| L'auteur | La course | |||
| Kikoureur : Shostag
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| Ce récit a été lu par
352 visiteur(s) ! Distance : 68 kms Matos : Objectifs : Pas d'objectif |
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| Trail des Cerces 2008 | ||||
A croire que je porte vraiment la poisse, toutes les courses auxquelles j’ai participé depuis la Transvésubienne ont connu des conditions climatiques exécrables. Le Trail des Cerces n’a pas dérogé à la règle : nous avons eu droit aux orages, aux températures très fraîches et peu estivales, au vent glacial et même pour certains à la neige. L’organisateur a néanmoins maintenu le parcours initialement prévu, avec une deuxième partie magnifique enchaînant les cols, lacs, ruisseaux et alpages de haute montagne comme vous pourrez le constater sur les photographies ci-dessous.
Au Pré Chabert (1.470 m), la plupart des coureurs sont en short et coupe-vent alors que le ciel est gris, couvert et qu’il pleut fortement. Je suis un des rares à être habillé « grand froid » avec collant long, polaire et gants. Peu de signes distinctifs d’appartenance à Kikourou si ce n’est les buffs de Xax04 et Riri51. Ce dernier me fait rapidement remarquer que j’ai oublié le badge électronique pour ma chaussure (encore merci !) et sans lui pas de chronométrage ni de temps officiel. Ma décision est vite prise, quitte à démarrer avec un léger retard, je préfère être classé : c’est donc en fond de ligne que j’assiste en spectateur à 6h10 au départ en attendant mon accompagnateur retourné à l’hôtel.
Dix minutes plus tard, je récupère le précieux badge et m’élance seul sur la piste qui mène au hameau du Casset. Le terrain est boueux avec de nombreuses flaques, je patauge même en choisissant la meilleure trajectoire. Le tracé suit le fond de vallée en direction du Col de Lautaret : mon inquiétude est de me perdre, rater un embranchement ou un point de contrôle. Heureusement le balisage est de grande qualité et je rejoins enfin le serre-file et les derniers coureurs après 4 km au niveau du Bois des Berges et d’un agréable sentier.

Nous traversons le Lauzet et continuons sur le GR50 vers la Madeleine et les Sestrières. Je cours toujours sans discontinuer avec le coeur entre 160 et 170 bpm et remonte petit à petit dans le fond du peloton. Juste avant le Pont de la Marionnaise, nous bifurquons à droite et la pente devient plus raide : je sors les bâtons et commence à marcher. Nous passons sous la nationale et empruntons l’ancienne route du Galibier où je suis surpris de rattraper Riri51 et Xav04, plus expérimentés et normalement biens meilleurs que moi. Serai-je parti trop fort dans ma hâte de rattraper le retard pris au démarrage ? C’est mon sentiment et je décide de rester avec eux deux pour récupérer : le cœur repasse autour de 150 bpm et nous atteignons tranquillement le 1er ravitaillement à la stèle Desgrange. C’est là que je quitte à regret mes compagnons, manifestement aujourd’hui en « ballade bucolique », pour m’élancer à l’assaut du Col du Galibier (20 km, 2.672 m, 2h52).


Le début de la descente, du Col au Plan Nicolas en passant par le Colomban Noir, est très technique, raide avec de gros rochers et extrêmement glissant. J’utilise efficacement mes bâtons, appuis supplémentaires utiles dans ces conditions et grignote à nouveau quelques places au classement. La seconde partie, piste de la Lauzette puis long sentier en faux plat descendant avec quelques petites remontées dans les alpages de la Combe de Mortavieille, m’est moins favorable. Je suis resté sous les 160 bpm pour me préserver et tombe au Pont de la Charmette (27 km, 1.758 m) en 3h45.

Nous marchons tous à bon rythme vers le refuge des Mottets et second ravitaillement, par le Plan Lachat. Je prends l’option « sentier », véritable mur qui coupe les lacets de la piste de terre blanche, pour atteindre l’ancien camp militaire des Rochilles. Le cœur est désormais autour de 140 bpm et restera à ce niveau jusqu’à la fin. Je suis un des plus rapides et fait la différence : mon entraînement en randonnée pédestre porte ses fruits. Nous traversons le camp pour attaquer le dernier ressaut vers le Col des Rochilles (35 km, 2.496 m, 5h17).
La vue y est splendide, devant nous se dévoilent le Lac du Grand Ban et le Lac Rond. Nous entrons désormais dans la haute montagne où les lacs d’altitude, vallons sauvages verdoyants et préservés vont se succéder avec des montées de cols abruptes dans les roches et les pierriers. C’est pour de telles ambiances et de tels panoramas que je cours et je suis aux anges, la beauté des lieux n’étant pas atténuée par le mauvais temps. La descente aux Chalets de Laval, comme les suivantes, n’est pas roulante : peu d’accroche, très cassante et de nombreux passages en monta cala. J’atteins le 3ème ravitaillement (42 km, 2.030 m) en 6h10.


Le soleil étant enfin sorti, je mets ma tenue d’été (short et t-shirt) et prends une longue pause de dix minutes avant d’attaquer le gros morceau de la journée : l’ascension du Col des Béraudes qui nous fait prendre 875 m en 2,8 km. Les sensations sont excellentes et je vais réaliser une montée canon, non pas au regard du temps (1h12 soit + 720 m/h) mais par rapport aux autres coureurs que je dépasserai par dizaines. La 1ère partie se fait dans la forêt et les alpages jusqu’au palier du Lac des Béraudes qui précède une 2ème portion plus rocailleuse et vertigineuse, où subsistent quelques névés, avant le Col lui-même (45 km, 2.895 m, 7h34).



Ma position est désormais stabilisée. La descente du Rocher des Béraudes est dangereuse et nous l’abordons prudemment : une main-courante est même installée et nous contraint à patienter quelques instants. Il est ensuite difficile de courir dans le travers du GR57 : le terrain ne s’y prête pas, la sente est étroite et gazeuse. Nous marchons donc jusqu’au Col du Chardonnet (52 km, 2.638 m, 8h22), avec sur la fin une montée plutôt inattendue de près de 150 m de D+.

Je commence à sentir une vive douleur au genou gauche, notamment lors des gros chocs (les prémisses du syndrome rotulien), et ne peux (ou ne veux ?) plus courir que par intermittence. Je baisse donc le rythme jusqu’au refuge du Chardonnet et admire le paysage et les nombreux lacs, points d’eaux et ruisseaux rencontrés. J’arrive au dernier ravitaillement (54 km, 2.220 m) en 8h48.

Je n’arrive plus à prendre de gel et me rabats sur les fruits secs et frais proposés. Je repars ensuite pour la dernière escalade du jour qui va nous mener au Col de la Roche Noire. Dès le début, je ne me sens pas au mieux : le cœur plafonne à 130 bpm et le souffle me manque. Je ne double plus, je suis doublé (que 3 coureurs mais cela suffit à saper le moral). Je progresse au ralenti, je fais quelques pauses pour reprendre mon souffle et j’essaie d’accrocher sans réussite un wagon salutaire. J’atteins péniblement le col (57 km, 2.697 m, 9h59) à + 450 m/h. J’ai perdu facilement entre 10 et 15 minutes. Problème d’alimentation : fallait-il passer au salé plus tôt ? D’endurance : il s’agit de ma course la plus longue, je cale peut-être encore pour l’instant à 3.000 m de D+ ? De gestion de course : ai-je trop donné dans les Béraudes ?

Je marche dans les 300 m de D- qui en moins d’un kilomètre nous amène au niveau du Vallon de la Moulette. Je range alors les bâtons dans le sac et en mettant ma douleur de côté, commence à courir : en penchant mon corps sur l’avant et portant mon poids sur la pointe des pieds, j’arrive à progresser normalement. Par chance, la descente finale est roulante et peu traumatisante : je vais réussir à garder un bon rythme (140/145 bpm) dans le Puy du Cros et la Forêt de Guisane (ce passage magnifique en sous-bois sur terre humide est d’ailleurs bien long) jusqu’à retomber sur le parcours initial au niveau de la Chalp. Ne reste qu’un peu de piste et de route pour rejoindre l’arrivée, où je jette mes dernières forces et suis victime d’un vif point de côté qui me contraint à marcher une minute. Je passe l’arche après 11h09 en 325ème position (sur un peu moins de 800 partants) après 68 km et +/- 3.630 m d’efforts.

Temps et classement officiels : 352ème en 11h19m24s. L’organisation n’a finalement pas comme annoncé pris en considération mon passage sur le tapis de départ 10 minutes après tous les autres participants : à quoi sert le chronométrage électronique si seule l’heure d’arrivée est retenue ?
Bilan
Très agréable expérience : organisation rodée, parcours sublime à plus de 2.000 mètres d’altitude et bonne performance.
Je progresse régulièrement puisque je suis plus rapide (9,34 km/h de moyenne en « équivalent plat ») qu’il y a 50 jours à la Transvésubienne (9,04 km/h) pour des conditions climatiques et une difficulté semblables mais un parcours plus court avec 59,2 km et + 2.600 m.
Il reste que je suis loin d’être encore au niveau (quel plateau et quelle densité !), contraint de passer rapidement au bout de 4/5 heures au diesel et calant autour de 8/9 heures de course. Je n’ai pas encore les capacités de finir le Grand Raid du Mercantour ou alors à l’agonie, au boulot …
Commentaires
Tu as payé ton départ et une montée aux Béraudes un peu trop vite ! Ca coûte cher en énergie...
A bientôt peut-être.
Et bravo !
Pat
Félicitation pour ta jolie performance sur un parcours et une météo sélective et à bientot sur un prochain trail
c'était du costaud! bravo!
on sent la progression de l'ultrarunner au fur et a mesure de la saison, felicitations pour ta course et ta place, tu avais l'air tres bien lorsque je t'ai croise.
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