Récit de la course : 6 jours d'Antibes 2007, par gdraid
Kikoureur : gdraid
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Course : 6 jours d'Antibes
Date : 10/6/2007
Lieu : Antibes (Alpes-Maritimes)
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Ce récit a été lu par
402 visiteur(s) ! Distance : 0 kms Matos : Casquette Kikourou rouge avec pseudo gdraid,
short synthétique,
mailot sans manche synthétique,
bas de contention médicaux,
socquettes Décathlon diosaz 500 anti frottement,
Chaussures Asic gel trabucco,
bâtons de marche.
Objectifs : Terminer |
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Samedi matin 10 juin, je débarque dans ma petite Clio blanche, bourrée de matériel de camping, pour une semaine, sur le stade d’Antibes.
J’installe mon campement durant 2 heures sous un soleil qui annonce déjà la couleur.
Rouge pour ma peau blanche de vieux Normand.
Dimanche matin vers 9h30, je régularise mon inscription, récupère mon dossard n°39, et prépare ma tenue de coureur.
Dimanche à 14h00, nous nous élançons sur la superbe piste de tartan rouge du stade d'Antibes.
Certains coureurs semblent partir à l'allure d'un 10 000m.
Quelques minutes plus tard, les premiers me dépassent.
Je trottine sagement en plein soleil, en m'accordant le rôle de spectateur de l'intérieur.
Je vais en effet admirer durant 6 jours, tous ces champions, pour la plupart réputés, lors des innombrables dépassements, sur ce circuit d'à peine plus d'un kilomètre. (1025,05mètres homologués par la FFA)
Le spectacle me plait.
Je remarque le style souple, léger, rasant, économique de certains, tels Christophe LABORIE, Patricia LEBLANC, René STROSNY, Angela NGAMKAM, Stéphane CAND, Ken Josper OLSEN, et de l'athlétique Michel CROCHET par exemples.
Le soleil frappe fort, et prépare déjà les prochaines victimes.
J'ai connu cela il y a moins de 3 mois en Mauritanie.
Je reste donc très prudent, adoptant moins d'une heure après le départ, la marche comme moyen de progression.
La nuit venue, je demanderai même l'autorisation à Gérard CAIN, d'utiliser mes bâtons, car mon talon droit commence à être douloureux.
Aucun règlement n'interdit cet équipement, jamais vu cependant sur un 6 jours.
Les réflexions vont bons trains sur le bord de piste.
( Y A POURTANT PAS DE NEIGE..., T'AS OUBLIE TES SKI ? ect...)
Je ris de bon cœur, surtout en découvrant au fil des tours, l'avantage de mes bâtons pour gagner en vitesse de progression.
La poussée de mes bras, surtout dans certaines petites bosses, ou dans certains virages serrés, fait merveille à chaque tour.
Ma technique d'utilisation s'améliore d'heure en heure, durant toute la nuit.
Je tourne à 6 tours à l'heure, aussi vite que l'allemande Martina HAUSMANN, une des favorites en plus de 700km.
Martina ne fait que marcher.
Tantôt à vive allure, tantôt en vitesse lente de récupération et de repos sur piste.
Elle s'arrête très rarement.
Elle avouera avoir dormi 2 heures en 6 jours.
Elle sera une des personnes avec laquelle j’aurai le plus parlé de jour comme de nuit.
Malgré son air grincheux, et ses réflexions durement exigeantes à l’égard de son assistant, la compagnie de Martina me sera très agréable et instructive, pour comprendre sa technique de résistance à l’effort et au sommeil.
Elle se présente comme professeur de Yoga, et base toute sa récupération sur des techniques de relaxation et de respiration durant toute l’épreuve.
Chaque arrêt à son stand pour s’approvisionner, s’allonger quelques minutes, se faire masser, ou manger sera utile à son repos optimisé.
Elle me fait part de son étonnement, quant à l’usage de mes bâtons, mais admet leur efficacité.
Elle m’apprend que je suis le seul à pouvoir la suivre, et même à la doubler, quand elle fournit son effort de marche rapide.
Venant d’elle je suis flatté.
Par contre mes nombreux arrêts repas, repos, toilettes, massages soins d’ampoules,(merci docteur SOULE), me feront perdre un temps important sans courir…
C’est bien là que Martina est très forte, au point d’inquiéter les meilleurs.
On la trouve en piste, pratiquement 22heures sur 24.
Durant les 2 premiers jours, Michel CROCHET marchera avec moi.
Le soleil a piégé ce trop rapide et impressionnant athlète, dès les premières heures . Il lui est impossible d’avaler quoi que ce soit, liquide ou solide. Cela durera ainsi, 2 jours pour lui.
Nous parlerons et sympathiserons en marchant.
Nos encouragements mutuels nous feront beaucoup de bien.
Il remangera et reboira normalement vers la fin du deuxième jour et tel un félin, gambadera avec une facilité déconcertante durant les 4 derniers jours.
Il ne pourra cependant faire mieux que 637 km au lieu des près de 800 dont il était sans doute capable.
Son ami Hervé BRESSOLIER , surnommé le killer, l’encouragea beaucoup, et termina les 6 jours avec 627km sans pouvoir résister à la remonter extraordinaire de Michel.
Les allemands Angela NGAMKAM et son compagnon René STROSNY feront des 6 jours un délicieux mélange de course à pieds, et de vacances sur la côte d’Azur.
Cette jolie blonde, si souriante avec tous, entraîna son champion à la plage chaque jour, et dans son couchage à ciel ouvert chaque nuit…
C’est beau l’amour !
Les 500km de René, au style si pur et rapide, ne reflètent pas la valeur de ce coureur exceptionnel.
Il aurait en célibataire, certainement approché ou dépassé les 800km…
De nombreux couples associaient leur passion de la course, par des comportements touchants et admirables.
Lui courait et elle aux petits soins veillait jour et nuit au bon état du coureur.
Ce fut vrai pour Gérard DEHU, 74 ans, admirable coureur très expérimenté de 6 jours, et si affectueusement servie par Andrée, 70 ans, elle même coureur de 24 heures !
Ce fut vrai aussi pour Didier ARPAILLANGE , secondé à tout instant par Nadine son admirable épouse, sans laquelle il aurait bien peiné.
J’ai beaucoup parlé avec elle, son courage pour des raisons de santé m’a bouleversé.
Ce fut vrai pour Romain RAMBAUD et sa petite amie ostéopathe, qui courait si souvent amoureusement à ses côtés, de jour ou de nuit.
Ce fut vrai encore pour l’allemand Said KAHLA, dont Christine sa compagne fut admirable de dévotion sur le 48 heures.
Christine souriante à tout instant, échangea souvent avec moi, dans un très bon français, de courtes conversations sur le ton d’une amie de toujours.
Ce fut vrai pour bien d’autres couples encore…
Ce sport rapproche pour très longtemps et très sincèrement ceux qui s’aiment.
De nombreuses scènes de jour ou de nuit suscitaient mon émotion.
L’histoire la plus touchante pour moi, sera celle du Suisse Stéphane CAND.
Ce professionnel du bitume et des courses à n’en plus finir, sympathisa avec moi lors d’un repas du soir entre 20 et 21 heures. Il me raconta brièvement sa vie de fou, avec entre autre, un record du monde de 514 km sur tapis roulant !
Puis il m’apprend que , brusquement plus rien ne lui donne envie de courir plus longtemps ici, et il décide de rejoindre cette nuit même la Suisse, pour rejoindre sa femme et sa petite fille de 6 ans.
Elles devaient le rejoindre à Antibes jeudi ou vendredi. Il prend la route et 200 km plus loin réalise l’énormité de sa décision. Il revient au stade d’Antibes pour continuer la course, très en colère contre lui-même.
Bien sûr plus question de perf de 7 ou 800 km. Mais il se remet à courir.
Dans la journée du jeudi j’aperçois Stéphane rayonnant de bonheur, en compagnie d’une jeune femme et d’une petite fille.
Il reprend la course dans de folles chevauchées pour cumuler un maximum de tours de piste.
Aux bonnes heures de la journée, il entraîne son épouse et sa fille sur la plage voisine.
Que de bonheur retrouvé, pour cet étonnant personnage, qui n'enregistrera que 301km, loin derrière moi !!! (rire)
Sur le plan de l’amitié je retiens l’attitude si amicale du champion, Pierre Michael MICALETTI, qui m’adressa si souvent des mots très amicaux et encourageant.
Il terminera 3ème , de justesse devant Martina HAUSMANN, avec plus de 712 km au compteur !
Bravo Mica !
Et bravo à ta merveilleuse équipe d'assistance course !
J’ai bien sympathisé, durant plusieurs repas à table, le midi ou le soir, avec l’équipe danoise de Ken Josper OLSEN , et Peter BOEGEVIG, accompagnés de leur ami kiné Australien, Mickael.
Mickael sera d’un grand secours pour bon nombre d’entre nous, en nous prodiguant sa technique très personnelle de récupération de nos jambes martyrisée.
Mickael est chercheur, et a entrepris l’écriture d’une étude sur sa technique de massage des coureurs à pieds.
Il compléta efficacement l’excellent travail de l’équipe d’ostéopathes, et du médecin, débordés par les soins de tous.
Mickael l’Australien, est au service des Danois, pour les aider à la victoire. Résultat acquis assez facilement par le fantastique Ken Josper OLSEN avec 780km.
Ken me remercia pour le soutien permanent que je lui apportais sur la piste, chaque fois qu’il me doublait. C’est vrai que ce coureur infatigable, a suscité toute mon admiration durant 6 jours.
Nous avions en commun, Ken, Peter les Danois, et moi, la même couleur bleue, cerclée bleu foncé, de nos yeux.
Nous avons bien ri, en imaginant nos probables origines communes de Viking danois, à Normand de Normandie.
Nous avons évoqué cette identité, à plusieurs reprises durant les 6 jours, au grand désespoir, plein d’humour, du suédois K-G NYSTRÔM , qui lui n’avait que des yeux verts à montrer …
J’ai tenu à accompagner les danois, à l’aéroport de Nice .
Grand partage d’émotion sur le quai du départ .
Ken insista pour m’offrir les chaussures de sa victoire à Antibes.
J’eus la bonne surprise de rencontrer un Kikoureur du 05, en visite sur Antibes. Laurent05. Ses encouragements me furent précieux.
Vendredi , sur le bord de la piste arrive une charmante jeune fille, cherchant des yeux une tête connue.
Je vais au devant d’elle, et lui demande si « may », n’est pas son pseudo sur Kikourou. Son visage s’illumine, elle reconnait la casquette rouge Kikourou et le pseudo gdraid.
J’ apprécie tant la littérature de may, sur le forum Kikourou, que j’ai l’impression de la connaitre.
Nous rions un bon moment, puis nous nous embrassons comme d’anciens amis.
Elle retrouve avec joie les Kikoureurs "Séraphin" et "Forest alex" sur le lieu de course.
Elle me dit au revoir, et s’apprête à quitter Antibes pour le Mercantour, avec Alexandre FORESTIERI, qui laisse la course après 5 jours, avec 478km !
Anisse ISMAILI semble revivre en compagnie de may !
Ce jeune coureur de 21 ans, terminera une course commencée dans la douleur d’un releveur du pied…
Après des soins et du temps de récupération, il repassera devant moi au classement, avec 431 km au compteur, à l’aide d’une foulée admirable.
Mes pieds ont beaucoup souffert.
Une ampoule au pouce droit, non douloureuse, et une énorme ampoule brûlante au talon droit m’ont obligé aux soins du docteur SOULE, 2 fois par 24heures durant les 4 derniers jours.
Mon talon me fit beaucoup souffrir, au niveau de raccord de la greffe du tendon d’Achille, surtout à froid lors de chaque redémarrage.
L’articulation de mon pouce gauche, meurtrie par ma chaussure au fil des centaines de km, devint de plus en plus douloureuse, voire insupportable.
Les comprimés du doc, m’aidèrent un peu à supporter ces supplices.
Je n’ai pas eu comme la plupart des coureurs, des assistants attentifs et prévenants.
Cela ne m’a pas manqué , même si j’admirais l’efficacité et le dévouement jours et nuits, de certains.
J’ai appris beaucoup sur la technique de ces 6 jours, si particulière à la course à pieds.
Cette épreuve m’a séduite.
Je la retenterai si possible, d’une autre manière en juin 2008, avec je pense, un bien meilleur résultat que ces modestes 409km.
Ce que j’ai le plus aimé dans cette course si spéciale :
- le nombre restreint de coureurs en piste ;
- l’amitié qui se tisse très vite entre tous les intervenants ;
- la possibilité de marcher, à l’aide de mes bâtons, puisque mon poumon droit m’interdit de courir comme avant ;
- la possibilité d’exister, parmi tous ces grands champions internationaux ;
- le décors somptueux de la baie des Anges, de Nice à Antibes, de jour comme de nuit, et cette belle petite plage au bord de la mer bleue, quelques mètres plus bas sous nos yeux.
Ce que j’ai le moins aimé dans cette course :
- l’état de la piste caillouteuse, pavée de mauvaises intentions, dans le tronçon longeant tout le bas du mur du Fort Carré d’Antibes ;
- le soleil implacable, qui surchauffait chaque jour le mur de nos lamentations, et transformait ce lieu en four solaire que je dénommerai «Four Carré d’Antibes» ;
- le supplice de Tantale , chaque jour, à chaque tour, à la vue de la plage et de la mer bleue, quelques mètres plus bas sous nos yeux.
Nous en avons tous beaucoup souffert physiquement et moralement .
En consolation de ma médiocre performance, je ramène une coupe de Finisher, pour mon petit fils Maxence, mon admirateur de 13 ans.
Il est fier de son Papi, je m'en voudrais de le décevoir.
Je ramène aussi le bon souvenir de terminer 28ème, devant tous les autres vétérans 3 , et vétérans 4.
(Excusez moi cher GG DEHU, je vous ai pris 2 km, en fin du 6ème jour, pour finir juste devant vous. )
Je le regrette maintenant .
Vous m’avez tant appris et émerveillé, par votre expérience et votre courage.
J’ai tardé à écrire ce trop long CR.
La fatigue sans doute, et un certain blues, long à se dissiper.
Je remercie tous les Kikoureurs qui m’ont encouragé directement ou indirectement.
J’ai souvent pensé à certaines et certains d’entre vous. Cela m’aidait beaucoup.
Je tiens vraiment à votre bonne amitié.
A bientôt sur le forum Kikourou, sur le terrain, ou ailleurs.
JC
Commentaires
Récit très émouvant et performance qui reste pour moi à ce jour du domaine de l'inconcevable.
Total Respect GDRAID
Fabzh
J'ai eu le bonheur de voir toutes ces étoiles briller dans tes yeux ce soir là à Antibes!!!!!!
Tu es merveilleux de passion, de générosité, d'amitié.
J'aurais adoré être parmi vous durant ces 6 jours.
Merci pour ton CR tellement touchant d'humanité, qui me donne, plus que jamais, envie de vivre une telle expérience.
Je souhaite que tu récupères vite, et qui sait, te retrouver sur une course de "barjes".
Merci infiniment pour tes mots, pour ce que tu es,
je t'embrasse bien amicalement
may_émue
Bravo à toi.
Quelle belle épreuve, quelle belle manière de montrer que la course permet d'accéder à d'autres dimensions humaines, j'allais dire sprituelles.
Merci pour ton récit, il comptera beaucoup pour moi, même si je suis à peu près sûr de ne pas participer à un 6 jours, en tout cas pas tout de suite !
Mais ce que j'y trouve, dans ce récit, ce sont des valeurs et des réflexions qui sont universelles, que tout un chacun peut expérimenter quels que soient son niveau ou la distance sur laquelle il s'aligne.
Merci à toi.
Ton CR est comme le personnage : pas besoin de photos pour avoir des images et des émotions plein les yeux. Je suis vraiment très content de te connaitre.
Remets toi bien de ces 6 jours. Et quoi que tu en dises, plus de 400Km, c'est énorme. Je connais un sale gosse (moi) qui n'en suis pas capable. Bravo au sportif, mais surtout à l'homme.
A peluche
Coli
AMAille bravos en tout cas pour ta perf et a bientot j'espère sur les 25 bosses ou ailleur
Amicalement
Totoche88
C'est limpide et clair.J'ai l'impression d'avoir couru ces 6 jours.Merci de nous l'avoir fait revivre du côté relationnel.
On n'a pas l'impression que tu as souffert et tu as pris un immense plaisir.Chapeau.
Eric
ça ma fait super plaisir de te croisé
ce qui ma le plus marqué c'est la joie et le plaisir que tu avais à te trouver dans une telle course avec
des personnes exceptionnelles...
merci beaucoup pour ton cr et ta gentillesse
récupères bien
au plaisir de te revoir
laurent
Ta performance te semble modeste, mais je pense que tu peux etre vraiment fier de toi. Il faut un courage extraordinaire pour se lancer dans une telle aventure.
Je ne pense pas encore avoir tant de cran pour relever ce defi là.
Du premier jusqu'au dernier et meme ceux qui ont abandonné en route, vous etes de veritable champion.
Aprés ca que peux t'on faire de plus fou ? mdr
En tout cas, tout doit sembler plus facile aprés cette course..les trails de 50km, les marathons etc..
a+
et respect pour ta perf et ta volonté. super!!
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