Récit de la course : Marathon de la Liberté 2016, par francois 91410

L'auteur : francois 91410

La course : Marathon de la Liberté

Date : 12/6/2016

Lieu : Courseulles Sur Mer (Calvados)

Affichage : 434 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

15 commentaires

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Caen il pleuvait si fort

Caen il pleuvait si fort

12 juin 2016

 

 

 

Après un printemps poussif côté sensations j’avais vite évacué l’idée de m’aligner sur marathon… Alors je m’étais rabattu sur un truc plus accessible, moins exigeant : un 24 heures dans le cadre de la NFL Paris début avril.

Juste le temps ensuite de faire une prépa spécifique…

 

Motivation

Après une semaine de repos, j’attaque finalement sans trop de difficulté mon programme de 8 semaines. Etonnant … je pensais vraiment avoir du mal à récupérer de cette aventure au bout de la nuit et du froid.

Les dernières séances me font même penser que je pourrai titiller les 3h35… Est-ce bien raisonnable ?

Pourtant plusieurs raisons peuvent m’encourager à me fixer cet objectif :

- je vais revoir Roland, qui à domicile s’aligne pour son 81e marathon à 83 ans et 4 mois. Assurément, à nouveau, le doyen de la course

- j’ai rdv avec Yannick, cousin de 10 ans mon cadet qui, l’effronté, pense pouvoir viser 3h30 … y’a plus d’respect !

- l’organisation nous promet qu’elle a gommé pas mal de bosses : nouveau parcours cette année, que j’ai en effet étudié pour voir que nous passerons désormais au centre-ville de Caen, pour une arrivée vers le Parc des Expos après 4 derniers km de descente quasiment devant le Lycée Malherbe où pour l’anecdote je souffris 3 ans dans ma jeunesse, mais dont mon meilleur souvenir en est mon prof d’allemand, celui qui crut toujours en moi … un certain Roland, que je ne pouvais deviner marathonien à l’époque

Mais bon, ce parcours reste je trouve assez exigeant entre le 23e et le 32e

 

Caen faut y aller … faut y aller

Après une nuit moyenne je prends la route pour le Parc des Expos où les navettes nous acheminent confortablement vers le site de départ à Courceulles-sur-Mer.

A 8h30 je retrouve facilement Yannick…ce qui m’arrange vu qu’il a récupéré mon dossard la veille ; il attend lui-même des collègues avec lesquels il va courir… Rapidement je file retrouver Roland dans le petit parc derrière la ligne de départ.

Il m’a l’air bien en forme. Egal à lui-même. Et surtout me promet de reste sage (enfin ?) après sa déconvenue de La Rochelle… m’assurant qu’il aviserait au 30e pour voir s’il continue et à quelle allure.

Des averses perturbent nos derniers préparatifs… ennuyeux mais plutôt bien pour nous garantir que nous n’aurons pas trop chaud aujourd’hui.

Dans le sas de départ, ça tombe dru… Roland sort un parapluie pour se protéger … j’avais jamais vu ça !

 

 

Après les derniers encouragements mutuels je rejoins Yannick et ses collègues. No stress.

 

 

 

 

Facile … ?

Nous mettons une grosse vingtaine de secondes à franchir la ligne. Je prévois de débuter en 4’57/km la première partie, d’amortir le dénivelé dans la partie centrale, et de reprendre du rythme sur les derniers km si je le peux.

Effectivement les premiers km s’enchainent assez facilement, les sensations sont correctes, mais je dois laisser Yannick prendre quelques dizaines de mètres ; je trouve qu’ils vont bien vite pour un objectif à 3h30…

Les villages côtiers s’enchainent jusqu’à Ouistreham, un petit air de vacances au bord de la mer flotte autour de moi.

Les meneurs d’allure 3h30 sont très loin devant : cela m’étonne toujours de voir à quel point ils forcent l’allure sur les premiers km … Bien content d’être derrière, hors du trafic incontournable de coureurs stressés agglutinés à moins de 5m du meneur d’allure. No stress.

Nous arrivons déjà à Ouistreham, le Casino sur la plage, j’ai l’impression que le parcours a été un peu modifié ici, quelques chicanes en moins peut-être ?

On rejoint désormais le canal de l’Orne. Pas la partie la plus exaltante du parcours… Le temps est maussade, venteux, la pluie menace de tomber comme pour nous inciter à aller plus vite et nous mettre à l’abri !

Le 20e km approche et je commence à accuser le coup : les jambes deviennent lourdes, imperceptiblement ; je cherche un second souffle … Yannick continue de caracoler devant, manifestement à l’aise, faisant l’élastique avec ses collègues déjà loin devant … « je vais gérer maintenant, rendez-vous à l’arrivée » lui dis-je brièvement

Je tente pourtant de résister, le passage au semi à Bénouville devant le Pegasus Bridge et la foule enthousiaste qui s’y est massée me reboostent quelques centaines de mètres, mais le chrono est impitoyable : je plafonne 7-8 secondes/km au-dessus de mon allure cible, malgré un chrono de 1h45… et je n’ai pas attaqué la partie centrale, la plus difficile !

 

Dans le dur

Il s’agit maintenant, en effet, de gérer au mieux, sans s’épuiser. Au fil des kilomètres, je me perds mes dernières illusions de finir en 3h35.

Les jambes sont devenues incroyablement dures, impossible de lever les genoux et espérer relancer. Même dans les descentes et les faux plats descendants. Bon …

 

C’est encore loin l’arrivée ?!

 

Roland égal à lui-même

 

 

Yannick (en bleu) en pleine bourre

 

 

Le 32e est avalé dans la douleur, déjà, avec des km en quasiment 5’30… pas glorieux… mais marque le début d’une partie plus plane, je vais me refaire. Méthode Coué.

 

Désillusion

A la sortie de Mathieu je bois, me ravitaille, prend un second comprimé de Sporténine. En vérité, cela fait un moment que le compte à rebours des km restants est entamé.

Le temps passe bizarrement vite (le chrono est inexorable) et lentement (il reste encore tout ça ?!).

Malgré la douleur et mon incapacité, toujours, à me relancer, je m’interdis de marcher. Mon allure est encore tombée, aux alentours de 5’40/km. Un véritable combat. Mes yeux sont rivés sur chaque panneau kilométrique pour me persuader que je continue bien à avancer : étonnant de voir à quoi peut se raccrocher le mental en pareille circonstance !

Enfin le 38e ! Le début de la longue descente, aux portes de la ville de Caen. Toujours les jambes raides, douloureuses, qui refusent de tourner comme il faut.

Mais l’essentiel n’est plus là : ces 4 derniers km, paradoxalement, je commence à les savourer, car je sais que je vais boucler mon 19e marathon quoi qu’il arrive.

Pourtant la pluie recommence à bien tomber. Pourtant il n’y a pas beaucoup de monde au bord du tracé. Mais les bénévoles et les rares spectateurs sous leur parapluie nous encouragent comme des fous, comme si nous étions des héros.

Nous arrivons maintenant au niveau du Château vers le 40e. Je vois Yannick marcher, à la dérive. Diantre ! Je ralentis et l’exhorte à repartir. Il est cuit. Bien cuit. Depuis le 35e environ…. Pas assez de préparation probablement, et un petit excès de confiance…

 

Yannick en pleine galère (39e)

 

Nous repartons en trottinant, doucement ; il réussit à m’accrocher quelques centaines de mètres, puis à nouveau stoppe son effort, trop dur. Il m’ordonne de poursuivre à mon rythme, ce que je me résous à faire. A cet instant, je relativise ma désillusion personnelle.

 

Fin de la bataille

Je n’ai plus rien à gagner ni à perdre. La pluie redouble, une averse d’orage au 41e ! La bataille reste entière !

 

Y en a marre !

 

Enfin le dernier kilomètre, je retrouve quelques forces pour me relancer, étonnant ! Mouillé jusqu’aux os de la tête aux pieds, bougé par les bourrasques de vent tourbillonnant, enivré par les encouragements des spectateurs de plus en plus nombreux, je file vers une ligne d’arrivée détrempée. J’invite la foule des 200 derniers mètres à nous acclamer, plus fort, plus fort !

La ligne franchie, je tarde à reprendre mes esprits. Les nerfs lâchent quelques instants, l’émotion est grande au vu de la bataille livrée, même si le résultat n’est pas exactement au niveau espéré.

 

 

Puis j’attends. J’attends que Yannick arrive, environ 5 minutes après moi. Il est rincé, épuisé, contraint de s’asseoir plusieurs minutes dans le sas d’arrivée. « Trop dur » lâche-t-il.

Nous repartons alors vers la sortie retrouver sa petite famille qui tente un massage relaxant…

 

 

Je suis surpris de son état de fatigue, il peine à marcher et à parler. Il est surpris de mon apparent état de fraîcheur … Je relativise.

Car dans cette épreuve du marathon, il faut toujours relativiser et rester humble. 

 

François

380e sur 1297 classés

en 03:39:24

 

 

 

Le réconfort après l’effort

 

 

 

PS1 : Après course, permier coup de fil de Roland pour me donner de ses nouvelles. Il est encore incrédule d'avoir été stopppé par l'organisation au 38e km, alors qu'il était très bien et qu'il filait tranquillement vers l'arrivée, ayant en effet géré son effort. " Jamais vu ça " me lâche t-il, déçu et vexé, lui qui a terminé la totalité de ses 80 marathons précédents ... Il est loin d'être le seul à avoir connu cette mésaventure inattendue. L'explication en est que le tracé passant désormais en centre ville, la circulation doit être libérée plus tôt, amenant les organisateurs à limiter à 5h15 le chrono...

PS2 : 20 minutes plus tard, deuxième coup de fil de Roland : " Figure toi que j'ai entendu mon nom à la sono alors que je regagnais le vestiaire. Je suis donc allé au podium, et les organisateurs m'ont donné ma médaille de finisher, considérant que je l'avais bien mérité". Il est heureux comme un gosse, on le serait à moins... L'an passé, ils lui avaient offert une coupe de premier V5 (catégorie créée spcialement pour lui...). Bel épilogue n'est-ce pas ?!

 

 

 

15 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 30-07-2016 à 11:12:48

Un beau graphique d'explosion en vol, mon pauvre François..... Comme quoi, comme tu le dis, l'humilité face au marathon est toujours de mise. Surtout ce marathon de Caen qui est fort loin d'être dans les plus faciles.

Et puis l'orage et les bourrasques, ça donne un petit côté warrior à tes photos, qui n'est pas déplaisant.

L'air de rien, ton compteur de marathons est désormais bien devant le mien et je pense que je n'oserais guère te lancer un défi à nouveau, je suis vraiment devenu poussif à faire de la randonnée...:-)

Commentaire de francois 91410 posté le 19-08-2016 à 23:59:16

c'était plus un pschitt qu'une explosion... humilité et humidité s'imposent dans ces cas là ... merci pour ton com Christian, au plaisir ;-)

Commentaire de Benman posté le 30-07-2016 à 12:22:19

Bravo pour ce récit et ce marathon. Content de retrouver Roland qu'on suit comme un bon feuilleton à travers tes aventures.

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:00:43

un feuilleton dont se demande s'il aura un épilogue un jour ... et pourtant ça arrivera... bizarre comme sensation

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 30-07-2016 à 18:14:54

3'39,ça me suffira largement à mon prochain marathon !
Et puis quel plaisir de poutrer un jeune présomptueux !
Pour tout cela, bravo François.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 13-08-2016 à 08:17:30

Euh... 3h39 ou alors avec une fusée dans... Nan, j'allais dire une connerie.

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:02:36

p't être pas ...

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:01:58

merci mon Thierry. Tu sais que t'as intérêt à les faire tes 3h39 à Tours, vu que j'y serai aussi ... non mais ...

Commentaire de Mustang posté le 30-07-2016 à 23:08:23

Le marathon demeure la Rolls en CAP. Bravo pour ta ténacité !

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:04:14

... c'est dire que c'est rutilant mais pas évident à piloter un engin pareil

Commentaire de La Tortue posté le 31-07-2016 à 23:42:01

Je te souhaite une carrière marathonienne du même niveau que ton ami Roland.
bravo à vous2

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:05:15

ouh là comme tu y vas ... restons humble et savourons course après course... je suis encore bien looooin de ses 81 marathons !

Commentaire de Bacchus posté le 13-08-2016 à 23:06:35

Bravo à toi et à Roland ton prof pour votre course,
Ca fait maintenant quelques années que je suis vos exploits au Marathon de la Liberté, un marathon que j'aimais courir mais maintenant j'habite trop loin,
j'espère que vous le ferez encore de nombreuses années, et j'espère qu'ils reviendront à l'ancien parcours pour que Roland puisse être dans les délais. En tout cas beau geste de l'organisation cette année, c'était mérité pour Roland.

Commentaire de francois 91410 posté le 20-08-2016 à 00:05:56

merci pour ta fidélité et pour tes encouragements ;-)

Commentaire de Jean-Phi posté le 24-08-2016 à 13:16:56

3:39, c'est pas mal vues les conditions je trouve. La dernière photo montre bien que tu as dû lutté vaillamment. Bravo !

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