Récit de la course : La Traversée des Aiguilles - 15 km 2015, par Le Lutin d'Ecouves

L'auteur : Le Lutin d'Ecouves

La course : La Traversée des Aiguilles - 15 km

Date : 27/9/2015

Lieu : Col du Festre (Hautes-Alpes)

Affichage : 484 vues

Distance : 16km

Matos : Mes pieds et mon compact Sony TX30

Objectif : Se défoncer

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La chasse au Namtar

Homme ou lutin, chacun pense un jour à sa fin mais personne ne souhaite qu'elle survienne ici et maintenant. Ce dimanche 27 septembre, un homme de ma génération a perdu la vie lors de cette épreuve sportive pourtant largement à la portée de ce sexagénaire habitué des courses de montagne. Chaque concurrent a porté à ce moment une part de deuil, c'est aussi cela la fraternité du sport. Je ne puis parler pour cet homme et encore moins pour sa famille qui est dans la peine ; je ne puis parler que pour moi et ainsi exprimer mon point de vue quant à ma propre disparition : je préfère cent fois casser ma pipe lors d'un marathon ou d'un trail plutôt que de finir longuement dans un lit comme l'ont fait trop de membres de ma famille. Si un jour cela m'arrive (pas tout de suite...) j'aime à penser que mes proches et amis, une fois le choc passé, avec un léger sourire aux lèvres, penseront que c'est bien ainsi et que je suis parti en faisant ce que j'aime ; peut-être même qu'un lutin plus jeune sera là pour dire que je leur ai finalement fait une sacrée farce... Valar Morghulis.
 
 Lachaup 25-09-2015
 
 
Le Lutin fait le chat aux Aiguilles
 

Allier un weekend Kikouroù avec une compétition, en voilà une idée qu'elle est bonne ! Ouais mais le problème, c'est que je n'ai pas l'habitude de courir en montagne et que c'est la première fois que je cours dans les Alpes. Qu'à cela ne tienne, je vais chèrement défendre mon bifteck en bon lutin que je suis et, parmi mes huit camarades, si je peux en poutrer quelques-uns, je ne vais pas me faire prier. Yes, à part ça j'ai couru un marathon la semaine d'avant et je suis le plus âgé du groupe exception faite de mon Mustang. 
 
 
On doit être moins de 140 au départ, ça sent la course au saucisson et c'est ce que je préfère mais je prends vraiment au sérieux les murs qui s'érigent en face. Anyah, Mustang, François 91410,Blob, Eric Kb, Mickey49, Namtar et le boss Mathias sont avec moi sur la ligne de départ. Je regarde autour de moi et je ne vois que de la viande profilée et jeune de surcroît. Les vioques sont peu nombreux et les gens ont l'air au courant du fait qu'on va se manger du dénivelé à la pelle à tarte.
 
 
 Incroyable ! Dès le début, même sur le plat, je ne dépasse jamais le 10km/h. Hormis Mustang, François et Mickey, les Kikous sont devant moi, surtout Mathias l'infernal nain barbu et vorace qui terminera onzième de la course en 1h46min. Pfff, trop facile quand on a vingt ans de moins...
 

Tiens, un Blob à poutrer...

Boudiou, ça caillasse et ça grimpe dans le coin, cependant, j'arrive à gérer correctement les montées du début que je qualifierais de faux-plats vu ce qui nous attend par la suite. Euh... on passe par où maintenant ? 


 Ben, on va dré dans l'pentu de Diou ! Au bout de 12 min de course commence la première côte qui va durer plus de deux km sur laquelle je vais faire des vitesses allant de deux à quatre km/h. Sur la fin, la pente est tellement raide que tout le monde est plié en deux de peur de tomber en arrière. A ma grande stupéfaction, alors que je ne suis entouré que de locaux, c'est à dire d'hommes-chèvres habitués à la montagne, je me mets à doubler !!! Si. Adoptant une marche en zigzag, je me permets de passer cinq ou six montagnards, m'épatant moi-même.

 
Sur la fin de ce monstre, je rejoins le Namtar et sa casquette rouge. Le gars a bien une vingtaine d'années de moins que moi et ça va être un plaisir de le laisser scotché à la pente. Mais le gamin n'a pas dit son dernier mot...
 
 
Première longue descente. Le marathon de dimanche dernier me signale que c'est point l'moment d'faire le lutin. Je suis donc obligé de descendre au maximum à douze à l'heure si je ne veux pas voir mes cuisses prendre la texture de mon divertisseur qui, à ce moment, est d'une discrétion presque millimétrique. 
 
Les paysages sont fabuleux et j'en jouis cependant sans m'épandre ou me répandre, ce qui ne m'est pas coutumier. Pas une chute malgré un terrain parfois à la limite du piégeux.
 
 
Au pied de la Crête des Aiguilles, je retrouve Namtar l'impertinent apprenti impétrant qui m'a lâchement dépassé dans la descente un sourire narquois aux lèvres. La montée se termine par un pierrier et je me contente de suivre l'insolent de loin, préférant admirer le merveilleux paysage alpin.
 
 C'est beau la nature.
 
Arrivé en haut, je laisse filer le gamin et m'assois pour relacer mes pompes car, après la montée à trois à l'heure sur de la caillasse que je viens d'effectuer, je me dis qu'il est temps de sérieusement arrimer mes pinceaux si je veux garder des chevilles en état de marche pour la suite.
 
 
... Et c'est la grande descente dans des paysages rappelant parfois la Mongolie intérieure que j'ai bien connue à l'époque lointaine où je servais d'assistant au Professeur Jones. J'ai les cuisses qui couinent et je perds du terrain sur les descendeurs pourvus de bâtons. Là, je ne suis pas au top de l'équipement mais il m'était impossible de concilier bâtons et appareil photo et je ne regrette pas la centaine de clichés effectués au détriment passager de mes jambons et de ma perf.
 
 
Rhââââ, c'est carrément magique ce coin ! La pente devenant plus douce, je retrouve du rythme et me mets à accélérer petit à petit.
 
  
Soudain, j'aperçois la casquette du Namtar et ça tombe bien car j'en ai encore sous le pied. Le garnement, je ne pense plus qu'à le poutrer ; il me reste moins de six km pour ce faire.
 
 Photo Mme Namtar (made in Switzerland)
 
Appliquant la technique maintes fois éprouvée consistant à courir dans les dernières montées pour casser le moral de mes concurrents, même si j'en bave, je finis ma course en 2h26min52" (2ème kikou, yes !) et laisse le Namtar à seize énormes secondes derrière moi. A l'arrivée, je l'empêche de se suicider en avalant une boîte entière de chocolats suisses et le rassure comme je peux, ce qui lui redonne finalement le sourire.
 
Merci Sandra pour le cliché


Voilà mon récit, j'espère qu'il vous aura fait sourire et que vous pardonnerez mes bouffonneries qui pourraient sembler déplacées face au décès d'un concurrent mais, voyez-vous, à l'instar de Pierre Desproges pour qui j'ai une certaine affection, face à la mort, je n'ai jamais trouvé d'arme autre que l'humour.
 
 Col du Noyer 25-09-2015

24 commentaires

Commentaire de Namtar posté le 01-10-2015 à 15:38:55

Oui c'était une belle bagarre ! Et je suis quand même content car sur les 6 derniers kil, tu es le seul qui m'as repris.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 01-10-2015 à 15:41:46

Yes, et on finit toujours par apprécier de se faire prendre par un lutin.

Encore une belle rencontre. Bises à Sandra.

Commentaire de Mustang posté le 01-10-2015 à 16:19:02

Un récit lutinien... euh lutinesque... de bon aloi comme il se doit.
Pour le reste tu connais ma situation et je partage ton souhait.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 01-10-2015 à 18:29:53

On a encore plein de choses à partager mon Mustang...

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 01-10-2015 à 16:40:04

Au moins le "paysage alpin" a dû avoir le mérite de réveiller ton divertisseur !!!
+1 pour l'introduction et la conclusion...
-1 pour l'infâme Namtar qui a subi la Loi du Lutin !!!

Commentaire de Namtar posté le 01-10-2015 à 16:51:57

Le Namtar il manque de mental, il ne sais pas encore se faire mal. Mais ça viendra.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 01-10-2015 à 18:31:29

Inflexible la loi du Lutin ! J'aimerais en dire autant du reste...

Bisous mon Bouk !

Commentaire de philtraverses posté le 01-10-2015 à 18:44:34

On naît tout seul, on meurt tout seul, ce sont des expériences que personne ne peut partager avec nous. Entre les deux, on essaie d'être le moins seul possible pour oublier tout ça et il y a pour ça de jolis moments kikouresques, des beaux paysages et des lutins. Merci pour ce beau moment, entre les deux.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 01-10-2015 à 18:47:33

Si je me souviens bien, quand je suis né, je n'étais pas si seul... ma mère n'était pas loin. ;)

Merci pour le com.

Commentaire de francois 91410 posté le 01-10-2015 à 20:43:54

Cela fait plaisir de voir le Lutin Ecouvien revivre tel qu'il fut (et qu'il est toujours finalement ...) càd pas humain. Belle restitution de cette course où le rouge fut mis, et où chacun à son allure prit son pied faute de bâtons pour certains. A bientôt l'ami.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 02-10-2015 à 10:52:59

Merci le François. Tel qui fut et tel qu'il sera encore...

Commentaire de 2ni_57 posté le 02-10-2015 à 08:05:46

Merci Thierry, pour ce récit "lutineux", où dès le début, on se doute bien que le "chat" va la manger, la souris... et son plaisir, jouissif, presque cruel, à vouloir faire durer le suspense !
Car, de "Phil en Aiguilles", tout y passe : le défi sportif, la jeunesse (des participantes), la vieillesse (en embuscade...), la vie, la mort (aussi...), la montagne, le soleil, les jolies filles (un peu), l'amitié... Bref, la vie, quoi !
Un seul regret : celui de lire ce récit... Par rapport à tous ceux qui l'ont vécu, de l'intérieur (en plus, là où j'ai découvert le ski de rando, il y a si longtemps ! Souvenirs, souvenirs...) !
Peut être à une prochaine, alors.. qui sait !?
2ni

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 02-10-2015 à 10:54:20

Merci Denis. Malgré tout, il faut savoir s'amuser. Si tu veux jouer avec nous, rdv au prochain WE Kikou !

Commentaire de blob posté le 02-10-2015 à 09:01:24

Me faire poutrer par un vieillard, quelle humiliation !
Je ne sais pas si je vais m'en relever un jour ...

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 02-10-2015 à 10:55:01

T'en fais pas Blob, toi aussi tu seras vieux comme moi, un jour...

Commentaire de blob posté le 05-10-2015 à 10:10:25

Vieillir comme toi : je signe de suite !!!

Commentaire de Eric Kb posté le 02-10-2015 à 16:41:48

Mon vertige ne s'est pas pointé à cette lecture. Ouf! Vivre cette course en spectateur ma procuré le même plaisir que de te lire vaillant Lutin. Au plaisir de se revoir !

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 03-10-2015 à 10:37:29

J'espère bien cher Éric qu'on se reverra.
Le plaisir fut vraiment pour moi de vous voir tous et d'en battre tant à la course excepté le Pacman à barbe.

Commentaire de anyah posté le 04-10-2015 à 21:30:48

Quel délicieux récit : je n'en finis pas de sourire en te lisant. Amitiés et au plaisir de se revoir
PS : ci-dessous quelques images de la Via Ferrata du Dévoluy au dessus de laquelle nous sommes passés ... juste pour vous donner envie ;-)
http://2haycraft.blogspot.fr/2012/09/via-ferrata-la-voie-vertigo.html

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 04-10-2015 à 22:31:20

Merci pour le lien, ça fait effectivement envie et encore merci de nous avoir fait découvrir ce très beau pays.

Commentaire de Mickey49 posté le 06-10-2015 à 00:00:39

Merci Thierry pour ce beau récit, excellemment illustré comme il se doit avec de superbes paysages et de jolis profils ... Il ne manquait que quelques panneaux indicateurs prêtant à tes jeux de mots facétieux, mais dans ces vallées du Dévoluy, le paysage était roi !

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 08-10-2015 à 15:04:44

Merci Michel. Encore une bonne occasion de se voir, encore de bons souvenirs.

Commentaire de Jean-Phi posté le 07-10-2015 à 15:32:42

Encore un super récit ! Des photos aux mots d'humour, cette déclaration vaut pesant d'or ! Surtout avec la maxime de Desproges pour terminer. J'adore !

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 08-10-2015 à 15:07:58

Merci. Pour être précis, il ne s'agit pas d'une maxime de Desproges mais d'une interprétation de son attitude.

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