Récit de la course : La 6000 D 2019, par nanard7th

L'auteur : nanard7th

La course : La 6000 D

Date : 28/7/2019

Lieu : La Plagne (Savoie)

Affichage : 448 vues

Distance : 67.3km

Objectif : Terminer

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Grand froid sur la 6000D

Il y a de nombreuses courses sympas qu'on fait et qu'on oublie vite et d'autres plus difficiles qui restent longtemps en mémoire ...
A coup sûr, la 6000D 2019 fera partie de cette deuxième catégorie !
 
Après une Nivolet Revard faite dans des conditions hivernales (début Mai), un Moyen Duc caniculaire (dont je n'étais pas certain d'avoir récupéré), cette 6000D a été dans la lignée de ces courses faites dans des conditions extrêmes que nous offre le réchauffement climatique !

Après une semaine de canicule, le choc thermique a été rude à encaisser par l'organisme et il ne fallait pas se louper question équipement.
Je suis donc parti en t-shirt manche courte + manchon à Aime (16° à 5h du mat) pour finir avec un t-shirt technique manche longue  + micro polaire + veste technique + bonnet + buff cache nez + gants au sommet du glacier  ... sans compter un corsaire long et des chaussettes de compression que je vais garder toute la course !

Le profil : ça monte ... et ça descend !!!



Sur la ligne de départ, je rejoins Jean-Claude (Coco38) avec qui je dois faire la course. Ses temps de passage sont un peu plus agressifs que les miens mais je vais essayer de le suivre.

 Grand beau temps sur Aime ??? Non, 5heures du matin  !!!

Au départ il fait bon, et je commence à me poser des questions sur mon habillement et notamment le bas ...
Le départ est très tranquille sur route puis sur des chemins assez plats.

Avec Jean-Claude on discute en avançant tranquillement. A l'approche de la première montée en forêt un bouchon se forme qui nous ralentit à peine. Ce sera le seul de la course. Après une heure de course les premières gouttes de pluie apparaissent au même moment ou la lumière du jours se pointe . Il fait gris, gris, gris. Quelle tristesse ! J'enfile ma veste technique, Jean-Claude non ...
Mis a part une première montée assez raide, ce n'est vraiment pas violent.
Le mauvais temps empêche de profiter des paysages et finalement, le seul point notable de cette première partie de course est l'amusante montée dans la piste de Bobsleigh de la Plagne.


Sortie de la piste de Bobsleigh ... les apparences sont trompeuses ...

C'est là, curieusement, sur une pente plus que légère que j'ai mon seul gros coup de mou de la course. Après seulement 1h30 de course, ma FC chute et je n'arrive plus à avancer ... j'ai des étourdissements (???), Coco m'attend à la sortie mais dans la montée qui suit, il me distance à nouveau. Je suis très inquiet ... Hypoglycémie ? Je n'en sais rien ... alors je serre les dents et heureusement la forme revient d'un coup sur la fin de la montée et surtout en descente et je retrouve Coco au ravito de la Plagne (3h55) 2' après lui.
On est quand même loin au classement (seuls 3 coureurs arrivés derrière nous termineront la course) ...
(Classement 1717/1769)

Y'a pas à dire, on n'a vraiment pas forcé sur ce début de course ...

La suite est plutôt facile et la pente très régulière. La pluie s'est intensifiée et on a bien du perdre 10° depuis le départ. Toujours aucune visibilité ... Coco enfile enfin sa Veste. Tous les deux on monte à un bon train en discutant sur les passages moins raides. On dépasse quelques de coureurs.
On arrive ensemble à la Roche de Mio en 5h42 (J'avais prévu 5h45 !). Il fait vraiment froid maintenant. Il faut dire qu'on vient de passer les 2500m d'altitude.
(Classement 1677/1739)

Mais j'ai la surprise de voir mon Coco grelottant de froid en hypothermie. Il veut abandonner. Nooooon ! Je suis désolé de le voir ainsi alors qu'il tient une si belle forme. J'essaye de le convaincre de poursuivre la course mais n'y arrive pas ... vu son état, je n'insiste pas ... donc je repars rapidement. Je commence à avoir froid et mes gants sont trempés. Une courte et rapide descente nous emmène au ravitaillement de la Chiaupe ou il n'y a pas d'abri ... impossible de se changer ... et puis je commence à calculer, il me reste 1h50 pour faire l'aller-retour du glacier donc je ne m'attarde pas au ravitaillement.

Je fais 500m ... on croise des paquets de coureurs qui redescendent du glacier, transis de froid. Certains sont enroulés dans leur couverture de survie. Un coureur me prévient "C'est l'enfer là-haut ... un autre "Je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie...". Oula !!!

Bon, je me décide pour mon plus grand exploit de cette course : trouver le courage de me changer dans la montée vers le glacier. Je me plaque contre une paroi rocheuse mais ce n'est pas facile de se retrouver torse nu, exposé à la pluie et un vent glacial, à près de 3000m d'altitude ! D'autant qu'avec les doigts engourdis, ce striptease me prend un temps infini !
Mais, bien m'en a pris ... au chaud, le reste de la course ne sera que du bonheur (ou presque ...).
Mais ça, je ne le sais pas encore ... et j'ai perdu 7'... Ça va être chaud pour la BH !

Dans la montée du glacier rapidement très raide, je n'ai qu'une idée en tête : la BH !
Alors je calcule : vitesse ascensionnelle, dénivelé restant, vitesse moyenne et du coup j'avance ... non...  je trace !!! moi qui suis d'habitude un escargot en montée, je dépasse, je dépasse et je dépasse encore. Je suis surpris de voir des coureurs au ralenti haletants et très marqués par le froid, la fatigue et surtout l'altitude alors que je vole ! Le pied ! Et on est à 3000m ... J'arrive au ravito après 7h10 de course ... 42' pour 420D+ depuis mon arrêt "mise au chaud" entre 2500 et 3000M ... je n'en reviens pas. Je n'ai même pas froid alors que la température ressentie est de -5° (comme me l'annonce un courageux bénévole au ravitaillement).
Classement 1572/1613

Juste le temps de prendre une soupe et je repars.
Il me reste 50' pour 4,5 km de descentes techniques ... Même pas peur!
On est toujours dans le brouillard ... Après une courte montée faite en courant (si, si) pour atteindre le plus haut point de la course à près de 3100m, je mets à profil mes qualités de descendeur (tout est relatif, hein) pour envoyer sévère. La descente (moins raide que la montée) est facile et seul un passage un peu plus technique sur la fin me ralenti un peu. On rejoint le parcours commun ou évidemment plus aucun coureur ne monte. J'arrive à la Chiaupe 10' avant la BH.
Classement 1384/1433
Le Glacier a vraiment fait des dégats ! près de 200 coureurs ont abandonnés sur ce passage...

Cet aller-retour sur le glacier a été incroyable par les sensations ressenties et les conditions assez dantesques rencontrées mais quelle frustration de n'avoir rien vu !!!

Bon, maintenant le prochain objectif, la BH de la Plagne Bellecôte...
J'ai deux heures pour y arriver mais il y a la montée du Col de Carroley et ses près de 400m de D+ à franchir, sans compter les 10km ...

Habillé comme pour la STL 2010  ...

Je fais une belle descente en dépassant de nombreux coureurs, je commence à avoir chaud et j'arrive au chalet de Carroley en 8h40. 1h20 pour les 400m de D+ et la descente vers la Plagne, ça devrait le faire ! Peu après on passe vers le lac de Carroley, qu'on entraperçoit à peine !
Dans la montée, le temps se dégage et on peut enfin apercevoir les montagnes. Mais il fait de nouveau assez froid.

La douce euphorie qui me faisait avancer commence à se dissiper. Je ne dépasse plus alors j'essaye de garder le rythme des coureurs qui me devancent. J'arrive à l'Arpette en 9h15, pas vraiment entamé ! Il reste 4 km et sauf accident je sais maintenant que c'est gagné.
Classement 1385/1430

Il ne pleut plus depuis quelques temps et comme annoncé à la météo, le temps se lève. On commence à voir l'immensité du domaine de la Plagne ... malheureusement un peu défiguré par une incroyable densité de remontées mécaniques ...
La descente pour arriver à Belle Plagne est assez raide puis c'est ensuite plus facile jusqu'à la Plagne Bellecôte ... Dans la première descente, je commence à dépasser de nombreux coureurs qui souffrent visiblement des genoux ... On vient de se faire pratiquement 2000m de D- ...
J'arrive enfin au ravitaillement en 9h40, finalement 20' avant la BH.
Classement 1367/1415

Pendant le ravito, je fais le point : 46km de course. Il reste 20 km de descente. J'ai 1h40 pour la prochaine BH à Monchavin. Ça devrait le faire ! Et je repars, bien décidé à tout donner sur ces 10 derniers kms, quitte à marcher après !
Comme j'ai encore du jus, je peux vraiment me lâcher d'autant qu'on emprunte des chemins très roulants, que ce soit des routes forestières ou des singles.
Je dépasse de plus en plus de coureurs au ralenti ... la température remonte doucement et devient même franchement agréable ! Quel plaisir ! J'arrive à Montchavin après avoir dépassé près d'une centaine de coureurs et avec 30' d'avance sur la BH. Je suis exactement sur le temps que j'avais prévu avant course (11h !)
Classement 1276/1412

Pour les dix derniers km, je me dis que je vais poursuivre sur ma lancée et essayer d'accrocher les 12h30 de course. Ce que je tente !
Mais progressivement la mécanique s'enraye, je vais payer les 3500 m de D- et des douleurs aux genoux et aux mollets commencent à apparaitre.
Et puis la fin semble interminable. Pendant longtemps on surplombe la D220 sans jamais la rejoindre puis enfin on la coupe a Sangot pour rejoindre la piste cyclable qui nous amène à Aime ... Que c'est long ! Je ne cours presque plus depuis plusieurs km et la lassitude me gagne.

Mais je retrouve un peu d'énergie après le pont sur l'Isère et l'entrée dans Aime et je termine au sprint le dernier km !
Arrivée en 12h47
Classement 1245/1410

Au final, une course mémorable ou j'ai dû gérer un passage à vide, le froid et les BH !
Je me suis surpris moi-même par ma résilience au froid et à l'altitude (alors que j'avais tant souffert en montant le col de Chavrière lors du TGV 2016).
J'aurais bien aimé que Jean-Claude m'accompagne au bout (ce sera pour la LPF en Novembre, sa course fétiche !) ...

Finalement, la 6000D est une course très particulière qu'il faut avoir fait (mais de préférence avec la bonne option météo !)
L'organisation a été parfaite et surtout un grand merci aux bénévoles à qui il fallait beaucoup de courage pour résister au froid et nous assiter tout au long de cette longue journée.

Maintenant, récupérer avant mon objectif de l'année : L'UTV 2019 !









5 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 06-08-2019 à 08:20:56

Une bien belle description de cette course un peu référence qui n'a que le défaut d'avoir grandi un peu trop, peut-être....et aussi une bonne leçon de gestion des conditions météo....et des raisons pour lesquelles on a du matériel obligatoire parfois dans les courses...

Elle ne doit pas être si facile que ça à gérer, avec son profil particulier, cette courseet tu l'as magnifiquement gérée, avec un JALBHAC d'anthologie (on l'a mal suivi en faisant le suivi live, dommage).

Et, donc, rendez-vous à l'UTV....et à LPF !

Commentaire de coco38 posté le 06-08-2019 à 08:36:34

Tu as gagné cette course dans la gestion des conditions météos et des BH.... c'est ce qui fait ta force. Encore faut-il avoir les moyens d’accélérer quand c'est nécessaire !!!
Moi, il me faut des conditions idéales pour passer ce format de course qui constitue ma limite.
J'étais content de faire cette montée avec toi...on se voit au Puy en Novembre!
Bon UTV en attendant (je serai bénévole pour vous encourager !)
A+
JC

Commentaire de Ben737 posté le 06-08-2019 à 19:28:58

Bon sang te changer dans la montée au glacier, franchement je ne sais pas comment tu as fait. Bravo pour l'exploit, il fallait vraiment en vouloir. J'ai réfléchi à cette option moi aussi au même endroit, mais rien à faire c'était cuit, j'étais trop trempé et gelé ! En plus il pleuvait des cordes !
Sinon d'accord avec toi sur la fin, c'était interminable jusqu'à la piste cyclable.
Merci pour le récit :) Bonne continuation

Commentaire de yannos69 posté le 07-08-2019 à 17:29:13

Bravo Bernard, encore un gros morceau dans des conditions difficiles c'est la grande forme !
Cela va bien se passer à l'UTV dont tu as bien repéré le parcours je crois ;-)

Commentaire de le_kéké posté le 08-08-2019 à 14:22:58

Bravo nanar, c'est pas un petit temps frisquet et 3 goutes qui arrêtent un vieux trailer expérimente comme toi. T'es vraiment un champion !!!

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