Récit de la course : La 6000 D 2014, par Bertrand MAILLOT

L'auteur : Bertrand MAILLOT

La course : La 6000 D

Date : 26/7/2014

Lieu : La Plagne (Savoie)

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Distance : 63km

Objectif : Terminer

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Ma première 6000D

 L’avant course :

Début 2014, la décision est prise, cette année ce sera la 6000D ! C’est mon premier trail de montagne et coïncidence, c’est le 25ème anniversaire de la course, l’ambiance promet d’être au top !

Après une trêve hivernale, je programme une reprise en douceur après une semaine de ski en mars et l’entrainement s’intensifie gentiment à partir d’avril. Durant les vacances de Pâques, je fais une reco de deux jours à Aime en mode rando puis à La Plagne en raquette. Reco faite à deux, avec ma femme Martine, qui sera aussi mon accompagnatrice sur le trail.

En mai et juin, avec mon ami Christian, nous enchaînons les sorties longues tôt le samedi matin sur les Monts des Flandres et les terrils pour préparer une semaine d’alpinisme dans le massif du Mont Blanc fin Juin.

Seul bémol de la préparation, une tendinite au genou droit, mon point faible. Je prends le taureau par les cornes et suis des séances de kiné (massage transversal profond, étirements,…). En plus de ma séance hebdomadaire de renforcement musculaire, j’en ajoute une d’étirements. Le tout combiné avec une alimentation plus équilibrée les derniers mois (merci la machine à smoothies), j’arrive la veille de la course en pleine forme et affûté comme jamais. Le retrait du dossard se passe dans une ambiance conviviale et s’enchaîne avec un pique-nique au plan d’eau de la base de loisirs d’Aime et un concert donné au théâtre de verdure de la ville. La pluie s’invite à la fête pour l’écourter et les éclairs fendent les nuages sombres au-dessus de La Plagne.

 

La course :

Après une nuit plutôt bonne à Moutier, nous sortons de l’hôtel pour rejoindre le départ, lorsque nous sommes rejoints par un autre coureur qui logeait au même hôtel et qui recherchait un moyen de transport. Dans la voiture, la discussion s’engage : Manu est originaire du Massif Central et c’est aussi sa première 6000D. Le trajet se passe sous la pluie et nous entrons dans le sas de départ avec la tenue de pluie.

Le speaker annonce que la montée au glacier est annulée pour des raisons de sécurité car la météo est très mauvaise. L’organisateur a anticipé le problème et balisé un itinéraire de secours pour garder le kilométrage de l’épreuve. Après le col de la Chiaupe, la descente du Dérochoir sera rallongée ainsi que la montée au col de l’Arpette. La déception fait vite place à la concentration car le départ est imminent. Je me suis placé prudemment au 2/3 du peloton car mon objectif est simplement d’être finisher, peu importe le chrono.

 

La course commence par une courte descente, puis par un faux-plat montant de l’autre côté de l’Isère. Préférant garder un rythme cardiaque au plus bas, je me fais doubler par plusieurs coureurs et coureuses. L’averse s’arrête et il est temps de ranger la veste de pluie dans le sac à dos.

La pente se raidit alors pour nous laisser nous engager dans la première montée qui passe par deux villages de montagne sympathiques, Longefoy et Montalbert. J’y retrouve mon accompagnatrice et première supportrice. Ces rapides retrouvailles me réchauffent le cœur : la course a réellement commencé !

Les places des coureurs se stabilisent au rythme de la marche qui a remplacé la course dès le changement de pente. Après Montalbert, nous courons à nouveau jusqu’à la piste de bobsleigh, en passant par une piste forestière vallonnée et un très joli single track dans la forêt.

Je ne sais plus trop quoi penser du passage dans la piste de bobsleigh, car si j’en ai aimé l’originalité, je retiens aussi la musique d’ambiance déprimante et le coureur situé juste derrière moi qui m’a, à plusieurs reprises, chatouillé les mollets avec ses bâtons…

Nous reprenons ensuite de l’altitude avec une nouvelle montée raide. Je suis alors encouragé par un des nombreux bénévoles présents sur le parcours qui m’invite à garder ma cadence. Tous les voyants sont au vert, mais je n’accélère pas, sachant que nous ne sommes qu’au début du périple et qu’il faut garder des forces pour les montées à la Roche de Mio et au Col de l’Arpette. Après une courte descente, nous atteignons le premier ravitaillement de La Plagne Centre. Je fais un arrêt éclair, profitant du luxe d’avoir une assistance personnelle. C’était aussi un choix stratégique décidé avant le départ : limiter au maximum les temps non courus ou marchés afin d’éviter de tutoyer les barrières horaires.

Nous empruntons ensuite la partie la moins belle de la course au-dessus des stations de La Plagne, avec les nombreuses remontées mécaniques et les pistes de 4X4. Je reste toutefois concentré et relance en courant dès que la pente s’adoucit. Avec quelques autres coureurs, nous nous doublons à tour de rôle.

 

Nous rentrons ensuite dans une nappe de brouillard à travers laquelle je devine en contre-bas le lac des Blanchets. Le chemin se fait plus technique et je sens tout à coup la température s’abaisser de plusieurs degrés. Rapidement, j’ai les mains gelées. Je les secoue pour activer la circulation sanguine. C’est pour moi un des passages les plus durs de la course mais le moral reste bon. En haut de la roche de Mio, qui devient le point culminant du parcours, nous retrouvons nos accompagnateurs qui sont montés via le téléphérique et qui sont, eux-aussi, frigorifiés. Les retrouvailles sont brèves et nous basculons vers le col de la Chiaupe toujours dans le brouillard. Le ravitaillement y est à nouveau express : un verre de coca, deux tucs et c’est reparti.


 

Au fur et à mesure de la descente, nous retrouvons des températures plus estivales et un peu de soleil. Malgré un terrain très boueux, j’en profite pour faire parler mes talents de descendeur : pour la première fois depuis le départ, je double des concurrents dont certains semblent plus hésitants sur ce terrain glissant.

Nous arrivons enfin à la partie itinéraire bis du parcours, suite à l’annulation de la montée au glacier. La longue montée au Col de l’Arpette est chaude et je décide de retirer les manchettes pour être enfin en T-shirt. A mon niveau, la montée est bien sûr marchée, mais sans pause et en tentant de garder un rythme rapide. Au point de contrôle localisé en haut du col, la vallée se découvre devant nous et je sais que le plus dur est fait : maintenant, il n’y a plus que de la descente.

Malheureusement, ma tendinite au genou qui m’avait laissé tranquille jusque-là se réveille brusquement. La pente est raide et à chaque pose du pied droit, je sens comme une petite décharge électrique me parcourir la jambe. Très désagréable, cette mauvaise surprise, alors que ma course se déroulait sans accroc ! Je rencontre un autre traileur atteint du même mal, mais apparemment depuis plus longtemps que moi sur la course. Il me confie envisager d’abandonner au prochain ravitaillement de La Plagne Bellecote. Je l’invite à prendre au moins un avis médical auprès d’un kiné présent sur le ravito, mais je sens que sa décision est quasiment prise et que le mental a lâché pour lui à ce moment de la course.

Après lui avoir souhaité bon courage, je m’éloigne en alternant marche dans les portions de descente raide et course dans les parties moins pentues. Je me pose pas mal de questions sur la suite de la course, vu l’état de mon genou. J’essaie de le ménager au maximum, notamment en évitant les zones de dévers qui sollicitent plus la partie intérieure de mon articulation. Cette technique porte ses fruits : la douleur semble s’éloigner à l’approche du ravito. Une fois de plus, l’aide d’une suiveuse personnelle se révèle précieuse, puisque j’ai droit à un massage pendant que je refais le plein. Je ressors du ravitaillement gonflé à bloc par les encouragement de ma femme et des nombreuses familles de coureurs présentes sur cette partie de la course( la plupart des participants logent à La Plagne). D’autant plus que  ma femme m’annonce que j’ai environ une heure d’avance sur la barrière horaire, je suis donc quasiment sûr de finir, sauf accident.

 

Je ne sens miraculeusement plus de douleur au genou. La pente est douce, je cours donc tranquillement, doublant quelques coureurs. La descente est belle, bien que très boueuse, mais je suis sans crainte et décontracté. Nous essuyons toutefois une grosse averse qui nous oblige à remettre la veste de pluie…

Sur la deuxième partie de cette section, avant le ravito de Montchavin, je double de plus en plus de traileurs, ce qui devient un jeu car les sensations sont très bonnes. Arrivé au ravitaillement, je surprends mon accompagnatrice de femme, qui ne s’attendait pas à me voir si tôt. Contrairement au dernier ravito, je suis en pleine forme. L’arrêt est des plus rapides. Pris au jeu de la course, je me donne comme challenge de doubler un maximum de concurrents avant notre prochain et dernier point de rencontre : l’arrivée à Aime.

 

Je repars donc dans une descente effrénée et gagne régulièrement des places, sans être doublé. Le moral est au beau fixe et le single, dans la forêt, est de toute beauté. Beaucoup de coureurs marchent, alors que je n’ai jamais été aussi rapide sur la course : la stratégie d’un départ prudent porte ses fruits. Au détour d’un virage, je dépasse un traileur en difficulté. Il est assis et je m’arrête pour lui demander s’il a besoin d’aide. Il craint d’être pris de crampe s’il se relève, aussi, je l’aide à se remettre debout pour reprendre la course.

Ma folle descente reprend, je double toujours un nombre important de coureurs, pour arriver à la piste cyclable qui longe l’Isère. Contrairement à beaucoup, je savoure cette fin de course et entre dans la rue commerçante d’Aime. Je cours, sans aucune douleur, juste le plaisir d’être là et de profiter du moment. Je vois enfin la ligne d’arrivée et fais les derniers mètres avec ma femme. C’est une belle victoire d’équipe, car son assistance pendant la course m’a été précieuse.

Ensuite, tout s’enchaîne rapidement (superbe organisation !) : médaille, T-Shirt finisher, verre de coca et douche au jet d’eau froide pour les jambes avant un massage par une des kinés .

Après quelques jours, les courbatures ont quasiment disparus. Je pense encore à ma 6000D, mais aussi à ma prochaine course, probablement un peu plus longue, pour continuer sur le chemin de l’ultra…