Récit de la course : Trail des Aiguilles Rouges 2008, par Bikoon

L'auteur : Bikoon

La course : Trail des Aiguilles Rouges

Date : 28/9/2008

Lieu : Les Houches (Haute-Savoie)

Affichage : 1435 vues

Distance : 54km

Objectif : Objectif majeur

4 commentaires

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Le trail des Aiguilles Rouges : écologique, convivial et …….. technique…….

 

Lors de la première édition du TAR en septembre 2007, je m’étais dit que cette course devait avoir de la gueule et qu’un jour je m’y alignerai bien.

Je n’avais à l’époque pas encore couru mon 1er ultra (Sparnatrail le 11 novembre). J’avais lu avec grand intérêt les différents CR de la course qui m’avaient confirmé mon envie d’y participer ; et ce, malgré les conditions pourries subies par les concurrents.

 

Nous sommes le 13 juillet dernier, et je m’apprête à disputer le trail des Frahans à Samoëns en Haute-Savoie. Celui-ci devait initialement faire 42 km pour 2600 m de D+, mais pour des raisons de sécurité pour cause de météo exécrable, le parcours est finalement tronqué à 25 km pour 1100 m de D+. J’avais fait une grosse préparation sur 8 semaines (toute proportion gardée) pour ce qui devait constituer mon 1er trail de montagne, et ce parcours raccourci déclencha un fort sentiment de frustration.

Ce fut le facteur déclenchant de mon inscription aux Aiguilles Rouges. J’allais me venger entre les Houches et Chamonix le 28 septembre !

 

Donc rebelote pour une prépa typée montagne dans les Yvelines ;o))), merci à la vallée de Chevreuse, au parc de Marly et à la forêt de St Cucufa pour leur forte contribution.

J’ai tout de même pu faire 2 sorties en Haute-Savoie à l’occasion d’un court séjour à Samoëns où j’ai cumulé 58 km et 3600 m de D+.

J’arrive donc aux Aiguilles Rouges  avec 370 km et 6800 m de D+ ainsi que 330 km de vélo cumulés sur 8 semaines.

 

Les jours qui précèdent la course sont comme toujours imbibés de Malto, et bien plus que d’habitude teintés d’une forte appréhension compte tenu des difficultés qui m’attendent (54,4 km et 3674 m de D+ annoncés par l’organisation).

Je vais enfin pouvoir me décoller du site de météo Chamonix, le temps s’annonce parfait, je tiens au moins ma vengeance d’un point de vue météo ;o)

 

Samedi soir, je tente un endormissement à 21h00, mais plus de 2h plus tard, je tourne encore…. Bref, je me lève à 3h après une bonne nuit d’un peu plus de 3h… ;o((

Peu importe, la journée s’annonce magnifique et ma motivation est au top.

Ma petite femme n’ayant malheureusement pas pu m’accompagner pour le trail, ce seront mes parents qui joueront les supporters de luxe !

 

Nous arrivons aux Houches à 4h30, mes parents me déposent et filent à Cham car ils ont prévu de monter au Brévent à pied pour m’encourager (ils commencent la journée à 5h00 avec 1500 m de D+ !).

 

Aux Houches je croise furtivement Nico26 et Gazelle81 pendant mon léger échauffement puis je fais enfin la connaissance de Badgone et Martinev, le gotha de Kikourou ;o)

Et pas seulement de Kikourou d’ailleurs, ils sont en 1ère ligne à discuter tranquillement avec Dawa (Sherpa), Vincent (Delebarre) à proximité de Bertrand Chaigneau et Guillaume Le Normand …. !!! Je me sens tout petit.

 

Un petit mot sur mon matériel avant la course proprement dite. J’ai opté pour un corsaire, un t-shirt manches courtes avec manchons sur les bras, buff Kikourou sur la tête et XT-Wings SLab aux pieds. J’ai sur le dos un Salomon XA Pro pack vest chargé avec 1 litre et un seul bidon bretelle de 0,5 litre ; l’autre bretelle contenant le gobelet fourni par l’organisation. J’ai prévu 8 gels dont 4 goût cacahuète quand le sucré commencera à me dégoûter ; ainsi qu’un tube de Sportenine  et 4 recharges de poudre permettant de faire 2 litres de boisson. J’emporte enfin un portable et une courbe du dénivelé avec différent temps de passage sur une base de 9h00. Un temps approximatif déterminé à l’aide de l’estimateur de performance. Un léger coupe vent complète cette liste et me fait arriver à 2,9 kg dont 1,5 litre de boisson.

 

Un compte à rebours à l’unisson, et peu après 5h00 les fauves sont lachés. Me trouvant en 1ère ligne ça part évidemment très vite, je mets le clignotant à droite pour laisser passer les fusées, pas question de me griller dès le départ ! Après une partie goudronnée en descente, nous attaquons la 1ère montée d’abord sur route puis sur chemin puis de nouveau sur route, et enfin le chemin pour de bon. Ce sentier est plutôt roulant mais, encore peu réveillé musculairement et surtout de peur de me faire une cheville avec les nombreux obstacles jonchant le parcours (racines, petits ruisseaux, pierres). La nuit est très noire et ma frontale manque de puissance, je suis d’autant plus prudent. Mes bâtons Leki Traveller sont bien au chaud dans le sac en attendant d’attaquer la vraie première difficulté après Servoz.

 

Arrivée à Servoz au 7ème km (350 m D+) en 50 mn soit 3 mn d’avance sur mon estimation et à 164 bpm soit 80% de ma FCM. Il y a quelques courageux supporters dans les rues malgré l’heure plus que matinale (5h50). Après un petit bout de route nous attaquons la montée qui va nous mener aux chalets puis au lac de Pormenaz. Commence alors une longue procession de frontales bleutées et de tintements de bâtons sur ce sentier pierreux. Les sensations sont bonnes, le rythme cardiaque un peu haut, mais difficile de faire autrement dans cette pente ; et un peu avant 7h00 la luminosité devient suffisante pour éteindre la frontale et commencer à profiter du paysage. Un coup d’œil sur la droite et le MONT-BLANC apparaît majestueux dans les premières lueurs du jour. Il ne nous quittera quasiment plus de la journée.

 

Bonnes sensations donc à part de légères douleurs intestinales qui occasionneront pas mal de flatulences dans la matinée ! Encore pardon à mes poursuivants. Le grand air n’a pas que des vertus ;o)

Je suis surpris par la température très froide en sortant de la forêt, bien content d’avoir mes gants, le sol est gelé et par endroit très glissant. Les chalets de Pormenaz sont endormis (sont ils d’ailleurs réveillés dans la journée en cette saison ?) et j’arrive au lac du même nom après 2h20 de course soit 15 mn d’avance sur ma feuille de route au km 15, 1605 m D+ cumulé et 170 bpm soit 83% de FCM.

 

En face de moi, en direction du refuge de Moede Anterne se dresse le Dérochoir, montagne majestueuse qui se pare de couleurs automnales avec le soleil levant. Que la montagne est belle.

Le petit chemin qui serpente entre le lac et le refuge est très plaisant à courir  mais il convient de rester concentré car certaines portions de roches plates sont très glissantes. 15 mn plus tard en arrivant à Moede Anterne, je croise Ultra-Steph, un UFO kilomètrivore ;o) qui nous signale que la soupe est très bonne, je lui fait confiance mais préfère m’abstenir en pensant à mon estomac qui m’en voudrait peut être de faire un mélange gel pomme verte / soupe. Aussi bonne fut-ce t’elle. Je recharge mon bidon, et zou ça repart direction pont-d’Arlevé 400 m D- plus bas. C’est ici la partie la plus humide du parcours tel qu’indiqué au briefing avec la présence d’herbes et de boue épaisse. Merci les vaches ;o)

 

Le pont d’Arlevé marque le début de l’ascension la plus longue de la course : le Brévent. Je me fais un peu doubler en début d’ascension, car bien que pas trop pentue, je ne me sens pas capable de courir. C’est d’ailleurs à partir de ce moment là que je vais être handicapé par le souffle court engendré par l’altitude. Le rythme cardiaque et les jambes sont plutôt au RDV mais la capacité cardio-vasculaire du p’tit gars des plaines que je suis en prend un coup !

La difficulté de l’ascension va crescendo pour finir en apothéose avec des échelles métalliques entre le col et le Brévent proprement dit.

 

 

En revanche, la difficulté est un peu atténuée par la vue somptueuse, littéralement à couper le souffle (il n’avait pas besoin de ça) en arrivant au col du Brévent sur la chaîne du MONT-BLANC.

J’en ai des frissons devant une telle beauté naturelle. A ce spectacle s’ajoute le soutien et les encouragements de mes parents qui viennent d’arriver au ravitaillement du Brévent. Ils n’ont vraiment pas traînés, craignant de rater le RDV. J’ai encore 8 mn d’avance sur mon tableau de marche. Cela fait 4h22 que je suis parti, et cumul 26 km et 2675 m de D+. Un beau ratio !

 

En arrivant au Brévent

  Au ravito du Brévent 

Je ne m’attarde pas car malgré (ou à cause) des efforts fournis dans la montée, j’ai un peu froid. Je garde donc mon buff, mes manchons et mes gants pour la descente vers Plan Lachat, presque 900 m D- plus bas. Il ne faut pas avoir mal au cœur, tellement ce petit chemin zig et zag ; sympa au début mais finissant par lasser malgré tout, je suis presque content d’attaquer la remontée. Mais ça ne va pas durer…

 

Nous sommes maintenant en plein soleil, d’abord en forêt puis complètement exposés dans la pente qui va nous mener à Planpraz. Je me suis donc débarrassé de mes accessoires hivernaux.

Mais pourquoi ai-je levé la tête ? Déjà bien entamé physiquement par le Brévent, la longue procession de coureurs sur ce chemin au dessus de moi entame mon moral. Bon, regarde plutôt le chemin, tire sur les bâtons et sers les dents me dis-je.

C’est ici que j’ai commencé à décrocher sur mes temps de passage. Alors que j’avais encore 8 mn d’avance au Brévent, j’arrive avec 7 mn de retard à Planpraz.

 

Mes parents sont redescendus depuis le Brévent pour m’encourager ici et, même si je suis très content de les voir, je ne suis pas très démonstratif commençant à être bien grillé. Dans la partie finale de l’ascension, Nico26 m’a dépassé et nous sommes restés au contact grosso modo jusqu’à l’Index.

 

 

J’arrive donc au ravito de Planpraz en 6h02 pour 5h55 espérés après 35 km et 3130 m de D+ cumulés pour 162 bpm de moyenne soit 79% de ma FCM. Les jambes sont maintenant bien douloureuses et je me demande comment je vais gérer les 3 ascensions restantes. Je laisse mes parents et leur donne RDV à l’arrivée dans ??? heures, et je ne m’attarde pas au ravito car le col de la Glière m’attend 400 m D+ plus haut.

 

La montée est difficile (comme toutes maintenant) mais je m’accroche et je continue à m’imprégner de ce paysage fabuleux. Après le final du Brévent, nous attaquons maintenant la partie la plus technique du parcours qui durera jusqu’après le lac Blanc. Le col de la Glière est très minéral, parfaitement sauvage, et quelques randonneurs / spectateurs nous encouragent chaleureusement. La descente est raide à souhait et mes doigts de pieds commencent vraiment à me maudire. Je ne peux d’ailleurs pas les soulager grâce aux bâtons car le revêtement et ma technique ne le permettent pas.

 

C’est avant la montée sur l’Index que je me fais doubler par Sylvain (GGO). Il me dit s’être planté de route au Brévent alors qu’il était dans les 30 !! Pas de bol. Il me donne des nouvelles d’Ultra-Steph qui est passé en mode rando ne pouvant suivre son objectif après énormément de kilomètres accumulés ces derniers temps.

 

 

Le final sur l’Index est un vrai calvaire, j’appelle ma petite femme « j’en chie trop, j’avais besoin de t’entendre ». Pardon pour cette « conversation », mais merci pour tes encouragements. Elle et ma puce de 4 ans ½ me suivent à distance, ça me pousse vers l’avant. Je suis 60ème d’après le suivi live de la course sur le site de l’organisation.

L’Index : 40ème km pour 3720 m D+ (tient ils avaient pas dit 3600 m en tout ??) et 13 mn de retard ; je retrouve Sylvain au ravito et repars un peu avant lui, restant toujours sur mon habitude de courtes pauses.

 

Il n’est pas long à me rattraper avec ses pattes de géant ;o) et m’invite à le suivre pour une bonne partie de pac-man. Ça m’aurait bien plu, mais je n’étais vraiment plus en mesure de le faire. Vu son classement à l’arrivée, il a du se régaler !!

Le la Blanc se profile, c’est noir de monde, un dimanche, ce temps et ce paysage, on comprend aisément pourquoi.

 

J’y arrive en 7h49 pour 7h30 espérés pour 43 km et 3845 m D+ et 159 bpm de moyenne soit 78% de ma FCM.

La montée s’étant plutôt bien passée, et pensant en avoir terminé avec les ascensions, ça me regonfle pour attaquer la descente qui me mènera à la Flégère. Peu après le lac Blanc, le paysage est toujours aussi joli, mais le trailer est confronté à un dilemme : soit on s’arrête pour observer le paysage, soit on prend le risque d’une bonne vautre tellement le sentier est parsemé de pièges : marches en bois très inégales, échelles….. Et après plus de 8h00 d’effort, j’avais plutôt envie d’en terminer au plus vite.

 

Après la bifurcation à droite direction la Flégère, le chemin est beaucoup plus roulant et je me retrouve seul sur ce très beau single track. Un vrai régal, les sensations étant encore bonnes en descente.

Dernier ravitaillement : La Flégère. Par réflexe, je recharge mon bidon alors qu’un bénévole m’annonce encore 5 km jusqu’à Cham. Bien m’en a pris, car comme la plupart je pense j’ai été [très] désagréablement surpris par le profil du final avant Chamonix.

 

En repartant du ravito, je m’aperçois que Sylvie Negro, 1ère féminine est sur mes talons, je m’écarte pour la laisser passer et ne pas ralentir sa progression. Puis chose surprenante pour moi, je la rattrape assez facilement. Je me mets alors à sa hauteur et lui demande si elle souhaite que je l’emmène un peu. Et hop, c’est parti. Enfin, si l’on veut, car autant sur les parties roulantes nous avons un bon rythme, autant dès que ça remonte, elle comme moi sommes franchement à la peine.

 

Donc, même si j’ai fait la descente devant Sylvie, je tiens à la remercier, car les encouragements que je lui prodiguais m’étaient également destinés ; et je ne suis pas sûr que serai descendu aussi vite seul.

 

Après moult remontées sur ce petit chemin (certes magnifique, mais après 9h00 d’effort), c’est enfin la délivrance, une dernière remontée sur la route, puis à gauche, un zig, un zag et la pente herbeuse qui mène à l’arche. OUF.

 

OUF

 

Plus de 57 km et 4100m D+ me mènent en 9h35 à une inespérée mais jubilatoire 58ème place.

Le site d’arrivée est propice à la récup : repos dans l’herbe en regardant les concurrents arriver, assorti d’une excellente tartiflette géante et après un bon massage au pied du MONT-BLANC. LE PIED, justement. Il ne manque que mes petites femmes pour être comblé. Un coup de fil pour les rassurer.

 

 

Pour mon 1er trail de montagne j’ai vraiment été gâté, et je pense déjà à l’édition 2009.

Un dernier mot au sujet de l’organisation irréprochable, merci aux très nombreux et très serviables bénévoles, et merci également aux courageux spectateurs présents sur le parcours.

Et merci à vous de m’avoir lu !

 

4 commentaires

Commentaire de akunamatata posté le 04-10-2008 à 21:11:00

bravo pour un 1er trail c'est très prometteur !

Commentaire de millénium posté le 04-10-2008 à 21:24:00

MDR pour le gotha de kikourou !

Ce fût un réel plaisir de te rencontrer. Très souriant , très échangiste (lol , heu je veux dire prêt à l'échange....). J'ai trop aimé ta tête , à 4H58 du matin , sur la ligne de départ lorsque tu es venu nous saluer et que tu t'es aperçu qui nous entourait....
Tu réalises une superbe course tout en gardant le côté sympa...Merci.

Ce sera un réel plaisir de te (re)croiser sur un prochain trail ....

Commentaire de JLW posté le 05-10-2008 à 15:30:00

Effectivement très impressionnant pour un 1er trail. On a hâte de lire les prochains récits. Bravo.

Commentaire de ETRURIEN posté le 05-10-2008 à 19:32:00

Y a pas à dire l'aventure, la vraie, ça se prépare pour la savourer. Ce que tu as fait.

Bravo à toi pour ce résultat, et pour ta progression en général, cela devait être grandiose comme terrain de "jeu".

Merci pour ce CR

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