Récit de la course : Saintélyon 2014, par Pirelli

L'auteur : Pirelli

La course : Saintélyon

Date : 7/12/2014

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1210 vues

Distance : 72km

Objectif : Faire un temps

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Une Saintélyon 2014 à oublier, mais pas complètement

Voici un modeste retour sur ma Saintelyon 2014 avec des éléments qui pourront être utiles aux futurs participants.

Elle commence par une arrivée à Lyon un peu tardive. Chez une amie je réalise que les organisateurs n'ont pas adapté les horaires à mon mode de fonctionnement. Le retrait des dossards se fait jusqu'à 19h. Je ne dispose plus que de 25mn pour traverser Lyon, en métro, un week-end de fête des Lumières. "Lumière, lumière, je suis ta lumière, montre moi la voie mon Dieu, dis-moi comment ke c k'on fait pour aller de l'autre coté". Metro "Monplaisir-lumière": je me heurte à l'intérimaire recruté pour gérer le flux de touristes à l'entrée des bouches de métro. J'essaie de lui expliquer gentiment que je suis en retard et tente de formuler une requête gracieuse ne manquant pas de préciser qu'il a devant lui sans aucun doute le vainqueur de la Saintélyon. Il n'en a que faire le bougre. Voyant en moi sans doute le bourgeois dominateur et galvanisé par un ersatz d'autorité éphémère, mais qu'il entend pour autant mettre à profit, il me rétorque fièrement tout en bombant le torse: "Ha non sa sé pas possible monsieur". Je suis un peu sarcastique, désolé, mais la gentillesse est tellement appréciable quand on en a besoin, que dans ces moments-là, l'attitude inverse m'irrite. Ma Saintélyon commence mal. Finalement, j'arrive hors délais, mais les organisateurs étaient en réalité plus souples que la barrière horaire format papier. Ouf. Je suis content, j'appelle ma femme pour la rassurer (et accessoirement lui éviter une fausse couche). Je suis heureux d'être là. Mais avec un pincement au cœur cependant en repensant à cette belle aventure vécue sur la Saintélyon 2013 avec mon pote. Il manque quelqu'un, il manque une chose à cette Sainté et ce manque sera toujours présent.

Bref, je récupère mon cadeau, une belle paire de moufles (de gants). Je prends mon ticket de bus pour Saint Étienne, toujours au même endroit, celui que je suis à l'évidence un des rares à connaitre car partout ailleurs les gens font la queue, sauf à cet endroit là.

Et me voilà dans le bus. Le chauffeur hésite, semble perdu dans Saint Étienne. Finalement, nous arrivons à bon port. Direction le Flore. OK, mais c'est où le Flore? A 100m de l'entrée parait-il. Évidemment, je pars dans la mauvaise direction. À gauche, ouais, mais côté cours ou côté jardin? Je trouve enfin le lieu. L'ambiance est sympa. Je colle mon pseudo qui ne me servira à rien d'ailleurs. En même temps, je n’ai pas fait de zèle pour aller vers les autres.

Hummmm, les pâtes, les bonnes papates. Je me jette dessus. Un gros plat, suivi d'une deuxième fournée. J'ai bien mangé, j'ai bien bieeennn mangé, j'ai trop mangé. Il est 21h. 3h pour digérer tout ça, ce sera pas de trop.

Arrive le moment de l'habillage et des longues hésitations. J'enfile mon cuissard et mon short. Un kikoureur me lance: "Alors, c'est le short?". Ouais, je suis un déglingo moi et comme mon coureur préféré c'est Emmanuel Gault, en essayant de lui ressembler je vais peut être courir aussi vite que lui. Dans un sens je suis arrivé avant lui, mais ne brulons pas les étapes. Le haut: 3 couches ou 2 couches (pas de veste)? Je me tâte. J'observe les autres qui observent les autres qui observent les autres. Ce sera avec la veste, donc, craft ML + tshirt technique manche courte + veste Salomon. Ma deuxième erreur de la soirée (j'ai pas précisé: la première c'est les 1kg 800 de pates que je me suis enfilées)

Vient l'heure du départ. Je tourne, je rôde a coté des barrières essayant de peaufiner ma stratégie de course. L'an dernier, le but était de terminer. On était parti dans les derniers. Cette année, je suis venu en mode chrono, pensant que finir la course était une formalité (3e erreur). Mon objectif est clair: l'an dernier: 11h58, cette année, moins de 10h (bon OK, c'est pas exactement le temps de manu Gault. En même temps lui, il est enseignant alors que moi je suis...enseignant, ouais non, foireux l'argument). Je ne me suis quand même pas trop mal préparé et je dispose d'une petite expérience après avoir couru quelques courses sympa comme la Saintélyon 2013 (75km), le trail aux étoiles (58km2800D+), la Maxirace (86km5300D+), le trail de Faverges (48km2900D+). Cela dit, dans ma préparation, je n'ai pas vraiment fait de sortie longue (4e erreur). La plus longue étant finalement le trail de Montagnole. Je pars néanmoins confiant.

Reste la question, je pars d'où? Avec leur système de sas, on est en droit d'hésiter. Je me décide à partir à la fin du second sas (ceux qui visent un chrono entre 7h et 9h), c'est déjà pas malin pour quelqu'un qui veut boucler la course en 10h00, mais le pire est à venir. L'idée est surtout de ne pas me retrouver dans la situation de l'an dernier, à piétiner dans la neige, voire parfois, à devoir s'arrêter en raison des bouchons. Je ne me ferai pas avoir cette année (sauf que piétiner les premiers km c'est aussi ce qui m'a permis de conserver du jus sur la fin. Mon idée est donc précipitée : 5e erreur).

Mais voilà que le pire arrive (enfin). Le départ est lancé, l'adrénaline commence à envahir mon corps, la sauce tomate mes intestins et les litres d'eaux ma vessie (j'ai pissé 3 fois en 30mn). Je vois les  coureurs du sas 1 s'élancer. Et là c'est le drame, à la vue du nombre important de coureurs dans ce sas 1, je revis le spectre des bouchons de l'an dernier et je me dis que finalement, pourquoi ne pas partir à la fin de ce sas. Et me voilà lancé dans la première vague, à la fin certes, mais dans la première vague tout de même (nouvelle erreur, j'arrête de compter, mais c'est la plus importante).

J'ai beau me dire que je vais courir à mon rythme, on oublie qu'on se fait facilement aspirer par la masse et qu'il n'est pas toujours facile d'accepter de se laisser dépasser par des hordes de coureurs. Puis, je n'ai pas envie de me retrouver dans la peau du gros naze, celui régulièrement cité dans les discussions, qui va géner tout le monde parce que le gars s'est cru plus fort qu'il n'était. Mais je ne suis pas comme ça moi, en tout cas j'ai pas envie de l'être. Alors, je file au rythme des autres, qui me convient dans l'instant, normal je suis en forme et c'est le début de la course. Pécher d'orgueil quand même.

Le rythme est bien soutenu. Je ne m’inquiète pas. Le but étant de me placer avant que la route se rétrécisse et qu'on se retrouve à avancer en file indienne. L'ambiance reste correcte, sans plus. Évidemment, les coureurs qui m'entourent ne sont pas là pour simplement finir la course. C'est quand même un autre état d'esprit que celui de ceux qui la font pour la finir. Ça double, ça coupe, ca avance, bref ça ne rigole pas des masses quand même. Un coureur dit à son pote "bordel, je suis en nage, pourtant on m'avait dit: sur la Saintélyon habille toi bien". Eh oui, c'est la même remarque que je me fais: je suis en nage. Il ne fait pas si froid et j'ai clairement une couche de trop. La sagesse me murmure de m'arrêter et d'enlever cette veste, ce que je ne fais pas évidemment (erreur n°...). J'ai chaud, trop chaud, je transpire. Mais physiquement je suis bien. Pourtant, je traine depuis le début de la course, cette fichue envie de me délester des tonnes de pâtes ingurgitées au Flore.Peu à peu, cette sensation passe.

km 6: J'aborde les premières côtes. Je suis bien en jambe, le rythme cardiaque reste bas. J'enchaine les montées et les kilomètres en prenant soin tout de même de ne pas me mettre dans le rouge. Ça joue bien des coudes, ça passe devant, ça se bouscule. C'est une autre Saintélyon que celle de l'an dernier. D'autant que je suis seul.

Je décide alors d'écouter mes podcast préférés (Le Moscato show et Au coeur de l'histoire). Je sors mes écouteurs, manque de pot, j'ai pris les seuls écouteurs qui ne fonctionnaient pas (et je dois en avoir 3 ou 4). Bien, je me débrouillerais autrement pour passer les moments difficiles.

Arrive Saint Christo en Jarez, ravito 1. Je sors mon road book perso. Pour les 10 h de courses, je devais atteindre le ravito en 2h00. Il est 1h35 à ma montre. Oups. Rythme un peu trop rapide. Je commence à comprendre que je suis vraiment pas sur un bon rythme. Fidèle à ma stratégie, je passe le ravito.

km 22. Bizarrement, je trouve que les coureurs vont très vite. On me double de tous les côtés. Je prends conscience que mon rythme baisse. Je subi de plein fouet le vent glacial sur les hauteurs qui me rappelle à quel point j'ai transpiré. Je suis transi de froid. J'ai de plus en plus mal aux cuisses et j'ai du mal à respirer. Ma FC est pourtant basse et je ne suis pas essoufflé. J'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive. Je n'avance plus. Je me sens vidé. Je cours, je marche, un coureur se fait invectiver "Serieux, ne les jettes pas tes déchets!". Pour le coup, le tube de gel vide il n'est pas tombé accidentellement de la poche.

Le deuxième ravito approche. L'idée d'abandonner germe, elle va faire son chemin, grandir et ne me quittera plus. Je cherche des raisons de continuer. Mais dans cet état, alors même que j'ai effectué seulement un 1/3 du parcours, ce ne serait pas raisonnable (Ah quand même, le retour de la raison!). Souffrir, pourquoi pas, cela ne me fait pas peur. Mais pour quoi? Finir la course? C'est déjà fait. C'est décidé, je rends les armes.

J'arrive au ravito Sainte Catherine. Je suis pris de vertige. J'ai du mal à lutter contre les autres compétiteurs pour récupérer un truc à boire et à manger. Ça se bouscule, ça s'énerve. J'avais oublié à quel point c'était le bordel dans ces ravitos. Je m'asseois sur un banc. J'observe les coureurs autour de moi. Ils sont quand même nombreux à avaler des trucs chelou. J'hésite à sortir moi aussi mon petit cachet d'anti-inflammatoire. Non, je refuse de terminer la course dans ces conditions et de tromper mon corps et ma tête qui me hurlent d'arrêter.

Je me traine jusqu'au bus, je suis complètement gelé. Il me faudra une immersion longue dans un bain chez moi, pour parvenir à me réchauffer. Je ne suis pas seul dans la navette. J'échange avec les coureurs du relais. Curieusement, je ne ressens aucune frustration, aucun regret. Ce qui me fait dire que cette Saintelyon, c'est la course que je n'aurai peut-être pas dû faire. C'est LA course qu'il faut faire, est ce que c'est la course qu'il faut REfaire? Pas sur de mon point de vue. Mais mon jugement est peut-être biaisé et évidemment personnel.

J'arrive à Gerland. Priorité: retrouver mon sac. Je cherche les douches. En vain. Nous sommes nombreux à avoir tourné en rond désespérément. Les portes des vestiaires sont fermées. Pas de douche. Je me change dans un coin isolé et je me rends sous les tentes pour déguster le repas offert. Des nouilles déshydratées avec un bouillon sans gout et une feuille de salade. Ce n’est pas bon. Mais j'ai faim. J'attendrai ensuite jusqu'à 9h dans l'espace détente Sigvaris. Je me sens bien. Finalement, je rentre pas trop épuisé. Mon deuxième abandon pour cette année 2014, mais riche d'enseignements qui me seront utiles pour 2015. Il me faudra également comprendre cette défaillance (probable déshydratation) Je retiendrai néanmoins mon état de forme dans les 20 premiers km. Pour le reste: l'organisation (retrait des dossards, transfert en navette, départ) est bien rodée. L'ambiance générale est sympa, surtout au Flore. Les choses agaçantes: les gels vides balancés par les coureurs, le prix de la navette (12€, faut pas déconner), le repas infâme et indigne de cette prestigieuse course, l'ambiance très bof au milieu de ceux qui font la course pour faire un temps (en fait, il n'y a pas d'ambiance. Chacun est concentré sur sa course) et le mystère des douches.

Sinon, c'est une course qu'il faut faire au moins une fois (plusieurs fois, pourquoi pas, c'est affaire de sensibilité) car c'est une véritable aventure, un voyage vers l'inconnue et à l'intérieur de soi.

13 commentaires

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 10-12-2014 à 18:09:15

25 minutes d'avance, ah ouais, quand même !!!

Même si la taille des caractère est petite, j'ai TOUT lu !!! Et je remarque une énième erreur : ne pas avoir abattu le con***d qui a balancé son fuck*** gel !!!

En fait si on regarde t'as fait un super relais 1, et c'est ça qui compte !!!

Commentaire de Pirelli posté le 10-12-2014 à 18:12:59

Ha, merci le Bouk. J'ai augmenté la police. T'as raison, l'an prochain je m'inscrit sur le relais, seul :)

Commentaire de Franck Ezio posté le 10-12-2014 à 19:01:59

super récit avec humour
j'ai adoré tous simplement te lire

Commentaire de Mamanpat posté le 10-12-2014 à 19:50:04

Merci pour ce bon moment de lecture ! J'adore !
Par contre, je reviens sur l'ambiance. Si tout ceux qui la cherche compte sur les autres, on peut se tourner autour un sacré moment ! Peu de répondant quand on lance les perches mais il y en a, j'en ai trouvé !
Bonne recup

Commentaire de Arclusaz posté le 10-12-2014 à 21:24:45

Belle lucidité... après coup ! c'est sur que tu as appris plein de chose : le surchauffe à la STL, c'est effectivement à mon avis, un des gros pièges.
J'aime bien ta dernière phrase :vivre une aventure intérieure au milieu de 10 000 personnes et si c'était ça le paradoxe de la STL ?

Commentaire de richard192 posté le 10-12-2014 à 22:52:53

tu es tombé dans le piège! Et nombreux le font aussi à être aspiré par l'allure élevée des 1ers km et à partir de Ste Catherine ou St Genoux ça rigole moins, j'en a fait l'expérience aussi. Pas toujours facile de s'accrocher moralement dans ces moments là.
Avec une expérience de 2 STL, la prochaine sera parfaite.

Commentaire de richard192 posté le 10-12-2014 à 22:55:39

tu es tombé dans le piège! Et nombreux le font aussi à être aspiré par l'allure élevée des 1ers km et à partir de Ste Catherine ou St Genoux ça rigole moins, j'en a fait l'expérience aussi. Pas toujours facile de s'accrocher moralement dans ces moments là.
Avec une expérience de 2 STL, la prochaine sera parfaite.

Commentaire de P38 posté le 10-12-2014 à 23:10:13

J'ai fait la même erreur, et j'ai failli abandonner à Ste catherine. Pourtant on m'avait prévenu...j'ai continué, c'est bien revenu mais la fin a été très dure!

Commentaire de Charlys42 posté le 10-12-2014 à 23:22:22

Cela restera pour toi j'espère une expérience enrichissante et tu reviendras plus fort la prochaine fois
J'ai fini ma première STL en 2010, abandonné comme toi à Ste-Catherine en 2011 et explosé mon chrono cette année.
Bonne recup!!

Commentaire de elnumaa[X] posté le 11-12-2014 à 09:20:21

wai wai wai le physqiue n'explique pas tout , mais le mental grand scarabée , putain LE MENTAL !!... va falloir débrieffer tout ça .
& pour 2015 , optimiser les entrainements et , ce qui NOUS manque le + , des sorties longues !! @++
manu

Commentaire de Pirelli posté le 11-12-2014 à 19:34:31

Oui le mental je sais. Peut être que les douleurs auraient disparu, mais j'avais plus la motiv. T'inquiètes, je vais t'accompagner en 2015 sur les chemin de chèvres qui mènent à Albertville ou à Grenoble.

Commentaire de Spir posté le 11-12-2014 à 22:25:03

Merci pour ton récit, j'ai bien rigolé. Peut-être que tu aurais dû sérieusement lever le pied après St-Christo, ou du moins te poser une demi-heure/1 heure à Sainte Cath' et la forme serait-elle revenue ? Je suis sûr que tu reviendras, pour la nuit, pour la vision des frontales !

Commentaire de Japhy posté le 14-12-2014 à 07:40:52

Et si la STL, c'était comme le marathon? J'ai souvent entendu :"c'est pas le premier le plus dur, c'est le deuxième", celui où on fait "quelques" betises.
Pas de regret à avoir, ça n'aurait été qu'une grosse galère de continuer, finalement tu n'as pas été betement orgueilleux jusqu'au bout, c'est déjà très bien.

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