Récit de la course : Marathon de Lyon 2008, par Pierrot69

L'auteur : Pierrot69

La course : Marathon de Lyon

Date : 27/4/2008

Lieu : Lyon 01 (Rhône)

Affichage : 1213 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Terminer

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Le récit

Tout commence ce jour de Novembre 2007, il fait un froid polaire, un temps à rester bien au chaud devant la cheminée, le jogger occasionnel que je suis s'est inscrit aux 20km des Jogg'Iles afin de marquer le coup pour sa petite reprise en main après pas mal d'années sans grande activité physique...
Depuis l'été je me suis remis à courir régulièrement et les 8 semaines qui précèdent la course j'ai suivi un petit plan d'entrainement histoire de me préparer. Celui-ci me permettra d'arriver au bout en conservant à peu près l'allure que je m'étais fixé (1h32').
je ne suis pas très frais à l'arrivée (enfin, façon de parler car je ressemble plus à un glaçon ) mais réellement content d'avoir franchi ce premier cap avec succès. C'est décidé, à force d'entendre des récits d'amis ou de connaissances, des histoires tellement chargées d'émotions, mon heure est venue de mettre la barre plus haute et de tenter à mon tour la distance mythique du marathon!
Oui, mais lequel faire? Lyon, bien sûr! Pourquoi aller très loin? Et puis pour un premier au moins si ça ne se passe pas bien je pourrais toujours rentrer au bercail en métro...
Bon, Ok mais comment faire? Il faut s'y préparer sérieusement, être encore plus régulier à l'entrainement, arriver en bonne forme pour avoir une chance de finir et, si possible, pas trop marqué... (c'est beau l'innocence...)
Je lis, me documente, cherche des plans... VMA, seuil, endurance, fractionnés, fartlek... Pfiouu, quel ignorant je suis (faut dire que je ne connais pas encore kikourou...  ).
Alors, soyons méthodique j'ai encore le temps d'ici le 27 avril. Tout d'abord, déterminer sa VMA. Le plus simple quand on est seul, courir à fond pendant 6mn... héhéhé, c'est parti un soir de Décembre à la nuit tombée et dans le froid pour une bonne ligne droite le long du canal en essayant tant bien que mal d'éviter les flaques d'eau. Explosion en vol au bout de 4mn, le cardio qui est monté petit à petit a soudain touché la zone rouge, la rentrée dans l'atmosphère a littéralement désintégré la météorite... Bon, le point positif est que, faute de connaitre ma VMA, je connais ma FCmax :-D
Encore quelques joggings, puis le 2 Janvier, changement de méthode et direction le stade pour enchainer des tours de piste avec variation d'allure tous les 200m. Je me suis fait une bande son pour mon MP3 qui me donne les top de passage et les allures. C'est parti, Il caille vraiment, les bulles de champagne, le foie gras et les chocolats sont ma principale source d'énergie mais j'ai une motivation d'enfer... Enfin motivation ou pas, ça ne remplace pas les jambes ni le souffle... 15,8km/h hummm, les restes des fêtes, le fait d'être tout seul, bref j'ai plein d'excuses à faire valoir...
Mais voyons, ne rêvons pas, ce doit être mon niveau et c'est tant mieux, on va partir sur une VMA de 16km/h pour bâtir un plan.
Alors, le plan maintenant... Le hors série de Jogging International donne des pistes mais ce n'est pas évident d'adapter en fonction de son emploi du temps, de ses allures et autres... Comment être sûr de ne pas se tromper en adaptant?
Finalement, je trouve par hasard un coach sur internet qui propose des plans personnalisés avec suivi par forum. Cool, quelques messages échangés, définition de l'objectif, motivation, pas de problèmes pour me prendre en main. C'est rassurant de bénéficier de l'expérience d'un entraineur pour moi qui suis novice.
D'abord un pré-plan de développement général qui me permet de passer à 4 séances par semaines (non sans quelques douleurs au début...), puis enfin le plan sur 9 semaines. Il faut y aller, quelles que soient les conditions, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, très souvent le soir après le boulot, à la frontale. Je (re)découvre les principes et la ténacité dont il faut faire preuve pour s'entrainer sérieusement. Certaines séances seront faite en se disant «celle-là, je la garde pour y repenser au moment où je serais moins bien le jour J»
Dernière semaine avant le jour J justement, les jeux sont faits, une seule séance de loupée dans tout le plan car j'ai eu la drôle d'idée de vouloir décompresser un peu et d'aller plutôt faire sortie de ski de randonnée avec 1600m de D+ pour remplacer ma sortie dominicale. Raté, la météo nous fait des siennes, un vent de folie à 2000m qui nous empêche de tenir debout, il faudra se résoudre à écourter la sortie... C'était sans doute pour me punir d'avoir voulu filouter une sortie longue...
Samedi, veille de la course tout est prêt, mon sac fait, défait, refait, vérifié, je n'ai rien oublié. Les gels, la crème anti-frottements, l'élasto, les boissons, la tenue, bref il pèse une tonne mais au moins ça devrait être bon.
Demain je serais accompagné d'Olivier un ami proche qui a déjà 3 marathons de Berlin à son actif et qui court à mon allure. Encore merci Olivier d'être venu de Munich rien que pour moi!!!
Il fait beau, nous allons nous détendre un peu à Lyon pour décompresser et faisons un petit crochet par un magasin de running bien connu des kikous lyonnais. L'occasion de rencontrer enfin un premier membre de la secte kikou en la personne de Badgone. Accueil chaleureux, petite causerie et encouragements. Si ils sont tous comme ça, je veux bien me faire enrôler 
Couché tôt, après avoir pris connaissance des résultats du match de l'OL quand même , et... levé tôt, 5h45 après une nuit agitée à tourner et retourner...
P'tit dèj, gatosport, j'ai un peu mal à la tête, le manque de sommeil sans doute... Peu importe, je suis prêt à casser des murs! (prétentieux...)
Départ pour Gerland et paf! sortie du périph, bouchon Lyonnais... petite montée de stress par rapport à l'horaire, Je me gare finalement dans une rue pas trop loin du départ. Ça va on avait pris un peu de marge.
Il y a du monde, la sono donne l'ambiance, on se change et c'est parti pour quelques foulées tranquilles dans le parc de Gerland. Ça va bien, je me sens bien en jambes mais le cardio est bien haut... Allez, il est temps d'aller au départ. On se faufile sous la rubalise et nous voici dans la foule des coureurs.
Et voilà, c'est enfin la libération! C'est un peu la cohue mais la masse se met doucement en mouvement et puis chacun trouve sa place peu à peu. Premier kilo, de toute façon celui-ci est mort au niveau du chrono mais il y en aura bien d'autres pour se reprendre... Ça y est, nous sommes maintenant à l'allure de croisière autour des 12km/h, il faut encore parfois se frayer un passage mais les espaces sont de plus en plus nombreux. Il fait beau, la joie se lit sur les visages, la chaleur n'est pas encore trop présente et la brise légère presque agréable. Ambiance jogging du Dimanche un jour de printemps, tout va bien, sauf peut-être le cardio qui a encore un peu du mal à retomber...
Les kilos défilent, passage dans le stade, on se prendrait presque pour des champions, la tête profite de ces instants magiques. Petit coucou à un collègue de bureau venu me voir, la marque des 10km, vérif du chrono pour confirmer que nous sommes dans l'allure, demi-tour un peu plus loin, repassage devant le collègue, sourire, photo, c'est vraiment un beau Dimanche!
Un petit «au revoir» au quartier de Gerland que nous retrouverons tout à l'heure avec un autre regard. Commence alors le cours de tricot avec les ponts sur le Rhône et mes jambes pour aiguilles (note pour la prochaine fois: penser à prendre le modèle au dessus :-) ). Pont Pasteur, cours Charlemagne; tiens, ça fait longtemps que je ne me suis pas promené par ici, c'est plutôt sympa le quartier maintenant... La gare de Perrache est maintenant toute proche mais le train, aujourd'hui, c'est à nous de le faire.
Que serait une ballade dans Lyon sans aller voir la Saône. Direction donc les quais que nous remontons paisiblement. 10h15, les cloches de la cathédrale St-Jean sonnent à tu-tête et annoncent la messe de 10h30. ça va nous ne sommes pas en retard mais nous laisserons à d'autres le soin de prier pour nous...
Direction Bellecour, puis tricotage sur le rhône, un pont à l'endroit, un pont à l'envers et nous voilà déjà rue de la barre où nous attendent les kikous pour la photo et les encouragements. Pas le temps de s'arrêter pour faire connaissance, dommage... nous remontons la rue de la république et nous dirigeons tranquillement vers le parc de la tête d'or.
Voilà, le panneau 21km est passé, c'est déjà ça de fait! 1h44'30" c'est à peine moins que ce que nous avions planifié mais l'allure est plaisante.
Remontée le long des quais, puis direction le parc, mais on ne rentre pas tout de suite dedans, sans doute pour mieux savourer l'entrée splendide de la tête d'or.
Passage de la porte, beaucoup de monde pour nous encourager et puis sur le côté ils sont là! «Allez Papa! Allez Papa!» mes enfants et mon épouse m'encouragent vivement. Un grand sourire au passage puis une bouffée d'émotion pure et mes yeux qui se mouillent. Ma respiration s'affole un peu, je dois faire un effort pour canaliser ce flot qui me submerge. Je me replonge dans la course et garde avec moi cette belle image. Petit tour agréable dans le parc avec de nombreux encouragements qui font vraiment du bien. deuxième passage devant les enfants puis direction la sortie. Dans le parc j'ai pris quelques mètres d'avance sur Olivier et je sens qu'il met un peu le pied sur le frein pour s'économiser...
Nous passons donc la première pour franchir la petite bosse qui nous mène au ravitaillement.
La montre bip, 5'25" dans ce 27ème kilo!!! Aïe, je n'avais pourtant pas eu l'impression que notre allure avait tant baissée... Je tapote la montre, me dis de contrôler au prochain mais je sens bien que le rythme est légèrement tombé...
Le marathon va cette fois commencer vraiment! Longue chevauchée devant la cité internationale pour rejoindre l'ancien périph. La fraicheur du parc a laissée la place au soleil qui tape bien à cette heure-ci. La bise de tout à l'heure s'est transformée en un bon vent soutenu. On croise le drapeau des 3h, il n'y a plus guère de monde autour de lui...
La ligne droite qui mène au 30ème est faite dans le dur... Enfin le ravitaillement et le demi-tour du 30ème! Allez, maintenant «il n'y a plus qu'à» redescendre! Bon sang qu'elle est moche cette foutue ligne droite!!! Les regards croisés dans l'autre sens ne me rassurent pas vraiment... Ai-je moi aussi la même détresse dans mon regard???
Enfin nous voilà sortis de ce calvaire et allons retrouver les quais du Rhône. 32km, encore 10km! Il faut tenir 10km! Le vent est de face maintenant! Depuis longtemps je sais que la barre des 3h30' n'est plus pour nous... Mais le chronomètre n'a de toute façon plus d'importance maintenant. Seule compte, la volonté de ne pas craquer, de continuer coute que coute!
34ème, Olivier m'annonce qu'il va marcher et me demande d'y aller sans lui... Non, pas encore Olivier, accroche toi!!!
Dans cette tempête de sensations, le moindre encouragement de passants est une dose d'énergie engrangée.
Ne pas marcher! Ne pas s'arrêter! chasser cette idée, oublier d'écouter ces jambes qui brulent et qui n'en peuvent plus! J'imagine la ligne d'arrivée, je pense aux efforts que j'ai du faire pour en arriver là, aux personnes qui comptent pour moi. Pour rien au monde je ne dois craquer!!!
À droite, à gauche, des coureurs s'arrêtent, s'étirent, les muscles complètement tétanisés. J'ai l'impression de traverser le couloir des urgences d'un hôpital. La détresse se lit sur les visages marqués.
36ème, ma foulée est mécanique, il n'y a plus que ma tête qui coure...
J'ai repéré un coureur grisonnant devant moi à quelques encablures avec un débardeur "club marathon France". Certainement un coureur expérimenté de ce genre d'efforts. Je lance la ligne et l'hameçonne, il va m'emmener jusqu'au bout.
38ème, ça y est, Olivier met le clignotant et marche à son tour... Je me dois de terminer sans défaillir pour tout ce qu'il a fait pour moi!
Zut, dans l'intervalle, j'ai été décroché et je suis vraiment seul maintenant...
39ème, Allez!!! Mais bon sang! 3kms ce n'est rien!!! Le parc de Gerland approche et après s'en est fini! À partir de maintenant je sais que je vais arriver au bout, j'en suis sur, je m'en suis persuadé! Mais sans marcher, c'est la condition!
Un coup d'oeil à la montre, les 3h40' sont encore jouables, il faut que je m'accroche à ça! Avec toutes ses pensées, je suis peu à peu revenu sur mon lièvre sans pourtant y prêter attention. Je ne dois plus le lâcher maintenant!
Dernier kilomètre, mais pourquoi nous faire passer dans cet endroit aussi moche! Ne pas s'attarder ici, le chrono tourne!!! Ne penser qu'à la ligne! Virage à gauche, et zut encore une bonne ligne droite!!! Bon cette fois-ci c'est sûr c'est au prochain virage! Oui!!! j'aperçois l'aire d'arrivée!!!
Virage à droite! Ça y est on y est!!! Les enfants sont encore là pour me voir arriver! Je sprinte, je donne tout ce que j'ai, mais mon lièvre est bien le plus fort et je termine à une longueur!
Bip! la puce fige mon temps et mes jambes passent automatiquement en position «off». On me colle une médaille dans la main que je n'ai pas la force de regarder, je vais m'accouder sur une barrière pour récupérer et attendre Olivier. Quelques minutes s'écoulent, ma respiration redevient normale puis un flot d'émotions me submerge littéralement et inonde mes yeux. La bénévole qui se tient à côté de moi le remarque, me demande si ça va. Je lui répond que oui. Elle me propose gentiment une bouteille d'eau que j'accepte puis je me remets doucement en savourant maintenant le plaisir de l'avoir fait. 10mn plus tard, voilà Olivier qui arrive et qui met fin à cette formidable épopée.

7 commentaires

Commentaire de bigout66 posté le 29-04-2008 à 10:30:00

Super toystorie,

j'ai vraiment revécu ma course à travers ton cr, ce sont les mêmes choses qui nous ont marquées, les mêmes difficultés.
On sent bien la difficulté des derniers kilomètres et ta joie d'avoir fini.
En tout cas félicitation pour ne pas t'être arrêté malgré la fatigue.
Au fait tu mets combien ?

@+ ;-)

Commentaire de calimero posté le 29-04-2008 à 18:51:00

De biens belles émotions que tu nous fait partager là!
Bravo pour ta course et le plaisir que j'ai eu à te lire!!

Commentaire de langevine posté le 29-04-2008 à 20:59:00

Encore un très beau récit, je ne m'en lasse pas! Comme quoi avec un mental de fer, on est capable d'aller loin.. très loin!!

Commentaire de millénium posté le 30-04-2008 à 07:08:00

SUPERBE RéCIT D'UNE NON MOINS MAGNIFIQUE COURSE ! MERCI ET BRAVO

Commentaire de Gibus posté le 30-04-2008 à 10:30:00

Super ton récit.
Après le demi tour du 30°, c'était l'enfer et tu as tenu sans t'arrêter.
Chapeau pour ta course et ta volonté.

Commentaire de hellaumax posté le 30-04-2008 à 10:37:00

J'adore les récits de marathon, et celui-ci ne déroge pas. Tu as fait une très belle course, tu as fini au courage. C'est beau!

Commentaire de gregdesainvic posté le 30-04-2008 à 21:46:00

Bravo pour ton récit et ta performance lyonnaise! A part les enfants et le coéquipier, j'ai eu l'impression que tu raccontais MON marathon ;). Enorme...!!!
En espérant qu'il y en ait beaucoup d'autres pour toi,
Enjoy.

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