Récit de la course : Verdon Canyon Challenge Ultrail - 100 km 2010, par pascalpenot

L'auteur : pascalpenot

La course : Verdon Canyon Challenge Ultrail - 100 km

Date : 12/6/2010

Lieu : Aiguines (Var)

Affichage : 2315 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

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Verdon canyon challenge 100km : retour sur le « rodio-live »

Verdon canyon challenge 100km : retour sur le « rodio-live »

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Ma vignette d'identité sur le site du prochain
Grand raid à la Réunion (photo Anise)

 (rodio) ... Sont partis depuis près de deux heures. Parmi les favoris logiques (je n'ai évidemment pas encore les cotations de tous, mais bon...):
Dawa Sherpa..........1450
Jean-Marc Zaugg.......1300
Michel Grillo..........1280
Baptiste Duban .........1250
Je vais essayer de vous faire vivre cela côté Kik's et notamment suivre la course de Pascal Penot qui revient de blessure et vise 18 heures sur cette course. Good luck à tous !

 Merci rodio de m’avoir effectuer ce suivi. C’est sympa.

Effectivement la VCC marque le retour à la vraie compétition après une année 2009 de galère. Faut dire que je l’ai bien cherché. Elaboré autour d’une conception de l’entraînement Ultra trail assez osé, je tournais sur une moyenne de 6 entraînements par semaine et beaucoup de WEC, voire un peu trop…jugez plutôt :

- Début mai 2009, reco sur 2 jours de la future diagonale des fous à deux, le compagnon de WEC ayant une cylindrée supérieure à la mienne.

- 3 semaines plus tard, WEC de 4 jours avec au programme, le trail de st Maximin 40k le jeudi (coupe de 1er V1), reco de 45k des maures, le vendredi, reco du 22k des maures le samedi et trail des maures 45k le dimanche en 6h30 en ayant attendu un collègue en insolation ;

- 3 semaines plus tard, reco sur 2 jours de 75% du parcours de la Montagn’hard avec serge, une VMA à la Chambry qui a imposé un  rythme élevé.

- Enfin le 4 juillet : Montagn’hard, 70eme kilomètres et  le corps qui lâche au niveau du genou droit.

Conséquence de cette surenchère d‘entraînement :

-         Blessé sur la ligne de départ au GRP avec objectif mode rando en 40h. arrêt au 60ème km par prudence (douleur légère).

-         Annulation de mon inscription grand raid

-         Guérison à priori complète et reprise de l’entraînement normal début décembre.

C’était à se gifler. Je savais que je jouais avec le feu, que j’étais sur le fil de la blessure. Mais que celle-ci me fasse douter de pouvoir recourir un jour des Ultras, ça donne à réfléchir.

Aussi, La programmation de l’entraînement 2010 toujours orientée pour objectif Ultra mettra de coté le "toujours plus" d’inspiration Ufomaniaque, réduira de nombreux WEC pour faire place au WEQ (week end qualité) et prendra en compte 2 nouveaux paramètres majeurs dans la récupération et la réponse de l’entraînement : mon age 44 ans et le repos.

 Le 24 avril 2010 marquera une date importante, presque une délivrance après une anxiété permanente depuis 6 mois. Je termine l’Ultra tour des monts marseillais, l’ultra OFF de 130k du Marseille trail club, sans aucune douleur. Le genou est vraiment guéri et le tee shirt de finisher que me remets le président du club vaut pour moi comme un véritable certificat médical particulier : je suis bon pour les Ultra !!!

 

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  Avec Fab et Pierre, "mon certificat médical" (photo Akuna)

 Premier objectif dans la route qui doit me mener au grand raid 2010, la VCC. Après quelques recos et étude des classements des années précédentes, j’établis une feuille de route sur 18h. Sachant que je tournais en plus ou moins 17h30 au bout de 100km au GRR2007 ou à l’UTMB2008, c’est un timing assez souple laissant un peu de jeu.

 

(rodio) Le first PC donnait :
Pascalpenot est passé dans les premiers sur un rythme élevé (1260). Départ au taquet pour Pascal…

 Effectivement, avec le retour d’expérience, je fais parti des partisans de ceux qui pensent qui ne faut pas temporiser au départ d’un Ultra. Avec le cerveau qui commande tout et vous imposera la prudence à partir de plus ou moins la 8eme heure, vouloir adapter en ultra, une méthode de type « négative Split » est une méthode voué à l’échec, une méthode de temps perdu. Mais attention, un départ rapide est indissociable d’une bonne adaptation d’un crossover point optimisé. Et cela se travaille à l’entraînement.

Pour revenir sur la course, je suis donc parti « à bon rythme » pour un coureur qui a une cylindrée qui doit être dans la moyenne du peloton (17km/h). Sans le vouloir, je prends les commandes. Assez étonné de prendre très vite quelques mètres d’avance, je me relève donc et profite de faire la connaissance de styx83, un jeune Ufo prometteur avec qui j’avais échangé quelques peu sur le forum d'Ultrafondus pour répondre à ses questions sur l’alimentation à l’effort.

Au bout de 5 minutes de course, on est déjà dans le sentier que j’attaque comme je le voulais, sans bouchon. En queue d’un groupe de 4, je double très vite car ça temporise déjà et je pars à mon tempo avec peut être 4/5 coureurs devant. Seul pendant la montée et jamais rattrapé, je reviendrai  avant le sommet sur un duo composé de Duban et Maansri. Courant jamais à la même allure on jouera à "j’les rattrape/je les perds" pendant tout le plateau du grand marges.

Dans la descente rapide du pas de Garimbeau au ravito , je reviens sur mes deux compères et arrivons ensemble à la petite foret. Ayant élaboré une stratégie alimentaire avec ravito rapide (Parti léger avec un bidon de 75cl plein et 3 vides plus 2 fioles de quoi gérer une autonomie énergétique jusqu’à Mayrestre), je remplis mon bidon vide dosé en maltodextrine et en sel, regarde ma montre étonné d’être sous les 1h30 (un 1h40 m’aurait rempli de joie) n’étant pas monté à l’asphyxie, et repars à peine 1 minute après.

 

(rodio) Au second PC (deux heures de course pour le premier):
Pascalpenot est passé en 8e position en réduisant la voilure (1220)

 Au contraire, j’ai envoyé !... La veille j’ai n’ai pas beaucoup hésité sur la stratégie de course à adopter sur cette importante modification de parcours. En effet, au lieu de la descente dans le canyon très technique prévue au départ, la fermeture de sentier a obligé l’organisation à proposer un boucle petite foret/petite foret très très roulante. Nous basculons tout d’un coup d’un trail de montagne technique à un trail de plaine (on pourrait presque dire un trail sur piste !). Aussi à défaut d’une portion très technique qui aurait mis un frein à tout le monde, il faut faire la course sans réfléchir. Je continue donc sur ma lancée en appliquant la méthode cyrano 15min/1min à allure marathon. Mais bon avec une VMA à 17, je vois très vite revenir tout d’abord Duban, puis Maansri et ensuite Zaugg et Petiau. Je laisse aller… vouloir les suivre, c’est basculer pour moi en mode seuil !

Sur la phase aller de la boucle, je me retourne régulièrement, persuadé qu’il seront encore une petite dizaine à revenir sur moi. Mais bon, même dans les longues lignes droites personne à l’horizon… J’en déduis que beaucoup sont partis prudent.

Sur le retour de la boucle, c’est cool car je croise le ventre mou du peloton. J’encouragerai beaucoup de coureurs et croiserai Daniel, un camarade de club par un hurlissisme « Allez Daniel, Vive le MTC !!!! »

Au ravito, je parfais un seul de mes bidons en eau et direction illoire à 1h de route.

 

(rodio) PC 3 - Illoire (28e km), environ 3 heures de course pour Sherpa.
Pascal est toujours 8e, mais il fléchit légèrement par rapport aux deux premiers pointages. Il arrive autour de son niveau intrinsèque sur ce genre de course : 1150.

 Le sentier menant à Illoire que j’ai reconnu est un vrai sentier étroit de sanglier assez technique avec pas mal de relance. Je passe du mode marathon au mode Ultra façon allure rando-course. Il faut maintenant laisser venir, courir au tempo en métronome à la Olmo et ne pas s’affoler si certains reviennent de derrière. Cette partie la de l’ultra est, après le départ ou on a vérifié la cylindrée, la partie de transit ou on vérifie l’endurance, l’état de fraîcheur avec le mental qui petit à petit prend sa place. Une pause pipi (la première) me montre des urines jaune pale assez claire. Ca va, mais je décide de basculer de 50cl à 75cl par heure bien que la météo soit douce et le ciel couvert.

Je mettrais comme prévu une petite heure pour rejoindre Illoire n’apercevant personne ni devant, ni derrière.

 

(rodio) PC 4 (42,700 km???).
Le first, Dawa Sherpa, est en moins de 4 heures ! Je n'ai pas le profil en tête, mais ou c'est moins technique que prévu (changement de parcours) ou c'est raccourci... En tout cas près de 11 km/h de moyenne annoncés, wahou...
Pascal ne faiblit pas... ce sont les autres qui accélèrent. Peut-être a-t-il trouvé un rythme de croisière?

 Je sais la partie après Illoire longue et roulante. Enfin moins longue que prévue car il ont avancé le ravito de Carrière à La source. Je fais néanmoins le plein de 2 bidons. Je reste en mode transit, isolé pour l’instant dans cette course. Je ne m’informe au ravito ni de mon classement, ni des écarts. Même si c’est un ultra court (à peine 100k), il ne sert à rien de faire la course trop tôt. Ou elle viendra d’elle-même à moi cette course ou on avisera selon la forme à partir de La clue.

Dans la descente raide menant à la route, je me fais doubler par un jeune coureur agréable à voir descendre. Il me prouve que les bâtons peuvent avoir une utilité pour dévaler les pierriers sans risques…. A travailler.

A peine sur la route, je vois pointer 2 autres coureurs dont un que je connais de renommée Michel Grillo. Ca y est, le troupeau que j’attendais voir revenir dans la boucle de la petite foret, reviens maintenant sur moi. Un dernier coureur me rattrape et s’arrêtera après le pont pour une assistance limite légale (hors zone de ravitaillement).

Dans le début de la montée vers la source, j’essaye de suivre Michel qui me sent venir en suceur de roue. Il pousse le bougre et me dépose.  L’autre coureur, après son ravito pirate, revient sur moi et me dépose aisément. Je m’affole un peu de ces retours. 4 en l’espace d’un gros quart d’heure. Je suis de plus agacé de ne pouvoir les suivre sans forcer. Est-ce que je paye un départ trop rapide ? Suis-je en défaillance ? Est ce que je subit le mur avec la bascule glyco/lipolyse plus rapidement de prévu. Celle-ci intervient généralement à 6/8 heures de course alors que nous avons ici à peine passé les 4 heures. Bref, je cogite pas mal quand j’arrive au ravito. Michel et ses compères détalent déjà. Je bois deux verres d’eau pétillante, repars sur mon stock d’eau suffisant pour Moustiers (je veux monter léger) et je décide de faire le point pour me reprendre mentalement. Je m’en veux un peu de m’être laisser emporter par la situation de course. Je constate que de défaillance physique, il s’agit plus de défaillance morale. En effet mon timing est bon, la mécanique des jambes est parfaite et je m’alimente bien. Je m’engueule ("eh ho c’est pas un trail de 40k, c’est de l’ultra alors laisse venir, nom de dieu !!!"). Finalement, je mets cette erreur de gamin, sur l’absence d’un an de compétition. Après avoir avaler 4 dragées de BCAA, je repars dans la montée du col de l’âne sur de bonnes nouvelles bases.. en Ultra traileur expérimenté.

 

(rodio) On est à Moustiers (PC5)
10. Pascalpenot.....1155
Pascal gagne une place, mais son rythme continue à s'infléchir.

 Ce n’est pas le rythme qui s’infléchit mais le parcours qui se complique. Certes j’ai un peu traîné sur le crête de l’ourbes, mais j’ai fait une bonne descente jusqu’à Carrière. J’ai repris styx83 étonné de le voir la. Sa cheville a tourné, il marche. Pour lui la fin est proche. Arrivé sur la route, je retrouve Michel Grillo qui discute avec des collègues venus l’encourager, ils m’offrent un peu d’eau, j’en profite goulûment de peur d’être limite dans mes réserves et je repars.

C’est après que le chemin se complique. Après avoir vu revenir Michel qui me distance illico le temps d’un arrêt pipi. Nous entrons dans une portion privée. Le balisage nous entraîne le long de la rivière dans des passages bien pourris (j’apprendrais le lendemain que 5 minutes avant le passage de Dawa, le propriétaire avait fait un caca nerveux, interdisant le passage de la course dans « son domaine ». Ne restait plus que la rivière « domaine public »). Des ronces, des passages sous les roches, un talus terreux de 7 à 8 mètres à escaladant cahin caha à l’aide de rares racines fébriles. Bref, c’est plus du trail mais de l’entraînement commando. Cela ne dure certes que quelques centaines de mètres mais on progresse à pas de fourmis.

Enfin quand le sentier en balcon réapparaît, je retrouve une cadence qui me plait et prends du plaisir à pouvoir courir quasiment tout le sentier botanique jusqu’à Moustiers. J’ai retrouvé la pêche physique et mentale.

 

PC6 La clue : 7:59:56

 En regardant de plus près pour rédiger ce CR les classement sur GéoFP, je suis étonné de la rapidité avec laquelle Bernd Klisch, à plus d’un quart d’heure derrière moi se retrouvera avec plus de dix minutes d’avance à La clue. Il a du me dépasser à la vitesse de la lumière car je ne l’ai pas vu me doubler…. Et il semble ne pas être le seul. Que Sébastien Cabon m’explique alors qu’il est douzième à Moustiers à 13 minutes de moi comment il fait pour se retrouver septième à La clue et que je l’ai pas vu me doubler, avec 9 minutes d’avance !!! Ca me troue le cul ! En l’absence d’un signaleur anti-triche, Je présume que la coupe du val d’Angouire a du ne pas être trop pénible ! Et s’ils avaient fait une grossière erreur de parcours, les bénévoles du ravito de la clue l’auraient sûrement constaté en les voyant arriver par le mauvais chemin. S’ils passent sur ce forum, je suis tout ouie pour un droit de réponse.

Bref je comprends mieux maintenant mon étonnement quand j’ai demandé pour la première fois mon classement à la Maline et que ce dernier ne correspondait pas à mes calculs. Il manquait 2 places ! Ce genre de choses était à prévoir sur une course où il n’y avait aucun signaleur et aucune antitriche que ce soit à certains endroit clé.

Bref me voici dans la montée de la voie romaine. J’aperçois enfin devant moi plus haut dans les lacets de la voie un puis deux coureurs. Je me dis ça y est le travail de sape peut commencer. Est-ce mon coté compétiteur à l’Ultra mais la gnack revient. Oh ce n’est pas réellement l’allure qui change mais l’envie. J’aime cette situation ou peu à peu, parfois en quelques minutes, d’autres fois en quelques quarts d’heure, on revient sur l’autre.  Je sais que c’est un peu tribal de dire ça, mais j’aime ça… c’est la course par élimination, c’est ça l’Ultra. A défaut d’une cylindrée tout terrain, j’ai mes armes… Peut être toutes les autres que je peaufine et améliore au gré des mes entraînements, mes recherches : combler au mieux à mesure que les kilomètres s’allongent, le fossé d’une Vo2max qui m’éloigne des podiums. J’en veux d’ailleurs à la météo, jusqu’à présent trop idéale pour une course. J’aurai aimé une chaleur de plomb, celle qui détruit tous ceux que ne savent gérer leur hydratation en course, soit plus des trois quarts des coureurs quelque soient leur niveau.

Sur le plateau de Venascle le 10eme est 150m devant moi. Il ne lâche rien. Si en montée ou faux plat, je reviens sur lui, sur les parties plates et descendantes, sa foulée est bonne.

Pendent cette chevauchée à distance, je constate que j’ai laissé ma poche de ceinture ouverte. Résultats, j’ai paumé mes protéines et quelques dosettes de miel. Je n’en ai plus que deux. Bref, il va falloir composer avec le sucré des tables de ravito pour rester dans le bon dosage.

A la fin du chemin carrossable et au départ du sentier menant dans le val d’Anguire, « mon dixième » est encore 80m devant. Je parviens, sans chercher à le faire à le reprendre dans la montée du sentier. « Il est cuit », je me dis. Je le passe avec un mot d’encouragement de ne rien lâcher et continue à montée à mon rythme.

Cependant après lui avoir mis rapidement 15/20 mètres, il cherche à me suivre, ne pas se laisser distancer. Bref il a encore du jus le bougre et il n’est pas mort. Tout au plus, il a peut être les jambes dures (mais bon, la montée n’est pas traumatisante et il descend bien) ou alors le mental lui joue des tours. Agacé de le voir me sucer la roue, je profite de bip du quart d’heure nutritionnel de la montre pour m’arrêter, boire, pisser et prendre un gel. Il me repasse sans rien dire et je le laisse filer. Je repars une minute après sans chercher à aller le chercher. La descente vers la clue arrive. Alors qu’il n’a que 100 mètres d’avance, je l’ignore et fait la descente dans ce large chemin 4X4 à ma main sans forcer. Quant j’arrive au ravitaillement de la Clue mon dixième est encore la qui se ravitaille. Un coup d’œil sur ma feuille de route. Le timing est toujours bon. Pendant que mon dixième reprend la course, je termine le plein de mes bidons toujours dosés en malto et comble la perte de mes dosettes de miel en avalant une banane.

 

PC7 Mayrestre : 9:37:32

 Quand je repars, je vois mon dixième qui marche sur le plat 100m devant moi. S’il est capable de me suivre en montée et que maintenant il marche, c’est que ce n’est pas les jambes mais la tête qui lâche. Connaissant bien la partie qui suit pour l’avoir reconnue, je décide de courir à ses trousses pour un coup de bluff mental. Je le rattrape assez vite après le passage à gué. Et dans la prairie avant la montée, je m’arrête à sa hauteur, je me mets à marcher à ses cotés et prend soin de lui dire après une banalité : «j’ai fais la reco de cette partie la. C’est un chemin forestier IN-TER-MI-NA-BLE! C’est une montée très pénible à n’en plus finir. On va en chier !!! » Et après ce coup de poing moral, je lui lance un « à tout de suite » et passe en mode rando course. Comme dans le montée du val d’Anguire, il me suit en suceur de roue. Dans la montée, tout deux en mode rando-sportive avec bâtons au travail (la pente est vraiment d’un bon pourcentage), je travaille de la dragonne sans me retourner. Petit à petit, le bruit de ses bâtons se fera plus lointains avant de s’évanouir. Je ne sais si j’ai vu juste en titillant sa faiblesse morale. Toujours est il qu’à ce moment de la course, je rentrais dans le top 10 et que la chasse au classement commençait !...Tribal que j'vous disais!

 Une surprise m’attendait au sommet du col de plein de voir. Ma joie de l’avoir montée dans mes estimations fut de courte durée. Changement de parcours non prévu au road book, au lieu de prendre le GR4, le balisage part dans les falaises. Quel Merdier !!!! Au lieu d’un GR roulant d’une vingtaine de minutes, le parcours proposé en bord de falaise est en hors piste. On navigue entre les rochers, pénètre dans les buissons, joue à cache cache en quête de la prochaine rubalise… Tout ça pendant plus d’une quarantaine de minutes !!!! La seul satisfaction sera de revenir et d’absorber assez aisément un coureur. Enervé de chez changements non prévus, me voici à rendre 20 minutes sur mon timing. La satisfaction de basculer 9eme (à un Bernd Klisch et un Cabon près !) calme quelques peu mon agacement. J’attaque la descente en souplesse et sans risques mais sans traîner. Pas envie de me faire rattraper par ceux que j’ai repris !

 Arrivé au ravito, je pars dans un fourré retirer un sac d’assistance perso déposé la veille. A l’intérieur deux bouteilles pleine de malto et de st yorre, deux autres vides d’eau mais déjà dosés en malto et 8 dosettes de miel. Je mange 2 morceaux de banane et je repars illico laissant un coureur arrivé avant moi qui reste au ravito et qui semble cuit.

 

(rodio) PC8 de Malines (km 72, :
8. Pascalpenot.....1160
Pascal fait parler l'entraînement. Il est stable juste au-dessus de 1150

 Me voici sur le sentier très agréable et assez roulant du bastidon. Après reco, j’ai prévu de l’avaler tranquille en rando course en une cinquantaine de minutes. Il est facile mais au soleil. Ce dernier d’ailleurs, enfin se réveille. Pourtant c’est dans ce sentier là que je vais subir une grosse défaillance pour le moins bizarre. Je m’ennuie ! Plus envie de courir, plus envie de relancer ! En moins d’un quart d’heure tout le mental part en sucette. C’est la bérézina. Je me demande ce que je fous la…Je me dis que je ne suis plus fait pour l’ultra, que je suis trop vieux, que j’en ai marre, n’éprouvant plus aucun plaisir à en chier !... Et j’extrapoles même déjà sur le prochain grand raid en hésitant entre rendre mon dossard et m’aligner sur la ligne de départ pour finir en 60 heures en réservant un gîte bien chaud à Mafate sur le parcours !!!! Je n’avance plus !!! Je n’engueule même plus pour essayer de me réveiller. Je tente bien de souffler un grand coup et de reprendre la foulée mais non, ça me fais chier !... Tout au plus j’essaye de trouver une raison. Est-ce une montée de tryptophane par le manque d’apport de protéines, perdues sur le plateau de Venascle. Est-ce moi qui souffre de la chaleur alors que je l’ai tant souhaité. A peine, j’essaye de me rassurer en me disant que malgré mon rythme de tortue, ils ne sont pas mieux derrière car personne ne revient.

Bref les 50 minutes du bastidon dureront 1h05 ! Arrivé sur la route, à ma grand surprise, je vois un coureur à peine 50 mètres devant (en analysant GeoFP il s’agit en fait de Sébastien Cabon, le collègue à Kirsch) !!! Sans réfléchir, je cours, non pas à sa poursuite mais à sa rencontre. J’éprouve le besoin de parler. A son niveau, je marche à ses cotés et lui dit : « ça va ? » Il me dit qu’il est cuit. Je lui dit : « moi aussi mais pas physiquement, mentalement. Je ne sais pas ce que j’ai. Généralement dans ces cas là, je respire un grand coup, je repars en courant dans le dur et je prends mon pied. Mais la, ça me fait chier !... Je ne prends plus de plaisir » !

Comme la route séparant le sentier du bastidon du prochain 500m plus loin est plate, je le souhaite bonne chance et repars en petite foulée en quête de retrouver un bon timing.

En entrant dans le sentier, je m retourne et je le vois que de son coté il continue à marcher. Et aller savoir comment est fait le mental de l'être humain, tout à coup la gnack revient. Je me dis en moi-même, « ce gars la, tu lui mets dix minutes à la Maline ». Et me voici à courir même dans les faux plats montants m’aidant des bâtons, à ne rien lâcher. Très vite, je semble comprendre que ma faiblesse du Bastidon était une faiblesse d’ennui. Il me faut un type à aller chercher ou un autre à semer ou à ne pas laisser me rattraper. Fait en reco en 40 minutes, j’avalerai se sentier en balcon en 35 minutes et arrive à la Maline avec une pêche insoupçonnée encore une heure plut tôt. A ce ravito, je récupère à nouveau une assistance de 2 bouteilles pleines de malto/st yorre dans un fourré. Je fais rire les kiné qui me propose un massage par un Non ! énergétique et catégorique et demande au ravitailleur ce qu’il a comme protéines pas trop grasse. J’avale deux morceaux de camembert en demandant mon classement. Etonné d’être que 8eme (je pensais 6 au vus de mes dépassements), je file dans le canyon.

 

(rodio) PC9 (80 km) : Petite Forêt. Sherpa en 10h44'
7. Pascalpenot........1160
Un Pascal toujours très stable dans ses allures. Ca sent bon !

 Hormis le dernier quart d’heure, je sais ce tronçon technique et périlleux. Aussi, avec le souvenir d'une gamelle lors de la dernière reco 15 jours plus tôt (hématome à la maléolle gauche)  je prends une foulée sans risque, à une allure rando course pépère. En quittant la Maline, j’ai constaté qu’un coureur arrivé avant moi avait aussi besoin de souffler collé au ravito… Encore un absorbé à l’usure de l’ultra.

Content d’avoir retrouvé mon mental et mettant cette faiblesse sur le compte à la fois d’un manque de protéines et d’une ennui du à un manque de compétition (faiblesse à travailler en séance de préparation mentale), je profite de cette partie de la course presque comme un touriste. Certes je ne m’arrêtes pas pour écouter le bruit du torrent et la chevauchée de l’eau mais je savoure ce passage. Je m’y sens bien. Après une demi heure de sentier de l'Imbut, arrivé au pied du vidal. Je monte à ma main, laissant la pente donner le tempo. Cette montée brute est assez simple à résumer. C’est un peu « dos d’âne » en quatre fois moins long. Bref faut laisser venir sans subir.

De retour sur le chemin large de la petite foret, je me force à courir le plus possible en étant efficace par tranche de 5 minutes. Je souffle en marchant une trentaine de secondes, le temps d’un faut plat montant et je recours encore faisant ainsi du Cyrano court.

 

PC10 Aigle :   13:12:45

 Le temps de refaire le plein d’un litre cinq au ravito et je repars pour la montée raide du pas de garimbeau. Elle est raide mais se monte bien. Je l’attaque au souffle et suis content d’arriver en haut en un peu moins de 30 minutes, même temps qu'en reco ! La partie en balcon jusqu’au sommet du grand Marges est plutôt montante et très caillouteuse. Aussi plutôt que d’essayer de courir avec le risque engendré par la fatigue de tourner une cheville, je marche à grandes enjambés entre les cailloux m’aidant quand je peux des bâtons. L’air maintenant est frais. Deux pauses pipi en à peine un quart d’heure m’invite à repasser à une hydratation de 50cl par heure.

J’attaque la descente du grand marges en rando-course ménageant mes jambes qui sont bonnes mais bon ça fait tout de même plus de 80 bornes qu’elles tapent dans les cailloux. Au deux tiers, je rejoins Michel Grillo qui marche. « Je n’ai plus de jambes » me dit-il. Je prends le temps de lui montrer un assouplissement que j’accomplis régulièrement tout les 15/20km pour détendre la musculature. Puis je le passe en l’invitant à ne pas lâcher et, comme il est plus rapide que moi, en lui donnant rendez vous dans le boucle finale.

J’arrive au ravito de l’aigle dans les prévisions pour ce tronçon, je suis content de ma forme.

Je fais le plein à 1 litre à peine pour le tronçon final. Je demande au ravitailleur s’ils savent à quel heure tombe la nuit. Alors qu’il est 20h passé, l’un deux me dit que j’ai le temps d’arriver de jour qu’en courant bien, en une heure quinze, c’est loché !

 

(rodio) Arrivée avec cote provisoire :
1. Sherpa...........1430 (13h24')
2. Duban.............1270
3. Zaugg.............1245
4. Maansri...........1185
5. Rizzotto.........1180
6. Pascalpenot........1170
Constamment au-dessus de 1150 depuis le pc4, Pascal a vu sa régularité payer sur la fin ! Super course, super rentrée ! Bravo Pascal !!!
16h22' pour Pascal !

 En repartant, je vois Michel Grillo qui arrive au ravito. Je ne l’attend pas même si je ne donne guère de mes chances.

Je traverse le camping, passe devant ma tente et file pour le dernier tronçon que j’avais aussi reconnu. C’est très roulant et c’est courable quasiment tout le temps. Je dévale un sentier, attaque une partie route et me retournes souvent, persuadé que Michel va m’avaler. Ca ne me dérange pas vraiment, on ne joue pas dans le même classement de catégorie et je ne suis pas en mesure de lui résister. Je rentre dans un champs que je traverse en marchant. Au trois quart du champs, je me retournes encore et je vois enfin Michel qui lui courres pour venir me chercher. J’accélère le pas et une fois entré dans la foret, je me mets à courir. Je ne sais si c’est de l’orgueil mais je me dis s’il veut revenir sur moi, il faudra qu’il vienne me chercher. Bref, je cours mais pas à fond… je n’y crois pas vraiment à cette course poursuite. Je cyranise  petit en courant trois quatre minutes puis en soufflant une quarantaine de secondes en marchant. Je me retourne souvent voyant déja Michel arriver mais même dans les longues lignes droites, pas de Michel. Au fil des minutes, je prends confiance en moi et je m’engueule même un peu d’avoir si vite joué perdant sur le papier. Et je mets à courir de plus en plus longtemps, plus vite et à moins marcher pour souffler. J’ai dépassé maintenant le gîte équestre et je dois être à moins de 5km de l’arrivée. J’essaye d’oublier les 95k de courses, de ne me concentrer que sur le final, je fais appel aux images mentales, je me dis « cours, cours ». A chaque besoin de souffler, je souffle, bois et repars quand ce n’est pas trop raide, « cours, Pascal, cours, ne t’arrête pas cours et cours encore, c’est la fin. Il n’est pas mieux que toi, cours, va la chercher cette place ». J’avale le champs de lin, pénètre dans le dernier sentier de foret et m'allège de l'eau des bidons ne gardant que quelques gorgées. "vas-y cours!". Je donne des coups de bâtons quant ça monte et reprends ma foulée sur le plat et en descente ou je pousse encore sur les bâtons pour gagner en allure et ne pas ralentir. Voici la route, je rentre dans le chemin. « Allez, cours encore, cours ! ». A nouveau la route à droite et le GR qui longe le château. Je me retourne encore. Pas de Michel, le challenge est rempli.

J’arrive à Aiguines 6ème en 16h22 pour une feuille de route de 18h, content d’avoir réussi mon pari secret que je pensais sincèrement impossible. Ce pari était simple : « une fois rangée la frontale au levé du jour, tu ne l’as ressort pas jusqu’à l’arrivée ! »

 Il est 21h30, le jour est à son crépuscule, déjà en train d’alimenter ma fenêtre métabolique, j’accueille Michel qui arrive. On se félicite. A coté le cinquième assis à terre semble avoir tout donné. En moi-même, tout en grignotant, je me dis : « dommage, encore 15 ou 20 kilomètres...» Tribal que je vous disais....

 Bravo, bonne récup à tous les concurrents et vive Kikourou! (photo Alalex)
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14 commentaires

Commentaire de NICO73 posté le 21-06-2010 à 07:24:00

Encore bravo pour ce beau résultat

Commentaire de CROCS-MAN posté le 21-06-2010 à 08:06:00

UN GRAND BRAVO.Merci pour ton récit.

Commentaire de RogerRunner13 posté le 21-06-2010 à 11:48:00

Bravo Pascal, un super récit et félicitations pour ce beau résultat.

Commentaire de Rudyan posté le 21-06-2010 à 13:43:00

Bravo pour cette belle perf pascal! Je suis admiratif face à vous autres coureurs d'ultra.

Sans compter que ce fut un réel plaisir de te rencontrer et de pouvir échanger librement et tranquillement ensemble ;)

A bientot j'espère!

Yannick

Commentaire de Flo2Cannes posté le 21-06-2010 à 14:48:00

Bravo Pascal!
Je t'avais senti en grande forme à l'UT2M et la tu confirme!

Florent S. (MTC)

Commentaire de akunamatata posté le 21-06-2010 à 15:30:00

mama mia Pascal a son bon de sortie !
tu vas faire un malheur au GRR ;-), super recit on s'y croirait !
sauf que moi j'aurai eu trop chaud et comme les 3/4 je serai déshydraté en moins de deux !

Commentaire de jepipote posté le 21-06-2010 à 19:08:00

je me suis mis en mode tribal pour aller au bout de ton CR-))
félicitations pour ta course, et toute ta discipline dans la préparation et l'entrainement de tes objectifs.

Commentaire de Jerome_I posté le 22-06-2010 à 00:17:00

Merci pour ton récit. Ce fut passionnant tous ces mois de préparation et le suivit de ta course sur kikourou jusqu'au récit et les semaines de récup sur ton blog. Merci de partager tout ca!

Jérome

Commentaire de DJ Gombert posté le 22-06-2010 à 20:15:00

Super récit à lire et relire : ah ! la poussée sur les dragonnes (que tu m'as montré sur le Trail de Signes), vivement que nos chemins se recroisent pour que tu me montres l'assouplissement des 15/20 km.

Amicalement

Commentaire de tachorun posté le 23-06-2010 à 22:09:00

merci pascl, je me suis abreuvé de ce récit.Quel pied.Belle gestion de course , encore un peu de travail de prépa mentale .sur la bouff et l'hydrat tu es au top.J'attends vite d'apprendre car comme toi je pense qu'en ultra la gestion fait partie à 50% de la gagne de ce type d'épreuve.Chapeau.Bonne suite pour ta saison.
Mika

Commentaire de lulu posté le 24-06-2010 à 08:55:00

Merci pour ce récit haletant et BRAVO pour ta gestion de course !
Féloche !!!!!!!!

Commentaire de TomTrailRunner posté le 24-06-2010 à 10:06:00

Grande course, belle performance, CR à l’avenant
Bravo à toi

Commentaire de Kourpavix posté le 24-06-2010 à 10:17:00

Super course et récit très agréable.
On est au coeur de l'action.
Même gestion pour moi, mais ... en mode kourpavix!
Pourtant j'ai une VMA de 17,8... Chercher l'erreur!
Ca promet une belle saison pour toi.
Bonne continuation




Commentaire de Natou posté le 06-07-2010 à 08:23:00

M<erci pour ton recit, et bravo pour ta course !!! Tout cela donne vraiment envie !

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