Récit de la course : Saintélyon 2006, par LeSanglier

L'auteur : LeSanglier

La course : Saintélyon

Date : 3/12/2006

Lieu : Saint Etienne (Loire)

Affichage : 3053 vues

Distance : 68km

Objectif : Balade

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A deux c'est mieux


Saintélyon 2005 : une semi-horreur. Courue avec une périotiste que je devais à la No Finish Line et à ses 400 et quelques kilomètres courus et marchés une semaine plus tôt, la course ne me laisse aucun bon souvenir sportif, mais plutôt celui d'une longue galère où les bâtons prêtés par Stéphane Halbault alias Stef34 (non content de nous avoir régalés d'un festin avant le départ de la course) m'auront sauvé de l'abandon. Géraldine plus connue sous le nom de lafrite34 (décidémment, les 34...) aura été ma seconde paire de bâtons dans cette épreuve, puisque j'ai pratiquement fait la course entière avec son soutien. Merci encore aux deux ! De bon souvenirs, il n'était pas non plus question quant à l'ambiance et à la propreté des chemins. Brrrr, autant faire le marathon de Paris, je suppose qu'on n'y trouverait pas grande différence. Reste tout de même un bon souvenir de cette nuit étoilée, de ces lumières dans le lointain, de ces reliefs se découpant sur le ciel clair, du soleil du petit matin qui réchauffe le corps... De bons souvenirs toutefois insuffisants pour m'y faire revenir.

Sauf que... Une personne qui m'est très proche a décidé de la courir cette année. Désireux de passer un peu de temps en sa compagnie, et de lui être éventuellement de bon secours si les conditions venaient à se durcir, je lui proposai de l'accompagner, proposition sitôt acceptée.

Un covoiturage de choix (Jean-François qui termine en 5h55 l'année passée, l'un des rares (combien sont-ils/elles, une quinzaine ?) finisher des quatre éditions de l'UTMB) nous mène de Haute-Savoie à Lyon, puis Saint-Etienne par la navette, où je peux m'inscrire cette année sans faire la quête (merci Gilbert, Stéphane... Pour l'année passée). Les heures passent, vautrés au sol afin de se reposer au maximum avant le départ. Stéphane nous sort le grand jeu une nouvelle fois, proposant salade de riz (sauvage ?) au saumon, salade de quinoa à la viande de grison, riz au lait divin, gâteau de l'effort aux petits oignons (ou à la banane, plutôt). Ah, j'oubliais, l'apéritif s'est fait au champagne, la victoire du maître queue aux 24h d'Aulnat valait bien ça ! S'ensuit une petite période de digestion, agrémentée par le spectacle divertissant de Cédric l'Castor Junior se préparant avant la course. L'homme a du répéter de longues heures ce one-man show tordant, aux dialogues un peu faiblards mais à la gestuelle parfaitement orchestrée. Il devrait être en tournée dans toute la France l'année à venir, sa prochaine date me semble-t-il étant du côté des Ulis le 8 décembre. Un conseil : allez le voir !

Minuit, il est l'heure de se couch... Ah non, de se lever, et de partir au front. Le front, parce que c'est un peu l'impression que donne cette marée humaine en s'élançant après un improbable coup de feu dans les rues de Saint-Etienne. C'est tout juste si les assaillants ne lancent pas des cris de guerre en brandissant le poing. Impressionnant, et plutôt pas très marrant. Bah, ce n'est qu'un mauvais moment à passer, que je passe en charmante compagnie, puisque mon amie est à mes côtés. Le flot de coureurs parcourt à petite allure les rues éclairées, parfois acclamés par des spectateurs amusés de l'incongruité de notre activité nocturne. Bah, il n'y avait rien de bien follichon ce soir à la télévision...

Soudain, à la sortie d’un virage, troublant le silence (relatif, puisque déjà troublé par les bruits de pas et les souffles courts), un grognement bestial nous surprend. Nous nous retournons tous les deux tel un seul homme, prêts à vendre chèrement notre peau face à la terrible bête qui n’allait pas manquer de nous charger, pour découvrir un Bastien content de son petit effet. Il peine un petit peu le Bastien, mais nous dit que c’est comme ça depuis sa reprise quelques mois plus tôt : les trois premières heures sont difficiles, et après, avec un peu de chance, ça revient. A Aulnat trois semaines plus tôt il a dépassé les 100km, c'était alors tout ce qu'il souhaitait. C’est en lui souhaitant bon courage qu’on le laisse à sa peine du moment. Plus tard, après l’arrivée, nous apprendrons qu’il est ainsi parvenu à l’avant-dernier ravitaillement une bonne heure avant nous, pour y jeter l’éponge.

On monte, on descend, on tourne, on retourne, les ronds-points succèdent aux lignes droites, pour finalement nous emmener au premier ravitaillement. Cohue, bousculade, on croirait assister à une distribution de colis de la Croix Rouge au sein d’un camp de réfugiés Kosovar. Ah la la, et Jean-Paul (Paulo) qui nous parlait il y a si peu de temps des paisibles ravitaillements du Puy-Firminy où il se gavait de crêpes sous les bonnes paroles des bénévoles, pendant que sa compagne de course Isabelle (LePiou) l’attendait en trépignant à l’extérieur… Hum, on redescend sur terre, et on quitte le goudron pour les chemins, enfin !

Brouillard et petite pluie fine vont se succéder tour à tour, pour cette fois donner une ambiance très agréable, intimiste, même si l’on côtoie beaucoup d’autres personnes. Nous poursuivons tous les deux notre progression, ma protégée devant moi la plupart du temps. Je ne voudrais pas lui imprimer un rythme qui ne lui conviendrait pas. J’adore la voir évoluer ainsi, agile et rapide dans les descentes, semblant se faire plaisir. Parfois nous évoluons côte à côté, main dans la main, sur un rythme de marche rapide ou de course lente ; la nuit est belle, le monde est à nous.

Ce brouillard me laisse à penser que devant, la course va peut-être être un peu moins rapide que l’année passée : par endroits, on ne voit pas à plus de 3m, enfin, ceci est peut-être dû à ma frontale vraiment trop faible pour ce genre d’exercice. Un jour, je m’équiperai d’une vraie frontale, un jour… Celle de mon amie est déjà beaucoup plus puissante, lorsque nous sommes à-côté l’un de l’autre, le faisceau de la mienne disparaît complètement dans celui de la sienne. Enfin, ce peu de visibilité m’aura permis de faire jouer la proprioception et de m’aguerrir dans la pose de pieds, c’est déjà ça. Toujours est-il que devant, ils n’ont pas chômé, puisque la course se gagnera en moins de dix minutes de plus que l’année passée, pour un parcours légèrement rallongé semble-t-il ; aucune perte de temps à déplorer donc. Brouillard ou pas, les grosses cylindrées tournent sans broncher.

Sainte-Catherine, l’ambiance est irréelle autour du petit étang qui jouxte le ravitaillement. Les ombres se découpent nettement et précisément sous l’éclairage surpuissant des projecteurs, une brume s’élève vers le ciel, évaporation de la sueur des corps surchauffés par l’effort. Nous prenons tous deux un thé brûlant, je l’accompagne de deux verres d’eau, et grignote gâteaux sucrés et salés ainsi que quelques quartiers de clémentine. Ce sera un rituel immuable jusqu’à la fin de la nuit. A l’arrivée, je m’apercevrai que je n’ai vidé qu’un petit litre de ma réserve d’eau personnelle (qui plus est aidée par ma compagne qui est tombée à sec à quatre kilomètres de l'arrivée), fait assez incroyable chez moi, d’autant plus que ce manque d’hydratation ne m’a pas provoqué de crampes.

Les chemins succèdent aux parties bitumées, les kilomètres défilent sans que nous nous en rendions compte. La température est douce, et hormis lorsqu’il pleut nous sommes juste en t-shirt manches longues. C’est vraiment très agréable ! Le balisage est très présent, nul moyen de se tromper, les coureurs n’ont qu’à avancer en se proccupant juste de l’endroit où ils posent les pieds. C’est qu’il y a moyen de se tordre une cheville sur certains passages bien caillouteux ! D’ailleurs, à un moment d’égarement mental, ma cheville droite craque brusquement sur un appui incertain. Inversion des rôles : je me retiens à ma compagne pour ne pas chuter, et poursuis ma route en courottant et en serrant les dents. Pas question de faire la chochotte alors que je suis là pour la soutenir ! Une autre alerte cheville droite aura lieu une paire d’heures plus tard, mais finalement elle tiendra bon, et le lendemain je ne m’en ressentirai pas du tout. Etrange !

J’apprécie particulièrement l’état des sentiers : gadouilleux à souhaits, parfois glissants, parfois ruisselants, toujours humides, rien de tel pour s’amuser. Mes pieds ont eu le temps de se reconstruire depuis le week-end dernier où ils avaient bien souffert à Monaco. J’apréhendais un peu, mais cette fois-ci l’entourage à l’elastoplaste des points sensibles, l’application soigneuse de crème anti-frottements et l’utilisation de chasusettes élaborées font parfaitement leur office : je n’aurai à souffrir d’aucun souci pédestre. Alleluia ! Qu’il est bon de marcher et courir sans douleur, de pouvoir relancer à très bonne allure n’importe quand, courir en côte, filer en descente pour rattraper sa compagne après un arrêt technique…

D'ailleurs elle va toujours plutôt bien. Les parties bitumées lui plaisent moins, sur terrain dur elle attrape vite mal sous les pieds. Dommage, parce que c’est une bonne moitié du parcours qui se fait sur route ! Nous marchons beaucoup jusqu’au lever du jour, ne prenant pas de risques dans les parties techniques, et nous économisant dans les côtes. Il sera toujours temps de relancer quand il fera jour ! Pour le moment, nous apprécions le paysage baigné d’une clarté lunaire, surmonté d’un ciel parsemé d’étoiles. Que la nuit est belle quand on est amoureux !

Une descente un peu technique, un téléphone qui sonne... Zut, je ne l'ai pas éteint ! Ah, mais il est vrai qu'on avait promis de se donner des nouvelles à distance, Thierry (ThierryM) à l'O'Rigole et nous à la Saintélyon. Deux courses au format très semblable, mais aux différences bien prononcées également : le gigantisme de l'une est à l'opposé de l'intimité de l'autre, et forcément tout suit. Nous nous donnons ainsi quelques nouvelles à 500km de distance, vive la technologie ! L'O'Rigole semble, comme son nom le laisse supposer, rigolote et dégoulinante comme tout, je note soigneusement dans un coin de ma tête que l'année prochaine à cette date ce serait une bonne idée d'aller voir ce qui se passe du côté du Perray-en-Yvelines.

Ravitaillement de Soucieu, le jour va se lever, la soupe est de rigueur. Ah, quelle horreur, elle est infâme ! Le thé non plus n’est pas bon ici, nous évoquons le fait que les bénévoles utilisent l’eau des toilettes pour préparer les deux mixtures… Aucun problème toutefois, les ravitaillements sont au final plutôt bien fournis, on y trouve à chaque fois du sucré, du salé, des boissons froides ou chaudes. Oh, ce n’est pas le grand luxe, mais on n’est pas non plus des princes saoudiens, non ?

De longues heures nous aurons cheminé aux côtés des mêmes personnes : ces deux jeunes qui marchent d'un bon pas, ces deux olibrius attirés par ma compagne (se ravitaillaient-ils au gros rouge qui tache ?), ce petit groupe qui aurait bien voulu nous piquer nos bas Booster... Au gré des allures, des coups de mieux ou de moins bien, nous nous sommes dépassés, faits rattraper, avons redépassé, encore et encore. Amusant, divertissant, c'est à chaque fois l'occasion d'échanger un petit regard ou deux petits mots : pas grand chose, juste un peu d'humanité dans cette course qui en manque un peu.

Et voilà, le jour se lève, le soleil perce à notre droite, entre deux collines. D’abord une lueur diffuse qui blanchit le ciel, puis un arc de cercle jaune qui contraste avec le relief alentours, et enfin un disque rond et chaud qui s’élève majestueusement. L’astre nous réchauffe de ses rayons, nouveau moment magique partagé à deux. Nos corps reprennent vigueur, l’esprit oublie son envie de somnoler, et nous reprenons la course de plus belle, mon amie m’épatant par sa foulée dynamique. Nous rattrapons pas mal de monde, la plupart ayant définitivement adopté la marche pour rallier Lyon.

Les petites routes entre champs sont plutôt agréables en ce dimanche matin, nous louvoyons entre des parcelles où se réveillent tranquillement des chevaux, tous plus beaux les uns que les autres. Leurs robes sont toutes différentes, noires, blanches, tachetées, rayée noir sur blanc… Quoi ? Mais c’est un zèbre là sur notre droite contre ce mur ! Ah oui, un zèbre, mais bien immobile. Nous rions tous deux devant notre méprise, car l’animal n’est fait que de bois et de carton, mais il nous a bien surpris au milieu de tous ces vrais équidés !

Voici enfin l’arrivée dans Sainte-Foy et le dernier ravitaillement où nous en profitons pour nous changer, la température grimpant rapidement. S’ensuit l’ascension de la côte du même nom, grimpette d’un pourcentage plutôt élevé que les premiers franchissent en courant, paraît-il. Des passants s’enquérissent de ce que nous fichons tous ici, avec nos chasubles numérotées et notre air un peu fatigués ; à la réponse que nous venons de Saint-Etienne en marchant et courant, les yeux s’agrandissent et les bravos fusent. S’ils savaient ! Ce n’est vraiment pas si difficile que ça !

La côte avalée, nous courottons sur le faux-plat des hauteurs de Lyon, puis plongeons vers la ville sur des trottoirs encombrés de voitures, arbres, barrières… J’imagine que les premiers, à l’allure à laquelle ils doivent descendre cette côte, de plus dans le noir, doivent bien s’amuser ! A moins qu’ils ne prennent la route ? Mon amie court toujours, elle galope même, y compris dans les escaliers. Quelle santé !

Après cette réjouissante descente, c’est l’heure d’attaquer les quatre ou cinq derniers kilomètres de plat le long de la Saône. Tout de suite, c’est beaucoup moins amusant, voire pénible lorsque le vent s’invite à la fête. C’est en marchant que nous accomplirons la majeure partie du trajet restant, ne relançant que dans les cinq cents derniers mètres pour terminer en un peu moins de douze heures. Oh, ce n'est pas une grosse performance dans l'absolu, mais peu importe : vivre sa passion aux côtés de sa compagne ou de son compagnon, c'est magnifique et ça vaut toutes les Sainté de bronze, d'argent, ou d'or.

2 commentaires

Commentaire de Coach Cyril posté le 14-12-2006 à 18:56:00

félicitations pour ta course ou tu avais l'air de te faire vraiment plaisir;merci pour ton compte rendu.
En ce qui concerne la montée raide aprés le dernier ravito,c'est bien vrai les 1ers courent.j'y étais et j'ai courus sur cette cote....

@+ le sanglier
cyril

Commentaire de siko posté le 25-12-2006 à 14:53:00

Bravo pour ta course et celle de ta compagne. Les 2 récits sont bien complémentaires. En attendant de se revoir sur un ultra ....Le siko.
PS: bonjour à ta soeur.

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