Récit de la course : Grand Raid 56 - Golfe du Morbihan 2010, par bernardlepirate

L'auteur : bernardlepirate

La course : Grand Raid 56 - Golfe du Morbihan

Date : 25/6/2010

Lieu : Vannes (Morbihan)

Affichage : 1506 vues

Distance : 177km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Photo ouest france

 

Ce n’est pas un CR pour vous faire rêver en vous décrivant les  paysages idylliques du Morbihan, la disponibilité des bénévoles, en vous relatant la joie de retrouver tel ou tel potos ou de vous rapporter les potins des paddocks. Cela aura déjà été fait par d’autres avec un talent que je n’ai pas.

Mais c’est une analyse sans concession d’un échec, pas pour me flageller (quoique    c’est mon coté chrétien intégriste) mais pour partager une expérience .Surtout ça me permet de couler cela dans le bronze du Web,  en espérant ne pas refaire certaines erreurs (c’est pas gagné car la cabosse est dure).

Et puis surtout ça me permet de dédramatiser (ce n’est pas comme si les bleus du foot s’étaient ridiculisés devant le monde entier).

 

Parti le vendredi même à 7h de Lille pour 6h de route, je vais très bien m'hydrater (St Yorre 1L et eau+malto 1L) avec la clim je ne ressent pas la chaleur.

Arrivé à Vannes, je vais patienter et faire la sieste à l'ombre avec un petit vent qui fait que je ne ressens toujours pas la chaleur.

 

N’ayant pas chaud avec un départ à 19h en Bretagne

, je ne prends aucune mesure préventive et décide de partir avec un maillot compressif BSC manche longue et sans couvre chef (ouais chef   ).

En revanche, dans le sac de Locmariaquer que j’ai prévu de rallier vers 6h30, j’ai mis un maillot très large (le XL de Millau comme la nana qui gagne à Roche la Molière) et manches longues pour couvrir les bras, de la crème solaire, un buff casquette, une éponge, une petite bouteille pour m’asperger…

 

Durant cette course, je vais tester un nouveau mélange isotonique HYDRAMINOV du labo Effinov. Cette nouvelle boisson de l’effort très innovante  par sa composition très riche en sels minéraux et en BCAA devrait régler une grande partie de mes pbs gastriques et m’éviter de trimballer de la St Yorre.

Enfin convaincu par les arguments de L’Papy qui considère que « Pbs gastriques =déshydratation », je pars avec la ferme intention de boire au moins 75cl par heure quoiqu’il arrive : maux gastrique ou autres…

Je dispose de deux saveurs :

            -menthe fraîche, saveur douce et rafraîchissante

            -petit légumes au goût légèrement salé (beaucoup plus doux que l’Adep que j’ai du mal à avaler)

(malheureusement la saveur neutre n’est pas encore dispo)

La poudre se présente sous forme de sticks très pratiques et faciles à ouvrir.

 

J’ai aussi avec moi des rondelles de courgettes déshydratées, c’est très léger et devrait me permettre de casser le goût (ou plutôt le dégout) du sucre.

Mener ces tests au bout va constituer une surmotivation qui va participer à me faire perdre tout esprit critique dans la conduite de ma course….

 

Départ prudent comme prévu (enfin presque… je suis 0,3km/h plus vite, j’ai du mal à voir tant de coureurs me doubler : pourtant j’ai Chantal qui me répète sas cesse « Cool Pirate, reste avec moi .Souviens toi du Vase de Roche la Molière ») et je bois 75cl par heure.

La chaleur ne me gène pas et je sue assez peu.

Au bout de 2h je commence à avoir mal à la tête, c'est lancinant mais supportable. Je me sens déjà lourd, moins bien qu’à Roche la Molière.

A ce moment, je m'imagine que cela vient du mélange et que je vais m'y habituer. Je veux tester le produit à fond et me le répète souvent.

Pendant encore 1h30 je vais pratiquement maintenir le rythme mais je me mets à suer énormément du front...

Mes jambes se raidissent de plus en plus, même les muscles de la nuque se raidissent énormément, et deviennent douloureux.

Pourtant la tête va bien, même si j'ai de plus en plus mal, et c'est elle qui me fait poursuivre.

Avec une vingtaine de coureur nous allons nous perdre et faire ~4km de plus (satané balisage) mais cela va momentanément me détourner de mon mal de tête.

Quand la douleur (crâne) deviendra trop forte je vais prendre 1gr de paracétamol : sans effet. Je ne réitère pas de peur des pbs d’élimination et de perturber mon test.

La nuit est bien là mais tiède et je sue toujours énormément du visage .Je suis depuis un moment très très chaud. Je me fait l’effet d’être un radiateur

Je vais sentir le besoin de m'arrêter et me mettre torse nu pendant 15mn pour me rafraîchir assis sur un parapet au dessus de l’eau dans une légère brise...

Je vais passer le reste de la nuit en débardeur, le visage dégoulinant de sueur et les bras glacé, les mains gonflées et violacées.

En arrivant à Sarzeau, je réfléchis enfin et me dit que le mal à la tête (complété à la longue par des étoiles dans les yeux et des pbs d'équilibre: je titube par moment) pourrait venir d'une déshydratation. Je ne réfléchis pas tant que ça car je m'imagine qu'en m'arrêtant 30mn je vais pouvoir récupérer: je bois alors d'un trait 50cl de mélange puis 50cl d'eau sur les 30mn où je reste allongé les jambes en l'air.

Je repars à peine requinqué ; je me sens épuisé,  mais j'ai abandonné l'idée de finir le test: je sais que je ne finirais pas la course.

Une seule chose me tient encore debout: le passage en zodiac: le mal au crâne est devenu intolérable et avancer, lever les jambes un calvaire.

Et pourtant pas de lassitude mentale...l’esprit me parait clair. La décision d’abandonner est calculée, je pense que je pourrais finir en marchant mais que mon temps sera supérieur à celui de l’année dernière :alors à quoi bon…

 

En arrivant à Port Navallo, j’annonce mon intention d’abandonner mais le PC course m’annonce que si j’abandonne là, je ne pourrais pas faire la traversée.

Ca va pas non, j’ai galéré pendant   des heures pour cette traversée.

L’abandon se fera au stade de Locmariaquer

La traversée va durer 10mn dans une fraîcheur humide qui va me permettre de me refroidir et de recouvrer des moyens.Je ne regrette pas d'avoir tenu jusque là, c'est une mer (moment) de pur bonheur dans un océan de douleurs

Je me surprends à courir sur les 1,8km qui sépare l’embarcadère du stade. En courant je me prend à rêver de pouvoir finir la course.

Mais un reste de lucidité et mon front qui se remet à suer me ramène sur terre.

 

 

J'abandonne donc à Locmariaquer après 12h58’ de course ; 92 ou plutôt 96km....

De retour à Vannes aux bons soins de l’organisation, je récupère assez vite (je bois beaucoup : boisson de Récup (Ergysport), St Yorre et une mixture perso Protéines/BCAA/dextrose/bicarbonate) si ce n'est le mal au crâne qui va me tenir toute la journée du samedi en dépit de plusieurs siestes sur la route du retour.

 

Dimanche matin grosses courbatures (surtout quadri), le mal au crâne est toujours vaguement là et œdème pieds chevilles mais je me sens le courage d'accompagner mon épouse dans une petite sortie de 6km à 8,5km/h.

Bien m'en a pris, courbatures et œdème se sont atténués (un peu).

 

Analyse du cardio

Pendant les 2ères heure la FC passe de 140 à 155 ( à cette vitesse, 9,8km/h, à l'entraînement je suis à 120 maxi 125, le stress de la course et la chaleur explique le 140 pas la montée régulière à 155)

Pendant les 3 h suivantes je vais passer de 155 à 125 puis rester sable à ~125

De Sarzeau à Port Navalo le rythme va baisser jusqu’à ~105 voir à 100 à un moment où je ne suis pas très bien (doux euphémisme) et obliger de m'arrêter 15mn ( les bras sont glacés et le front sue tjs autant).

 

 

 

Pourquoi

Je pense avoir la réponse à ce qui m'est arrivé. Enfin je crois  

J'ai discuté, de la course, avec un ami médecin. Il a retenu

*comme facteurs

    - température , l'effort long et l'absence d'épongeage ou d'aspersion

    - surmotivation dans la conduite du test et le stress de la course

    -manque de sommeil les jours précédents

    -prise antihistaminique

    -pas de chapeau (la photo de Ouest France en dit long: les 3 gugusses que l'on voit au départ sans couvre chef vont abandonner (BrunoHeubi, Hervé Bec et moi même))

    -un maillot BSC compressif assez étanche…

 

*comme signes cliniques

    -la fièvre ce que je traduisais en disant que je me faisais l'effet d'un radiateur

    -la disparition de la sueur sur le corps et l'hypersudation du front

    -les muscles des jambes et du cou hypertendus

    -la céphalée et les troubles de la vision , de l'équilibre

    -la grosse fatigue générale

    -le fait que la traversé du golfe en Zodiac m'ai refroidi et m'ai permis de retrouver une partie de mes moyens

 

Pour me dire que suis passé à 2 doigts du Coup de Chaleur d'Exercice qui aurait pu très mal se finir.

Et que la boisson très minéralisée (alcalinisante) que je me suis forcé à boire, au moins 0,75l/h,  même lorsque je n'en avais plus envie m'a permis de limiter la casse.

 

Le test

Je suis surtout déçu de ne pas avoir mené au bout ce test.

Je pense que ma volonté de réussir celui ci m'a fait perdre la lucidité et l'esprit critique qui m'auraient permis de ralentir, voir de m'arrêter plus tôt pour récupérer ( si tant est que l'on puisse récupérer d’un Coup de Chaleur) au lieu de m'enfoncer.

 

 

_Hydraminov Goût Menthe_

Je suis parti avec un bidon de 75cl + 1 stick et un bidon de 75cl + 1,5 sticks.

Le goût est très agréable, frais même après plusieurs heures. Sur le long, je trouve les agrumes vite écoeurant et même la pèche (Ergysport) à la longue a un coté douçâtre que j'ai cassé il y a 3 semaines  en ajoutant du café soluble...

Donc, bonne pioche pour cette saveur que je réutiliserai même si je préfère un goût neutre que je peux aromatiser à mon gré (café, citron ou jus divers)

Quant aux concentrations: la plus faible passait très bien avec cette chaleur, la plus forte ne m'a pas posé de pb: le goût est plus net vaguement sirupeux (sur le coup ça m'a fait me remémorer le Jet27 )

Par la suite j'ai continué avec la concentration la plus faible.

 

_Hydraminov Goût salé petits légumes_

J'aime moins (à cause du coté sucré/salé peut être) et puis je n'avais vraiment pas envie de salé. Je n’ai pas ressenti le dégout du sucré qui aurait pu m’en donner envie et puis comme disent les Chti’s : »chui une bouq à suq ». En tout cas, j'ai pu le boire sans me forcer alors que je trouve l'Adep écoeurant dés la 1ère gorgée (et que je n'arrive pas à le boire)

Donc bon équilibre pas trop typé, pas trop salé même si je ne suis pas fana. A retenir au cas ou…

 

_Dilution_

Même problème qu'avec Nutrathlétic, le produit ne se dilue pas très bien. Cela est du au protéines/BCAA qui se diluent mal.

Mais il suffit d’utiliser le  truc des mères de famille: remplir le biberon à moitié puis verser la poudre et bien agiter avant de compléter.

C'est plus long  qu’avec des glucides purs, mais en faisant cela je n'ai plus eu de pb.

Enfin, plus long c’est relatif, car en moins de 3 minutes je repartais avec mes 2 bidons de 0,75 prêts à consommer

 

_Sticks_

Très pratique et facile à ouvrir même à la fin quand j'avais les doigts gourds et très gonflés.

 

Comme je l'ai déjà dit, je note

- l'excellente digestibilité de cette boisson : pas le moindre soucis gastrique ni ballonnement même quand j'ai bu de grande quantité en peu de temps (1l en 30mn à Sarzeau)

- que n'ayant rien pris d'autre, je suis convaincu que c'est la charge de sels minéraux et sa composition/spécificité qui a permit de limiter la casse

-et le fait que j'ai gardé l'esprit clair, pas de lassitude mentale  en dépit d'une très grande fatigue physique : mon abandon a été raisonné contrairement aux précédents.

Je me félicite de l'avoir utilisé au détriment de mes mélanges perso.

Je me félicite d'avoir enlevé de mon sac mes mélanges purement glucidiques avant le départ: dans mes moments de doutes j'aurais pu abandonner cette boisson.

 

_légumes et fruits lyophilisés_

L’objectif était d’avoir un max de goût pour se faire plaisir et casser la lassitude du sucré avec des produits ultra léger et naturel.

De ce coté là c’est réussi, et le fait de devoir mastiquer doit y être pour quelque chose.

 

 

 

Résolutions

Après une semaine de récupération difficile (je supporte mal la chaleur de ces derniers jours et c’est nouveau  ), je me suis posé des questions concernant mes nombreux abandons depuis août dernier.

Les débuts de course trop rapide ou inadapté aux circonstances n'expliquent pas tout car avant je partais plus vite (d'où le pseudo Pirate) mais une fois à la ramasse, je trouvais les ressources morales pour finir honorablement.

Depuis presque 1 an, une lassitude mentale s'installe assez vite en course et me conduit à l'abandon.

Le fait que mon boulot actuel me barbe doit y être pour quelque chose.

Les 2 dernières courses sont un peu différentes car il y a la chaleur (chaleur que je supportais très bien dans le passé)

A noter que sur l'Ultramarin je n'ai pas ressenti cette lassitude qui me faisait abandonner.

 

In fine, je crois plutôt à une fatigue générale.

Depuis 14 mois, j'ai beaucoup enchaîné les courses et  privilégié les sorties longues (très longues) à l'entraînement.

Je donne mon sang tous les 2 mois (Taux hématocrites entre 45 et 50% pourtant).

Et à mon age avancé, mon coté hyperactif ne doit pas être neutre.

 

Donc les bonnes résolutions du jour: moins de compétitions longues, moins de volume à l'entraînement et plus de qualité/VMA.

Et à court terme, faire l’UTMB en marchant.

En ce moment, je comprends tout à fait Loïc et Domi.

 

Le Pirate ki-éspère-que-l’ane-respectera-ces-bonnes-résolutions

1 commentaire

Commentaire de Bert' posté le 09-07-2010 à 18:06:00

Très instructif et toujours intéressant de chercher à analayser les raisons d'un échec <=> c'est comme ça qu'on avance le mieux !
Ayant vécu à peu près la même histoire (CR en-cours), je vois là de bons moyens de se poser pour mieux repartir.
P.S : on a dû se croiser une ou plusieurs fois sur le parcours !

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