Récit de la course : Trail des Aiguilles Rouges 2014, par gayil

L'auteur : gayil

La course : Trail des Aiguilles Rouges

Date : 28/9/2014

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 731 vues

Distance : 50km

Objectif : Terminer

10 commentaires

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TAR 2014 - Dur dur...

Pas un vrai CR mais un retour d'expérience qui en attend d'autres, parce que je ne dois pas être la seule dans mon cas et que je suis avide de pratiques et conseils adaptés...

 

Depuis l'écotrail de mars sur 80 où j'avais pas mal couru avec les mains sur la tête pour dénouer mes intestins, on m'a diagnostiqué la maladie de Crohn et des intolérances alimentaires vilaines (gluten, oeufs, banane) et moins vilaines (lactose, ananas, noisette). Bref 3,5 mois d'arrêt total de la course, des tests de traitements médicamenteux mal supportés, reprise du trail mi août, à Chamonix heureusement en vacances, donc bon pour le moral et les cuisses.

10 jours de probiotiques qui ont l'air de faire effet, 10 kg de moins qu'en début d'année, TAR 2014, me voilà, je décide de prendre tout de même ma vengeance de l'année dernière (j'arrive au ravito d'Argentière au moment où il ferme, avec une cheville plus ou moins en vrac, je m'assois, retire le dossard, et ils annoncent qu'ils rouvrent les barrrières pour au moins une demie heure... la loose, je ne repartirai pas).

Pour éviter tout problème de transit, aucune impasse sur le régime des intolérances 15 jours avant la course, et un régime sans résidus pendant 3 jours (soit début de semaine avant course gavée de légumes, fruits et pâtes, puis 3 jours de riz, jambon blanc et infusions).

Après, le casse tête c'est un peu le sac, parce que je prends toute la nourriture sur moi vu qu'il m'est impossible de toucher aux ravitos. (adieu pain, banane et super bouillon de pâtes...)

Je ne fais de pub pour personne mais je donne juste ce que j'ai testé:

J'ai pris 3 jours de BioMaltodextrine Punch Power, aux fruits rouges, ça passait bien.

Le matin de la course, Biocake sans gluten même marque, un peu spongieux mais ça passe aussi. Pour la première fois en 3 ans, depuis que je porte des dossards, je n'ai pas été malade avant le départ, le ventre était plutôt léger.

Dans le sac: 3 barres 9bar, sans gluten ni lactose, nature ou fruité, elles sont juste bonnes ! 3 pâtes de fruit pêche, 2 gels GO2 AC+, 2 gels Toniks fruits rouges et caramel salé, 1 gel Toniks nougat groseille et 1 gel Fresh + 1 truc à la caféine acheté le samedi en cata, une sorte de liquide guarana goût dégueu.  Pour la boisson un sac congélation avec la mesurette et l'équivalent de 16 doses de BioDrink citron sans gluten (j'ai une poche à eau de 1.5L sur le dos et une soft de 250 mL toujours en eau pure sur le devant du sac). Avec la veste, le pantalon étanche, un tee shirt supp, la NOK, une paire de chaussettes de rechange, la pharma de base, l'Ipod et le téléphone, + l'eau, le sac est lourd... Et je cours sans bâton (parce que je ne sais pas quoi en faire, j'ai beau essayer... Rigolant).

 

La course en elle même:

Ca fait plaisir de revoir des kikous sur le départ (ceux rencontrés au Bistrot des Sports le soir d'avant, de jolies rencontres). + un gel d'attente.

Je pars en fin de peloton, je sais que ca va partir plus vite que je ne peux me le permettre. Dans un quasi silence au coeur de la nuit le cortège se met en branle, la musique sur les oreilles je m'isole et je perds très vite de vue mon Miles de mari parti devant. 

La montée de Flégère je la connais par coeur, j'attends en souriant les petits ruisseaux qui nous coupent la route et génèrent des bouchons rapidement résorbés. Après Floria je me retrouve derrière des coureurs en manque de souffle et je double un peu en sautant les racines. La fin de Flégère avec la piste de ski, inintéressante au possible, je me concentre sur le rythme de mes pas. Un gel AC+ à Flégère. L'aube arrive, on voit le défilé de loupiotes en haut, et plus loin en contrebas (combien ont-ils déjà d'avance ?) Le paysage est magique.

Montée au Lac Blanc sans trop de soucis, un gel Toniks en haut, la descente est plus pénible. Coincée derrière des coureurs en peine, je me mets à doubler autant que faire se peut et je chute, mais alors je chute, les deux genous en avant, entre deux blocs de rochers. Je repars en faisant plus que la grimace, ça commence à gonfler à gauche, ça brûle, je continue à doubler et re-chute ! Non ça ne m'a pas suffi évidemment, je poursuis sur ma lancée et j'arrive au Buet en courant. Pause technique, j'en profite pour lever le 3/4, ça saigne, c'est bleu, c'est moche, et j'ai du mal à tendre la jambe. 

Comme je ne peux rien manger, je rajoute de l'eau dans ma poche sans remettre de poudre (dommage) et je repars aussi sec.

Je démarre la montée vers le refuge à Bérard, que je connais aussi très bien, en mangeant une barre et en buvant bien. Mais j'ai un vrai coup de pas bien, pas mal au ventre, mais juste pas bien, plus de jus. Et le sentier est enfoncé, pas mal à l'ombre au début, j'ai un peu froid en tee-shirt MC malgré les manchettes. Je suis obligée de m'arrêter au refuge: je change de chaussettes et NOK les pieds, je remets de la poudre dans l'eau, je rajoute un tee-shirt, je bois, je reprends un gel, je repars mieux, mais dans un groupe qui avance lentement dans le pierrier qui mène à Salenton. Au final ça me permet de récupérer un peu et de détendre les jambes et les épaules. Mais je suis toujours moyennement bien. Un nouveau gel en haut.

La descente vers Moede Anterne n'arrange rien avec ses pseudos sentiers enfoncés, voire défonçés, je glisse dans la boue et j'en ai plein les chaussettes, je cours surtout seule, personne devant ni derrière, ou trop loin pour tenter de rattraper. Je me recasse la figure, sur les fesses cette fois-ci, puis trébuche sévèrement encore une fois. Même si le cirque est splendide et commence à revêtir des couleurs d'automne envoûtantes, j'ai du mal à prendre du plaisir. Au refuge, une vraie pause, je remplis la poche avec de la poudre cette fois ci, une nouvelle barre, je re-Nok les pieds et je repars, seule encore une fois. 

J'arrive à rejoindre un binôme avant le pont d'Arlevé mais ils s'arrêtent brutalement, je repars seule encore une fois. Je prends le gel affreux caféine guarana tellement mauvais que j'ai vraiment du mal à l'avaler! Je ne connais pas du tout cette partie du parcours et quand je lève la tête vers le Brévent je m'attends au pire. Je remets la musique, je reprends le rythme de montée, je m'accorde au passage avec un prénommé Nicolas bien sympathique avec qui j'irais jusqu'au Brévent, et je remercie de tout mon coeur le coureur assez âgé (barbe grise) qui courait avec une attelle, déjà suivi avant Moede Anterne et retrouvé là, il a quand même emmené pendant 20 bonnes minutes un petit groupe presqu'au col du Brévent. Nous nous relayons et je finis par me retrouver devant, Nicolas toujours avec moi, nous distançons peu à peu les autres et je me retrouve bien, ça roule, le genou se détend, nous arrivons au Brévent en bon état. 

Courte pause, eau pétillante dans le gobelet, je recharge juste la soft en eau pure, je décide de finir avec la moitié de la poche, je reprends un gel, le fresh je crois et une pâte de fruit.

Nous repartons tous les 2, et au bout d'une centaine de mètres, pause technique. A partir de là, c'est l'enfer. Mes intestins se cramponnent comme jamais, je laisse filer mon binôme, je ne retrouve pas mon rythme ni en montée, ni ma facilité en descente. En plus je cherche désespèrement le refuge du Bellachat parce que j'ai fait cette montée avec mon mari cet été, mais nous passons à 100 m et je ne le vois évidemment pas, mon GPS est HS depuis Arlevé, je ne sais pas où je suis ni à quelle altitude, grand moment de solitude. Le chemin glisse un peu, sec avec des petits et moyens cailloux roulants, quasi un chemin de crête, pas très rassurant et dur à passer. Les coureurs se font de plus en plus rares devant comme derrière. A l'aiguillette des Houches je prends le Toniks Finish, loin d'imaginer de ce qui m'attend. Quelle foutue descente !!!! 

Passé le morceau à découvert où on passe plus ou moins à de la végétation basse en plein cagnard aux premiers sapins, un petit bout de sentier super confortable, en descente abordable, avec un matelas d'aiguilles moelleux comme un sentier entre champs au printemps, avec de l'ombre et plein de racines, ça je connais, je me mets en mode descente rapide et je cours, je cours, avec le ventre affreusement noué, je serre les dents. Mais le répit était de courte durée et j'arrive sur cette m...de f... de pente à la c... de fin, un pourcentage de cinglé, la terre est humide, l'herbe aussi, ça glisse, et parfois tapis de pommes de pin, parfait pour se casser copieusement la binette. 

Dans mon état, pas d'autre choix que d'assurer doucement, alors je trottine doucement, mais alors doucement, ou je marche, elle est super longue cette descente et je souffre le martyre, bientôt tout couine, les cuisses, le genou super gonflé, les épaules, tout crie grâce, je descends en marchant, je ne parviendrai pas jusqu'à la fin à trouver un rythme de course acceptable pour mes intestins et le reste tétanisé dans cette descente. Pourtant cette descente, je l'ai fait en sens inverse l'année dernière pour le TAR, et elle ne m'avait pas semblée si redoutable.

Dernier pointage aux Grosses Pierres, je suis plus ou moins un autre coureur qui a l'air dans le même état de fatigue que moi, j'essaie de ne pas le perdre.

O joie quand nous touchons le macadam ! c'est nul mais nous avons une côte avec le même % près de chez nous, alors là je me retrouve comme à la maison et je cavale...... jusqu'à ce qu'une gentille sentinelle m'indique un petit chemin de terre sur la gauche, re pente de m.... trop forte pour que je coure, trop forte pour retenir mes larmes en essayant d'y marcher rapidement, je commence à sentir que tout part, et pourtant l'arrivée est si proche !

Re bitume, re chemin de terre, bordée par une clôture de pâturage (elle était électrifiée celle là? j'ai vu le coureur devant la chatouiller mais rapidement retirer sa main!) re bitume je marche je ne parviens plus à courir.

Au virage ma soeur, émotion énorme, elle m'accompagne, me serre la main, me dit que ce n'est plus très loin, essaie de me faire courir mais je ne peux plus, jusqu'à la dernière façade avant le virage de l'arrivée. Là, je vois mon mari, arrivé depuis plus d'une heure, qui braille comme un fou, et là je retrouve la force pour l'honneur de clore ce trail en courant, je passe l'arche, merci aux dames du ravito pour leur accueil et leur sourire, un Pepsi, ma soeur et mon mari me rejoignent, et là je pleure ! Un bon coup, pour vider tout ça, le stress du mal de ventre, la descente interminable avec des cuisses en plomb, l'étonnement de l'avoir quand même fini, malgré tout, le manque d'entraînement et tout et tout. Et avec un temps même pas trop à la ramasse.

Un coup d'oeil à la croziflette, aux plateaux de certains coureurs, je ne peux même pas y penser, pas de gluten, je me venge sur l'eau pétillante. Un tour rapide à l'infirmerie pour un coup de froid sur le genou devenu franchement moche et enflé, coucou Begouz qui repart en vitesse prendre son train, débrief avec Louol et mon Miles de mari en attendant Rayarun qui ne revient plus de sa douche, sur le téléphone les messages mais aussi le fil Kikourou, merci à tous ceux qui ont suivi, nous regardons où sont les derniers Kikous mais je n'en peux plus et je commence à avoir froid malgré la polaire, le genou est très enflé, nous quittons l'aire d'arrivée.

Voilà, c'était la course test du retour, avec une nouvelle alimentation, à parfaire sûrement, si vous êtes dans le même cas ou que vous avez des proches concernés, je suis réellement intéressée par toutes les expériences traversées et les conseils qu'on pourrait me donner. A part celui de m'entraîner sérieusement la prochaine fois que je m'aligne sur un truc aussi technique, bien sûr ! Langue tirée

 

PS: tu sais que tu fais de l'ultra (même si celui là ne fait pas 100 km), quand il y a 14 femmes pour 100 mecs au départ...

10 commentaires

Commentaire de hormao posté le 29-09-2014 à 23:19:40

c'etait donc toi qui a emmené mon collegue jusqu'au brevent !! il etait drolement impressionné par ton aisance, surtout apres ton debut d'année difficile !!
bravo à toi

Commentaire de gayil posté le 30-09-2014 à 00:00:37

Alors tu le féliciteras de ma part parce que moi aussi j'ai été épatée par le rythme et surtout le regain d'énergie pour la descente finale. Bravo à tous les 2.

Commentaire de Louol posté le 30-09-2014 à 00:20:10

bravo Gayil Pour ta course et ton alimentation.

Tu trouveras l'équilibre alimentaire et la prochaine sera sans stress pour ce domaine.

Finir avec ton genou c'est brillant d'abnégation.

Une course bien construite tout de même.

Bises à ton mari et ta soeur si j'ai bien compris et aux plaisirs d'un autre trail.

Commentaire de RayaRun posté le 30-09-2014 à 08:08:38

Un énorme bravo pour ta course ! J ai vraiment beaucoup de respect pour cet exploit que tu as accompli ! Et quel pêche ! Au plaisir de te revoir avec ton mari et ta sœur ! (Et désolé de n'avoir pas pu être là pour ton arrivée, mais j ai cru que la navette m avait abandonné ! Et vu ton état, je comprend tout à fait la nécessité de rentrer !)

Commentaire de gayil posté le 30-09-2014 à 09:09:50

Merci et bravo à toi aussi, j'attends un débrief avec impatience vu que du coup je n'ai rien su de ta course ! En tout cas à bientôt sur l'Ecotrail !

Commentaire de RayaRun posté le 30-09-2014 à 20:14:01

tu trouveras un rapide débrief dans le fil du post, je ne pense pas faire un débrief plus important ! (il me reste encore 5km/107km de mon CR de la Montagnard'hard à terminer !) A bientôt sur l'Ecotrail !

Commentaire de begouz posté le 30-09-2014 à 11:02:47

Belle revanche sur ton Tar 2013 , félicitations
Bonne récupération à vous 2
Et si apres 9h45 de trail usant je repart en vitesse prendre mon train , c'est uniquement grâce à ta soeur !!
Bye

Commentaire de sufenta posté le 30-09-2014 à 19:09:53

Elle est apparue par magie dans la montée du Brévent, au moment même où pauvre coureur de plaine sans expérience du long et de la montagne, éreinté, je m'apprête à déposer définitivement mon sac, maudissant celui qui quelques mois auparavant m'a embarqué dans cet enfer. Mes jambes ne me portent plus. Le Brévent se dresse devant moi, trop haut, infranchissable.

Elle me dépasse, souriante...Elle saute de pierre en pierre comme si de rien était...Elle danse en écoutant sa musique...Elle danse. On dirait une fée...Suis la fée Nico....Suis la....Ne la laisse partir pour rien au monde...je me déconnecte de la réalité....Je m'accroche à ma fée...On discute...Je la regarde danser en grimpant avec une facilité déconcertante, c'est à peine croyable. Elle m'emmène...

Je vais la perdre peu après le Brévent, mais je la suspecte de m'avoir aspergé d'un peu de poudre magique, avant d'aller sauver un autre trailer en détresse...je n'ai plus mal aux jambes, je finis la course sur un nuage.

C'est de la triche c'est vrai, mais j'ai repris 115 coureurs depuis cette rencontre.

Et d'annoncer à mes potes à l'arrivée: "Vous ne me croirez jamais les gars, mais si je suis là, c'est parce que, aujourd'hui j'ai rencontré une fée!".

Merci Céline

Nicolas.

Commentaire de gayil posté le 30-09-2014 à 22:20:32

C'est trop sympa de te retrouver là! Je suis réellement heureuse que tu aies pu terminer, comment as tu vécu la descente de la fin ? Et la prochaine fois il faut kivaouter! Il y avait apéro le samedi à 17H à Cham, nous aurions pu tous nous rencontrer avant ;-)

Commentaire de sufenta posté le 02-10-2014 à 22:07:06

Bizarrement, j'ai eu plutôt de bonnes sensations sur la descente...Comme quoi.
En tout cas, je te dois une fière chandelle.
;-))

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