Récit de la course : Ultra Tour des 4 Massifs - 160 km 2014, par boucanier

L'auteur : boucanier

La course : Ultra Tour des 4 Massifs - 160 km

Date : 22/8/2014

Lieu : Grenoble (Isère)

Affichage : 894 vues

Distance : 160km

Objectif : Terminer

6 commentaires

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Un massif ça va, quatre bonjour les dégâts :-)

Départ dans l’habituelle joyeuse ambiance des ultra trails. Un peu de stress en raison de mes deux tendons d’Achille qui sont assez douloureux depuis quelques temps. Il s’avèrera qu’ils se feront oublier pendant toute l’épreuve. Je me suis dit que c’est sans doute mon dernier 100 miles et je tiens absolument à aller au bout du bout.
Première difficulté, l’escalier le long du tremplin olympique très raide, le palpitant commence à monter dans les tours.
Le magnifique panorama en haut du Moucherotte avec le mont Blanc bien visible. Je ne vois pas mon frère qui est monté depuis le Vercors, j’apprendrai plus tard qu’il m’a loupé de 10 minutes parce que je suis monté trop vite ;-)
Longue descente à travers bois puis traversée de la montagne d’Uriol. Je fais le yoyo avec un relayeur qui termine son relais à Vif et m’encourage chaudement.
Montée du col de la Chal: je croise Philippe, un bon coureur que je retrouve régulièrement au hasard des courses, depuis un épique covoiturage à Millau en 2006. Il abandonne par manque de motivation et ça me met un petit coup. Il fait chaud, je monte lentement, je suis à l’arrêt, je ne vois plus personne, les pensées négatives me submergent « c’est terminé ces conneries, c’est ton dernier ultra, et aujourd’hui tu vas mettre le clignotant à Rioupéroux et basta … ». Un peu plus tard, à ma surprise, je rattrape quelques traileurs. Deux trois mots échangés, un peu d’animation, trois fois rien, et ça me rebooste.
La traversée dans le massif du Taillefer a été allégée en raison d’un allongement du parcours dans le Vercors. La poursuite du trail continue vaille que vaille, malgré le releveur du gros orteil gauche qui me lance méchamment de temps en temps (je me demande si je ne l’ai pas trop sollicité à porter des crocs un peu trop grandes pendant toutes les vacances).
Descente sur Rioupéroux (1380 D-). Un bénévole m’annonce « ça descend raide, mais le sentier est propre, il a été nettoyé. » Néanmoins cette descente est terrible. Bien qu’elles soient déjà bien entamées, j’ai mis les Salomon achetées aux soldes de l’hiver en vue du GR 20, pour les finir. Elles sont sans doute insuffisamment serrées, les petits orteils, surtout le droit, sont très douloureux.

Base vie de Rioupéroux – samedi 06 :00. Je nettoie mes pieds et file chez les podologues, car je ne le sens pas bien de continuer ainsi. Ils me soignent deux belles ampoules sur le côté de chaque talon. Par contre, ils ne peuvent rien faire pour les deux petits orteils et m’annoncent qu’au moins un des deux ongles va tomber prochainement. Je strappe les deux orteils pour les protéger, mets des chaussettes propres et reprends des bonnes vieilles (et pas trop usées) XA PRO 3D laissées dans le sac d’allègement. Ah ! ça va tout de suite mieux pour attaquer le prochain morceau et quel morceau : Belledonne.
Montée au plateau de l’Arselle (1160 D+): cette montée est terriblement raide, il fait très chaud dans ce sous bois. Une gorgée d’Effinov et aussitôt tout ce que j’ai avalé ressort. Quelques minutes plus tard, de violents spasmes à l’estomac me plient en deux, d’autant plus qu’il n’y a absolument plus rien à rejeter. Dès lors il va falloir gérer « piano, piano » car je sais d’expérience que je ne pourrai même pas boire une gorgée pendant les heures qui viennent. Deux AMM (accompagnateurs moyenne montagne) sont installés à chacun des deux points les plus aériens en fin de montée. Merci à eux.
C’est ensuite la montée vers la croix de Chamrousse, malheureusement nous nous retrouvons dans les nuages pour tout le passage dans la traversée de Belledonne. Le ravito est installé confortablement dans le restau d’altitude. J.M. Touron arrivé en même temps part dormir une heure tandis que je me précipite au restau lui-même où je m’offre deux boules de sorbet citron. Depuis le marathon du Mont St Michel 2005, c’est le seul remède que j’ai trouvé pour m’hydrater un peu quand je ne peux plus rien avaler. Mais rarement facile de trouver une glace à l’eau sur un ultra trail (sauf à la sortie de Courmayeur avant d’affronter la montée de Bertone).
Nous repartons en groupe avec une visibilité très très réduite. Le balisage a été parfait tout au long du parcours, mais ici, dans les nuages, il faut chercher un peu les balises réfléchissantes bien qu’elles ne soient espacées que de 30 mètres.
Je retrouve le lac Achard et le refuge de la Pra découverts en 2013 lors de l’Echappée Belle. Au refuge, un secouriste me donne un Primperan et note mon numéro de dossard, en insistant pour que j’essaie doucement de réhydrater. Nous traversons cette magnifique région recouverte de lacs mais nous ne les voyons qu’à peine. Quel dommage, mais au moins il ne fait pas trop chaud. Les cadors du 90 me dépassent en trombe, c’est très impressionnant.
En haut du grand Colon (alt. 2370m), une surprise m’attend : mon frère est monté depuis Freydières pour m’accompagner un bout. Un gendarme est également là pour surveiller les excès de vitesse J. J’essaie de trottiner autant que possible dans la descente mais ça ne va pas très fort. A Freydières, il est 16:00, rien avalé depuis 10 heures à part les deux boules de sorbet. Je réussis à boire deux tasses de thé, et j’emporte quelques provisions dans un sac pour plus tard (tuc, quatre quarts, pomme). Nous rattrapons Anyah, une kikoureuse rencontrée sur la ligne de départ ; elle m’annonce qu’elle a décidé de stopper à St Nazaire, on ne pourra pas se soutenir pour affronter Chamechaude la nuit prochaine. Autant que possible, je trottine dans la longue descente vers St Nazaire, encouragé par mon frère jusqu’à ce qu’il me quitte pour remonter à Freydières. On se donne RV le lendemain à Grenoble.
St Nazaire les Eymes – samedi 19:00. J’essaie de dormir 10 minutes car j’ai commencé à m’endormir en marchant vers la base vie mais c’est trop bruyant. Nouveau nettoyage de pieds et je mange un peu. Enfin !
J’angoisse pour la montée du col de la Feïta (1160 D+) mais pas à pas, je finis par y arriver. Habert de Chamechaude – dimanche 01:30 : l’accueil est fabuleux. J’y retrouve avec délice l’ambiance du bivacco Rosaire Clermont sur le TDG. Je m’allonge sur un fin matelas mousse dans le grenier et dors 10/15 minutes. Il faut ensuite quitter la douce chaleur du feu de cheminée pour grimper Chamechaude sous un vent très frais au point que le buff UT4M est baptisé pour me protéger le visage (merci aux trois chasseurs alpins qui sont restés 33 heures au sommet pour veiller sur notre passage).
A partir de Chamechaude, je sais que c’est dans la poche. Tout va de mieux en mieux, je bois, je mange, je trottine, c’est la belle vie, quoi ! Au petit jour, je croise une tête vaguement connue qui déboule dans la descente du fort St Eynard. Le temps de faire fonctionner ce qui reste de neurones pour identifier Julien Chorier, parrain de la course, mais il est déjà loin, l’autographe ce sera pour une autre fois.
Je trace dans la descente sur Grenoble qui offre de belles vues sur l’agglo et toutes ces montagnes qui l’entourent. Je me traîne un peu sur la looooongue partie plate finale dans la ville pour franchir la ligne en 50:21, un peu ému. Quelle belle épreuve ! Un grand merci aux organisateurs, bénévoles, secouristes, AMM, militaires qui nous ont accompagnés et soutenus pendant cet UT4M.

6 commentaires

Commentaire de Bacchus posté le 27-08-2014 à 23:31:39

Voilà un ultra rondement mené. On s'est vu au départ et on a du se croiser souvent sur les ravito, je finis à peine une heure devant toi. A bientôt sur un autre ultra.
Merci pour ce CR, bonne récup.

Commentaire de Knet posté le 28-08-2014 à 07:26:28

Je suis admirative des coureurs d'ultra ! La force mentale qu'il faut, déjà pour s'inscrire !, pour supporter les douleurs physiques, la fatigue, les heures passées seul en course... Vraiment bravo, et merci pour ce récit... Bonne récup maintenant !

Commentaire de PaL94 posté le 28-08-2014 à 10:25:25

Bravo Boucanier pour ta course menée tambour battant.
On a du se croiser pls fois sur le début de la course (je suis arrivé à Rioupéroux à 6h12).

J'espere qu'on pourra se voir pe sur le TOR en 2015 (si je suis sélectionné)

Commentaire de Jé74 posté le 29-08-2014 à 22:42:03

Chapeau!! un UT que j'envisage de mettre au programme...
Bonne récupération

Commentaire de caro.s91 posté le 01-09-2014 à 10:34:10

L'UT4M fait partie des courses qui me tentent vraiment...

Commentaire de PhilippeG-564 posté le 05-08-2016 à 13:35:44

Bravo Boucanier d'avoir été au bout malgré ces désagréments d'estomac, dur, dur d'en sortir de ces mauvais moments....
Faut garder le moral mais au vu de tes résultats d'ultras on voit bien que tu n'en manques pas :)
Je vois que tu replonges cette année, merci pour les photos du trail des Fiz et au plaisir de te recroiser à nouveau.
(nous étions sur l'UTHG tous les deux)
Je suis sur que tes randos dans les Alpes te seront profitables ;)

@+
Philippe

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