Récit de la course : Marathon de la Liberté 2014, par francois 91410

L'auteur : francois 91410

La course : Marathon de la Liberté

Date : 15/6/2014

Lieu : Courseulles Sur Mer (Calvados)

Affichage : 778 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

15 commentaires

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Vétérans éternels

Vétérans éternels

15 juin 2014

 

 


Une nouvelle fois l’hiver n’a pas été propice à un entrainement de qualité. Parfois même zéro kilomètre cumulé dans la semaine, ce qui fait relativement juste vous en conviendrez…


L’âme du vétéran


Mais le vétéran pas encore 2 que je suis a déjà connu pareille situation. La petite voix de l’expérience qui sommeille en moi me convainc de me programmer un marathon avant l’été, donc le 15 juin au plus tard… juste pour me démontrer que j’en suis capable. Ce sera mon 15e.

Comme l’an passé, me voilà engagé pour un parcours du combattant de 12 semaines où la forme revient au fil des séances. Ma seule frustration est de ne pouvoir batailler suffisamment sur les séances de fractionné court, à court de forme quand même et de souffle probablement. Ma seule inquiétude est toujours située côté gauche : cette fois c’et la partie basse du mollet et le pied et dont la pose est douloureuse … un coup de baïonnette à chaque appui. Et point de rochambelle à ma disposition pour me soulager.

Il me reste à savoir où je vais faire ma course. Le tapage médiatique (et politique ?) fait autour du 70e anniversaire du débarquement m’a convaincu de participer à ces célébrations exceptionnelles, qui firent la part belle aux vétérans, vrais de vrais ceux-là, qui risquèrent leur peau comme ceux qui perdirent la vie sur ces plages que nous longerons. Et donc sur un parcours difficile, mais déjà testé avec bonheur et émotion l’an passé puisque j’y battis mon record.

Et à nouveau le plaisir de retrouver un autre genre de vétéran, inoxydable celui-là, qui à 81 ans et 4 mois sera sur la ligne de départ de son 77e marathon : mon cher et vénéré Roland.


Anciens combattants


La nuit ne me fut pas réparatrice, le réveil saupoudré d’un léger mal de crâne juste pesant, tel un casque trop serré sur la tête. Je reste cependant serein car mon illustre aîné qui a toujours terminé ses marathons m’a toujours affirmé « Allons, allons … si tu commences un marathon, tu le finis ».

Armé de cette maigre certitude je débarque de bonne heure à Courseulles sur Mer du bus navette, sorte de Land Craft qui prend en charge les coureurs depuis le Mémorial de Caen.




7h20 je rejoins direct le square à proximité de la zone de départ, Roland est déjà affairé sur un banc et prépare méticuleusement son paquetage : bonnet, sweat, mouchoir, téléphone...

Les retrouvailles sont joyeuses. Nous échangeons comme d’habitude quelques souvenirs d’anciens combattants, nos impressions sur la course qui nous attend et particulièrement sur la météo, pour l’instant bien fraîche du fait d’un vent de Nord Est sensible.

« J’ai une maudite tendinite depuis 4 semaines, j’estime à 25% mes chances de terminer la course. Bien que ta présence me donne certainement davantage de chances d’y parvenir »… Bizarre, je n’arrive pas à croire qu’il ne terminera pas et ne manque pas de lui faire savoir !

Puis je vais trotter sur quelques hectomètres jusqu’au Mémorial et au Musée dédié au débarquement des forces canadiennes. 

 

 

 

Ici c’est Juno Beach.





Rassemblement


Il est temps de rejoindre la zone de départ. Une photo rapide pour immortaliser l’instant avec Roland avant de filer pour me glisser au plus près de la ligne, 20m environ.



Les meneurs d’allure sont tous regroupés devant, curieux…




Comme tous mes compagnons je suis prêt à me lancer dans la bataille.




J’ai défini une stratégie, que je pense raisonnable cette fois : ayant en tête de passer sensiblement sous 3h30 à l’arrivée, je dois pouvoir me caler en 4’52 jusqu’au 27e km, puis je devrais fait preuve de résistance ensuite quand le tracé entamera ses petites montagneuses russes.



 

Les Courants de la Liberté m’emportent


20 secondes à peine me suffisent à franchir la ligne. Comme toujours je ne regarde pas mon chrono sur les deux premiers km. Le passage devant le marché au poisson finit de réveiller tout le monde.

Les trois meneurs 3h30 filent déjà bon train, en moins de 4’50 me semble-t-il. Je me donne jusqu’au 5e pour les rattraper. Le vent souffle fort lorsqu’aucune maison ne nous protège. Le peloton est très dense derrière les meneurs qui tournent en 4’55 maintenant, cela ne me convient pas car je ne peux réguler mon allure. Je décide donc de passer devant pour avoir de l’air.

Nous sommes à Langrune sur Mer, puis à Luc sur Mer. Au 9e km une sensation me gagne assortie d’une drôle d’idée qui me traverse l’esprit : je suis fatigué. Je chasse ce naturel mais me rend compte au 12e que le peloton des 3h30 me ratrappe. Clairement, ça va pas être simple.

Nous dépassons les musées : le 4. commando (qui relate notamment l’histoire des 177 soldats du commando Kieffer) et le Bunker-Mur de l’Atlantique.

 

 

 

 

 

Ici c’est Sword Beach.

 

 

 

Je me retrouve dans le trafic jusqu’au Casino de Ouistreham.

Là, je failli même louper Muriel et Emilie qui ne m’ont pas repéré dans le peloton 3h30 !

 

 

Objectif : Pegasus Bridge


Connaissant parfaitement le profil des 15 derniers km, je décide de rester derrière.




Le passage du canal de l’Orne est long. Lorsque je me refais la cerise et me sens capable de repasser devant, impossible du fait de l’étroitesse du chemin et de la densité des coureurs.

Le semi est passé en 01:44:30 comme l’an dernier mais moins bien qu’à Vannes : ça va pas être simple.

Le Pegasus Bridge peu avant le 24e me semble être looooooin … Je bois et me ravitaille pour tenter de me relancer mais les jambes répondent mollement. Une foule incroyable nous acclame au célèbre Café Gondrée devant le pont. Je pense encore être dans le coup (4’55/km depuis le départ) et arrive enfin au 26e à l’entrée de Blainville sur Orne. La course commence ici en principe.

 

 

 

La bataille s’engage


Une fois le pont franchi, les premiers faux plats s’enchainent. Je ne veux pas me griller vu que ça sera comme ça jusqu’au 39e. Pour le coup je vois les drapeaux des meneurs d’allure grappiller mètre après mètre.

En même temps, je sens que je suis vraiment limite, je ne pourrais pas accélérer … « j’ai pas les jambes aujourd’hui » comme disent les cyclistes. De plus objectivement mon pied gauche n’est pas en bon état. Chaque appui est douloureux, brûlant ; je compense côté droit mais la foulée n’est pas bien efficace.

Après avoir reçu le soutien de Muriel et Emilie à nouveau au 27e à la sortie de Blainville, je limite la casse jusqu’à Beuville où une descente, enfin, nous soulage sur le 30e km.

Je trouve cependant que tout d’un coup il fait chaud : 2h30 de course, et le soleil commence à se montrer. Puis ça remonte, cela va être ainsi sur 9 km de souffrance. Dans ces cas-là ; le chrono est impitoyable. Alors que je n’avais pas fait un km en plus de 5’15 l’an passé, j’enchaine les km en 5’20 – 5’24 – 5’30 – 5’17 etc… Au 33e je sais que je ne pourrais relancer et repasser sous les 3h30. Je suis dans le dur. Mais je finirai : « Allons, allons … si tu commences un marathon, tu le finis ».

 





Ne pas capituler


Alors autant gérer … tout en luttant pour ne pas dépasser cette barre des 5’30/ sous peine d’effondrement. Je dépasse malgré tout nombre de coureurs à la dérive, marchant, assis, et même un concurrent en détresse totale pris en charge par des spectateurs.

Au 35e je retrouve mes supportrices à la sortie de Mathieu avant d’entamer le dernier faux plat assassin de 3km.

 


 

Enfin le 39e. Je vais tenter de rentrer en moins de 3h35. J’aperçois même un meneur d’allure à 600m devant. Pour finir sur une bonne impression j’arrive à accélérer sur les 2500 derniers mètres (descendant) à presque 12km/h … un exploit.

« On se retrouve à l’arrivée ! » arrivé-je à articuler à mes groupies encore présentes au 40e.

 

 


Le dernier km est toujours euphorique car porté par une foule compacte, que je harangue en demandant leur soutien.

3h34’46 sera le chrono réel de mon 15e marathon, dans le premier quart du classement.

Ne faisons pas la fine bouche… l’objectif n’est pas atteint cette fois mais la bataille fut farouche. Je pense avoir fait au mieux en fonction de mes forces du moment.

 

Je suis heureux d’avoir participé à ces Courants de la Liberté cette année si particulière pour l’Histoire. La mienne s’écrit vraiment avec un « H » très minuscule, humblement.

 


 

Post Scriptum :

Après avoir profité du buffet exceptionnel préparé par des producteurs locaux « Gourmandie », le passage sous la tente des kinés révéla trois méchantes ampoules ce qui ne m’était jamais arrivé. Et surtout quasi impossible de marcher après le massage – douleur insupportable aux mollets tétanisés… A J+4 j’avais encore du mal à descendre les escaliers… bof, bof…

Roland terminera comme je le pensais mais avec beaucoup de douleur en 5h11'53.

 

François

443e sur 1796 arrivants

 

en 3h34’46

15 commentaires

Commentaire de caro.s91 posté le 26-06-2014 à 23:41:40

Tu sais bien que le marathon est tout sauf une science exacte. En tout cas, tu t'es accroché jusqu'au bout et c'est l'essentiel.
Bises,
Caro

Commentaire de francois 91410 posté le 27-06-2014 à 21:52:07

non, rien de rien, je ne regrette rien !

Commentaire de Arclusaz posté le 27-06-2014 à 11:58:08

Préparation perturbée, course impactée.
cela me semble assez logique. Et le temps reste très très honorable (j'en rêve d'un temps pareil !).

Commentaire de francois 91410 posté le 27-06-2014 à 21:54:00

j'étais comme toi il y a 3 ans moi qui galérais pour passer sous les 4h à chaque fois... comme quoi. Et puis le marathon est à chaque fois une nouvelle aventure personnelle, c'est ça qui en fait le charme...

Commentaire de bubulle posté le 27-06-2014 à 22:27:31

Zyva, l'François ! 3h34, on a vu pire comme échec...:-). Même si ce n'est pas encore cette fois que tu feras du bubullo-poutrage, ce n'est que partie remise. Ce parcours ne se prête vraiment pas à un gros temps et tu t'en es plus que fort honorablement sorti. Ce n'est que partie remise, camarade (surtout que je n'ai pas d'objectif à court ou moyen terme de repousser ma propre marque). En plus, tu me poutres quand même : tu en es à 15 et moi à seulement 12....

Et le Roland, il l'a fini son Xième marathon ?

Commentaire de francois 91410 posté le 28-06-2014 à 11:59:16

oups j'ai failli oublier Roland en effet ... erreur réparée dans le post scriptum ! il termine en 5h11'53
Merci mon Bubulle de cette considération. Tu te rends compte : bientôt deux ans que nous retrouvions tous les deux hilares à l'arrivée au Val de Reuil, ne croyant pas à notre chrono !... pourtant ce n'était pas un hasard ...

Commentaire de Benman posté le 28-06-2014 à 09:24:26

Tu as été magnifique de résistance. Quand tu débarques en Normandie, c'est ensuite pour nous raconter des bonnes choses. Et avec une fin en boulet de canon, et des ampoules digne d'un mémorial, c'était guerre facile. On attend la suite. La prochaine course, c'est Caen?

Commentaire de francois 91410 posté le 28-06-2014 à 11:42:13

oui j'ai du batailler pour ne pas battre en retraite ... merci pour ton commentaire ;-)

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 28-06-2014 à 12:46:26

Pas d'accord avec Caro :le marathon est une science exacte et on trouve toujours la raison d'une défaillance (chez moi, c'est la propension à oublier mon âge et à croire que je peux tenir les 5 au kilo indéfiniment). Ce marathon ne pardonne pas le défaut de fraîcheur à cause de ce profil qui met le dénivelé au deuxième semi.
Bravo pour ton chrono plus qu'honorable et pour ce beau récit. Le commando Kieffer, ils étaient 177.

Commentaire de francois 91410 posté le 28-06-2014 à 14:50:25

"Défaut de fraîcheur" ... je crois que tu as bien résumé ... je le recopierai 177 fois ! merci pour ce com ;-)

Commentaire de Fabien Super Basket posté le 03-07-2014 à 15:05:32

on ne devait pas être loin l'un de l'autre en effet : je suis passé au 21e, sur les bords du canal à 1:44:30 aussi. Entre le 26e et le 33e, j'étais derrière les meneurs, dans le groupe d'un autre meneur "non" officiel", je pense, avec un petit drapeau jaune sur la tête. Je portais un t-shirt orange et blanc marqué "Les Baskets de Seugy".
Sur deux de tes photos , on voit un couple débardeur noir et jaune : j'ai couru plus ou moins à coté d'eux à plusieurs reprises avant Blainville sur Orne.
J'ai eu aussi des courbatures durant 3/4 jours et je pense avoir un contre coup en ce moment : grosse fatigue 15 jours après.
Cela ne m’empêchera pas de remettre le couvert dès cet automne. ;-)

Commentaire de francois 91410 posté le 16-07-2014 à 21:26:34

yep ! la prochaine fois, déguises toi en kikoureur pour que je te repère ?!

Commentaire de Mickey49 posté le 03-07-2014 à 19:13:16

Bravo François ! Les alliés avaient mis eux un mois pour atteindre Caen, alors 5 mn de plus ou de moins ;-)
J'étais à la Commémoration du 70ème le 6 juin à Ouistreham, mais avec le trail d'Angers de 43 km le 8/6, je ne pouvais pas m'inscrire à celui de la Liberté.
Peut-être à l'année prochaine, je courerais plutôt avec ton ancien prof d'allemand, c'est plus dans mes chronos !

Commentaire de francois 91410 posté le 16-07-2014 à 21:28:10

t'as bien raison Michel, 5' de plus ou de moins...
à la prochaine

Commentaire de francois 91410 posté le 16-07-2014 à 21:44:25

t'as bien raison Michel, 5' de plus ou de moins...
à la prochaine

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