Récit de la course : Trail des Aiguilles Rouges 2009, par Cédric74

L'auteur : Cédric74

La course : Trail des Aiguilles Rouges

Date : 27/9/2009

Lieu : Vallorcine (Haute-Savoie)

Affichage : 942 vues

Distance : 51km

Objectif : Pas d'objectif

3 commentaires

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Le récit

Allez, un petit CR pour en finir avec cette course (en tout cas pour 2009) et passez à autre chose.


Commencons par le début qques semaines avant la course (en fait, 1an avant plutôt)


Inscrit l'an dernier, j'avais coupé l'entrainement dans l'été par manque d'envie, du coup, malgré mon inscription, je ne m'étais pas présenté au départ... Grosse déception (certains diront bien fait pour toi, c'est pas faux non plus!). C'est une impression que j'ai gravé profond pour me mettre la rage et que ça ne se reproduise plus !!. Et du coup, cette année, grosse motivation pour aller sur ce trail, d'autant plus que les échos de l'an dernier étaient plus que positifs.


Toute la saison est donc passée, avec la certitude de faire les Aiguilles Rouges en cloture.

J'avais étudié le parcours, reconnu certaines sections, visitant régulièrement le site de la course; bref, j'étais impliqué, c'était pas une course juste comme ça.

Oui mais voilà, classique du petit Cédric74, on fait tout à la dernière minute et arrivée le dernier WE, je me dis "c'est peut être le moment de faire ton inscription"...

Cette inscription va me causer quelques problèmes, dont je ne dirais rien ici, si ce n'est 2 choses:

-Tout est de ma faute, je suis vraiment un boulet !!

-Un grand merci à Nico26 et à Badgone, pour leur aide et leur sympathie, parenthèse close !! ;-)


Me voilà donc le samedi soir au retrait des dossards (sympa le T-shirt), controle du matériel obligatoire (tiens, le gars devant moi, qui venait de dire que c'était son premier trail, à encore les etiquettes sur tout son matos), briefing du parc naturel (y a pas de gypaëtes dans les AR, mais y a des aigles royaux), briefing course (assis juste devant Dawa) et C le retour au camp de base.


Le camp de base qui sera pour moi ce samedi soir ma fidèle twingo, garée sur le parking des Houches. Manger et dormir dans une twingo, C faisable sans trop de pbs. Préparer toutes les affaires de courses, C un peu plus pénible, dans le noir, ça devient plus ennuyeux, mais sous la pluie, ça devient carrément pénible !!! Après quelques contorsions, il est 22h30, j'ai mangé, le porte bidon et le matos est près, installation dans le duvet, en priant pour que la condensation ne m'inonde pas au milieu de la nuit (C pas grave, je me lève au milieu de la nuit) et extinction des feux.


Réveil 3h10, habillage, 2 thés, 2 carbo-cake maison (C moi qui fait les meilleurs !!) et hop, dans le bus, direction Vallorcine. Ambiance 3h du mat' dans le bus, tout le monde est un peu éteint, moi le premier !!

Arrivée et direction la salle en attente du départ et dernier préparatif. Je retrouve les kikous, notamment Tercan et son frère, dont c'est le premier "gros" trail (cf lien) et qui est un peu pâlot et semble tendu comme un string !! Et vite, C la ligne de départ, le pointage puce, le dernier brief, un hommage pour Gazelle81 en forme d'applaudissement général et ...3, 2, 1: c'est partit.


Vallorcine / Refuge Pierre à Bérard


Ca part assez tranquille en fait, je ne m'en rend pas compte tout de suite (je suis toujours sur ma lancée Montagn'Hard, j'ai gardé mon rythme de tracteur montagnard). La était la première erreur de cette course (mais je pouvais pas le savoir, je connaissais pas cette partie du parcours): y aurait fallut accelérer tout de suite pour essayer de s'extraire un max du paquet. Au bout d'une quinzaine de minutes, C bouchon dans les singles de la forêt vallorcinoise. Et quand on parle de bouchons, c'est le genre avec arrêt complet du véhicule, extinction du moteur et tout et tout !!! Mention spéciale aux boulets (au pluriel) qui doublent quand ça bouchonne devant...


Passé ce passage escargesque, la course reprend. C'est tout d'abord dans la descente vers Barberine dans la forêt puis dans les passages forestiers en direction du Morzay et au début de la montée pour rejoindre le torrent (l'Eau Noire, je crois) que je m'aperçois de ma seconde erreur: la Petzl E-Lite, C super pour sa taille, pour la tente, pour le vide poche de la voiture, pour beaucoup de chose; mais pour courir, c'est vraiment léger !!! Heureusement, y en a qui ont de vrais phares sur le front et je profite de leurs lumières (au sens propre !!).

L'intersection avec la route au Morzay est passée (étonnant le nombre de gens dehors, ici comme à Vallorcine, pour nous encourager vu l'heure plus que matinale, merci, ça fait chaud !!), et nous voilà abordant les premiers efforts alpins après notre prologue de 7,5kms à plat ou presque. Enfin, on va pouvoir arrêter de courir et se caler sur un rythme montagnard qui me convient mieux. Cette section est très sympa, les sentiers en sous bois nous protejent des quelques gouttes d'une petite bruine matinale. On est au train sur cette section et ça avance, si bien que le jour qui arrive nous voit déboucher sur le vallon de Bérard, avec le refuge en point de mire. Ca bouchonne toujours un peu sur cette fin de montée au 1er ravito, mais bon, ça reste raisonnable. Et surtout, c'est super beau: c'est une partie du massif que je connaissais pas et je crois que je vais revenir trainer mes guêtres par là l'an prochain !!!

Léger retard sur l'horaire estimé (15min de plus), que j'attribue aux bouchons divers et variés, mais bon, rien de problématique.


Refuge Pierre à Bérard / Refuge Moëde-Anterne


Arrêt marathon au premier ravito (2 verres de flotte coupée au coca, une sporténine) et C partit. La montée au col de Salenton est très ludique, raide à souhait par endroit, avec de beaux passages de rochers, sur dalles ou sur blocs. C là qu'on fait la différence entre les coureurs et les montagnards: le pied alpin de certains semblent en panne par endroit et on est plusieurs à mettre les mains sur les cotés de la trace pour avancer un peu. C un plaisir et ça occupe l'esprit, si bien qu'avant d'avoir eue le temps de dire ouf, me voilà au col !!!

La vue est superbe et les couleurs de l'automne naissant subliment le tout (c'est beau comme du Beaudelaire, qui a dit que les traileurs sont insensibles ??). Les cuisses commencent à chauffer gentimment, (surtout que j'ai abandonner le dénivellé à l'entrainement depuis plus d'un mois) aussi je décide de freiner mes penchants naturels pour la descente et d'aborder celle ci sur un rythme pépère. La descente de Brévent est déjà en point de mire et ce sera autre chose !!!

Vers les chalets de Villy, au creux du vallon, on me tape dans le dos: "Allez Kikourou !" C'est Jean-Michel Touron qui me passe comme un avion. Réflexe: j'ai fais 15kms devant Jean-Michel ??? Y a un pb !!! Ah oui, il m'explique vite fait qu'il a fait les 100kms de Millau la veille en accompagnateur vélo du second scratch... Quand on vous dit que les ultra sont des grands malades...


Refuge Moëde-Anterne / Brévent


La trace nous dépose gentiment au refuge de Moëde où se trouve le second ravito, solide celui ci. Bonne nouvelle, cet intervale m'a permis de reprendre le quart d'heure de retard que j'avais. Super !!

Beaucoup de monde, beaucoup de choses à manger, des bénévoles souriants et sympas, des accompagnants tappageurs, bref: un ravito sympa. "Moëde-Anterne Moëde-Anterne, 10minutes d'arrêt", bon ben c'est peut être le moment de penser à remettre la vapeur et go, la loco est repartit, direction Arlévé au fond du vallon. Trace sympa dans les alpages, un peu boueux mais ça oblige à regarder où on met les pieds !! Et maintenant qu'on est en bas, vous reprendrez bien un peu de D+ !! Et c'est reparti, pour un gros morceau de ce TAR: la montée au Brévent, 1000D+ d'une traite, posée au boutde 25kms (euh, moi, la descente j'aimais bien, on peut pas continuer ?? non vraiment ?? tant pis). Ca va passer aux forceps alors, dans la souffrance. Longue, difficile, régulière, monotone, voilà les souvenirs qu'elle me laissera, cette montée. Heureusement, les échelles arrivent, le sentier jeepable et enfin le sommet. YES !!!


Brévent / Servoz


Ravito, toujours beaucoup niveau bouffe, toujours sympa niveau bénévoles, quelques étirements, un regard alentour (dommage que le temps soit si bouché, la vue est tellement exceptionnelle) mais encore une fois, les couleurs de cet envers du Brévent me ravissent. Ca va du vert pâle au jaune, avec des touffes de rouges: vraiment la montagne en automne, c'est beau !!


On attaque la descente, un panneau "photo à 100mêtres" apparait: vite je range mon téléphone. Je me suis déjà fait gauller par Akuna à la montagnHard ( http://www.flickr.com/photos/akunamatata/3696454197/in/set-72157621027630252/  ), il s'agirait pas de faire croire que je passe tous mes trails pendu au téléphone !!! Sourire pour la photo (je sais pas sourire, je grimace !!) et je ressort le tel pour deux messages: horaires estimés d'arrivée pour mes parents, qui amènent mes 2 loulous à l'arrivée et réponse à une copine déconnectée, en vacances à la Réunion, qui pense que j'ai finie ... (ahlala, Steph'...). L'Aiguillette des Houches est passée, on va attaqué celle qui restera dans l'esprit collectif ( et dans le mien particulièrement ) le gros morceau de ce TAR 2009: la descente Aiguillette des Houches/Servoz.


Et là, autant le dire de suite, c'est une tuerie. Pourtant, mon passé karmique m'aide fortement: j'ai été poulet fermier de Loué dans une vie antérieur, j'en ai garder des cuisses d'un volume conséquent qui font de moi un descendeur plus que correct. Mais là, quand même, il y a une limite à l'humainement acceptable: grosse pente, terrain varié et parfois appuies fuyant mais surtout, elle est sans fin cette descente, on croit ne jamais arrivé. C'est un peu un Sisyphe aux enfers, version descente !!! C'est là que je prends conscience que si je souffre autant, et si j'ai aussi peu apprécié la montée au Brévent, c'est qu'il me manque de l'entraiment au dénivellé en cette fin d'été !! Mais il est trop tard pour ces considérations, il ne reste plus qu'à souffrir, encore et encore.

2 épisodes valent la peine de faire une aparté:

-au début de cette descente, on croise une belle traileuse qui elle monte, en tenue... ajustée et qui nous lance des "allez, c'est bien", "oui, comme ça, on reste bien détendu, c'est bien". Cela nous vaudra quelques commentaires dans le petit groupe où je navigue à ce moment sur le confort intérieur de cette demoiselle et sur une certaine tension engendrée, plutôt opposée au relachement qu'elle préconisait !!! Même dans l'effort, on reste des hommes, les pulsions nous guident !!

-arrivée vers l'altitude 1200, au passage d'un torrent à sec, le gars devant moi glisse et chute tête la première sur les rochers deux mêtres plus bas... Bon ben, va falloir y aller !!! Je descends, il a pas perdu connaissance mais n'est pas en grande forme, un peu "assomé" quoi !! Et une belle entaille de 4cms sur l'arcade qui donne tout ce qu'elle peut !! Un second traileur s'arrête, à qui je demande de prévenir le 1er signaleur qu'il trouve. On colmate la fuite tant bien que mal (mention spéciale à la bande adhésive dans les cheveux :-P). Le gars veut repartir, on décide d'attaquer la descente. Son frêre arrive et me dit qu'il va s'occuper de lui. Je les laisse, pensant qu'il s'arrêtera au prochain controle. 10 minutes de "perdu" sur cet épisode mais ça fait partit de la course et du trail:l'assistance est un impératif !!

Fin de la descente derrière Eric74, que je reconnais à sa photo de profil mais que je n'ose pas aborder (je suis timide). Et enfin ce dernier ravito, synonyme de fin d'agonie pour mes quadri...

C'était juste une boucherie cette descente, content d'en finir. Mais l'état général est pas glorieux, ça commence à sentir le sapin cette affaire: il est "départ+8h40", l'espérance de rentrer sous les 10heures est loin, le moral est en berne et les deux bosses qui s'annoncent me font peur.


Servoz / Les Houches


Je repars comme un taureau dans l'arêne qui sent que les picadors ont laissé la place au torréro pour la mise à mort. Et je ne me trompe pas: ces dix kilomêtres restants vont être un longue agonie, impression de ne plus avancer. En vrac, j'expérimente un cyrano personnel le long du torrent pour garder un peu de jus, je me fais doubler par plus de 10 coureurs dans les 2 grosses bosses qui suivent, je n'arrive pas à suivre un V2/V3 devant moi à la montée (si j'avance encore comme ça à son âge, j'irais mettre un cierge!!).

Plusieurs fois dans le creux de la vague, je sors puis je range puis je ressors puis je rerange mon gel "coup de fouet": est ce la solution ?? Je ne sais pas, je ne saurais pas encore cette fois puisque je décide de faire sans. Mais punaise que c'était dur. Les gens sont dehors et nous encourage, ça fait vraiment chaud au coeur, de sentir le soutien des gens, surtout dans ces instants difficiles.


Enfin, la dernière descente, le dernier passage piéton, le dernier virage et ce dernier tour de lac.

Mes loulous sont là, ils vont finir les derniers mêtres avec moi: c'est super. ( http://a.votrephotographe.fr/pages/fiche.php?id=4944 )

Finie, en 10h25, un peu plus qu'espéré mais bon, on peut pas dire que j'ai été à fond sur l'entraiment.

Tercan arrive une petite heure plus tard avec son frêre: ils ont fait mieux de 30minutes par rapport à leur temps escompté !! Félicitations.

Jean-Michel Touron arrive, Badgone, me raconte son épisode de chaussures détruites et de doubles entorses, mais il finit quand même: un warrior je vous dis!!!


Au final, une bien belle épreuve, de jolies passages, une ambiance super, une remise des prix émouvante, une organisation assez top et des bénévoles toujours sympa (qu'ils soient remerciés ici même) Une course à faire, une course recommandée !!

3 commentaires

Commentaire de Tercan posté le 08-10-2009 à 11:50:00

Je finissais par ne plus y croire à ce CR :)
Sympa l'arrivée avec tes 2 loulous... le genre de truc qui fait oublié bien vite les 50km d'avant n'est-ce pas ?
Avec ton chrono cette année sans trop d'entrainement, si en 2010 tu t'entraines plus régulièrement, je risque de ne plus te voir souvent sur une course... ou alors au départ :)
A+ et oubli pas l'objectif prioritaire 2010 : les 6 bière de l'arrancabira :)
D'ici là... notre petit délires de décembre... il va faire mal celui-là :)

Commentaire de manu26 posté le 08-10-2009 à 14:13:00

Sympa la course. Et super le CR... quoique que j'aurai aimé quelques développements quand au "confort intérieur" qui taquinait l'aiguillette...

Commentaire de millénium posté le 08-10-2009 à 14:26:00

Super récit qui alterne douleurs et joies , doute et satisfaction.....
Bel exemple de courage aussi....

Bref , très heureux de t'avoir croisé , même quelques instants.

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