Récit de la course : 100 km de Steenwerck (Open) 2015, par trinouill

L'auteur : trinouill

La course : 100 km de Steenwerck (Open)

Date : 13/5/2015

Lieu : Steenwerck (Nord)

Affichage : 900 vues

Distance : 100km

Matos : Hoka Rapa nui
Corsaire Skin thermo
T Shirt Kikourou et maillot vélo Kikouroues
Casquette rapha
Gilet visible Rapha
Chaussettes et String propre

Objectif : Terminer

7 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Lumière Nocturne

 

 

La Nuit est noire, accompagnée de son silence ayant le pouvoir d’être pesant, le souffle court et les pensées positives que m’insuffle la compagnie de mon suiveur accompagnent mes foulées depuis le départ la veille. Pensées vides, déchargées  de tout débat néfaste envers moi-même. Une confiance décuplée par la vision des étoiles, de ce silence qui nous rassemble dans un seul corps, une idée et un but que nous tous sommes venus chercher dans ces contrées : terminer cette course pour le moins mythique que sont les 100km de Steenwerck.

Un retour en terre inconnue pour la seconde fois, la peur absente mais certainement présente au fond de mon esprit, d’un quelconque tiroir qui peu, d’un instant à l’autre sortir ses griffes de différentes manières. Je ne l’ai connu que tardivement lors de ma première participation, cette douleur aux mollets m’est présente depuis mon réveil au matin de la course. Du premier kilomètre au vingtième, je suis tantôt en sueur, soit glacé par cette coulée d’eau sur ma peau ; lancinante et agaçante, celle-ci me fais souvent une petite visite lors d’évènements dont la distance à courir est supérieure au Marathon. Je ne suis pas venu seul, j’ai entrainé Jacques et Etienne dans mon périple. Si le second est « armé » pour ce genre de course, le premier ne l’est pas et cela l’inquiète un tant soit peu : courir cette distance n’a rien d’humain et le bougre est plus habitué aux sentiers escarpés que le bitume à perte de vue ; de plus, c’est un physique assez musculeux qui l’accompagne, un bon demi de mêlée pour imager la bête . Ayant fait un bon temps sur l’éco trail de Paris, je lui fais comprendre qu’il a toute sa place sur ce genre de distance routière. 

Lors de ma découverte des lieux en 2014, j’avais pris le soin d’ajouter un accompagnateur vélo lors de mon inscription ; Philippe ou Ch’ti Grincheux fut cette personne qui pris part à la course en ma compagnie ; n’étant pas disponible cette année, Vivien en a trouvé un pour cette édition en la personne de José-David. 

Covoiturage nous voici, avec Etienne et Marie Hélène, nous roulons vers le Nord de la France par une belle journée ensoleillée. Une fois arrivés sur place, il y fait chaud, 23 degrés c’est pas mal pour prendre le départ à 19h, de quoi nous réchauffer pour la nuit. Ma famille est venue en nombre pour l’occasion, c’est assez plaisant de profiter d’une course pour claquer la bise à celle et ceux venus lancer quelques encouragements biens réconfortants. Etienne se prépare ou continue sur sa lancée avec son propre ravitaillement maison. A ce propos je pense écrire une thèse à son sujet et sa manière bien à lui pour s’alimenter en course ; celles et ceux qui l’ont comme moi côtoyé savent de quoi il retourne. Je retrouve Vivien avec qui nous avons pas mal discuté sur les objectifs de chacun : 12h30 nous irais très bien et avec un premier 100km en 13h38 je me suis dit pourquoi pas.

Je rencontre José-David mon accompagnateur, sympathique de faire connaissance de cette manière. Avec Jaques je rejoins le kilomètre zéro, je mets une petite feuille portant le numéro de dossard dans une urne avant drentrer dans le sas de départ. Quarantième édition cette année pour celle née en 1976 ; une institution dans le monde de l’ultra, tout comme Millau que je compte bien faire un jour également. Quand Jacques me dis qu’il ne se sent pas sur cette course ça me fais penser au coureurs des années 80 à 90 ou le physique allait de pair avec les cent bornards : Jean-Marc Bellocq, Rolland Vuillemenot vainqueur à Steenwerck en 1996 avec un joli chrono à 6h43 et un record à 6h31 alors âgé de plus de 45 ans. C’était ce morphotype idéal à cette époque donc pas de soucis pour mon pote qui vas en étonner plus d’un et forcer le respect de la plus part des coureurs présents. C’est parti depuis cinq kilomètre : 1 tour dans la ville plus 3 tours de 31,5km décomposés de 2 boucles chacun nous faisant revenir au gymnase à chaque fois avec le souci de ne pas repartir dans le bon sens. Seul point négatif, le marquage au sol qui se chevauche d’années en année, assez perturbant au lever du jour après quelques heures en petites foulées. Je retrouve José-David en compagnie de Vivien et de Luc, j’ai laissé partir jacques sur son rythme et je régule depuis le départ, peut être un peu trop mais rien n’est joué sur 100km tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie : il faut être encore frais au 70ème km, tout se joue pendant les 20 premiers, ce que j’apprendrais dans les 10 derniers km. Par les anciens, je sais que l’échauffement dure pendant 50km et qu’il ne faut pas être irrégulier dans le rythme, j’ai d’ailleurs encore quelques progrès à faire la dessus. Le premier quart de la course approche, j’ai trop d’humidité sur la peau, je prends le temps de me changer pour repartir plus sec et armé pour la nuit qui tombe assez vite. Pas de lune mais des étoiles à profusion. La première boucle est très empruntée avec le tour du soir servant de découverte des lieux pour celles et ceux qui veulent à l’avenir franchir le pas et «  monter »  sur la distance Reine ; Luc n’en a pas besoin mais il préfère rester sur 22km avec un marathon prévu 3 jours plus tard. Sitôt les 32km passés je me retrouve seul avec José-David et Vivien accompagné de sa sœur pour le suivi vélo. Le plein de blague est fait à nouveau avec sa propre interprétation, le temps passe vite dans ces conditions et ça roule tout seul. Passage symbolique du Marathon en 4h35, de nouveau au gymnase je discute avec Laetitia, jaques a déjà 15km d’avance sur nous, il régule bien le bougre, c’est cool et je repars de plus belle avec mon suiveur. On parle de tout et de rien, José-David est éducateur sportif pour l’administration pénitentiaire, un bon gars, très bonne entente et étonnement de sa part quand je lui divulgue le nom de son prédécesseur en tant qu’accompagnateur vélo : Waouh la pression que tu m’as mis d’un coup !!! Pas n’importe qui ce gars-là, il est énorme !!! Tiens c’est marrant luis dis-je, il m’a dit la même chose de toi !!! Deux gars totalement différents pour les uns mais identique quant à la vivacité d’esprit et leur manière bien à eux de mettre du baume au cœur quand ils sentent une baisse de tension chez leur coureurs d’un jour. Rarement sans un mot cette progression, je trouve ça assez incroyable avec les petits moments de flottement internes très vite zappés par sa bonne humeur et un petit plus amené par un autre monstre de l’ultra : Philippe Dieumegard , recordman du monde des 6 jours sur Home trainer en pignon fixe avec 2796km et un 48h : 1153km ,qui m’a coaché mentalement 2 jours avant le départ . Les clefs qu’il m’a données me servent depuis le début entrepris hier soir à 19h. Vivien est parti et a pris les devants avec son humeur joviale très communicative. Sur un des nombreux ravitaillements, je prends une soupe, ce qui va s’avérer une erreur car celle-ci ressortira quelques kilomètres plus tard en me faisant l’effet d’un coup de fouet que je n’aurai pas  su tempérer et qui vas me couter plus tard. Lors d’une telle euphorie c’est très difficile de rester calme, les autres moments de ce type me seront plus faciles à gérer. Je reste sur ma base d’alimentation qui est de boire à chaque ravitaillement et me nourrir en gâteaux salés digestes de type TUC , j’y rempli mon bidon de 50cl avec une boisson bio qui passe très bien après de longues heures les pieds dans les chaussures ; Au 63 ème km, Jacques en est déjà pas loin des 80 et il commence à avoir des maux de ventres pas très agréables ; la Barre fatidique des 70km approche et je suis toujours avec cette belle humeur qui me sied bien aujourd’hui. Dès le début de la course j’ai croisé mes Amis Christophe et Peggy venus m’encourager sur le circuit, je les vois pour ainsi dire à chaque point de contrôle. Toujours un immense plaisir de les croiser, ça me revigore. Ils resteront jusqu’à une heure du matin si ma mémoire est bonne. 

La température clémente de la vieille s’est très vite éclipsée cette nuit et la descente de celle-ci est faramineuse, les 2 degrés seront atteint vers 3 ou 4 h du matin. Depuis mon passage au stand je coure avec un maillot de vélo, des manchettes et une casquette Rapha et le coupe-vent de la même marque. Dans mon rythme, je me sens égal à l’édition précédente même si j’ai revu mes objectifs à la baisse, arriver en bon état ne sera pas si mal d’autant plus que les délais sont de 24h pour boucler les 100km. Lever du jour dans la campagne, irréel et glacial à la fois, le vent viens de s’inviter à la sortie. J’ai vraiment très froid en voyant les premiers en T-Shirt mais je ne me focalise pas la dessus et mets des gants pour réchauffer les doigts. Km 82 ou 83 je ne sais plus ; Jacques viens de clore de belle manière en 11h43 et une 22 ème place au général avec plus de 400 partants la veille. Je vais le voir et le féliciter, vraiment extra ce qu’il a fait pour une première sur un cent bornes ; la classe. Je marche depuis pas mal de temps, mollet trop douloureux par les crampes et pas envie de blesser plus qu’il n’en faut, je reste sage et toujours en mouvement. Le marquage dont je faisais allusion au départ deviens pénible et je me prends un coup de mou monumental ; jamais je n’ai eu la chose à ce point ; je vacille, la tête qui tourne, trop à mon gout ; petite pause pipi et tentative de concentration pour passer outre cet état pas très simple à gérer. Levé depuis la veille à 6h15 pour être précis, je n’ai eu l’occasion de fermer l’œil depuis. Paf je suis de retour, j’ai réussi à contrer le malin qui s’éveillait en moi. Depuis quelques kilomètres nous progressons avec Éric et décidons de finir ensemble. Le 90 ème est passé, ça deviens bon comme qui dirait et ça sent l’écurie.

Un lapin nous double, c’est Carole qui est venue en découdre avec la course « élite » partie à 6h ce matin. On papote un peu et un autre lapin fais son apparition à vélo, c’est Emir qui accompagne sa belle sur la route ; petite pause photo et encouragements pour ces deux joyeux drilles qui non content d’aligner les courses les unes après les autres en font aussi les podiums. Carole à remporter le trail Yonne de 110km 12 jours avant et prendra la 2 ème place féminine ainsi que la première dans sa catégorie. 

4Km, c’est la distance qu’il nous reste à parcourir ; pour le dernier tour José-David à laisser son vélo accroché à un poteau et nous accompagne en courant avec mon bidon à la main et mon sac sur le dos avec les provisions et affaires de rechange, j’ai retiré ma veste mise après le lever du jour par le froid qui l’a accompagné. Tout est mental, beaucoup plus que ma première fois et le trio fonctionne parfaitement. Le clocher nous nargue au loin, il se rapproche et nous arrivons sur le dernier pont à franchir. Pas si plat que ça Steenwerck, le cumul avoisinera les 500m de dénivelé positif à son paroxysme. Dernier passage au-dessus de la ligne TGV et entrée dans Steenwerck. 2km me séparent du bonheur, je trottine tant bien que mal encouragé par Éric et José-David ; l’épouse d’Éric nous rejoins à ce moment avec ses enfants, un petit peloton viens de se former et je reste aux cotés de mon accompagnateur ; c’est dur, vite l’arrivée, épuisé mentalement je craque presque mais Éric et José me parlent doucement en chuchotant : allez lâche pas c’est fini, allez allez c’est bon……………….

Oh oui c’est bon de rentrer dans ce gymnase pour la dernière fois cette année, nous avons accéléré sur la fin pour espérer passer sous les 15h, c’est chose faite en 14heures 59minutes et 39 secondes !!! De nouveau Cent-Bornard sur la même course c’est appréciable et joyeux comme moment. C’est indescriptible, c’est comme franchir la première fois une ligne d’arrivée sur un marathon, il faut le faire pour comprendre ce qu’est le frisson qui vous envahit quand vous faites quelque chose de ce style. Presque les larmes aux yeux, j’e fais la bise à José-David et Éric, merci les gars pour ces instants et grands moments partagés en votre bonne compagnie. Vivien en a terminé en 13h10 et un 50 ème place, 96 pour moi c’est pas mal du tout et ça me vas. Je croise Etienne qui vient de passer le 52 ème km en me disant qu’il vient de parcourir 30km en 1h30 !!!Je pense qu’il voulait dire 2h30 le bougre ; de plus il a rempli sa poche à eau avec ce fameux ravitaillement personnel ; il terminera en un peu moins de 21h. Ma sœur est venue me chercher accompagnée de mon filleule qui viens de passer champion de France au Bridge, à 15 ans en scolaire !!! Bravo bonhomme tu es le plus fort.

Je m’isole pour me détendre un peu, m’assoir sur une chaise et faire le vide les yeux dans le vague. J’enlève mes chaussettes et surprise, aucune ampoule venue gêner ma progression mais un orteil fortement douloureux sous l’ongle. Il va me falloir d’autres chaussures plus grandes si je veux être bien sur une course avec un kilométrage bien supérieur à celle-ci.

 

Merci à l’équipe d’organisation des 100km de Steenwerck pour cette jolie course ; juste un point à modifier : le marquage au sol devenant très déroutant sur le final. Des bénévoles et une équipe en or : je serai présent pour le 40 ème anniversaire 

A Etienne et Marie Helène, merci pour cet agréable covoiturage en votre bonne compagnie. 

A mon suiveur vélo, José-David qui a été vraiment au top toute la durée de la course et toujours avec le sourire et la bonne blague de derrière les fagots, t’es un géant mec ne change rien ;-)

A Jacques qui ne le sentait pas et, qui a su gérer la chose avec humilité en s’offrant un joli chrono de surcroit : Bravo, bravo et encore bravo à toi :-) 

A mes Amis passés m’encourager, vous êtes toujours aussi top ;-)

Merci Fifou pour ces petites clefs bien utiles pour gérer le mental parfois vacillant

A mon épouse Nathalie qui a ravivé cette flamme juste avec quelques mots qui me font toujours un bien fou lorsque je suis en mode course, Ich Ben love Ti amo ;-)

A ma famille venue m’encourager avant le départ, tous les potos qui m’ont encouragés sur les réseaux sociaux et par Texto, merci à vous ne changez rien également, restez vous-même.

 

La prochaine course est aussi un monument et ce 100km me servait de préparation mais chuuuuut, on n’y est pas encore. Je vous raconterai.

7 commentaires

Commentaire de jack91290 posté le 20-05-2015 à 17:14:20

A moi de te retourner un grand merci. Merci de m'avoir fait participer a mon premier 100km. Merci de m'avoir ralenti des le depart. Merci de m'avoir donné de précieux conseils, que ce soit sur l'alimentation et le rythme a tenir. Merci pour ta bonne humeur. Merci pour tout david.
Mon chrono, 11h43, je te le dédicace, il est pour toi.
Ta course aussi a été rondement menée, avec un suiveur de choix.
A bientôt
jack

Commentaire de vinch64 posté le 20-05-2015 à 18:21:54

Bravo Trinouill pour ta course et pour ton CR. Tu as été super bien entouré pendant ce 100km et ça transparait bien dans ton récit.
Mention spéciale pour tes interventions sur Etienne71 que j'ai pu croiser (au 100km de Belvès il y a moins d'un mois...) en pleine "mise en condition" au départ ainsi qu'au 30ème km en plein remplissage de son camelbag O_o . Effectivement, il y a matière pour une thèse. ;-)
Du coup, ça me fait penser que j'ai un CR à écrire mais ce n'est vraiment pas facile pour un 100 bornes. C'est une épreuve vraiment à part mais tellement génial que je recommencerai c'est sur. Récupère bien et bonne prépa pour le Golfe!

Commentaire de Lapins Runners posté le 20-05-2015 à 21:36:15

Bravo David ! Merci pour ton récit et le clin d’œil ! :-)
Contente d'avoir pu faire un mini bout de chemin avec toi et merci pour tes conseils. J'ai évité la soupe grâce à toi ;-)
Mention spéciale pour ma phrase préférée de ton récit : "il faut être encore frais au 70ème km, tout se joue pendant les 20 premiers, ce que j’apprendrais dans les 10 derniers km"
J'ai hâte de connaître le fameux monument auquel tu vas t'attaquer !!
A toute !

Commentaire de Fire Rasta posté le 20-05-2015 à 21:56:21

Félicitation David. Ravi de t'avoir croisé à nouveau!!
bon courage pour la suite

Commentaire de Vivien (100bornard1022) posté le 20-05-2015 à 22:20:11

Que dire ? Tu as parfaitement transcrit l'atmosphère qui transpirait cette soirée-là. Hors du temps, hors de tout. Mais c'est tellement bon. C'était FORMIDABLE. Vivement qu'on recommence ;)

Commentaire de Arclusaz posté le 23-05-2015 à 09:20:18

A l'aise sur tout type de terrain, bravo David !

Commentaire de trinouill posté le 23-05-2015 à 12:28:03

Merci beaucoup les Kikous
le prochain monument sera Le Grand Raid du Morbihan
je passe mon tour sur la Montagn'hard en faisant de nouveaux mes gammes sur la route afin d'être réellement prêt en 2016 pour la MH

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.31 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !