Récit de la course : 100 km de Steenwerck (Course) 2017, par Aloysius35

L'auteur : Aloysius35

La course : 100 km de Steenwerck (Course)

Date : 25/5/2017

Lieu : Steenwerck (Nord)

Affichage : 1040 vues

Distance : 100km

Objectif : Terminer

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Premier 100 km

«  Pour courir un ultra marathon, il suffit d’être suffisamment arrogant pour croire qu’on peut le faire, et suffisamment idiot pour tenter le de faire ». 

J’ai toujours détesté courir avec quelqu’un. La course je pense, est le moment le plus intime qui soit, et c’est un moment des plus sacré en ce qui me concerne. C’est d’ailleurs toujours dans cette perspective que je m’inscris à des courses, seule avec ce que je vais investir de mes défis. En deux ans de course à pieds, je me suis faite rêver, je me suis défiée. Et quand j’ai franchi la ligne de mon premier marathon, j’ai pleuré et je me suis remerciée. Et surtout je n’ai pas pu réprimer cette petite pensée au fond de moi…  : Et ensuite? 

Et j’ai rencontré celui qui allait devenir mon compagnon de route, et de basket. Mes baskets, qui  ont donc commencé à résonner en écho sur mes circuits d’entrainements. Un soir ou je lui raconte mon premier marathon et toutes les émotions rattachés à ce souvenir, il me fait lire un papier : son compte rendu d’un 100 km. Il veut s’inscrire pour retenter la course, il avait du abandonner au 68ème km. Je pense qu’une nouvelle porte s’est ouverte ce soir là, à la fois dans mon amour, mais aussi dans mes perspectives personnelle. Un rêve à émergé en moi, que j’ai vite chassé de la main, c’était impossible.

Et pourtant. 

Et pourtant les semaines, mois passent. Viens le moment de s’inscrire, et comme toutes les décisions un peu idiotes et folles que j’ai pu prendre dans ma vie, je les actes de manière totalement dissociée, sans réaliser ce qu’elles vont impliquer.. Je m’inscris, je réfléchis après. 

 Elle devait vraiment être folle cette décision parce que j’ai commencé à réfléchir, sinon paniquer, environ deux petites semaines avant le départ. J’avais suivi (très !) approximativement un plan d’entraînement plébiscité par tous les runneurs sur internet. Mais avec mon emploi du temps je ne faisais au mieux, que deux entraînement sur cinq, autant dire que je n’étais pas très affutée pour prendre le départ. Qu’importe, j’avais mis mon cerveau sur off, je ne réalisais pas du tout ce que j’étais en train de mettre en place. Je déplace mon début angoisse sur la préparation du matériel. Avec Antho on élabore différentes stratégies alimentaires, cachets de caféine, BCAA toutes les heures, cure de magnésium… Je prépare des plats cuisinés à l’avance pour nos ravitaillements ( nous sommes végans tous les deux et je ne suis pas certaines de trouver ce qu’il faut sur place). 

 Et nous voilà parti pour Steenwerck, petit village à 3 km de la frontière belge avec Guillaume et Thymoos, nos accompagnateurs. Première tuile sur place, on ne trouve pas ce qui était sensé faire office de terrain de camping aménagé, je demande à tout hasard à un groupe de jeunes et en moins d’une heure on se retrouve avec 4 bières offertes et un terrain privé pour planter nos tentes. L’hospitalité dans le nord n’est vraiment pas un mythe… 

 Après avoir planté les tentes et mangé on retrouve nos nouveaux copains dans une petite buvette en briques rouges, ils nous offrent une nouvelle tournée. Ils sont aussi bénévoles sur la course, je discute avec l’un d’entre eux, jeune pompier qui sera sur le circuit de 2 h du matin à 8 h. On s’échange les numéros, si j’ai le moindre soucis on peut l’appeler directement. Ca rassure une partie de moi, et inquiète l’autre partie à qui ça rappelle qu’il peut y avoir un problème…

 La journée du lendemain sera calme, il fait très chaud et on s’économise au maximum. Le départ est heureusement à 19h et la grosse majorité de la course se fera donc de nuit.  Je médite un peu à l’ombre d’un arbre, j’essaie de faire une petite sieste, d’apaiser mes pensées qui vont au galop. 

Je commence à avoir vraiment peur de ce que je vais faire, moi qui n’ai pas suffisamment de km dans les jambes, et qui n’ai jamais couru plus d’un marathon. Je pense à ce que me dis p’tit coco, un des p’tits gars rencontré hier soir : si tu as le mental pour un marathon, tu as le mental pour un 100 km. 

Sauf que quand je vois comment je suis à la fin de mes marathons, j’ai du mal à me dire qu’il faudra renquiller pour deux fois et demi ça… Je m’abruti en élaborant des nouvelles stratégies de courses que je sais idiotes et qui n’ont de mérite que de faire passer le temps. Je prépare les sacoches vélos avec mon accompagnateur, insiste bien sur l’accès rapide à la trousse à pharmacie, toute angoissée que je suis à l’idée d’être malade. D’ailleurs je préviens Antho que je suis très stricte sur ce point : on cours le premier marathon ensemble, après c’est chacun avec son accompagnateur. Je ne veux pas qu’il me voit vider mes tripes dans l’herbe et pleurer au téléphone en appelant mes copines tous les km. 

 Départ…

C’est le ventre noué d’angoisse que j’attend le départ. Sans aucune idée de ce qui va m’attendre. Le traditionnel «  mais qu’est ce que je fous là » tourne en boucle dans ma tête. Je n’en peux plus d’attendre. Je prend un temps à l’intérieur de moi même pour demander à mon corps de tenir le coup et de m’emmener le plus loin possible. 

Les gens devant moi commencent à avancer, je marche vers le départ, j’ai peur de commencer à courir. Du coup je continue de marcher, Antho qui doit être dans le même état d’esprit que moi me demande : tu fais le premier pas ou je le fais? 

Ca me fais rire, et on démarre tous les deux.

 Je commence enfin à délier mes jambes. J’ai l’impression de ne pas avoir couru depuis très longtemps ( ce qui est techniquement vrai, puisque j’ai passé les 15 derniers jours sans m’entraîner pour faire du jus). Ca déroule, j’accélère tout doucement jusqu’a mon allure de course définitive.

Et là enfin, je me sens bien. Les angoisses s’arrêtent, je n’ai plus qu’a courir maintenant.

 On trottine jusqu’au 7ème km le temps que la foule des coureurs se dispersent un peu plus, et j’aperçois nos deux accompagnateurs qui nous attendent sur le côté de la route. Ca y est, nous sommes au complet ! On plaisante, on se filme, je me sens heureuse d’être là, j’ai conscience tout de même qu’il faut bien que j’en profite parce que cet état ne risque de pas durer toute la nuit. Soudain au 13ème km, Guillaume mon accompagnateur, crève la roue arrière. Je m’assure qu’on ait bien pris une chambre à air de rechange tout en continuant de trottiner, puis on se sépare le temps de la réparation. Les minutes passent, de plus en plus longue, je guette mon accompagnateur mais il ne revient pas et je redoute un problème mécanique plus important. 

Nous continuons à trois, pendant encore un bon moment car ce n’est qu’au 40ème km que Guillaume nous rejoins ! J’apprend que ma chambre à air n’était pas au bon format, et que c’est un villageois qui a récupéré Guillaume pour réparer la roue dans son garage. 

Après avoir pu repartir, Il crève une seconde fois, et se fait aider venir en aide par p‘tit coco qui passait par là et sa bande de copains qui se sont mis à 6 pour faire, à grand renfort de bière belge, une révision complète de mon pauvre vélo.

 Amusé par son histoire, nous passons le premier marathon dans la nuit en riant et sans trop de soucis notoires. 

 Passage du premier marathon, vers l’inconnu ..

 C’est vers 2 heures du matin que je commence à avoir une série de nausées qui m’empêchent de me ravitailler correctement. Guillaume me pousse à manger un peu et à boire régulièrement mais le solide ne passe pas et je préviens mes compagnons que je risque de vomir à tout moment. 

Contrairement à tout ce que j’avais pu prévoir, je n’angoisse plus tellement à l’idée d’être malade mais à l’idée de me séparer d’Anthony pendant la course et je me colle à lui et à son allure. Les kilomètres passent, les nausées restent mais ne m’empêchent pas de tenir mon rythme. On croise de moins en moins de coureurs, les accompagnateurs sont tantôt devant, ou derrière, Antho à côté de moi toujours. La nuit est profonde dans la campagne, et comme c’est la nouvelle lune il n’y a que quelques étoiles qui perçent le ciel. J’apprécie le silence, les bruits de nos baskets sur la route, la lumière de ma frontale qui ouvre le chemin de mes pas. Ne pas voir au delà du cercle de lumière de ma lampe donne une sensation particulière, et je n’ai à penser à rien d’autre qu’au pas d’après. Parfois dans le noir j’aperçois au loin des petites lampes qui tressaultent à rythme régulier, ou des accompagnateurs vélos qui font des petites accélérations sur les routes pour se dégourdir les jambes, avant de revenir en arrière à leurs coureurs. Tout est superbement silencieux et je savoure l’instant malgré les petites nausées qui s’évanouiront qu’à l’aube. 

 On s’amuse régulièrement à se donner nos cardio avec Antho, et je dois reconnaître que je prend un malin plaisir à lui annoncer mon cardio  qui est toujours 4 ou 5 pulsation en dessous du sien. J’entend Thymoos commenter doucement à l’arrière : « t’es en train de te faire mettre une pilule par ta nana là » Je jette un coup d’oeil à Antho, il fait semblant de bouder mais je vois bien qu’il est surtout fier de moi. J’accèlere juste un peu pour ne pas qu’ils voient l’immense sourire que j’ai au visage : je ne sais pas ce qui va se passer dans 10 km, et dieu sait comme ça peut me tomber dessus n’importe quand, mais là tout de suite à courir dans la fraicheur du petit matin, avec les garçons derrière et Antho à mes côtés, je me sens magnifiquement bien et pleine de gratitude. 

 Vers 4 h du matin, les jambes tirent beaucoup et la faim ré-apparaît. Comme j’ai conscience d’avoir quasiment rien mangé de la nuit je prend la décision de m’arrêter lors du prochain passage au gymnase pour me faire masser un peu par un kiné et manger un peu de pain, du chocolat et de la soupe que j’avais laissé dans le sac. Je retrouve Solène et son fils avec qui j’avais sympathisé, qui veilleront toute la nuit et la matinée pour encourager leurs mari et père à chaque passage. Elle s’étonne de mon régime alimentaire et me pose plein de questions pendant que je me masse les orteils pour détendre les petites crampes qui me raidissent depuis quelques kilomètres. Entre deux de mes petites pauses elle s’est amusé à déchiffrer toute ses boites de biscuits pour passer le temps, et pouvoir m’offrir ceux de sa réserve qui ne contiennent pas d’oeufs ni de laits. Nous repartons un peu avant 5 h du matin dans les premières lueurs du jours qui se lève. 

 De retour dans la campagne, légèrement plus claire. Des bandes de brumes opaques voilent notre chemin de ci de là, les oiseaux pépient doucement, et la rosée sur l’herbe se teinte joliment de reflet orangés. J’attendais ce moment depuis si longtemps, je n’avais beaucoup pensé, cette heure ou le soleil allait se lever et ou j’allais avoir couru tout une nuit sans m’arrêter.Je me rappelle avoir dit à plusieurs reprises que je n’allais peut-être pas aller au bout de ces 100 km, mais que je donnerais tout ce que j’avais pour pouvoir être là quand le soleil allait se lever. 

C’était un grand symbole et une grande victoire pour moi. 

 Vers 7h du matin, je réalise que je cours depuis maintenant 12h. Je viens de doubler mon temps maximal de course. Nous arrivons à nouveau à la fin de la grande boucle qui nous conduit au stade et au 70ème km mais cette fois, pas d’arrêt trop prolongé. Je ne prend pas le temps de me masser les pieds ni de vérifier si des ampoules apparaissent, je me fie à mes sensations qui sont bonnes. Je mange juste un gobelet de soupe à côté de Solène qui me montre les temps de passage de son mari, j’étire rapidement mes jambes. Pendant ce temps Guillaume refait le point sur le contenu des sacoches, rempli ma poche de boisson isotonique, me propose les médicaments contre la nausée mais je n’en ai plus besoin et je réussi à manger quelques abricots secs et du pain.  Je grignote en jetant des petits coup d’oeils aux garçons. Thymoos et Guillaume attendent qu’on reparte sur une chaise, je vois qu’ils sont très fatigués, ils somnolent mais à la moindre parole de moi ou d’Antho ils se relèvent immédiatement pour remplir nos gourdes, aller nous chercher un verre de café, ou repartir sans dire un mot autre qu’un encouragement pour leurs coureurs. 

J’ai beaucoup de gratitude et d’admiration pour eux. 

 Dans le silence du matin, nous étions je pense tous un peu en peine. Et puis Guillaume à proposé d’allumer la petite enceinte qu’il avait fixé sur le porte bidon du vélo, et à mis une petite playlist surprise qu’il avait spécialement faite pour moi. Je me surprend à chanter à tue-tête mes chansons préférés tout en courant d’un pas un peu plus affirmé, Antho et Thymoos se remettent à bavarder et à rigoler. Merci Guillaume, c’était parfait.

 J’ai souvent entendu que le marathon commençait au 30eme kilomètre, et le 100 km, au 70 ème.

C’est en accord parfait avec ce dicton que j’ai rencontré les premières réelles difficultés.

Le soleil était tout à fait levé maintenant et rappelait à nos corps que nous n’avions pas dormi depuis plus de 30 heures. Mais aussi que les journées en ce moment étaient très chaudes et que le temps était compté avant que le soleil ne tape pas sur nos tête et ne ralentisse pas davantage une allure qui se faisait de plus en plus modérée. 

Je me remémore un autre dicton entendu à plusieurs reprises : Un 100 km c’est 50 % de physique, 50% au mental. C’est maintenant que j’allais éprouver la parole de p’tit coco et voir si le mental du marathon suffisait, alors que nous arrivons à la fin de la boucle par le traditionnel passage au stade, nous venons de passer le double marathon, il est 11 h du matin. 

 « Ca va aller madame? Vous avez besoin d’aide? »

Je suis avachie dans une petite bassine d’eau fraiche que j’ai trouvé sur le côté, je soulage mes pieds qui ont doublé de volume. Je dois avoir une tête de morte vivante, et je tremblote en claquant des dents alors que le soleil est brulant sur ma peau. Ca fait 16 h que je cours, 34 heures que je n’ai pas dormi et 18h que je n’ai pas fait de vrai repas. Et je dois repartir pour une dernière grande boucle de 16km, alors que la chaleur monte de plus en plus et va compliquer davantage ma course.  Chaque grande boucle passant par le stade à l’intérieur duquel il y a la ligne d’arrivée, je suis donc en train de craquer à quelques mètres des applaudissements et des arrivés de ceux qui finissent la course à l’heure ou j’avais prévu de la finir, moi. 

J’ai envie de pleurer parce que je réalise que j’ai peu de chance de finir, alors que bon sang, je la veux ma course, je la veux mon arrivée, je l’ai mérité, et elle risque de me passer sous le nez ! 

 Je pense à mes amies, Marine et Erell à qui j’ai promis de ne pas me faire mal physiquement. Je ne sais pas si je rigole ou si je pleure dans ma bassine, probablement un peu des deux.

 Nous repartons.

 Je ne me rappelle pas de beaucoup de choses, plutôt de plusieurs petits détails. Mon cerveau ne fonctionne plus, j’obéis docilement à Thymoos et Guillaume quand ils me disent de boire, je bois, ou quand l’un d’entre eux vient me tartiner de crème solaire, je me laisse faire. Je regarde mes pieds, je sanglote parfois derrière mes lunettes de soleil. Mes jambes gonflent à vue d’oeil, et mes pieds ne rentrent plus dans mes chaussures alors je fais des truc idiots, comme enlever mes chaussures et mes chaussettes pour continuer pieds nus. Mon genou gauche, qui s’est réveillé d’un coup il y a trois km, me fais un mal de chien et je ne peux plus le plier. Je suis obligé de passer en marche rapide avec une jambe perpétuellement tendue, ce qui me confère une démarche de canard boiteux. Je commence à penser sérieusement à l’abandon, et c’est la pensée qu’Antho risque d’abandonner si je le fais aussi qui me fais repartir de plus belle. 

 Quand je m’arrête pour aller aux toilettes, je tombe sur le côté et je fond en larme parce que je n’arrive même pas à trouver la force de baisser mon pantalon. Une dame passe à côté de moi et me demande si j’ai besoin d’aide, je m’entend lui crier en pleurant à chaudes larmes que je n’arrive pas à faire pipi. Antho qui m’entend pleurer reviens vers moi en courant et m’aide à me relever.

 On passe les ravitos, je m’effondre à chaque fois, mais je redémarre de plus belle. Pleurer me fait du bien mais arriver me semble absolument impossible. J’ai la sensation de commencer à divaguer totalement comme quand j’ai beaucoup de fièvre. Je m’écroule à nouveau à l’ombre d’un arbre. Thymoos étend ma jambe au sol et nous faisons le point. 

Est ce qu’on continue, ou est ce qu’on abandonne? A combien j’évalue ma douleur? Est ce que je pense que je vais me blesser irrémédiablement si je poursuis? Ou sont mes limites? 

 Ce que je pensais être mes limites sont dépassées depuis un bon moment et je suis pourtant toujours ( à peu près) debout. Je n’ai aucune idée de l’importance de ma blessure au genou, je n’ai pas suffisamment de lucidité. Thymoos conclu en nous disant qu’il nous emmènera à la ligne d’arrivée si c’est ce qu’on veut mais qu’on doit être certain de ce qu’on fait. J’échange un regard avec Anthony, il est dans la même souffrance que moi ( Un petit os de son genou s’est déplacé pendant la course). 

 Il fait 36 degré au dessus de nos têtes, nous courons / trottinons depuis 18 heures non stop, nous sommes blessés tous les deux et ne pouvons plus que marcher difficilement. Et il nous reste une petite dizaine de km, soit, à l’allure ou nous allons, encore 2 ou 3 heures sous un soleil de plomb. 

La réponse paraît évidente. Il faut s’arrêter. 

 Alors je me relève, et nous repartons. 

Guillaume et Thymoos ont lâchés les vélos et continuent à pieds avec nous. Ils sont partis nous chercher des branches en bois pour fair office de béquille, et nous rappellent régulièrement de boire des gorgés d’eau. 

Je suis totalement déconnectée de mon corps, et dès que je m’interroge sur un éventuel abandon, je recentre mon attention sur mes pieds pour éviter de penser. Au point ou j’en suis, autant continuer et voir ce qui se cache derrière mes limites.

« Si tu veux courir, cours un kilomètre. 

Si tu veux changer ta vie, cours un marathon

Si tu veux parler avec Dieu, cours un ultra-marathon »

« Courage Margaux, c’est le dernier ravito, après c’est la ligne droite jusqu’à l’arrivée ! »

Je m’effondre sur une chaise, je n’ai même plus le soucis de me cacher un peu pour pleurer. Mon corps est secoué de sanglots, et de petits tremblements. J’essaie de boire un peu de boisson sucrée à toutes petites gorgées. Mais je préfère pleurer et essorer l’éponge avant de repartir. Les garçons boivent de l’eau et mangent un peu, je ne les attend pas et je me relève pour continuer, j’ai besoin d’être devant et seule. Je ne pense qu’a une seule chose : la ligne d’arrivée. Je la veux, je la veux ma course, je la veux mon arrivée. 

 Nous sommes au 93ème Km, il est 14h20. Je cours depuis plus de 19h. Je suis toujours un peu devant, Guillaume respecte mon besoin d’être un peu seule et reste en arrière un moment avant de venir me forcer à manger un peu et boire de l’eau. 

Les km passent, lentement, et on boîte tous les deux mais on avance. Soudain un vélo arrive vers nous, c’est p’tit coco qui nous suis depuis la salle et qui s’inquiète de notre énorme ralentissement. De peur que l’on abandonne, il est venu à notre rencontre avec de l’eau fraîche. 

Son arrivée redonne un souffle à nos jambes et je réalise qu’il n’y a plus qu’une poignée de km entre moi, et ma ligne d’arrivée. Peut importe tout le reste, je sais enfin que je peux y arriver. 

 Nous rentrons enfin dans Steenwerck, je croise les coureurs de la course du matin (qui courent le 100 km en moins de 13h) tout frais, qui me dépassent et me disent tous courage. Je reconnais la rue qui mène au gymnase, ou ma ligne d’arrivée m’attend. Thymoos pars en courant pour pouvoir nous filmer sur l’arrivée et Guillaume prend de l’avance pour filmer les 300 derniers mètres. Je prend la main d’Antho, les sanglots me serrent la gorge. Les gens nous applaudissent sur les derniers mètres, une femme me montre du doigts à sa copine : «  tu vois elle, c’est moi l’année prochaine ». Antho me souffle à l’oreille : «  tu as vu, tu inspires déjà des gens ». 

Et puis enfin ça y est, je la vois. Ma ligne d’arrivée. Ma course. Thymoos est là, avec un sourire immense, derrière la caméra qui nous filme. J’entend le numéro de mon dossard annoncé au micro, j’entend mon prénom et celui d’Anthony. Il me prend dans ses bras et je pleure de plus belle, on l’a fait mon amour, on l’a eu notre 100 km. 

Thymoos et Guillaume sont derrière, je les prend fort dans mes bras et je les remercie entre deux sanglots. Merci pour tout, du plus profond du coeur. 

 

Je ne sais pas si je m’attendais à aller, ou pas au bout de ce monstre. Je n’avais jamais couru plus d’un marathon, et je n’avais pas la meilleure des préparations. Mais j’ai, de ma vie, rarement autant pleuré de souffrance et de bonheur conjugué. J’ai touché du doigt la porte d’entrée d’un nouveau monde, et je l’ai fait main dans la main avec Antho, moi la coureuse en solitaire.

Je ne sais toujours pas pourquoi je cours, et pourquoi autant. Mais comme me l’a signifié un Steenwerkois le lendemain de la course c’est fichu pour moi, car ce n’était que le premier ultra d’une longue série. 

2 commentaires

Commentaire de fvedebe posté le 30-05-2017 à 20:22:26

Félicitations ! Tu as été au bout de toi même !
Ce texte est poignant ...

Commentaire de guigou posté le 30-05-2017 à 22:31:05

Whaouh! Immense respect pour ton 100km et celui d'Anthony... j'ai versé ma larme avec vous à l'arrivée en lisant ton récit...
Bonne recup les champions!

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