Récit de la course : Ultra Trail du Vercors 2020, par nanard7th

L'auteur : nanard7th

La course : Ultra Trail du Vercors

Date : 12/9/2020

Lieu : Lans En Vercors (Isère)

Affichage : 347 vues

Distance : 58km

Objectif : Terminer

4 commentaires

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10 ans, un sacré bout de chemin fait avec l'UTV !

Mais j'y reviendrai à la fin de ce récit ...

Cette année, j'espérais un 100km pour le 10ème anniversaire (évoqué lors de l'UTV 2019) mais les évènements vont en décider autrement. Il faudra se contenter d'un Expe Trail survitaminé. Une fois la déception initiale passée, je confirme rapidement mon inscription pour le nouveau parcours.

Et finalement, après examen du tracé, avec ses deux boucles bien différentes, cet UTV a l'air pas si mal. Et même facile ...

Facile ?  Contrairement à mon habitude, je vais tomber dans le piège (roadbook en 10h30 !) mais là aussi je vais y revenir ...


L'UTV se déroule 3 semaines après l'Echappée Belle. Je n'ai fait que le parcours "enfant" (le parcours des Crêtes 58km 4000mD+/5000mD- quand même ...) mais j'ai bien puisé dans mes réserves. Et pour tout dire, eh bien ces "petits" 56km et 3000m D+, ça sera parfait !

L'organisation, en raison du COVID, a décidé d'organiser un départ en vagues espacées de 5’ (30’ sur l’EB). Je suis dans la 3ème et je passe la ligne seulement 10' après la 1ére.  J'ai un doute sur le bon étalement des coureurs ...

Il fait frais à 7h10 à Corrençon, mais c'est une température idéale pour courir. Rapidement, j'enlève mon masque et je suis rejoint par Loiseau. Ensemble on va passer la première demi-heure de course à discuter tout en maintenant une belle allure.

Puis, ne voulant pas me griller, je le laisse partir espérant le revoir au ravitaillement (je le raterai pour quelques minutes à Corrençon...).

Peu de temps après, on aborde les premières pentes un peu raides et là sur un single, il y a un embouteillage. Mais finalement ça avance quand même bien et l'allure est parfaite pour moi.

Après une heure dix de course et 700m de D+, on sort de la forêt pour déboucher au sommet du Téléski de Combeauvieux, le soleil ne s'est toujours pas levé, on aborde une légère descente sur une piste de ski avant d'attaquer la partie la plus difficile de cet UTV : Les 500m de D+ pour arriver au sommet d'Agathe.

 

[Vue sur la grande Moucherolle du Téléski de Combevieux]

Le paysage est magnifique avec une vue superbe sur la Grande Moucherolle et son Arche (ou je ne suis d'ailleurs jamais allé). Le terrain devient très minéral et cassant, il faut être attentif surtout que les rochers sont très glissants par endroit et à un moment, au nveau de la Combe de l'Ourson, je m'écarte un peu de la trace (seulement repérée par des fanions) et je passe près de la catastrophe, j'étais vraiment près du vide ! On descend vers la retenue d'eau puis on remonte vers Grande Sœur Agathe : 2h20 (exactement le temps de mon Roadbook).

Dans la descente vers le col des deux sœurs, je me relâche bien. Quel plaisir, je me sens vraiment bien !

Le sentier qui nous emène au Pas de l'œil est vraiment sympa mais on n'avance pas vite et le dernier coup de cul vers le Collet au-dessus du Pas est très très raide, mais ça passe !

[Montée au collet du Pas de l'Oeuil - bien raide]

On vient presque de faire la moitié du D+ de cet UTV, je suis vraiment optimiste pour la suite ! Le soleil se lève, on en prend plein les yeux !

[La grande Moucherolle du Collet du pas de l'Oeuil]

Après une descente très raide ou je dépasse pas mal de coureurs, on rejoint rapidement le sentier Peronard qui va nous emmener tranquillement vers Roybon. Il y a deux ans, en sens inverse lors de l'UTV 2018, j'étais beaucoup moins facile, quelle différence !

[Le sentier Peronard]

Roybon 3h55 (je colle toujours au Roadbook - 3h50), je fais une petite pause. Je n'ai pas besoin de remplir mes flasques, il me reste encore plus d'un demi-litre d'eau ...

On prend un sentier vraiment sympa qui nous fait passer vers la Bergerie de la Fauge puis vers le bas de la Combe Charbonnière, qui m'avait tant fait souffrir en 2012 ...

Direction le Collet du Pourton et le Lac des Prés. 200m de D+ avant la redescente vers le ravito ... une paille !

Sauf qu'un gros coup de massue me tombe derrière la tête. Je n'avance plus et j'ai l'impression que tous les coureurs qui restent en course me dépassent ! Je n'ai plus d'essence dans le moteur et c'est au mental que j'avance. Mais tout de même, 45' pour faire les 200m de D+, je ne sais pas si j'ai déjà connu une telle défaillance après si peu de km de course. Mon Roadbook très optimiste sur cette montée en prend en coup ! Et il reste près de 40km !!!! Heureusement, au sommet je sais qu'il reste 5 km de descente facile sur les piste de ski ou des single sympas !

Et comme d'habitude je retrouve de l'énergie dans la descente ou je redépasse une partie des coureurs qui m'avaient déposé en montée.

 

Ravitaillement de Corrençon (5h50 - RB 5h15 - 28,5km)

Au ravitaillement j'entends que les deux premiers sont arrivés et que le troisième n'est pas loin.

Je reste stupéfait. On avait évoqué le sujet sur le Forum et ça me semblait irréaliste au vu la 1ère boucle.

Et là, en mon for intérieur je pense que la deuxième partie doit être vraiment roulante et que finalement je vais pouvoir refaire une partie de mon retard sur le Roadbook...

Funeste erreur !

Je reste tout de même 20'au ravitaillement, le temps de me restaurer et de me changer et surtout j'espère me requinquer !

Je passe le point de contrôle de sortie après 6h10 de courses, 25' de retard sur le RB mais j'ai 25' d'avance sur la BH, d'ailleurs, à ce moment je n'y pense même pas ! J'échange quelques mots avec le speaker et j'attaque cette deuxième boucle confiant.

Il y a 9 km (et 565mD+) pour monter à la Sambue, bref un long faux plat montant tout à fait courable ....

Sauf que .... Non ! J'essaye, mais impossible, je me traine lamentablement et l'idée de faire demi-tour m'effleure ...

Donc je monte à mon train d'escargot et il me faut 2 heures interminables pour atteindre le sommet.

Pendant ce temps les derniers relais féminins me dépassent, toujours avec des mots gentils de la part souvent de jeunes filles « Courage Monsieur ...", le choc ... mais c'est vrai qu'à ce moment-là je fais bien mon âge !!!

Et je commence à penser aux BH ...

 

[Croix de Sombue]

Une belle descente et on passe Roybon (l'autre Roybon) et on attaque le pas Saint Martin, qui débute par une montée bien raide ou il faut mettre les mains puis qui se prolonge par un single aérien taillé dans la falaise. La vue sur la Vallée de Saint Martin en Vercors est superbe.

Malgré l'immense fatigue, je prends le temps d'apprécier ce passage ... On redescend au parking et on entre dans la plaine d'Herbouilly

[Single &  Vue sur Saint Martin de Vercors au dessus du pas Saint Martin]

C'est là que va se jouer mon UTV !

Depuis de nombreuses heures maintenant je suis à l'agonie. 2 coureurs viennent de me dépasser au début de ce long chemin herbeux qui traverse une plaine indondée de soleil. C'est magnifique. Exténué, je décide de prendre une pause (pour enlever des gravillons de mes chaussures, mais ce n'est qu'un prétexte) ... en fait, je suis sur le point de m'allonger pour m'endormir au soleil et oublier cette folie quand arrivent 2 membres de l'orga en vélo.

"Ca va monsieur ?"

"Oui, oui  (je mens) ... et pour la BH (je reste lucide) ?"

"Ca risque d'être difficile, les serre-files arrivent, ils débalisent ..."

Et il repartent ....

Arghhhhhh ... je comprends que je suis le dernier en course et que je vais peut-être me faire arrêter dans quelques minutes ou au pire à Chateau Julien...

Non, ce n'est pas possible ... je ne vais pas terminer la course comme ça !

Je fais le point sur ce qu'il reste dans mes poches : une compote Décathlon, je l’avale, un gel Coup de Foudre caféiné (je l'avale), deux pates de fruit hyper glucidique (je les bâfre).

J'en ai encore plein la bouche lorsque je repars ...

On quitte la plaine pour rejoindre le vallon du Riou.

A l'orée de la forêt, je retrouve mes deux cycliste en train de s'occuper d'un coureur alongé par terre qui a visiblement fait un malaise. Ils gèrent et ont appelé les secours. Ils me disent que ça va. J'avance. La détresse de ce coureur agit comme un révélateur.  Je suis encore debout, plus question de m'apitoyer sur mon sort .... et j'oublie toute fatigue !!!.

Je recommence à trottiner en même temp que la pente s'élève ... je rejoins une deuxième coureur puis un troisième que je dépose littéralement. J'arrive au sommet de Chateau Julien, là un groupe de spectateurs m'indique que le point de contrôle est à 500m. Je les dévale et j'arrive en pleine bourre. Il n'est plus question de BH ! Gros soulagement et grand sourire !

10h30 de course, maintenant mon objectif est de terminer en moins de 12h (BH initiale).

Je gère la fin de course qui nous fait passer au-dessus du scialet de Malaterre et près de la Glacière. On passe par de larges chemins forestiers, c'est la partie la moins intéressante de cet UTV même si j'apprécie l'ombre (je n'ai jamais eu chaud pendant cet UTV et j'ai toujours eu assez d'eau).

Je trouve quand même le moyen de m'égarer trois fois mais ma montre veille et me prévient avant que l'absence de rubalise ne m'inquiète vraiment. Une dernière descente juste avant Corrençon et l'arrivée arrive très vite. Je profite quand même de ces derniers kms en descente, sans la pression des BH. Je passe la ligne en 11h57', très loin de mon ambition initiale mais finalement conforme à mes habitudes depuis que je cours l'UTV : tutoyer les BH ! 

Une petite interview à l'arrivée ne fait que retarder l’émotion qui m'étreint.

Les larmes me montent aux yeux.

Malgré l'immense fatigue, je suis allé au bout de cette course finalement tellement difficile !

428ème sur 433 arrivants et 576 partants ... 25% d'abandons.

Il est rare qu'il y ait tant d'abandons sur une course de 58Km mais la difficulté de la première boucle et la configuration de la course (le départ de la deuxième boucle placée sur la ligne d'arrivée et de départ, qui facilite la décision d'abandonner) expliquent sans doute ce chiffre.

 

Et voilà, je viens de terminer mon dixième UTV !

Sacré fierté que d'avoir fait toutes ces éditions, d'avoir été là chaque année depuis 10 ans, début Septembre présent sur la ligne de départ, fidèle d’entre les fidèles !

J'ai fait probablement pas loin de 1200km sur les différents tracés de l'UTV, si je compte les reco !

Sur mes 150 dossards depuis 25 ans que je cours régulièrement, j'ai bien dû faire une centaines de courses différentes.

Et années après années, certaines reviennent régulièrement à mon calendrier comme la STL, la Nivolet Revard ou le cross de Varces (qui passe devant chez moi)

Mais j'ai un lien particulier avec l'UTV.

Et pas uniquement parce que tous les matins, de ma terrasse, je vois le Pic Saint Michel qui me nargue !

L'UTV c'est mon premier Ultra et c'est d'abord l'histoire d'un échec (un triple échec même), d'une quête qui me semblait inaccessible ...

Et après trois DNF successifs en 2011, 2012 et 2013, c'était déjà l'heure des remises en question ... Pourtant je n'ai pas lâché, j'ai essayé de tirer parti de ces échecs pour enfin, en 2014, terminer mon premier UTV, qui plus est, le plus difficile (50% d'abandon) et le plus long (91km).

Depuis, c'est la première course que j'inscris à mon calendrier, celle sur laquelle je construis ma saison !

Et puis l'UTV, c'est un tracé différent chaque année. Ce n'est pas la seule course à le faire (En face, Le Grand-Duc est un précurseur dans ce domaine) mais à chaque édition, j'ai découvert des recoins cachés de cette partie du Vercors.

Merci à l’équipe de Cap Vercors d’avoir imaginé cette course et de l’avoir fait grandir tout en conservant l’authenticité de ses débuts.

Et un grand, grand merci à Patrick, le traceur des 9 premières éditions, le géant qui m'a accompagné bien des fois en toute fin de peloton pour m’amener à bon port....

 

L'histoire en 9 récits !!!

UTV 2019 : Une belle journée !!!

UTV 2018 : Un train de sénateur !!!

UTV 2017 : J'ai touché au sublime !!!

UTV 2016 : La course de trop !

UTV 2015 : ... antépénultième !!!

UTV 2014 : Enfin !!!

UTV 2013 : Encore raté !!!

UTV 2012 : Si près du but ...

UTV 2011 : Mon premier Ultra ...

 

 

 

4 commentaires

Commentaire de coco38 posté le 23-09-2020 à 09:27:17

Et bien que d'émotions ! En route vers le 11ème... 15ème...
Tu auras finalement fait 2 superbes courses avec l'EB !
Mais dis-moi tu ferais pas des grosses hypoglycémies... tu prends plein de sucres et ça repart !
En tout cas Bravo et rendez-vous à St Laurent et au Puy j'espère.
A+
JC

Commentaire de Benman posté le 26-09-2020 à 07:47:15

Bravo pour cette course et ce chouette récit.
Je t'ai dépassé au train, le sénateur que tu es n'a jamais été député par la difficulté de l'épreuve.
Tu peux faire un magnifique ambassadeur de la course, ministre de la bonne humeur et de l'extase.
Finalement, c'est au président du CLCBH (comité de lutte contre les barrières horaires) que je tiens à porter mon coup de chapeau.

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 26-09-2020 à 10:36:42

Le Vercors ne se gagne pas comme ça et ta pugnacité a été admirable. BRAVO et merci pour

Commentaire de lepiaf posté le 27-09-2020 à 16:59:52

Bravo sa fait rêver un palmarès sur une course de plus le Vercors et merveilleux.
respect et Bravo .

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