Récit de la course : Sierre - Zinal 2008, par Epytafe

L'auteur : Epytafe

La course : Sierre - Zinal

Date : 10/8/2008

Lieu : Sierre (Suisse)

Affichage : 2270 vues

Distance : 31km

Objectif : Pas d'objectif

10 commentaires

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Sierre-Zinal "sur le fil du rasoir"

Je devais être à Londres ce week-end là, pour un voyage prévu de longue date mais annulé à la dernière minute. Dimanche 3 août, je jette un coup d’œil curieux sur le site de Sierre-Zinal et voit la mention « dernier jour » qui clignote sur la page d’inscription. Sans vraiment réfléchir, je prends un dossard, l’occasion est trop belle, les circonstances trop favorables pour qu’une totale absence d’entraînement spécifique soit un argument valable à rester raisonnable. C’est une course qui, quand elle se déroule sous la pluie peut, paraît-il, vite se transformer en cauchemar, voire se dérouler en partie sous la neige, et cette année, les pronostiques météo vont vers le beau, le grand beau. De plus, j’ai la chance de travailler dans l’irrégulier, trois voire parfois quatre week-ends par mois, donc un week-end libre et ensoleillé ne risque de se reproduire que dans 13 ou 14 ans… Donc, je ne réfléchis pas, je fonce… Du moins je tente…

 

Afin de ne pas avoir à courir, je passe la nuit de samedi à dimanche au camping de Sierre, étonnant camping situé au bois de Finges, petit bois à la biodiversité très très surprenante, mais bon, je ne suis pas venu en Valais pour faire de la biologie en amateur, c’est de la course de montagne que je suis venu pratiquer… en amateur… La cérémonie de retrait des dossards me laisse tout de même un peu songeur. Quelques photos du parcours où l’on voit un peu mieux le dénivelé que sur le site un peu avare en informations me laissent augurer quelques belles heures de souffrance pour le lendemain. Un bureau « changement de catégorie » m’interpelle. Vais-je transformer ma catégorie élite en touriste ? Un fond de, de quoi ? de fierté ? non… de flemme ! me retient. Les touristes partent à 05h00 alors que les coureurs partent à 09h00. Vous ai-je déjà confié toute la haine que je voue à mon réveille-matin ?

 

Me v’là donc dimanche matin, au milieu d’un bande de participants qui ont tous l’air d’athlètes, qui sont tous hyper-affutés, qui me ramène à mon profile d’à-peu-près coureur. A peu près parce que même si je cours depuis 2 ans et demi maintenant, ma progression est plutôt lente vu les 20 ans de sédentarité que je traine, et je n’ai pas (pas encore) grand-chose à voir avec les athlètes qui se pressent derrière la ligne. Tant pis, à défaut d’avoir un affutage parfait, j’irai à la tronche, au sale caractère.

 

Une fois derrière la ligne, je me rends compte qu’il va m’en falloir une louche de sale caractère. Ce n’est rien de moins qu’un mur que j’ai devant moi, intéressant comme concept d’ailleurs mais légèrement inquiétant aussi pour une première approche des courses de montagnes. Le dernier quart d’heure se passe, très bon enfant, il faut presque rappeler aux titulaires de dossards préférentiels qu’ils ont droit de se mettre devant. Un coup de revolver m’arrache à ces considérations, nous voici partis.

 

Le début de la course n’est pas le même pour les coureurs ou les touristes. Les touristes attaquent le mur de front alors que les coureurs le longent durant un petit kilomètre avant d’attaquer la montée. Vu la distance, je ne me suis pas trop échauffé avant le départ, histoire de garder mes forces. Bien que je pense avoir eu raison, un petit kilomètre d’échauffement avant d’attaquer la montée de front, c’est peu…  On quitte la route et on emprunte un sentier sur la gauche, un sentier qui monte et qui n’arrêtera pas de monter pendant 1500 m. Au début, ça bouchonne un peu, le temps que les rythmes se fassent, que les écarts se creusent. Un sentier forestier, ce n’est pas idéal pour courir à 4 de front… De toute façon, pour rester honnête, je ne comprends pas exactement comment on peut courir sur de tels sentiers. Le dénivelé est tel… Alors je fais comme tout le monde, des très grands pas, et dès qu’il y a 15 mètres un peu moins raides, je cours. Ce qui me mène finalement au premier, puis deuxième ravitaillement où une affiche proclame que même si l’on a parcouru que 7,5 des 31 kilomètres, le tiers du temps est fait vu les 1300 mètres de D+ que l’on vient de se manger tout cru.

 

Doucement, la végétation change, les mélèzes apparaissent puis disparaissent, la montagne se pèle peu à peu, signe d’altitude s’il en est. Le troisième ravitaillement est signe d’espoir, le D+ continue, mais à un rythme qui m’autorise à nouveau la course, Chandolin approche. Ce village situé aux alentours de 2000 mètres signifie la première descente, la barrière psychologique des 2000 mètres franchie et, une pente plus douce qui mène jusqu’à l’hôtel Weisshorn, construit par un Anglais visionnaire et amoureux des Alpes au XIXème siècle à presque 2400 mètres au-dessus de Saint-Luc dans le val D’Anniviers.

 

L’Altitude aidant, ma course est lente et je cours un moment avec un gars qui me dit que c’est sa troisième participation. La première, il l’a terminée soutenu par des militaires présents pour soutenir l’infrastructure. La deuxième, il s’est écroulé sous le coup d’une hypoglycémie. Il espère donc beaucoup de sa troisième participation… Devant nous, à une centaine de mètres, un autre coureur s’arrête et repart en boitant, foudroyé par une crampe. Mon compagnon de route se précipite et offre pastilles de magnésium présent dans sa banane, soutient d’une épaule voire massages. La victime est presque gênée par tant de sollicitations et moi je pense à tous ces récits sur Kikourou, toutes ces interventions sur le forum qui mentionnent l’état d’esprit si particulier des courses de montagnes.

 

Tignousa, 2180 mètres, arrivée du funiculaire de Saint-Luc et départ du chemin des planètes. Le ravitaillement propose des bouillons. Vu ce que je sue et perd en sels minéraux, j’en prends un. Quelle belle idée, c’est à coup de bouillons que je finirai donc cette course. Un panneau jaune de tourisme pédestre, typique des sentiers suisses annonce 1h20 pour l’hôtel Weisshorn. Il me reste 40 minutes si je veux être classé. Je sais que les temps de parcours sur ces panneaux jaunes sont étalonnés pour une vitesse de 4,2 km/h. La montée m’a tué, ma respiration est sifflante à cause d’un regain d’asthme et de l’altitude que je n’ai jamais trop supporté… ça va être chaud. Je repars en essayant de ne pas trop écouter mon cardio sur un sentier qui… descend alors que je dois encore monter 207 mètres ! Heureusement, le parcours est magnifique, le sentier surf avec le ciel, tutoie les rares nuages et fonce en direction de ces cinq 4000 qui donnent son nom à la course. Une dame Belge me renseigne gentiment sur les noms de ces sommets, pousse la politesse jusqu’à éviter de se gausser de mon ignorance, moi, enfant du pays…

 

Mon passage au Weisshorn se fera 4 minutes avant l’arrêt des chronométrages, ouf ! C’est de votre faute aussi ami kikoureurs ! A force de lire vos exploits, j’ai eu la prétention de m’inscrire en Elite, alors que la catégorie touriste m’aurait je crois plus convenu. 2 bouillons et un plein de gourde plus tard, je repars. Plus que du bonheur au programme maintenant, le sentier continue en direction de ces inatteignables 4000 avant d’entamer la descente.

 

Celle-ci est difficile, traverse des pierriers très durs à courir, surtout que mes jambes sont cramées par quelques heures de montée, avant de littéralement plonger sur Zinal, tout en bas sur la droite. Cette descente est terrible, achève mes pauvres muscles, tortures mes cuisses avant de se terminer sur un petit kilomètres de goudron que je suis fier de pouvoir parcourir à grandes enjambées, en volant presque. Dernier peut-être, mais avec encore un minimum de ressources ! Les quelques spectateurs restant m’encouragent, hurlent mon nom inscrit sur mon dossard. Merci à eux d’être resté jusqu’au bout, de m’avoir porté sur ce dernier kilomètre, jusqu’à cette ligne, cette arche gonflable synonyme de délivrance pour ce pauvre Epitaphe qui a voulu flatuler  plus haut que son séant.

 

Plus tard, une visite sur le net me montrera que je suis avant-dernier des classés de l’Elite. Une dizaine d’autres arriveront au but hors classement… Honnêtement, je reste assez content d’avoir terminer dans les temps et de m’être frotté une fois au moins à cette course mythique.

 

10 commentaires

Commentaire de shunga posté le 18-08-2008 à 18:36:00

Bravo Frère Tuck ! Ah on est si bien dans les derniers. Quand je pense à tous ces gens qui terminent dans les premiers qui n'ont pas le temps de regarder les paysages tant ils courent vite ou de s'apitoyer sur leurs douleurs tellement ils sont entraînés, franchement, ça me fait mal au coeur pour eux. Alors que nous hein, nous ! On l'a mérité notre bière !

Commentaire de agnès78 posté le 18-08-2008 à 21:30:00

un grand bravo d'avoir si brillamment affronté cette course mythique!
grosses bises
agnès

Commentaire de la panthère posté le 18-08-2008 à 23:00:00

chapeau......t'as bien mérité ton dossard "élite", ça a l'air costaud, costaud, comme épreuve......bravo, et merci pour ton récit!
(on n' est pas des touristes sur kikourou...non, mais...))

Commentaire de Mustang posté le 18-08-2008 à 23:59:00

Une course mythique!! quelle chance que tu l'ai faite!!! bravo!!! La foi aplanit les montagnes, dit-on??, heu!!!!!!!!

Commentaire de JLW posté le 19-08-2008 à 00:04:00

Et puis quelle belle prose !! Cela mérite amplement une grande place d'honneur parmi les kikourous. Non mais, un récit si bien écrit vaut toutes les places d'honneur. Merci Epitaphe et essaye de te dégager d'autres week ends pour nous narrer de si belles courses.

Commentaire de moumie posté le 22-08-2008 à 17:00:00

Un grand bravo pour cette course remportée avec mérite.
Ton récit est plus d'humour, j'ai adoré.

A quand les Olympiades à ce rythme? :-)

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 26-08-2008 à 09:21:00

T'aurais pu te grouiller un peu ! T'es Suisse ou quoi ? Enfin, bravo quand même, ramène-nous des photos la prochaine fois.

Commentaire de kikidrome posté le 26-08-2008 à 13:42:00

J'ai adoré ton récit, les noms que tu cites sont plein de souvenirs de randos en famille quand j'étais enfant puis ado. je rêve de cette course depuis des années. A te lire, je pense que je m'inscrirai en catégorie "touriste" pour ne pas prendre de risque et surtout pour prendre le temps d'admirer les paysages (et de ramener des photos pour les copains de kikourou ;-) ).
Bravo à toi et j'espère te rencontrer un de ces jours du côté des Verrières ! (je suis allée faire le parcours vita des bayards dimanche matin avec mes enfants)

Commentaire de titifb posté le 27-08-2008 à 05:45:00

Excellent cr ami Epitaphe !! Un régal de te lire, j'attends ton prochain avec une impatience non dissimulée...(et bravo pour ton classement en ELITE, même in extremis)

Commentaire de Jihem posté le 31-08-2008 à 22:27:00

Bravo pour avoir réussi à rentrer dans les temps ! En meme temps, c'est un peu normal la précision pour un suisse, non ? En plus, si ça a fini de te convaincre de nous rejoindre à la Sainté, ça va être la fête ! Top ton récit, je ne vais plus oser publier les miens.

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