Récit de la course : Marathon Seine-Eure 2012, par francois 91410

L'auteur : francois 91410

La course : Marathon Seine-Eure

Date : 21/10/2012

Lieu : Val De Reuil (Eure)

Affichage : 1117 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Battre un record

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Sur la Route de Louviers ...

Sur la route de Louviers …
Y avait plein d’coureurs à pieds !

21 octobre 2012

 

 

Voir le bonus à la fin du récit !

 

Sur le moment, après ce que j’ai appelé « la course de ma vie » au Marathon du Mont Saint Michel en mai dernier (cf récit), il m’était difficile logiquement de me projeter dans quelque chose de mieux, de plus abouti. Puis est arrivée ma déconvenue au non-marathon de Caen… puis les vacances … puis la rentrée …

 

La reprise

Il était temps de remettre les pendules à l’heure afin de voir si c’était un coup de bol ou pas… Me disant en même temps que j’étais sûrement encore assez jeune pour espérer (prétentieusement ?) que je pouvais encore avoir la gnack pour progresser contre le chronomètre, au moment où beaucoup se tournent finalement vers d’autres disciplines plus herbeuses !

Je pistai le Bubulle depuis un moment et avais repéré qu’il voulait lui aussi taper son record sur cette distance. Banco : le prochain, le 10e, sera celui de Seine-Eure, annoncé pompeusement par les organisateurs « le marathon de votre record » [comme me l’avait suggéré La Panthère : « comme ça, tu pourras réclamer si tu ne bats pas ton record ! »]

J’ai tablé sur une préparation un peu moins longue qu’au printemps : 8 semaines, mais avec le même principe de fractionnés longs, de forçage de l’allure y compris en endurance et en sortie longue.

Pour faire court, ça a bien fonctionné les 5 premières semaines, mes repères chronométriques étant en avance de 2 à 7 secondes au km depuis le printemps. Mazette ! Me serais-je trompé quelque part ?

Puis est arrivé le week end Kikouroù, où j’ai pu vérifier que je pouvais gambader joyeusement avec le dénivelé pendant deux heures et demi sans problème… sauf quelques douleurs au mollet gauche …

 

Le doute

Comme toutes les belles histoires ont une fin, le dimanche suivant, grosse panne pendant ma séance longue, réduit au bout d’une heure de terminer en me trainant à 10km/h avec pas mal de douleurs grandissantes au point de ne plus pouvoir relancer du pied gauche, et une gêne dans la cuisse droite.

La seule décision sage que j’ai pris a été de diviser par deux le programme de fin de prépa, réduit à peau de chagrin. Dans la bataille, mes repères chronométriques étaient retombés quasiment au niveau du printemps.

J’étais prêt à renoncer trois jours avant, mais une petite voix m’a dit « t’as rien à perdre, faut essayer, et puis il y a Bubulle qui t’attend pour lui servir de lièvre … tu ne peux pas lui faire le même coup qu’à Caen ! ». Alors je me suis inscrit.

En gros la raison aurait voulu que je m’abstienne, mais une once d’excès de confiance me fit oublier la raison...

 

Morosité de veille de course

Dans la même lignée pathétique, je me souviendrai de notre arrivée avec Muriel (Mme François91410) le samedi après-midi au « centre » du Val de Reuil, sous une lumière déclinante, sous la bruine, sur une pelouse boueuse et au milieu d’un village marathon quasi désert. De plus, je n’ai toujours pas retrouvé mes jambes, et j’ai attrapé la crève depuis le début de la semaine… Ce qui me fit dire tout haut ce que je pensais tout bas : « Mais qu’est-ce qu’on fout là ? ».

 

Pour déjouer la fatalité annoncée, la première étape cependant était de passer une bonne soirée d’avant course. Ce que nous réussîmes à faire dans un excellent restaurant « La Tannerie », qui me concocta notamment un plat de tagliatelles aux coquilles Saint Jacques à tomber … Une adresse que je recommande donc, dans une des rues les plus pittoresques de Louviers :

La rue Ternaux

De retour dans la chambre d’hôtel, je rattrape le suivi live du GRR et me dis ce n‘est pas un petit marathon qui va me faire peur … Non mais.

Bonne nuit !

 

Le jour s’est levé

La nuit a été très bonne. Dehors, il fait très gris, il pleuvine. Seule bonne nouvelle de ce côté : il ne fait pas froid, environ 14°C.

Petit déjeuner sérieux, mais léger : l’expérience peut-être. Les jambes ne sont pas trop mauvaises, de toute façon je ne peux plus reculer.

 

A 7h30 je retrouve mon indispensable Bubulle pour embarquer dans la navette vers le site de départ, sac poubelle à la main. L’attente dans le patelin est un peu longue, mais nous finissons nos préparatifs, nous nous vêtissons du sac poubelle obligatoire pour les premiers km. Le patelin en question : Amfréville-sur-Iton, ça ne s’invente pas. Vu du ciel :

 

 

Charmante église Notre-Dame (XIIe et XVIe siècle)

Autant dire que le départ de la course et des coureurs doit être un soulagement pour les 716 habitants de cette charmante bourgade si typique et si paisible de ce coin de Normandie.

 

Un peu de réalisme

Après un petit trot d’échauffement où je confirme que je vais courir sur une jambe comme prévu, nous plaçons rapidement au début du sas de départ. Je répète à Bubulle que je veux prudemment me caler sur 05:09 au km (05:06 pour lui) jusqu’au 30e après on verra, et donc il peut partir devant.

Nous franchissons la ligne après à peine 10 secondes seulement. Pas d’embouteillage dans les premiers hectomètres, ça change des marathons grand format !

Derrière moi, y'a un gars qu'est sponsorisé par Kikouroù...

Sur les deux premiers km, ça descend un peu, on se laisse aller … aïe trop vite. Je ralentis. Sur les trois km suivants je regarde mon chrono : toujours trop vite. Ca alors.

Pour l'instant ça fait le marriole, ça risque de ne pas durer !

 

En fait, je sens que je suis nettement au-dessus du tempo prévu, mais pas tout à fait en surrégime. Alors je poursuis. Je sais que c’est plus que risqué, mais au point où j’en suis… Les kilomètres défilent dans la campagne normande sous de petites averses bien rafraichissantes…

Dans Louviers (où un petit tour de ville est organisé), je tente de me raisonner, au 12e km, et lève un peu le pied. Bubulle me redouble et me lance : « Y a un petit train, tu le prends en marche ? »J’ai besoin de souffler : « Non, je ne peux pas continuer à ce rythme, pars devant, je reste sur 05:09 ». Enfin … je n’ai pas encore réussi à respecter cette cadence depuis le départ ...Je fais l’effort les pieds sur les freins sur les 3 km suivants mais reprends mon rythme initial ensuite.

 

Je reprends Bubulle au km 18 et nous dirigeons sereinement vers le semi en 01:47:32. C’est finalement lui le plus sérieux, à seulement 2s en dessous de son tempo objectif. Je lui lance : « La course ne commence que dans 10km ».

Intérieurement, je me dis que je vais droit dans le mur pour le coup ; mais de façon irrationnelle ça m’est égal. Par contre tous les 10km, je prends une barre énergétique, un demi-litre d’eau, et un comprimé de sporténine. Cela me permet de ne pas m’arrêter aux ravitos. Méthode expérimentée au MSM avec succès.

Jusqu’au 28e, je m’applique à progresser au feeling sans jamais entrer en surrégime.

Ca c'est le mec qui fait croire que tout va bien et qu'il est sûr de lui !

 

Mon prochain objectif est le point de rencontre avec Muriel. Cette portion est dure, exposée au vent de Nord Est.

 

Au km 28,5 donc, je m’arrête deux secondes et file.

 Ravito perso !

Cela m’a donné un coup de fouet plus efficace que n’importe quel gel du même nom.

 

Tout lâcher

En fait je décide de tout lâcher, chaque km parcouru sans explosion sera une victoire. Inutile de dire que je ramasse les morts… Je vois toujours mon Bubulle 150 à 200m devant moi, point de mire permanent et lièvre de luxe ! Il me vient alors une pensée digne d’un Lutin des Bois : et si je le rattrappais et le dépassais ?! Je commence à compter les secondes qui me séparent de lui au fil des km… 60 … 45 …40 … 28

De plus, le tracé est très plaisant, cela me motive à rester dans ma ligne dure. Par moments pourtant, j’ai la cheville qui se dérobe, je sens mon rachis lombaire tendu comme une arbalète, prêt à me jouer à nouveau un bien vilain tour. Alors je tente de me décontracter et relance. Je ne pense déjà qu’à lever les genoux, allonger les bras et regarde au loin.

Je commence comme à chaque fois à faire le compte à rebours des km. Il en reste 7. Une paille. Bubulle lui non plus ne lâche rien, ça va être compliqué de le poutrer s’il ne baisse pas de rythme… Je lui jette un sort, sans résultat… On ne s’improvise pas Lutin comme cela …

Tout au long de cette fin de parcours, l'organisation a judicieusement disposé des banderolles svec des slogans très sympas, qui disent vrai :



Au 37e le tracé revient sur le Val de Reuil où sera jugée l’arrivée, je suis comme un bon vieux Mustang qui sent l’écurie se rapprocher à grands sabots, mais je ne peux plus assurer les 05:00 de moyenne tenus sur les 8 derniers km, je veux faire un beau final et dois patienter d’apercevoir l’arche des 41 au bout de l’avenue pour sortir mes griffes (La Panthère appréciera).

 

Et là vous devinez les griffes ...

 

Je mange encore quelques coureurs partis, eux, trop vite (oups) ; Muriel m’attend encore au Km 41, au loin je vois Bubulle s’envoler irrésistiblement et me reprendre encore 20 secondes, 9 places devant moi …

Top, c’est fini.

Quelle folie !

Le gars qui fait croire que c'était couru d'avance !

 

Retour sur Terre

Après les 2-3 minutes nécessaires pour retrouver mes esprits, je retrouve Bubulle. Tous les deux nous sommes hilares, ça doit faire plaisir à voir … On en croit pas nos chronos respectifs. Pour ma part :

03:34:33 (premier semi en 01:47:32 – deuxième semi en 01:47:01 = negative split !)

Une minute de moins pour lui.

Clairement, je me suis dépouillé du début à la fin, ai suivi une stratégie plutôt irrationnelle contraire à mes habitudes, mais ai tenu tête à l’adversité pour y arriver.

Je n’ai pas encore de raison très satisfaisante à donner pour l’expliquer. Le mental aura-t-il tout emporté pour dépasser les limites physiques du moment ? Aurais-je été trop frileux jusque-là ? Ai-je adopté une préparation particulièrement efficace ?

Et surtout la question essentielle : et maintenant ? Quel est mon prochain objectif ? Où fixer la limite du raisonnable ?

Stop.

J’arrête de me poser des questions. La seule certitude que j’ai, c’est qu’après 4 ans de plafonnement, j’ai cette année gagné 11 puis 7 minutes sur cette distance. Ca c’est sûr.

 

 

              

 

François

Dossard 660
03:34:33
264e sur 597

 

Sources photos : NCAP, cb2000, souces web libres, Muriel ! 


 

Bonus :

Sur la route de Louviers (bis)
Y avait un cantonnier (bis)
Et qui cassait (bis) 
Des tas d'cailloux (bis)
Et qui cassait des tas d'cailloux
Pour mettre sur l'passage des roues.

Un' belle dam' vint à passer (bis)
Dans un beau carrosse doré (bis)
Et qui lui dit (bis)
"Pauv' cantonnier" (bis)
Et qui lui dit "pauv' cantonnier
Tu fais un foutu métier"

Le cantonnier lui réponds (bis)
"Faut qu' j' nourrissions nos garçons (bis)
Car si j' roulions (bis)
Carrosse comme vous (bis)
Car si j' roulions carrosse comme vous
Je n' casserions point d' cailloux"!

Cette réponse s' fait remarquer (bis)
Par sa grande simplicité (bis)
C'est c' qui prouve que (bis)
Les malheureux (bis)
C'est c' qui prouve que les malheureux
S'ils le sont c'est malgré eux !

16 commentaires

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 24-10-2012 à 15:56:19

Remarquable gestion. Ton timing est parfait, c'est ce qui explique la perf. La fin indique qu'il t'en restait sous le pied, on en déduit que le prochain objectif, c'est 3h29. Bravo François !

Commentaire de francois 91410 posté le 24-10-2012 à 19:16:11

Merci Thierry pour cette prophétie qui m'honore. C'est vrai que j'ai pensé à toi quand je croyais pouvoir rattrapper ce sacripant de Bubulle !

Commentaire de la panthère posté le 24-10-2012 à 16:33:09

whaou....... quelle superbe course, une jolie performance, le coup de mou en fin d'entraînement a dû semer,le doute, tu as bien fait de lever le pied, un grand grand bravo, et écoute le Lutincoach, 3h29 la prochaine fois,
(à mon tour de trouiller pour les Templiers, mal partout, c'est pas gagné, ça porte bonheur de dire ça, la preuve.....)
bisous à Muriel!

Commentaire de francois 91410 posté le 24-10-2012 à 19:21:07

J'étais vraiment sûr d'exploser à un moment pendant cette course ... et les 16 derniers jours ont été un véritable chemin de croix physique, ce qui tranchait tellement de ce que nous avons vécu ensemble dans le Vercors ! Tout est bien qui fini bien, je te souhaite Monique le même bonheur pour les Templiers ; tu pourras penser à tout ça pour te relancer dans les moments difficiles !!

Commentaire de bubulle posté le 24-10-2012 à 20:21:01

Ah, le coquin, tu m'as battu sur le fil pour le CR! J'étais en train de finir ce soir dans le train, mais il me manque les deux derniers kilomètres, ceux où je te remets une mine..:-)

Sérieux, on a quand même méchamment assuré, là, ça va commencer à être dur de progresser, non? Le plus marrant, c'est que pas une seconde (après le km 22 où je t'ai vu légèrement décrocher), je n'ai vérifié si tu étais toujorus derrière ou pas. En fait, inconsciemment, je me figurais que tu t'étais un peu grillé. En fait, la (minuscule) différence a du se faire sur le 25-30, là où j'ai fait quelques relais avec notre coureuse d'ultra, Céline. Et peut-être sur la toute fin où je me suis surpris à un sprint de malade dans les rues de Val de Rueil.

À une prochaine, en tout cas, François, pour, peut-être essayer de descendre sous les 3h30 (je m'épate de seulement imaginer que je puisse le faire).

Commentaire de francois 91410 posté le 24-10-2012 à 21:41:09

Pas mieux ! A charge de revanche à coup sûr, mais en effet nous avons mis la barre haut, alors savourons notre succès ! @+

Commentaire de Mustang posté le 24-10-2012 à 23:48:56

Une vraie horloge!! Bravo

Commentaire de francois 91410 posté le 25-10-2012 à 07:49:12

C'est mon côté suisse (normande) !

Commentaire de Arclusaz posté le 25-10-2012 à 09:42:42

Bravo !
tu as beaucoup de mérite d'avoir réussi une telle performance avec les mauvaises fréquentations et références que tu as : je crois que je vais faire un signalement à Miviludes.....

Commentaire de francois 91410 posté le 25-10-2012 à 10:04:11

c'est vrai, c'est sûrement en ayant de mauvaises fréquentations qu'on s'endurçit, ça m'a fait courir plus vite ... Par exemple, je n'imaginais pas une seconde perdre de vue le dossard 554 ... pas confiance.

Commentaire de robin posté le 25-10-2012 à 13:05:24

Ben en tous cas sur la route de Louvier, il y a peut-être un cantonnier mais ce qui esr sur c'est qu'au bout il y avait le record !
Bravo et bonne récup. Merci pour le CR

Commentaire de francois 91410 posté le 25-10-2012 à 16:21:38

Oui c'était une route semée d'embûches même si elle était toute plate et toute bitumée (bizarre pour toi ?!). Je suis encore trop attaché au chrono pour venir goûter aux joies absolues du trail, mais ça viendra ... et on se rencontrera !!

Commentaire de Bob81 posté le 31-10-2012 à 14:38:42

Super François ! Très belle gestion de la course (comme au Mt St Michel). Je pense que c'est vraiment de ce côté là que vient belle perf. Une course maîtrisée du début à la fin ! Et super CR comme chaque fois !

Commentaire de francois 91410 posté le 31-10-2012 à 15:14:11

Merci c'est trop ! de ton côté, j'ai l'impression que Toulouse ne t'a pas permis de réitérer ta perf du MSM ?

Commentaire de Bob81 posté le 31-10-2012 à 16:59:20

Effectivement j'ai vraiment souffert à Toulouse. J'étais fatigué et pour le coup je n'ai absolument pas bien géré ma course. Si j'avais su que tu allais à Val de Reuil, j'aurais opté pour ce marathon et je t'aurai pris comme lièvre... ;-)

Commentaire de francois 91410 posté le 31-10-2012 à 21:09:13

alors ce sera pour une prochaine, en 2013 ;-)

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