Récit de la course : Ultra Tour des 4 Massifs - XTrem 160 km 2016, par bzh38

L'auteur : bzh38

La course : Ultra Tour des 4 Massifs - XTrem 160 km

Date : 19/8/2016

Lieu : Grenoble (Isère)

Affichage : 726 vues

Distance : 169km

Matos : Chaussures kalenji xt6
sac 14/9 quechua

Objectif : Terminer

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mon ut4m xtrem

 

Vendredi 19 Août 2016, 7 heures du mat’ la pression monte le départ sera donné dans quelques secondes et je vais m’élancer pour un tour dans les quatre massifs entourant la ville de Grenoble (le Vercors, l’Oisans coté Taillefer, le Belledonne et la Chartreuse). Ai-je bien fait d’aller retirer ce dossard rouge numéro 95 ?
Pas le temps de faire le tour de la question, le départ est donné, me voilà faisant les premiers pas d’une course qui devrait en compter quelques milliers. Nous sommes près de 500 à nous élancer dans cette aventure de 170 kilomètres avec un dénivelé positif de 11 000 mètres.
J’ai prévu de mettre entre 35 et 40 heures, il ne faut surtout pas se laisser griser, au risque de compromettre toutes chances de finir, par ces 4 kilomètres de bitume dans les rues de Grenoble qui nous emmènent au pied du Vercors et de la première difficulté de la journée le Moucherotte une montée de 12 kilomètres. Il fait déjà très chaud quand j’arrive au tremplin de saut à ski, vestige des JO d’hiver de 1968, premier ravitaillement, j’y croise Jef et Jean-Marie, 2 copains, mais pas Céline, Fred et les enfants qui doivent faire mon ravitaillement personnel, ça commence bien. Un petit coup de tél me fera savoir qu’ils viennent juste d’arriver au parking et il faut encore 15 minutes pour qu’ils montent jusqu’au ravito, c’est normal il faut que les choses se calent, en plus c’est un peu de ma faute j’ai une heure d’avance sur mes estimations, sans pour autant avoir forcé, pas le temps de les attendre, autant conservé au max cette avance, je suis sûr qu’elle me servira. Me voilà donc reparti, les sensations sont super bonnes dans la montée et j’arrive au sommet du Moucherotte à 10H04 soit un peu plus de 3h de course et toujours cette marge d’une heure sur mon temps. La descente sur Lans en Vercors se fait tranquille, le deuxième ravito se passe bien, tout le monde a synchronisé ses montres. La montée vers le pic St Michel s’effectue dans des gros blocs d’éboulis où il vaut mieux être attentif à la pose de pieds. Pour ma part elle se passe sans problèmes, la descente vers le col de l’arc sera correct également. J’entre alors dans une partie un peu plus délicate et technique, la descente vers Vif synonyme d’achèvement du premier massif donc 40 kilomètres d’effectués. J’y fais une lourde chute sur le côté droit les bâtons volent, le bonhomme roule, sous les yeux d’une concurrente du relais qui me demande si tout va bien ? Je pense que tout va bien, je reprends mes bâtons, mes esprits, m’époussette un peu et me voilà reparti, une vive douleur se fait ressentir sur la hanche, elle me gêne vraiment, je m’arrête, regarde mais rien à signaler, le coup surement.
Vif, quarantième kilomètres, première base de vie, transition entre le Vercors et L’oisans, massif le plus long de la course 48 kilomètres. Je me pose il est 14h10 soit 7h07 de course toujours 1h15 d’avance sur mon temps, la hanche me fait vraiment mal, j’ai regardé de nouveau et j’ai une bonne contusion qui me gênera jusqu’au bout, tant pis.
14h27 je quitte mes assistants de choc, direction Laffray, il fait très chaud et lourd, l’orage prévu pour le lendemain se fait sentir. La montée au col de la Chal est agrémentée de fontaines, quel bonheur de plongée la tête dedans, de boire son eau fraîche et pure, je sais qu’il ne faut pas le faire trop souvent mais c’est tellement agréable. Au milieu de la montée, je vais vite déchanter, le ventre me tiraille, allez une petite pause s’impose. Après avoir fait ce qu’il y’avait à faire, je reprends la montée, l’envie de vomir ne me laissera guère le choix que de m’arrêter a nouveau et de me vider totalement, tout le contenu de l’estomac se retrouve à l’extérieur, je ne suis pas bien du tout, j’ai la tête qui tourne, je m’assoie sur une souche et attend que ça se passe un peu. Je ne sais pas combien de temps je reste assis mais du monde passe devant moi en tout cas. Je n’ai fait que 50 bornes je ne vais pas jeter l’éponge ici, aller il faut repartir, l’énergie reviendra mais je ne peux plus rien avaler, pas envie, pas le goût, je me force à boire quelques gouttes d’eau pour ne pas me déshydrater sous cette chaleur accablante.
C’est avec le moral en berne que j’arrive au ravito de Laffray il est 17h25 cela fait 10h23 que je suis parti. Mes enfants qui viennent à ma rencontre me redonnent le sourire, Céline et Fred m’encourage à repartir, alors que vraiment je n’ai pas très envie. Coca/St Yorre et soupe me requinque un peu, cet avec un mal de ventre que je repart en direction de l’Alpe du Grand Serre, plus précisément la Morte, la chaleur s’atténue peu à peu et dans la montée de la Grande Cuche, mes jambes, mon ventre vont mieux, et c’est à 20h que je rentre dans le sas de ravito, j’en sortirai 20 minutes plus tard équipé pour la longue nuit qui se présente devant moi. Un petit bisou a la famille et me voilà à l’attaque du pas de la Vache, la nuit apparait, le faisceau de la frontale me montre la voie, je suis seul dans cette portion, j’arrive au sommet, quelle vue magnifique sur Grenoble et ses environs tous éclairés. La descente vers le lac de Poursollet comporte des parties piégeuses, je me méfie la chute du début de course m’a laissée des traces. Passages au lac à 23h52, 16H50 de course. Une soupe, coca/st Yorre, jambon cru et mon petit ravito perso seront mes amis pour le reste de l’aventure. Passage au chalet de la barrière à 1h34, à partir d’ici je ne ferai que remonter des places, mais l’objectif des 35h est bien loin, maintenant il faut terminer. J’entame une descente infernale (7 kms pour près de 1500 de négatif) autant dire que ça brule les cuisses déjà bien entamées. Rioupéroux, base de vie numéro 2, kilomètres 90, en fond de vallée marquant le passage dans le troisième massif, le Belledonne. Il est 3h10 ce samedi matin, ça fait 20h10 que je cours, ce dernier kilomètre avant l’entrée dans la base je le fais avec Céline, les enfants dorment, Fred aussi car il doit faire mon ravitaillement qui n’est accessible qu’à pied, il lui faudra marcher 1H30 en pleine nuit, ce qu’il ne fera pas car au vue de l’orage qui est annoncé la course est déviée pour raison de sécurité et on ne passe plus au Grand colon.
Mes cuisses endolories par la descente, je décide de prendre quelques minutes de plus au ravito et je vais me les faire masser, en regard de la montée qui nous attend (1200 m de D+ sur 3 kms, c’est ici que la course du kilomètre vertical s’est faite) ça ne me fera pas de mal. Ceci fait c’est à 3h50 que je me lance à l’assaut de ce kilomètre vertical, jusqu’à l’Arselle. Ma frontale éclaire inlassablement mes pieds, je suis courbé, la pente raide m’y oblige, je double des coureurs à la peine, je suis bien, les jambes ont du répondant quel bonheur, le point d’eau de l’Arselle est proche, la pente s’adoucie je me remets à courir, 5h47 passage éclair au ravito, rien ne sert de s’attarder, là où des coureurs, allongés sur des lits de fortune, broient du noir et envisagent l’abandon.
Le jour se lève quand j’arrive sur Chamrousse, la pluie annoncée est au rendez-vous, elle tombera peu jusqu’à 11h mais après c’est un déluge qui s’abattra jusque peu avant l’arrivée. Hameau des Freydières 9h55, le moral est bon, les jambes aussi, Fred est venu à ma rencontre « Allez, il reste un kilo avant le ravito » ses kilomètres ne sont pas les même que les miens, ils sont un peu plus long, mais qu’importe, ça me fait énormément plaisir de partager ce moment avec lui. J’ai une envie de me brosser les dents depuis quelques kilomètres, j’en fait part à Céline et bien sûr on se moque de moi, qu’importe je repars avec cette envie, il reste à peu près 55 kilomètres jusqu’à l’arrivée. Mais avant il reste une dernière base de vie et un dernier massif, la chartreuse, à traverser.
12h38, 29h36 de course j’entre dans la base de vie de St Nazaire les Eymes, mes dévoués serviteurs m’attendent de pieds fermes, d’ailleurs en parlant de pieds les miens chauffent, j’ai bien peur d’avoir choppé des ampoules, je vais donc me les faire soigner. Malheureusement je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée alors en attendant je me fais masser, autant en profiter. Changement de chaussettes et de chaussures qui sont trempées et je vais repartir quand Céline me sort une brosse à dent et du dentifrice, je n’utiliserai que la brosse, j’ai peur que le dentifrice ne me gêne pour la suite.
C’est donc dispo et pas très frais que j’entame l’ultime partie, en commençant par la dernière grosse difficulté le col de la Feita, étant donné qu’avec les seaux qui tombent l’organisation a décidé de zapper l’ascension sur Chamechaude. 12 kilomètres de montée pour 1500 m de D+ avec un sentier qui ressemble plus à un ruisseau, la galère est au rendez-vous. Un pas en avant, deux pas en arrière tel est la devise pour cette grimpette. Je ne prends aucun plaisir et je pense ne pas être le seul, du coup, l’abandon à 30 kilomètres de la fin me semble inéluctable, d’autant plus que la descente vers le habert de Chamechaude est de la même nature, ça devient Holiday on ice. Au habert ma décision est prise j’arrête au Sappey en Chartreuse point de rendez-vous avec la famille. J’y arrive à 19h05 après 36h sur les sentiers, je me suis refait une petite santé dans la descente. Personne ne m’attend, à la rigueur tant mieux, cela m’oblige après une petite soupe et tout ce qui va bien, à repartir, et je ne saurai dire pourquoi mais je suis regonflé à bloc, il reste 18 kilomètres objectif désormais arrivée en 40h. Je recroise la famille une dernière fois avant l’arrivée, au col de Vence, Fred qui a fait la quasi-totalité du parcours avec Céline et les enfants a été obligé de partir, je suis déçu de ne pas avoir tenu mes objectifs temps pour pouvoir lui offrir aussi cette arrivée, je n’aurai même pas pu lui dire au-revoir.
Allez encore un effort, direction la Bastille en chemin vallonné, puis une dernière descente de 2,5 kilomètres en chemin piéton interminable jusqu’à prendre pied sur le goudron tant attendu de Grenoble, encore 2,5 kilomètres et la boucle sera bouclée, l’euphorie de l’arrivée me fait oublier mes jambes douloureuses du coup je m’efforce à courir, je regarde mon chrono, les 40 heures sont dépassés mais j’ai hâtes de retrouver ma petite femme, prendre mes enfants par la main et que l’on s’offre cette dernière ligne droite ensemble, ils y ont droit autant que moi, eux aussi ont soufferts durant ces 40h, à être aux petits soins pour moi, à toujours avoir un mot réconfortant, un sourire. Je les aperçois, je tiens ma victoire sur moi moi-même. 23h10, 40h07 de course je stoppe mon chrono, je suis 85 sur 485, nous serons seulement 284 à l’arrivée.

4 commentaires

Commentaire de float4x4 posté le 02-09-2016 à 09:46:43

Chouette récit. J'aurais fait une bonne partie de la course une bonne demi heure derrière toi, puis on a du se croiser dans les chemins forestiers qui menaient à Freydières :)

Commentaire de bzh38 posté le 02-09-2016 à 12:31:27

c'est ce que je me suis dit quand j'ai vu ton résumé ;-). Tu as bien géré ta course, et moi j'ai pris deux grosses claques ;-) . Hyper longue cette piste jusqu'à Freydières, et hyper boueuse aussi...!

Commentaire de hansenphone posté le 02-09-2016 à 13:51:14

Bravo pour la bonne gestion de la course ... Tu m'a "doublé" pendant que j'ai essayer dormir un peu à Rioupéroux; avant, j'était presque une demi d'heure devant, pour finir une bonne demi d'heure après ...

Commentaire de bzh38 posté le 02-09-2016 à 14:49:17

Mais tu l'as bouclé c'est ce qui compte au final.

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