| L'auteur | La course | |||
| Kikoureur : Zeb
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Grand Raid du Morbihan 2008

Pas facile de coucher sur le papier - enfin sur l'écran,ce que l'on ressent pendant 177 km et des brouettes, pas facile. D'autant plus, qu'il s'en passe des choses dans la caboche du prétendant au tour du golf, ça oui ! Je suis passé successivement par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel de l'ultra, du violet le plus profond, au jaune le plus éclatant....
Samedi 28 juin 2008, 3 heure du matin, le ravitaillement N°7 de Moréac est à portée de frontale. Je vais rendre mon dossard et ma puce. Cela fait déjà un moment que j'ére de flêche rose en flêche rose, de rubalise en rubalise (tiens, parfois il y a des plaque jaunes ), les jambes molles, je broie du noir comme jamais. Je ne suis même pas l'ombre de moi même, juste un bien mauvais ersatz. L'objectif de l'année se transforme en énormissime « cata » de l'année. Pourtant, je n'ai même pas effectué la moitié du parcours...Ma décision est prise :
moi : Bonsoir M'sieur, je voudrais abandonner ici, c'est possible ?
un (charmant) bénévole : B'soir, oui, bien-sûr, quelqu'un vient vous chercher ??
moi :...
le bénévole : monsieur ?
moi : bé, non...je pensais qu'il y avait éventuellement des rappatriements.
le bénévole : oui, mais à Vannes, pas ici, sauf si vous attendez jusqu'à midi la fermeture du ravitaillement. Allez, vous découragez pas, allez jusqu'à Vannes, et vous verrez bien.
moi :Vannes ? Mais, il va me falloir au moins 3 heures en me trainant !! Je n'y arriverais jamais !!
le bénévole : mais si, mais si, de toute façon, vous n'allez pas rester à vous geler au milieu des packs d'eau.
Bon, zut, crotte, flûte, y a pas tortiller cent sept ans, faut continuer au moins jusqu'à Vannes.
Pour cela, le destin me donnera un petit coup de pousse. Un concurrent me propose de le suivre, il n'est pas au mieux, à deux nous nous tiendrons compagnie, en plus il connait la route, il l'a déjà fait l'an dernier, ses informations me seront précieuses. Merci à lui, je ne connais ni son nom, ni son N° de dossard, je sais juste qu'il est podologue. Et pourtant....petit retour en arrière, quelques heures plus tôt....
Et pourtant, cela ne partait pas si mal, au départ tous les voyants sont au vert. Après une avant-course organisée de main de maître par Jérôme (Karllieb) qui m'aura épargné tout stress du coté logistique, nous prenons donc le départ (sans May qui a sagement décidé de faire un WE plage) sous un beau soleil. Je pars à mon rythme, chacun fera sa course, tout en se tenant informé de l'évolution de chacun. Pas de souci dans cette première partie, mis à part que je trouve qu'il fait chaud malgrès le vent, mais je trottine à l'allure prévue au départ, soit plus ou moins 9km/h, et surtout pas plus. J'en profite également pour observé mes camarades de jeu, et je trouve que certains sont partis bien vite, hum, hum.
Cette première partie, jusqu'à Larmor Baden, sera idéale, je reste en dedans, mais me fait plaisir quand même en trottinant sur certaines côtes (sur bitume), elles ne sont pas bien longues de toute façon. J'apprécie particuliérement l'arrivée au Bono, où, de l'autre coté du Port j'aperçois Cédric (L'Castor) qui est déjà reparti (et en route pour le podium), les encouragements de Patrick « Papy Turoom » co-organisateur du Raid 28 et du public attablé en terrasse est « rafraichissant ». Après le Bono, je ferais ma première erreur de parcours, le nez dans le guidon, je loupe la sortie du sentier cotier et me retrouve au bout du chemin, la mer à mes pieds, demi-tour, et je retrouve la sortie par un petit raidillon pour remonter dans le village. Petite alerte, qui me montre qu'il faut que je me reconcentre un peu, c'est vrai que je me sens bien, légérement euphorique. Je décide de rester au contact d'un petit groupe dans lequel se trouve Patrick De Geyter et mon futur « sauveur » (mais cela ni lui, ni moi ne le savons encore).
Je vais malgrès tout me détacher petit à petit de ce groupe (au niveau de la Baie de Kerdrean), d'abord parce-ce que cela papote beaucoup et que j'ai besoin d'entrer un peu dans ma bulle, et puis parce que l'allure n'est pas régulière : le groupe « booste » sur le bitume, et ralenti dés que le terrain est accidenté, alors que j'ai tendance à garder une allure beaucoup plus réguliére, quelque soit le terrain.
Peut avant le 4éme ravito de Mériadec, je rattrape Alex, il était parti devant, mais ces 716 km d'Antibes deux semaines avant lui pésent un peu, alors il gére tranquillement son histoire, d'autant que sa poche à eau fuit et qu'il va devoir se contenter d'une bouteille d'eau.
J'arrive à Lamor-Baden en 5h49, un peu rapidement à mon goût finalement, les jambes sont un peu lourdes, mais je ne m'inquiéte pas pour autant. Je reste un quart d'heure au ravito, le temps de refaire le plein d'eau (2l avec un peu de pourdre de perlinpin), un sandwich au saucisson, puis un peu de riz au lait, et un peu de soupe (dans l'ordre). Il fait maintenant nuit, et la frontale s'impose.... Et là, je sens que ce n'est plus du tout pareille. Je suis arrivé à Lamor entre chien et loup, maintnenant il fait nuit noir, et mes repéres visuels sont complétement perturbés (j'en suis pourtant pas à ma première nuit à gambader dehors), et il me faut un certain temps pour m'adapter, mais c'est certain l'allure à serieusement baissée. Pour l'instant pas de panique, je me concentre sur le balisage, il faut être vigilant, d'autant que l'enchainement mono-trace en sous-bois, escaliers, chemins cotiers « tortueux » facilite les erreurs de parcours.
Puis, lentement mais surement, c'est la décrépitude, j'ai de plus en plus de mal à tenir l'allure, je me sens fatigué, lourd, les jambes vides. Pendant un moment, j'ai raccroché le wagon « Patrick De Geyter », qui est revenu sur moi, ils ne sont plus que 2 maintenant; mais je ne fais pas illusions longtemps, et suis décroché, les suivre me coûte et il est pas question de « taper dans la gourde » tout de suite. J'arrive au contôle d'Arradon en 8h45, un peu dans le vague, pas encore cuit, mais plus trop frais non plus : bref je n'y suis plus. Je vais alors me trainer jusqu'à Moréac, je ne cours plus, mon manque de lucidité me fait m'égarer plusieurs fois sans grande conséquence : en marchant lentement, je ne vais pas longtemps dans la mauvaise direction, c'est déjà cela.
L'idée d'abandon, fait sans chemin, petit à petit, sournoisement, toutes les raisons sont bonnes pour s'arrêter à Moréac...D'ailleurs, ras-le-bol de la course à pieds, hien ? À quoi bon, j'en m'en moque après-tout, puis j'irais pas non plus à l'UTMB, puisque je ne suis même pas capable de passer une première nuit correctement en plaine, qu'est-ce que cela va donner dans 2 mois au Col du Bonhomme ou à Bovine ? Non, j'arrête là... Le terrain assez accidenté juste avant Moréac, il y a pas mal de rochers, me conforte dans mon idée, il est 3 heure du matin, le ravitaillement N°7 de Moréac est à portée de frontale.....
La renaissance du poulet
Oui, mais voilà, le destin en a decidé autrement, il était écrit que mon premier abandon ne serait-pas pour aujourd'hui : j'ai suivi mon « sauveur podologue » de Moréac jusqu'à Vannes, discuter avec lui me fait du bien, me réveille, nous marchons d'un bon pas, et j'ai l'impression que je me refais « la cerise », l'idée d'abandonner à Vannes commence à refluer, et- si finalement je pouver boucler le tour dans un temps correcte, genre moins de 30 heures ??? (Et oui, je suis incorrigible, il faut tout le temps que je me mette la pression sur un éventuel chrono, pfff).
J'aime bien la partie avant Vannes, un long aller retour sur le port qui nous permet de visualiser le ravito rapidement, mais de ne l'atteindre qu'après de longue minutes, à proximité de celui-ci, il n'est plus question d'abandon, ha ca, non, le jour se léve, j'ai le sourire aux lévres, prêt à en décourdre de nouveau. Mon « podologue sauveur » a par contre moins de chance que moi, son état ne s'est pas forcément amélioré, je crois que je vais devoir repartir avant lui...
Je pointe à Vannes en 12h41, ce qui compte tenu de mon puissantissime coulage de biel reste correct, je récupére mon sac et change uniquement de T-shirt (je mets celui du GR73 2007, c'est un maillot fétiche depuis les 24h00 d'Arcueil, vraiment, parfois, on se raccroche à pas grand chose), discute un peu avec les bénévoles et vais me restaurer.
Sous la tente du ravito, je retrouve Robert Charvin, (L'Castor Sénior) qui à l'air en forme, après un sandwchic au saucisson (encore) je ne m'attarde pas, je serais restais un quart d'heure à Vannes.
Commence alors la bataille de la journée, plus question de courrir en continu, cela ne m'est plus possible, par contre je me rends compte rapidement, qu'un « Cyrano » (alternance de course et de marche) de 4 minutes de course pour 1 minute de marche me va parfaitement, (en plus mathématiquement, c'est on ne peut plus simple, impossible de se faire des noeuds au cerveau), j'ajoute à cela 5 minutes de marche à la chaque de fin d'heure, et voilà mon rythme de croisière tout trouvé. Ce qui mentalement m'aide beaucoup, c'est la fréquence des ravitaillements, au maximum, entre deux ravitos, j'aurais 24 km. Je ne pense donc qu'au ravito suivant, jalon nécessaire à la poursuite de l'aventure.
Peu avant Noyalo, je rejoins la première féminine du moment (Zouzou qui fera 1ere V1F) et son camarade du jour, on fait un moment le « yoyo », nos cyranos respectif étant différent, puis après le ravito, je ne les verrais plus.
Coûte que coûte, je maintiens l'allure (plus ou moins 7km par heure), je suis doublé par un ou deux relais, puis par un concurrent du raid (qui m'avait déjà doublé après Séné), il a une allure d'enfer (il s'agit en fait du N°226) et je l'envie un peu.
L'arrivée à Sarzeau est une délivrance, je me dis qu'il est impossible de ne pas aller au bout maitenant, sauf à me faire boulotter par un ours, c'est pas possible...De nouveau un quart d'heure d'arrêt, et je repars, le rythme a de nouveau un peu baissé, mais pas trop, je triche un peu sur mon cyrano, maintenant, mais je ne suis plus à une minute prêt et je sais aussi que je devrais pouvoir bloucler en moins de trente heures, alors j'essaie de profiter de ce paysage magnifique que propose le golf.
En cette fin de course, mon plaisir est un peu gaché par des problèmes urinaires, certains ne boivent pas assez, moi je bois trop ! Mon urine est a une forte couleur brune (haaaa, les toxines) et ca piquote un peu (hum, hum).
Au dernier ravito, j'appelle Géraldine, mon épouse, la rassure sur mon état et sur les 10 derniers KM qu'il me reste à faire. Petit coup de fil également à Jérôme pour savoir où il en est et à May pour se retrouver à l'arriver.
Il me faudra précisément 1h36 pour parcourir la distance entre le dernier ravito et l'arrivée. Celle-ci fut interminable, un temps égayée par le Martine (première fémine), et son « coach survitaminée » qui la boostera jusqu'au bout. Je les ai un temps suivi, jusqu'à Port Navalo, j'ai encore lever le pied, décidant de faire les deux derniers km en marchant tranquillement. Ce n'est que dans le dernier virage que je me remets à courir pour franchir la ligne d'arrivée, sous l'oeil de Cédric, frais comme un gardon malgrès sa 5 éme place, qui me tire mon portrait.

la photos de mes p'tits gars (comme à l'UTMB l'an dernier) a fait le tour avec moi
Ensuite, une enclume me tombe dessus, comme souvent après un gros ultra, je vais m'assoire dans la tente du ravito, May, se chargeant d'aller récupérer mes affaires dans la voiture (merci). Sur le coup, je suis vidé, défragmenté, explosé, éparpillé, bref, je suis claqué, j'ai besoin de dormir. Il m'est imposible de manger ou boire sous peine de régurgiter le tout sur la table du ravito, ce serait du plus mauvais effet...Je vais péniblement prendre une douche, puis vais m'allonger, faire le ver de terre, deux heures dans l'herbe à 10 m de l'arrivée....

Vers 21h30, je refais surface, juste assez-tôt pour accueil Alex qui en fini également, chapeau, deux semaines après les jours d'Antibes (sont fous ces varois). Le temps d'aller manger une bonne pizza, de boire deux bières et à 1h00 du matin, nous assistons également à l'arrivée de Jérome, belle perf pour lui également....Il est tant d'aller dormir pour de bon

Jérome (Karllieb) plus en forme que moi !
Merci à Géraldine, mon épouse de me laisser vivre ces moments là....
Epilogue :
Ce fût d'abord un WE entre amis avant d'être une course, j'ai eu un plaisir immense à revoir Jérôme, May, et découvir un peu Alex . WE de rencontre également, avec les bénévoles d'une extreme gentillesse, du public tout au long du parcours, des concurrents connus ( je ne les sites pas de peur d'en oublier) ou inconnus. E t puis la rencontre avec le golf, paysage magique, varié, qui ne se lasse pas d'être regardé, c'est sûr j'y retournerais au moins en vacances, pour prendre le temps d'en voir plus.
Conclusions à froid : c'est une course magnifique, avec un peu de bitume, certes, mais le terrain est suffisament varié pourque cela ne soit pas à mon avis un inconvenient. Le dénivellé (environ 1000 M de D+) peut paraître insignifiant, mais c'est l'enchainement de petit raidillons ou d'escalier qui casse les pattes.
Mes erreurs : serais-je partis un poil trop vite ?? Hum, hum, pas sur, cela correspondait bien à ma forme du moment. Alors comment expliquer la déconfiture de Moréac ?? Le mental, tout simplement, tant que l'on n'est pas blessé, quand on a un coup de mou, il faut savoir attendre le « rebond », facile à dire maintenant, encore faut-il avoir la lucidité l'instant présent.
Autre erreur, j'au bu un peu trop, entrainant des douleurs urinaires, me rallentissant un peu sur la fin...
Petites statistiques :
Secteur | lieu | Km | R | km/R | Pointage | classement |
1 | Locmariaquer - Départ |
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| Kerouac'h | 10 | R |
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2 | Crach | 17 |
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| 01:51:46 | 105 |
| Auray | 26 | R |
|
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3 | Le Bono | 34 | R |
| 03:44:0 | 86 |
| Mériadec |
| R |
|
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4 | Larmor-Baden (BH : 5h00 samedi) | 52 | R |
| 05:49:14 | 68 |
|
|
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|
| 05:57:54 | 44 |
| Le Moustoir | 67 | R |
|
|
|
5 | Arradon | 72 |
|
| 08:45:53 | 45 |
| Moréac | 78 | R |
|
|
|
6 | Vannes - Larmor-Gwened (15h00 samedi) | 94 | R |
| 12:41:12 | 79 |
|
|
|
|
| 12:57:51 |
|
7 | Séné - La pointe du Bil | 110 | R |
| 15:00:49 |
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8 | Noyalo (01h00 le dimanche) | 124 | R |
| 16:56:06 |
|
9 | Sarzeau (3h00 dimanche) | 144 | R |
| 20:14 | 43 |
|
|
|
|
| 20:27 | 38 |
| Porh Nèze (9 heure le dimache) | 158 | R |
| 22:34:29 | 39 |
10 | Bernon | 167 | R |
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| Port du Crouesty - Arrivée (44h00) | 177 | R |
| 25:35:34 | 40 |
Commentaires
C'est le dossard 226... oui on s'est croisé et je m'excuse de ne pas avoir eu trop le coeur à parler mais j'étais mieux !!
Félicitations pour ton récit, il complète tout à fait ce que je pense et que je n'ai pas exprimé.
Tu t'es remarquablement ressaisi et tu n'as rien lâché (j'adore!!). On se rencontrera sur d'autres trails, bonne préparation à l'UTMB
canard49
Quel récit, on y croit, on te croit perdu, puis tu repars de plus belle !! Waouhhhh
Bravo à toi pour cette performance !!
Récupère bien.
Taz
agnès
Ravi en tout cas de t'avoir revu !
Jolie recit.
Bonne prépa de l'UTMB.
alex
Bravo pour ton mental, et pour ta reconnaissance envers ton compagnon de galère podologue, si mal en point à Vanne, que tu ne pus même pas l'attendre.
JC
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