Récit de la course : Ultra Tour des 4 Massifs - 40 Series Chartreuse 2016, par Knet

L'auteur : Knet

La course : Ultra Tour des 4 Massifs - 40 Series Chartreuse

Date : 20/8/2016

Lieu : St Nazaire Les Eymes (Isère)

Affichage : 858 vues

Distance : 40km

Objectif : Pas d'objectif

8 commentaires

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Le trail, comme école de la vie.

Ceci n'est pas vraiment un récit de course. Pour l’équipe orga de l’UT4M.


On commence le trail un jour, parce qu'en voyant des montagnes d'adoption autour de soi, on se dit que ça doit être quelque chose de parcourir les chemins et voir la vallée de là-haut. 
On se demande si on sera capable de finir les 7 kilomètres de sa première course à laquelle on s'est inscrit sans vraiment savoir pourquoi. Et puis, on la finit. On découvre aussi l'ambiance de ravito de fin, où les habitués du coin refont la course et se chambrent gentiment. 

On se met à s'entraîner, un peu plus, parce qu'on veut garder la forme. On rencontre d'autres coureurs, qui parlent de leurs inscriptions, d'un trail blanc. On le tente, ça caille mais comme c'est beau de courir sur la neige. 

On finit par trop en faire, on s'enflamme comme enivré par les kilomètres et les dénivelés. 
On se blesse. 
On ronge son frein, on analyse le pourquoi, on apprend de ses erreurs.
Et on revient, en faisant un peu plus attention. On commence à penser "global", l'alimentation fait partie des facteurs qui ont affaibli. Alors on fait des essais en entraînement. Concluants, complètement ratés aussi. Coups de fringale, hypoglycémie... On recommence, on trouve ce qui a pêché et on repart. 

Sans en avoir vraiment conscience, on se prend au jeu, on augmente les distances, le dénivelé.  On voit qu'on a de l'endurance. On redécouvre son corps. On commence à savoir quand s'arrêter, on arrive à dissocier les jambes de son cerveau et on saisit que, même si notre tête dit "allez vas-y, tu peux aller courir", les jambes demandent parfois du repos. On progresse grâce à cela aussi, en intégrant la récupération dans l'entraînement. 

On s'inscrit sur des épreuves un peu plus difficiles. Il y a des échecs. Des abandons. On se pose mille questions, on remet en doute tout ce que l'on a fait. Est-ce que cela sert à quelque chose tous ces efforts ? 
Mais il suffit d'une belle course, ou d'un bel entraînement.
Il suffit d'un lever de soleil sur le Brévent, d'une ligne d'arrivée passée avec un ami, de larmes de bonheur qui montent aux yeux après un effort et une tension immenses.
Alors, ces émotions démultipliées, voire même excessives peut-être, sont la preuve que l'on vit, que l'on existe. On existe avec nos objectifs atteints ou ratés, avec nos progrès, nos pleurs, nos sourires, nos rires. Nos courbatures, nos yeux qui pétillent devant des massifs qui changent chaque jour, avec nous. Attirants, parfois inquiétants. Des massifs que l'on aime souvent, mais qu'il nous arrive aussi de détester... 

On apprend aussi à se détacher des performances. Loin d'être une machine, le corps a ses faiblesses. Un grain de sable, qui peut être du manque de sommeil, un caillou dans une chaussure, un mal de ventre ou une contrariété. Il suffit de peu pour se sentir moins bien.
Ce sport aide aussi en cela : on ne se focalise pas sur l'instant, on ira mieux la prochaine fois. On rebondit toujours... Comme dans la vie, se focaliser sur ce qui a été bon, apprendre de ce qui a été moins bon, et passer à autre chose. 

On parle du rugby comme étant l'école de la vie. Je dis que le Trail l'est encore plus. C'est un sport individuel oui, mais qui se court avec d'autres. La seule personne contre qui on pourrait se battre, c'est soi-même. Relever des défis, s'améliorer, tomber, douter, mais se relever et repartir. 
Et comme dans son quotidien, il y a ces personnes qui nous entourent. Des inconnus souvent, qui courent à nos côtés, avec qui on partage un instant de vie, un bout de sentier. Comme ça, juste pour le plaisir d'être accompagné un moment, de se sentir soutenu ou d'aider quelqu'un dans ses difficultés. 
Il y a ces "merci", ces "allez, courage !" que l'on lance, en échange d'un sourire, d’un hochement de tête reconnaissant. Il y a ces coureurs qui s'arrêtent quand on chute, nous aident à nous remettre sur pieds, et nous encouragent pour finir. 
Il y a ceux qui nous empêchent d'abandonner alors que l'on se croit à bout de forces, et qui restent à nos côtés pour passer les lignes d'arrivée. 

Le trail, ce sont des sommets à gravir, mais aussi des émotions à surmonter, des douleurs à dominer, des efforts à gérer. 
Les paysages somptueux traversés, en entraînement comme en course, sont une récompense incroyable des efforts que nous faisons tous. Mais les rencontres, les coureurs, les bénévoles, les passants qui encouragent sont ceux qui animent l'esprit. Pas seulement "l'esprit trail". Mais l'esprit de solidarité, de fraternité, des mots tellement galvaudés qui, ici, prennent tout leur sens. 

En ces jours obscurs, éduquer par le trail serait certainement le plus beau des moyens pour rendre les gens simplement un peu plus humains. 

Et il suffit de voir les arrivées main dans la main de coureurs qui pourraient pourtant être des concurrents, de voir le respect qui se dégage des podiums pour bien comprendre que l'UT4M et son équipe organisatrice ont commencé le travail. Et de quelle manière ! 


8 commentaires

Commentaire de centori posté le 22-08-2016 à 14:12:15

magnifique. rien a dire de plus.

Commentaire de loiseau posté le 22-08-2016 à 17:09:23

Très beau, merci Knet !

Commentaire de Albacor38 posté le 22-08-2016 à 21:56:09

Tout tombe juste... Merci Knet pour cette si belle page.

PS: J'ai lu un jour dans un récit Kikourou une phrase merveilleuse que j'ai emprunté à son auteur pour en faire ma devise "Ce sport ne peut être que la plus importante des choses secondaires de ma vie". Ton témoignage me laisse entendre qu'elle pourrait aussi être la tienne...

Commentaire de richard192 posté le 22-08-2016 à 22:50:54

tu as juste oublié ceux qui pratiquent le rail tous les week end pour tenter de ne plus grossir!
Mais c'est beau quand même.

Commentaire de Knet posté le 23-08-2016 à 18:12:01

Ben le gros souvenir de mon premier trail, c'est le Kéké et le Bouk qui se chambraient à mort à la fin de la course (et justement, sur leur poids respectif !!)... un spectacle :)

Commentaire de Knet posté le 23-08-2016 à 18:09:41

Merci. J'ai eu pas mal de réflexions existentielles pendant cette course, et c'est ce que j'ai voulu faire ressortir du texte !

Commentaire de lolo_du_94 posté le 24-08-2016 à 15:23:55

Très joliment dit, bravo !

Commentaire de Shoto posté le 03-07-2017 à 17:23:48

C est exactement ça. ... un très beau texte sur l esprit et l essence du trail. MERCI.

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