pendant ce voyage ; j'ai été concentré en permanence à chercher le meilleur sillon dans le chemin, éviter les pierres et les pièges, optimiser la trajectoire dans les prochaines dizaines de mètres... c'est certainement la rançon d'une course avec un gros objectif. Pas trop le temps de profiter (je n'ai même pas pensé à prendre de photos, la seule « perte de temps » a été les SMS).

Comme convenu, Jano arrive à ma rencontre, on fait quelques kilomètres ensemble. Le rythme est bon, j’arrive à parler en courant, c’est bon signe.
La traversée du Château de Saconay est sympa, mais je n’en profite que très rapidement (heureusement, c’est truffé de photographes).


Jano me quitte peu après pour aller chercher Tidgi et Franck de Brignais, qui sont derrière.

A Saint-Symphorien, j'ai toujours la banane : je suis bien, le temps est encore au beau, température correcte. Une nouvelle fois, c’est arrêt express à la Base Vie (bidons et un demi gobelet de soupe), je n’ai aucune raison de m’arrêter trop longtemps et je sais qu’après, ça va attaquer le dur : du vallonné interminable qui m’avait bien fait souffrir en 2015, avec deux belles montées à Ste Catherine et St André…

Rien de bien truculent à raconter sur cette partie, jusqu’à ce que je me fasse littéralement déposer par les premiers du relais, puis du 47km, partis après mon passage à St Symphorien. Je suis scotché par la vitesse qu’ils ont… et moi qui avance lentement, avec mes 60k dans les pattes !
Fin de la solitude : je vais passer le reste de la course avec des coureurs, me faire doubler des dizaines de fois (doubler aussi un peu, parfois). Le monde m’a fait du bien : je commençais à traîner, la pluie tombait, j’avançais à rien. Bref, un coup de moins bien. Mais le fait d’avoir mon dossard rouge (celui des ultras) a généré un nombre incalculable de saluts, de tapes dans le dos, d’encouragements, de mots de félicitations : c’est super agréable et ça contrebalance largement le coup de moins bien.
Il pleut, c’est la galère pour envoyer un sms d’avancement… (13h46)


Jano a du mérite s’il déchiffre, mais j’en ai trop galéré pour arriver à envoyer ce SMS, je ne le recommence pas, il comprendra bien.
La pluie s’arrête un moment : rangement de la veste. La pluie reprend : sortie de la veste.

Ravito sous la pluie à Larajasse je croise l’ami Lab69 engagé sur le 47.
Avancer, avancer, avancer… les km défilent, l’orientation du tracé repasse globalement au nord : on se rapproche de Ste Catherine.
Bobafleur apparaît dans un chemin. On s’est déjà croisés le matin, il était monté à vélo au ravito de Duerne. Cette fois, il est à pieds et m’accompagne un moment. Ça tombe bien, j’en ai un peu ma claque. On papote, il prend mon rythme. On a même causé normes et audit qualité (alerte, je commence à ne plus être bien frais !). Il me laisse après un bon moment passé ensemble (et pas mal de km grignotés).

Avancer, avancer, avancer.
Dernier gros morceau, le Signal St André. Gros morceau comme ça, en fin de course, parce que sinon, c’est joli, dans les rochers, et surtout, ça signe la fin des difficultés : après, c’est descente jusqu’à St Martin (avec juste 1.5km de faux plat montant presque à la fin).
Ça sent l’écurie. Et en plus, Jano doit venir à ma rencontre pour finir avec moi, et ça c’est cool.
Je sais que je ne tiendrai pas les 12h, mais je suppose que je ne dois pas être trop mal dans le classement. Allez, je m’accroche aux 12h30 pour me filer un objectif et me concentrer.
Hey, Jano est là ! Il m’annonce : « moins de 6.5km ». Ah ouais, quand même... Cette fois, malgré la descente, le rythme est nettement moins élevé que lorsqu’il m’a accompagné le matin. Mais il m’encourage, donne le tempo pour me forcer à avancer quand même un peu. Le faux-plat de la fin est avalé en marchant à plus de 7kmh (aaaaarghh !).



Dernière descente, les 200 derniers mètres sont horribles, je suis en mode automatique, mais le cerveau lui s’est mis en mode « j’ai fini » et veut lâcher : les 50 derniers mètres sont vraiment durs, nerveusement.
Passage de l’arche, arrêt du chrono : 12h21
Et en plus, Arclusaz est là, avec son sourire et sa bonne humeur !

Bilan des courses :
- je ne réalise pas vraiment d’avoir bouclé pour la deuxième fois cet ultra avec ce chrono et ce classement.
- je ne pensais pas que ça serait « si facile » physiquement : pas une crampe, pas un bobo, j’ai recommencé à trotter quelques jours après la course (bon, il faut bien préparer un minimum la course suivante, 3 semaines après). Comme quoi, le volume avalé en préparation sert à quelque chose !
- en revanche, sensation mentale assez surprenante : je n’ai pas « profité » de la course et là, près de 15 jours après, je n’y pense plus, alors que c’était un gros objectif et que j’ai passé beaucoup de temps et d’énergie à le préparer.

Mais de toute manière, le plus important, dans tout ça, c’est tous les runs avec les copains pendant la prépa, les intox d’avant course (merci strava !), les km partagés avec Bobafleur et Jano (merci les copains), les sms d’encouragement.
« on fait un bien beau sport », selon l’Arclusienne formule !

Merci à ma femme et mes enfants, qui ne comprennent pas pourquoi je passe mon temps à courir... Pour ça : courir 12h20 et finir 12° sur un ultra. C’est con, hein ???
Merci enfin au Doc’ : t’es trop fort, Doc !!! tu m’as forcé à me dépasser (et j’en ai gardé sous le pied pour la suite, puisque tu as visé trop ambitieux).

A je to !

(crédits photos : Jano, Yves, Aurélie)

17 commentaires

Commentaire de tidgi posté le 29-05-2017 à 22:38:03

La machine des Monts du Lyonnais est en marche.
Encore un grand bravo pour cette belle perf !

Commentaire de Mazouth posté le 29-05-2017 à 23:20:19

C'est marrant cette impression de ne rien avoir de spécial à raconter, d'avoir bouclé le truc "et puis voilà."... ça me le fait aussi, d'ailleurs j'ai du mal à pondre mon récit... pourtant j'ai eu plus le temps de profiter de la course que toi, tu es allé beaucoup trop vite !! ;)
En tout cas un grand bravo pour cet objectif rondement mené avec une grosse préparation digne d'un Grand Timonier !

Commentaire de coco38 posté le 30-05-2017 à 08:51:06

La préparation était impressionnante... encore fallait-il la valider par la course. Ce fut fait brillamment ! Tout est dit dans ta phrase "... Pour ça : courir 12h20 et finir 12° sur un ultra"
Bravo et place à de nouveaux défis...forcément.
A+
JC

Commentaire de Jean-Phi posté le 30-05-2017 à 08:56:18

C'es clair que tu n'avais pas l'air très frais à l'arrivée ! Mais quelle perf ! Bravo ! Pluka enchaîner maintenant ! ;-)

Commentaire de anthodelb posté le 30-05-2017 à 09:56:47

Bravo pour cette belle performance. Quelle progression ! J'espère quand même que tu as laissé un peu de force et que tu seras pas aussi perfomant en Lozère ;)

Commentaire de truklimb posté le 30-05-2017 à 10:24:48

Énorme prépa, chrono de fou, classement de fou... Pas grand-chose d'autre à dire que bravo et félicitations !

Commentaire de Papakipik posté le 30-05-2017 à 10:36:12

Quelle course ! Et beau CR introspectif, merci ! Même avec ton expérience, je vois que le stress t'a quand même marqué au démarrage mais que tu l'as parfaitement géré derrière. BRAVO !

Commentaire de Kirikou69 posté le 30-05-2017 à 11:27:46

Bravo Christian : tu es vraiment dans une autre dimension à présent. J'espère quand même pouvoir encore faire des sorties cool au CGT avec toi ;)

Commentaire de Trixou posté le 30-05-2017 à 11:54:52

Quelle perf ! Quelle progression en 2 ans ! Bravo !!!
Ils peuvent être fiers AU (j'ai hésité longtemps) CGT d'avoir un Gxiand Timonier comme toi.

Commentaire de franck de Brignais posté le 30-05-2017 à 12:06:45

Merci pour ce récit très franc et très entier qui servira à chacun. La sensation que tu as vécu, je la vis à chaque Marathon depuis quelques années. Elle est certainement liée à la concentration, à la volonté d'atteindre un objectif. Comme tu le dis toi même, tu ne te poses plus la question d'être finisher, tu te poses toutes celles de la performance. Du coup le cerveau ne s'encombre plus des détails qui font aussi une course. Il ne faut surtout pas le regretter, tu as fait des Coursières un objectif majeur et tu l'as rempli atteint brillamment ! Bravo pour cette énorme performance, fais toi plaisir ce WE avec les copains, et reviens jouer avec nous pour continuer à profiter aussi de notre beau sport !!

Commentaire de Davitw posté le 30-05-2017 à 17:27:09

Enorme bravo pour ta perf Christian :) Quelle progression ces derniers temps... l'effet CGT sans aucun doute ^^

Commentaire de polosh posté le 31-05-2017 à 08:08:48

Bravo, c'est vraiment impressionnant... Déjà la prépa j'ai du relire 3 fois histoire d'être certain que mes yeux ne voyaient pas troubles !!C'est une sacré belle performance!!

Commentaire de Vik posté le 04-06-2017 à 22:45:54

Boarf en fait t'as rien à raconter car c'est une SL de prépa de l'EB, finalement... ;-)
essaie de pas m'enrhumer trop fort à la fin août stp :-D

Commentaire de Arclusaz posté le 12-06-2017 à 22:53:53

ah ben tiens, je l'avais manqué celui là : incroyable !!!!!!
bravo pour ton investissement qui te profite mais sert aussi tout ceux qui te suivent.
Encore deux ans d'entrainement et tu pourras tenter de faire le tour du Parc de la tête d'or d'une seule traite (je sais, ça parait fou...)

Commentaire de Spir posté le 13-06-2017 à 00:21:26

La prépa était impressionnante, mais c'est encore mieux quand ça se concrétise en course, parce qu'il faut être prêt le jour J. C'est une sacrée perf que tu as fait ! Il est loin le gars que je croisais une nuit de STL à se chopper des crampes en tapant dans les cailloux (on t'a vu maintenant, en train d'essayer d'épater Miss Cussot !)

Commentaire de TomTrailRunner posté le 23-01-2018 à 16:24:08

ça donnerait ...presque envie....de faire une prépa structurée :)

Bravo

Commentaire de Mazouth posté le 23-01-2018 à 17:00:58

TF is the structure !

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